Projet de dépotoir radioactif à Chalk River au Canada : mise à jour de l’expertise du projet par l’ACRO

En 2018, l’ACRO avait été sollicitée par ICI Radio-Canada Télé et par la Communauté métropolitaine de Montreal pour apporter son expertise sur le projet de dépotoir radioactif à Chalk River au Canada. Situé à 200 kilomètres en amont de la région Ottawa-Gatineau, le complexe nucléaire de Chalk River sert, depuis les années 1950, de laboratoire pour le développement de l’industrie nucléaire canadienne. Un lieu “d’élimination” de déchets radioactifs est projeté sur le site d’un milieu humide à proximité de la rivière des Outaouais présentant ainsi des risques de contamination en cas de fuite. Cette rivière est une importante source d’eau potable pour une grande partie des habitants du Grand Montréal.

Le processus de consultation des parties prenantes se poursuit et les Laboratoires nucléaires canadiens (le promoteur) ont revu leur copie : ils n’envisagent plus que d’y stocker des déchets de faible activité, excluant ainsi les déchets de moyenne activité initialement inclus.

Dans ce contexte, la Communauté métropolitaine de Montréal a de nouveau sollicité l’ACRO afin de prendre en compte les évolutions du projet. Nous avons mis à jour notre rapport d’expertise qui a été soumis par la Communauté à la Commission Canadienne de Sûreté Nucléaire. Une audience publique aura lieu du 30 mai au 3 juin 2022.

Lire l’avis de la Communauté métropolitaine de Montréal accompagné du rapport d’expertise de l’ACRO mis à jour.

Liens externes :

Une animation du dépotoir nucléaire proposé à Chalk River.

 

Tritium dans la Loire : résultats de l’étude de l’IRSN à Saumur, en aval de Chinon

L’IRSN a publié le rapport de son étude de la dispersion du tritium dans la Loire en aval de la centrale nucléaire de Chinon (lien direct). Voici les commentaires de l’ACRO publiés en annexe du rapport.


La surveillance citoyenne des rejets radioactifs des installations nucléaires mise en place par l’ACRO – avec des associations partenaires dans le cas du bassin de la Loire – a pour but de répondre à des questions ignorées par la surveillance officielle. C’est pourquoi les prélèvements se font souvent dans des lieux jamais investigués par ailleurs et dans des conditions différentes, tout en respectant la rigueur scientifique et les normes, du prélèvement à la mesure.

La concentration en tritium de 310 Bq/L mesurée par l’ACRO dans un échantillon prélevé le 21 janvier 2019 dans la Loire depuis le milieu du pont Cessart à Saumur est particulièrement élevée par rapport à ce qui est mesuré par ailleurs. Un tel résultat demandait des investigations et l’ACRO est très satisfaite de l’ampleur de la réponse officielle. C’est particulièrement le cas de la présente étude qui a coûté l’équivalent de trois années de budget de l’association.

La principale conclusion de l’étude est de confirmer qu’il n’y a pas de bon mélange des rejets en tritium sur plus de 20 km en aval de la centrale nucléaire de Chinon, comme l’ACRO l’avait déjà montré dans sa note publiée le 6 octobre 2020. L’hypothèse de bon mélange était pourtant bien ancrée dans les esprits et est sous-jacente aux autorisations de rejet. Dans sa note datée du 17 octobre 2019, l’IRSN avait, sur cette base, mis en cause notre « méthodologie du prélèvement » qui n’aurait pas été effectué dans la « zone de bon mélange ».

La présente étude clôt le débat et personne ne sait situer la zone de bon mélange sur laquelle repose la réglementation liée aux rejets.

La principale conséquence est que, la plupart du temps, la station multi-paramètres d’EDF, qui sert aussi à l’IRSN, ne détecte pas les rejets radioactifs de la centrale de Chinon qu’elle est supposée surveiller ! Et, comme le souligne l’IRSN, elle ne peut donc pas détecter d’éventuels rejets non maîtrisés. Une telle situation est d’autant plus inquiétante que le tritium se retrouve dans l’eau de distribution en aval des installations nucléaires le long de la Loire et la Vienne.

Enfin, la principale valeur ajoutée de cette étude est la modélisation de la dispersion des rejets radioactifs dans le fleuve. Dès les premiers échanges sur ce projet d’étude, en février 2020, l’ACRO avait suggéré de ne pas se limiter au pont Cessart et d’utiliser aussi d’autres ponts en amont pour étudier les transects. L’association soulignait aussi l’intérêt d’effectuer également des prélèvements à différentes profondeurs, afin de mieux appréhender la dispersion verticale et de faire des simulations numériques préalables afin de mieux déterminer les points de prélèvement pertinents pour contraindre les modèles.

Les résultats présentés dans cette étude sont indispensables pour comprendre le comportement des rejets, mais la modélisation ne peut, en aucun cas, remplacer un système de surveillance performant.

Enfin, l’ACRO a apprécié la mise en place et le fonctionnement du comité de suivi de l’étude. Elle espère que les parties prenantes seront associées à la suite des investigations et mesures correctives, car les questions ouvertes restent nombreuses. Il est important que le contrôle des rejets par l’exploitant et l’IRSN soit effectif. Il y a aussi un besoin de beaucoup plus de transparence sur les rejets. Enfin, des actions sont nécessaires pour réduire l’impact sur l’eau de distribution.

Sans la surveillance mise en place par les associations locales et l’ACRO, toutes ces questions n’auraient pas été soulevées. Ces organisations vont donc poursuivre leur surveillance citoyenne des rejets des installations nucléaires dans le bassin de la Loire.


Publications ACRO sur le tritium dans le bassin de la Loire :

  • Contamination anormalement élevée à Saumur en janvier 2019 : du tritium à 310 Bq/L dans la Loire, 18 juin 2019
  • Du tritium dans l’eau potable ! Plus de 6 millions de français sont concernés.
    Quelle eau potable en cas d’accident nucléaire grave ?, 17 juillet 2019
  • Surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne, 6 octobre 2020
  • Tritium dans la Loire : la surveillance officielle défaillante, 1er juillet 2021

La convention OSPAR pour la protection de l’Atlantique du Nord-Est reporte discrètement de 2020 à 2050 son engagement de réduire les rejets radioactifs en mer

Suite à la réunion de Cascais de la convention OSPAR pour la protection de l’Atlantique du Nord-Est, qui s’est tenue le 1er octobre dernier, les ministres participants ont discrètement repoussé à 2050 l’engagement pris en 1998, à Sintra, de réduire les rejets radioactifs en mer à des niveaux dans l’environnement proches de zéro à l’horizon 2020. Une fois de plus, les engagements internationaux en faveur de l’environnement sont bafoués. C’est de mauvais augure pour la COP26 qui doit se tenir bientôt à Glasgow.

