Risques nucléaires suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie : mise à jour le 6 octobre 2022

Nous avons été sollicités, dès le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie,  concernant les risques liés aux combats dans la zone d’exclusion de Tchornobyl. S’il est difficile d’évaluer les conséquences d’un conflit, voici quelques points d’information. Nous suivons de près l’évolution de la situation sur place et cette page sera régulièrement mise à jour :

  • 25 février 2022, attaque de la centrale de Tchornobyl par les armées de la fédération de Russie
  • 4 et 5 mars 2022, attaque de la centrale de Zaporizhzhia par les armées de la fédération de Russie
  • 6 et 7 mars 2022, bombardement d’une source de neutrons à Kharkiv, suite à son bombardement
  • 9 mars 2022, alimentation électrique de la centrale de Tchornobyl coupée
  • 10 mars 2022, l’industrie nucléaire française maintient ses contrats avec la Russie – transformateur électrique endommagé à Zaporizhzhia – source de neutron bombardée une deuxième fois
  • 13 mars 2022, électricité rétablie à Tchornobyl
  • 14 et 15 mars 2022, la ligne électrique vers Tchornobyl à nouveau coupée puis rétablie et des explosions ont eu lieu à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia
  • 17 au 19 mars 2022, deux lignes électriques coupées à Zaporizhzhia – une rétablie
  • 22 et 24 mars 2022, des incendies sont signalés dans la zone d’exclusion de Tchornobyl
  • 26 au 28 mars 2022, les troupes de la Fédération de Russie s’emparent de Slavutych, ville où loge le personnel de Tchornobyl et bombardent à nouveau la source de neutrons de Kharkiv
  • 30 et 31 mars 2022, l’armée de la Fédération de Russie se retire de Tchornobyl
  • 6 avril 2022, vidéo des tranchées creusées par l’armée d’occupation dans la zone d’exclusion de Tchornobyl
  • 9 avril 2022, niveaux de radiations dans les zones occupées de Tchornobyl
  • 20 avril 2022, rétablissement des communications directes avec la centrale de Tchornobyl – la centrale de Zaporizhzhia est toujours occupée sans inspection possible
  • 5 et 12 mai 2022, des nouvelles de Tchornobyl
  • 19 mai 2022 : la Russie veut accaparer le Sud de l’Ukraine et lui vendre l’électricité fournie par la centrale nucléaire de Zaporizhzhia
  • 2 juin 2022 : bilan du pillage de l’armée russe à Tchornobyl
  • 3 juin 2022 : pénurie de pièces détachées et de consommables à la centrale de Zaporizhzhia
  • 5 juin 2022 : un missile basse à basse altitude au-dessus de la centrale nucléaire du Sud.
  • 20 juillet 2022 : mission de Greenpeace dans la zone d’exclusion de Tchornobyl
  • 5 – 13 août 2022 : bombardements à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia
  • 25-26 août 2022 : centrale nucléaire de Zaporizhzhia totalement coupée du réseau électrique
  • 1er – 3 septembre 2022 : mission de l’AIEA à la centrale de Zaporizhzhia – cas de torture
  • 9 – 17 septembre 2022 : situation de plus en plus tendue à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia
  • 19 septembre 2022 : la zone industrielle de la centrale nucléaire de Pivdennoukrainsk bombardée
  • 21 septembre 2022 : la centrale de Zaporizhzhia à nouveau bombardée et l’alimentation électrique du réacteur n°6 temporairement coupée
  • 27-30 septembre 2022 : l’AIEA fait part d’explosions sur le site de la centrale de Zaporizhzhia
  • 1-3 octobre 2022 : arrestation du directeur de la centrale de Zaporizhzhia par les troupes d’occupation
  • 5 octobre 2022 : la Russie annonce prendre le contrôle de la centrale de Zaporizhzhia, qui sera exploitée par Rosatom

Combats à Tchornobyl : quels risques liés à la radioactivité ?

Mis en ligne le 25 février 2022

Notre pensée va d’abord aux Ukrainiens victimes de cette guerre et à leurs proches. En ce qui concerne les risques secondaires par rapport à la guerre, liés au nucléaire, il y a de nombreuses sources d’inquiétude.

Tout d’abord, il y a le corium (mélange de combustibles fondus et de gravats) issu de l’accident nucléaire, mais il est protégé par le sarcophage et le dôme qui a été construit plus récemment. Une attaque sur un réacteur nucléaire en fonctionnement (il y en a 15 en Ukraine) aurait sûrement des conséquences beaucoup plus dramatiques du fait des radioéléments à vie courte comme l’iode-131 présents.

Il y a aussi des piscines d’entreposage des combustibles usés. Il y avait 21 000 assemblages à Tchornobyl il y a quelques années, selon le Journal de l’énergie. Un transfert de ces combustibles vers un entreposage à sec voisin a débuté en 2020 (source). Les conteneurs d’un entreposage à sec sont a priori robustes, mais jusqu’à quel niveau ? Une brèche sur une piscine suite à une attaque pourrait rendre le refroidissement difficile et entraîner des rejets massifs. Ce problème existe aussi pour les centrales nucléaires en fonctionnement car ces entreposages sont mal protégés contre les agressions extérieures et il n’y a pas de confinement pour retenir une partie de la radioactivité qui pourrait être émise. Le maintien du refroidissement des piscines avait été une forte source d’inquiétude lors de la catastrophe de Fukushima et demeure un point de fragilité partout. L’ACRO avait contribué à l’étude de Greenpeace de 2017 sur le sujet.

La sécurité des installations nucléaires est aussi un souci majeur pour le club européen des autorités de sûreté (ENSREG) qui, dans une déclaration datée du 27 février, appelle la Fédération de Russie à respecter le droit international en laissant leur homologue ukrainien (SNRIU) à accéder aux centrales.

Le lac qui servait au refroidissement des réacteurs de Tchornobyl a été l’exutoire des forts rejets radioactifs et de déchets. Il est extrêmement contaminé. Une brèche dans la digue qui le sépare de la Pripiat pourrait entraîner une forte contamination de ce cours d’eau qui se jette dans le Dniepr. Or l’eau du Dniepr sert à l’approvisionnement en eau potable des 8 millions d’habitants de Kyiv. Nous avions déjà souligné ce risque dans l’étude que nous avons faite en sur le projet de voie fluviale E40.

Il y a aussi de nombreux sites de déchets radioactifs disséminés dans la zone d’exclusion, dont l’inventaire n’est pas toujours bien connu. Il est beaucoup plus difficile d’évaluer les risques. Enfin, si le conflit dans la zone devait se poursuivre jusqu’à l’été, un incendie de forêt entraînerait aussi une dispersion de particules radioactives.

Les débits de dose ambiant sur le site de la centrale contrôlés par des balises peuvent être consultés en ligne ici. Ils sont dans une zone où, rappelons-le, personne n’habite, mais où de nombreuses personnes travaillent. Les communiqués de l’AIEA n’apportent généralement aucune information.

Enfin, la menace de la Russie d’utiliser l’arme nucléaire est aussi extrêmement inquiétante. L’équilibre de la terreur supposée nous protéger d’un conflit direct entre puissances nucléaires fait peser une menace inacceptable et, en cas d’utilisation, il n’y aura que des perdants.

A noter qu’EDF et Framatome ont des accords de coopération et des contrats avec Rosatom en Russie.

Combats à la centrale de Zaporizhzhia

4 mars 2022

Comme mentionné dès le début de la guerre, le principal risque nucléaire, outre l’emploi de la bombe atomique, est une perte de contrôle d’un ou plusieurs des 15 réacteurs nucléaires en activité en Ukraine. Les combats autour de la centrale de Zaporizhzhya, avec ses 6 tranches, inquiètent l’ONU (communiqué du 2 mars 2022) et l’AIEA.

Cette centrale a été bombardée dans la nuit du 3 au 4 mars, vers 1h, entraînant un incendie d’un bâtiment administratif, qui a pu être maîtrisé. Les réacteurs seraient intacts, selon l’autorité de sûreté ukrainienne, même si un bâtiment auxiliaire de la première tranche a été endommagé, sans affecter la sûreté. C’est la première fois dans l’histoire qu’une centrale nucléaire en activité est bombardée. Elle est désormais aux mains de l’armée d’envahissement qui peut s’en servir pour faire du chantage. L’autorité de sûreté ukrainienne n’y a probablement plus accès.

Le 4 mars matin,

  • l’unité 1 était déjà à l’arrêt ;
  • les unités 2, 3 ont été déconnectées du réseau et le refroidissement des installations nucléaires est en cours ;
  • l’unité 4 est en service à une puissance de 690 MW (60% de sa puissance) ;
  • les unités 5 et 6 sont en cours de refroidissement.

Dans une mise à jour publiée le 4 mars à 8h, l’autorité de sûreté ukrainienne précise que “la perte du refroidissement du combustible nucléaire entraînera des rejets radioactifs importants dans l’environnement. Par conséquent, un tel événement peut dépasser tous les accidents précédents survenus dans les centrales nucléaires, y compris l’accident de Tchornobyl et l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Il convient de rappeler qu’en plus des six unités de production d’électricité sur le site de la centrale nucléaire de Zaporizhzhya, il existe une installation d’entreposage de combustible nucléaire usé, dont l’endommagement par un bombardement entraînera également des rejets radioactifs.”

Dans un autre communiqué daté du 4 mars à 15h, mais mis en ligne en anglais plus tardivement,

  • le bâtiment du réacteur n°1 a été endommagé ;
  • deux obus ont touché l’entreposage à sec des combustibles usés ;
  • le personnel sur place a dû rester en poste depuis plus de 24 heures.

Par ailleurs, selon ce nouveau communiqué, le réacteur n°2 alimente en électricité la centrale, le n°3 a été déconnecté et devrait être en “arrêt à froid” et le 4 continue à produire.

L’AIEA n’apporte aucune information complémentaire. Greenpeace a publié une note détaillée sur les installations nucléaire ukrainiennes et les risques potentiels. Dans un entretien avec Le Monde, Petro Kotin, président de l’entreprise qui exploite la centrale, les bombardements ont aussi fait trois morts, tous employés, et deux blessés dont un est entre la vie et la mort. Le personnel continue son travail et l’armée russe contrôle la direction de la centrale.

Quant à Tchornobyl, le personnel sur place serait toujours l’otage des forces d’occupation, selon The Kyiv Independent, et serait épuisé physiquement et mentalement.

A noter qu’un site d’entreposage des déchets radioactifs à Kyiv a été bombardé, sans conséquences radiologiques.

En France, dès le 4 mars matin, l’ASN a activé son centre d’urgence en mode veille afin de suivre l’évolution de la situation dans les installations nucléaires en Ukraine. Par ailleurs, nous avons été sollicités par les médias à propos de l’iode, qui ne protège que la thyroïde des retombées radioactives en iode-131. Pour rappel, en France métropolitaine, moins de 5% de la population bénéficie de comprimés d’iode à la maison pour protéger sa thyroïde en cas d’accident nucléaire, contrairement à la Belgique où tout le pays est couvert. Nous avions réclamé, en vain, l’extension de la distribution à au moins 100 km autour des installations nucléaires françaises.

Le rapport de l’ACRO sur les plans d’urgence nucléaire en France date de 2016, mais est malheureusement toujours d’actualité car aucun progrès significatif n’a été fait depuis.

Le 5 mars, l’autorité de régulation nucléaire ukrainienne a mis en ligne une simulation des retombées radioactives en cas d’accident grave sur une des 6 tranches de la centrale de Zaporizhzhya. Ce jour là, les vents se dirigent opportunément vers la Russie…

Dans un autre communiqué publié le même jour à 8h, l’autorité de régulation précise que le réacteur n°2 est connecté au réseau et fournissait une puissance de 750 MW et que l’unité 4 fonctionne à 980 MW, c’est à dire presque à pleine puissance. Pas de changement pour les autres tranches qui sont arrêtées ou en cours de refroidissement.

L’AIEA a aussi publié un communiqué qui n’apporte aucune information supplémentaire si ce n’est que, selon l’exploitant, Energoatom, le personnel sur place depuis le 23 février a enfin pu être remplacé.

Bombardement d’une source de neutrons à Kharkiv

Le 6 mars 2022, l’Autorité de régulation nucléaire annonce la destruction de la source de neutrons sous-critique de Kharkiv, qu’elle qualifie de “terrorisme nucléaire”. Située au Kharkiv Institute of Physics and Technology, elle aurait été bombardée. Elle venait d’être rechargée en combustible nucléaire neuf et avait été mise à l’arrêt le 24 février, premier jour de l’invasion russe. L’Autorité liste les équipements détruits, mais ne donne pas d’information relative à la sûreté.

A noter qu’un missile Grad a frappé des civils qui faisaient la queue pour acheter de la nourriture dans cette même ville le 6 mars matin.

La centrale de Tchornobyl continue d’être sous le contrôle de l’envahisseur où le personnel fait son travail sans rotation depuis 11 jours, selon un communiqué de l’Autorité de régulation nucléaire qui n’a plus de liaison directe avec la centrale. De nombreux détecteurs qui surveillent l’état des installations ont été détruits et il n’est pas possible de les réparer. L’Autorité de contrôle signale “une tendance à la détérioration pour un certain nombre d’indicateurs, en particulier la concentration de radionucléides à longue durée de vie dans l’atmosphère. L’occupant viole gravement les exigences de radioprotection et la procédure stricte de contrôle d’accès dans l’entreprise et dans la zone d’exclusion. En particulier, l’agresseur néglige les exigences relatives à l’utilisation obligatoire de sas, au changement de vêtements et de chaussures lors de la visite de zones “sales” de l’entreprise, à la décontamination, entreprend des mouvements incontrôlés de personnel et d’équipements militaires dans l’entreprise, dans la zone d’exclusion et au-delà de ses limites. Cela entraîne à son tour une détérioration de la situation radiologique dans l’entreprise et dans la zone d’exclusion, et contribue à la propagation de la contamination radioactive en dehors de la zone d’exclusion de Tchornobyl.”

La centrale nucléaire de Zaporizhzhia est aussi sous contrôle de l’armée d’occupation. L’autorité de régulation signale une coupure des communications internet et mobile avec la centrale et la forte pression sur les employés qui sont coupés des leurs et manquent d’alimentation.

