Tous les trimestres, nous publions un dossier thématique, une revue de presse, des résultats d’analyse de la radioactivité.

Abonnez-vous30€/an

Bulletin à télécharger pour un paiement en chèque ou espèce :

Derniers numéros :

N°149 : 

N°148 : 20 ans de notre observatoire citoyen

N°147 : Étude des niveaux de radioactivité dans les environs du Centre de Stockage de l’Aube (CSA) – Les déchets du CSM et d’Orano – L’ACRO à la fête de la science

N°146 : Surveillance radioécologique réalisée autour de la centrale de Gravelines – 20 ans de surveillance citoyenne, aidez-vous à continuer ! – Distribution de comprimés d’iode autour des centrales nucléaires : la population mal protégée

N°145 : Surveillance radiologique du littoral normand 2023 – Traitement des combustibles nucléaires : quel avenir ?

N°144 : Le nucléaire français n’assume pas ses liens avec la Russie – Regard d’un haguais sur la décontamination du Ru des Landes – Pavlo, liquidateur – Petit point sur la catastrophe de Fukushima 13 ans après – Surveillance radiologique du plateau de la Hague 2022 ( printemps 2024)

N°143 : L’absorption de l’IRSN par l’ASN à marche forcée – Bilan 2022 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (décembre 2023)

N°142 : Alors que les piscines françaises sont proches de la saturation, KEPCo va envoyer des combustibles en France – Le contrôle nucléaire recadré – Analyses environnementales du CNPE de Nogent sur Seine ( septembre 2023)

N°141 : L’humanité face au défi climatique – Quel avenir pour le combustible Mox et le retraitement ? – Au revoir Jean-Claude (juin 2023)

N°140 : D’où vient l’uranium importé en France ? – Nucléaire, un cycle du combustible grippé (mars 2023) Note d’information de l’ACRO

N°139 : Projet de construction de six EPR2 dont une première paire à Penly – Pollution au plutonium à La Hague révélée par l’ACRO (décembre 2022)

N°138 : Surveillance de la contamination de l’eau potable et de légumes autour de Valduc (septembre 2022)

N°137 : Résultats 2021 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (juin 2022)

N°136 : Suivi du projet de la piscine nucléaire EDF à La Hague / Enquête publique sur la poursuite du démantèlement de la centrale de Brennilis (mars 2022)

Historiques des Acroniques


Fukushima en forme olympique : bilan chiffré pour le 9ième anniversaire

Depuis le 12 mars 2011, l’ACRO effectue un suivi régulier de la catastrophe de Fukushima qui est à retrouver sur un site Internet dédié : https://fukushima.eu.org

Depuis quelques années, à l’occasion de son anniversaire, l’ACRO effectue aussi un bilan chiffré de la catastrophe et de ses conséquences. Les sources sont indiquées. L’association vient de mettre en ligne le bilan pour le 9ème anniversaire qui sera encore mis à jour d’ici le 11 mars prochain.

Pour ce qui est de la centrale, il y est notamment question de l’avancement des travaux au niveau des 4 réacteurs accidentés, du problème de l’eau contaminée et des travailleurs.

Pour les territoires contaminés, bien que les travaux de décontamination soient terminés, sauf dans la zone la plus touchée, le gouvernement peine à trouver une solution pérenne pour les déchets radioactifs engendrés et les populations ne rentrent pas. Voir les chiffres officiels sur notre site.

L’article fait aussi un bilan de l’impact sanitaire de cette catastrophe (cancers de la thyroïde et décès).

Enfin, avec seulement 9 réacteurs remis en service, le parc nucléaire japonais est dans les limbes.

A retrouver sur : https://fukushima.eu.org/fukushima-en-forme-olympique-bilan-chiffre-pour-le-9ieme-anniversaire/

Nouvelle prolongation de l’autorisation de création de l’EPR de Flamanville

Mise en service de l’EPR (Flamanville 3) : Projet de décret soumis par l’ASN à la CLI de Flamanville

Contexte

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a été saisie en juillet 2019 par le ministre en charge de la sûreté nucléaire pour qu’elle porte un avis sur la demande d’EDF de proroger de 4 ans la durée avant la mise en service de l’EPR de Flamanville.

A la suite de la réunion de la CLI de Flamanville le 30 janvier 2020, l’ASN adresse un courrier sollicitant l’avis de la CLI, le 3 février 2020, sur le projet de décret d’autorisation de création de l’installation nucléaire de base dénommée Flamanville 3. L’objectif de cette modification est de porter à 17 ans, contre 13 en 2017 et 10 en 2007, le délai fixé pour la mise en service de l’installation.

Cette modification ne fait pas l’objet d’une consultation du public.

Avis de l’ACRO

La date de la mise en service de l’EPR de Flamanville est à nouveau reportée, cette fois-ci en 2024. En 2016, il avait été révélé que les calottes supérieure et inférieure de la cuve n’étaient pas conformes à cause d’une concentration carbone anormalement élevée affectant les propriétés mécaniques. Cette anomalie est inacceptable car l’hypothèse d’une défaillance de la cuve étant exclue, aucune solution pour y remédier n’est prévue. L’ASN avait ensuite donné son accord pour une mise en service en 2020 sous réserve du changement du couvercle de la cuve en 2024.

Entre temps, d’autres anomalies ont été révélées, en particulier dans les soudures des circuits secondaires principaux. La réparation des 8 soudures de traversées, exigée par l’ASN, amène EDF à demander ce nouveau report de la mise en service. Ainsi, il va falloir découper les tuyaux, pour introduire un robot, ce qui va générer 8 soudures supplémentaires sur le circuit secondaire et le rendre plus vulnérable. Contrairement aux affirmations d’EDF et de l’ASN, rien n’assure que ce nouveau délai de 4 ans soit suffisant.

Depuis 2007, la catastrophe de Fukushima a entraîné un renforcement des exigences de sûreté, le chantier et les équipements ont connu de très nombreux défauts et anomalies. Le coût initial de l’EPR a été multiplié par quatre alors que celui des énergies éolienne et solaire baisse et les rend plus économiques.

L’ACRO estime donc qu’un nouveau débat public sur la mise en service du réacteur doit être organisé. Pour cela, elle demande qu’EDF explique publiquement toutes les raisons ayant généré les reports de mise en service, et que l’ASN et l’IRSN contribuent à la totale et nécessaire transparence sur la sûreté de cet EPR.

L’ACRO demande qu’au cas où une mise en service serait envisagée en 2024, celle-ci soit effectuée avec le nouveau couvercle de cuve, comme exigé par l’ASN en 2017.

L’ACRO émet donc un avis défavorable au décret visant à prolonger de 4 ans le délai de mise en service de l’EPR de Flamanville, faute de garanties sur la sûreté et sur l’organisation d’un nouveau débat public.

avis précédents :

• Avis de l’ACRO sur le projet de décret de prolongation à 13 ans du délai fixé pour la mise en service de l’EPR de Flamanville, février 2017
• Réacteur EPR Flamanville 3 : position de l’ACRO relative au projet d’avis de l’ASN concernant l’anomalie de la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve, septembre 2017

Saisie par l’ACRO, la CADA demande plus de transparence à l’industrie nucléaire

Première publication : 18 décembre 2019 – Mise à jour : 22 janvier 2020

Les piscines de combustibles usés devraient arriver à saturation à l’horizon 2030, entraînant un arrêt forcé d’une partie du parc nucléaire si aucune solution n’est mise en œuvre d’ici là. Mais le rapport « impact cycle 2016 » d’EDF et Orano sur le sujet est secret. L’expertise qu’en a fait l’IRSN n’est que partiellement publique : 10% du rapport ont été noircis à la demande des exploitants. Il n’y a quasiment aucun chiffre.

