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Derniers numéros :

N°149 : 

N°148 : 20 ans de notre observatoire citoyen

N°147 : Étude des niveaux de radioactivité dans les environs du Centre de Stockage de l’Aube (CSA) – Les déchets du CSM et d’Orano – L’ACRO à la fête de la science

N°146 : Surveillance radioécologique réalisée autour de la centrale de Gravelines – 20 ans de surveillance citoyenne, aidez-vous à continuer ! – Distribution de comprimés d’iode autour des centrales nucléaires : la population mal protégée

N°145 : Surveillance radiologique du littoral normand 2023 – Traitement des combustibles nucléaires : quel avenir ?

N°144 : Le nucléaire français n’assume pas ses liens avec la Russie – Regard d’un haguais sur la décontamination du Ru des Landes – Pavlo, liquidateur – Petit point sur la catastrophe de Fukushima 13 ans après – Surveillance radiologique du plateau de la Hague 2022 ( printemps 2024)

N°143 : L’absorption de l’IRSN par l’ASN à marche forcée – Bilan 2022 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (décembre 2023)

N°142 : Alors que les piscines françaises sont proches de la saturation, KEPCo va envoyer des combustibles en France – Le contrôle nucléaire recadré – Analyses environnementales du CNPE de Nogent sur Seine ( septembre 2023)

N°141 : L’humanité face au défi climatique – Quel avenir pour le combustible Mox et le retraitement ? – Au revoir Jean-Claude (juin 2023)

N°140 : D’où vient l’uranium importé en France ? – Nucléaire, un cycle du combustible grippé (mars 2023) Note d’information de l’ACRO

N°139 : Projet de construction de six EPR2 dont une première paire à Penly – Pollution au plutonium à La Hague révélée par l’ACRO (décembre 2022)

N°138 : Surveillance de la contamination de l’eau potable et de légumes autour de Valduc (septembre 2022)

N°137 : Résultats 2021 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (juin 2022)

N°136 : Suivi du projet de la piscine nucléaire EDF à La Hague / Enquête publique sur la poursuite du démantèlement de la centrale de Brennilis (mars 2022)

Historiques des Acroniques


Comité Nord Cotentin : Le Point dérape

le 7 juillet 1999


Alors même que les travaux du comité Nord Cotentin n’étaient pas terminés et que les derniers calculs n’étaient pas encore validés, des fuites dans la presse donnent une interprétation faussée et tendancieuse des résultats préliminaires. L’article du Point du 2 juillet se base sur une proposition de résumé pas encore acceptée par le Comité et à laquelle les associations doivent joindre des réserves pour l’ultime réunion du 7 juillet (lire les réserves de l’ACRO).

Nous n’allons pas réfuter point par point toutes les erreurs de l’article. Il est cependant important de savoir que les résultats obtenus sont basés sur des modèles et des paramètres pour lesquels de nombreuses incertitudes demeurent. Une étude de la sensibilité de ces résultats aux incertitudes reste à faire. De plus, cette étude ne concerne que les leucémies, elle ne permet donc pas de conclure que “La Hague est sans danger”.


Exclusif La Hague est sans danger !

Le Point numéro 1398, 2 juillet 1999

Les Verts ont donc fini par avoir la peau de Jean Syrota, invité la semaine dernière à quitter la présidence de la Cogéma. Pour un PDG d’entreprise publique, être remercié n’est jamais plaisant. Mais celui que l’on surnomme le “Buster Keaton du nucléaire” trouve la pillule d’autant plus amère qu’il sait que l’administration dispose d’un rapport lavant l’usine de retraitement des combustibles usés de la Hague de toutes les accusations de leucémie lancées depuis 1995. Dur !

Ce rapport émane du groupe “radioécologie” du Nord Cotentin, réuni par le ministère de l’environnement en août 1997 et animé par Annie Sugier, directrice déléguée de l’IPSN (Institut de protection et de sureté nucléaire). Ses membres ont arrêté une méthodologie pour calculer le nombre de leucémies induites par une exposition faiblement radioactive. Or, selon nos informations, appliquée aux riverains de la Hague âgés de 0 à 24 ans (les plus exposés), cette méthode fournit le chiffre de… 0,0015 leucémie susceptible de s’être déclarée entre 1978 et 1986. Un risque 413 fois moins élevé que celui auquel expose la radioactivité naturelle, et 133 fois moins élevé que celui lié aux radios médicales ! Voilà qui confirme les études épidémiologiques du Comité scientifique présidé par le professeur Spira, qui n’avaient observé aucun excès significatif de leucémies autour de la Hague.

