Explosion lors d’un essai au Nord de la Russie en Mer Blanche le 8 août 2019 : le peu que l’on sait

Première mise en ligne : lundi 12 août 2019 – Dernière mise à jour : dimanche 15 septembre 2019

Une explosion dans un centre d’essai militaire

Le jeudi 8 août 2019 à 9h, une forte explosion a eu lieu sur le site Nyonoksa (Ненокса), dans l’Oblast d’Arkhangelsk (Архангельск). Le site d’essai est situé au bord de la Baie de Dvina, de la Mer Blanche, au Nord de la Russie. (Voir sur Openstreetmap).

Cette explosion a été détectée par le réseau de surveillance de l’Organisation du traité d’interdiction des essais nucléaires (OTICE) :

A noter que l’organisation norvégienne NORSAR, désignée pour surveiller les essais nucléaires, a publié, le vendredi 23 août 2019, un communiqué dans lequel elle explique avoir détecté deux explosions, séparées de 2 heures. La première secousse a eu lieu à 9h, heure locale (6:00 TU), comme annoncé par les autorités russes. La deuxième secousse a été enregistrée par infrasons à la station de Bardufoss, dans le comté de Troms (voir sur openstreetmap). Et comme l’accès aux balises russes du traité d’interdiction des essais nucléaire est coupé, il n’est pas possible d’avoir des données supplémentaires.

Dans un second communiqué daté du mardi 27 août, NORSAR explique que la première explosion, qui correspond aux informations russes, a aussi été détectée par des ondes sismiques, ce qui signifie un couplage au sol, c’est à dire en contact avec le sol. Ce peut être via de l’eau.

Quant à la deuxième explosion, détectée 2 heures plus tard, elle a été confirmée par d’autres stations en Norvège et en Finlande. Son signal est plus faible, avec la signature d’une explosion. Il y aurait un à deux degrés d’écart dans sa localisation par rapport à la première explosion. Elle pourrait être due à un tir de mine en Finlande, selon le communiqué.

Voici une image satellite du site d’essai prise sur googlemap :

La première communication du Ministère de la défense russe a fait état d’une explosion lors d’un test sur un nouveau combustible pour missile balistique qui a fait plusieurs victimes. (Voir le live du 8 août d’un média local).

Les autorités de la ville de Severodvinsk (Северодвинск), commune de 190 000 habitants située à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau du site d’essai, vers l’Est, ont fait état, d’une augmentation brève de la radioactivité ambiante, entre 11h30 et 12h30 (heure de Moscou). L’annonce a rapidement disparu du site Internet (le lien n’aboutit plus), mais on trouve des copies. Voir, par exemple, cette copie d’écran. Greenpeace Russie l’a mise en ligne et demande des éclaircissements (copie du document). On peut y trouver cette carte, avec des niveaux de radiation ambiants exprimés en µSv/h :

La valeur la plus élevée est de 2 µSv/h. De tels niveaux sont supérieurs au bruit de fond naturel (0,11 µSv/h), mais n’impliquent pas de mesure de protection. La dose totale reçue aurait été de 1 à 2 µSv selon le communiqué.

A noter que les autorités norvégiennes ont indiqué, le lendemain, qu’elles n’avaient pas enregistré de hausse de la radioactivité. Voir leur communiqué en anglais.

Ces informations, associées à l’affirmation du ministère de la défense russe que les niveaux de radioactivité sont restés “normaux” (voir la dépêche de l’agence Tass du 9 juillet), auraient, selon les médias, provoqué une forte inquiétude et les habitants de la région auraient épuisé le stock d’iode dans les pharmacies.

Le centre de recherche militaro-industriel nucléaire de Sarov impliqué

Le samedi 10 août, la compagnie Rosatom, en charge du complexe militaro-industriel nucléaire russe, a reconnu que 5 de ses scientifiques étaient décédés lors de l’explosion (lire son communiqué en anglais). Elle parle de héros pour lesquels elle a demandé une médaille posthume qui a été accordée (source). L’agence de presse Tass a repris les noms des victimes en précisant qu’elles venaient du centre de recherche nucléaire Sarov où un deuil a été déclaré (Voir la déclaration officielle du deuil). Ils viennent s’ajouter aux deux militaires décédés et aux blessés.

Portrait des 5 scientifiques décédés (source). Aucune information n’est disponible sur les autres victimes militaires.

La ville de Sarov (Саров), située dans l’Oblast de Nijni Novgorod, est située à moins de 400 km à l’Est de Moscou (Voir sur Openstreetmap). Elle abrite depuis 1946, sous le nom de code Arzamas-16 (Арзамас-16), un site de recherche secret sur les armes nucléaires. Selon Wikipedia, l’existence même de la ville restera secrète jusqu’en 1989. Il s’agit d’une indication forte que l’expérience qui a entraîné l’explosion est liée à l’armement nucléaire.

Dans son communiqué, Rosatom indique qu’il s’agissait d’un essai effectué sur une plateforme au large sur un nouveau liquide de propulsion impliquant des isotopes radioactifs. Toute la presse avance un projet de missile nommé 9M730 Burevestnik par la Russie et SSC-X-9 Skyfall par les Etats-Unis et l’OTAN. La BBC mentionne aussi la possibilité d’un drone sous-marin, appelé Poseidon ou d’un autre missile appelé Zircon. Le gouvernement russe s’est refusé à commenter.

Dans cette vidéo d’une télévision locale de Sarov, on voit quelques images du centre d’essai, des équipes d’urgence, ainsi qu’une déclaration du directeur scientifique du centre de Sarov qui parle d’utilisation d’isotopes et de matières fissibles :

A noter que toutes navigation et baignade ont été interdites dans une partie de la baie.

Et les blessés ?

Vendredi 16 août 2019, le Moscow Times révèle que le personnel médical qui a pris en charge les trois blessés à l’hôpital régional d’Arkhangelsk (Arkhangelsk Regional Clinical Hospital) n’a pas été informé que les patients étaient radioactifs. Aucune mesure de protection n’a donc été prise. Les blessés seraient arrivés nus, emballés dans un sac en plastique transparent.

Le FSB serait venu, dès le 9 août, à l’hôpital, faire signer au personnel médical un engagement de confidentialité. Mais d’autres médecins non directement concernés ont parlé au journal. Le personnel de l’hôpital serait furieux et ne comprend pas pourquoi les blessés n’ont pas été envoyés vers un hôpital militaire.

Pour calmer la colère, une soixantaine d’employés de l’hôpital se sont vus proposer des examens à Moscou. Un des médecins examinés aurait une contamination au césium-137 sans qu’il sache en quelle quantité. Tous ne sont pas allés à Moscou. En revanche, des spécialistes auraient été envoyés à hôpital d’Arkhangelsk.

Le service où les trois blessés ont été pris en charge aurait été fermé jusqu’au 13 août. Il a rouvert après une inspection.

Suite à ses révélations, le ministère de la santé a déclaré, le lundi 19 août, que 91 médecins spécialistes auraient été auscultés et qu’aucun n’aurait une contamination qui dépasse les limites établies. Selon le site 29.ru, qui relate l’information, 20 auraient subi des examens supplémentaires : une anthropogammamétrie au Burnazyan Medical Biophysical Center de Moscou, selon l’agence Tass.

Il s’agit d’une reconnaissance officielle que des médecins étaient bien contaminés, mais légèrement, sans indication précise, comme d’habitude.

Mercredi 21 août 2019, le média russophone en ligne Meduza, basé à Riga en Lettonie, publie des témoignages anonymes des équipes médicales qui ont transporté et soigné les blessés. Novaya Gazeta aussi. Les témoins confirment l’absence d’information relative à la contamination des victimes et l’absence de mesures de protection spécifiques. De plus, le véhicule de secours équipé du matériel de décontamination aurait été envoyé à Severodvinsk au lieu de prendre en charge les blessés.

Trois blessés auraient été envoyés à l’hôpital régional d’Arkhangelsk, qui n’est pas équipé pour traiter des patients contaminés, et trois autres à un autre hôpital de la ville, appelé Semashko, qui lui est équipé. Dans ce deuxième hôpital, les médecins auraient immédiatement pris des précautions après avoir détecté la contamination. Pas dans le premier.

Un médecin anonyme raconte qu’il aurait demandé si les blessés étaient contaminés et on lui aurait répondu qu’ils avaient déjà été décontaminés, ce qui n’était pas vrai. Comme les blessures étaient très graves, ils ont été immédiatement pris en charge. Des dosimétristes seraient entrés dans la salle d’opération pour contrôler les patients et se seraient éloignés en courant à cause du niveau de contamination du patient. Le lendemain, des militaires seraient venus décontaminer les salles où les patients contaminés ont été soignés. Certains équipements auraient été retirés.

Dans la salle d’accueil des urgences, il y avait de nombreux autres patients, dont des enfants et des femmes enceintes, qui ont donc aussi été exposés à la radioactivité. Quant au jeune médecin chez qui la contamination au césium-137 a été trouvée, on lui aurait dit qu’il avait mangé un crabe de Fukushima lors de ses vacances en Thaïlande…

Tous les documents médicaux relatifs aux blessés et à la contamination de l’équipe médicale auraient été saisis par l’armée russe…

Selon Novaya Gazeta, deux blessés seraient décédés lors de leur transfert à Moscou, des suites de leur forte contamination radioactive.

Jeudi 22 août, la BBC (la version en russe est plus longue) publie des témoignages qui confirment ceux de la veille. Les équipes médicales ont continué à soigner les blessés, sans interruption, même après avoir appris qu’ils étaient fortement contaminés. Elle ajoute qu’il n’y a aucune information disponible sur l’état des scientifiques blessés après leur transfert à Moscou.

Pour le Kremlin, cité par Meduza, ces témoignages n’ont aucun fondement. Il n’y a pas de problème.

Vendredi 23 août, les autorités régionales ont communiqué à propos des contrôles qui ont été effectués sur le personnel qui a pris en charge les blessés. Voir le communiqué officiel. Plus de 110 personnes ont été contrôlées et aucun dépassement des niveaux autorisés n’a été observé (aucune indication sur le niveau). Parmi eux, 20 auraient subi un contrôle à Moscou, au centre Burnazyan. Mais, y envoyer 110 personnes s’est révélé compliqué, et donc un appareil mobile a été envoyé à Arkhangelsk. L’équipement serait le même que celui utilisé à Moscou. Outre des contrôles de la radioactivité, une échographie de la thyroïde aurait aussi été faite.

Selon les autorités, aucune contamination de la peau, des vêtements n’a été détectée. Il n’y aurait pas eu non plus de contamination interne. Elles confirment que des traces de césium-137 ont bien été découvertes dans les muscles d’une personne, mais elles ne seraient pas dues à l’explosion. Les autorités soupçonnent la consommation d’aliments contaminés.

Ces informations ne concernent que l’hôpital régional et pas l’hôpital Semashko, qui n’a pas été contrôlé, selon 29.ru. Ce média local explique aussi qu’il n’y aura finalement pas d’examens médicaux des habitants de Nenoksa, village situé à proximité du site d’essai où a eu lieu l’explosion, contrairement à ce qui avait été dit.

Le Moscow Times, quant à lui, a trouvé le témoignage d’Igor Semin, un chirurgien cardiovasculaire de l’hôpital régional d’Arkhangelsk sur les réseaux sociaux, qui confirme, à visage découvert, que les médecins n’ont pas été informés de la contamination radioactive des patients. Le post, daté du 14 août, critique les autorités.