L’ACRO a donc saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) qui vient de rendre son avis (n°20192568 du 28 novembre 2019) : plusieurs passages occultés devront être dévoilés. C’est le cas, en particulier, de toute la partie concernant l’étude des aléas.

Pour l’ACRO, l’industrie nucléaire abuse de la loi sur le secret des affaires. Heureusement, la CADA est venu rappeler que le code de l’environnement prime.

La place disponible dans les piscines de La Hague n’était plus que de 7,4% en 2016 (chiffre noirci dans le rapport IRSN, mais révélé par l’ACRO en octobre 2018) : en cas d’aléa sur une des étapes de la chaîne du combustible (retraitement, transport, MOx), la saturation interviendrait au bout d’un an et il faudra arrêter le parc nucléaire français pour cause d’occlusion intestinale ! Ce délai va se raccourcir à mesure que l’on s’approche de l’échéance de 2030. Il y a là une vulnérabilité majeure pour l’approvisionnement électrique français que l’industrie nucléaire voulait cacher.

L’ACRO a donc écrit à l’IRSN pour lui demander de se conformer à l’avis de la CADA. Pour l’Association, qui a eu le rapport non censuré entre les mains, rien ne justifie ces cachotteries. Elle milite pour une publication intégrale du rapport.

EDF arrivera-t-elle à construire sa piscine centralisée avant 2030 ? Le calendrier est tendu alors que l’emplacement envisagé est toujours secret.

L’ACRO regrette que toutes ces informations n’aient pas été disponibles pour les deux débats publics sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et le Plan de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (PNGMDR) organisés en 2018 et 2019. Une fois de plus, sans l’action d’associations citoyennes, le défaut de transparence aurait perduré.

Extrait sur les aléas du rapport IRSN qui devra être dévoilé :


Mise à jour du 22 janvier 2020 :

Suite à l’action de l’ACRO et à l’avis de la CADA, l’IRSN a mis en ligne une nouvelle version de son rapport “impact cycle 2016”. La partie “aléas” a été largement dévoilée, mais pas complètement. En revanche, même si certains tableaux sont maintenant en clair, beaucoup de chiffres restent secrets, sans justification.

Le rapport EDF, quant à lui, reste secret.

Le sujet va être abordé par le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) lors de sa séance du 22 janvier 2020 (voir l’ordre du jour). Voici l’intervention de l’ACRO au sein de ce Comité.

La transparence reste un combat pour tout ce qui touche au nucléaire.

acronique du nucléaire #127, décembre 2019

  • Hommage à André Guillemette, militant
  • Exploitation d’une mine déguisée en carrière située sur une anomalie uranium d’origine géologique (témoignage de J. Avendano, Présidente de Tournai-Villedieu_environnement (61)
  • Contrôles radiologiques au voisinage de la carrière de la Garenne de Villedieu
  • Explosion d’un missile au nord de la Russie en mer Blanche le 08/08/19
  • Revue de presse

 

 

 

Aidez l’ACRO

L’ACRO lance des appels à dons depuis maintenant quelques années. En effet, nous assumons, dans notre domaine de vigilance face aux risques nucléaires, une charge de travail toujours plus importante et donc plus coûteuse. Et, comme pour de nombreuses autres associations, les sources de financement n’augmentent pas en proportion. En cette fin d’année 2019, nous faisons donc à nouveau appel à vous.

Vous connaissez toute la panoplie des interventions de l’ACRO. Nous les avons poursuivies et complétées cette année avec en particulier la rédaction de trois cahiers d’acteurs pour le débat public sur le PNGMDR (plan national de gestion des matières et déchets radioactifs), et surtout avec notre campagne mettant en évidence la présence de tritium dans la Loire, la Vienne et la Seine, générant parfois une pollution de l’eau du robinet.

L’ACRO demeure plus que jamais indispensable avec tous les enjeux actuels du secteur nucléaire : vieillissement des centrales, défauts de l’EPR, gestion incertaine des déchets, pollution des cours d’eau, etc… Pour continuer au mieux nos actions, nous avons besoin de votre aide. Sachez que 66% de vos dons sont déductibles de votre impôt ; ainsi, par exemple, un don de 50 euros ne vous revient en réalité qu’à 16,50 euros.

Pour faire un don en ligne, cliquez ici.

Pour adhérer en ligne, cliquez ici. 

Pour imprimer le bulletin d’adhésion/abonnement : https://www.acro.eu.org/agir-faire-un-don/

Afin de soutenir l’ACRO, vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche Lilo, celui-ci finance gratuitement des projets sociaux et environnementaux, tel que l’observatoire de l’ACRO : cliquez ici pour le découvrir.

Nous vous invitons aussi à transmettre ce message aux personnes de votre entourage susceptibles d’y répondre favorablement.

Nous espérons, une nouvelle fois, pouvoir compter sur vous et vous en remercions vivement.

Belles fêtes de fin d’année.

Toute l’équipe de l’ACRO.

Suivi du démantèlement de la centrale de Brennilis (monts d’Arée)

Travaux réalisés en collaboration avec la CLI des Monts d’Arrée dans le cadre du suivi partagé des travaux de démantèlement du site nucléaire :

Bilan de connaissances relatives au niveau de la radioactivité dans l’environnement des Monts d’Arrée (Etude, 2011) 

Campagne de mesures complémentaires des niveaux de radioactivité dans les environnes du site nucléaire des monts d’Arrée (2017)

Outils du suivi partagé :

 

 

 

 

 

Explosion d’un missile au Nord de la Russie en Mer Blanche le 8 août 2019 : le peu que l’on sait

Première mise en ligne : lundi 12 août 2019 – Dernière mise à jour : lundi 13 janvier 2020

Une explosion dans un centre d’essai militaire

Le jeudi 8 août 2019 à 9h, une forte explosion a eu lieu sur le site Nyonoksa (Ненокса), dans l’Oblast d’Arkhangelsk (Архангельск). Le site d’essai est situé au bord de la Baie de Dvina, de la Mer Blanche, au Nord de la Russie. (Voir sur Openstreetmap).

Cette explosion a été détectée par le réseau de surveillance de l’Organisation du traité d’interdiction des essais nucléaires (OTICE) :

A noter que l’organisation norvégienne NORSAR, désignée pour surveiller les essais nucléaires, a publié, le vendredi 23 août 2019, un communiqué dans lequel elle explique avoir détecté deux explosions, séparées de 2 heures. La première secousse a eu lieu à 9h, heure locale (6:00 TU), comme annoncé par les autorités russes. La deuxième secousse a été enregistrée par infrasons à la station de Bardufoss, dans le comté de Troms (voir sur openstreetmap). Et comme l’accès aux balises russes du traité d’interdiction des essais nucléaire est coupé, il n’est pas possible d’avoir des données supplémentaires.

Dans un second communiqué daté du mardi 27 août, NORSAR explique que la première explosion, qui correspond aux informations russes, a aussi été détectée par des ondes sismiques, ce qui signifie un couplage au sol, c’est à dire en contact avec le sol. Ce peut être via de l’eau.

Quant à la deuxième explosion, détectée 2 heures plus tard, elle a été confirmée par d’autres stations en Norvège et en Finlande. Son signal est plus faible, avec la signature d’une explosion. Il y aurait un à deux degrés d’écart dans sa localisation par rapport à la première explosion. Elle pourrait être due à un tir de mine en Finlande, selon le communiqué.