Par ailleurs, la commission Sugier a notamment calculé la dose radioactive absorbée annuellement par les habitants de Digulleville, vivant a l’ombre même de l’usine. Resultat : 0,008 millisievert. Soit 125 fois moins que la nouvelle norme européenne de 1 millisievert ! En supposant même qu’un de ces “malheureux” ne mange que des légumes de son jardin et les coquillages ramassés au debouché du fameux tuyau de rejets en mer, la dose absorbée n’atteint que 0,05 millisievert.

Cette fois, les écologistes auraient en outre mauvaise grâce à contester ces chiffres rassurants. Car la commission Sugier réunit des répresentants de tous les bords, nucléocrates et associatifs – dont des “écolos”.

On comprend donc le manque d’enthousiasme de la Verte Dominique Voynet lorsqu’il s’agissait de révéler ces chiffres innocentant la Hague, en pleine campagne européenne. Mais cette affaire ne s’arrête pas  la, car la ministre se refuse également à ouvrir l’enquête publique nécessaire à la révision des autorisations d’émission des rejets radioactifs de la Hague. Alors même que l’étude d’impact realisee par Cogéma, a reçu, voilà quatre mois, l’assentiment de la Direction de la sûreté de l’industrie nucléaire.

Depuis longtemps, les rejets de l’usine du Cotentin sont inférieurs aux normes légales. De 35 fois pour les émetteurs alpha, de 51 fois pour le strontium 90 associe au césium 137, de 29 fois pour le tritium gazeux, de 6 fois pour les halogènes. La Cogéma ne voudrait pas que les nouvelles autorisations soient calées sur ces performanes actuelles, car la Hague ne fonctionne pas à pleine puissance. Cependant, l’entreprise admet que les normes actuelles pourraient être abaissées d’un facteur de 2 à 10, suivant les effluents liquides ou les rejets gazeux.

La ministre de l’Environnement, elle, aurait aimé aller plus loin. Mais comment le justifier quand le rapport Sugier affirme que la Hague ne présente déjà, aujourd’hui, aucun danger ?

L’embarras de Dominique Voynet constitue une mince consolation rétroactive pour Jean Syrota.
Frederic Lewing


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n°77, juin 2007

L'ACROnique du nucléaire

Enquête publique sur la demande d’autorisation d’augmentation de rejets de la centrale nucléaire de Flamanville

Demande d’autorisation ou Demande de CONFUSION de rejets ??

ACRO, communiqué de presse du 12 mars 2007


Le dossier d’enquête publique déposé du 14 février au 17 mars par EDF en mairie de Flamanville et dans les mairies des communes limitrophes demande des autorisations de rejets pour trois scénarios gigognes de fonctionnement du site nucléaire de Flamanville :

– Fonctionnement du site actuel, réacteurs de 1300 MWe n° 1 et 2
– Fonctionnement du site actuel, réacteurs de 1300 MWe n° 1 et 2 avec des nouveaux combustibles dits à haut taux de combustion (HTC), à partir de 2009
– Fonctionnement du site actuel, réacteurs de 1300 MWe n° 1 et 2 chargés en combustibles HTC, plus le réacteur EPR de tête de série « Flamanville 3 » à partir de 2012 (au plus tôt)

La demande simultanée et concomitante d’autorisations de rejets dans les trois situations sert à masquer la demande d’augmentation d’autorisation de rejets liquides de tritium pour les 2 réacteurs actuels de 1300 MWe, comme EDF a été amené  à en faire la demande en 2003 pour les 4 réacteurs de 1300 MWe de Cattenom, ou comme actuellement pour les 2 réacteurs 1300 MWe de Penly.

Les autorisations de rejets radioactifs actuelles avec leur « largesse » par rapport aux rejets potentiels du site en fonctionnement normal sont plutôt des incitations à polluer que des limitations réglementaires visant à la protection de l’environnement.
Ces demandes d’autorisations imbriquées sont effectuées  alors que parmi les radionucléides rejetés par les centrales nucléaires d’EDF, les seuls qui ne font pas l’objet d’un suivi régulier et d’études environnementales annuelles sont le carbone 14 et le tritium,  deux radionucléides qui induiraient à eux seuls 95 % de la dose des populations les plus exposées selon les calculs des experts EDF.