Le Kremlin, cité par Meduza, avait refusé de réagir à des témoignages anonymes (cf 22 août, ci-dessus). Le lundi 26 août, il a déclaré à la BBC que les autorités compétentes vérifieront le témoignage à visage découvert d’Igor Semin.

Peu d’informations sur le rejet radioactif

Le mardi 13 août, l’agence Tass signale que des échantillons de sol et d’eau ont été analysés à Severodvinsk et que les niveaux relevés ne dépassaient pas le bruit de fond naturel pour les émissions bêta et alpha (aucune valeur n’est donnée dans le communiqué). La dépêche confirme que le niveau de radiation ambiant est bien monté à un niveau de 4 à 16 fois plus élevé que le bruit de fond (0,11 µSv/h) le jeudi 8 vers 12h (0,45 à 1,78 µSv/h). Ces dernières données sont disponibles sur le site Internet de l’agence météorologique russe (copie, point 4).

Selon le Guardian et The Barents Observer, les autorités russes ont recommandé aux habitants de Nyonoksa de quitter temporairement le village, mercredi 14 août, entre 5 et 7h du matin, à cause de travaux sur le site d’essai où a eu lieu l’explosion. Un train spécial va les éloigner de la zone. En revanche, les autorités se refusent à parler d’évacuation, car il n’y aurait pas de lien avec l’explosion. Cela arriverait régulièrement. Puis, le média local 29.ru a finalement rapporté que cet éloignement était annulé…

Le jeudi 15 août 2019, Greenpeace Russie publie un communiqué signalant qu’une hausse de la radioactivité a aussi été relevée à Arkhangelsk (Архангельск). Il n’y a toujours aucune indication sur la nature des éléments détectés. Ce même jour, la Norvège annonce avoir détecté des traces d’iode radioactif dans sa station du Finmark, tout au Nord du pays, près de la frontière avec la Russie. Le communiqué précise que de l’iode radioactif est détecté environ 6 fois par an et que rien ne permet de dire si ces traces sont liées à l’explosion ou pas.

Comme le rapporte RBC, le vendredi 16 août, l’agence météo russe (Roshydromet) qui a détecté la radioactivité, aurait conclu que le rejet devait être composé de gaz nobles radioactifs puisqu’il n’y a pas eu de retombées sur les sols (point 5 du communiqué de Roshydromet, copie). L’argument est un peu léger et il faudrait publier toutes les données disponibles…  Le média russe donne la parole à un écologiste qui mentionne une batterie au plutonium-césium. Le plutonium ne se disperse pas sur de grandes distances. Quant au césium, il y en a déjà partout dans l’environnement et une légère augmentation passe inaperçue.

Dimanche 18 août 2019, le Wall Street Journal (l’article est en accès payant, mais The Barents Observer reprend l’information) révèle que deux balises de mesure de la radioactivité ne répondaient plus, deux jours après l’explosion. Il s’agit des stations de surveillance du traité d’interdiction des essais nucléaires les plus proches du site d’essai, situées à Dubna, dans l’oblast de Moscou (voir sur openstreetmap) et à Kirov (voir sur openstreetmap), qui ont cessé de transmettre leur données. Elles connaîtraient des “problèmes de réseau”… et l’Organisation du traité d’interdiction (OTICE) ne peut plus les interroger, selon son directeur, Lassina Zerbo. Ces deux stations de surveillance, qui appartiennent au ministère de la défense, devraient détecter la contamination radioactive atmosphérique (voir la carte avec toutes les stations) et se trouvaient sur la trajectoire du “nuage radioactif” :

Le lundi 19 août, le Wall Street Journal précise que ce sont en fait quatre stations russes qui ne répondent plus, selon le directeur de l’OTICE. Les deux autres sont à Bilibino et Zalesovo et sont très éloignées de la zone de test. Elles auraient cessé de transmettre des données le 13 août.

Le mardi 20 août, le vice-ministre des affaires étrangères, Sergei Ryabkov, a déclaré, selon l’agence Interfax, que la transmission des données des balises à l’OTICE n’était pas obligatoire et que cela se faisait de façon volontaire. Par ailleurs, cette organisation n’a, dans son mandat, que l’interdiction des essais nucléaires, et tout le reste ne la regarde pas. Et comme l’explosion n’était pas un essai nucléaire, la Russie n’a rien à ajouter à ce qui a déjà été dit.

Ce n’est pas tout à fait exact : les données des balises sont transmises automatiquement. Bref, la panne de réseau invoquée ne serait donc pas une panne…

Ces stations permettent de connaître la nature des radioéléments transportés par les masses d’air, si la concentration est suffisante. C’est une information utile pour comprendre ce qui a explosé. La Russie a bénéficié de vents qui soufflaient vers l’Est. S’ils avaient soufflé vers l’Ouest, les balises occidentales auraient détecté le rejet et on en saurait un peu plus.

Vendredi 23 août, selon l’agence Tass, le responsable du Kremlin en charge de l’environnement a déclaré qu’aucune station de mesure n’a détecté de pic de radioactivité, ni en Russie, ni à l’étranger… Le média local 29.ru a rapporté que la population s’interroge sur la consommation de champignons et de baies, et que le nombre de touristes a baissé. Il n’est pas sûr que la communication officielle rassure.

Lundi 26 août 2019, l’agence météo russe (Roshydromet) a fini par lâcher des bribes d’information sur la nature du rejet radioactif (copie, point 3). Elle ne mentionne que des éléments à vie courte présents dans des échantillons d’aérosols à Severodvinsk : du strontium-91 qui a une demi-vie de 9,3 heures, du barium-139 avec une demi-vie de 83 minutes, du barium-140, de demi-vie de 12,8 jours et son descendant, le lanthane-140 (40 heures). Aucune indication n’est donnée sur les concentrations. Il est juste dit que l’air n’est plus contaminé.

Cette information est cohérente avec leur première information relative à un rejet de gaz inertes. Si c’est du Krypton-91 la source, il décroît avec une demi-vie de 8,6 s en rubidium-91, qui lui décroît avec une demi-vie de 58 s en strontium-91 présent dans les aérosols. Les xénons-139 et -140 décroissent (demi-vies de 39,7 s et 13,6 s), quant à eux, en césium-139 et -140 (demi-vies de 9,3 min et 63,7 s), puis en barium-139 et -140 présents dans les aérosols.

Cette information est contradictoire avec l’affirmation de Rosatom d’une batterie isotopique détruite lors de l’explosion, car elle n’est pas composée de gaz inertes à vie courte. Des radioéléments à vie si courte ne peuvent qu’avoir été créés sur place par une réaction nucléaire comme la fission.

Si l’explosion a eu lieu sous l’eau, de nombreux autres radioéléments ont pu rester dans l’eau de mer et ce sont les gaz qui se sont échappés et se sont déplacés avec les vents avant d’être détectés. Cette information sur la composition des rejets indique donc une réaction en chaîne impliquant la fission. Il n’y a aucune information relative à la contamination de l’eau de mer. Il est difficile de croire qu’aucune analyse n’ait été effectuée sur place. La “glasnost” a encore beaucoup de marges de progrès…

Lundi 2 septembre 2019, la chaîne de télévision TV29.ru a mis en ligne un reportage de l’agence de presse Belomorkanal où l’on voit les barges accidentées qui ont été abandonnées sur le rivage et des mesures de débit de dose effectués sur des débris trouvés sur le rivage. Les images et les mesures auraient été prises le 31 août 2019 :

Les images ont été prises par Nikolai Karneevich, un journaliste, guidé par des habitants de la région, vers l’embouchure de la rivière Verkhovka, pas loin du village Nyonoksa (Ненокса) :

Selon les habitants, une barge serait arrivée sur la berge le 9 août, et l’autre 5 jours après l’explosion. Une est fortement endommagée. Le reportage mentionne des débits de dose de 70 à 150 microrœntgen par heure au contact de débris et 750 microrœntgen par heure au moment de l’apparition des barges. Le rœntgen est une ancienne unité : à titre de comparaison, le bruit de fond ailleurs dans le village ne dépasse pas 14 microrœntgen par heure. Il n’y aurait aucun signe ou barrière de protection empêchant l’accès aux barges et aux débris contaminés. En revanche, la pêche serait toujours interdite dans la Baie.

Selon Radio liberté, financée par les Etats-Unis, explique que le site était gardé, mais que les gardes sont partis car Rosatom et l’armée russe ne se sont pas mis d’accord sur la prime de risque… Ils n’ont pas fourni non plus de vêtements de protection.

Les habitants du village sont très inquiets. Que faut-il faire si les essais de missiles se poursuivent ? Faut-il quitter la région ? Radio liberté, précise que l’accès au village est interdit au quidam à cause de la proximité du site d’essai, malgré la présente d’une église magnifique et d’un musée du sel et que le seul moyen d’accès est un train. En revanche, on peut accéder aux barges sans permis… Une réunion d’information aurait eu lieu le 28 août dernier et la plupart des habitants se seraient résignés à accepter les messages rassurants des autorités.

Le mardi 3 septembre 2019, le média local en ligne 29.ru rapporte qu’une autre réunion a eu lieu le 31 août en présence d’Alexey Klimov, un écologiste connu localement. Il aurait expliqué avoir procédé à des mesures de radioactivité avec un radiamètre dans la région et que les niveaux relevés ne dépassaient pas le bruit de fond habituel. Selon lui, les habitants peuvent manger des champignons et des baies, mais devraient éviter de pêcher. Le 29.ru ajoute que les autorités locales ne veulent pas nettoyer la plage avec les barges et les débris radioactifs car cela n’entrerait pas dans leurs compétences. Les barges seraient sur le territoire du ministère de la défense.

Une vidéo de son intervention est disponible sur Youtube, en russe. Elle a été mise en ligne par TV29.ru.

Mercredi 4 septembre, TV29.ru a mis en ligne une autre vidéo filmant un détecteur sur la corde contaminée. La personne qui a transmis les images veut rester anonyme et dit que la mesure a eu lieu le 15 août. Voici les images :

Le premier instrument de mesure, un radex, indique jusqu’à 712 microrœntgen par heure au contact de la corde. Un autre, un quartex, indique 27 juste à côté. Ce ne doit pas être les mêmes unités qui sont utilisées par les deux appareils.

Si ces images ont pu être prises, c’est que le site n’était pas ou peu gardé.

Les images des barges et des débits de dose qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les médias étrangers ont fait réagir Mme Anna Y. Popova, directrice du Rospotrebnadzor, le service fédéral de protection des consommateurs et du bien-être : selon l’agence Interfax, elle a appelé à se méfier des mesures effectuées par des “amateurs”. Mais elle ne donne aucune donnée officielle pour satisfaire les demandes des populations du Nord de la Russie. Les débris radioactifs de l’explosion sont accessibles : pourquoi aucun contrôle officiel n’est effectué ? Ou, s’il a été fait, puisque la directrice explique qu’il n’y a aucun danger pour la population, pourquoi les données ne sont pas publiques, alors que l’explosion a eu lieu il y a presque un mois ?

La loi russe, adoptée après la catastrophe de Tchernobyl, interdit de cacher les données environnementales. Elle semble oubliée… ou ne servir que quand cela arrange le pouvoir. Le secret militaire ne saurait justifier l’absence d’information pour les populations.