Voici une image satellite du site d’essai prise sur googlemap :

La première communication du Ministère de la défense russe a fait état d’une explosion lors d’un test sur un nouveau combustible pour missile balistique qui a fait plusieurs victimes. (Voir le live du 8 août d’un média local).

Les autorités de la ville de Severodvinsk (Северодвинск), commune de 190 000 habitants située à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau du site d’essai, vers l’Est, ont fait état, d’une augmentation brève de la radioactivité ambiante, entre 11h30 et 12h30 (heure de Moscou). L’annonce a rapidement disparu du site Internet (le lien n’aboutit plus), mais on trouve des copies. Voir, par exemple, cette copie d’écran. Greenpeace Russie l’a mise en ligne et demande des éclaircissements (copie du document). On peut y trouver cette carte, avec des niveaux de radiation ambiants exprimés en µSv/h :

La valeur la plus élevée est de 2 µSv/h. De tels niveaux sont supérieurs au bruit de fond naturel (0,11 µSv/h), mais n’impliquent pas de mesure de protection. La dose totale reçue aurait été de 1 à 2 µSv selon le communiqué.

A noter que les autorités norvégiennes ont indiqué, le lendemain, qu’elles n’avaient pas enregistré de hausse de la radioactivité. Voir leur communiqué en anglais.

Ces informations, associées à l’affirmation du ministère de la défense russe que les niveaux de radioactivité sont restés “normaux” (voir la dépêche de l’agence Tass du 9 juillet), auraient, selon les médias, provoqué une forte inquiétude et les habitants de la région auraient épuisé le stock d’iode dans les pharmacies.

Le centre de recherche militaro-industriel nucléaire de Sarov impliqué

Le samedi 10 août, la compagnie Rosatom, en charge du complexe militaro-industriel nucléaire russe, a reconnu que 5 de ses scientifiques étaient décédés lors de l’explosion (lire son communiqué en anglais). Elle parle de héros pour lesquels elle a demandé une médaille posthume qui a été accordée (source). L’agence de presse Tass a repris les noms des victimes en précisant qu’elles venaient du centre de recherche nucléaire Sarov où un deuil a été déclaré (Voir la déclaration officielle du deuil). Ils viennent s’ajouter aux deux militaires décédés et aux blessés.

Portrait des 5 scientifiques décédés (source). Aucune information n’est disponible sur les autres victimes militaires.

La ville de Sarov (Саров), située dans l’Oblast de Nijni Novgorod, est située à moins de 400 km à l’Est de Moscou (Voir sur Openstreetmap). Elle abrite depuis 1946, sous le nom de code Arzamas-16 (Арзамас-16), un site de recherche secret sur les armes nucléaires. Selon Wikipedia, l’existence même de la ville restera secrète jusqu’en 1989. Il s’agit d’une indication forte que l’expérience qui a entraîné l’explosion est liée à l’armement nucléaire.

Dans son communiqué, Rosatom indique qu’il s’agissait d’un essai effectué sur une plateforme au large sur un nouveau liquide de propulsion impliquant des isotopes radioactifs. Toute la presse avance un projet de missile nommé 9M730 Burevestnik par la Russie et SSC-X-9 Skyfall par les Etats-Unis et l’OTAN. La BBC mentionne aussi la possibilité d’un drone sous-marin, appelé Poseidon ou d’un autre missile appelé Zircon. Le gouvernement russe s’est refusé à commenter.

Dans cette vidéo d’une télévision locale de Sarov, on voit quelques images du centre d’essai, des équipes d’urgence, ainsi qu’une déclaration du directeur scientifique du centre de Sarov qui parle d’utilisation d’isotopes et de matières fissibles :

A noter que toutes navigation et baignade ont été interdites dans une partie de la baie.

Le jeudi 21 novembre 2019, le président Vladimir Putin a remis les médailles de l’ordre du courage aux veuves des employés décédés. Les veuves militaires ne semblent pas décorés. Le communiqué du Kremlin en anglais est sans intérêt.

Et les blessés ?

Vendredi 16 août 2019, le Moscow Times révèle que le personnel médical qui a pris en charge les trois blessés à l’hôpital régional d’Arkhangelsk (Arkhangelsk Regional Clinical Hospital) n’a pas été informé que les patients étaient radioactifs. Aucune mesure de protection n’a donc été prise. Les blessés seraient arrivés nus, emballés dans un sac en plastique transparent.

Le FSB serait venu, dès le 9 août, à l’hôpital, faire signer au personnel médical un engagement de confidentialité. Mais d’autres médecins non directement concernés ont parlé au journal. Le personnel de l’hôpital serait furieux et ne comprend pas pourquoi les blessés n’ont pas été envoyés vers un hôpital militaire.

Pour calmer la colère, une soixantaine d’employés de l’hôpital se sont vus proposer des examens à Moscou. Un des médecins examinés aurait une contamination au césium-137 sans qu’il sache en quelle quantité. Tous ne sont pas allés à Moscou. En revanche, des spécialistes auraient été envoyés à hôpital d’Arkhangelsk.

Le service où les trois blessés ont été pris en charge aurait été fermé jusqu’au 13 août. Il a rouvert après une inspection.

Suite à ses révélations, le ministère de la santé a déclaré, le lundi 19 août, que 91 médecins spécialistes auraient été auscultés et qu’aucun n’aurait une contamination qui dépasse les limites établies. Selon le site 29.ru, qui relate l’information, 20 auraient subi des examens supplémentaires : une anthropogammamétrie au Burnazyan Medical Biophysical Center de Moscou, selon l’agence Tass.

Il s’agit d’une reconnaissance officielle que des médecins étaient bien contaminés, mais légèrement, sans indication précise, comme d’habitude.

Mercredi 21 août 2019, le média russophone en ligne Meduza, basé à Riga en Lettonie, publie des témoignages anonymes des équipes médicales qui ont transporté et soigné les blessés. Novaya Gazeta aussi. Les témoins confirment l’absence d’information relative à la contamination des victimes et l’absence de mesures de protection spécifiques. De plus, le véhicule de secours équipé du matériel de décontamination aurait été envoyé à Severodvinsk au lieu de prendre en charge les blessés.

Trois blessés auraient été envoyés à l’hôpital régional d’Arkhangelsk, qui n’est pas équipé pour traiter des patients contaminés, et trois autres à un autre hôpital de la ville, appelé Semashko, qui lui est équipé. Dans ce deuxième hôpital, les médecins auraient immédiatement pris des précautions après avoir détecté la contamination. Pas dans le premier.

Un médecin anonyme raconte qu’il aurait demandé si les blessés étaient contaminés et on lui aurait répondu qu’ils avaient déjà été décontaminés, ce qui n’était pas vrai. Comme les blessures étaient très graves, ils ont été immédiatement pris en charge. Des dosimétristes seraient entrés dans la salle d’opération pour contrôler les patients et se seraient éloignés en courant à cause du niveau de contamination du patient. Le lendemain, des militaires seraient venus décontaminer les salles où les patients contaminés ont été soignés. Certains équipements auraient été retirés.

Dans la salle d’accueil des urgences, il y avait de nombreux autres patients, dont des enfants et des femmes enceintes, qui ont donc aussi été exposés à la radioactivité. Quant au jeune médecin chez qui la contamination au césium-137 a été trouvée, on lui aurait dit qu’il avait mangé un crabe de Fukushima lors de ses vacances en Thaïlande…

Tous les documents médicaux relatifs aux blessés et à la contamination de l’équipe médicale auraient été saisis par l’armée russe…

Selon Novaya Gazeta, deux blessés seraient décédés lors de leur transfert à Moscou, des suites de leur forte contamination radioactive.