La France est la première bénéficiaire de ce report de 30 années, car, avec son usine de retraitement à La Hague, elle a les plus forts rejets radioactifs en mer d’Europe. Et ces rejets ne baissent pas, comme le montrent les résultats de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement effectuée par l’ACRO depuis plus de 25 ans.

Les engagements pris en 1998, à Sintra au Portugal, par les Etats membres de la convention OSPAR avaient pourtant été confirmés lors des réunions suivantes de 2003 à Brême et de 2010 à Bergen : ramener, pour les substances radioactives, les niveaux dans l’environnement à des niveaux proches du bruit de fond pour les substances naturelles et proches de zéro pour celles d’origine artificielle.

Les résultats de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement effectuée par l’ACRO depuis plus de 25 ans, montrent que le compte n’y est pas : les rejets de l’usine de retraitement Orano de La Hague sont visibles tout le long du littoral de la Manche et, lors de l’été 2021, ils pouvaient encore être détectés jusqu’à la frontière danoise. L’association condamne cette prolongation de 30 ans des permis à polluer et demande instamment à la France de réduire significativement ses rejets radioactifs en mer en mettant en œuvre les technologies disponibles. Elle va, de son côté, maintenir sa vigilance.

Les radioéléments prédominants

Le « Bilan de santé » effectué en 2010 par la convention OSPAR précise que les usines liées à la fabrication et au retraitement du combustible sont responsables de 98% des rejets de radioéléments provenant du secteur nucléaire. L’usine de retraitement britannique de Sellafield ayant cessé son activité en 2020, les rejets français sont désormais ultra dominants.

Dans sa dernière contribution à la convention OSPAR, datée de 2019, La France reconnaît que les radioéléments qui ont le plus fort impact sont l’iode-129 et le carbone-14 : la dose du groupe de référence, à savoir les pêcheurs locaux, serait réduite de 30% si ces deux radioéléments étaient filtrés. La réduction des rejets en cobalt-60 entraînerait, quant à elle, une réduction de 4% de la dose du même groupe de référence. Mais, malheureusement, Orano n’a pas mis en œuvre les technologies disponibles dans d’autres pays pour réduire les rejets de ces trois éléments. L’iode et le cobalt font partie des 62 radioéléments filtrés par la station ALPS à Fukushima.

Dans le cadre de son Observatoire citoyen de la radioactivité dans l’environnement, l’ACRO détecte systématiquement l’iode-129 dans les algues tout le long du littoral de la Manche à des teneurs qui ne diminuent pas avec le temps. Elle en a détecté jusqu’à la frontière danoise.

Le cobalt-60 est régulièrement détecté dans les algues prélevées dans le Nord-Cotentin et plus épisodiquement à St-Valéry-en-Caux, près des centrales nucléaires de Penly et Paluel en Seine maritime.

L’ACRO n’a pas la capacité technique de mesurer le carbone-14, qui est aussi présent naturellement dans l’environnement, mais le constat radiologique publié par l’IRSN montre qu’il y a une contribution systématique des rejets des installations nucléaires et que l’on retrouve donc des niveaux qui dépassent significativement les niveaux naturels dans la Manche et la Mer du Nord, jusqu’aux Pays-Bas. Les plus fortes teneurs sont plus de deux fois plus élevées que les niveaux naturels.

Il est important de noter que les rejets en tritium (hydrogène radioactif) ont, quant à eux, fortement augmenté depuis la déclaration de Sintra. L’usine Orano de La Hague a les rejets les plus élevés au monde, selon le bilan fait par le gouvernement japonais : l’usine rejette tous les 30 jours ce que s’apprête à rejeter le Japon à Fukushima en 30 ans !

L’ACRO surveille aussi le tritium dans l’eau de mer. Dans le Nord-Cotentin, les teneurs sont plus de 100 fois plus élevées que le bruit de fond naturel.

Tous les résultats sont détaillés dans les annexes jointes.

Les teneurs ambiantes dans l’environnement marin ne sont ni proches de zéro pour les substances radioactives artificielles (iode-129 et cobalt-60) et ni proches des niveaux naturels pour le tritium et carbone-14. L’excuse des besoins de plus de recherches et développement pour réduire les rejets radioactifs en mer, avancée dans la contribution française à OSPAR, n’est pas recevable. A l’exclusion du tritium, des technologies sont disponibles et utilisées dans d’autres pays. Elles doivent être utilisées en France.

-> Télécharger ce communiqué et ses annexes en un seul fichier.

Pour consulter les résultats de l’Observatoire citoyen de la radioactivité dans l’Environnement, c’est par ici.

The OSPAR Convention for the Protection of the North-East Atlantic discreetly postpones its commitment to reduce radioactive discharges at sea from 2020 to 2050

Following the Cascais meeting of the OSPAR Convention for the Protection of the North-East Atlantic, which took place on October 1, the participating ministers discreetly postponed until 2050 the commitment made in 1998 in Sintra to reduce radioactive discharges into the sea to levels close to zero by 2020. Once again, international commitments to the environment are being disregarded. This does not bode well for the upcoming COP26 in Glasgow.

France is the first beneficiary of this 30-year postponement because, with its reprocessing plant at La Hague, it has the highest radioactive discharges to the sea in Europe. And these discharges are not decreasing, as shown by the results of the citizen monitoring of radioactivity in the environment carried out by ACRO for over 25 years.

The commitments made in 1998 in Sintra, Portugal, by the member states of the OSPAR Convention were confirmed at the following meetings in 2003 in Bremen and 2010 in Bergen: to reduce the levels of radioactive substances in the environment to levels close to background noise for natural substances and close to zero for those of human origin.

The results of the citizen monitoring of radioactivity in the environment carried out by ACRO for more than 25 years show that the situation is not satisfactory: discharges from the Orano reprocessing plant at La Hague are visible all along the Channel coastline and, in the summer of 2021, could still be detected as far as the Danish border. The association condemns this 30-year extension of the pollution permits and urges France to significantly reduce its radioactive discharges at sea by implementing available technologies. It will, for its part, maintain its vigilance.

Major radioelements

The OSPAR Convention’s 2010 “Quality Status” states that fuel fabrication and reprocessing plants are responsible for 98% of radioelement discharges from the nuclear sector. With the UK’s Sellafield reprocessing plant closing in 2020, French discharges are now ultra-dominant.

In its latest contribution to the OSPAR Convention, dated 2019, France acknowledges that the radioelements with the greatest impact are iodine-129 and carbon-14: the dose to the reference group, i.e. local fishermen, would be reduced by 30% if these two radioelements were filtered. The reduction of cobalt-60 discharges would lead to a 4% reduction in the dose of the same reference group. Unfortunately, Orano has not implemented the technologies available in other countries to reduce discharges of these three elements. Iodine and cobalt are among the 62 radioelements filtered by the ALPS station at Fukushima.

As part of its Citizen’s Observatory of Radioactivity in the Environment, ACRO systematically detects iodine-129 in algae all along the Channel coastline at levels that do not decrease with time. It has detected it as far as the Danish border.