L’exploitant base ses demandes sur la non accumulation du tritium dans la chaîne alimentaire sans prendre en compte que la bioaccumulation du tritium sous sa forme organique constatée par les Anglais auprès de leurs installations nucléaires au moins depuis 1999. Cette bioaccumulation sur les poissons, les mollusques et les crustacés, aussi bien en eau douce qu’en eau de mer, fait l’objet d’études dans l’environnement proche des sites nucléaire en Angleterre et au Canada … pas en France.

Encore une exception culturelle, spécifique au nucléaire français ??

L’ACRO a pu procéder à une étude partielle de ces dossiers d’enquête dans des conditions d’accessibilité (en mairie et en sous-préfecture aux heures ouvrables) qui rendent ce type d’enquêtes purement formelles.

Notre association exprime les demandes fortes suivantes :
que l’exploitant EDF remette gracieusement aux associations de protection de l’environnement qui en font la demande un dossier d’enquête complet (comme d’autres l’ont fait dans un passé récent) et que nous disposions d’un temps d’étude suffisant pour exercer notre action citoyenne ;

  • que la demande d’autorisation de rejets de l’exploitant ne concerne que les réacteurs 1 et 2 actuels et qu’elle n’inclut pas celle du futur EPR qui n’est absolument pas d’actualité en cette année 2007 ;
  • que les niveaux d’autorisation de rejets hors tritium soient revus à la baisse compte tenu de l’écart confortable qui existe avec les rejets effectifs ;
  • qu’aucune augmentation de rejets en Tritium ne soit accordée car, s’il existe un souci concernant ces rejets qui atteignent la limite d’autorisation, des solutions techniques d’entreposage provisoire des effluents les plus actifs doivent permettre une gestion par décroissance partielle sur site ;
  • que l’exploitant engage des études d’impact sanitaire, pour les radionucléides les plus contributeurs à la dose (Tritium et carbone 14), qui reposent sur des mesures effectives dans l’environnement et pas seulement sur une succession de modélisations purement théoriques, comme dans le domaine des rejets chimique.

Le Groupe Radio-écologie Nord Cotentin (GRNC) a proposé (et effectue actuellement) les déterminations environnementales des polluants chimiques rejetés par toutes les installations nucléaires du Nord-Cotentin, pour valider les modèles de calcul d’impact.
Une démarche similaire est hautement souhaitable pour le carbone 14 et le tritium qui représentent à eux seuls 95 % de l’impact théorique des rejets des centrales nucléaires EDF.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le dossier technique au format pdf ici.

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« Faut-il tout dire pour bien informer ? »

Communiqué de presse ACRO du 3 avril 2007


L’ANDRA (Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs) organise le 5 avril à Cherbourg Octeville un colloque sur comment « Mieux répondre aux attentes d’information du public ». La principale question posée aux intervenants et re-débattue le soir est : « faut-il tout dire pour bien informer ? ».

L’ANDRA aurait-elle quelque chose à cacher ? Aurait-elle honte de divulguer certaines informations ? Alors que les autorités s’enorgueillent d’avoir fait voter une nouvelle loi sur la « transparence » nucléaire, dont les décrets d’application sont en cours de préparation, cette question en forme d’aveux n’est pas innocente.

Les droits français et européen sont très ambitieux sur ce sujet. La charte de l’environnement, maintenant adossée à la constitution française, impose que « toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement ». Afin de pouvoir exercer ce devoir, « toute personne a le droit, dans les limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement ». Quant à la convention d’Aarhus, ratifiée en 2002 par la France, elle est beaucoup plus précise et très contraignante sur ce sujet.

Alors que la question primordiale est la mise en pratique de la convention d’Aarhus, malgré les réticences des pouvoirs publics, l’ANDRA remet-elle en cause les bases même de cette démocratie participative appliquée aux questions environnementales ?