Jeudi 22 août, la BBC (la version en russe est plus longue) publie des témoignages qui confirment ceux de la veille. Les équipes médicales ont continué à soigner les blessés, sans interruption, même après avoir appris qu’ils étaient fortement contaminés. Elle ajoute qu’il n’y a aucune information disponible sur l’état des scientifiques blessés après leur transfert à Moscou.

Pour le Kremlin, cité par Meduza, ces témoignages n’ont aucun fondement. Il n’y a pas de problème.

Vendredi 23 août, les autorités régionales ont communiqué à propos des contrôles qui ont été effectués sur le personnel qui a pris en charge les blessés. Voir le communiqué officiel. Plus de 110 personnes ont été contrôlées et aucun dépassement des niveaux autorisés n’a été observé (aucune indication sur le niveau). Parmi eux, 20 auraient subi un contrôle à Moscou, au centre Burnazyan. Mais, y envoyer 110 personnes s’est révélé compliqué, et donc un appareil mobile a été envoyé à Arkhangelsk. L’équipement serait le même que celui utilisé à Moscou. Outre des contrôles de la radioactivité, une échographie de la thyroïde aurait aussi été faite.

Selon les autorités, aucune contamination de la peau, des vêtements n’a été détectée. Il n’y aurait pas eu non plus de contamination interne. Elles confirment que des traces de césium-137 ont bien été découvertes dans les muscles d’une personne, mais elles ne seraient pas dues à l’explosion. Les autorités soupçonnent la consommation d’aliments contaminés.

Ces informations ne concernent que l’hôpital régional et pas l’hôpital Semashko, qui n’a pas été contrôlé, selon 29.ru. Ce média local explique aussi qu’il n’y aura finalement pas d’examens médicaux des habitants de Nenoksa, village situé à proximité du site d’essai où a eu lieu l’explosion, contrairement à ce qui avait été dit.

Le Moscow Times, quant à lui, a trouvé le témoignage d’Igor Semin, un chirurgien cardiovasculaire de l’hôpital régional d’Arkhangelsk sur les réseaux sociaux, qui confirme, à visage découvert, que les médecins n’ont pas été informés de la contamination radioactive des patients. Le post, daté du 14 août, critique les autorités.

Le Kremlin, cité par Meduza, avait refusé de réagir à des témoignages anonymes (cf 22 août, ci-dessus). Le lundi 26 août, il a déclaré à la BBC que les autorités compétentes vérifieront le témoignage à visage découvert d’Igor Semin.

Au 30 décembre 2019, le personnel médical qui a traité les blessés contaminés et eu droit à des anthropogammamétries pour contrôler leur éventuelle contramination interne, n’ont toujours pas reçu les résultats officiels, selon le site Meduza repris par 29.ru. Une vingtaines de personnes s’étaient rendues à Moscou pour être contrôlées.

Peu d’informations sur le rejet radioactif

Le mardi 13 août, l’agence Tass signale que des échantillons de sol et d’eau ont été analysés à Severodvinsk et que les niveaux relevés ne dépassaient pas le bruit de fond naturel pour les émissions bêta et alpha (aucune valeur n’est donnée dans le communiqué). La dépêche confirme que le niveau de radiation ambiant est bien monté à un niveau de 4 à 16 fois plus élevé que le bruit de fond (0,11 µSv/h) le jeudi 8 vers 12h (0,45 à 1,78 µSv/h). Ces dernières données sont disponibles sur le site Internet de l’agence météorologique russe (copie, point 4).

Selon le Guardian et The Barents Observer, les autorités russes ont recommandé aux habitants de Nyonoksa de quitter temporairement le village, mercredi 14 août, entre 5 et 7h du matin, à cause de travaux sur le site d’essai où a eu lieu l’explosion. Un train spécial va les éloigner de la zone. En revanche, les autorités se refusent à parler d’évacuation, car il n’y aurait pas de lien avec l’explosion. Cela arriverait régulièrement. Puis, le média local 29.ru a finalement rapporté que cet éloignement était annulé…

Le jeudi 15 août 2019, Greenpeace Russie publie un communiqué signalant qu’une hausse de la radioactivité a aussi été relevée à Arkhangelsk (Архангельск). Il n’y a toujours aucune indication sur la nature des éléments détectés. Ce même jour, la Norvège annonce avoir détecté des traces d’iode radioactif dans sa station du Finmark, tout au Nord du pays, près de la frontière avec la Russie. Le communiqué précise que de l’iode radioactif est détecté environ 6 fois par an et que rien ne permet de dire si ces traces sont liées à l’explosion ou pas.

Comme le rapporte RBC, le vendredi 16 août, l’agence météo russe (Roshydromet) qui a détecté la radioactivité, aurait conclu que le rejet devait être composé de gaz nobles radioactifs puisqu’il n’y a pas eu de retombées sur les sols (point 5 du communiqué de Roshydromet, copie). L’argument est un peu léger et il faudrait publier toutes les données disponibles…  Le média russe donne la parole à un écologiste qui mentionne une batterie au plutonium-césium. Le plutonium ne se disperse pas sur de grandes distances. Quant au césium, il y en a déjà partout dans l’environnement et une légère augmentation passe inaperçue.

Dimanche 18 août 2019, le Wall Street Journal (l’article est en accès payant, mais The Barents Observer reprend l’information) révèle que deux balises de mesure de la radioactivité ne répondaient plus, deux jours après l’explosion. Il s’agit des stations de surveillance du traité d’interdiction des essais nucléaires les plus proches du site d’essai, situées à Dubna, dans l’oblast de Moscou (voir sur openstreetmap) et à Kirov (voir sur openstreetmap), qui ont cessé de transmettre leurs données. Elles connaîtraient des “problèmes de réseau”… et l’Organisation du traité d’interdiction (OTICE) ne peut plus les interroger, selon son directeur, Lassina Zerbo. Ces deux stations de surveillance, qui appartiennent au ministère de la défense, devraient détecter la contamination radioactive atmosphérique (voir la carte avec toutes les stations) et se trouvaient sur la trajectoire du “nuage radioactif” :

Le lundi 19 août, le Wall Street Journal précise que ce sont en fait quatre stations russes qui ne répondent plus, selon le directeur de l’OTICE. Les deux autres sont à Bilibino et Zalesovo et sont très éloignées de la zone de test. Elles auraient cessé de transmettre des données le 13 août.

Le mardi 20 août, le vice-ministre des affaires étrangères, Sergei Ryabkov, a déclaré, selon l’agence Interfax, que la transmission des données des balises à l’OTICE n’était pas obligatoire et que cela se faisait de façon volontaire. Par ailleurs, cette organisation n’a, dans son mandat, que l’interdiction des essais nucléaires, et tout le reste ne la regarde pas. Et comme l’explosion n’était pas un essai nucléaire, la Russie n’a rien à ajouter à ce qui a déjà été dit.

Ce n’est pas tout à fait exact : les données des balises sont transmises automatiquement. Bref, la panne de réseau invoquée ne serait donc pas une panne…

Ces stations permettent de connaître la nature des radioéléments transportés par les masses d’air, si la concentration est suffisante. C’est une information utile pour comprendre ce qui a explosé. La Russie a bénéficié de vents qui soufflaient vers l’Est. S’ils avaient soufflé vers l’Ouest, les balises occidentales auraient détecté le rejet et on en saurait un peu plus.