Cobalt-60 is regularly detected in algae collected in the Nord-Cotentin region and more episodically in St-Valéry-en-Caux, near the Penly and Paluel nuclear power plants in the Seine Maritime.

ACRO does not have the technical capacity to measure carbon-14, which is also naturally present in the environment, but the radiological report published by IRSN shows that there is a systematic contribution from discharges from nuclear facilities and that levels significantly exceed natural levels in the Channel and the North Sea, as far as the Netherlands. The highest levels are more than twice as high as natural levels.

It is important to note that tritium (radioactive hydrogen) discharges have risen sharply since the Sintra declaration. Orano’s La Hague plant has the highest discharges in the world, according to the Japanese government’s assessment: the plant discharges every 30 days what Japan is about to discharge in 30 years in Fukushima!

ACRO also monitors tritium in seawater. In the Nord-Cotentin region, the levels are more than 100 times higher than the natural background.

All results are detailed in the appendice to the OSPAR Press Release

Ambient levels in the marine environment are not close to zero for artificial radioactive substances (iodine-129 and cobalt-60), nor close to background levels for tritium and carbon-14. The excuse of the need for more research and development to reduce radioactive discharges at sea, put forward in the French contribution to OSPAR, cannot be accepted. With the exception of tritium, technologies are available and used in other countries. They must be used in France.

Malgré les engagements internationaux de la France, les rejets radioactifs en mer ne baissent pas

Communiqué de presse du 29 septembre 2021

Avec son usine de retraitement à La Hague, la France a les plus forts rejets radioactifs en mer d’Europe. Et ces rejets ne baissent pas, malgré les engagements pris en 1998, à Sintra au Portugal, par les Etats membres de la convention OSPAR pour la protection de l’Atlantique du Nord-Est :
« NOUS CONVENONS […] d’empêcher que la zone maritime ne soit polluée par des radiations ionisantes, ceci par des réductions progressives et substantielles des rejets, émissions et pertes de substances radioactives, le but étant en dernier ressort de parvenir à des teneurs, dans l’environnement, proches des teneurs ambiantes dans le cas des substances radioactives présentes à l’état naturel, et proches de zéro dans le cas des substances radioactives artificielles […].
NOUS FERONS EN SORTE que les rejets, émissions et pertes de substances radioactives soient, d’ici l’an 2020, ramenés à des niveaux tels que, par rapport aux niveaux historiques, les concentrations additionnelles résultant desdits rejets, émissions et pertes soient proches de zéro. »
Ces engagements ont été confirmés lors des réunions suivantes de 2003 à Brême et de 2010 à Bergen.

Mais, les résultats de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement effectuée par l’ACRO depuis plus de 25 ans, montrent que le compte n’y est pas : les rejets de l’usine de retraitement Orano de La Hague sont visibles tout le long du littoral de la Manche et, lors de l’été 2021, ils pouvaient encore être détectés jusqu’à la frontière danoise. L’association demande donc instamment à la France de respecter ses engagements internationaux en réduisant significativement ses rejets radioactifs en mer. Elle va, de son côté, maintenir sa vigilance.

Les radioéléments prédominants

Le « Bilan de santé » effectué en 2010 par la convention OSPAR précise que les usines liées à la fabrication et au retraitement du combustible sont responsables de 98% des rejets de radioéléments provenant du secteur nucléaire. L’usine de retraitement britannique de Sellafield ayant cessé son activité en 2020, les rejets français sont désormais ultra dominants.

Dans sa dernière contribution à la convention OSPAR, datée de 2019, La France reconnaît que les radioéléments qui ont le plus fort impact sont l’iode-129 et le carbone-14 : la dose du groupe de référence, à savoir les pêcheurs locaux, serait réduite de 30% si ces deux radioéléments étaient filtrés. La réduction des rejets en cobalt-60 entraînerait, quant à elle, une réduction de 4% de la dose du même groupe de référence. Mais, malheureusement, Orano n’a pas mis en œuvre les technologies disponibles dans d’autres pays pour réduire les rejets de ces trois éléments. L’iode et le cobalt font partie des 62 radioéléments filtrés par la station ALPS à Fukushima.

Dans le cadre de son Observatoire citoyen de la radioactivité dans l’environnement, l’ACRO détecte systématiquement l’iode-129 dans les algues tout le long du littoral de la Manche à des teneurs qui ne diminuent pas avec le temps. Elle en a détecté jusqu’à la frontière danoise.

Le cobalt-60 est régulièrement détecté dans les algues prélevées dans le Nord-Cotentin et plus épisodiquement à St-Valéry-en-Caux, près des centrales nucléaires de Penly et Paluel en Seine maritime.

L’ACRO n’a pas la capacité technique de mesurer le carbone-14, qui est aussi présent naturellement dans l’environnement, mais le constat radiologique publié par l’IRSN montre qu’il y a une contribution systématique des rejets des installations nucléaires et que l’on retrouve donc des niveaux qui dépassent significativement les niveaux naturels dans la Manche et la Mer du Nord, jusqu’aux Pays-Bas. Les plus fortes teneurs sont plus de deux fois plus élevées que les niveaux naturels.

Il est important de noter que les rejets en tritium (hydrogène radioactif) ont, quant à eux, fortement augmenté depuis la déclaration de Sintra. L’usine Orano de La Hague a les rejets les plus élevés au monde, selon le bilan fait par le gouvernement japonais : l’usine rejette tous les 30 jours ce que s’apprête à rejeter le Japon à Fukushima en 30 ans !

L’ACRO surveille aussi le tritium dans l’eau de mer. Dans le Nord-Cotentin, les teneurs sont plus de 100 fois plus élevées que le bruit de fond naturel.

Tous les résultats sont détaillés dans l’Annexe au Communiqué Presse OSPAR

Les teneurs ambiantes dans l’environnement marin ne sont pas proches de zéro pour les substances radioactives artificielles (iode-129 et cobalt-60), ni proches des niveaux naturels pour le tritium et le carbone-14. L’excuse des besoins de plus de recherches et développement pour réduire les rejets radioactifs en mer, avancée dans la contribution française à OSPAR, n’est pas recevable. A l’exclusion du tritium, des technologies sont disponibles et utilisées dans d’autres pays. Elles doivent être utilisées en France.

Pour consulter les résultats de l’Observatoire citoyen de la radioactivité dans l’Environnement, c’est par ici.