Ces nouvelles dispositions, qui ne sont pas dues à une poignée d’« écolos » idéalistes, voire « illuminés », tardent à être appliquées. Ainsi, l’ANCLI a demandé la mise en place d’une Commission Pluraliste et Permanente de Débat sur les déchets et matières radioactifs qui doit accompagner les dix années de recherche prévues par la nouvelle loi sur les déchets. Malheureusement, personne ne veut en entendre parler. On en est encore à se demander si une agence nationale doit tout dire.

Par le passé, l’ANDRA a eu beaucoup de choses à cacher, n’hésitant pas à porter plainte contre l’ACRO quand elle osait divulguer les dysfonctionnements du Centre de Stockage de la Manche. Le fonctionnement à huis clos a permis tous les abus et nous en payons encore aujourd’hui les conséquences. Nos descendants et les générations futures aussi. Mais chut, il ne faut pas leur dire…

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L’ACRO : 20 ans de surveillance citoyenne des installations nucléaires

David Boilley, S!lence n°343, février 2007. La version publiée dans S!lence était un peu plus courte et n’incluait pas les références.


L’ACRO revendique son appartenance au “tiers secteur scientifique” qui se caractérise par la construction de savoirs selon un mode participatif


L’ACRO, Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest, a été fondée dans une région fortement nucléarisée, en réponse à la désinformation et à la carence en moyens de contrôle indépendant et fiable de la radioactivité [1]. Ces problèmes locaux ont pris une importance nationale suite à la catastrophe de Tchernobyl qui a fait de tous les Européens des riverains d’une installation nucléaire. La volonté de minimiser l’impact sanitaire des rejets dans l’environnement des installations nucléaires et des retombées de Tchernobyl est apparue comme insupportable à de nombreux citoyens. L’ACRO a donc été créée avec pour but principal de permettre à chacun de s’approprier la surveillance de son environnement au moyen d’un laboratoire d’analyse fiable et performant et de s’immiscer dans un débat technoscientifique par l’accès à l’information. En effet, un discours basé sur un état de conscience, une intuition ou même le simple bon sens ne suffit pas pour être entendu par les décideurs, qu’ils soient technocrates ou élus. C’est pour cela que l’association utilise les mêmes outils scientifiques que la technoscience officielle pour faire avancer le débat.

Les sollicitations spontanées des particuliers sont trop peu nombreuses pour justifier le maintien d’un laboratoire associatif comme l’ACRO. Pourtant, ce qui distingue sa démarche de la surveillance institutionnelle et réglementaire, c’est son travail « avec » la population et non « pour » elle. L’ACRO va donc au-devant des populations pour exercer une surveillance citoyenne des installations nucléaires du Nord-Cotentin et de Haute-Normandie : ce sont les riverains qui organisent et effectuent les prélèvements destinés à être analysés dans le laboratoire. Il ne s’agit pas de remplacer la surveillance officielle, dont les moyens sont beaucoup plus grands, mais de la compléter et de l’aiguillonner. Ce travail de longue haleine a pour but d’arracher aux seuls experts le monopole de la gestion des questions environnementales qui concernent tout le monde, pour en faire un enjeu politique. Les citoyens impliqués dans cette démarche deviennent des vigies qui ont su mettre en évidence de nombreux dysfonctionnements. C’est cette démarche que l’association va étendre à la région de Gravelines et exporte en Biélorussie dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl [2].

Un fonctionnement associatif

L’ACRO est indépendante politiquement et est entre les mains de ses adhérents par le fonctionnement démocratique inhérent à toute structure associative avec une voix par personne et une limitation des pouvoirs. Alors que de nombreuses associations se contentent de donateurs qui n’ont pas le droit de vote, l’ACRO estime important d’avoir des adhérents qui exercent un contrôle de ses activités. L’association s’est donné comme mission première de tenter de répondre aux préoccupations de la population, ou le plus souvent de ses représentants que sont les associations ou parfois les élus locaux qui nous sollicitent. Ses actions peuvent donc apparaître opportunistes du fait de l’évolution des demandes, mais elle répond toujours à celles-ci avec rigueur scientifique et transparence.