Vendredi 23 août, selon l’agence Tass, le responsable du Kremlin en charge de l’environnement a déclaré qu’aucune station de mesure n’a détecté de pic de radioactivité, ni en Russie, ni à l’étranger… Le média local 29.ru a rapporté que la population s’interroge sur la consommation de champignons et de baies, et que le nombre de touristes a baissé. Il n’est pas sûr que la communication officielle rassure.

Lundi 26 août 2019, l’agence météo russe (Roshydromet) a fini par lâcher des bribes d’information sur la nature du rejet radioactif (copie, point 3). Elle ne mentionne que des éléments à vie courte présents dans des échantillons d’aérosols à Severodvinsk : du strontium-91 qui a une demi-vie de 9,3 heures, du barium-139 avec une demi-vie de 83 minutes, du barium-140, de demi-vie de 12,8 jours et son descendant, le lanthane-140 (40 heures). Aucune indication n’est donnée sur les concentrations. Il est juste dit que l’air n’est plus contaminé.

Cette information est cohérente avec leur première information relative à un rejet de gaz inertes. Si c’est du Krypton-91 la source, il décroît avec une demi-vie de 8,6 s en rubidium-91, qui lui décroît avec une demi-vie de 58 s en strontium-91 présent dans les aérosols. Les xénons-139 et -140 décroissent (demi-vies de 39,7 s et 13,6 s), quant à eux, en césium-139 et -140 (demi-vies de 9,3 min et 63,7 s), puis en barium-139 et -140 présents dans les aérosols.

Cette information est contradictoire avec l’affirmation de Rosatom d’une batterie isotopique détruite lors de l’explosion, car elle n’est pas composée de gaz inertes à vie courte. Des radioéléments à vie si courte ne peuvent qu’avoir été créés sur place par une réaction nucléaire comme la fission.

Si l’explosion a eu lieu sous l’eau, de nombreux autres radioéléments ont pu rester dans l’eau de mer et ce sont les gaz qui se sont échappés et se sont déplacés avec les vents avant d’être détectés. Cette information sur la composition des rejets indique donc une réaction en chaîne impliquant la fission. Il n’y a aucune information relative à la contamination de l’eau de mer. Il est difficile de croire qu’aucune analyse n’ait été effectuée sur place. La “glasnost” a encore beaucoup de marges de progrès…

Lundi 2 septembre 2019, la chaîne de télévision TV29.ru a mis en ligne un reportage de l’agence de presse Belomorkanal où l’on voit les barges accidentées qui ont été abandonnées sur le rivage et des mesures de débit de dose effectués sur des débris trouvés sur le rivage. Les images et les mesures auraient été prises le 31 août 2019 :

Les images ont été prises par Nikolai Karneevich, un journaliste, guidé par des habitants de la région, vers l’embouchure de la rivière Verkhovka, pas loin du village Nyonoksa (Ненокса) :

Selon les habitants, une barge serait arrivée sur la berge le 9 août, et l’autre 5 jours après l’explosion. Une est fortement endommagée. Le reportage mentionne des débits de dose de 70 à 150 microrœntgen par heure au contact de débris et 750 microrœntgen par heure au moment de l’apparition des barges. Le rœntgen est une ancienne unité : à titre de comparaison, le bruit de fond ailleurs dans le village ne dépasse pas 14 microrœntgen par heure. Il n’y aurait aucun signe ou barrière de protection empêchant l’accès aux barges et aux débris contaminés. En revanche, la pêche serait toujours interdite dans la Baie.

Selon Radio liberté, financée par les Etats-Unis, explique que le site était gardé, mais que les gardes sont partis car Rosatom et l’armée russe ne se sont pas mis d’accord sur la prime de risque… Ils n’ont pas fourni non plus de vêtements de protection.

Les habitants du village sont très inquiets. Que faut-il faire si les essais de missiles se poursuivent ? Faut-il quitter la région ? Radio liberté, précise que l’accès au village est interdit au quidam à cause de la proximité du site d’essai, malgré la présente d’une église magnifique et d’un musée du sel et que le seul moyen d’accès est un train. En revanche, on peut accéder aux barges sans permis… Une réunion d’information aurait eu lieu le 28 août dernier et la plupart des habitants se seraient résignés à accepter les messages rassurants des autorités.

Le mardi 3 septembre 2019, le média local en ligne 29.ru rapporte qu’une autre réunion a eu lieu le 31 août en présence d’Alexey Klimov, un écologiste connu localement. Il aurait expliqué avoir procédé à des mesures de radioactivité avec un radiamètre dans la région et que les niveaux relevés ne dépassaient pas le bruit de fond habituel. Selon lui, les habitants peuvent manger des champignons et des baies, mais devraient éviter de pêcher. Le 29.ru ajoute que les autorités locales ne veulent pas nettoyer la plage avec les barges et les débris radioactifs car cela n’entrerait pas dans leurs compétences. Les barges seraient sur le territoire du ministère de la défense.

Une vidéo de son intervention est disponible sur Youtube, en russe. Elle a été mise en ligne par TV29.ru.

Mercredi 4 septembre, TV29.ru a mis en ligne une autre vidéo filmant un détecteur sur la corde contaminée. La personne qui a transmis les images veut rester anonyme et dit que la mesure a eu lieu le 15 août. Voici les images :

Le premier instrument de mesure, un radex, indique jusqu’à 712 microrœntgen par heure au contact de la corde. Un autre, un quartex, indique 27 juste à côté. Ce ne doit pas être les mêmes unités qui sont utilisées par les deux appareils.

Si ces images ont pu être prises, c’est que le site n’était pas ou peu gardé.

Les images des barges et des débits de dose qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les médias étrangers ont fait réagir Mme Anna Y. Popova, directrice du Rospotrebnadzor, le service fédéral de protection des consommateurs et du bien-être : selon l’agence Interfax, elle a appelé à se méfier des mesures effectuées par des “amateurs”. Mais elle ne donne aucune donnée officielle pour satisfaire les demandes des populations du Nord de la Russie. Les débris radioactifs de l’explosion sont accessibles : pourquoi aucun contrôle officiel n’est effectué ? Ou, s’il a été fait, puisque la directrice explique qu’il n’y a aucun danger pour la population, pourquoi les données ne sont pas publiques, alors que l’explosion a eu lieu il y a presque un mois ?

La loi russe, adoptée après la catastrophe de Tchernobyl, interdit de cacher les données environnementales. Elle semble oubliée… ou ne servir que quand cela arrange le pouvoir. Le secret militaire ne saurait justifier l’absence d’information pour les populations.

Dans une interview à radio liberté, Andrei Ozharovsky, un scientifique, explique : “Rosatom et le ministère de la Défense savaient dès le départ ce qui a explosé et quels radioéléments ont été rejetés dans l’environnement. La tâche pour eux ce jour-là, le 8 août, était très simple: en parler à la société. Mais ils ne l’ont pas fait. Les raisons … Je pense qu’elles sont évidentes. Notre société civile est faible, les autorités se considèrent supérieures aux citoyens et certaines entreprises aussi. Rosatom, par exemple, a un journal appelé “Le pays de Rosatom”, comme s’ils ne vivaient pas dans le même pays que tout le monde. Les scientifiques nucléaires continuent de cultiver leur image de peuple surhumain – et cela vient de Laurent Beria, qui, comme vous le savez, a été le premier chef du projet atomique soviétique…”

Le missile endommagé par l’explosion, quant à lui, doit être toujours au fond de l’eau, en libérant les radioéléments restants…

Le jeudi 5 septembre, les habitants locaux ont invité Mme Anna Y. Popova, la directrice du Rospotrebnadzor, selon la télévision TV29.ru : elle pourra profiter de l’été indien en mangeant des champignons et des baies sauvages, pêcher depuis les barges, manger du poisson frais et finir ses journées par un bain de vapeur en bord de mer. Elle peut venir avec des collègues. Ainsi, si elle ne croit pas aux intrigues des résidents relayées par les services de renseignement étrangers, qu’elle vienne constater par elle même ! Elle découvrira aussi que les habitants ont appris à se méfier des affirmations officielles.