Enfin, les autorités ukrainiennes et l’exploitant nucléaire ont lancé un appel à l’ONU, l’OSCE et l’UE pour qu’elles interviennent afin d’éviter une catastrophe nucléaire majeure. Dans un communiqué, l’ENSREG, qui regroupe les autorités de sûreté nucléaire européennes, condamne fortement les attaques contre des installations nucléaires par les forces russes et demande à l’armée de quitter les sites afin de garantir la sûreté. Elle signale qu’à Tchornobyl, il ne reste qu’une seule ligne électrique sur 3 pour alimenter la centrale et que les générateurs diesel de secours n’ont du carburant que pour 48 heures. Enfin, les membres de l’ENSREG salue le travail de leur homologue ukrainien dans ces conditions extrêmement difficiles.

L’électricité est indispensable pour garantir le refroidissement des réacteurs arrêtés. La perte de toute alimentation électrique suite au séisme et tsunami au Japon avait conduit à la catastrophe de Fukushima en mars 2011. A Tchornobyl, les combustibles usés sont assez anciens pour que cela ne soit plus un problème. En revanche, c’est un des principaux risques sur les autres centrales en activité. A Tchornobyl, une coupure de courant signifierait l’arrêt de tous les systèmes de surveillance.

Le communiqué du 6 mars de l’AIEA ne contient aucune information supplémentaire.

Le 7 mars, l’autorité de régulation nucléaire a publié des informations complémentaires sur l’état de la source de neutrons et des photos des dégâts. La situation radiologique sur le site est normale. A la centrale de Zaporizhzhia, il y a des problèmes de connexion internet et d’accès à la nourriture. L’occupation du site par l’envahisseur provoque beaucoup de stress chez les opérateurs. Seuls deux réacteurs fonctionnent car des lignes électriques ont été détruites et il n’est pas possible de distribuer plus d’électricité.

Le 8 mars, la situation n’a pas changé dans les centrales occupées, mais l’horreur continue en Ukraine : l’armée de la Fédération de Russie aurait détruit une soixantaine d’hôpitaux en Ukraine, selon The Kyiv Independent. Et au centre d’oncologie de Kharkiv, il y a des sources radioactives. L’autorité de régulation nucléaire a mis en ligne une nouvelle simulation des retombées radioactives en cas d’accident nucléaire grave et lance un appel à l’aide car les efforts des autres pays n’ont abouti à rien.

L’AIEA, dans son bulletin quotidien, précise que le personnel à Tchornobyl n’a toujours pas pu être remplacé, ce qui inquiétant pour la sûreté. En revanche, pour les autres installations, y compris la centrale de Zaporizhzhia occupée, la relève est possible. De plus, l’AIEA précise que la connexion aux instruments de mesure à Tchornobyl est perdue.

Alimentation électrique de la centrale de Tchornobyl coupée

L’Autorité de régulation nucléaire signale que la seule ligne électrique qui alimentait la centrale nucléaire de Tchornobyl a été coupée le 9 mars à 11h22. Les diesels de secours n’ont une réserve d’essence que pour 48h. La situation est donc critique, mais, comme les 20 000 assemblages de combustibles usés sont anciens, le dégagement thermique est moindre que dans une centrale en activité. Le refroidissement passif pourrait suffire. En revanche, l’absence d’accès aux capteurs rend tout contrôle impossible.

Le site Internet de l’Autorité de régulation nucléaire ukrainienne ne répond plus ce 9 mars au soir. Dans son communiqué quotidien du 9 mars 2022 l’AIEA précise avoir perdu la connexion avec la centrale de Zaporizhzhya et n’a donc plus accès aux informations qui devraient lui être remontées régulièrement.

Pour ce qui est de la source de neutrons, elle a été complètement arrêtée, selon un communiqué de l’autorité de régulation et les niveaux de radiations ambiants sont normaux.

L’industrie nucléaire française maintient ses contrats avec la Russie et transformateur électrique endommagé à Zaporizhzhia

Présentation surréaliste d’EDF mardi 8 mars devant le HCTISN (document présenté) : il n’est jamais fait mention de la guerre en Ukraine et des sanctions économiques envers la Russie. L’uranium de retraitement réenrichi en Sibérie sera chargé dans les réacteurs de Cruas en 2023, comme si de rien était. Interrogée à plusieurs reprises sur l’impact du conflit en cours, EDF refuse de répondre. Le Haut Comité à la TRANSPARENCE et à L’INFORMATION ne serait pas le lieu pour parler de ce sujet. Le même jour, Le Figaro révèle que l’Etat français est prêt à céder 20% d’Arabelle – les turbines nucléaires rachetées par EDF – au russe Rosatom.

L’industrie nucléaire n’est pas la seule à vouloir maintenir ses contrats avec la Russie à tout prix. Mais il y a urgence à accentuer les sanction contre la Russie car chaque jour qui passe, ce sont des décès et des destructions en plus. Et si le conflit se poursuit, il y aura des pénuries alimentaires dans plusieurs autres pays. Les contrats sur l’uranium de retraitement n’ont aucun impact sur notre approvisionnement énergétique. Ils doivent être suspendus immédiatement.

Serge Haroche, prix Nobel de physique, souhaite, dans une tribune au Monde, des sanctions sévères pour que l’on puisse “nous regarder en face avec moins de honte”.

A la centrale de Zaporizhzhia, un transformateur électrique de la tranche n°6 a été endommagé selon l’Autorité de régulation nucléaire. Faute de pièces et de personnel spécialisé, il n’est pas possible de faire des réparations et de poursuivre les travaux de maintenance. De plus, il y aurait des obus qui n’ont pas explosé sur le site de la centrale et, notamment, dans le bâtiment administratif qui a brûlé lors de l’attaque. Enfin, le site reste sous le contrôle de l’armée d’occupation qui auraient miné un réservoir, selon The Kyiv Independent et deux des lignes à haute tension sont coupées, ainsi que les liaisons internet, ce qui rend le contrôle à distance impossible.

A Tchornobyl, le courant aurait été rétabli par la Biélorussie, selon le ministre de l’énergie russe cité par Reuters. L’AIEA n’est pas en mesure de confirmer cette information. Et le communiqué de l’Autorité de régulation nucléaire ne fait aucune mention du retour de l’électricité. En cas de coupure complète de l’alimentation électrique, une fois le diesel consommé, la ventilation de la piscine de combustibles usés, avec 19 442 assemblages, s’arrêterait et l’hydrogène pourrait s’accumuler, entraînant ainsi un risque d’explosion. Ce risque n’est pas évoqué dans la note de l’IRSN du jour, ni dans celle de l’AIEA. Cependant, dans un message envoyé à l’ACRO, l’IRSN précise que l’accumulation d’hydrogène est assez lente et qu’il devrait être possible d’aérer les locaux en ouvrant le bâtiment.

Dans un communiqué du 11 mars 2022, l’Autorité de régulation nucléaire ukrainienne précise que le courant n’a toujours pas été rétabli à Tchornobyl, mais que du diesel a été apporté pour les générateurs de secours et que des réparations ont lieu sur les lignes électriques.

La source de neutrons a été bombardée une deuxième fois, le 10 mars 2022 au soir, selon un communiqué de l’autorité de régulation nucléaire ukrainienne, mais les dommages seraient mineurs. Pas de changement à la centrale de Zaporizhzhia, selon un autre communiqué. Mais, selon l’exploitant cité par Reuters, la Russie a tenté de prendre le contrôle de la centrale nucléaire de conception soviétique en y envoyant des cadres de Rosatom, l’exploitant nucléaire Russe. Celui-là même qui devait prendre 20% des turbines Arabelle, en partenariat avec EDF.

Le communiqué du 11 mars au soir de l’AIEA n’apporte aucune information supplémentaire ni analyse. Il ne sert qu’à mettre en scène le patron de l’organisation. Par ailleurs, selon la FAO, 8 millions à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim dans le monde à cause de cette guerre.

Dans un communiqué daté du 12 mars, l’autorité de régulation nucléaire ukrainienne confirme la présence d’au moins 11 personnes de Rosatom sur le site de la centrale de Zaporizhzhia, mais qui n’interféreraient pas avec les opérations. La centrale est toujours exploitée par le personnel d’Energoatom. Cet article de la pravda ukrainienne donne deux versions des faits : d’après le président d’Energoatom, les cadres de Rosatom auraient annoncé à la direction de la centrale vouloir diriger les opérations car les installations appartiendraient désormais à la Russie. Mais, ces cadres auraient affirmé aux médias être là “pour évaluer la sûreté nucléaire et radiologique après le bombardement et la saisie de la centrale, ainsi que pour apporter une aide aux réparations”.

Electricité rétablie à Tchornobyl

La Pravda de Kyiv rapporte, le 13 mars 2022, que l’Ukraine a rétabli l’électricité à la centrale nucléaire de Tchornobyl, permettant ainsi un refroidissement stabilisé des combustibles usés, et dans la commune voisine de Slavutych. La zone est toujours occupée par l’armée de la Fédération de Russie et le personnel sur place (211 personnes) n’a pas été relevé depuis le début de l’offensive, le 24 avril dernier. Il serait épuisé.

Ligne vers Tchornobyl à nouveau coupée, puis rétablie et explosions à la centrale de Zaporizhzhia

La compagnie Energoatom signale sur Telegram que l’armée d’occupation a de nouveau endommagé la ligne électrique vers Tchornobyl. L’électricité avait été rétablie la veille à 19h07, selon la Pravda de KyivToujours sur Telegram, Energoatom signale que l’armée d’occupation a fait exploser des munitions sur le site de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia et le personnel a dû se mettre à l’abri.

L’AIEA, dans son communiqué du soir, confirme aussi la nouvelle coupure de courant, mais signale que la ligne a déjà pu être réparée. Tant mieux ! Pour ce qui est des explosions de munitions, l’organisation dit chercher des informations. Le 15 mars, dans un communiqué, l’Autorité de régulation nucléaire explique que, la veille, les forces d’occupation russes ont fait exploser des munitions qui n’avaient pas explosé lors du bombardement du site le 4 mars 2022 et ce, à proximité immédiate des groupes électrogènes. Elle souligne que l’utilisation d’armes dans les installations nucléaires, y compris l’élimination par détonation des munitions, constitue une menace pour la sécurité des installations nucléaires.

Le ministère des affaires étrangères russe, accuse l’Ukraine de sabotage de ses propres installations, avec la complicité des Etats-Unis et de l’OTAN. Aussi crédible que la “dénazification” du pays… Pendant ce temps là, la guerre continue, les victimes s’accumulent et de nombreuses compagnies françaises refusent toujours de suspendre leurs contrats avec la Russie.

Dans un courrier mis en ligne sur le site de l’Autorité de régulation nucléaire Ukrainienne, Greenpeace dénonce que Mikhail Chudakov, Directeur général adjoint de l’AIEA était, jusqu’en 2015, Directeur général adjoint de Rosatom, la compagnie russe qui est au côté des troupes d’occupation à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. Elle demande qu’il soit démis de ses fonctions à l’AIEA car il pourrait transmettre des informations confidentielles à l’envahisseur.

Une troisième ligne électrique coupée à Zaporizhzhia

Le 17 mars 2022, dans un communiqué, l’Autorité de régulation nucléaire indique que le 16 mars à 14h29 une troisième ligne électrique a été coupée à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. La centrale a dû réduire sa puissance et ne produire que ce qui peut être évacuer par le réseau électrique. Il ne resterait plus qu’une ligne. Si elle est coupée, la centrale doit s’arrêter et n’a plus que les groupes électrogènes comme source d’énergie. La situation pourrait alors devenir critique.

La centrale est toujours occupée, mais exploité par le personnel ukrainien qui peut se relayer. L’autorité a mis en ligne une simulation des rejets radioactifs en cas d’accident grave : ils pointent vers la Turquie.

A l’inverse, à Tchornobyl, le personnel est toujours otage des troupes d’occupation et n’a pas pu être remplacé depuis le 24 février. Il en est donc à son 22 ème jour consécutif sur place et est épuisé, tant physiquement que moralement, selon le point quotidien effectué par l’autorité de régulation. Le système de surveillance automatique n’a pas été restauré.

Toujours selon l’autorité de régulation nucléaire, l’alimentation électrique de la source de neutrons de Karkiv a aussi été coupée, sans que cela n’engendre de risque particulier.

Le 18 mars, l’Autorité de régulation nucléaire, fait état d’une coupure temporaire de la ligne électrique de secours qui relie la centrale nucléaire de Zaporizhzhia à une centrale thermique voisine. Cette ligne peut fournir du courant à la centrale nucléaire en cas d’arrêt total de la production électrique, afin de maintenir le refroidissement des combustibles nucléaires. La coupure a eu lieu le 17 mars vers 14h et a été rétablie vers 20h. Sachant qu’il y a 3 lignes haute-tension pour la distribution du courant sur 4 de coupées, la centrale nucléaire était dans une situation vulnérable.

Le site et les environs sont toujours occupés par les troupes de la Fédération de Russie et seules deux tranches produisent du courant car il n’y a pas assez de lignes électriques pour évacuer la production électrique.

Le 19 mars, l’Autorité de régulation nucléaire annonce qu’une des lignes HT (celle dénommée “Kakhovska”) qui dessert la centrale nucléaire de Zaporizhzhia a été rétablie le 18 mars à 19h48. Cela fait donc un total de 3 lignes disponibles si l’on inclut la ligne de secours vers la centrale thermique. Bonne nouvelle ! La centrale va probablement pouvoir augmenter sa production.

A Tchornobyl, le personnel est toujours otage des troupes d’occupation, depuis 24 jours ! Mais, le 20 mars, selon The Kyiv Independent, 64 personnes retenues à Tchornobyl ont pu partir et être remplacées par 46 volontaires. Et le 21 mars, l’AIEA rapporte que tous les autres ont aussi pu être remplacés.

Des incendies sont signalés dans la zone d’exclusion de Tchornobyl

Plusieurs incendies ont été signalés dans la zone d’exclusion de Tchornobyl, selon The Guardian du 22 mars 2022, qui relaie un communiqué du parlement ukrainien. Sept feux auraient été repérés par le satellite Sentinel de l’ESA. Les balises de surveillance de la radioactivité étant débranchées dans la zone, il est difficile d’évaluer l’impact. Cependant, l’AIEA, dans son communiqué du 23 mars, signale une légère augmentation des niveaux de césium-137 à Kyiv et dans des centrales nucléaires de l’Ouest de la zone, mais sans donner aucun chiffre, comme à son accoutumé.