Despite France’s international commitments, radioactive discharges at sea are not decreasing

Press release of 29 September 2021

With its reprocessing plant at La Hague, France has the highest radioactive discharges into the sea in Europe. And these discharges are not decreasing, despite the commitments made in 1998 in Sintra, Portugal, by the member states of the OSPAR Convention for the Protection of the North-East Atlantic:
“WE AGREE […] to prevent pollution of the maritime area from ionising radiation through progressive and substantial reductions of discharges, emissions and losses of radioactive substances, with the ultimate aim of concentrations in the environment near background values for naturally occurring radioactive substances and close to zero for artificial radioactive substances. […] WE SHALL ENSURE that discharges, emissions and losses of radioactive substances are reduced by the year 2020 to levels where the additional concentrations in the marine environment above historic levels, resulting from such discharges, emissions and losses, are close to zero.”
These commitments were confirmed at subsequent meetings in 2003 in Bremen and 2010 in Bergen.

However, the results of ACRO’s 25 years of citizen monitoring of radioactivity in the environment show that this is not the case: discharges from the Orano reprocessing plant in La Hague can be seen all along the Channel coastline and, in the summer of 2021, could still be detected as far as the Danish border. The association therefore urges France to respect its international commitments by significantly reducing its radioactive discharges at sea. It will, for its part, maintain its vigilance.

Major radioelements

The OSPAR Convention’s 2010 “Quality Status” states that fuel fabrication and reprocessing plants are responsible for 98% of radioelement discharges from the nuclear sector. With the UK’s Sellafield reprocessing plant closing in 2020, French discharges are now ultra-dominant.

In its latest contribution to the OSPAR Convention, dated 2019, France acknowledges that the radioelements with the greatest impact are iodine-129 and carbon-14: the dose to the reference group, i.e. local fishermen, would be reduced by 30% if these two radioelements were filtered. The reduction of cobalt-60 discharges would lead to a 4% reduction in the dose of the same reference group. Unfortunately, Orano has not implemented the technologies available in other countries to reduce discharges of these three elements. Iodine and cobalt are among the 62 radioelements filtered by the ALPS station at Fukushima.

As part of its Citizen’s Observatory of Radioactivity in the Environment, ACRO systematically detects iodine-129 in algae all along the Channel coastline at levels that do not decrease with time. It has detected it as far as the Danish border.

Cobalt-60 is regularly detected in algae collected in the Nord-Cotentin region and more episodically in St-Valéry-en-Caux, near the Penly and Paluel nuclear power plants in the Seine Maritime.

ACRO does not have the technical capacity to measure carbon-14, which is also naturally present in the environment, but the radiological report published by IRSN shows that there is a systematic contribution from discharges from nuclear facilities and that levels significantly exceed natural levels in the Channel and the North Sea, as far as the Netherlands. The highest levels are more than twice as high as natural levels.

It is important to note that tritium (radioactive hydrogen) discharges have risen sharply since the Sintra declaration. Orano’s La Hague plant has the highest discharges in the world, according to the Japanese government’s assessment: the plant discharges every 30 days what Japan is about to discharge in 30 years in Fukushima!

ACRO also monitors tritium in seawater. In the Nord-Cotentin region, the levels are more than 100 times higher than the natural background.

All results are detailed in the appendice to the OSPAR Press Release

Ambient levels in the marine environment are not close to zero for artificial radioactive substances (iodine-129 and cobalt-60), nor close to background levels for tritium and carbon-14. The excuse of the need for more research and development to reduce radioactive discharges at sea, put forward in the French contribution to OSPAR, is not acceptable. With the exception of tritium, technologies are available and used in other countries. They must be used in France.

Tritium dans la Loire : la surveillance officielle défaillante

Depuis que l’ACRO a étendu son observatoire citoyen de la radioactivité dans l’environnement au bassin de la Loire et de la Vienne, les choses bougent. La mesure, en janvier 2019, de 310 Bq de tritium par litre d’eau de la Loire à Saumur, à une vingtaine de kilomètres en aval de la centrale de Chinon a déclenché une vaste étude menée par l’IRSN qui conduit les autorités à admettre que les rejets radioactifs ne se diluent pas comme prévu dans le fleuve.

Repartons du début : les quatre réacteurs de la centrale de Chinon sont autorisés à rejeter 80 TBq de tritium par an dans la Loire, soit environ 4 fois plus que ce qui devrait être rejeté chaque année à Fukushima. Lors de ces rejets, EDF doit veiller à ce que la concentration moyenne sur 24h, en supposant un bon mélange dans l’eau du fleuve, ne dépasse pas 80 Bq/L. Ce bon mélange est très théorique et personne ne peut dire à quelle distance de la centrale il a lieu. Localement, au niveau de la station de mesure multiparamètres, située à 6,5 km en aval du point de rejet, l’activité volumique mesurée dans l’environnement ne doit pas dépasser, en moyenne sur une heure, 280 Bq/L à mi-rejet et 140 Bq/L en moyenne journalière (décision n°2015-DC-0528 de l’ASN).

Ainsi, quand l’ACRO a mesuré 310 Bq/L à Saumur, à environ 20 km en aval de la centrale de Chinon, ces valeurs étaient largement dépassées. Pourtant rien d’anormal n’avait été relevé au niveau de la station multiparamètres aval… L’ASN et l’IRSN ont donc cherché à comprendre en lançant une étude au niveau du pont Cessart de Saumur, exactement là où l’échantillon particulièrement contaminé a été prélevé. Le coût global pour l’IRSN de cette étude est supérieur à 650 000€ !

L’IRSN a installé des préleveurs automatiques de part et d’autre du pont. Elle a aussi fait faire des prélèvements manuels depuis le pont afin d’étudier la dispersion latérale de la pollution au tritium. Les premiers résultats ont été présentés à un comité de suivi auquel l’ACRO participe. Il en ressort que le mélange est, la plupart du temps, imparfait au niveau du pont Cessart à Saumur, comme l’ACRO l’avait déjà montré en octobre 2020. La contamination en rive gauche est généralement caractéristique de l’eau de la Vienne et celle en rive droite de l’eau de la Loire dans laquelle les rejets de Chinon ne sont pas encore bien mélangés.

L’IRSN a aussi accès aux informations détaillées concernant les rejets de toutes les installations nucléaires sur la Loire et la Vienne ce qui lui permet de confronter les mesures à la modélisation de l’impact des rejets radioactifs. A l’aide du code utilisé habituellement, basé sur un modèle à une dimension, il arrive à expliquer les concentrations observées en changeant les hypothèses de mélange en fonction des circonstances. Cela signifie que l’institut ne peut pas prédire le comportement de la pollution, juste interpréter ce qui est mesuré.

L’IRSN a aussi confronté les résultats des mesures d’EDF au niveau de sa station multiparamètres avec ses modèles. Il en ressort que, très souvent, cette station ne détecte pas les rejets de Chinon, qui passent, en majorité, de l’autre côté de l’île située en face de la station (voir les images satellite ci-dessous) ! Il lui arrive aussi de ne même pas détecter le tritium rejeté par les centrales en amont. L’IRSN l’explique par les eaux du Cher et de l’Indre qui se jettent dans la Loire en amont de Chinon et qui ne se seraient pas encore bien mélangées.