Le vendredi 13 septembre, Alexander Sergeev, Président de l’Académie des Sciences de Russie a déclaré à l’Agence Interfax que des mesures doivent être prises pour éliminer les déchets radioactifs et qu’elles seront prises. Il a aussi indiqué que le niveau de radioactivité est revenu à la normale sans donner aucune valeur. Il pense que Rosatom va prendre en charge ces déchets. Le gouverneur de la région a déclaré à l’agence Tass que le démantèlent des barges en vue de leur enlèvement avait commencé. Il a ajouté que “le gouvernement de la région d’Arkhangelsk, en collaboration avec des représentants des structures compétentes et de la communauté scientifique, a organisé et effectué tous les tests de laboratoire nécessaires sur l’eau de mer, le sol et la végétation, confirmant sans équivoque qu’il n’y avait aucune menace pour la santé publique et l’environnement.” Evidemment, aucun résultat n’est rendu public. Voir aussi son message sur les réseaux sociaux :

Le média local tv29.ru explique n’avoir reçu aucune réponse aux questions envoyées la semaine dernière à l’administration régionale à propos de ces barges, qui selon ses informations, seraient toujours dans le même état. En revanche, deux gros hélicoptères auraient survolé la zone et des préparatifs auraient lieu sur place. Les riverains craindraient que le découpage sur la plage entraîne d’autres pollutions et que les morceaux soient enterrés en secret dans la forêt.

Par ailleurs, la dépêche Interfax mentionne que la navigation n’est plus interdite depuis le 10 septembre dernier dans la Baie de Dvina. Mais, les réseaux sociaux signalent que l’interdiction de la baignade a été prolongée jusqu’au 9 octobre et que la navigation demeure interdite à devant le village de Nyonoksa.

Un rassemblement en faveur de l’environnement est prévu le 22 septembre prochain :

A noter que la Norvège a de nouveau détecté de l’iode, sans rapport avec la Russie.

Dimanche 15 septembre, les habitants de la région ont diffusé une photo sur les réseaux sociaux (reprise par TV29.ru) où l’on voit une pelleteuse sur la plage près des barges :

Ils se demandent si les déchets vont être enterrés sur place. Et comme l’accès à la zone est désormais interdit, impossible d’aller vérifier plus près.

Mercredi 18 septembre, le média local TV29.ru a finalement obtenu une réponse des autorités locales à propos de la contamination radioactive. Elles auraient “envoyé des demandes à la Société d’État “Rosatom”, à la marine de la mer Blanche, à l’unité militaire 09703, à Roshydromet, au département territorial du Rospotrebnadzor de Severodvinsk pour la région Arkhangelsk, afin obtenir des informations sur la situation de deux barges métalliques sur la côte du Golfe de Dvina en mer blanche. Toutes les informations seront fournies dans leur intégralité après réception des réponses.” Bref, elles ne savent rien non plus…

La veille, le gouverneur de la région, dans son intervention filmée pour les réseaux sociaux (à partir de 9:40), a tenu, de nouveau, à rassurer la population. Vêtu d’un polo où il est écrit “no fear” et “response team”, il a calmement précisé que les experts ont conclu qu’il n’y avait aucun danger. Soit il a caché des choses à son administration, soit il se contente d’affirmations. A noter que la situation près de Nyonoksa arrive tout à la fin de l’intervention du gouverneur, après le foot en salle, l’armée, l’école, l’église…

Un autre média local, 29.ru, publie un long reportage dans le village de Nyonoksa. Les habitants se plaignent du manque d’information relatives à l’explosion qui a eu lieu le 8 août dernier. Ils sont tous inquiets. Certains n’ont rien changé dans leurs habitudes et continuent à consommer des produits locaux et d’autres veulent quitter le village, ou évitent les produits de la cueillette (baies et champignons) ou de la pêche. Pas de panique dans les propos des habitants, mais de l’indignation.

Les habitants de Nyonoksa ont publié sur les réseaux sociaux plusieurs photos d’hélicoptère militaire utilisé pour le transport de lourdes charges. Comme celle-ci, reprise de ce site :

Cela signifie que le démantèlement des barges a commencé. Mais le missile endommagé par l’explosion, quant à lui, doit être toujours au fond de l’eau, en libérant les radioéléments restants…

Samedi 21 septembre, region29.ru a diffusé une vidéo où l’on voit des opérations de démantèlement des barges radioactives. A part ces images, aucune information n’est fournie, si ce n’est que les personnes sur place semblent être habillées de combinaisons de protection :

L’agence météo russe publie un bulletin mensuel avec ses données de contrôle de la radioactivité dans l’atmosphère. Les données sont généralement mise en ligne le 20 du mois suivant. Nous sommes le 28 septembre 2019, et il n’y a toujours rien pour le mois d’août 2019 sur la page regroupant les données :

Le secret militaire continue de primer sur le droit à l’information des populations riveraines.

Le 1er octobre 2019, selon le média local, 29.ru, l’écologiste Alexei Klimov a constaté que les deux barges et tous les débris ont été retirés de la plage. On ne sait pas où sont les déchets.

Il y a fort à parier que si ces barges n’avaient pas été filmées et que les images n’avaient pas fait le tour de la planète, elles seraient encore là. Ce que craignaient le plus les militaires, ce n’est pas la pollution de l’environnement, ni la santé des riverains, mais que quelqu’un vienne faire des prélèvements et obtienne des informations sur ce qui a explosé…

Selon une dépêche de l’agence Interfax du 11 octobre 2019, Rosatom va stocker les barges dans son Centre de conditionnement et de stockage des déchets radioactifs de Mourmansk, situé dans la Baie de Saida et financé par l’Allemagne.

Fin septembre, tous les équipements auraient été retirés, mais les barges sont toujours sur la plage.

L’agence météo russe, quant à elle, n’a toujours pas publié son bulletin mensuel avec ses données de contrôle de la radioactivité dans l’atmosphère pour le mois d’août…

Mardi 29 août, le bulletin mensuel de l’agence météo russe, avec ses données de contrôle de la radioactivité dans l’atmosphère, est paru pour le mois de septembre 2019, mais toujours rien pour août…

Vendredi 8 novembre, le bulletin du mois d’août de l’agence météo russe est enfin paru ! Le document (lien direct, copie) contient deux passages dédiés à l’explosion près du site de Nyonoksa et l’élévation de radioactivité ambiante :

  • A 12h00 heures, le 8 août 2019, une courte augmentation des niveaux de radioactivités ambiants ont été enregistrés au niveau de 6 balises de contrôle situées à Severodvinsk, de l’oblast d’Arkhangelsk. Les niveaux indiqués vont de 0,45 μSv/h à 1,78 μSv/h. L’agence précise que ce serait lié à des gaz inertes radioactifs. A 14h30, les niveaux ambiants correspondaient au bruit de fond.
  • L’agence fait aussi état d’une augmentation de la concentration en aérosols radioactifs les 8 et 9 août à Severodvinsk (les valeurs affichées vont de 16,5×10-5 Bq/m3 à 431×10-5 Bq/m3) et des dépôts sur le sol. Il n’y avait pas que des gaz inertes, comme on le savait suite à la contamination du personnel médical.