L’ACRO revendique son appartenance au « tiers secteur scientifique [3] » qui se caractérise par la construction de savoirs selon un mode participatif, au sens où la division du travail entre experts et “profanes” (usagers des savoirs) et le rapport de délégation cèdent la place à un rapport de dialogue et de co-production des connaissances et des innovations. Le public du tiers secteur scientifique se distingue donc du public passif de la vulgarisation scientifique. Des clubs d’astronomie, des groupes ornithologiques ou autres sociétés naturalistes ont aussi montré la fertilité d’une alliance entre spécialistes et profanes. Mais dès qu’il y a un enjeu technoscientifique, le partage du savoir ne va plus de soi. Les craintes des citoyens ne seraient que des comportements pathologiques dus à l’irrationalité ou à un déficit de communication, voire les deux. Un tel jugement fait fi du fait que la population est de plus en plus éduquée et que le tiers secteur scientifique a souvent atteint un degré de connaissance qui dépasse largement celui des décideurs.

Cette situation est typiquement française : dans d’autres pays, des structures associant profanes et scientifiques sont parfois plus institutionnalisées. C’est le cas des boutiques de science en Hollande ou des ARUC (Alliances de Recherche Université-Citoyens) au Canada. Dans ces structures universitaires, des scientifiques consacrent une partie de leur temps de recherche à des missions d’expertise ou de recherche sollicitées par les citoyens. En France, l’expertise citoyenne passe par le milieu associatif et doit constamment faire ses preuves. Vingt ans après sa création, l’ACRO est encore présente, ce qui représente une prouesse permanente. En effet, il est impossible de dire si les finances permettront à l’association d’exister dans 6 mois. La gestion au jour le jour occupe une grande part de l’activité.

Difficile indépendance

Pour pouvoir fonctionner, l’ACRO fait, entre autres, appel à des soutiens financiers publics car un laboratoire incontestable avec cinq permanents compétents coûte cher, même si ceux-ci ne sont pas rétribués à leur juste valeur. Les ressources sont diversifiées afin de maintenir une indépendance et sont toujours insuffisantes. Outre une trentaine de mairies qui subventionnent (parfois symboliquement) sans contrepartie, la plupart des soutiens sont liés à un ou plusieurs contrats d’étude particuliers où, souvent, un co-financement est exigé. La motivation des bailleurs est variée : certains élus ou une CLI (Commission Locale d’Information) préfèrent l’ACRO en se disant que les résultats ne seront pas contestés par la population ; certaines administrations sont plutôt attirées par le coût des analyses (comme pour le radon) ; d’autres, comme le Ministère de l’Environnement, voient dans son action une mission de service public qu’ils veulent soutenir. Ces financements ne sont pas pérennes et doivent être régulièrement renégociés. Surtout, ils ne suffisent pas à couvrir tous les coûts engendrés par l’activité associative : sans un engagement bénévole important, il y a longtemps que l’ACRO aurait cessé d’exister. Mais c’est aussi cette dimension citoyenne qui fait peur aux pouvoirs publics. Le soutien est donc réduit au strict minimum. Le laboratoire effectue des analyses pour des particuliers (moins d’une dizaine par an, hélas) et des associations et des études pour des associations ou des collectivités locales. Ce travail permet de faire fonctionner le laboratoire, de financer la surveillance citoyenne des installations nucléaires, d’accroître les compétences et surtout d’aller investiguer des zones qui échappent aux contrôles officiels.

Obligation de transprence

Toutes les études font l’objet d’un article dans « l’ACROnique du nucléaire » et/ou sont mises en ligne sur Internet : https://www.acro.eu.org. L’ACRO est intransigeante sur le respect de ces conditions de diffusion, ce qui lui vaut parfois de perdre des contrats. De plus, elle ne travaille pas pour les exploitants nucléaires. L’information, et non la communication, occupe également une part importante de son activité. L’enjeu est de rendre ses travaux accessibles à tous et de vulgariser les débats techno-scientifiques liés au nucléaire afin de permettre à chacun de s’approprier les problèmes, sans subir les termes dans lesquels ils sont généralement posés. Cela signifie une argumentation solide qui dépasse les simples slogans, même si cela n’est pas médiatique. Pour que la réflexion prime sur les schémas de pensée pré-établis, l’association ne se revendique pas comme antinucléaire (ni pro-nucléaire…). C’est un atout primordial qui sert la crédibilité de l’information délivrée, mais est parfois mal perçu. Ainsi, le citoyen doit pouvoir se faire sa propre opinion et décider de son avenir, de l’avenir de ses enfants en connaissance de cause.