La station multiparamètres d’EDF ne surveille donc pas bien les rejets de Chinon. Contraindre les rejets par une concentration maximale à ce niveau n’est donc pas très contraignant !

EDF est consciente du problème et elle mène des études qui « [contribuent] à alimenter la réflexion sur l’amélioration de la représentativité du point de prélèvement de la surveillance aval »… Elle a aussi reconnu, lors de la réunion du 22 mars 2021 du comité de suivi, que ce problème concerne aussi St Laurent des Eaux et parfois Belleville.

L’IRSN a aussi développé, pour l’occasion, un modèle à deux dimensions de la dispersion du tritium afin de mieux appréhender les variations transversales de concentration dans l’eau du fleuve. Il arrive à reproduire les concentrations mesurées à une distance suffisante du point de rejet, sauf pour le fameux prélèvement de janvier 2019. Le modèle montre bien que la concentration était la plus forte au centre du fleuve, exactement là où les préleveurs ont collecté l’échantillon, mais avec une valeur de 80 Bq/L environ, alors que l’on a mesuré 4 fois plus (310 Bq/L). Un tel écart pourrait être expliqué par une erreur dans la détermination de la quantité de tritium rejeté, comme cela a eu lieu le 22 septembre 2020, sans que la station multiparamètres ne le voit.

En conclusion, sans la surveillance citoyenne mise en place par les associations locales et l’ACRO, tous ces problèmes seraient restés méconnus. Les autorités doivent mieux contraindre les rejets d’EDF et imposer une surveillance plus stricte.

Pour pouvoir continuer cette surveillance indépendante des rejets des installations nucléaires,
adhérez à l’ACRO ou faites un don.

Fukushima : bilan de dix années de suivi par l’ACRO

Alors que l’on va commémorer le dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, l’ACRO propose :

Cela fait 10 ans que l’ACRO effectue un suivi de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et de ses conséquences sur un site Internet dédié : Fukushima.eu.org. Avec plus de 2 700 articles, c’est le site francophone le plus complet sur le sujet.

Le bilan chiffré traite :

  • de l’avancement du démantèlement des réacteurs accidentés ;
  • de la gestion de l’eau contaminée ;
  • des travailleurs du nucléaire et des décontamineurs ;
  • de la décontamination dans les territoires affectés par les retombées radioactives et de la gestion des déchets engendrés ;
  • du retour des populations dans les zones évacuées ;
  • de l’impact sanitaire ;
  • du coût de la catastrophe ;
  • de la situation du parc nucléaire japonais.

Résumé de la revue sur les cancers de la thyroïde :

L’ACRO a effectué une revue de la littérature scientifique à propos des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Les dernières données publiées font état de 252 cas de cancer suspecté, dont 202 ont été confirmés après une intervention chirurgicale. Mais ces données officielles ne prennent en compte que les cas découverts dans le cadre du suivi sanitaire lancé en 2011 par la province de Fukushima et ne sont donc pas complètes. Il n’est pas possible de connaître le nombre exact de cas.

S’il y a consensus sur le fait que le nombre de cas de cancer de la thyroïde observé est beaucoup plus élevé que ce qui est observé généralement sans dépistage, et ce, dès la première campagne de dépistage, les explications de cette augmentation sont très controversées. L’un des principaux objectifs du suivi en cours, outre de rassurer les familles, est de déterminer si l’exposition à de faibles doses de rayonnements a des effets sur la santé. Cependant, l’ancien directeur du suivi sanitaire de Fukushima, Shunichi Yamashita, a déjà conclu que « bien que les effets sur la santé directement liés à l’exposition aux radiations soient très peu probables dans les circonstances actuelles et les niveaux de radiation à Fukushima, une augmentation des cas de cancer de la thyroïde chez les enfants à Tchernobyl due à l’exposition interne à l’iode radioactif a conduit à exagérer le risque sanitaire des radiations à faibles doses et a également suscité une peur des radiations ». Quels que soient les résultats obtenus, les organisateurs de l’enquête s’en tiennent à cette interprétation.

Plusieurs arguments ont été avancés pour expliquer que les cas de cancer de la thyroïde découverts au cours de la première campagne n’étaient pas le résultat d’une exposition aux radiations après l’accident de Fukushima dai-ichi. Premièrement, une grande part de la population cible a reçu de faibles doses. Cependant, l’UNSCEAR, qui a procédé à une évaluation des doses à la thyroïde, n’exclut pas quelques cas de cancer liés aux radiations. Deuxièmement, la latence prévue pour le cancer de la thyroïde radio-induit est de 4 à 5 ans. Mais la plupart des cancers découverts à partir de la deuxième campagne sont apparus en très peu de temps. Troisièmement, aucun cas de cancer n’a été découvert dans la tranche d’âge la plus jeune, de 0 à 5 ans, au cours de la première campagne. Depuis, plus de 8 cas de ce type ont été découverts lors des campagnes suivantes.

En ce qui concerne les corrélations statistiques avec les doses d’exposition, les données disponibles ne sont pas suffisamment détaillées pour permettre des études précises. Il est intéressant de noter que les études réalisées par les membres du groupe de suivi sanitaire de Fukushima ne trouvent jamais de corrélation avec les doses de radiation, alors que les études réalisées par des chercheurs externes ont trouvé de telles corrélations.

Les arguments avancés pour exclure tout lien avec les retombées radioactives sont contredits par les faits. Si, dix ans après la catastrophe de Fukushima, il n’est toujours pas possible de tirer des conclusions définitives sur les raisons de la forte augmentation du taux de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima, il n’est plus possible d’exclure que des cancers puissent être induits par les radiations.

Surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne

L’ACRO et le collectif de préleveurs Loire Vienne à Zéro nucléaire (LVZn) publient ce jour un nouveau bilan de leur surveillance citoyenne du tritium dans l’eau du bassin de la Loire et de la Vienne à retrouver sur le site de l’ACRO (acro.eu.org). Cet élément radioactif, rejeté par intermittence par les cinq centrales nucléaires situées sur ces cours d’eau, se retrouve dans les écosystèmes et l’eau de consommation.

Cette surveillance citoyenne fait apparaître deux points saillants :

• En aval de la centrale nucléaire de Dampierre, la concentration en tritium dans la Loire a dépassé la limite de qualité pour les eaux de consommation fixée à 100 Bq/L. Les résultats de la surveillance d’EDF font état de valeurs proches, alors que l’autorisation de rejet limite à 80 Bq/L en moyenne la concentration en tritium dans l’eau du fleuve.

• A Saumur, en aval de toutes les installations nucléaires situées sur la Loire et la Vienne, on retrouve presque systématiquement du tritium dans l’eau du fleuve et dans l’eau du robinet. La valeur la plus élevée détectée à ce jour reste celle du 21 janvier 2019, avec 310 Bq/L dans la Loire, qui a déjà été rendue publique en juin 2019. L’ASN a exclu un incident à la centrale de Chinon ayant entraîné un rejet anormal ce jour-là. Après avoir exclu l’existence d’une autre source de contamination, l’IRSN a, dans une note datée du 17 octobre 2019, mis en cause la « méthodologie du prélèvement » qui n’aurait pas été effectué dans la « zone de bon mélange ».