Les autorités ukrainiennes expliquent que la plupart des incendies ont été localisés dans la zone d’exclusion de Tchornobyl. Une trentaine aurait déjà éclaté depuis le début de l’invasion, sans propagation grâce aux conditions météo. L’IRSN a publié une note avec quelques valeurs de contamination. Plus inquiétant, l’armée russe a attaqué Slavutych où loge une partie du personnel de Tchornobyl, ce qui empêche toute rotation sur le site de la centrale, selon l’autorité de régulation nucléaire.

L’armée de la Fédération de Russie s’emparent de Slavutych, ville où loge le personnel de Tchornobyl

Selon the Kyiv Independent, les troupes d’occupation se sont emparées de la ville de Slavutych, ville où loge le personnel de Tchornobyl, rendant toute relève impossible sur le site de la centrale nucléaire. Le maire aurait été kidnappé pendant un temps, le 26 mars 2022.

La source de neutrons de Kharkiv a aussi été une nouvelle fois bombardée par les troupes d’occupation le 26 mars 2022. Et selon un communiqué de l’Autorité de régulation nucléaire, le bâtiment qui abrite la source a été endommagé.

Par ailleurs, le 27 mars 2022, le ministère de l’énergie d’Ukraine a annoncé avoir demandé l’expulsion de la Russie de l’AIEA pour terrorisme nucléaire, selon UkInform.net, où, a minima, la réduction de son rôle en retirant tous les postes clés aux représentants de la Fédération de Russie.

La source de neutrons a été de nouveau bombardée le 28 mars 2022, selon l’Autorité de régulation nucléaire. Comme la stratégie des troupes d’occupation est de raser certaines villes, comme Marioupol, au péril de nombreuses vies humaines, ce ne sont pas quelques éléments radioactifs qui vont les arrêter…

L’armée d’occupation aurait commencé à se retirer de Tchornobyl

Selon l’AFP (30 mars 2022), qui cite un haut responsable du Pentagone, les forces d’occupation de la Fédération de Russie auraient commencé à se retirer du site nucléaire de Tchornobyl, sous leur contrôle depuis le premier jour de l’invasion, pour aller au Bélarus. Le 31 mars 2022, ils auraient entièrement quitté le site nucléaire et se prépareraient à quitter aussi Slavutych, la ville qui héberge le personnel, selon Radio Free Europe, financée par les Etats-Unis. Energoatom, qui gère la centrale, confirme sur Telegram qu’il n’y a plus de soldat sur le site nucléaire et indique sur Telegram que les soldats seraient malades après avoir creusé des tranchées dans la zone d’exclusion très contaminée. Certains médias mentionnent que des soldats sont hospitalisés à Gomel, au Bélarus, mais cela reste à confirmer (Cf le message Telegram d’Energoatom). Le Monde mentionne aussi que les troupes de la Fédération de Russie ont pillé le site nucléaire et pris des otages, rapportant un message Telegram d’Energoatom, qui complète en précisant qu’il s’agit de cafetières, bouilloires, ordinateurs… et du pillage d’un hôtel voisin. Dans un communiqué daté du 1er avril 2022, l’Autorité de régulation nucléaire confirme le départ des troupes d’occupation et dit vouloir reprendre les contrôles dans la zone.

Dans son étude sur le corridor fluvial E40, l’ACRO avait estimé les doses qui pouvaient être prises par des travailleurs engagés dans la construction d’un barrage dans la zone d’exclusion de Tchornobyl. L’exposition externe pourrait atteindre 15 mSv pour 2 000 heures de présence et l’inhalation de poussières, plus difficile à évaluer, pourrait atteindre des niveaux similaires. Les soldats russes ont passé moins de la moitié de ce temps dans la zone d’exclusion. Ce sont des niveaux qui dépassent largement la limite annuelle pour le public (1 mSv/an), mais qui n’entraînent pas une hospitalisation.

Vidéo des tranchées creusées par l’armée d’occupation dans la zone d’exclusion de Tchornobyl

Le 6 avril 2022, la compagnie Energoatom a publié sur son compte Telegram une vidéo aérienne des tranchées qui auraient été creusées par les troupes d’occupation dans la zone d’exclusion de Tchornobyl :

Et l’Agence d’Etat qui gère la zone d’exclusion de Tchornobyl a mis en ligne des photos de la zone interdite et des bureaux des compagnies publiques qui travaillent sur place, montrant un pillage systématique par les troupes d’occupation.

Vidéo mise en ligne le 7 avril 2022 des tranchées qui auraient été creusées par l’armée russe près de la centrale de Tchornobyl. Des mesures de débit de dose sont faites dans la tranchée, mais aucune valeur n’est donnée.

Niveaux de radiations dans les zones occupées de Tchornobyl

9 avril 2022 : Plusieurs personnes se sont rendues dans la zone d’exclusion de Tchornobyl où des tranchées auraient été creusées par les troupes d’occupation de la fédération de Russie. Petro Kotin, le président d’Energoatom, a mesuré entre 3,2 et 4 µSv/h, selon un message Telegram, accompagné de photos et d’une vidéo :

Ce sont des niveaux élevés qui correspondent à peu près au seuil fixé pour l’évacuation des habitants à Fukushima (3,8 µSv/h), mais, en supposant qu’une personne reste continument dans la tranchée pendant 30 jour, elle prend donc une dose externe de moins de 3 mSv environ.

CNN y est aussi allé avec le ministre de l’intérieur et a rapporté des images vidéo. La chaîne montre un débit de dose de 11 µSv/h près du sol. En restant sur place 30 jours, la dose externe serait de 8 mSv. La BBC aussi, mais ne donne pas d’information sur les niveaux de radiation.

Même en prenant en compte l’inhalation de poussières radioactives, de tels niveaux ne correspondent pas à une irradiation aigüe, comme nous l’avions déjà souligné le 1er avril dernier. Ils ne peuvent donc pas être responsables de l’hospitalisation de soldats, comme cela a été avancé.

Par ailleurs, l’Agence d’Etat en charge de la gestion de la zone d’exclusion rapporte que les serveurs qui gèrent les 39 balises de contrôle de la radioactivité ont été pillées par l’armée d’occupation. Il n’est donc pas possible d’accéder aux données. Elle aurait aussi perdu ses archives.

Rétablissement des liaisons directes avec la centrale nucléaire de Tchornobyl

Selon un communiqué de l’Autorité de régulation nucléaire, sa liaison directe avec la centrale nucléaire de Tchornobyl est rétablie depuis le 19 avril 2022. Les informations quotidiennes radiologiques et sur l’état de sûreté des installations sont transmises. La rotation du personnel se déroule de manière planifiée. Le déminage du site est toujours en cours par les forces de sécurité. Et des inspections sont menées pour faire un inventaire des matières radioactives et des équipements de surveillance et de contrôle.

La route entre Tchornobyl et Slavutych passant par le Belarus, elle n’est plus empruntée et le personnel est transporté par bateau sur la Pripyat.

Par ailleurs, la centrale nucléaire de Zaporizhzhia est toujours sous occupation russe avec la présence d’ingénieurs de Rosatom, et il n’est pas possible à l’Autorité de régulation nucléaire d’y mener des inspections, ce qui représente une violation des règles élémentaires de sûreté, comme le rappelle l’Autorité de régulation, dans un communiqué.

Le 5 mai, l’Autorité de régulation nucléaire a annoncé avoir retiré l’accréditation à plusieurs compagnies qui intervenaient à Tchornobyl, non pas à cause de leur faute, mais à cause des risques qui font suite à l’occupation du site. Il n’est plus possible d’y mener des opérations de routine. Et le 12 mai, l’Autorité de régulation signale que la transmission des données depuis Tchornobyl a été rétablie.

Le 19 mai, des membres du gouvernement russe ont déclaré vouloir accaparer tout le Sud de l’Ukraine et récupérer l’exploitation de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. L’électricité servira à la Russie et pourrait être vendue à l’Ukraine, selon l’AFP. Energoatom, l’exploitant, a réagi violemment sur Telegram en précisant qu’il contrôlait toujours la centrale, qu’il n’y avait pas de ligne pour acheminer l’électricité en Russie et que l’Ukraine ne payerait jamais. Et de rappeler que le réseau électrique ukrainien était désormais relié à l’Europe. Mais la Russie devait sûrement parler des régions qu’elle compte annexer.

Le 2 juin 2022, le Washington Post fait un bilan des dommages causés par l’armée de la Fédération de Russie lors de son occupation de la centrale de Tchornobyl : 698 ordinateurs, 344 véhicules, 1 500 dosimètres, des logiciels et presque toutes les pièces des systèmes de protection incendie, pillés ou simplement détruits. Et l’inventaire n’est pas terminé. Neuf personnes y ont été tuées et cinq prises en otage. Le coût des dommages s’élèverait à 135 millions de dollars. Mais, le dommage le plus important est sûrement l’impact psychologique de la guerre et de l’occupation. 36 ans après la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, environ 6 000 personnes y travaillent quotidiennement.

Le 3 juin 2022, l’agence Reuters rapporte que la centrale nucléaire de Zaporizhzhia est confrontée à une grave pénurie de pièces de rechange et de matériel consommable qui menace la sécurité de ses opérations, citant le service de renseignement du ministère de la Défense ukrainien. Les rotations de personnel à la centrale nucléaire ont lieu une fois par semaine. Cette information n’a pas été du goût de l’exploitant, Energoatom, qui a violemment réagi sur Telegram.

Le 5 juin 2022, un missile tiré l’armée russe est passé à relativement basse altitude au-dessus de la centrale nucléaire du Sud. Voir les images publiées sur le fil Telegram de l’exploitant :

Le 20 juillet 2022, Greenpeace a rendu compte de sa mission dans la zone d’exclusion de Tchornobyl à l’invitation des autorités ukrainiennes. Son communiqué de presse ne fait pas état de niveaux de contamination inattendus pour cette zone, mais l’organisation souligne que ses valeurs sont jusqu’à 3 fois plus élevées que les relevés effectués par l’AIEA. Ce n’est pas étonnant. Dans son étude sur le projet de voie fluvial E40 qui devait traverser cette zone, l’ACRO avait déjà souligné le fait que l’AIEA sous-estimait l’impact de la pollution rémanente. La conférence de presse de Greenpeace peut être visionnée ici.

Greenpeace a effectué des mesures de débit de dose ambiant ainsi que des analyses d’échantillons de sols prélevés sur place. La vidéo des prélèvements est ici et les photos sont accessibles ici. Pour l’anecdote, l’appareil de terrain qui a servi à faire des analyses par spectrométrie a été testé et étalonné à l’ACRO avant le départ en mission.

Greenpeace a aussi diffusé une vidéo des dégâts dus aux pillages et sabotages de l’armée d’occupation. Enfin, l’organisation a publié une étude des images satellites de la zone lors de l’occupation russe.

Entre le 5 et le 13 août 2022, la centrale nucléaire de Zaporizhzhia a subi des dommages suite à des bombardements répétés. Selon l’exploitant, cette centrale, en zone occupée, serait minée et servirait d’entreposage d’armements afin de les protéger de bombardements ukrainiens. Seraient concernées, les salles des machines des unités 1 et 2, d’après un communiqué de l’autorité de régulation nucléaire daté du 5 août 2022. Une telle situation fait, bien évidemment, courir des risques inacceptables aux employés de la centrale et aux installations.

Le journal d’opposition russe, The Insider, a mis en ligne une vidéo où l’on voit des camions militaires russes livrer un engin dans le bâtiment réacteur de la centrale nucléaire : 

L’autorité de régulation fait état de trois bombardements le 5 août à partir de 14h30 dans un communiqué publié le soir même. Une station de production d’azote et un bâtiment auxiliaire auraient été endommagés. Une ligne haute tension a aussi été coupée. Dans une note publiée le 9 août, l’IRSN précise que l’unité n°3 a dû être mise à l’arrêt et que des générateurs diesels de secours ont été activés. Selon les autorités, il n’y aurait pas d’élévation des niveaux de radioactivité. Pour l’AIEA, cette attaque viole 6 piliers de la sûreté nucléaire : les bombardements menacent l’intégrité physique des installations, des installations de secours, augmentent le stress des employés, menacent la sécurité électrique des installations nécessaires au refroidissement des combustibles et rendent beaucoup plus difficile, voire impossible, la gestion de crise.

Le 6 août 2022, l’exploitant fait état d’un nouveau bombardement qui a endommagé l’installation d’entreposage à sec des combustibles usés avec ses 174 conteneurs de 24 assemblages chacun. Des fenêtres et trois balises de détection de la radioactivité auraient été détruites. Un employé a dû être hospitalisé. Selon l’exploitant, les occupants – des militaires et des employés de la compagnie russe Rosatom – se seraient mis aux abris avant l’attaque. Selon l’IRSN, les conteneurs n’auraient pas été endommagés.

Voir aussi la note de Wenra, le club des régulateurs nucléaires occidentaux.

Le 11 août 2022, l’exploitant rapporte de nouvelles attaques de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia sans dommages majeurs. Il publie des photos de la station de protection incendie touchée. Une station de pompage et des balises auraient aussi été touchées. Selon l’IRSN, la ligne électrique coupée quelques jours plus tôt a pu être réparée.

Les autorités ukrainiennes soupçonnent la Russie de vouloir couper l’alimentation électrique d’une partie de l’Ukraine et de rediriger la production de la centrale de Zaporizhzhia vers la Crimée. Des pylônes vers la Crimée ont donc été détruits, selon ce post Telegram daté du 11 août de l’exploitant nucléaire :

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Selon cet article du 13 août 2022, les forces d’occupation recherchent les responsables de la destruction du pylône. Et, selon Reuters, la Russie accuse l’Ukraine des attaques contre la centrale nucléaire de  Zaporizhzhia.

Selon la BBC, le personnel sur le site de la centrale doit travailler dans des conditions très difficiles, sous la menace des armes. L’armée d’occupation contrôlerait les réseaux de téléphonie mobile et a coupé internet. L’accès à la nourriture y serait limité. La situation psychologique et matérielle des travailleurs augmente le risque d’accident. Des employés auraient aussi été kidnappés.

Rappelons qu’une perte de l’alimentation électrique de la centrale nucléaire pourrait entraîner un scénario à la Fukushima. Les diesels de secours auraient une réserve de fioul de 7 jours, selon WENRA (source). Par ailleurs, la présence d’explosifs sur le site conduit à d’autres scénarios “inimaginables”. Et, dans tous les cas, la catastrophe sera impossible à gérer, aussi bien à la centrale qu’à l’extérieur.