Dans une interview à radio liberté, Andrei Ozharovsky, un scientifique, explique : “Rosatom et le ministère de la Défense savaient dès le départ ce qui a explosé et quels radioéléments ont été rejetés dans l’environnement. La tâche pour eux ce jour-là, le 8 août, était très simple: en parler à la société. Mais ils ne l’ont pas fait. Les raisons … Je pense qu’elles sont évidentes. Notre société civile est faible, les autorités se considèrent supérieures aux citoyens et certaines entreprises aussi. Rosatom, par exemple, a un journal appelé “Le pays de Rosatom”, comme s’ils ne vivaient pas dans le même pays que tout le monde. Les scientifiques nucléaires continuent de cultiver leur image de peuple surhumain – et cela vient de Laurent Beria, qui, comme vous le savez, a été le premier chef du projet atomique soviétique…”

Le jeudi 5 septembre, les habitants locaux ont invité Mme Anna Y. Popova, la directrice du Rospotrebnadzor, selon la télévision TV29.ru : elle pourra profiter de l’été indien en mangeant des champignons et des baies sauvages, pêcher depuis les barges, manger du poisson frais et finir ses journées par un bain de vapeur en bord de mer. Elle peut venir avec des collègues. Ainsi, si elle ne croit pas aux intrigues des résidents relayées par les services de renseignement étrangers, qu’elle vienne constater par elle même ! Elle découvrira aussi que les habitants ont appris à se méfier des affirmations officielles.

Le vendredi 13 septembre, Alexander Sergeev, Président de l’Académie des Sciences de Russie a déclaré à l’Agence Interfax que des mesures doivent être prises pour éliminer les déchets radioactifs et qu’elles seront prises. Il a aussi indiqué que le niveau de radioactivité est revenu à la normale sans donner aucune valeur. Il pense que Rosatom va prendre en charge ces déchets. Le gouverneur de la région a déclaré à l’agence Tass que le démantèlent des barges en vue de leur enlèvement avait commencé. Il a ajouté que “le gouvernement de la région d’Arkhangelsk, en collaboration avec des représentants des structures compétentes et de la communauté scientifique, a organisé et effectué tous les tests de laboratoire nécessaires sur l’eau de mer, le sol et la végétation, confirmant sans équivoque qu’il n’y avait aucune menace pour la santé publique et l’environnement.” Evidemment, aucun résultat n’est rendu public. Voir aussi son message sur les réseaux sociaux :

Le média local tv29.ru explique n’avoir reçu aucune réponse aux questions envoyées la semaine dernière à l’administration régionale à propos de ces barges, qui selon ses informations, seraient toujours dans le même état. En revanche, deux gros hélicoptères auraient survolé la zone et des préparatifs auraient lieu sur place. Les riverains craindraient que le découpage sur la plage entraîne d’autres pollutions et que les morceaux soient enterrés en secret dans la forêt.

Par ailleurs, la dépêche Interfax mentionne que la navigation n’est plus interdite depuis le 10 septembre dernier dans la Baie de Dvina. Mais, les réseaux sociaux signalent que l’interdiction de la baignade a été prolongée jusqu’au 9 octobre et que la navigation demeure interdite à devant le village de Nyonoksa.

Un rassemblement en faveur de l’environnement est prévu le 22 septembre prochain :

Dimanche 15 septembre, les habitants de la région ont diffusé une photo sur les réseaux sociaux (reprise par TV29.ru) où l’on voit une pelleteuse sur la plage près des barges :

Ils se demandent si les déchets vont être enterrés sur place. Et comme l’accès à la zone est désormais interdit, impossible d’aller vérifier plus près.

Qu’est-ce qui a explosé ?

Mardi 14 août, le média local en ligne 29.ru rapporte qu’un petit sous-marins d’exploration équipé d’un sonar est arrivé sur le site où a eu lieu l’explosion. Sa mission ne serait pas connue. Il pourrait être là pour retrouver des débris de la plateforme offshore.

Jeudi 15 août, les Izvestia, citant des sources militaires, expliquent que ce n’était pas un missile Burevestnik qui était testé, mais un nouveau système de propulsion liquide avec des batteries radioactives, ou source d’énergie isotopique, qui servent à l’allumage de la combustion. Ces batteries ont été développées au Centre nucléaire de Sarov. Malgré l’échec, les développements vont continuer.

Des batteries utilisant des sources radioactives sont déjà utilisées dans des satellites par ou ailleurs (voir Wikipedia). Les caractéristiques de celles utilisées lors du test sont secrètes.

Comme pour le rejet de ruthénium à l’automne 2017, les autorités russes se caractérisent par leur opacité et secret. Et, faute de laboratoire indépendant sur place, il est difficile d’obtenir des informations.

L’information du lundi 26 août sur la composition des radioéléments détectés par l’agence météo (Roshydromet) indique clairement qu’une réaction en chaîne impliquant la fission est à l’origine du rejet radioactif, comme expliqué précédemment. Selon l’agence Tass, Alexey Karpov, le représentant de la Russie auprès des instances internationales basées à Vienne, a déclaré que ce n’était pas un essai nucléaire lors d’une réunion de l’organisation du traité d’interdiction des essais nucléaires. L’essai raté n’entre donc pas dans le champ du traité et il n’a pas d’information à transmettre. Lire son discours en russe.

Jeudi 29 août 2019, CNBC rapporte que selon les services secrets américains, l’explosion n’a pas eu lieu lors d’un essai de missile mais lors d’une tentative de récupération au fond de la mer d’un missile échoué. Il y aurait eu une explosion dans un des bâtiments envoyés sur place pour les opérations qui aurait entraîné une réaction nucléaire dans le missile. L’article ne donne aucune information sur le missile et sa partie nucléaire : mini réacteur pour la propulsion comme cela a été avancé par la presse au tout début de cette affaire ou batterie à base de plutonium servant à l’allumage comme suggéré par les Izvestia.

Selon la chaîne de télévision américaine, ce ne serait pas la première fois que la Russie tente de récupérer un missile échoué.

La radio en langue russe, “radio-liberté”, financée par les Etats-Unis, arrive à des conclusions similaires en apportant des informations complémentaires. Elle publie des images de la plateforme accidentée trouvées sur les réseaux sociaux :

On voit des containers bleus généralement utilisés pour le transport de déchets et matières radioactifs. Il n’y aurait pas eu d’évacuation du village de Nyonoks, proche du site d’essai, le 8 août 2019, comme c’est habituellement le cas lors d’un test de missile.

Les journalistes sont convaincus que le missile est un Burevestnik équipé d’un petit réacteur nucléaire pour la propulsion, sans le démontrer. Le scénario proposé par cet article est qu’il y aurait eu un début de réactions nucléaires lors du lancement qui se seraient arrêtées. Lors du repêchage, une explosion non nucléaire aurait entraîné une fuite de la partie nucléaire et ce sont surtout les gaz inertes qui seraient sortis de l’eau.

Le mardi 3 septembre, Radio liberté a publié en russe et en anglais des photos de haute résolution barges échouées sur la plage. Un agrandissement permet de voir des détails, comme sur cette photo :

On peut voir une grue qui aurait servi à repêcher le missile et qui est retombée sur le container bleu. Ce serait une grue italienne “Fassi” qui pourrait soulever entre 4,5 et 5,5 tonnes. Il y aurait aussi un générateur diesel. Le container jaune, à gauche, pourrait être un fût de marque allemande pour y mettre des déchets radioactifs, selon la radio. Enfin, tout devant, on voit une échelle qui aurait pu servir à des plongeurs.

Sur l’autre barge, un zoom permet de lire le numéro du container bleu.

Pour en savoir plus sur ces barges, leur origine et leurs caractéristiques, voir cette enquête publiée le 12 septembre 2019.

A suivre…

Protection radiologique des personnes et de l’environnement en cas d’accident nucléaire grave – Radiological Protection of People and the Environment in the Event of a Large Nuclear Accident

English below

Commentaires de l’ACRO sur le projet de rapport de la CIPR (les références sont à la fin du document, après la section en anglais) :

Un accident nucléaire ne peut pas être réduit à un problème de radioprotection car il a inévitablement des conséquences sociales, environnementales et économiques. La vie quotidienne des populations peut être profondément affectée. Ainsi, la CIPR propose une nouvelle publication sur les accidents graves qui concerne différents aspects de la réponse en prenant en compte tous les impacts. L’ACRO salue cette initiative mais regrette que le rapport soumis à la consultation du public ait des lacunes graves.

Niveaux de référence

Le principal problème concerne les niveaux de référence qui ne sont pas assez protecteurs. Tout d’abord, la CIPR considère « qu’il y a des preuves scientifiques fiables que l’exposition du corps entier à des niveaux supérieurs à 100 mSv peut augmenter la probabilité d’occurrence des cancers de la population exposée. En dessous de 100 mSv, la preuve est moins claire. Par prudence, la Commission suppose, pour toute la radioprotection, que même les faibles doses induisent une petite augmentation du risque » (22). Une telle affirmation ne prend pas en compte tous les résultats de la littérature scientifique. Dans les faits, ce projet de rapport reprend les niveaux de la publication 103 de la CIPR, qui sont les mêmes que ceux de la publication 60 qui remonte à 1990. Ces niveaux sont surtout basés sur le suivi des hibakusha de Hiroshima et Nagasaki (TD86). Il y a de nombreuses études en radiobiologie et en épidémiologie qui suggèrent fortement l’existence d’effets stochastiques en dessous de 100 mSv et que la relation linéaire sans seuil est basée sur des faits et pas seulement « sur une approche précautionneuse de la radioprotection ». Voir, par exemple, les réfs. [LD].

L’ACRO exhorte la CIPR à réduire les niveaux de référence et les limites qu’elle recommande.

Après un accident nucléaire, la CIPR recommande : « le niveau de référence pour la protection des intervenants après la phase d’urgence nucléaire ne doit pas dépasser 20 mSv par an. Pour les personnes qui vivent dans des zones durablement contaminées après la phase d’urgence, le niveau de référence doit être choisi dans ou sous l’intervalle de 1 à 20 mSv recommandé par la Commission pour ce qui est des situations d’exposition existantes, en prenant en compte la distribution des doses dans la population et la tolérance aux risques dans des situations d’exposition existantes durables. Et, d’une manière générale, il n’est pas nécessaire que le niveau de référence dépasse 10 mSv par an. L’objectif d’optimisation de la protection est une baisse progressive de l’exposition à des niveaux de l’ordre de 1 mSv par an » (j).

Comme cette position étant difficilement compréhensible, la CIPR ajoute : « La Commission considère que des expositions annuelles de l’ordre de 10 mSv durant les premières années du processus de réhabilitation, additionnées à l’exposition durant la phase d’urgence, pourraient conduire à une exposition totale plus grande que 100 mSv dans un temps relativement court pour les personnes affectées. Par conséquent, il n’est pas recommandé de sélectionner des niveaux de référence au-delà de 10 mSv par an quand il est estimé que de telles expositions peuvent durer plusieurs années, une fois que la phase de réhabilitation commence. De plus, l’expérience de Tchernobyl et de Fukushima a montré qu’avec des niveaux d’exposition de l’ordre de 10 mSv par an, il est difficile – étant données les multiples conséquences négatives, sociétales, économiques et environnementales associées à la présence durable d’une contamination radioactive et aux nombreuses restrictions imposées à la vie quotidienne par les actions de protection – de maintenir des conditions de vie, de travail et de production décentes et durables dans les zones affectées » (80).