Les investigations supplémentaires que nous avons effectuées montrent qu’il n’y a pas de « bon mélange » à Saumur, contrairement à ce qui est admis. La contamination en tritium sur la rive gauche est encore influencée par les eaux de la Vienne et celle en rive droite, par les eaux de la Loire.

Le 21 janvier 2019, EDF n’a relevé que 32,8 Bq/L au niveau de son hydro-collecteur, situé en amont de la confluence avec la Vienne, soit environ 10 fois moins que nous. Il est donc fort probable qu’il n’y avait non plus de « bon mélange » dans l’eau de la Loire et que l’hydro-collecteur ne permet donc pas de suivre correctement les rejets de la centrale de Chinon.

Ainsi, ce ne sont donc pas les prélèvements qui doivent être remis en cause, mais la modélisation effectuée par l’IRSN et la surveillance effectuée par EDF.

Dans un rapport pas encore publié sur son site Internet, mais transmis à la CLI de Chinon le 1er octobre 2020 (ce rapport est désormais public : lien direct, copie), l’IRSN corrobore nos observations : « L’homogénéisation des concentrations en Loire des rejets liquides du CNPE de Chinon n’est pas atteinte en toutes circonstances au niveau de sa station de surveillance aval. En conséquence, il est fortement pressenti que la mesure du 21 janvier 2019 traduise la persistance jusqu’à Saumur de concentrations de tritium hétérogènes consécutives aux rejets liquides du CNPE de Chinon ». Ce n’est donc pas notre « méthodologie de prélèvement » qui est en cause ! De plus, selon ce rapport, entre mai 2018 et mai 2019, l’hydro-collecteur en question, qui sert à EDF et à l’IRSN, n’a détecté les rejets de Chinon que de la « fin juillet 2018 à début novembre 2018 ». Le reste du temps, les « mesures effectuées à cette station sont essentiellement représentatives des contributions des CNPE amont ». Ce dysfonctionnement n’aurait pas été découvert sans la surveillance citoyenne effectuée par l’ACRO et le collectif de préleveurs !

Communiqué au format pdf

Tous les résultats de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans le bassin de la Loire sont dans notre rapport :

 

L’héritage de Tchernobyl et la voie navigable transeuropéenne E40 – Chernobyl heritage and the E40 trans-Europe waterway – Наследие Чернобыля и трансъевропейский водный путь Е40

English belowРусская версия ниже

Le projet de voie navigable internationale E40 vise à relier la mer Baltique et la mer Noire, de Gdansk à Kherson, en passant par la Pologne, la Biélorussie et l’Ukraine. Elle doit notamment traverser la Polésie, qui est la plus grande région sauvage d’Europe, où elle est susceptible de poser un risque élevé de dégradation des étendues naturelles dans le parc national Pripiatsky (Прыпяцкі нацыянальны парк). En outre, une partie du projet comprend l’aménagement de la rivière Pripiat qui coule au pied de la centrale nucléaire de Tchernobyl et traverse la réserve radio-écologique d’État de Polésie (Палескі дзяржаўны радыяцыйна-экалагічны запаведнік) dans la zone d’exclusion de Tchernobyl qui est fortement contaminée par divers radioéléments.

C’est dans ce contexte que l’ACRO a effectué une première étude radio-écologique du projet pour le compte de la société zoologique de Francfort et le collectif « Save Polesia ».

Conclusions

Tchernobyl est l’accident industriel le plus grave de l’histoire. Plus de 30 ans plus tard, la contamination radioactive résiduelle est telle qu’elle interdit de vivre dans une zone d’exclusion étendue. Aujourd’hui, la contamination est dominée par le césium-137, le strontium-90 et divers isotopes du plutonium hautement toxique. L’américium-241, le noyau fils du plutonium-241, est également très toxique et sa contribution croissante devrait dominer l’impact radiologique à l’avenir. La stratégie générale consiste à attendre la lente décroissance radioactive et la réhabilitation de la zone d’exclusion de Tchernobyl demeure impossible pendant des décennies. Le démantèlement du bassin de refroidissement de Tchernobyl – le point chaud le plus radioactif – est la seule exception. Il existe également environ 90 sites de stockage de déchets radioactifs dans la zone d’exclusion de Tchernobyl qui doivent encore être démantelés.
Au-delà de la zone d’exclusion, la vie quotidienne de millions de personnes est toujours affectée par la contamination résiduelle. L’ensemble du bassin versant Pripiat-Dniepr a été contaminé par les retombées et les transferts directs dans la rivière. En aval de la zone d’exclusion de Tchernobyl, environ 8 millions d’Ukrainiens boivent l’eau du Dniepr, et jusqu’à 20 millions mangent des aliments irrigués avec cette eau. Les principaux contaminants sont le césium-137 qui tend à se fixer dans les sédiments de fond et le strontium-90 qui est continuellement transporté vers la mer Noire par la cascade du Dniepr. Les sédiments contaminés par le césium-137 ont été lentement recouverts par des sédiments moins contaminés et plus propres au fond du réservoir de Kiev, offrant un bouclier naturel à ce polluant. L’AIEA recommande, comme stratégie globale, de laisser ces sédiments en place et d’éviter tous processus qui conduiraient à leur remise en suspension. Pour le strontium-90, rien ne peut être fait.
En amont de la zone d’exclusion de Tchernobyl, il existe des zones le long de la rivière Pripiat qui ont été contaminées par les retombées radioactives au moment de l’accident. Le césium-137 est le contaminant dominant. La stratégie globale consiste également à attendre sa lente désintégration radioactive.
La CIPR considère ces situations comme des situations existantes pour lesquelles elle recommande un processus d’optimisation visant à retrouver les niveaux d’exposition prévalant avant l’accident. Les mesures de protection consistent principalement à adapter la vie quotidienne des habitants des territoires contaminés, car les modes de vie individuels sont des facteurs influents de l’exposition. Cela suppose que les personnes touchées soient pleinement conscientes de la situation et bien informées.
La convention d’Aarhus exige également que les États veillent à ce que les informations environnementales soient disponibles dans des bases de données électroniques facilement accessibles au public. Actuellement, ce n’est pas le cas. Il est très difficile d’accéder aux données sur la contamination radioactive afin d’évaluer les doses d’exposition.
Dans un tel contexte, la voie navigable intérieure E40 projetée, qui devrait passer à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl et traverser la zone d’exclusion de Tchernobyl, aura nécessairement un impact radiologique sur les travailleurs de la construction et de la maintenance, ainsi que sur la population en aval qui dépend de l’eau des rivières Pripiat et Dniepr. Bien que ce projet nécessite de grands travaux tels que la construction d’un barrage et l’alignement du cours de la rivière dans la partie la plus contaminée de son cours, aucune étude d’impact radiologique n’est disponible.
Les principes de la CIPR en matière de radioprotection et les conventions d’Aarhus et d’Espoo exigent des études environnementales et radiologiques, une justification du projet et la participation des parties prenantes et du grand public au processus de décision.
La présente étude montre que les travaux de construction pour la partie de la voie navigable E40 qui traverse la zone d’exclusion de Tchernobyl et passe à proximité de la centrale nucléaire ne sont pas réalisables. L’exposition estimée des travailleurs serait trop élevée pour être acceptée. En outre, le bassin de refroidissement de Tchernobyl, fortement contaminé, et les stockages temporaires de déchets radioactifs dans la plaine d’inondation de la rivière Pripiat n’ont pas encore été démantelés, ce qui empêche tout travail de construction. L’AIEA recommande également une liste d’autres mesures de protection qui restent à mettre en œuvre.
La partie de la voie navigable E40 qui se trouve en amont de la zone d’exclusion de Tchernobyl serait alors inutile, car sans connexion avec le Dniepr. Cela signifie également que les travaux d’aménagement qui consistent en la construction de plusieurs barrages et l’alignement des méandres de la rivière Pripiat pour accepter les navires de classe V ne sont pas justifiés.
Enfin, la portion de la route E40 allant de la mer Noire au réservoir de Kiev nécessite principalement des travaux de dragage réguliers. L’étude de faisabilité mentionne 68 000 m3 de travaux de dragage par an dans le réservoir de Kiev, qui stocke du césium-137 dans ses sédiments de fond. Une telle activité est contraire aux recommandations de l’AIEA de laisser les sédiments en place car elle augmentera la dose des personnes qui dépendent de l’eau du réservoir de Kiev pour leur approvisionnement en eau et en nourriture.