Les sollicitations pour des interventions publiques sont nombreuses de la part d’autres associations ou collectifs, du milieu scolaire, mais aussi des pouvoirs publics. Dans ce dernier cas, il n’est pas toujours facile de savoir, a priori, si l’invitation sert à donner une apparence démocratique à un débat ou s’il y a une réelle volonté d’entendre un son de cloche différent. D’autant plus que c’est souvent les deux ! Mais dans tous les cas, il apparaît important d’apporter un autre point de vue à une audience qui parfois peut déboucher sur des prises de décision. Il en est de même pour les articles écrits dans des revues officielles. D’une manière plus large, l’ACRO accepte les gestes d’ouverture des autorités en participant à de nombreuses instances de concertation. Cette prise en compte du tiers-secteur scientifique est encore nouvelle en France et l’ACRO a fait le choix d’expérimenter les procédures de consultation. C’est un travail difficile et délicat, qui comporte des risques d’erreur et celui d’être critiqué. Cette démarche lui a valu de nombreuses attaques du milieu associatif [4]. Il est vrai que toutes les structures officielles sont là pour accompagner des installations nucléaires en place ou ayant un travail rétrospectif à faire. Comme souvent pour les activités à risque, la justification même de l’activité ne peut y être débattue.  Penser que l’on peut obtenir d’elles la remise en question du nucléaire serait très naïf.

Cette démarche participative, rejetée par d’autres associations, n’est pas systématique. Chaque sollicitation est traitée au cas par cas et entre dans le cadre d’une charte votée en AG [5]. Sans être dupe de la volonté gouvernementale, l’ACRO pense que les rares gestes d’ouverture de certaines administrations en faveur d’une prise en compte des questions de la population méritent d’être soutenus. Bien sûr, les instances de concertation ne sont pas toutes utiles. Certaines CLI ronronnent alors que l’Association Nationale des CLI a ouvert des brèches intéressantes. On peut aussi citer le cas de la commission Tchernobyl présidée par le Pr. Aurengo au fonctionnement catastrophique, mais où la participation associative a permis un enterrement du rapport final. En revanche, la participation au Groupe Radio-écologie Nord-Cotentin [6] a été plus profitable. Outre le fait que toutes les mesures réglementaires dans l’environnement et les modèles d’impact sanitaire sont devenus publics, ces travaux ont conduit à une réévaluation des autorisations de rejet pour Cogéma-La-Hague qui sont devenues beaucoup plus précises et contraignantes. L’ACRO a acquis au sein de ce groupe des compétences nouvelles qui lui ont permis de mettre en évidence que la Cogéma a sous-estimé d’un facteur 1 000 ses rejets en ruthénium radioactif lors des incidents de 2001 [7].

Les relations avec le milieu de la recherche fondamentale sont d’un autre ordre. Tout comme au GSIEN [8] dont l’ACRO est très proche, les universitaires qui s’investissent ou soutiennent l’association le font de manière privée. Certains ont un engagement notoire et connu de tous. D’autres apportent leurs compétences de façon plus ponctuelle quand ils sont sollicités. A notre connaissance, aucun n’a subi de pressions professionnelles.

Nombreuses embûches

Il est trop long de passer en revue tous les succès et les échecs de l’ACRO. Les embûches ont été nombreuses en 20 ans d’existence. Les membres les plus anciens se rappellent de la Cogéma affirmant dans les médias que l’ACRO multiplie tous ses résultats par 10 pour se mettre en valeur ou du Ministère des Affaires sociales (dont dépendait le SCPRI du Pr. Pellerin) empêchant l’affectation d’un objecteur de conscience… Ou encore de l’ANDRA portant plainte contre l’ACRO et deux de ses membres. Le principal exploit est donc sûrement d’avoir réussi à exister aussi longtemps et d’être devenu un acteur crédible qui traite aussi bien avec les institutions qu’avec Greenpeace. Plus personne ne conteste ses mesures, seulement l’interprétation qui en est faite et la dernière étude réalisée pour le compte de Greenpeace a eu un impact international important. D’un point de vue environnemental, on peut mettre au crédit de l’association le fait d’avoir joué un rôle majeur dans la réduction des rejets de l’usine Cogéma de La Hague ou d’avoir révélé les nombreux dysfonctionnements du centre de stockage de la Manche. Plus ponctuellement, l’association a révélé une contamination anormale par du radium du site de l’ancienne usine Bayard qui fabriquait des réveils luminescents à St Nicolas d’Aliermont en Haute-Normandie. C’est grâce à cette affaire que les seuils de décontamination des sites contaminés ont été révisés.