L’Agence ne donne aucune information sur la composition des aérosols contaminés. Rien ne justifie qu’il ait fallu si longtemps pour publier ces quelques données, même si elles contredisent ses premiers propos qui ne mentionnaient que des gaz inertes et prétendaient qu’il n’y avait pas de dépôts sur le sol.

Quatre mois après l’explosion, Rospotrebnadzor, l’agence de protection des consommateurs, a fini par indiquer que la contamination des poissons pêchés au Sud de l’île de Mudyug ne dépasse pas les normes (source). Le site est assez éloigné du lieu de l’explosion et il n’y a pas de données publiées !

Qu’est-ce qui a explosé ?

Mardi 14 août, le média local en ligne 29.ru rapporte qu’un petit sous-marin d’exploration équipé d’un sonar est arrivé sur le site où a eu lieu l’explosion. Sa mission ne serait pas connue. Il pourrait être là pour retrouver des débris de la plateforme offshore.

Jeudi 15 août, les Izvestia, citant des sources militaires, expliquent que ce n’était pas un missile Burevestnik qui était testé, mais un nouveau système de propulsion liquide avec des batteries radioactives, ou source d’énergie isotopique, qui servent à l’allumage de la combustion. Ces batteries ont été développées au Centre nucléaire de Sarov. Malgré l’échec, les développements vont continuer.

Des batteries utilisant des sources radioactives sont déjà utilisées dans des satellites par ou ailleurs (voir Wikipedia). Les caractéristiques de celles utilisées lors du test sont secrètes.

Comme pour le rejet de ruthénium à l’automne 2017, les autorités russes se caractérisent par leur opacité et secret. Et, faute de laboratoire indépendant sur place, il est difficile d’obtenir des informations.

L’information du lundi 26 août sur la composition des radioéléments détectés par l’agence météo (Roshydromet) indique clairement qu’une réaction en chaîne impliquant la fission est à l’origine du rejet radioactif, comme expliqué précédemment. Selon l’agence Tass, Alexey Karpov, le représentant de la Russie auprès des instances internationales basées à Vienne, a déclaré que ce n’était pas un essai nucléaire lors d’une réunion de l’organisation du traité d’interdiction des essais nucléaires. L’essai raté n’entre donc pas dans le champ du traité et il n’a pas d’information à transmettre. Lire son discours en russe.

Jeudi 29 août 2019, CNBC rapporte que selon les services secrets américains, l’explosion n’a pas eu lieu lors d’un essai de missile mais lors d’une tentative de récupération au fond de la mer d’un missile échoué. Il y aurait eu une explosion dans un des bâtiments envoyés sur place pour les opérations qui aurait entraîné une réaction nucléaire dans le missile. L’article ne donne aucune information sur le missile et sa partie nucléaire : mini réacteur pour la propulsion comme cela a été avancé par la presse au tout début de cette affaire ou batterie à base de plutonium servant à l’allumage comme suggéré par les Izvestia.

Selon la chaîne de télévision américaine, ce ne serait pas la première fois que la Russie tente de récupérer un missile échoué.

La radio en langue russe, “radio-liberté”, financée par les Etats-Unis, arrive à des conclusions similaires en apportant des informations complémentaires. Elle publie des images de la plateforme accidentée trouvées sur les réseaux sociaux :

On voit des containers bleus généralement utilisés pour le transport de déchets et matières radioactifs. Il n’y aurait pas eu d’évacuation du village de Nyonoksa, proche du site d’essai, le 8 août 2019, comme c’est habituellement le cas lors d’un test de missile.

Les journalistes sont convaincus que le missile est un Burevestnik équipé d’un petit réacteur nucléaire pour la propulsion, sans le démontrer. Le scénario proposé par cet article est qu’il y aurait eu un début de réactions nucléaires lors du lancement qui se seraient arrêtées. Lors du repêchage, une explosion non nucléaire aurait entraîné une fuite de la partie nucléaire et ce sont surtout les gaz inertes qui seraient sortis de l’eau.

Le mardi 3 septembre, Radio liberté a publié en russe et en anglais des photos de haute résolution barges échouées sur la plage. Un agrandissement permet de voir des détails, comme sur cette photo :

On peut voir une grue qui aurait servi à repêcher le missile et qui est retombée sur le container bleu. Ce serait une grue italienne “Fassi” qui pourrait soulever entre 4,5 et 5,5 tonnes. Il y aurait aussi un générateur diesel. Le container jaune, à gauche, pourrait être un fût de marque allemande pour y mettre des déchets radioactifs, selon la radio. Enfin, tout devant, on voit une échelle qui aurait pu servir à des plongeurs.

Sur l’autre barge, un zoom permet de lire le numéro du container bleu.

Pour en savoir plus sur ces barges, leur origine et leurs caractéristiques, voir cette enquête publiée le 12 septembre 2019.

Le 1er octobre 2019, selon le média local, 29.ru, l’écologiste Alexei Klimov a constaté que les deux barges et tous les débris ont été retirés de la plage. On ne sait pas où sont les déchets.

Il y a fort à parier que si ces barges n’avaient pas été filmées et que les images n’avaient pas fait le tour de la planète, elles seraient encore là. Ce que craignaient le plus les militaires, ce n’est pas la pollution de l’environnement, ni la santé des riverains, mais que quelqu’un vienne faire des prélèvements et obtienne des informations sur ce qui a explosé…

Jeudi 10 octobre, comme le rapporte Radio Liberté, le représentant des Etats-Unis, a déclaré à l’ONU : “Les États-Unis ont déterminé que l’explosion près de Nyonoksa, en Russie, était le résultat d’une réaction nucléaire survenue lors de la récupération d’un missile de croisière russe à propulsion nucléaire. Le missile est resté sur le lit de la mer Blanche depuis l’échec de son essai au début de l’année dernière, à proximité immédiate d’un grand centre de population.” (source).

Jeudi 31 octobre, la Deutsche Welle (radio-télévision internationale allemande), a publié, en russe, un long article sur l’explosion près de Nyonoksa. Il y aurait désormais consensus que la tragédie a eu lieu lors d’une tentative de repêchage. Selon les experts américains consultés, qui surveillent la zone à l’aide d’images satellites, aucune activité n’a été repérée.

Quant au gouvernement allemand, il semble privilégier la piste d’un mini réacteur, dans sa réponse à Sylvia Kotting-Uhl, présidente du comité environnemental au Bundestag. Il aurait aussi plus confiance en Roshydromet qu’en Rosatom ou le gouvernement russe. L’explosion aurait été de 75 à 750 kg de TNT. Comme le précise le Spiegel, le gouvernement allemand estime qu’il y aurait eu de 1019 à 1020 fissions, ce qui serait de la même ampleur que l’accident de criticité qui a eu lieu à Tôkaï-mura au Japon en 1999.

En revanche, il n’est pas possible de conclure sur la nature du projectile qui a explosé lors de la tentative de repêchage.

Pour Anne Pellgrino, du James Martin Center for Nonproliferation Studies aux Etats-Unis, citée par la Deutsche Welle, le missile contenait peut-être un mini-réacteur à neutrons rapide au sodium. Une fuite de sodium aurait pu entraîner l’explosion au contact de l’eau et provoquer une petite réaction nucléaire en chaîne.