Chernobyl heritage and the E40 trans-Europe waterway

The E40 international waterway project aims to link the Baltic and Black Seas, from Gdansk to Kherson, via Poland, Belarus and Ukraine. In particular, it should cross the Polesia, the largest wilderness area in Europe, where it is likely to pose a high risk of degradation of natural areas in the Pripiatsky National Park (Прыпяцкі нацыянальны парк). In addition, part of the project includes the development of the Pripiat River, which flows at the foot of the Chernobyl nuclear power plant and crosses the Polesie State Radio-Ecological Reserve (Палескі дзяржаўны дзяржаўны радыяцыйна-экалагічны запаведнік) in the Chernobyl Exclusion Zone, which is heavily contaminated by various radioelements.

It is in this context that ACRO carried out a first radio-ecological assessment of the project on commission of the Frankfurt Zoological Society and the “Save Polesia” partnership.

Conclusions

Chernobyl is the most severe industrial accident in history. More than 30 years later, residual radioactive contamination is such that it forbids living in an extended exclusion zone. Nowadays, the contamination is dominated by cesium-137, strontium-90 and various isotopes of the highly toxic plutonium. Americium-241, the daughter nucleus of plutonium-241, is also highly toxic and has an increasing contribution that is expected to dominate the radiological impact in the future. The general strategy is to wait for the slow radioactive decay and rehabilitation of the Chernobyl exclusion zone remains impossible for decades. Decommissioning of the Chernobyl cooling pond – the most radioactive hot spot – is the only exception. There are also about 90 radioactive waste storage sites in the Chernobyl exclusion zone that remain to be decommissioned.
Beyond the exclusion zone, the daily life of millions of people is still affected by the residual contamination. The whole Pripyat-Dnieper watershed was contaminated by the fallouts and direct transfers to the river. Downstream of the Chernobyl exclusion zone, approximately 8 million Ukrainians drink water from the Dnieper River, and as many as 20 million eat foods irrigated with Dnieper River water. Dominating contaminants are the cesium-137 that tends to be fixed in bottom sediments and the strontium-90 that is continuously transported down to the Black Sea through the Dnieper cascade. Sediments contaminated by cesium-137 have been slowly covered by less contaminated and clean sediments in the bottom of the Kyiv reservoir, offering a natural shield to this pollutant. The IAEA recommends, as an overall strategy, to leave these sediments as is and avoid processes that will lead to their resuspension. For strontium-90 nothing can be done.
Upstream of the Chernobyl exclusion zone, there are zones along the Pripyat river that were contaminated by the radioactive fallouts at the time of the accident. Cesium-137 is the dominating contaminant. The overall strategy there is also to wait for the slow radioactive decay.
The ICRP considers these situations as existing situations for which it recommends an optimisation process intended to recover the exposure levels prevailing before the accident. Protection measures mainly consist in adapting the daily life of the inhabitants of the contaminated territories because individual lifestyles are key drivers of the exposure. This supposes that affected individuals are fully aware of the situation and well informed.
The Aarhus convention also requires that States ensure that environmental information is available in electronic databases which are easily accessible to the public. Presently, this is not the case. It is very difficult to access to data about the radioactive contamination in order to assess the exposure doses.
In such a context, the projected E40 inland waterway, which is supposed to pass nearby the Chernobyl nuclear power plant and go through the Chernobyl Exclusion Zone, will necessarily have a radiological impact on both construction and maintenance workers, as well as on the population depending on the water of the Pripyat and Dnieper rivers. Although this project requires heavy works such as dam construction and alignment of the river course in the most contaminated part of its route, no radiological impact study is available.
ICRP principles for radiation protection, Aarhus and Espoo conventions require environmental and radiological studies, a justification of the project and the participation of the stakeholders and the general public in the decision process.
The present study shows that the construction works for the part of the E40 waterway route that crosses the Chernobyl exclusion zone and passes nearby the Chernobyl nuclear power plant are not feasible. The forecasted exposure of the workers would be too high to be accepted. Moreover, the heavily contaminated Chernobyl cooling pond and temporary radioactive waste storages in the floodplain of the Pripyat River have not been decommissioned yet, preventing any construction work. The IAEA also recommends a list of other protective actions that remain to be done.
The portion of the E40 waterway that lies upstream the Chernobyl exclusion zone would then be useless without a connection to the Dnieper river. This also means that development works that consist of several dam construction and alignment of meandering Pripyat river to accept class V vessels are not justified.
Finally, the portion of the E40 route from the Black Sea to the Kyiv reservoir mainly requires regular dredging work. The feasibility study mentions 68 000 m3 of dredging work every year in the Kyiv reservoir, that stocks cesium-137 in its bottom sediments. Such an activity is contrary to the IAEA’s recommendations to leave the sediments in place because it will increase the dose of people who depend on the water from the Kyiv reservoir for their water and food supply.


Наследие Чернобыля и трансъевропейский водный путь Е40

В преддверии годовщины аварии на ЧАЭС опубликовано научное исследование «Наследие Чернобыля и трансъевропейский водный путь Е40», над которым работала независимая команда экспертов совместно с представителями беларусских общественных организаций АПБ и «Багна».