En participant aux débats et en faisant pression sur les politiques, les associations impliquées ont réussi à obtenir que la loi sur les déchets radioactifs inclue toutes les matières radioactives, que le site de Bure ne soit pas transformé en un centre de stockage par un simple décret comme le prévoyait le gouvernement… Mais, malheureusement, l’enfouissement des déchets et le retraitement des combustibles irradiés restent la solution de référence. Cela fait partie des principaux regrets de l’association, avec le chantier du réacteur EPR, la prolifération nucléaire, l’oubli et le déni dont sont victimes les populations vivant dans les territoires contaminés par Tchernobyl… A ces défis pour lesquels personne n’a la solution, des défis propres viennent s’ajouter : élargir ses capacités de mesure, augmenter le nombre d’adhérents pour peser plus sur les pouvoirs publics et stabiliser sa situation financière.

C’est malheureusement un classique de nos sociétés de surabondance que d’entretenir le sentiment de rareté et de guerre, maintenant économique, pour maintenir un statu quo. Alors que la richesse atteinte permettrait à tous de mener une vie harmonieuse avec une organisation sociale différente, les défis écologiques imposent de mener une vie plus sobre, mais plus épanouie, car libérée de nombreuses peurs. Or, il n’est question que de « parts de marché à conquérir », « retard français » ou « maintien de notre avance dans la compétition internationale » entraînant une surproduction et un gaspillage. En face, de nombreuses associations de protection de l’environnement raisonnent en service public de l’énergie pour satisfaire les besoins primordiaux de l’humanité. L’incompréhension est totale. Au-delà de l’EPR et du nucléaire, et même du défi énergétique, la question est de savoir « comment récuser la fuite en avant insensée qui voit […] la science soumise à la technique, la technique au marché et le marché à la volonté de puissance de ces nouveaux maîtres du monde incapables de maîtriser leur propre maîtrise ? » [9]

« Changer de vie et changer la vie » [9] passe aussi par le refus des logiques guerrières et identitaires de nos sociétés, et malheureusement aussi parfois du mouvement altermondialiste et antinucléaire. C’est un chemin qui n’est pas balisé. Mais c’est par la pratique que l’ACRO bâtit une démarche originale pour apprendre à vivre dans une société du risque en transformant en enjeu politique et citoyen des problèmes posés en termes uniquement technoscientifiques. Ce n’est qu’un petit pas vers plus de démocratie participative. L’engagement du citoyen dans la vie de la société revêt diverses formes qui peuvent être syndicale, politique, associative. Toutes ont des atouts et des limites. Une société démocratique implique une (bio)diversité des approches et des actions.

 


[1] Lire Sezin Topçu, ACRO : vingt ans de combat pour une expertise citoyenne, ACROnique du nucléaire n°75, décembre 2006.

[2] Lire Les silences de Tchernobyl, Autrement, 2006

[3] Lire David Boilley et Claudia Neubauer, Le tiers secteur scientifique, in Dictionnaire des risques, Armand Colin, nouvelle édition à paraître.

[4] L’ACRO a répondu systématiquement à ces critiques.

[5] La charte est ici. Lire le dossier de l’ACROnique du nucléaire n°73, juin 2006 : Nucléaire et concertation publique.

[6] Lire Yves Miserey et Patricia Pellegrini, Le Groupe Radioécologie Nord-Cotentin : l’expertise pratique en question. L’impact des rejets radioactifs dans le Nord-Cotentin sur les risques de leucémies, La Documentation française, janvier 2007

[7] Tous les détails de cette affaire sont ici.

[8] GSIEN : Groupement des Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire, 2 rue François Villon, 91400 Orsay.

[9] P. Viveret, Pourquoi cela ne va pas plus mal ?, Fayard 2005.