L’introduction d’un nouveau niveau de référence à 10 mSv/an est bienvenu car le Japon, par exemple, maintient un niveau à 20 mSv/an depuis plus de 8 ans à Fukushima. La réduction progressive des niveaux d’exposition à des niveaux de l’ordre de 1 mSv/an, ou plus bas, n’est pas assez protectrice sans un échéancier. Par contraste, les directives des Etats-Unis requièrent le déplacement quand les personnes peuvent être exposées à 20 mSv ou plus durant la première année, et 5 mSv ou moins à partir de la seconde année. L’objectif à long terme est de maintenir les doses à ou en dessous de 50 mSv en 50 ans. Le guide des mesures de protection en cas de déplacement traite de l’exposition externe après le panache aux matières radioactives déposées et de l’inhalation de matières radioactives remises en suspension qui ont été initialement déposées au sol ou sur d’autres surfaces [USEPA1992, FEMA2013].

L’ACRO exhorte la CIPR à introduire d’autres niveaux de référence associés à un échéancier précis pour la dose cumulée au cours des années, comme aux Etats-Unis.

Il convient de garder à l’esprit que la population peut déjà avoir été exposée à des doses allant jusqu’à 100 mSv lors de la phase d’urgence.

En ce qui concerne la phase d’urgence, la CIPR déclare : « Pour l’optimisation des actions de protection durant la phase d’urgence, la Commission recommande que les niveaux de référence pour limiter l’exposition des populations affectées et des intervenants ne doit généralement pas dépasser 100 mSv. Cela peut être appliqué sur une période courte et, d’une manière générale ne doit pas dépasser un an » (77). Mais elle explique, plus loin, qu’« une situation d’exposition d’urgence peut être de très courte durée (heures ou jours), ou elle peut se prolonger sur une longue période (semaines, mois ou années) » (85). Une situation d’exposition d’urgence qui requiert des actions « urgentes » ne peut pas durer des mois, voire des années ! Ce n’est pas cohérent avec le niveau de référence de la CIPR pour les situations d’urgence qui ne doit pas dépasser un an. Si cette urgence dure plus d’un an, il n’y a plus de niveau de référence.

Par ailleurs, comme l’explique la CIPR, « pour les décisions prises lors de la phase d’urgence, dans l’éventualité d’un accident nucléaire, surtout dans les premier instants, le besoin d’agir rapidement ne permet pas l’implication des parties prenantes. » (51). Ainsi, l’extension de la situation d’urgence au-delà de durées raisonnables va entraver l’implication des parties prenantes.

Dans le cas de l’accident à la centrale de Fukushima dai-ichi, la CIPR rappelle que « le 22 avril 2011, les territoires situés au-delà de la zone de 20 km pour lesquels il a été estimé que la dose attendue en un an pouvait atteindre 20 mSv ont été désignés comme “zone d’évacuation intentionnelle”. Le gouvernement central a ordonné que la réinstallation des habitants des zones d’évacuation intentionnelle soit effectuée en à peu près un mois. Le critère d’évacuation choisi par le gouvernement a été établi en fonction de l’intervalle de niveaux de référence de 20 à 100 mSv par an pour les situations d’urgence recommandés par la CIPR » (B7). Un ordre d’évacuation issu 42 jours après la déclaration d’urgence avec plus d’un mois pour l’appliquer n’est PAS une évacuation d’urgence ! Les autorités japonaises ont trahi les citoyens en se référant aux situations d’exposition d’urgence.

En conclusion, la phase d’urgence doit être aussi courte que possible sinon les autorités vont se référer à des niveaux de référence les plus élevés et exclure l’implication des parties prenantes. Il est important de noter que, d’un point de vue purement physique, les radioéléments à vie courte dominent l’exposition externe durant un mois et qu’après les éléments à vie plus longue comme le césium radioactif dominent. Il n’est donc pas nécessaire d’étendre la phase d’urgence sur de longues durées.

L’ACRO exhorte la CIPR à réduire la phase d’urgence à la période la plus courte possible qui ne doit pas dépasser un mois.

Protection des enfants et des femmes enceintes

La CIPR « recommande de porter une attention particulière aux enfants et aux femmes enceintes, pour qui les risques radiologiques peuvent être élevés que pour les autres groupes d’individus. Les activités sociales et économiques stratégiques devraient également faire l’objet de dispositions de protection spécifiques dans le cadre de la mise en œuvre du processus d’optimisation. » (65) De fait, les fœtus et les jeunes enfants sont plus sensibles aux radiations que les adultes, mais la plupart des niveaux de référence et limites de doses ont été établis pour des adultes. Les recommandations de la CIPR visant à assurer une meilleure protection sont très décevantes. Elles incluent :

  • « la surveillance de la dose à la thyroïde dans la phase initiale [qui] est importante pour les enfants et les femmes enceintes » (102);
  • « l’administration d’iode stable durant la phase initiale [qui est particulièrement est importante pour les enfants et les femmes enceintes » (130);
  • « le contrôle de la qualité radiologique du lait, qui constitue une part importante de l’alimentation des enfants dans la plupart des pays, [et qui] est particulièrement important pendant la phase initiale d’un accident car il constitue une source potentielle d’exposition de la thyroïde à l’iode radioactif » (134);
  • « Une sous-catégorie de la surveillance sanitaire [qui] est le suivi de sous-groupes potentiellement sensibles (par ex. les enfants, les femmes enceintes) » (198).

L’ACRO exhorte la CIPR à introduire des limites et des niveaux de référence plus protecteurs pour les femmes enceintes, les bébés et les enfants.

Evacuation et protection des populations

Étonnamment, le résumé analytique du projet de rapport ne mentionne pas les personnes déplacées et leur protection. Plus loin, dans le texte principal, la CIPR affirme que « l’expérience internationale après les accidents nucléaires et non nucléaires montre que les nations et les individus ne sont pas disposés à abandonner facilement les zones touchées » (57), ce qui n’est pas exact. A Fukushima, seulement 23% des personnes qui ont été obligées d’évacuer sont revenues après la levée des ordres d’évacuation. De plus, de nombreuses familles ont évacué seules, sans aucun soutien.

En outre, la CIPR ne prend en compte que la « réinstallation temporaire ». Dans les cas de Tchernobyl et de Fukushima, il existe encore de vastes zones où personne n’est autorisé à revenir et de nombreuses familles sont réinstallées ailleurs définitivement. Pourquoi la CIPR les ignore-t-elle ?

La CIPR semble considérer qu’une fois qu’elles ont quitté les zones contaminées, elles ne sont plus concernées par la radioprotection et ne méritent plus d’être prises en considération. Mais elles ont fui une exposition aux radiations !

Les personnes réinstallées ailleurs et les rapatriés devraient bénéficier de la même considération dans la publication. Les personnes déplacées souffrent de difficultés financières, de discrimination et de mise à l’écart (intimidation dans le cas des enfants). Beaucoup se sentent coupables d’avoir abandonné leur ville natale, ceux qui sont restés et ceux qui sont revenus. Ils ont besoin d’une protection et d’une attention particulières.

L’ébauche de la CIPR ne tient compte que des populations vivant dans des territoires contaminés qui n’ont pas été évacuées ou qui sont revenues. Il convient également de noter que de nombreux rapatriés ne vivent pas chez eux, mais ont été réinstallés dans un nouveau logement dans leur ville natale. Dans certaines villes et certains villages, ils doivent vivre dans un quartier complètement nouveau.

La CIPR note que « la réinstallation temporaire est cependant associée à des troubles psychologiques. Plusieurs études menées après l’accident de Fukushima ont montré une augmentation significative de l’incidence de la dépression et du syndrome de stress post-traumatique chez les résidents relogés de Fukushima » (136). Mais vivre dans des territoires contaminés est aussi associé à des troubles psychologiques et à un stress qui n’est jamais mentionné. Les travaux de terrain menés au Japon indiquent que ce traumatisme est réel [Shinrai2019 et ses références]. L’insistance sur les « troubles psychologiques dus à la réinstallation » cache le traumatisme de ceux qui sont restés, ou sont revenus, et se sentent “piégés” dans cette situation subie.

La seule solution proposée est la diffusion d’une culture radiologique pour apprendre à vivre dans des territoires contaminés avec une exposition aux radiations optimisée afin d’aider les gens à répondre à leurs préoccupations de la vie quotidienne. Cependant, la CIPR ne considère jamais que cela pourrait être un fardeau trop lourd pour beaucoup et que la plupart des familles aimeraient offrir un autre avenir à leurs enfants, sans avoir à vérifier et à évaluer constamment chaque mouvement de leur vie quotidienne.

La CIPR ne mentionne qu’une seule fois que « les individus ont le droit fondamental de décider s’ils veulent ou non rentrer chez eux. Toutes les décisions de rester dans une zone touchée ou de la quitter doivent être respectées et soutenues par les autorités, et des stratégies doivent être élaborées pour la réinstallation de ceux qui ne veulent pas ou ne sont pas autorisés à rentrer dans leur foyer » (158). Cela n’est pas suffisant et devrait être davantage étayé par des conseils pratiques aux autorités.

L’ACRO exhorte la CIPR à examiner sérieusement la question des populations déplacées et de se référer aux Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays du Conseil économique et social des Nations Unies [UNESC1998]. Rappelant que « les déplacements engendrent presque toujours de graves souffrances pour les populations touchées », ces Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays leur offrent des garanties. En particulier, « les autorités compétentes ont le devoir et la responsabilité première d’établir les conditions et de fournir les moyens qui permettent aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays de retourner volontairement, en toute sécurité et dignité, dans leurs foyers ou lieux de résidence habituelle, ou de se réinstaller volontairement dans une autre partie du pays. Ces autorités s’efforceront de faciliter la réintégration des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui ont été rapatriées ou réinstallées. » Ils ajoutent que « les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont le droit d’être protégées contre le retour forcé ou la réinstallation dans tout lieu où leur vie, leur sécurité, leur liberté et/ou leur santé seraient en danger » et que « des efforts particuliers devraient être faits pour assurer la pleine participation des personnes déplacées à la planification et à la gestion de leur retour ou de leur réinstallation et réintégration ».

Les personnes vulnérables sont particulièrement exposées en cas d’accident nucléaire grave. La CIPR reconnaît que « dans les mois qui ont suivi l’accident nucléaire de Fukushima, une augmentation générale de la mortalité a été observée (à l’exclusion des décès dus au séisme et au tsunami), notamment chez les personnes âgées. Cette augmentation ne peut être attribuée aux effets directs des rayonnements sur la santé, bien qu’elle soit une conséquence directe de l’accident » (40). En outre, « l’évacuation non planifiée de personnes âgées ou sous surveillance médicale de maisons de repos peut avoir causé plus de mal que de bien à ces personnes » (54). Ainsi, « l’évacuation peut être inappropriée pour certaines populations, comme les patients dans les hôpitaux et les maisons de repos, ainsi que les personnes âgées, si elle n’est pas bien planifiée » (124).