план строительства судоходной трассы длиной более 2000 км, который хотят проложить по Висле, Припяти и Днепру для того, чтобы соединить Балтийское и Чёрное моря для судов. План проекта предполагает строительство обводного канала в Польше, 6-7 плотин и шлюзов на Припяти, углубительные работы по всему маршруту, чтобы по этим рекам могли ходить многотоннажные суда класса «река-море». Инициаторами строительства Е40 выступила коалиция организаций из трёх стран во главе с РУЭСП «Днепро-Бугский водный путь».

Чтобы узнать, как строительство Е40 может повлиять на радиационную ситуацию в регионе, Лаборатория по контролю за радиоактивностью Франции (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest, ACRO) провела независимое экспертное исследование по заказу Франкфуртского зоологического общества (ФЗО).

Дноуглубительные и инфраструктурные работы в Чернобыльской зоне отчуждения, по мнению учёных:

  • поднимут со дна Киевского водохранилища загрязнённые радионуклидами донные отложения, которые Международное агентство по атомной энергии рекомендует не трогать;
  • подвергнут строителей опасным уровням радиации;
  • подвергнут миллионы людей ниже по течению повышенному риску через загрязнённую радионуклидами воду.

Дэвид Бойли, один из авторов исследования, физик-ядерщик и председатель ACRO, отозвался о планах создания E40:

«Принимая во внимание результаты нашего анализа радиоактивности, строительство водного пути E40 через чернобыльскую зону отчуждения не представляется возможным».

-> Скачать брошюру исследования
-> Скачать полную версию исследования

Выводы

Чернобыль – самая крупная промышленная авария в истории человечества. Более 30 лет спустя уровень остаточного радиоактивного загрязнения все еще настолько высок, что запрещает жить в расширенной зоне отчуждения. В настоящее время в загрязнении преобладают цезий-137, стронций-90 и различные изотопы высокотоксичного плутония. Америций-241, дочернее ядро плутония-241, также очень токсичен и оказывает все большее воздействие, которое, как ожидается, будет доминировать среди других элементов в плане радиологического воздействия в будущем. Общая стратегия состоит в том, чтобы ждать медленного радиоактивного распада, при этом восстановление чернобыльской зоны отчуждения остается невозможным в течение десятилетий. Вывод из эксплуатации Чернобыльского пруда-охладителя – наиболее радиоактивной горячей точки – является единственным исключением. В Чернобыльской зоне отчуждения также находится около 90 хранилищ радиоактивных отходов, которые еще предстоит вывести из эксплуатации.

За пределами зоны отчуждения остаточное загрязнение по-прежнему влияет на повседневную жизнь миллионов людей. Весь Припять-Днепровский водораздел был загрязнен осадками и прямыми уносами в реку. Вниз по течению от зоны отчуждения около 8 миллионов украинцев пьют воду непосредственно из Днепра, а до 20 миллионов едят продукты, орошаемые его водой. Доминирующими загрязняющими веществами являются цезий-137, который имеет тенденцию накапливаться в донных отложениях, и стронций-90, который непрерывно переносится в Черное море через Днепровский каскад. Отложения, загрязненные цезием-137, медленно покрывались менее загрязненными и чистыми отложениями на дне Киевского водохранилища, которые создавали естественный «щит». В качестве общей стратегии МАГАТЭ рекомендует оставить эти отложения как есть и избегать процессов, которые приведут к их ресуспендированию. В отношении стронция-90 сделать что-либо невозможно.

Вверх по течению от зоны отчуждения вдоль реки Припять есть зоны, загрязненные радиоактивными осадками во время аварии. Цезий-137 является доминирующим загрязняющим веществом. Общая стратегия также заключается в ожидании медленного радиоактивного распада.

МКРЗ рассматривает это как существующие ситуации, для которых рекомендуется провести процесс оптимизации, предназначенный для восстановления уровней воздействия (облучения), преобладавших до аварии. Меры защиты в основном состоят в адаптации повседневной жизни жителей загрязненных территорий, поскольку индивидуальный образ жизни является ключевым фактором воздействия. Это предполагает, что жители пострадавших территорий полностью осведомлены о ситуации и хорошо проинформированы.

Орхусская конвенция также требует, чтобы государства обеспечивали доступность экологической информации в электронных базах данных, которые были бы легко доступны для общественности. В настоящее время это никак не реализуется. Очень сложно получить доступ к данным о радиоактивном загрязнении, чтобы в должной мере оценить дозы облучения.

В таком контексте разрабатываемый внутренний водный путь E40, который должен проходить рядом с Чернобыльской АЭС и через чернобыльскую зону отчуждения, обязательно окажет радиологическое воздействие как на строителей, так и на ремонтников, а также на население, зависящее в своей хозяйственной деятельности от Припяти и Днепра. Несмотря на то, что в рамках проекта предусмотрено проведение сложных и трудоемких работ, таких как строительство плотины и выравнивание русла реки в наиболее загрязненной части его пути, какие-либо исследования по радиологическому воздействию отсутствуют.

Принципы МКРЗ в области радиационной защиты, Орхусская и Эспоо конвенции требуют наличия экологических и радиологических исследований, обоснования проекта и участия заинтересованных сторон и широкой общественности в процессе принятия тех или иных решений.

Настоящее исследование показывает, что строительные работы для части водного пути E40, которая пересекает чернобыльскую зону отчуждения и проходит рядом с Чернобыльской атомной электростанцией, невозможны. Прогнозируемое радиологические воздействие на работников будет неоправданно высоким. Более того, сильно загрязненный прудохладитель Чернобыльской АЭС и временные хранилища радиоактивных отходов в пойме реки Припять еще не выведены из эксплуатации, что не позволяет проводить рядом с ними какие-либо строительные работы. МАГАТЭ также рекомендует список других защитных мер, которые еще предстоит предпринять.

Часть водного пути E40, находящаяся выше по течению зоны отчуждения, будет бесполезной без соединения с Днепром. Кроме того, работы по строительству нескольких плотин и выравниванию меандрирующей Припяти для приема судов класса V должным образом не обоснованы.

Наконец, участок пути E40 от Черного моря до Киевского водохранилища требует регулярных дноуглубительных работ. В технико-экономическом обосновании упоминается о 68000 м3 дноуглубительных работ в год, их необходимо проводить на Киевском водохранилище, которое хранит большие запасы цезия-137 в своих донных отложениях. Такая деятельность противоречит рекомендациям МАГАТЭ о том, чтобы оставить отложения нетронутыми, поскольку это увеличит дозу воздействия для людей, которые зависят от воды из Киевского водохранилища в своих хозяйственных и пищевых нуждах.

Перевод на русский: АПБ (Ахова птушак Бацькаўшчыны)

©Olga Kaskevich