Contamination anormalement élevée à Saumur en janvier 2019 : du tritium à 310 Bq/L dans la Loire

Surveillance citoyenne de la radioactivité dans les eaux de la Loire et de la Vienne : contamination anormalement élevée à Saumur en janvier 2019

Plusieurs associations du bassin de la Loire réunies dans le Collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire ont mis en place en 2017, avec le laboratoire indépendant de l’ACRO, un suivi de la radioactivité dans les cours d’eau et dans l’eau de consommation. Un premier bilan est publié ce jour.

Le principal radioélément retrouvé dans les eaux de la Loire et de la Vienne est le tritium, hydrogène radioactif, rejeté en grande quantité par les centrales nucléaires. Les rejets se cumulent tout au long du fleuve et en aval, la présence de tritium est quasiment systématique. On le retrouve aussi dans les eaux de consommation.

A Châtellerault, sur la Vienne, par exemple, les eaux de la rivière et de consommation sont contaminées à chaque prélèvement mensuel depuis décembre dernier, à des niveaux qui peuvent atteindre 50 becquerels par litre (Bq/L). C’est la centrale nucléaire de Civaux qui en est à l’origine.

A Saumur, en aval des cinq centrales nucléaires sur la Loire et la Vienne, la présence de tritium est quasi systématique aussi bien dans le fleuve que dans les eaux de consommation. En janvier 2019, la concentration en tritium dans l’eau de la Loire a atteint 310 Bq/L, qui est une valeur anormalement élevée : beaucoup plus que les valeurs publiées par EDF et plus que le seuil d’alerte de 100 Bq/L dans l’eau potable qui doit déclencher des investigations. Aucune autorité compétente n’a détecté ni évoqué cette pollution anormale.

Est-ce dû à un incident ? Le Collectif Loire Vienne Zéro Nucléaire et l’ACRO alertent donc les autorités et demandent une enquête pour déterminer l’origine de cette valeur exceptionnelle

La présence quasi systématique de tritium dans les eaux en aval des installations nucléaires nous inquiète. Les consommateurs devraient avoir droit à une eau non contaminée. En application des articles 1, 3, 4 et 5 de la Loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1 mars 2005 relative à la Charte de l’environnement, nous demandons aux autorités que tous moyens soient mis en place pour ramener les taux de tritium dans l’eau de rivières et des nappes phréatiques à une valeur proche du « bruit de fond » afin de ne pas porter atteinte à l’environnement, et d’autre part pour éliminer totalement ce radioélément dans les eaux destinées à la consommation.

Les effluents contaminants  ne sont pas déversés en continu mais ponctuellement et massivement dans la Loire et la Vienne. Pour une information complète du public, nous demandons qu’EDF publie les dates et heures de ses largages d’eau contaminée déjà effectués et leur caractérisation (volume, mesures de radioactivité,…). Surtout, nous demandons qu’une coordination soit mise en place entre EDF et les organismes qui prélèvent l’eau de rivière et des nappes avoisinantes afin d’anticiper l’interruption des captages durant les périodes de rejet et de réduire ainsi la contamination de l’eau de consommation.

Ces résultats montrent tout l’intérêt de la surveillance citoyenne qui va être renforcée. Nous comptons sur votre soutien !

CP commun 18.06.19

Tous les résultats de la surveillance citoyenne de la radioactivité dans le bassin de la Loire sont dans notre rapport :

Réactions officielles :

Dans une note d’information publiée le 19 juin 2019, l’ASN écarte toute conséquence sanitaire mais cherche l’origine du résultat inhabituel, car elle n’a pas eu connaissance d’événements anormaux à cette période. Le vendredi 21 juin, l’ASN a aussi mené une inspection inopinée à la centrale de Chinon, la plus proche de Saumur, mais n’a pas trouvé d’anomalie pour le moment. Voir la lettre de suite : lien direct, copie.

Dans sa note d’information publiée le 20 juin (copie), l’IRSN précise que sa surveillance durant les dix dernières années n’a pas permis de mettre en évidence une activité de l’ordre de 310 Bq/L. Et d’ajouter que le niveau mis en évidence par l’ACRO n’est pas un niveau habituel et son origine doit être recherchée.

Le 19 juillet, l’IRSN a publié une nouvelle note d’information (copie) qui présente le résultat de ses premières investigations. L’Institut a exploré 3 pistes :
• Rejet exceptionnel / rejet non concerté entre les différentes installations d’EDF : aucun rejet exceptionnel ou aucun incident d’exploitation susceptible d’accroitre significativement le niveau de tritium des rejets liquides sur le bassin versant de la Loire n’a été reporté par EDF.
• Une autre source de tritium : le rejet aurait été dû être localisé en aval de Chinon et de Civaux mais en amont de Saumur. A ce jour, l’Institut ne dispose pas d’information sur une possible source de tritium.
• Le prélèvement de l’ACRO est ponctuel alors que la surveillance de l’IRSN est basée sur une moyenne sur 24h. Est-ce qu’un moins bon mélange du tritium peut expliquer cette valeur élevée ? Le code de dispersion de l’IRSN prend pour hypothèse une dilution parfaite des rejets dans la totalité du volume de dilution de chaque section du fleuve et ne permet pas de conclure. L’Institut continue ses recherches.

Le Haut Comité pour la Transparence et à l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) a bousculé l’ordre du jour de sa séance plénière du jeudi 27 juin (copie) pour ajouter, notamment, un point d’actualité sur le tritium dans la Loire.

EDF n’a pas encore officiellement réagi à notre connaissance.