La centrale nucléaire de Zaporizhzhya aurait à nouveau été bombardée le 13 août 2022 selon l’Ukrainska Pravda. De nombreuses personnes quitteraient Enerhodar, la ville voisine occupée, de crainte d’un accident nucléaire comme on peut le voir sur cette vidéo :

Les 25 et 26 août 2022, la centrale nucléaire de Zaporizhzhia a été complètement coupée du réseau électrique pour la première fois de son histoire. Selon l’autorité de régulation, la connexion a été perdue à au moins deux reprises, le jeudi 25 août. Sans pouvoir évacuer l’électricité produite, il a fallu arrêter les réacteurs 5 et 6, les seuls encore en activité. Et comme de l’électricité est nécessaire au refroidissement des combustibles, les diesels de secours ont été mis en service. Sur le papier, selon les stress tests post-Fukushima, la centrale peut tenir 7 jours ainsi, mais il vaut mieux ne pas avoir à tester les limites en situation réelle…

Toujours selon l’autorité de régulation, les lignes électriques ont pu être rétablies le 26 août et les deux réacteurs nucléaires remis en service. A noter, que des canalisations d’eau ont aussi été endommagées. La situation sur place s’est approchée de celle de Fukushima où il y a eu perte de l’alimentation en eau et en électricité. Et c’est un personnel épuisé, en état de stress lié à l’occupation par l’armée russe qui a dû gérer cette situation.

Selon Energoatom sur Telegram, le feu a pris dans une centrale à charbon située près de la centrale et a endommagé la dernière ligne électrique disponible, les autres ayant été coupées par l’occupant.

Le 1er septembre 2022, une mission de 16 inspecteurs de l’AIEA, menée par son directeur général, a pu se rendre sur le site de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. Cinq inspecteurs restent sur place. Le reste de la délégation est reparti au bout de quelques heures.

Le directeur de l’AIEA a déclaré aux médias avoir pu “rassembler beaucoup d’informations” et avoir “vu ce qu’il avait besoin de voir”. On n’en saura pas plus pour le moment. Et d’ajouter que l’intégrité physique de cette centrale avait été violée à plusieurs reprises, ce qui était déjà connu de tous.

Le réacteur n°5 a dû être à nouveau arrêté durant la nuit, suite à des bombardements. Le 6 reste en activité, selon l’autorité de régulation.

Le 2 septembre 2022, l’AIEA a dit que deux inspecteurs resteraient sur place. Quant à l’exploitant, il a remis en service le réacteur n°5.

Le quotidien britannique The Telegraph et le journal russe d’opposition The Insider rapportent que des employés de la centrale de Zaporizhzhia ont été torturés. Certains sont détenus dans des conditions très difficiles par l’armée russe.

Et, le 3 septembre 2022, toutes les lignes vers le réseau électrique sont à nouveau coupées, suite à des bombardements. Seule une ligne de secours vers la centrale thermique est disponible. Le réacteur n°5 a de nouveau été arrêté et l’électricité produite par le réacteur n°6 est évacuée vers la centrale thermique avant fournie au réseau, selon AIEA.

La présence d’inspecteurs internationaux n’apporte rien à la sécurité du site.

Le 5 septembre 2022, le dernière ligne électrique de secours a été coupée par des bombardements, selon l’exploitant, et la centrale est à nouveau complètement coupée du réseau, malgré la présence de l’AIEA. La puissance du réacteur n°6 a été fortement réduite pour ne fournir que l’électricité nécessaire à la centrale, selon l’AIEA. Selon l’IRSN, la fiabilité de cette disposition, qui n’est pas une disposition d’exploitation courante, est limitée. Ce n’est de plus pas une solution pérenne.

Par ailleurs, quatre des six représentants de l’AIEA ont achevé leur travail à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, selon l’exploitant, et ont quitté le site de la centrale. Il est prévu que les deux autres experts continuent à travailler à la centrale de manière permanente (voir aussi, en anglais).

Enfin, selon Le Monde, Enerhodar, la ville qui héberge les travailleurs de la centrale de Zaporizhzhia, se vide de ses habitants.

Le 7 septembre, l’AIEA a mis en ligne son premier rapport de mission à la centrale nucléaire de Zaporizhzhya. Pas grand chose de neuf. Après avoir rappelé que les 7 piliers de la sureté ont été violé, le rapport mentionne des dommages liés aux bombardements, avec deux photos. En toute logique, l’AIEA appelle à l’arrêt des combats, mais cela devrait être sans effet. L’organisation de l’ONU confirme aussi la présence de troupes russes, de matériel militaire, sans plus de précision, et d’ingénieurs de Rosatom, la compagnie russe. Et de demander le retrait des véhicules militaires. Le personnel ukrainien de la centrale, en nombre insuffisant, n’a pas librement accès à toutes les zones. A ces problèmes s’ajoute le stress permanent qui pause aussi des problèmes de sûreté. Et l’AIEA demande l’établissement d’un environnement de travail plus serein… et l’accès à toutes les zones. Idem pour les lignes électriques coupées, elles doivent être rétablies, ainsi que la fourniture de matériels nécessaires à l’exploitation de la centrale. Il faudrait aussi refaire des exercices de crise… Bref, il est difficile de voir ce qu’a apporté cette mission.

Le 9 septembre 2022, le DG de l’AIEA alerte que la ville d’Enerhodar, où loge le personnel de la centrale nucléaire de Zaporizhzhya, n’a plus de courant suite à des bombardements nocturnes. Cela signifie plus d’eau potable non plus. La situation y est devenue intenable et la fatigue du personnel rend la centrale nucléaire plus vulnérable. De nombreux opérateurs pourraient quitter la ville. Et comme les bombardements continuent, il est peu probable que la centrale puisse être reconnectée au réseau électrique et l’exploitant n’a plus aucun intérêt à garder un réacteur en fonctionnement, même réduit. Si ce réacteur est arrêté, la centrale ne sera plus refroidie qu’avec les diesels de secours. Et s’ils manquent de carburant ou s’ils tombent tous en panne, il n’y a plus de solution d’ultime secours. La situation de la centrale nucléaire est donc de plus en plus précaire.

Le 11 septembre 2022 à 3h41, le réacteur n°6 a été mis à l’arrêt, selon l’exploitant (voir aussi le communiqué de l’Autorité de régulation). Cela faisait trois jours qu’il était en situation d'”îlotage” avec une puissance réduite (114 à 140 MW) pour alimenter les seuls besoins de la centrale. Mais, comme une ligne électrique (celle de secours à 330 kV) a pu être rétablie la veille, afin d’assurer les besoins électrique, il n’était plus nécessaire de maintenir le réacteur n°6 dans cet état. L’électricité et l’eau courantes ont été rétablies à Enerhodar, mais la situation reste précaire et en cas de nouvelle coupure de la ligne, il faudra activer les générateurs diesels de secours. L’exploitant dit faire son possible pour accroître ses réserves de carburant, qui permettraient de tenir 10 jours, selon l’autorité de régulation nucléaire.

Et le 13 septembre 2022, selon l’AIEA, 3 lignes électriques ont été rétablies, ce qui est rassurant. Une fournit la centrale en courant et les deux autres sont là en secours. Il n’est pas question de remettre des réacteurs en service pour le moment. Le 17 septembre 2022, c’est au tour de la ligne haute tension de 750 kV d’être rétablie, selon l’AIEA. Les trois lignes  rétablies précédemment redeviennent des lignes de secours, ce qui renforce la sécurité de l’alimentation électrique du site et le maintien à froid des combustibles nucléaires. Il y a toujours trois lignes à haute tension de 750 kV de coupées. Par ailleurs, l’exploitant a augmenté ses réserves en diesel pour les générateurs de secours.

Le 19 septembre 2022, dans un communiqué, Energoatom accuse la Russie d’avoir bombardé une zone industrielle située à proximité de la centrale nucléaire du Sud (google map), à 00h20 locales. Une puissante explosion se serait produite à seulement 300 mètres des 3 réacteurs en fonctionnement. Elle n’a pas fait de morts ou de blessés, mais aurait soufflé une centaine de fenêtres dans le bâtiment de la centrale et provoqué une brève coupure de trois lignes de haute tension à la centrale. Une des unités hydroélectriques du barrage voisin a été arrêtée.

La compagnie a diffusé des images de l’explosion et des dégâts sur sa chaîne Telegram :

Le 21 septembre 2022 à 1h13, heure locale, la centrale nucléaire de Zaporizhzhia a de nouveau été bombardée, selon l’exploitant. Deux transformateurs ont été endommagés, entraînant la coupure de l’alimentation électrique du réacteur n°6. Deux générateurs diesel de secours ont été immédiatement mis en service pour assurer le refroidissement des combustibles usés. Vers 2h, le réacteur n°6 a pu être raccordé aux autres tranches de la centrale et les diesels de secours ont pu être arrêtés. L’exploitant impute le bombardement à la Russie et rappelle qu’il y a deux inspecteurs de l’AIEA sur place.

Et l’AIEA d’ajouter qu’un autre bombardement, le 20 septembre 2022, de l’un des bassins de refroidissement par aspersion du site. Un tuyau a été endommagé, mettant le bassin hors service en attendant les réparations. Espérons qu’il y a des systèmes d’adduction d’eau de secours, car à Fukushima, il y a eu coupure d’électricité et d’eau. De plus, des tirs d’obus ont également été signalés sur le site industriel autour de la centrale thermique, situé à quelques kilomètres.

Les 27 et 28 septembre 2022, l’AIEA fait part d’explosions sur le site de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia. Celles du 27 septembre auraient brisé des vitres dans un des bâtiments turbine. Et, le 28 septembre, l’AIEA fait part d’autres explosions qu’elle attribue, comme celles de la veille, à des passages d’animaux sur des mines. Et, le 30 septembre, l’AIEA signale dans un tweet qu’il y aurait eu 6 explosions de mines en une semaine.

Le 1er octobre 2022, le directeur de la centrale de Zaporizhzhia, Ihor Murashov, a été arrêté la veille vers 16h par les troupes d’occupation russes alors qu’il se rendait à Energodar, selon l’exploitant. L’AIEA a réagi immédiatement, selon un communiqué, et a demandé des explications à la Russie. Les explosions de mines sur le site de la centrale continuent. Et, le 3 octobre, il a été libéré et a pu rentrer chez lui, toujours selon l’exploitant qui souligne l’impact de la pression internationale et de l’AIEA.

Le 5 octobre 2022, un décret signé par le président Poutine prend possession de la centrale de Zaporizhzhia et en confie l’exploitation à une filiale de Rosatom enregistrée à Moscou, ce qui a provoqué l’ire de l’exploitant nucléaire ukrainien, Energoatom, dans un message Telegram :

L’autorité de régulation nucléaire, de son côté, a rappelé, dans un communiqué, que le décret du Président Poutine était sans valeur car elle était la seule habilité à délivrer des licences d’exploitation. Quant à l’AIEA, elle ne prend pas position dans son communiqué et dit vouloir engager des consultations… Son communiqué du 6 octobre est tout aussi ambigu : les derniers développements entraîneraient de la confusion sur qui à la charge de l’installation ! La réaction française, quant à elle, ne souffre d’aucune ambiguïté dans son affirmation de la pleine et entière souveraineté ainsi que la propriété de l’Ukraine sur la centrale nucléaire.


Iode

L’ACRO réclame depuis des années une extension de la distribution de comprimés d’iode au-delà des 20 km autour des centrales nucléaires françaises. Rappelons qu’en Suisse, cette distribution a été étendue à 50 km et en Belgique à 100 km. Mais, comme nous l’avons déjà souligné, en France métropolitaine, moins de 5% de la population bénéficiera de comprimés d’iode à la maison pour protéger sa thyroïde en cas d’accident nucléaire.

Quelle surprise donc de découvrir qu’en plein mois d’août 2022, des comprimés d’iode sont distribués à toute la population des Vosges, selon l’Est-Républicain, département où il n’y a pas d’installation nucléaire. Est-ce lié au risque d’accident à la centrale nucléaire de Zaporizhzhya en Ukraine ? Si oui, pourquoi seulement les Vosges ?

En fait, il ne s’agit pas d’une distribution à la population, mais seulement la reconstitution des stocks et une vérification que les infrastructures de distribution sont bien opérationnelles en cas de besoin. Certains maires auraient mal interprété le courrier de la préfecture et informé les habitants, par erreur. Voir un exemple de missive sur le site Internet du Républicain Lorrain. Par ailleurs, il n’y a aucune information relative à l’iode sur le site de la préfecture des Vosges et c’est bien dommage…


L’industrie nucléaire française n’a toujours pas rompu ses contrats avec l’industrie nucléaire russe, afin de maintenir l’illusion du recyclage de l’uranium de retraitement.

Le 7 avril 2022, le parlement européen a adopté une résolution réclamant l’imposition d’un embargo « total et immédiat » sur les importations « de pétrole, de charbon, de combustible nucléaire et de gaz » russes. Lire le communiqué. Mais, la résolution est non contraignante…

Et le 13 août 2022, le président Zelenskyy a appelé à des sanctions contre l’industrie nucléaire russe (source). EDF et Orano vont-ils enfin rompre leurs contrats avec Rosatom ?

Selon Greenpeace, le 24 août 2022, au port de Dunkerque, 52 fûts contenant de l’uranium enrichi en Russie ont été déchargés du cargo Mikhail Dudin en provenance de Saint-Pétersbourg. Ils ont ensuite été chargés dans des camions qui ont pris la direction de la vallée du Rhône, où se trouvent les sites nucléaires de Pierrelatte et de Romans-sur-Isère.

Concertation sur le projet de piscine à La Hague : Peut-on débattre du nucléaire ?

La « concertation » menée par EDF sur le projet de piscines d’entreposage des combustibles usés à La Hague se termine. Force est de constater que c’est un échec complet.

L’ACRO a été la première à avoir soumis un cahier d’acteur. Nous avions identifié des lacunes dans la liste des documents sur le site de la concertation et les avons demandés aux garants. Six mois plus tard, aucune information n’est disponible sur le site Internet de la « consultation » concernant ces deux sujets.

Le premier document demandé concerne la pollution du « parc aux ajoncs » où sont prévues les piscines. Face à notre insistance, Orano, propriétaire du terrain, a fini par nous répondre qu’elle nous enverrait le document quand son instruction sera terminée. Elle y fait état d’une concentration maximale de 5 400 Bq/kg, sans que l’on sache de quels radioéléments il s’agit. En attendant, le public ne saura rien sur les niveaux de pollution et la surveillance du chantier de dépollution, ni sur le devenir des terres excavées ou encore le niveau de décontamination prévu. Toutes ces questions pourraient l’intéresser pourtant.