L’ACRO est d’accord avec la CIPR sur ce point, mais considère que l’hébergement prolongé des personnes vulnérables dans les zones exposées devrait être bien préparé. Le personnel doit accepter de prendre soin des patients malgré la situation radiologique.

Confiance et implication des parties prenantes

Dans son projet de rapport, la CIPR explique fréquemment qu’un accident nucléaire génère de la « complexité » ou des « situations complexes » sans expliquer le sens de ces expressions. Voir par exemple le § (15). Sans accident nucléaire, la vie et la société sont déjà complexes. Mais des individus et des groupes ont mis en place des mécanismes fondés sur la confiance pour faire face à une telle complexité. Un accident nucléaire remet en cause cette confiance et les populations touchées sont perdues devant une situation sans précédent. Ainsi, le principal défi pour les autorités est donc de fournir des informations dignes de confiance.

La CIPR mentionne une fois « l’effondrement de la confiance dans les experts et les autorités » (29) et suggère que « les actions de protection devraient contribuer à regagner la confiance de toutes les personnes par rapport à la zone affectée » (66). Mais la confiance doit être conservée plutôt que restaurée !

Les mesures de protection choisies doivent être expliquées et justifiées aux populations touchées. Ensuite, une réévaluation régulière est nécessaire en raison des grandes incertitudes qui sous-tendent le processus de décision précoce. Par conséquent, le processus étape par étape illustré à la figure 2.2 devrait être étendu pour inclure l’explication et la réévaluation. En outre, l’implication des parties prenantes doit être spécifiquement mentionnée ici.

La CIPR explique que « le processus d’optimisation doit reconnaître qu’il y a inévitablement des conflits d’intérêts et chercher à concilier les différences et les besoins des différents groupes. Par exemple, les producteurs de biens, de services et d’aliments souhaiteront poursuivre leur production, mais leur capacité à le faire est affectée par la volonté des consommateurs de recevoir et d’acheter ces articles » (66). Dans sa publication sur les fondements éthiques de la radioprotection, la CIPR a ignoré ces intérêts contradictoires et l’ACRO a considéré dans ses commentaires qu’il s’agissait d’une lacune majeure. Ainsi, l’ACRO est satisfaite de voir qu’ils sont reconnus ici. Cependant, la réponse est décevante : « Les mesures de protection devraient contribuer à regagner la confiance de toutes les personnes en ce qui concerne la zone touchée » (66). C’est tout !

Lorsque la CIPR recommande que « toute décision modifiant une situation d’exposition aux rayonnements devrait faire plus de bien que de mal » (48), tient-elle compte des individus, des groupes, de la nation ? Les intervenants seront exposés pour sauver les autres. La CIPR écrit plus loin : « La responsabilité de juger la justification incombe généralement aux autorités pour assurer un bénéfice global, au sens le plus large, à la société, et donc pas nécessairement à chaque individu » (50). Cette position est en conflit avec le droit à la santé de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Chaque individu personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille. »

Anand Grover, Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a noté dans son rapport sur Fukushima : « Les recommandations de la CIPR sont basées sur les principes d’optimisation et de justification, selon lesquels toutes les actions du gouvernement devraient être basées sur la maximisation du bien par rapport au mal. Une telle analyse risques-avantages n’est pas conforme au cadre du droit à la santé, car elle donne la priorité aux intérêts collectifs sur les droits individuels. En vertu du droit à la santé, le droit de chaque individu doit être protégé. En outre, ces décisions, qui ont un impact à long terme sur la santé physique et mentale des personnes, devraient être prises avec leur participation active, directe et effective » [HRC2013].

L’ACRO exhorte la CIPR à se préoccuper sérieusement des conflits d’intérêts inhérents à ses principes de radioprotection avec la participation sincère parties prenantes.

A long terme, la CIPR encourage le processus de co-expertise et la participation des parties prenantes. L’ACRO soutient également une telle approche. Toutefois, les « dialogues de la CIPR » à Fukushima promus dans le projet de rapport ne sont pas un exemple à suivre, car ils se limitaient aux personnes partageant le point de vue de la CIPR et n’étaient mis en œuvre que dans quelques villes sélectionnées. Les opposants n’ont pas été autorisés à assister aux réunions. De telles réunions ne peuvent que générer des frustrations chez les personnes qui sont exclues ou qui se sentent exclues. Les dialogues devraient être ouverts à toutes les composantes des populations touchées.

Lors des réunions publiques, les participants sont confrontés aux autorités et à leurs experts pour traiter de questions complexes. Les gens ne sont donc pas en mesure de faire valoir leur point de vue, à moins qu’ils ne soient assistés par des experts qu’ils ont eux-mêmes choisis. Après un accident nucléaire grave, les gens sont encore plus vulnérables et ne peuvent pas tenir tête aux autorités. Les participants devraient également être en mesure de forger leur propre point de vue sans la présence des autorités avant d’engager le dialogue avec elles. De plus, le processus de co-expertise présenté dans le projet de rapport ne concerne qu’une minorité de la population qui est prête à lutter pour la récupération et la réhabilitation de la zone contaminée. Il ignore complètement les populations qui préféreraient d’autres solutions comme la réinstallation dans un autre lieu. Ils auraient aussi besoin d’un processus de co-expertise !

Enfin, en ce qui concerne la caractérisation de la situation radiologique, la CIPR écrit : « L’expérience montre que le pluralisme des organisations impliquées dans la mise en œuvre du système de surveillance radiologique (autorités, organismes experts, laboratoires locaux et nationaux, organisations non gouvernementales, instituts privés, universités, acteurs locaux, exploitants nucléaires, etc) est un facteur important en faveur de la confiance des populations envers les mesures » (161). L’ACRO est tout à fait d’accord sur ce point, mais il ne suffit pas d’accumuler des données et le suivi citoyen doit être soutenu financièrement. Les données devraient être facilement accessibles à tous et l’analyse indépendante devrait être soutenue. Les tendances et la modélisation sont également importantes pour un processus décisionnel.

L’ACRO demande à la CIPR à reconsidérer sa recommandation sur le processus de co-expertise et la participation des parties prenantes.

Protection des intervenants

En ce qui concerne les intervenants en situation d’urgence, la CIPR écrit : « Lorsqu’un travailleur professionnellement exposé intervient en tant qu’intervenant, l’exposition reçue pendant l’intervention doit être comptabilisée et enregistrée séparément des expositions reçues pendant les situations d’exposition prévues, et ne doit pas être prise en compte pour le respect des limites de dose professionnelle » (120). Cette recommandation est inacceptable.

Les doses reçues ont le même impact, qu’elles soient prises en situation d’urgence ou lors d’interventions planifiées, et elles se cumulent. A Fukushima, de nombreux intervenants résident en zone contaminée où ils continuent à être exposés, sans que cela soit pris en compte.

L’ACRO exhorte la CIPR à reconsidérer sa position : l’enregistrement des doses reçues par un intervenant doit prendre en compte toutes les situations d’exposition, de garantir le respect d’une valeur limite dose-vie qui ne devrait être pas excéder 500 mSv. La réglementation française retient une limite en dose-vie de 1000 mSv pour les intervenants en situation d’urgence radiologique. ACRO considère que cette dernière limite est trop élevée et qu’en outre elle devrait cumuler toutes les doses reçues en toute situation d’exposition.

Conclusions

Un accident nucléaire grave entraîne des dommages irréversibles mais ne peut être exclu. La CIPR devrait recommander que les efforts les plus importants soient déployés par les exploitants nucléaires pour éviter les accidents et que des autorités de sûreté nucléaire indépendantes imposent les normes les plus élevées. Si ces normes ne peuvent être respectées, la centrale nucléaire devrait être arrêtée.


ACRO’s comments on the ICRP draft report:

A nuclear accident cannot be reduced to a radiation protection problem as it has inevitably social, environmental and economic consequences. The daily life of people can be deeply affected. Thus, the ICRP has drafted a new publication on large accidents that takes into account various aspects of the response considering all impacts. ACRO welcomes this initiative but regrets that the draft submitted to public consultation has severe shortcomings.

Reference levels

The main problem is that reference levels are not protective enough. First of all, ICRP considers that “there is reliable scientific evidence that whole-body exposures on the order of ≥100 mSv can increase the probability of cancer occurring in an exposed population. Below 100 mSv, the evidence is less clear. The Commission prudently assumes, for purposes of radiological protection, that even small doses might result in a slight increase in risk” (22). Such statement does not take into account all the results of the scientific literature. As a matter of facts, this draft report reproduces the levels of the ICRP publication 103, which are the same as in ICRP publication 60 which dates back to 1990. These levels are mainly based on the follow-up of the Hiroshima and Nagasaki hibakushas (TD86). There are many other studies in radiobiology and in epidemiology that strongly suggest the existence of stochastic effects below 100 mSv and that the linear and non-threshold relationship is based on facts and not only “on a precautionary basis for the management of radiation protection.” See for example Refs. [LD].

ACRO urges ICRP to reduce the reference levels and limits it recommends.

After a nuclear disaster, ICRP recommends: “For protection of responders after the urgent emergency response, the reference level should not exceed 20 mSv per year. For people living in long-term contaminated areas following the emergency response, the reference level should be selected within or below the Commission’s recommended band of 1–20 mSv for existing exposure situations, taking into account the actual distribution of doses in the population and the tolerability of risk for the long-lasting existing exposure situations, and there is generally no need for the reference level to exceed 10 mSv per year. The objective of optimisation of protection is a progressive reduction in exposure to levels on the order of 1 mSv per year” (j).

As this statement is hardly understandable, ICRP adds: “The Commission considers that annual exposures of the order of 10 mSv during the first years of the recovery process, added to exposure received during the emergency response, could lead to total exposures greater than 100 mSv in a relatively short period of time for some affected people. Therefore, it is not recommended to select reference levels beyond 10 mSv per year when it is estimated that such exposures could continue for several years, which may be the case once the recovery phase starts. In addition, experience from Chernobyl and Fukushima has shown that for exposure levels of the order of 10 mSv per year, it is difficult – given the multiple societal, economic, and environmental negative consequences associated with the long-lasting presence of contamination, and the numerous restrictions imposed on everyday life by the protective actions – to maintain sustainable and decent living, working, and production conditions in affected areas” (80).

The introduction of a new reference level at 10 mSv/y is welcome since Japan, for example, sticks to 20 mSv/y more than 8 years on in Fukushima. The progressive reduction in exposure to levels on the order of 1 mSv/y or below is not protective enough without a time frame. In contrast, U.S. guidelines require relocation when people may be exposed to 20 mSv or more of radiation in the first year and 5 mSv or below from the second year. The long-term objectives are to keep doses at or below 50 mSv in 50 years. The relocation protective action guide addresses post-plume external exposure to deposited radioactive materials and inhalation of re-suspended radioactive materials that were initially deposited on the ground or other surfaces [USEPA1992, FEMA2013].

ACRO urges ICRP to introduce other reference levels accompanied by specific time frame for the cumulated doses over the years as in the USA.

It is worth reminding that the population may have already been exposed to doses up to 100 mSv during the emergency phase.