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Résultats de la surveillance du littoral et des rivières normands 2005

ACROnique du nucléaire n°76, mars 2007

RESULTATS 2005 DE LA SURVEILLANCE DES NIVEAUX DE LA RADIOACTIVITE ARTIFICIELLE D’ECOSYSTEMES AQUATIQUES APPARTENANT AU BASSIN SEINE-NORMANDIE

n°76, mars 2007

L'ACROnique du nucléaire

Avis de l’ACRO et du GSIEN sur le rapport annuel de surveillance de l’environnement, année 2005, présenté par Cogéma la Hague

Repris dans l’ACROnique du nucléaire n°76, mars 2007


Dans le procédé de fonctionnement actuel des usines de retraitement de Cogéma la Hague, quatre radionucléides sont rejetés quasi intégralement, soit sous forme liquide, soit sous forme gazeuse : le tritium, le carbone 14, le krypton 85 et l’iode 129.
Pour trois de ces radionucléides le C-14, le krypton 85 et l’iode 129, des procédés de réduction substantielle des rejets par piégeage sélectif et stockage dans une matrice solide sont disponibles et sont développés industriellement :

–    C-14, rétention totale des rejets liquides et gazeux à l’usine THORP de Sellafield [1] (Grande Bretagne)
–    Kr-85, séparation cryogénique, usines pilotes de Tokay Mura (Japon) et Idaho Falls  (Etats-Unis)
–    I-129, Piégeage, sélection et confinement en matrice solide, procédé développé par le CEA et mis en œuvre par … Cogéma au Japon pour l’usine de retraitement de Rokashomura [2]

L’article 42 de l’arrêté du 10 janvier 2003 autorisant la Cogéma à pratiquer des rejets d’effluents liquides et gazeux stipulait que l’exploitant devait adresser aux ministres de l’industrie, de l’environnement et de la santé, trois ans après la publication du texte (11 janvier 2003), une étude sur la faisabilité de réduction des rejets radioactifs liquides sans augmenter les rejets radioactifs gazeux, et une étude portant sur les dispositions techniques permettant de réduire les rejets gazeux de carbone 14 et d’iodes radioactifs.
Ces études, dont nous ignorons la teneur à ce jour malgré notre demande au représentant de l’autorité de sûreté nucléaire en CSPI du 22 juin 2006, iraient dans le sens des engagements internationaux pris par la France lors de sa signature de la convention OSPAR et dans sa participation à la déclaration de Sintra dont l’objectif est de :
Prévenir la pollution de la zone maritime par les rayonnements ionisants, ceci par des réductions progressives et substantielles des rejets, émissions et pertes de substances radioactives, l’objectif ultime étant d’atteindre des concentrations dans l’environnement qui soient proches des valeurs de fond, pour les substances naturellement radioactives, et proches de zéro , s’il s’agit de substances radioactives artificielles.
Le calendrier de cette stratégie est que d’ici 2020 :
… les rejets, émissions et pertes de substances radioactives soient ramenés à des niveaux où l’excédent des teneurs, par rapport aux teneurs historiques dans le milieu marin, tels que résultant de tels rejets, les émissions et pertes soient proches de zéro.
Cette stratégie sera mise en œuvre :
… même s’il n’existe pas de preuve concluante d’un rapport de cause à effet entre les apports et les effets.

La latitude laissée jusqu’à présent à l’exploitant de rejeter intégralement le tritium, le carbone 14, le krypton 85 et l’iode 129 sans mise en œuvre de procédé de rétention et de stockage en matrice solide, bien que des procédés industriels existent pour trois de ces radionucléides, et l’absence d’informations sur d’éventuelles études sur les réductions de ces rejets au motif  de « secret industriel » , sont en contradiction avec l’arrêté de 2003.

De plus, ce manque de transparence tant sur la réduction des rejets (Tritium, carbone 14 et iode 129) que sur le point des procédés de rétention qu’aurait dû étudier AREVA NC, augure mal du respect  de nos engagements internationaux, à un mois du renouvellement pour quatre ans des autorisations de rejets de Cogéma la Hague.

[1] Options de rejet des effluents des installations nucléaires, Contexte technique et aspects réglementaires, Agence pour l’Energie Nucléaire Organisation de Coopération et de Développement Economique (AEN OCDE) 2003
[2] CPDP déchets, Débat public sur les options générales en matière de gestion des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue, Comptes-rendus des débats, 2006

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