Qui bloque le débat ?

L’autre information manquante concerne les risques de saturation des entreposages de combustibles usés. Le document rédigé en 2016 par les exploitants est secret. En 2018, nous nous sommes battus pour obtenir la publication du rapport de l’expertise faite par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Face à l’absence de réponse, nous en avons révélé les conclusions. Puis, quand l’IRSN a fini par le publier, 10% étaient noircis. Nous avons saisi la CADA qui a imposé le dévoilement de plusieurs parties. Mais la plupart des chiffres restent secrets !

Qui bloque le débat ? Les exploitants ou les opposants ?

Ces rapports pointent pourtant les risques de saturation des entreposages qui justifient le projet de piscine. Selon les chiffres secrets de 2016, cette saturation devait arriver à l’horizon 2030, alors la piscine ne sera pas prête avant 2034. Face aux retards de l’exploitant, l’ASN a imposé le dépôt d’une demande d’autorisation de création (DAC) avant décembre 2020. En vain…

Suite aux déboires de l’usine Mélox et aux arrêts à venir des usines de retraitement, la saturation pourrait arriver beaucoup plus tôt. Selon le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), ce pourrait être dès 2024, en cas de fonctionnement dégradé. Cela signifie que la première piscine a au moins 10 ans de retard en prenant en compte les marges de sécurité. Et, en cas de saturation, il faudra arrêter des réacteurs nucléaires.

Qui est irresponsable ? Les opposants ou le porteur de projet ?

D’autres questions sont ignorées. Par exemple : Pourquoi les piscines actuelles ne sont pas bunkérisées, alors que celles en projet le seront ? L’invasion de l’Ukraine par la Russie montre qu’une nation nucléarisée n’est pas à l’abri d’un conflit et il nous faut réviser les règles de sécurité. Le sujet a pourtant fait l’objet de plusieurs questionnements lors de la réunion du 20 juin à Saint-Lô.

Les quelques réunions publiques organisées lors de cette « concertation » ont montré le fossé entre les exploitants du nucléaire pour qui il s’agit d’une formalité administrative à laquelle il faut se soumettre et le public qui demande à être mieux informé et véritablement associé à la décision. Devant des salles presque vides, les acteurs industriels et institutionnels ont fait des présentations idéalisées de la gestion des combustibles usés, ignorant les recommandations du HCTISN. Orano a affirmé que 96% des matières extraites des combustibles usés étaient recyclables, ce qui est faux car il restera toujours de l’uranium de retraitement appauvri sans solution technologique. Le représentant du ministère n’était pas en reste en mettant en avant le multi-recyclage des combustibles MOx sans souligner toutes les difficultés techniques qui le rendent irréaliste.

Une note d’éclairage de la Commission nationale de débat public (CNDP) sur 17 ans de débats publics et concertations concernant le nucléaire souligne la forte conflictualité du sujet car le public a le sentiment que les décisions sont déjà prises et que le débat n’a donc plus de raison. Alors que, dans les années à venir, sont programmés des débats sur les projets de nouveaux réacteurs EPR – prévus sans entreposage pour y mettre les combustibles usés -, et qu’il faudra décider, d’ici 5 ans si le retraitement est reconduit ou pas, il est temps de réinventer le débat public autour du nucléaire en s’appuyant sur une véritable transparence et une présentation des enjeux avec toutes les incertitudes associées.

Mais les acteurs industriels et institutionnels sont-ils prêts à s’ouvrir sincèrement au débat ? Le 24 juin dernier, la CNDP a dû recadrer EDF en rappelant que la détermination du calendrier et des modalités du débat sur les EPR2 sont de sa seule compétence !


Mise à jour du 8 août 2022 : Le rapport des garants

Le rapport des garants de la concertation menée par EDF est en ligne sur le site de la concertation (copie).

Saturation des entreposages de combustibles usés : une situation alarmante

En octobre 2018, l’ACRO avait alerté sur le risque de saturation de entreposages de combustibles nucléaires usés à partir d’un rapport que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) rechignait à rendre public. Puis, l’association avait saisi la CADA car la version finalement publiée était noircie à 10% environ. Nous avions eu partiellement gain de cause, mais la plupart des chiffres sont restés secrets, car, derrière ces problèmes de gestion des déchets, c’est la sécurité de l’approvisionnement électrique du pays qui est en jeu.

La saturation devrait intervenir à l’horizon 2030 et comme une dizaine d’années sont nécessaires pour construire un nouvel entreposage, l’arrêté du 23 février 2017 établissant les prescriptions du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs imposait à EDF de déposer « avant le 31 décembre 2020 auprès du ministre chargé de la sûreté nucléaire une demande d’autorisation de création pour une nouvelle installation d’entreposage de combustibles usés, ou une demande de modification substantielle s’il s’agit de l’extension d’une installation existante. » On sait déjà que cette demande ne sera pas déposée avant 2023 et la compagnie n’a pas pour habitude de finir ses chantiers dans les temps. La piscine centralisée qu’elle souhaite construire à La Hague, n’ouvrira, au mieux, qu’en 2034, si elle se fait…

Ce retard est très critique et l’ASN a imposé à EDF de trouver des alternatives. Le plan B est d’augmenter la densité des entreposages existants. Le projet de densification vise à augmenter d’environ 30%, à terme, les capacités d’entreposage de trois des piscines de l’établissement de La Hague (C, D et E) par l’usage de nouveaux paniers d’entreposages plus compacts et par la réduction de la distance entre chaque panier. Orano prévoit une mise en œuvre à partir de 2024. Pour l’ASN, cette parade doit être temporaire et ne sera autorisée qu’au « juste besoin ».

Et, si cela ne suffisait pas suite à des retards supplémentaires dans la construction d’un nouvel entreposage, le plan C est de retirer des combustibles anciens des piscines pour les entreposer à sec. La réalisation d’un entreposage à sec correspond à un nouveau type d’installation dont le référentiel de sûreté reste à définir. Orano et EDF devraient déposer auprès de l’ASN un projet plus abouti cette année. Bref, ils ne sont pas prêts !

L’entreposage à sec est une pratique très répandue dans les autres pays car le refroidissement est passif. Mais la température des combustibles est plus élevée que sous eau, favorisant ainsi les relâchements radioactifs. Les combustibles doivent donc être mis dans un emballage étanche. L’intérieur se contamine, rendant toute reprise difficile. C’est contradictoire avec le dogme de l’industrie nucléaire française qui prétend pouvoir retraiter tous ses combustibles… même si elle n’a pas de solution technique pour cela. Le blocage face à l’entreposage à sec est donc essentiellement idéologique et l’industrie nucléaire espère y échapper.

EDF veut aussi consommer plus de MOx pour désengorger les piscines existantes en allant piocher des combustibles usés dans les stocks pour les retraiter. Elle doit soumettre à l’ASN le projet de passer ponctuellement les recharges en MOx de 12 à 16 assemblages dans les réacteurs de 900 MWe capables de recevoir ce combustible. A plus long terme (environ 2032), EDF travaille sur un projet de « moxage » des réacteurs de 1300 MWe, avec une première étape d’essais envisagée à Paluel 4 en 2024. Mais cela nécessite que les usines de retraitement et de fabrication de MOx puissent suivre, ce qui n’est pas le cas actuellement ! Ainsi, le moxage des réacteurs de 1300 MWe a plutôt pour but de justifier la prolongation du retraitement et d’enclencher la construction d’une nouvelle usine afin de remplacer celles actuelles après 2040.

Face au problème de saturation actuel, l’IRSN estime, dans son avis à l’ASN n° 2022-00049, daté du 4 mars 2022, que, parmi les trois parades présentées, la densification semble être la seule solution dont la mise en œuvre est compatible avec le calendrier imposé par les besoins d’entreposage.

Car, en cas d’aléa, la saturation peut advenir plus rapidement, comme nous l’avons expliqué dans notre cahier d’acteur de la concertation sur le projet de piscine centralisée à La Hague. Et les aléas sont nombreux : les chiffres prédisant une saturation à l’horizon 2030 ne sont plus d’actualité.

Les déboires de Mélox

Les combustibles à l’uranium naturel enrichi (UNE) qui sortent actuellement des centrales nucléaires françaises sont entièrement retraités après une dizaine d’années en piscine. En fonctionnement « nominal », il n’y a plus d’accumulation, comme ce fut le cas par le passé. Le plutonium extrait de ces combustibles sert à fabriquer des combustibles MOx qui, eux, ne sont pas retraités et qui s’accumulent. Toujours en fonctionnement nominal, ils couvrent 10% des besoins des centrales nucléaires françaises.

Mais l’usine Mélox de Marcoule, dans le Gard, qui fabrique ces combustibles MOx, connaît des déboires depuis 2015. Sa production a été divisée jusqu’à deux et EDF a dû remplacer des combustibles MOx par des combustibles à l’uranium naturel enrichi (UNE) dans ses réacteurs. Or, si l’on fabrique moins de MOx, il faut moins retraiter pour ne pas accumuler du plutonium, proliférant. Et si l’on retraite moins, les combustibles UNE s’accumulent aussi, accélérant ainsi la saturation des piscines… Les chiffres sur l’état des stocks étant secrets, il est difficile d’en dire plus.

Les combustibles MOx rebutés, qui ne peuvent pas être mis en réacteurs faute d’avoir atteint la qualité suffisante, s’accumulent aussi. Avec un taux de rebuts inférieur à 13%, ils peuvent être remis dans le circuit. Le surplus s’entasse à La Hague, dans un autre entreposage qui arrive aussi à saturation. Décidément ! Et le problème va perdurer puisqu’Orano ne dispose pas d’unité ayant une capacité industrielle à traiter l’ensemble des rebuts de MOx. C’est ballot !

Comme l’explique Reporterre (2 mai 2022), l’uranium appauvri utilisé dans la fabrication du MOx provenait d’une installation basée à Pierrelatte dans la Drôme, selon le procédé par « voie humide », mais fermée à la suite d’un « examen décennal non concluant ». La nouvelle poudre provient d’une autre installation d’Orano, située à Lingen, en Allemagne et est obtenue selon le procédé par « voie sèche ». L’homogénéité des pastilles de combustible est plus difficile à obtenir et n’atteint pas toujours la qualité requise. Par conséquent, alors qu’historiquement, Melox expédiait entre 5 et 10 tonnes de rebuts par an vers le site Orano la Hague, depuis 3 ans, du fait des difficultés de production, ces quantités ont cru et sont désormais comprises entre 15 à 20 tonnes par an, selon la présentation de la compagnie devant le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) du 8 mars 2022. Le plan d’actions entrepris par Orano en 2019 pour réduire les rebuts à Marcoule n’a pas encore produit de résultats positifs puisque les bilans de production des années 2020 et 2021 sont très inférieurs à ce qui était attendu. Cela pousse l’IRSN à estimer qu’il est difficile de se prononcer, à ce stade, sur un calendrier d’amélioration de la production de l’usine MELOX.

La procédure par voie sèche a aussi entraîné une forte contamination de l’usine qui est devenue beaucoup plus irradiante pour le personnel. Cela rend aussi toute opération de maintenance plus complexe à mettre en œuvre alors que les pannes d’équipements y sont fréquentes. Le retour de la procédure par voie humide dans les années à venir ne résoudra donc pas tous les problèmes. La réduction de l’exposition du personnel est un des défis auxquels doit faire face Orano.

A La Hague, Orano prévoit de nouveaux entreposages pour les rebuts, afin d’atteindre 1 300 emplacements supplémentaires et, ainsi, d’augmenter de 20% les capacités actuelles.

Une usine de retraitement vieillissante

Les usines de retraitement de La Hague ne sont plus toutes jeunes. Ce sont les évaporateurs de produits de fission qui lâchent actuellement car ils se corrodent plus vite que prévu. Ils doivent être remplacés.

Suite à une fuite, Orano a dû mettre à l’arrêt une de ces deux usines de retraitement de La Hague de septembre à décembre 2021. Elle fonctionne à nouveau, mais avec seulement deux des trois évaporateurs, ce qui réduit sa capacité de traitement… Des évaporateurs sont en construction dans deux nouveaux bâtiments. Les travaux de terrassement ont débuté en 2016 et la mise en service est prévue en mars 2023 et mars 2024 pour les usines UP3 et UP2-800 respectivement. Les raccordements vont entraîner un arrêt de chaque usine pendant quelques mois, ce qui conduira à une augmentation de la quantité des combustibles usés entreposés en piscine et donc une accélération de la saturation.

Une situation alarmante

L’autorité de sûreté nucléaire a demandé aux exploitants d’estimer la date de saturation en cas de situation particulièrement dégradée et le résultat est alarmant. Pour les entreposages de MOx rebuté, la saturation aurait pu intervenir dès avril 2022, alors que les nouveaux entreposages devaient être prêts pour mai 2022. Le pire n’a pas eu lieu.

Et pour les piscines de combustibles usés, la saturation pourrait arriver dès 2024. La nouvelle piscine d’EDF, prévue pour 2034 a donc juste dix ans de retard, avant même le lancement du chantier. Et le plan B, à savoir la densification des piscines existantes, ne pourra être mis en œuvre qu’à partir de 2024… Là encore, le calendrier est tendu.

A ces problèmes s’ajoutent les difficultés du parc nucléaire : d’un côté, certains réacteurs de 900 MWe font l’objet d’arrêts prolongés pour les travaux en lien avec leur quatrième visite décennale, ce qui réduit aussi l’utilisation de MOx. A l’inverse, les problèmes de corrosion, qui imposent l’arrêt de plusieurs réacteurs non moxés, devraient ralentir le remplissage des piscines et permettre de gagner du temps. Il est donc difficile de faire des prévisions précises sur la date de saturation, mais la situation demeure inquiétante.

Une fois la saturation atteinte, il y a un risque de devoir mettre à l’arrêt des réacteurs nucléaires. L’arrêt complet du parc pourrait être atteint en 14 mois en cas d’arrêt prolongé du retraitement ou de la fabrication de MOx. Comme au Japon, après la catastrophe nucléaire à Fukushima, où le nucléaire fournissait 30% de l’électricité. Mais c’est 70% en France ! Cette « fragilité inédite du système de production nucléaire français » inquiète en plus haut lieu, car l’Autorité de sûreté nucléaire ne veut pas avoir à arbitrer entre la sûreté nucléaire et la garantie de l’approvisionnement électrique.