Regarding the emergency phase, the ICRP states: “For the optimisation of protective actions during the emergency response, the Commission recommends that the reference level for restricting exposures of the affected population and the emergency responders should generally not exceed 100 mSv. This may be applied for a short period, and should not generally exceed 1 year” (77). But it later explains that “an emergency exposure situation may be of very short duration (hours or days), or it may continue for an extended period of time (weeks, months, or years)” (85). An emergency that requires urgent actions cannot last months or even years! This is not consistent with ICRP’s reference level for emergency should not exceed one year. If the emergency lasts longer, there is no reference level anymore.

Moreover, as explained by ICRP, “for emergency response decisions, in the event of a nuclear accident, especially in the early phase, the need to act quickly is not conducive to stakeholder involvement” (51). Thus, extending emergency beyond reasonable periods of time will hinder stakeholder involvement.

In the case of the accident at the Fukushima dai-ichi nuclear power plant (NPP), the ICRP recalls that “on 22 April 2011, the area outside the 20-km zone for which it was estimated that the projected dose within 1 year of the accident could reach 20 mSv was designated as the ‘deliberate evacuation area’. The national government issued an order that relocation of people from the deliberate evacuation area should be implemented in approximately 1 month. The criterion for relocation was selected by the government with consideration of the 20–100-mSv per year band of reference levels for emergency exposure situations recommended by ICRP” (B7). An evacuation order released 42 days after the emergency declaration with more than a month to comply is NOT an emergency evacuation! Japanese authorities betrayed their citizen by referring to the emergency exposure situation.

As a conclusion, the emergency phase should be as short as possible otherwise authorities will refer to highest reference values and exclude stakeholder involvement. Note that on a purely physical point of view, short-lived radioelements generally dominate the external exposure for a month and then longer-lived nuclei such as radioactive caesium dominate. There is no need to extend the emergency phase to long duration.

ACRO urges ICRP to reduce the emergency phase to the shortest possible period of time that should not exceed a month.

Protection of children and pregnant women

ICRP “recommends paying particular attention to children and pregnant women, for whom radiological risks may be greater than for other groups of individuals. Strategic social and economic activities should also be the subject of specific protection provisions in implementation of the optimisation process.” (65) As a matter of facts, foetus and young children are more sensitive to radiations than adults but most of dose limits and reference levels were derived for adults. ICRP’s recommendations to enforce a better protection are very deceiving. They include:

  • “thyroid dose monitoring in the early phase [that] is important for children and pregnant women.” (102)
  • administration of stable iodine during the early phase [that] is particularly important for pregnant women and children.” (130)
  • control of the radiological quality of milk, which is an important part of the diet of children in most countries, [that] is particularly important during the early phase of an accident because it is a potential source of thyroid exposure from radioactive iodine.” (134)
  • “A subcategory of health monitoring [that] is the follow-up of potentially sensitive subgroups (e.g. children, pregnant women);” (198)

ACRO urges ICRP to introduce more protective limits and reference levels for pregnant women, infants and children.

Evacuation and protection of populations

Surprisingly, the executive summary of the draft report does not mention displaced people and their protection. Later, in the main text ICRP claims that “worldwide experience after nuclear and non-nuclear accidents shows that nations and individuals are not willing to readily abandon affected areas” (57), which is not correct. In Fukushima, only 23% of the people who were forced to evacuate have returned after the evacuation orders were lifted. In addition, many families evacuated on their own, without any support.

Moreover, ICRP only considers “temporally relocation”. In both Chernobyl and Fukushima cases, there are still vast zones where nobody is allowed to come back and many families are permanently relocated. Why are they ignored by the ICRP?

ICRP might consider that once they left the contaminated areas, they are not concerned by radiation protection anymore and they do not deserve to be considered. But they escaped radiation exposure!

Relocated people and returnees should benefit from the same consideration in the publication. Relocated people are suffering from financial difficulty, discrimination and marginalisation (bullying in case of children). Many feel guilty to have abandoned their hometown, those who remained and those who returned. They need special protection and consideration.

ICRP’s draft only considers populations living in contaminated territories who did not evacuate or who returned. Note also that many returnees do not live in their home but have been relocated in a new dwelling in their hometown. In some towns and villages, they have to live in a completely new district.

ICRP notes that “temporary relocation is, however, associated with psychological effects. Several studies carried out after the Fukushima accident showed significant increases in the incidence of depression and post-traumatic stress disorder among relocated residents of Fukushima Prefecture” (136). But living in contaminated territories is also associated with psychological effects and stress that is never mentioned. Field work conducted in Japan indicates that this trauma is real [Shinrai2019 and references therein]. The insistence on the “psychological effects of relocation” hides the trauma of those who stayed, or returned, and feel “trapped” in this unchosen situation.

The only suggested solution is the dissemination of radiological culture to learn how to live in contaminated territories with an optimised radiation exposure to help people to address their daily life concerns. However, ICRP never considers that this could be a too heavy burden for many and that most families would like to offer another future to their children, free from a burden of constant checking and assessment of every move of their daily lives.

ICRP mentions only once that “individuals have a basic right to decide whether or not to return. All decisions about whether to remain in or leave an affected area should be respected and supported by the authorities, and strategies should be developed for resettlement of those who either do not want or are not permitted to move back to their homes” (158). This is not enough and should be more substantiated by practical advices to the authorities.

ACRO urges ICRP to seriously consider displaced populations and refer to the Guiding Principles on Internal Displacement of the United Nations’ Economic and Social Council [UNESC1998]. Recalling that “displacement nearly always generates conditions of severe hardship and suffering for the affected populations”, these Guiding Principles on Internal Displacement provide them guaranties. In particular, “competent authorities have the primary duty and responsibility to establish conditions, as well as provide the means, which allow internally displaced persons to return voluntarily, in safety and with dignity, to their homes or places of habitual residence, or to resettle voluntarily in another part of the country. Such authorities shall endeavour to facilitate the reintegration of returned or resettled internally displaced persons.” They add that “internally displaced persons have the right to be protected against forcible return to or resettlement in any place where their life, safety, liberty and/or health would be at risk” and that “special efforts should be made to ensure the full participation of internally displaced persons in the planning and management of their return or resettlement and reintegration”.

Vulnerable people are particularly at risk in case of a severe nuclear accident. ICRP acknowledges that “during the months following the Fukushima nuclear accident, a general increase in mortality was observed (excluding deaths due to the earthquake and tsunami), especially among elderly people. This increase cannot be attributed to the direct health effects of radiation, although it is a direct consequence of the accident” (40). Also, “the unplanned evacuation of elderly or medically-supervised people from nursing homes may have caused more harm than good for these people” (54). Thus, “evacuation can be inappropriate for certain populations, such as patients in hospitals and nursing homes, as well as elderly people, if it is not well planned” (124).

ACRO agrees with ICRP on this point, but considers that extended sheltering of vulnerable people in exposed areas should be well prepared. Staff should agree to take care of patients in spite of the radiological situation.

Confidence and stakeholder’s involvement

In its draft report, ICRP frequently explains that a nuclear accident generates “complexity” or “complex situations” without explaining what does such expressions mean. See e.g. § (15). Without nuclear accident, life and society are already complex. But individuals and groups have built up mechanisms to face such complexity based on trust. A nuclear accident challenges this confidence and affected population are lost in front an unprecedented situation. Thus, the main challenge for authorities is to deliver trustworthy information.

ICRP mentions once “a collapse of trust in experts and authorities” (29) and suggests that “protective actions should contribute to regaining the confidence of all people in relation to the affected area” (66). But confidence should be kept rather than restored!

The selected protective actions should be explained and justified to the affected populations. Then, regular reassessment is necessary knowing the large uncertainties underlying the early decision process. Thus, the step-by-step process shown in Fig. 2.2 should be extended to include explanation and re-evaluation. Furthermore, stakeholder involvement should be specifically mentioned here.

ICRP explains that “the optimisation process must recognise that there are inevitable conflicting interests, and seek to reconcile the differences and needs of various groups. For example, producers of goods, services, and food will wish to continue production, but their ability to do so is affected by the willingness of consumers to receive and purchase these items” (66). In its publication on Ethical Foundations of Radiological Protection, ICRP ignored these conflicting interests and ACRO considered in its comments that it was a major shortcoming. Thus, ACRO is satisfied to see that they are acknowledged here. However, the response is disappointing: “protective actions should contribute to regaining the confidence of all people in relation to the affected area” (66). That’s all!

When ICRP recommends that “any decision altering a radiation exposure situation should do more good than harm” (48) does it consider individuals, groups, the nation? Responders will be exposed to save others. ICRP further writes: “Responsibility for judging justification usually falls on the authorities to ensure an overall benefit, in the broadest sense, to society, and thus not necessarily to each individual” (50). This position is in conflict with the right to health of the Universal Declaration of Human Rights: “Everyone has the right to a standard of living adequate for the health and well-being of himself and of his family”.

Anand Grover, Special Rapporteur to UN Human Rights Council, noted in his report on Fukushima: “ICRP recommendations are based on the principles of optimisation and justification, according to which all actions of the Government should be based on maximizing good over harm. Such a risk-benefit analysis is not in consonance with the right to health framework, as it gives precedence to collective interests over individual rights. Under the right to health, the right of every individual has to be protected. Moreover, such decisions, which have a long-term impact on the physical and mental health of people, should be taken with their active, direct and effective participation” [HRC2013].

ACRO urges ICRP to seriously address the conflicts of interest inherent to its radiation protection principles with a sincere involvement of stakeholder.

On the long term, ICRP promotes co-expertise process and stakeholder involvement. ACRO also supports such an approach. However, “ICRP dialogues” in Fukushima promoted in the draft report are not an example to follow as they were limited to people agreeing with ICRP’s point of view and only implemented in very few selected towns. Opponents were not allowed to attend the meetings. Such meetings can only generate frustrations to the people who are excluded or feel excluded. Dialogues should be open to all component of the affected populations.

At public meetings, participants are confronted with authorities and their experts to deal with complex issues. People are therefore not in a position to make their views considered, unless they are assisted by experts they have chosen themselves. After a severe nuclear accident, people are even more vulnerable and cannot stand up to the authorities. Participants should also be able to forge their own point of view without authorities before engaging dialogue with authorities. Moreover, the co-expertise process presented in the draft report is only for a minority of the population that is ready to fight for recovery and rehabilitation of the contaminated zone. It completely ignores populations who would prefer other solutions such as relocation. They would also need a co-expertise process!

Finally, regarding the characterisation of the radiological situation, ICRP writes: “Experience shows that the pluralism of organisations involved in implementation of the radiation monitoring system (authorities, expert bodies, local and national laboratories, non-governmental organisations, private institutes, universities, local stakeholders, nuclear operators, etc.) is an important factor in favour of confidence in the measurements among the affected population” (161). ACRO fully agrees with this, but accumulating data is not enough and citizen monitoring should be supported financially. Data should be easily accessible to anybody and independent analysis should be supported. Trends and modelling are also important for a decision process.

ACRO urges ICRP to reconsider its recommendation on the co-expertise process and stakeholder involvement.

Protection of the responders

Regarding the emergency responders, ICRP writes: “When an occupationally exposed worker is involved as a responder, the exposure received during the response should be accounted for and recorded separately from exposures received during planned exposure situations, and not taken into account for compliance with occupational dose limits” (120). This recommendation is not acceptable.

Exposure doses have the same impact, whether taken in an emergency situation or during planned interventions, and they are cumulative. In Fukushima, many workers are residing in contaminated areas where they continue to be exposed. These additional doses are not taken into account.