Le 7 décembre, les autorités régionales ont prolongé jusqu’au 7 janvier 2020 l’interdiction de navigation dans la baie de Dvina (source). Cette interdiction a été mise en place juste après l’explosion. Sera-t-elle prolongée tant que le missile gît au fond de l’eau ?

Le 13 janvier 2020, les autorités ont prolongé l’interdiction de navigation et de baignade dans la baie de Dvina (source) jusqu’au 6 février 2020. Cela risque d’être prolongé tant que le missile est au fond de l’eau. La principale raison semble être de contenir l’information.

A suivre…

Accident nucléaire grave : la France n’est pas prête

Article initialement publié en Avril 2016

En cas d’accident nucléaire grave, la France n’est pas prête. Tel est le constat d’une étude de l’ACRO effectuée pour l’ANCCLI (Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information). En effet, les leçons de la catastrophe de Tchernobyl ont été ignorées, car il s’agissait d’un accident qualifié de « soviétique », donc impossible en France. Celles de la catastrophe de Fukushima tardent à être prise en compte.

L’étendue des Plans Particuliers d’Intervention (PPI) est toujours limitée à 10 km, alors que l’impact des accidents graves va bien au-delà. Le rapport ATHLET des autorités de sûreté nucléaire et compétentes en radioprotection européennes recommande pourtant de se préparer à évacuer jusqu’à 20 km, protéger la thyroïde et se mettre à l’abri jusqu’à 100 km.

En cas d’évacuation, les personnes vulnérables, comme les malades hospitalisés ou les personnes âgées, sont celles qui risquent le plus. Il y a eu de nombreux décès au Japon. Il y a urgence à prévoir des mesures de protection appropriées pour elles.

Les plans d’urgence n’ont pas été évalués scientifiquement, comme c’est le cas en Amérique du Nord où une évaluation des temps d’évacuation est obligatoire.

Depuis l’accident nucléaire de Fukushima, il n’y a pas eu d’évolution : le plan national de janvier 2014 n’a pas étendu les distances de référence. Les nouveaux PPI sont essentiellement du copié-collé des anciens. Comparativement, la Suisse a étendu la pré-distribution d’iode à 50 km autour de ses centrales nucléaires. En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé vient de préconiser d’adopter des recommandations du rapport ATHLET et d’étudier les vulnérabilités, et ce d’ici la fin 2016. En Allemagne, la Commission de radioprotection recommande aussi d’étendre les PPI jusqu’à 100 km.

Qu’attend la France ?

Etude pour l’ANCCLI

Lire le rapport complet au format pdf

Pour lire le résumé : http://fukushima.eu.org/plans-durgence-nucleaire-en-france-forces-et-faiblesses/

acronique du nucléaire #126, septembre 2019

  • Agir avec l’ACRO.
  • Surveillance citoyenne de la radioactivité dans les eaux de la Loire et de la Vienne : contamination anormalement élevée à Saumur en janvier 2019, communiqué commun avec le collectif Loire Vienne Zéro nucléaire du 17/06/2019.
  • La Loire, un fleuve classé au patrimoine de l’Unesco, surveillé par l’ACRO.
  • Tritium dans l’eau potable : plus de 6 millions de français concernés (…), communiqué ACRO du 17/07/2019.
  • Rumeurs et mises au point de l’ACRO
  • Revue de presse.

 

Débat public sur le plan de gestion des matières et déchets radioactifs : l’ACRO publie trois cahiers d’acteurs

Du 17 avril au 25 septembre 2019 a lieu en France un grand débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) organisé par la Commission Nationale de Débat Public. C’est la première fois que ce plan est soumis au débat, bien qu’il en soit à sa cinquième édition. Outre des réunions publiques organisées dans plusieurs villes en France, il était possible de s’informer et de contribuer via le site Internet dédié. Le débat est désormais terminé et les conclusions sont en ligne :
https://pngmdr.debatpublic.fr/

L’ACRO a déjà soumis trois cahiers d’acteurs :

Le PNGMDR, élaboré par le Ministère de la Transition écologique et solidaire et l’Autorité de Sûreté Nucléaire, constitue un outil de pilotage pour gérer l’ensemble des matières et déchets radioactifs. Le Plan comme le débat couvrent donc un champ très large, mais de nombreux enjeux ont été mis en avant pour ce débat. Outre ceux traités dans les deux cahiers rédigés par l’ACRO, en voici quelques autres.

La gestion des déchets de très faible activité et les conséquences du démantèlement

Issus majoritairement du fonctionnement, de la maintenance et du démantèlement des installations nucléaires et se présentant généralement sous forme de déchets inertes (bétons, gravats, terres ou métaux), les déchets de très faible activité (TFA) sont stockés au centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (CIRES) exploité par l’ANDRA à Morvilliers. La France n’a pas adopté de « seuil de libération » qui permet d’en considérer une partie comme non radioactive.

Comme le volume va s’accroître avec le démantèlement, les industriels veulent introduire ce seuil pour faire des économies alors que la société civile est très satisfaite de la situation actuelle, laquelle correspond à la doctrine de l’IRSN et de l’ASN.

La question de l’enfouissement des déchets les plus radioactifs

Le projet de stockage géologique profond, Cigéo géré par l’Andra, fait l’objet d’une forte contestation. Des questions demeurent sur sa réversibilité, sur l’inventaire des déchets à stocker, sur la gouvernance à adopter sur le site…

La recherche de solutions de gestion pour les déchets de faible activité, à vie longue

La recherche d’un site pour enfouir les déchets dits de faible activité à vie longue (FA-VL) en 2009 a été un échec. Les autorités cherchent toujours une solution de gestion.

La problématique des déchets miniers

L’exploration et l’exploitation des mines d’uranium en France de 1948 à 2001 ont généré des déchets, des stériles miniers et des résidus de traitement (produits restant après extraction de l’uranium). Les premiers sont restés le plus souvent sur les sites de production, les seconds sont stockés sur 17 sites et relèvent de la réglementation des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et placés sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Le débat doit permettre d’évoquer notamment le recensement des verses stériles, la réhabilitation des anciens sites miniers d’uranium et leur mémoire, la gestion des rejets, le traitement des eaux, et les incidences sanitaires pour les riverains.

La gestion des situations historiques

SI le site du débat ne le mentionne pas explicitement, le Centre de Stockage de la Manche est toujours un sujet de préoccupation pour nous et nous veillerons à ce qu’il ne soit pas oublié.

Les déchets de la défense

Le site Internet de la consultation mentionne que le débat public peut être l’occasion d’évoquer « les informations qui pourront être données aux citoyens sur les modalités de gestion des déchets ainsi produits et les dispositifs existants ». Cette phrase en dit long sur le niveau de secret qui entoure ces déchets.

Les déchets nucléaires étrangers

Le site de la consultation précise que le débat public pourra être « l’occasion d’évoquer ce point et des informations pourront être données aux citoyens ». Pas question de débattre donc alors qu’il a un énorme enjeu concernant les matières radioactives étrangères dites « valorisables », mais qui ne sont pas valorisées. Seront-elles renvoyées en cas de déclassement en déchets ?

A tout cela s’ajoutent, bien entendu, les questions de santé publique, d’environnement, ainsi que celles relatives à la sûreté et à la sécurité des transports et des installations d’entreposage et de stockage. Le coût et le financement de la gestion des matières et déchets radioactifs sont aussi des enjeux importants.