A noter que toutes les analyses imposées aux exploitants concernant les risques sur l’approvisionnement électrique ne prennent pas en compte des retards supplémentaires pour la piscine centralisée alors que le projet est très contesté et qu’EDF aura fort probablement des retards supplémentaires.

Quelles parades ?

Dans son avis à l’ASN n° 2022-00049, daté du 4 mars 2022, l’IRSN souligne les risques liés à la saturation des entreposages en fonction de différents scénarios, mais ne donne aucun chiffre, ni aucune date. Il faut le croire sur parole. Il note aussi que, malgré la réduction de production de combustibles MOx, les exploitants n’ont pas baissé le flux de traitement des assemblages combustibles usés compte-tenu de la faible marge disponible dans les piscines d’entreposage d’assemblages combustibles usés, ce qui a conduit à une production de plutonium supérieure au besoin. Et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui doit veiller à la prolifération, ne dit rien ?

L’IRSN émet quatre recommandations : il veut un échéancier précis sur les parades face à la saturation des entreposages, ainsi qu’un suivi régulier pour pouvoir réagir à temps en cas d’aléa ou de retard sur un projet. Il demande aussi aux exploitants de mettre à jour l’impact de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit l’arrêt progressif des réacteurs les plus anciens qui consomment du MOx. Enfin, Orano doit présenter des solutions de traitement des rebuts de MOx.

Quant au Haut comité à la transparence, où l’ACRO siège, il va effectuer un suivi régulier des difficultés rencontrées ces dernières années, de l’évolution du calendrier de saturation et des projets proposés par les exploitants (synthèse de la 60e réunion plénière du Haut comité du 8 mars 2022).

Mais, comme en 2016, l’analyse effectuée par les exploitants en 2020 sur les difficultés potentielles liées à la gestion du combustible nucléaire n’est pas publique alors que l’approvisionnement électrique du pays est en jeu. Cette situation est inacceptable.

Projet de dépotoir radioactif à Chalk River au Canada : mise à jour de l’expertise du projet par l’ACRO

En 2018, l’ACRO avait été sollicitée par ICI Radio-Canada Télé et par la Communauté métropolitaine de Montreal pour apporter son expertise sur le projet de dépotoir radioactif à Chalk River au Canada. Situé à 200 kilomètres en amont de la région Ottawa-Gatineau, le complexe nucléaire de Chalk River sert, depuis les années 1950, de laboratoire pour le développement de l’industrie nucléaire canadienne. Un lieu “d’élimination” de déchets radioactifs est projeté sur le site d’un milieu humide à proximité de la rivière des Outaouais présentant ainsi des risques de contamination en cas de fuite. Cette rivière est une importante source d’eau potable pour une grande partie des habitants du Grand Montréal.

Le processus de consultation des parties prenantes se poursuit et les Laboratoires nucléaires canadiens (le promoteur) ont revu leur copie : ils n’envisagent plus que d’y stocker des déchets de faible activité, excluant ainsi les déchets de moyenne activité initialement inclus.

Dans ce contexte, la Communauté métropolitaine de Montréal a de nouveau sollicité l’ACRO afin de prendre en compte les évolutions du projet. Nous avons mis à jour notre rapport d’expertise qui a été soumis par la Communauté à la Commission Canadienne de Sûreté Nucléaire. Une audience publique aura lieu du 30 mai au 3 juin 2022.

Lire l’avis de la Communauté métropolitaine de Montréal accompagné du rapport d’expertise de l’ACRO mis à jour.

Liens externes :

Une animation du dépotoir nucléaire proposé à Chalk River.

 

Projet de piscine nucléaire centralisée à La Hague : cahier d’acteur de l’ACRO

Téléchargez le cahier d’acteur de l’ACRO dans le cadre de la consultation sur le projet de piscine d’entreposage centralisé d’EDF à La Hague (50).

Piscine centralisée à La Hague : Un projet trop tardif et risqué

Synthèse :

EDF a déjà beaucoup de retard dans son projet de piscine centralisée. Et n’ayant pu trouver de site, elle s’est rabattue sur un terrain pollué, dans une zone très nucléarisée, en comptant sur une meilleure acceptabilité sociale. La dépollution sur site et les aléas de chantier rendent le calendrier présenté peu réaliste. La saturation des piscines existantes, à l’horizon 2030, fait planer une menace inacceptable sur l’approvisionnement électrique du pays. Il est donc trop tard pour construire une piscine centralisée et EDF doit se tourner vers des solutions plus rapides à mettre en œuvre. En attendant, la production de combustibles nucléaires classiques (UNE) doit être réduite pour maintenir une marge suffisante dans les entreposages.

La Hague a déjà la concentration de substances radioactives la plus élevée au monde. Cumuler les installations nucléaires sur un même site pourrait rendre un accident grave encore plus complexe à gérer.

Après le 11 septembre 2001, la protection des piscines existantes contre les risques d’agression extérieure est devenue un sujet majeur. Le projet de piscine montre que les inquiétudes étaient légitimes. Les piscines existantes doivent aussi être bunkérisées !

Pour une information du public complète durant cette consultation, l’ACRO demande

  • qu’EDF mette en ligne une version publique de son rapport « impact cycle 2016 », autorise l’IRSN à publier la version intégrale de l’expertise qui en a été faite et justifie son retard ;
  • qu’Orano rende publique « le dossier d’assainissement du parc aux ajoncs » qu’elle a dû rendre à l’ASN en octobre 2021.

Un projet trop tardif…

La saturation, à l’horizon 2030, des piscines d’entreposage de combustibles irradiés est anticipée depuis le début des années 2000, mais, à quelques années de l’échéance, EDF est très en retard. L’arrêté du 23 février 2017 établissant les prescriptions du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs lui imposait pourtant de déposer « avant le 31 décembre 2020 auprès du ministre chargé de la sûreté nucléaire une demande d’autorisation de création pour une nouvelle installation d’entreposage de combustibles usés, ou une demande de modification substantielle s’il s’agit de l’extension d’une installation existante. » Dans son dossier, « EDF prévoit de déposer son dossier de Demande d’autorisation de création de l’installation (DAC) en 2023. » Et le planning présenté fait état d’« une mise en service de l’installation en 2034. »

Il est peu probable qu’EDF accélère son calendrier, ses autres chantiers – le centre d’entreposage ICEDA et l’EPR de Flamanville – ayant accumulé les retards supplémentaires. Et, pour ce projet de piscine, les obstacles sont nombreux.

Un site pollué et des retards supplémentaires ?

Pour EDF, « l’impact de la Piscine sur son environnement sera très faible. Elle sera implantée sur un terrain actuellement intégré au site nucléaire de La Hague, et ne requiert de convertir aucun nouveau terrain à un usage industriel. » Pas un mot sur la pollution chimique et radioactive du terrain où la piscine doit être implantée. Aucune information sur les nappes phréatiques, alors que la piscine doit être à moitié enterrée.

EDF ajoute qu’« aucun rejet radioactif, que ce soit par voie gazeuse ou liquide, n’est effectué en phase chantier », sans mentionner que le site doit être assaini avant le chantier. Et cet assainissement engendrera des déchets et des rejets.

Des années de laisser-aller.

Le « parc aux ajoncs », où doit être implantée la piscine, est notoirement une zone polluée depuis des années, mais que Cogéma/Areva/Orano s’est bien gardée d’assainir. Ces années de négligence retardent le projet, maintenant que les terrains pollués ont trouvé un acheteur.

Dans une lettre d’inspection (CODEP-DRC-2021-043175) datée de septembre 2021, l’ASN regrette les retards dans l’investigation radiologique et chimique des sols. Et « les inspecteurs ont noté que l’essentiel des sondages étaient réalisés dans les trois premiers mètres, et rarement au-delà de dix mètres. » Orano est aussi en retard dans la transmission de la modélisation hydrogéologique prescrite par la décision du 25 juin 2019. Rappelons que la piscine devrait être semi-enterrée et affecter les nappes phréatiques.

Par ailleurs, des terres et des gravats devront être déplacés et il faut encore trouver de nouvelles zones d’entreposage sur site. Toujours selon la lettre d’inspection de l’ASN, Orano n’en est qu’aux « études prospectives et […] actions envisagées » pour la « gestion des terres et gravats sur le site dans les prochaines années ». Et l’ASN de s’inquiéter des retards éventuels.

A noter que « le dossier d’assainissement du parc aux ajoncs » a dû être « transmis et présenté en octobre 2021 à l’ASN ». Il n’a pas été rendu public et EDF n’en fait pas mention dans son dossier soumis à consultation.

Le cas du Ru des Landes.

Dans le cadre de son Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement, l’ACRO effectue une surveillance régulière de la pollution radioactive autour des installations nucléaires de La Hague, ce qui lui a permis, en 2016, de mettre en évidence une pollution inhabituelle dans la zone du Ru des Landes, avec la présence notable d’américium-241 et de plutonium, particulièrement toxiques. En janvier 2017, Areva, devenue Orano depuis, s’est engagée à reprendre les terres contaminées. Et en mars 2017, une équipe projet a été mise en place, mais, en janvier 2022, aucun travail d’assainissement n’a encore été mené et des vaches continuent à y paître. Faudra-t-il autant de temps pour le parc aux ajoncs, situé juste au-dessus du Ru des Landes ?

Et les nappes phréatiques ?

La nappe phréatique qui alimente le Ru des Landes est aussi contaminée en plutonium, américium 241 et strontium 90. Dans un avis publié en avril 2017, l’IRSN précise que « dans la note technique transmise en décembre 2016, AREVA NC cite comme origine possible du marquage de la source du ruisseau des Landes, des transferts de radionucléides par les eaux souterraines à partir des fosses bétonnées non étanches de la ZNO. En outre, selon l’étude d’impact réalisée dans le cadre de la demande de démantèlement complet de l’usine UP2-400, un marquage global de cette zone est également attribué aux rejets intervenus lors de l’incendie du silo 130 » Il est donc fort probable que les nappes phréatiques sous le parc aux ajoncs soient aussi contaminées.

Des rejets significatifs

Peu d’information.

Dans ses documents, EDF annonce qu’« en exploitation ses rejets radioactifs seront de l’ordre de 1% des rejets actuels du site d’Orano ». C’est donc beaucoup puisque Orano a les rejets radioactifs en mer les plus élevés au monde ! EDF ne donne aucune indication sur la façon dont ce chiffre a été évalué. Elle précise juste que « les effluents radioactifs seront principalement composés de tritium, de carbone-14 et d’autres produits de fission et d’activation émetteurs bêta ou gamma qui proviennent des assemblages combustibles ». Le suivi des piscines existantes aurait dû permettre d’être plus précis.

Le tritium – hydrogène radioactif – est très difficile à contenir et sera donc le radioélément le plus rejeté. Les usines Orano en rejettent 11 400 TBq par an. 1% de cette valeur – 114 TBq – représente à peu près deux fois plus que les rejets de la centrale de Flamanville limités à 60 TBq par an.

…qui menace l’approvisionnement électrique français

Pourquoi les retards du projet d’entreposage de combustibles usés sont inquiétants ?

Accumulation

Flux de matières nucléaires

Il y a deux types de combustibles nucléaires actuellement utilisés en France : les combustibles à l’uranium naturel enrichi (UNE) qui représentent 90% des combustibles qui sortent actuellement des centrales nucléaires françaises, selon le Haut Comité à la Transparence et à l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN, rapport de 2018). Ils sont entièrement retraités après une dizaine d’années en piscine, mais seul le plutonium est recyclé pour fabriquer du combustible MOx qui constitue les 10% restant. Dans son dossier, EDF écrit, sans vergogne, que « l’uranium issu du traitement (URT) est recyclé ». C’est faux ! Par le passé, une petite partie de l’uranium de retraitement a effectivement été recyclé après ré-enrichissement en Sibérie, mais cela n’a représenté que 2% environ de l’uranium séparé à La Hague, selon le HCTISN.

Ni les combustibles MOx usés, ni les quelques assemblages à base d’uranium de retraitement ne sont retraités. Ils doivent donc être entreposés durant des décennies et s’accumulent. Ils viennent s’ajouter aux combustibles classiques (UNE) qui n’ont pas été retraités par le passé.

D’entrée de jeu, EDF explique que les combustibles MOX usés sont « appelés à être retraités ultérieurement sur ce même site. » Il s’agit d’un vœu pieux. Avec la fermeture des réacteurs 900 MW – les seuls qui consomment le MOX –, EDF ne pourra même pas retraiter tous les combustibles classiques à l’uranium naturel. Alors pourquoi aller retraiter des combustibles MOX ?

Saturation à l’horizon 2030

La saturation est anticipée depuis le début des années 2000

La saturation, à l’horizon 2030, des piscines d’entreposage de combustibles irradiés est anticipée depuis le début des années 2000 et l’ASN presse EDF d’étendre ses entreposages depuis 2010. Mais, si quelques réacteurs parmi les plus anciens – les seuls habilités à consommer du MOx –, ne sont pas autorisés à poursuivre leur fonctionnement au-delà de 40 ans, il faudra diminuer la part du retraitement afin de ne pas séparer plus de plutonium que nécessaire. En retirant moins de combustibles des piscines de la Hague, la saturation arrivera plus vite que prévu.

Une fois la saturation atteinte, il faudra réduire la production de combustibles classiques afin de laisser la place aux MOx usés. Cela nécessitera d’arrêter 10% du parc nucléaire, soit 5 à 6 réacteurs non Moxés.

Comme le projet de piscine sera achevé, au mieux, en 2034, l’industrie nucléaire travaille déjà sur des plans B, même si EDF n’en parle pas dans son document soumis à consultation. Il est déjà prévu de densifier les piscines existantes de La Hague et, si cela ne suffisait pas, de mettre des combustibles dans des containers de transport. Aucune de ces solutions n’est durable et il s’agit plutôt de pis-aller.

En cas d’aléas, une situation alarmante

C’est en cas d’aléa entraînant un arrêt prolongé du retraitement, de la fabrication de MOx ou du transport que la situation pourrait devenir problématique. L’engorgement des piscines entraînerait l’arrêt de tout le parc nucléaire en quelques mois, menaçant ainsi l’approvisionnement électrique du pays. Les autorités de contrôle, face à un dilemme insoluble, pourraient avoir à trancher entre la sûreté et l’approvisionnement électrique et alors être obligées d’accepter des manquements graves à la sûreté pour permettre la poursuite de l’exploitation des réacteurs nucléaires. Une telle situation est inacceptable et montre l’irresponsabilité d’EDF.