ACRO urges ICRP to reconsider its position: recording of doses received by responders must take into account all exposure situations, to ensure compliance with a dose-life limit value that should not exceed 500 mSv. French regulations set a life-dose limit of 1000 mSv for responders in a radiological emergency situation. ACRO considers that this latter limit is too high and that, in addition, it should include all doses received in any exposure situation.

Conclusions

A severe nuclear accident induces irreversible damages but cannot be ruled out. ICRP should recommend that upmost efforts are done by nuclear operators to avoid accidents and that independent nuclear safety authorities enforce the highest standard. If such standards cannot be fulfilled, the nuclear plant should be phased out.


References – Références

[FEMA2013] Federal Emergency Management Agency, Program Manual – Radiological Emergency Preparedness, June 2013
http://www.fema.gov/media-library-data/20130726-1917-25045-9774/2013_rep_program_manual__final2_.pdf

[HRC2013] Human Rights Council, Report of the Special Rapporteur on the right of everyone to the enjoyment of the highest attainable standard of physical and mental health, Anand Grover, Mission to Japan (15 – 26 November 2012), 2 May 2013 (A/HRC/23/41/Add.3)
http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/RegularSession/Session23/A-HRC-23-41-Add3_en.pdf

[LD] Some scientific publications related to the stochastic impact of low doses of radiation:

  • Zhou H. et al. Radiation risk to low fluences of α particles may be greater than we thought. Proc. Natl. Acad. Sci. USA (2001) 98(25): 14410–14415
  • Rothkamm K. et al. Evidence for a lack of DNA double-strand break repair in human cells exposed to very low X-ray doses. Proc. Natl. Acad. Sci. USA (2003) 100(9): 5057–5062
  • Mancuso M. et al. Oncogenic bystander radiation effects in Patched heterozygous mouse cerebellum. Proc. Natl. Acad. Sci. USA (2008) 105(34): 12445–12450
  • Löbrich M. et al. In vivo formation and repair of DNA double-strand breaks after computed tomography examinations. Proc. Natl. Acad. Sci. USA (2005) 102(25): 8984–8989
  • Beels L. et al. Dose-length product of scanners correlates with DNA damage in patients undergoing contrast CT. Eur. J. of Radiol. (2012) 81: 1495–1499
  • Brenner DJ. Et al. Cancer risks attributable to low doses of ionizing radiation: Assessing what we really know. Proc. Natl. Acad. Sci. USA (2003) 100(24): 13761–137662
  • Watanabe T. et al. Hiroshima survivors exposed to very low doses of A-bomb primary radiation showed a high risk for cancers. Environ. Health Prev. Med. (2008) 13(5): 264-70
  • Ozaka K. et al. Studies of the Mortality of Atomic Bomb Survivors, Report 14, 1950–2003: An Overview of Cancer and Noncancer Diseases. Rad. Res. (2012) 177: 229-243
  • Pearce M.S. et al. Radiation exposure from CT scans in childhood and subsequent risk of leukaemia and brain tumours: a retrospective cohort study. Lancet (2012) 380(9840):499-505.
  • Mathews J.D. Cancer risk in 680,000 people exposed to computed tomography scans in childhood or adolescence: data linkage study of 11 million Australians. BMJ. (2013) 346:f2360
  • Bollaerts K. et al. Childhood leukaemia near nuclear sites in Belgium, 2002–2008. Eur. J. Cancer Prev. (2018) 27(2): 184-191
  • Hsieh WH. et al. 30 years follow-up and increased risks of breast cancer and leukaemia after long-term low-dose-rate radiation exposure. Br. J. Cancer (2017) 117(12): 1883-1887
  • Spycher B.D. et al. Background Ionizing Radiation and the Risk of Childhood Cancer: A Census-Based Nationwide Cohort Study. Environ. Health Perpect. (2015) 123(6): 622-628
  • Kendall G.M. et al. A record-based case–control study of natural background radiation and the incidence of childhood leukaemia and other cancers in Great Britain during 1980–2006. Leukemia (2013) 27(1):3-9.
  • Richardson DB. et al. Risk of cancer from occupational exposure to ionising radiation: retrospective cohort study of workers in France, the United Kingdom, and the United States (INWORKS). BMJ (2015) 351: h5359.
  • Little MP. et al. Leukaemia and myeloid malignancy among people exposed to low doses (<100 mSv) of ionising radiation during childhood: a pooled analysis of nine historical cohort studies. Lancet Haematol. (2018) 5(8): 346-e358.
  • NCRP Commentary No. 27: Implications of recent epidemiologic studies for the linear-nonthreshold model and radiation protection. NCRP 2018.

[SHINRAI2019] Christine Fassert and Reiko Hasegawa, Shinrai research Project: The 3/11 accident and its social consequences – Case studies from Fukushima prefecture, Rapport IRSN/2019/00178
https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2019/Documents/IRSN-Report-2019-00178_Shinrai-Research-Project_032019.pdf

[UNESC1998] United Nations, Economic and Social Council, Commission on Human Rights 1998, Guiding Principles on Internal Displacement, E/CN.4/1998/53/Add.2, 11th February 1998
http://www.ohchr.org/EN/Issues/IDPersons/Pages/Standards.aspx

[USEPA1992] United States Environmental Protection Agency, Office of Radiation Programs, Manual of Protective Action Guides and Protective Actions for Nuclear Incidents, Revised 1991, second printing, May 1992. EPA-400-R-92-001.
http://www.epa.gov/radiation/docs/er/400-r-92-001.pdf

Mystérieux rejet radioactif de l’automne 2017 : la Russie soupçonnée d’être à l’origine nie les faits mais manque de transparence

Mises à jour en fin de document :

Explications

11 novembre 2017

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) vient d’annoncer (en français et en anglais) que les traces de ruthénium-106, élément radioactif, détectées en Europe occidentale en septembre dernier, étaient probablement dues à un rejet massif, de l’ordre de 100 et 300 térabecquerels, quelque part “entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet.”

L’Institut ajoute que les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet.”

Toujours selon l’IRSN, le rejet aurait eu lieu au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017 et serait terminé.

Le ruthénium-106

Le ruthénium 106 est un produit de fission radioactif issu de l’industrie nucléaire qui n’existe pas à l’état naturel. Sa demi-vie est d’un peu plus d’un an (373 jours), ce qui signifie que la quantité présente est divisée par deux tous les ans. En se désintégrant, le ruthénium-106 se transforme en rhodium-106, qui est lui aussi radioactif avec une demi-vie de 30 secondes. Chaque désintégration de ruthénium-106 est accompagnée, peu de temps après, de la désintégration du rhodium-106. Ainsi, il faudrait considérer le couple ruthénium-rhodium et multiplier par deux la quantité rejetée de 100 et 300 térabecquerels annoncée par l’IRSN.

C’est au rhodium-106 que l’on devra l’essentiel de la dose provoquée par l’incorporation de couple inséparable d’isotopes radioactifs.

Origine du rejet

En cas de rejet provenant d’un réacteur nucléaire, divers radioéléments sont détectés. Ici, comme le ruthénium-106 et le rhodium-106 sont les seuls radioéléments à avoir été mis en évidence, l’origine ne peut pas être un réacteur nucléaire. En revanche, ce peut être le rejet accidentel d’une installation de traitement des combustibles usés ou de fabrication de sources radioactives.

L’ACRO détecte parfois le couple ruthénium-rhodium autour des usines Areva de La Hague. En 2001, deux incidents dans ces usines avaient conduit l’association à démontrer que l’exploitant, qui s’appelait encore Cogéma, sous-estimait ses rejets de ruthénium-rhodium dans l’atmosphère. En mai, puis en octobre 2001, les quantités effectivement rejetées étaient environ 1 000 fois plus élevées que ce qui avait été annoncé (voir notre note technique). Les travaux menés à la suite de cette alerte de l’ACRO ont montré que les rejets atmosphériques en ruthénium-rhodium avaient été systématiquement sous-estimés.

En février 2016, l’ACRO avait de nouveau détecté ce couple de radioéléments autour des usines de La Hague, ce qui témoignait d’un rejet atmosphérique plus important qu’en routine, indiquant peut-être un dysfonctionnement non déclaré.

Quantité rejetée

L’IRSN annonce un terme source en Russie de 100 et 300 térabecquerels pour le seul ruthénium-106, et donc le double en prenant aussi en compte le rhodium-106. Un térabecquerel, c’est 1 000 milliards de becquerels.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejets atmosphériques des usines Areva de La Hague est de 0,001 térabecquerel (1 GBq) par an pour les émetteurs bêta-gamma (dont les ruthénium-rhodium) autres que le tritium, gaz rares et iodes. Concernant les rejets liquides, pour le seul ruthénium-106 rejeté en mer, la limite est de 15 térabecquerels par an.

Lors des incidents de 2001, c’est de l’ordre de 10 GBq qui a été rejeté à chaque fois, pour le seul ruthénium. Le rejet accidentel de septembre 2017 estimé par calcul par l’IRSN est 10 000 à 30 000 fois plus élevé.

La quantité rejetée lors de l’incident rapporté par l’IRSN est donc considérable et cet évènement devrait être classé au niveau 5 de l’échelle internationale INES. Tchernobyl et Fukushima étaient au 7, qui est le niveau maximal. Pourtant, aucune information n’est disponible sur le site de l’AIEA, qui est plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par son contrôle.

Conclusion provisoire

60 ans après la catastrophe de Kychtym dans l’Oural et plus de 30 ans après celle de Tchernobyl, qu’un évènement de cette ampleur puisse rester secret plus d’un mois est incroyable. C’est particulièrement grave pour les populations locales qui ont été exposées sans bénéficier de la moindre protection, comme en 1957 et 1986.

A noter que dès le 11 octobre dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne pointait du doigt le Sud de l’Oural (communiqué en allemand et en anglais), affirmant que l’IRSN partageait ce point de vue. Il n’y a donc pas eu de progrès en un mois dans l’identification de l’origine de ce rejet.

Un tel secret s’explique-t-il par le fait qu’une installation militaire est en cause ? La Russie a nié être à l’origine de ce rejet. Elle devrait publier toutes ses données de mesure dans l’environnement.

Sans laboratoire indépendant, ni surveillance citoyenne, rien n’a changé sur place. Parce qu’il est important que l’ACRO puisse survivre en France, vos dons sont indispensables.

Mayak ?

Plusieurs sites Internet ciblent le complexe nucléaire de Mayak, situé dans l’oblast de Tcheliabinsk, comme origine de cette contamination, sans que nous soyons en mesure de valider ces affirmations. À l’origine, ce complexe militaro-industriel secret est conçu afin de fabriquer et raffiner le plutonium pour les têtes nucléaires et est devenu tristement célèbre pour ses accidents nucléaires graves, dont celui de Kychtym (Wikipedia). Le site est toujours actif et sert de centre de traitement des combustibles usés (site Internet de l’exploitant).


La Russie reconnaît une contamination au ruthénium, mais dément être à l’origine de la fuite

Mise à jour du 20 novembre 2017

A la demande de Greenpeace Russie, c’est l’agence météorologique russe qui a fini par admettre que l’origine de la fuite est bien en Russie (communiqué en russe). Elle titre son communiqué : pollution extrêmement élevée et élevée. L’entreprise d’Etat Rosatom, quant à elle, nie toujours en être à l’origine (communiqué en anglais).