Une pénurie d’entreposage pour imposer la poursuite du nucléaire

Suite à la catastrophe de Fukushima, le Japon a dû arrêter tout son parc nucléaire en 14 mois, alors que celui-ci fournissait 30% de l’électricité du pays. En France, le nucléaire fournit 70% de l’électricité. L’arrêt du parc aura donc des conséquences beaucoup plus graves. C’est pourquoi la loi sur la transition énergétique et croissance verte prévoyait de ramener la part du nucléaire à 50% de l’électricité produite avant 2025. L’arrêt des réacteurs les plus anciens – les seuls qui consomment le plutonium extrait – aurait entraîné une réduction du retraitement et une accélération de la saturation des entreposages, qui aurait, à son tour, entraîné l’arrêt de réacteurs plus récents.

En maintenant une pénurie d’entreposages, l’industrie nucléaire a imposé la poursuite du retraitement, l’exploitation des réacteurs les plus anciens et le report à 2035 de l’échéance de la loi sur la transition énergétique et croissance verte. Mais cette politique est délétère, car elle risque d’entraîner un effondrement de la production d’électricité, une fois la saturation atteinte.

Un secret bien gardé

Tout est fait pour garder le secret sur cette situation alarmante. L’IRSN avait censuré tout le chapitre « aléas » et presque tous les chiffres de son rapport d’expertise sur le sujet. L’ACRO a dû saisir la CADA pour que la partie « aléas » soit dévoilée. Quant au rapport rédigé par EDF, Orano et l’ANDRA, il reste entièrement couvert par le « secret des affaires » ! Et EDF n’a même pas songé à en fournir une version publique dans le cadre de cette concertation.

Conclusion

L’Arrêté du 23/02/17 relatif au Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs exige « une nouvelle installation d’entreposage de combustibles usés, ou une demande de modification substantielle s’il s’agit de l’extension d’une installation existante » et n’impose aucunement une piscine d’entreposage. C’est le choix d’EDF qui appuie son argumentaire sur « le choix politique de la France de retraiter ses combustibles usés »

Avec une mise en service prévue, au mieux, en 2034, la piscine en projet arrivera trop tard pour éviter la saturation des entreposages qui pourraient avoir des conséquences dramatiques pour l’approvisionnement électrique du pays. EDF doit donc se tourner vers d’autres solutions plus rapides à mettre en œuvre. La piscine centralisée aurait pu être une solution, si la procédure avait été engagée il y a 10 ans. En attendant, la production de combustibles nucléaires classiques (UNE) doit être réduite pour maintenir une marge suffisante dans les entreposages.

Le projet de piscine bunkérisée souligne aussi la vulnérabilité des piscines existantes qui ne bénéficient pas du même niveau de protection. Il est donc indispensable de renforcer la protection des piscines existantes, aussi bien à La Hague qu’auprès des centrales nucléaires.

Livre Blanc de l’ANCCLI sur l’entreposage du combustible nucléaire en piscine : la saturation montre l’irresponsabilité d’EDF

L’ANCCLI vient de publier son septième livre blanc intitulé “entreposage du combustible nucléaire : les piscines et leurs enjeux” auquel l’ACRO a participé (document).

Nous publions l’avis des associations ACRO, FRAPNA Drôme Nature Environnement, GSIEN et Sortir du Nucléaire Bugey :

Saturation des piscines de combustible : l’irresponsabilité d’EDF

L’énergie nucléaire est généralement présentée d’une manière simpliste comme étant abondante, stable, propre car ne produisant pas de carbone, et donc bonne pour le climat. Si les problématiques liées aux déchets sont débattues, le combustible, de son origine depuis les mines d’uranium (Niger, Kazakhstan, Canada, …) jusqu’au réacteur nucléaire, puis après sa sortie du réacteur, est ignoré. Prétendument recyclable à l’envi, il s’accumule sans solution dans des piscines.

Ce livre blanc sur les piscines nécessaires à ce combustible en aval des réacteurs lève un peu le voile sur cet élément fondamental de l’énergie nucléaire. Il contribue à montrer la complexité de cette énergie, qui avec ses rejets d’effluents chimiques et radioactifs, ses déchets qui doivent être isolés de la biosphère pendant des siècles et ses combustibles usés qui doivent séjourner longtemps en piscine d’entreposage, est loin d’être une énergie propre.

La saturation, à l’horizon 2030, des piscines d’entreposage de combustibles irradiés est anticipée depuis 2010, mais, à quelques années de l’échéance, EDF n’a pas encore déposé de demande d’autorisation de création de nouvelles capacités d’entreposage. Même le calendrier, déjà tendu, imposé par voie réglementaire [1] n’est pas respecté. Une telle situation fait poindre un risque d’occlusion pour l’ensemble de la filière. Plus l’échéance approche, plus il sera difficile pour EDF de garantir l’approvisionnement électrique du pays. Aucune explication n’est apportée quant aux raisons de ce retard et aux parades prévues.

La saturation prévue est due à l’accumulation du combustible MOx (rebuté et usé). Ainsi, si quelques réacteurs parmi les plus anciens, les seuls habilités à consommer du MOx, ne sont pas autorisés à poursuivre leur fonctionnement au-delà de 40 ans, il faudra diminuer la part du retraitement afin de ne pas séparer plus de plutonium que nécessaire. En retirant moins de combustibles des piscines de la Hague, la saturation arrivera encore plus vite que prévu. Et une fois la saturation atteinte, il faudra arrêter 10% du parc nucléaire, soit 5 à 6 réacteurs non Moxés.

C’est en cas d’aléa entraînant un arrêt prolongé du retraitement, de la fabrication de MOx ou du transport que la situation pourrait devenir problématique. L’engorgement des piscines entraînerait l’arrêt de tout le parc nucléaire en quelques mois, menaçant ainsi l’approvisionnement électrique du pays. Avec la pénurie d’entreposages, l’industrie nucléaire impose la poursuite du retraitement et l’exploitation des réacteurs les plus anciens qui consomment le plutonium extrait. Mais cette politique est dangereuse : les autorités de contrôle, face à un dilemme insoluble, devront trancher entre la sûreté et l’approvisionnement électrique. Elles pourraient alors être obligées d’accepter des manquements graves à la sûreté pour permettre la poursuite de l’exploitation des réacteurs nucléaires. Une telle situation est inacceptable et montre l’irresponsabilité d’EDF.

Tout est fait pour garder le secret sur cette situation alarmante. L’IRSN avait censuré tout le chapitre « aléas » et presque tous les chiffres de son rapport d’expertise sur le sujet. L’ACRO a dû saisir la CADA pour que la partie « aléas » soit dévoilée. Quant au rapport rédigé par EDF, Orano et l’ANDRA, il reste entièrement couvert par le « secret des affaires » !

EDF annonce désormais une nouvelle piscine « centralisée » pour 2034, mais cette échéance sera-t-elle tenue ? En parallèle, l’industrie nucléaire bricole pour essayer de reporter de quelques années supplémentaires l’occlusion inévitable : elle veut densifier les piscines de La Hague en réduisant ainsi les marges de sûreté, mettre des assemblages dans des châteaux prévus pour le transport… sans aucune garantie que cela sera suffisant.

Cette nouvelle piscine est annoncée à La Hague qui a déjà la plus forte concentration au monde de combustibles usés. Prévue avec une protection renforcée, elle y côtoierait les piscines existantes, densifiées, moins bien protégées contre les agressions extérieures. Ces évolutions dans les exigences de sûreté soulignent les vulnérabilités des piscines existantes, à La Hague et près des réacteurs nucléaires.

Ironiquement, cet engorgement est dû à des matières prétendument valorisables mais sans solution de gestion à long terme. Pour une industrie qui a l’ambition de sauver la planète du péril climatique, cela ne fait pas sérieux. Parviendra-t-elle seulement à alimenter le pays en électricité dans une dizaine d’années ?

En conclusion, il est impératif :

  • de renforcer la résistance des piscines existantes à La Hague et près des réacteurs nucléaires face aux agressions extérieures grâce à une coque à la place du simple bardage métallique existant ;
  • de trouver des parades au retard de la piscine en projet en misant notamment sur l’entreposage à sec, plus rapide à mettre en place ;
  • de réduire la dépendance du pays à l’énergie nucléaire qui fragilise l’approvisionnement électrique ;
  • et d’assurer la plus grande transparence sur le taux d’occupation des piscines et les risques liés à leur saturation.

[1] Selon l’Arrêté du 23/02/17 relatif au Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs, « EDF dépose avant le 31 décembre 2020 auprès du ministre chargé de la sûreté nucléaire une demande d’autorisation de création pour une nouvelle installation d’entreposage de combustibles usés, ou une demande de modification substantielle s’il s’agit de l’extension d’une installation existante ».

Les déchets radioactifs polluent déjà l’environnement en Belgique

Le magazine #Investigation de la télévision publique belge (La Une) a commandé des analyses de la radioactivité à l’ACRO pour son documentaire intitulé, “Déchets nucléaires, l’éternel problème”, à voir ou à revoir en ligne et diffusé le 9 décembre 2020. Les résultats détaillés sont dans le rapport d’analyse.

Il apparaît que tous les échantillons prélevés autour du site Umicore à Olen et le long de la rivière Molse-Nete sont contaminés à des niveaux inhabituels pour l’environnement.

Le long de la Molse-Nete, les analyses par spectrométrie gamma que nous avons effectuées ont mis en évidence trois radioéléments artificiels : le césium-137, le cobalt-60 et l’américium-241. On trouve du césium-137 partout dans l’environnement suite aux essais nucléaires atmosphériques et à l’accident de Tchernobyl. Mais les niveaux relevés près de la Molse-Nete, qui varient de 830 à 5 250 Bq par kilogramme de matière sèche, sont beaucoup plus élevés que ce l’on trouve habituellement dans l’environnement. Le cobalt-60 n’est généralement pas présent dans l’environnement, sauf dans les zones influencées par l’industrie nucléaire. Enfin, s’il y a de l’américium-241, il doit aussi y avoir du plutonium que l’on ne peut pas détecter avec notre appareil qui ne mesure que le rayonnement gamma. Là encore, les niveaux relevés, allant de 397 à 2 740 Bq/kg sec, sont très élevés.

La présence de ces radioéléments à de tels niveaux signe un impact de l’installation nucléaire proche qui n’est pas étanche. On peut comparer ces niveaux aux seuils d’exemption de la directive 2013-59 Euratom du 5 décembre 2013 qui sont de 100 Bq/kg pour le césium-137 et l’américium-214. Même en prenant en compte l’humidité des sols, les niveaux relevés dépassent ce seuil. Si ce seuil ne s’applique pas à l’environnement, cela signifie, que si un échantillon présentait une telle contamination dans une installation nucléaire, il serait considéré comme un déchet radioactif qui ne peut pas être banalisé. Le site devrait donc être assaini !

Lire l’article de la RTBF sur le sujet pour comprendre le contexte.

Pour l’échantillon prélevé à Olen, près de la décharge D1 d’Umicore, on note surtout la présence de radioéléments d’origine naturelle à des niveaux beaucoup plus élevés que ce que l’on trouve généralement dans l’environnement. Il s’agit donc de radioéléments naturels concentrés concentrés du fait de pratiques humaines qui constituent, là encore, une pollution. Et les niveaux relevés pour les descendants de l’uranium-238 dépassent aussi le seuil d’exemption de la directive 2013-59 Euratom du 5 décembre 2013 qui est de 1 000 Bq/kg. Ce site aussi devrait être assaini.

Lire cet autre article de la RTBF sur le sujet pour comprendre le contexte.


Ce documentaire a provoqué de nombreuses réactions et la RTBF a effectué une mise au point le 12 décembre 2020 afin de rétablir certains faits.

Saisie par l’ACRO, la CADA demande plus de transparence à l’industrie nucléaire

Première publication : 18 décembre 2019 – Mise à jour : 22 janvier 2020

Les piscines de combustibles usés devraient arriver à saturation à l’horizon 2030, entraînant un arrêt forcé d’une partie du parc nucléaire si aucune solution n’est mise en œuvre d’ici là. Mais le rapport « impact cycle 2016 » d’EDF et Orano sur le sujet est secret. L’expertise qu’en a fait l’IRSN n’est que partiellement publique : 10% du rapport ont été noircis à la demande des exploitants. Il n’y a quasiment aucun chiffre.

L’ACRO a donc saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) qui vient de rendre son avis (n°20192568 du 28 novembre 2019) : plusieurs passages occultés devront être dévoilés. C’est le cas, en particulier, de toute la partie concernant l’étude des aléas.

Pour l’ACRO, l’industrie nucléaire abuse de la loi sur le secret des affaires. Heureusement, la CADA est venu rappeler que le code de l’environnement prime.

La place disponible dans les piscines de La Hague n’était plus que de 7,4% en 2016 (chiffre noirci dans le rapport IRSN, mais révélé par l’ACRO en octobre 2018) : en cas d’aléa sur une des étapes de la chaîne du combustible (retraitement, transport, MOx), la saturation interviendrait au bout d’un an et il faudra arrêter le parc nucléaire français pour cause d’occlusion intestinale ! Ce délai va se raccourcir à mesure que l’on s’approche de l’échéance de 2030. Il y a là une vulnérabilité majeure pour l’approvisionnement électrique français que l’industrie nucléaire voulait cacher.

L’ACRO a donc écrit à l’IRSN pour lui demander de se conformer à l’avis de la CADA. Pour l’Association, qui a eu le rapport non censuré entre les mains, rien ne justifie ces cachotteries. Elle milite pour une publication intégrale du rapport.

EDF arrivera-t-elle à construire sa piscine centralisée avant 2030 ? Le calendrier est tendu alors que l’emplacement envisagé est toujours secret.

L’ACRO regrette que toutes ces informations n’aient pas été disponibles pour les deux débats publics sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et le Plan de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (PNGMDR) organisés en 2018 et 2019. Une fois de plus, sans l’action d’associations citoyennes, le défaut de transparence aurait perduré.

Extrait sur les aléas du rapport IRSN qui devra être dévoilé :


Mise à jour du 22 janvier 2020 :

Suite à l’action de l’ACRO et à l’avis de la CADA, l’IRSN a mis en ligne une nouvelle version de son rapport “impact cycle 2016”. La partie “aléas” a été largement dévoilée, mais pas complètement. En revanche, même si certains tableaux sont maintenant en clair, beaucoup de chiffres restent secrets, sans justification.

Le rapport EDF, quant à lui, reste secret.

Le sujet va être abordé par le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) lors de sa séance du 22 janvier 2020 (voir l’ordre du jour). Voici l’intervention de l’ACRO au sein de ce Comité.

La transparence reste un combat pour tout ce qui touche au nucléaire.

acronique du nucleaire #125, juin 2019

 

  • En France métropolitaine, moins de 5% de la population bénéficiera de comprimés d’iode à la maison pour protéger sa thyroîde en cas d’accident nucléaire
  •  Becquerel Tour? Oui. Becquerelle tour? Aussi
  • Débat sur les déchets et matières radioactifs
  • Ces matières dites valorisables jamais valorisées
  • Les déchets radioactifs issus d’un accident nucléaire grave
  • Revue de presse.

 

 

核燃料—ある芳しくない現状

ACROにおいてオリジナルを元に、日本の読者のために言葉を補足あるいは削除して翻訳した上で、新たな情報を加えて内容をアップデートした。オリジナルの報告書のサイト
翻訳者:内山田 康

出典:「原子力資料情報室通信」539号、8ー11頁(2019年5月1日)
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フランスはその58基の原子炉を稼働させるために、年によって変動はあるものの、およそ1200トンの核燃料を必要とする。その主要な部分は、天然ウランから新たに作られた核燃料である一方、原子炉から取り出された使用済み燃料をリサイクルしたMOXが占める割合は極めて小さい。HCTISN[原子力安全の透明性と情報に関する高等委員会]は、フランスにおける核燃料の管理の実情についての報告書を公表したところであり(HCTISN 2018)、ACROはこれに積極的に取り組んできた。

現場の状況

ウラン235は天然に存在する唯一の核分裂性同位体であるが、それはウラン238が大部分を占める天然ウランには0.7 %しか含まれていない。フランスの原子炉は濃縮ウランを使い、そのウラン235の存在比はほぼ4 %に保たれている(HCTISN 2018: 19)。濃縮ウランを作った残りの天然ウランは劣化ウランとなる。

58基の原子炉からなるフランスの原子力発電所では、毎年およそ1200トンの燃料を消費するが、そのうち1080トンの濃縮ウランは、天然由来のものである。複数の企業によって行われているこの濃縮は、毎年およそ7800トンの天然ウランを必要とし、典型的にウラン235を0.2 %から0.3 %含む6720トンの劣化ウランを生み出し続けている。オラノ(旧アレヴァ)に蓄積されたその量は30万トンを超える。

核燃料は原子炉内に4年間滞在する。原子炉から取り出された使用済み燃料には、二つの可能な戦略が存在する。すなわち、

  • 何もしない。使用済み燃料は、究極の放射性廃棄物とされ、それはそれ以後数千年にわたって隔離して保管されねばならない。
  • 何年もの間貯蔵された後で「再処理」する。この過程において、使用済み燃料は溶解されて、未使用のウラン、いわゆる回収ウラン、プルトニウム、究極の廃棄物に分離される。

第一の選択は、大多数の国によって選ばれている。第二の選択は、フランス、ロシア…ほぼこれだけだ。英国は2020年に再処理を中止すると宣言しているし、日本は使用済み燃料を再処理する意志を表明しているが、その六ヶ所再処理工場の稼働はすでに24年も遅れることが明らかになっている。

現在フランスで、使用済み燃料からプルトニウムを抽出してリサイクルする政策を選択している。すなわち、毎年、平均10.8トンのプロトニウムを109.2トンの劣化ウランと混合して、120トンのMOX燃料が作られている。

これはフランスの24基の原子炉で使用される燃料の30%程度にしかならない。だから24基もの原子炉が必要なのである。これらは、クリュアス原子力発電所の4基の原子炉を除き、より古く過渡的な電気出力900 MWeである。原子炉で一度使用されたMOX燃料は、再処理されない。オラノは、ラ・アーグに10,000トンに迫る使用済みMOX燃料を保管している。

したがってHCTISNの報告書は次のことを明らかにしている。すなわち:
「原子炉に毎年挿入される1200トンの燃料のうち、120トンがMOX燃料であり、それは10.8トンのリサイクルされたプルトニウムから製造される。
もしも、リサイクルされた物質の量を見積もるならば、(挿入された物質の総量)1200トンに対する(リサイクルされた物質)10.8トンの比率となり、つまりリサイクルの比率は1%未満に過ぎないことを認めなければならない。
もしも、物質の持つ潜在的なエネルギーを考慮に入れるならば、濃縮天然ウランから作られた新しい燃料が節約される割合は、(燃料の総量)1200トンに対する(リサイクルに由来する燃料)120トンの比率、つまりそれは10 %のリサイクル率を表象する。」

以前EDF[フランス電力]は、わずかな部分ではあったが、回収ウランをリサイクルしていた。しかし今では止めている。会社は詳細については語らないまま、このリサイクルを再開すると公表している。オラノは30,000トンに迫る量の在庫を抱えており、その大部分はトリカスタンのサイトに保管されている。

サイクル?

原子炉から取り出された[使用済み燃料の]1 %未満しかリサイクルされていないにも拘わらず、原子力産業と公的諸機関は、フランスの戦略は「閉じたサイクル」であると語る。再処理しないもう一つのオプションは、「開かれたサイクル」の問題であり、それは物笑いの種と紙一重であるとも語る。それはまたサイクルの上流と下流に拘わる問題だ。もしも、それが真に閉じたサイクルだったならば、それには上流も下流もないだろう。

原子力産業は自らの能力に誇りを持っている。すなわち極めてエネルギーに富むプルトニウムは、天然ウランを10%節約することができる。しかし、ウランを濃縮する際に優先されるのは「経済的な最適化」であって、資源の節約ではない。もしも、劣化ウランに含まれるウラン235の含有量が0.20 %であるならば、フランスの原子力発電所に合計7,436トンの天然ウランを供給しなければならない。しかし、もしもその含有量が0.30 %であるならば、それは9,002トンでなければならない。この場合の差異は17%以上となる。ところで、含有量が少なくなるほどウラン235を取り出すためにかかる費用は高くなる。天然ウランの市場価格が安ければ、天然ウランをより多く使用する方がより優位であり、高ければ劣化ウランをさらに[濃縮して]劣化させる方が、より優位となる。原子力産業界は経済的な最適化に専心し、資源の節約はその関心事ではない。よって、再処理の目的は、天然資源の使用を節約することではないのである。

どんな中期的な進化があるのか?

2015年8月18日の法令資料に掲載された「エネルギー転換との増大に関する法律」は、中長期的な目標として、2025年には原子力による発電の割合を50%にすると見通しを立てている。たとえこの2025年の見通しが実現できなかったとしても、現在の多数派政権は、 MOX燃料を使用する、より古い原子炉の使用を止めて原子力の割合を減らす目標を変えていない。

よって、この法律の施行はリサイクルの量を減らすことにつながり、それはさらにラ・アーグの再処理工場の稼働にも影響を与えるだろう。だが、この主題はタブーとなっている。EDFはこの主題について2016年6月に作成された「サイクルのインパクト2016」というタイトルの調査結果をASN[原子力安全局]に提出した。IRSN[放射線防護原子力安全研究所]は、これについて専門家による評価を行い、それは2018年5月に提出された。ACROはこの二つの報告書を手に入れるために力を尽くしたが、EDFの報告書は秘密のままであり、IRSNは2018年5月にその報告書の一部を伏せた別バージョンを公表したが、ほとんど全ての数字は黒塗りになっている。

しかし、ACROはこの文書が漏洩したためにIRSNによる分析結果を手に入れることができた。そして、複数ある使用済み燃料の貯蔵プールが、飽和状態に近づいていることを明らかにした。すなわち、フランスの使用済み燃料の再処理の全てを引き受けるラ・アーグには、あと7.4%を超える余裕しか無いのだ。使用済みMOX燃料が蓄積する結果、2030年頃には複数の使用済み燃料の貯蔵プールは飽和状態になるだろう。EDFはそれまでに中央集権化した一つの新しい貯蔵プールを造ろうとしているが、それが上手くいかなければ、フランスの原子力発電所は停止しなければならなくなる。

もしも MOX燃料を消費する古い原子炉が停止した場合、この法律により、その分の再処理は減らさねばならない。そして普通の核燃料が貯蔵プールの飽和に拍車をかける。再処理工場あるいは MOX燃料の製造工場において故障が起きた時、これらの貯蔵プールはおよそ一年で飽和するだろう。

このようにして、フランスの原子力産業は、国の72%の発電を担うものの、極めて脆弱なシステムである。これら貯蔵プールが飽和したならば、それは短期間のうちに全ての原子力発電所の完全な停止と国家にとっての深刻な困難に帰結するだろう。これは極めて憂慮すべきことだ。

評価を与えられていない物質

300,000トンの劣化ウラン、10,000トンの再処理されていない使用済み燃料、それに30,000トンの回収ウランは、「価値を高める物質」とされ、廃棄物として分類されていない。EDFは回収ウランを濃縮あるいはリサイクルに使いたいと言っているが、劣化回収ウランには使い道がない。

原子力産業と国の諸機関は、この在庫はフランスをクウェートと同じくらいに豊かにする宝だと考えている。SFEN[フランス原子力学会]も同じ無尽蔵のエネルギーについて語る。しかしそこにはある小さな問題、一つの些細な問題がある。これら全ての物質の技術を持っていないのだ。ならばそれを探すか。それはほとんど1世紀をむなしく費やすこととなる。

実際この研究はすでに、2006年6月28日の放射性物質および放射性廃棄物の持続可能な管理計画法の中の目的に含まれ、長期的には第四世代の原子炉として展開されている。この計画はと呼ばれており、最も楽観的な者でさえ、その実用化は今世紀の後半よりも前になるとは考えていない。

これは高速中性子炉(RNR)に関わるものであり、それはスーパーフェニックスがやろうとしていたことを1世紀遅れてやろうとしている。それが技術として大きな期待をかけられていたことは知っての通りだ。

しかし、もしも第四世代を放棄するならば、高い価値を与えた廃棄物中の諸物質のほぼ全てを分類し直す必要があり、また全ての報告を見直す必要がある。ASTRIDを信頼する人々がどれだけ少なくなろうとも、彼らはそれを守ろうとしている。したがって、ACROとFNE(「フランス自然環境」という名の数多くの環境NGOからなる協会)とグリーンピースは次のように主張する。

「この(高速炉に関する)ほとんど実現されなかった約束に基づいて、核物質と核廃棄物に関するフランスの管理政策を確立することには合理性がない。第四世代を必要としない別の管理の方法を提案することが必要だ。(…)

放射性廃棄物の中のいわゆる価値を高めうる諸物質を(廃棄物として)再分類することは、放射性廃棄物の管理に重大なインパクトを与えるだろうし、それは準備されねばならないことだ。フランスでは海外から持ち込まれた放射性廃棄物を保管することは禁じられている。海外(主に日本とドイツ)から送られてきた「価値を高めうる諸物質」は、それぞれの元国へ送り返されたら廃棄物になるのだろうか。(日本由来の「価値を高めうる諸物質」のうち95%を占める回収ウランは、廃棄物として分類されていないために、フランスに保管されている。しかし、回収ウランは実際のところ価値を持たないから日本はそれを送り返せとは言わないのではないか。)

情報公開

原子力の管理者たちは、使用済み燃料の95%がリサイクル可能だと強弁するが、それを実現する技術が存在しないことについては何も言わない。それは1%にも満たないのだ。

2010年と時と同様に、HCTISNはより明確な報告を要求したが、今のところ何の音沙汰もない。すなわち:

「しかし高等委員会は、原子力業界および「核燃料サイクル」に利害をもつ団体によって公開された情報と文書は、実施されている「核燃料サイクル」を明確に理解できるようには書かれていないと指摘する。「核燃料サイクル」に関する報告では、しばしば使用済み燃料の再処理で分離された諸物質の全てが、直ちに価値が高められるかのように 、解釈されている。例えば複数の報告において回収ウランの濃縮が根拠として取り上げられているが、それは2013年以降実施されていない。価値を高められうる物質の存在および保管についてはほとんど触れられることがない。結局、公開された諸要素からは、異なる段階にかかる時間を明確に理解することができない。」

よって、高等委員会は、「核燃料サイクル」に関与する産業と制度のアクターたちから構成される統一体が、より良い理解のために、以下のことについての情報を確認し完成させた上で、それぞれのサイトにおいて公表することを推奨する。

  • フランスで現実に行われている「核燃料サイクル」、特に流動的なものと、実際に価値を高められることを待つ貯蔵されているもの(使用済み燃料、再処理で分離された諸物質、劣化ウラン)、
  • 物質の利用と放射性廃棄物の管理に関わる利害をよりよく定義するための、特に次世代の未来のための「核燃料サイクル」の異なる諸段階に費やされる時間。」

結論

フランスは使用済み燃料を再処理する最後の国である一方で、この主題はタブーとなっている。再処理工場の重要性の低下は避けられないが、そのことは秘密となっている。さらに、施設は永続的に利用されるものではない。普通の核燃料を再処理する場合にかかる余分なコストもまた公表されていない。

核燃料サイクルと廃棄物に関するこの主題は議論に値する。すなわち、もしも現世代が問題について知識を持たなくなったら、未来の世代をどうやって守るのか。原子力業界は伝えるべき論点を持たず、その報告書は秘密となっている。そこで業界は世界のリーダーとしての地位を強調して、ナショナリストの音色を響かせようとする。だがフランスはほぼ一人ぼっちなのだ。


ASTRIDはAdvanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration(工業的実証のための先進的ナトリウム技術原子炉)を意味し、それはスーパーフェニックスと同じ技術を使い、それが実現できなかったことをするための増殖炉プロジェクトである。それは工業化の段階の可能性を実証するという野心のためのものである。スーパーフェニックスの電気出力1240MWeに対して、当初このプロジェクトの出力は600MWeだった。しかし2018年の初めに、この事業を所有する原子力庁(CEA)は、財政上の理由から政府に対してその出力を下げることを提案した。2039年の稼働を予想していた600MWeの実証炉を建造することに代えて、今後は100〜200MWeに出力を下げたプロジェクトを想定している。その建造については何も決定していないが、その支持者たちは、今世紀後半に完成すると話している。