Dans son communiqué, l’agence météo ne donne pas la contamination en ruthénium-106, ni en rhodium-106, mais plutôt la contamination bêta total des aérosols. Mais on peut supposer que l’excès est essentiellement dû à ce couple de radio-éléments. La concentration la plus forte a été détectée à Argayash (Аргаяш), dans l’Oblast de Tcheliabinsk, qui inclut Mayak et Kychtym entre le 26 septembre et le 1er octobre derniers : 7 610×10-5 Bq/m3, soit 986 fois plus que ce qui est généralement mesuré dans cette station. A Novogorny, toujours dans l’Oblast de Tcheliabinsk, c’était, ces mêmes jours, 5 230×10-5 Bq/m3, soit 440 fois plus que les valeurs habituelles. Des valeurs excessives en aérosols radioactifs ont aussi été détectée dans le Caucase du Nord, jusqu’à 2 147×10-5 Bq/m3, soit 230 fois le bruit de fond, et au Tatarstan. D’autres données sont disponibles dans ce document en russe.

Il est donc maintenant confirmé qu’un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret. Mais l’agence météorologique n’a, semble-t-il, pas lancé d’alerte et ce sont les populations locales, qui vivent dans un environnement déjà fortement pollué, qui ont été exposées. A quoi servent ses balises ?

L’agence météorologique explique que les niveaux relevés sont très inférieurs aux limites locales fixées à 4,4 Bq/m3. Un non-évènement en Russie, donc…

Ces concentrations sont très élevées au regard de ce qui est mesuré habituellement et c’est la signature non ambigüe d’un rejet anormal. En revanche, les concentrations atmosphériques annoncées ne nécessitent pas la mise à l’abri ou l’évacuation, même au regard des normes françaises. La station de mesure de Argayash (Аргаяш), où la concentration la plus forte a été mesurée, est à une trentaine de kilomètres du complexe nucléaire de Mayak. A proximité du point de rejet, la pollution peut être plus élevée. Des mesures environnementales indépendantes sont indispensables.

L’agence météorologique russe mentionne aussi des retombées allant de 10 à 50 Bq/m2 et par jour, par endroits.

Toujours rien sur le site de l’AIEA

A noter que l’agence météo mentionne aussi une pollution à l’iode radioactif dans la région d’Obnisk (Обнинск), située à environ 100 km au Sud-Est de Moscou. Les concentrations ont atteint 1,85×10-3 Bq/m3 les 18 et 19 septembre et seraient due à un centre de recherche local.

Le 21 novembre, l’IRSN précise dans l’Obs que les résultats de sa modélisation donnaient des valeurs beaucoup plus élevées dans les environs immédiats du point de rejet. Mais, si les balises dont les résultats ont été publiés ne sont pas sous les vents au moment du rejet, cela reste compatible. Et l’Institut d’ajouter : “On peut dès lors se poser la question du rôle de l’AIEA. Ce n’est pas normal d’arriver à cette situation. Ce n’est pas normal d’observer du ruthénium dans l’air de toute l’Europe, sans jamais en connaître la source.”


La Russie tente de rassurer

Mise à jour du 24 novembre 2017

L’agence de régulation des produits agricoles Rosselkhoznadzor a diffusé un communiqué (en russe uniquement) démentant la contamination des produits agricoles russes. Elle parle de panique sur le marché des céréales qui ne serait due qu’à des rumeurs et aux spéculations médiatiques, mais ne donne aucun résultat de mesure.

L’Institut de sécurité nucléaire de l’Académie des sciences russe (IBRAE RAS), quant à lui, a annoncé la création d’une commission d’enquête dans un communiqué (en russe uniquement) dont le but est de déterminer l’origine de la pollution au ruthénium et rhodium. Il se veut aussi rassurant en affirmant que les niveaux relevés en Russie sont largement dans les normes et a déjà conclu que Rosatom, la compagnie nationale russe, n’est pas en cause. Et c’est Rosatom qui informera le public des résultats de l’enquête.

Faute de laboratoire indépendant sur place, il y a encore des progrès à faire en termes de transparence et de radioprotection du public en Russie.


Les données de l’AIEA ont fuité

27 novembre 2017

L’ACRO met en ligne les données récoltées par l’AIEA concernant la pollution au ruthénium détectée en Europe que l’agence de l’ONU refuse de rendre publiques. Ce tableau, daté du 13 octobre 2017, ne contient aucune donnée russe…

Quant à Rosatom, l’entreprise d’Etat russe, elle invite, sur sa page Facebook, les journalistes et les blogueurs à venir faire un tour à Mayak, qui, d’après les journalistes occidentaux, est devenue le berceau du ruthénium… Au programme, “alphabétisation” sur le ruthénium. La compagnie ferait mieux de publier ses données environnementales, si elle en a.


Résultat de l’enquête “indépendante” pilotée par Rosatom

8 décembre 2017

La compagnie nucléaire d’Etat, Rosatom, a tenu une conférence de presse pour communiquer les conclusions de l’enquête “indépendante” sur la contamination au ruthénium-rhodium relevée fin septembre dans toute l’Europe : elle n’est pas responsable de cette pollution ! Rien sur son site Internet pour le moment… A suivre !

Seule une enquête indépendante internationale permettra de faire la lumière sur ce rejet. La Russie pourrait commencer par publier toutes ses données environnementales dans la zone suspectée.


Rosatom reconnaît rejeter du ruthénium-106 dans l’environnement, en routine

14 décembre 2017

Selon l’Agence de presse AP, Yuri Mokrov, conseiller du directeur général du centre nucléaire de Mayak, a reconnu que le traitement des combustibles usés conduit à des rejets de ruthénium-106 dans l’environnement. Et d’ajouter que l’usine de Mayak n’est pas à l’origine du rejet anormalement élevé qui a été détecté dans toute l’Europe en septembre dernier. Les rejets seraient minimes et des centaines de fois inférieurs aux limites autorisées. Les niveaux autorisés ne sont pas donnés dans l’article.

On résume :

  1. La Russie n’a d’abord pas détecté le ruthénium radioactif détecté dans toute l’Europe ;
  2. Puis, suite aux calculs faits en Allemagne et en France qui pointaient vers l’Oural, elle a fini par reconnaître l’avoir détecté à des niveau extrêmement élevés, mais sans danger. De fait, les niveaux annoncés sont très supérieurs à ce qui est mesuré en routine, mais ne nécessitent pas de mesure de protection particulière. La mesure d’une pollution atmosphérique se fait en filtrant l’air pendant plusieurs jours. Il s’agit peut-être d’une moyenne sur longue période qui atténue le pic de pollution. La période de mesure n’est pas donnée.
  3. Rosatom, l’industrie nucléaire d’Etat en Russie nie toute implication dans le rejet. Elle met en place une commission “indépendante” qui conclut dans le même sens et qui ressort la thèse de la chute d’un satellite. Et là, tout d’un coup, Rosatom reconnaît rejeter régulièrement du ruthénium-106 dans l’environnement et que ses rejets sont dans les limites admissibles. Et donc pas d’incident particulier à signaler… La limite doit être très élevée !

La Russie n’a pas beaucoup changé depuis Tchernobyl. Sans laboratoire indépendant sur place, la glasnost n’a pas touché le secteur nucléaire.


Du ruthénium-103 était aussi présent dans les rejets

5 février 2018

Une réunion avec des experts internationaux a eu lieu en Russie fin janvier 2018 à propos de cette affaire de ruthénium, dont l’IRSN. Voir le compte-rendu en anglais. Il en ressort que dans certains pays du ruthénium-103 était aussi présent dans le nuage radioactif. Étonnamment, aucune communication officielle n’en parlait jusqu’à présent, alors que cela donne des indications sur la source potentielle de cette contamination. Le 22 janvier dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne disait encore qu’il n’y avait que du ruthénium-106.

La demi-vie du ruthénium-103 est de 39,26 jours, ce qui signifie qu’il disparaît beaucoup plus vite que le ruthénium-106 qui a une demi-vie de 373,6 jours. Et donc le combustible nucléaire à l’origine du rejet ne doit pas être sorti depuis longtemps du réacteur : 3 à 4 ans maximum. Or, en général, le traitement des combustibles usés se fait sur des combustibles plus anciens.

La presse russe en déduit que cela disculpe le site de Mayak. En effet, cela permet d’exclure a priori la vitrification fortement soupçonnée jusqu’à présent, sauf, si pour une raison obscure, du combustible jeune a pu être traité et les résidus vitrifiés. En revanche, la fabrication de sources radioactives se fait généralement sur du combustible usé « jeune ». Et Mayak fabrique des sources…

Le Figaro évoque la commande par le CEA et l’INFN en Italie au complexe nucléaire de Mayak d’une source de cérium-144 destinée à une expérience de physique. Or, la production de cette source nécessite le traitement de combustibles “jeunes”, âgés de moins de 5 ans. Le quotidien parle de coïncidence troublante…

Décidément, ce rejet est suffisamment mystérieux pour que tout soit mis sur la table et l’on espère une communication officielle des experts internationaux présents en Russie.

Le 6 février, l’IRSN a mis en ligne une note d’information en français et en anglais et un rapport en anglais uniquement qui résument ses investigations qui confirment la détection de ruthénium-103 et étudient l’hypothèse de la fabrication d’une source de cérium-144. Le rapport est riche d’informations.


2ième réunion internationale sur l’affaire du ruthénium : rien de neuf

13 avril 2018

Le groupe international d’experts qui tente de faire la lumière sur cette affaire de ruthénium s’est réuni pour la deuxième fois le 11 avril dernier et un résumé succinct de leurs conclusions est en ligne. Etaient présents, des représentants des organismes d’expertise officiels de France, Finlande, Suède, Allemagne, Norvège, Grande Bretagne et Russie.

Des mesures additionnelles de la radioactivité auraient été effectuées sur place, en Russie, et toutes les données ont été collectées dans une base qui devrait être rendue publique. Cependant, les experts n’ont, semble-t-il, pas réussi à s’entendre et ils n’ont pas décidé s’il y aurait une suite à ces rencontres.

Bref, rien de neuf. De son côté, l’AIEA n’a toujours rien à dire sur le sujet.

La presse allemande rapporte l’avis de Florian Gering de l’Office fédéral de radioprotection. Après avoir rappelé les faits déjà connus : ses calculs pointent vers le Sud de l’Oural et l’usine de traitement de Mayak est la seule installation connue dans cette zone pour pouvoir être à l’origine de ce rejet. La source de cérium-144 mentionnée précédemment pourrait être une explication possible. Il est aussi fait mention que, selon des images satellite, un toit a été réparé sur place, juste après la découverte du ruthénium dans l’atmosphère de plusieurs pays européens.

On espère que la recommandation de rendre publiques toutes les données sera suivie. Des mesures indépendantes sur places sont indispensables.


L’incident vu par la littérature scientifique

31 juillet 2019

Plusieurs articles scientifiques sont parus sur ce rejet de ruthénium-rhodium détecté à l’automne 2017. Qu’y apprend-on ?

Sur la composition du rejet : Dès le début, la présence du seul couple ruthénium-rhodium 106 permettait d’exclure un accident dans une centrale nucléaire. La présence du ruthénium-103, qui a une durée de vie courte, détecté par quelques stations a orienté la piste vers la fabrication de la source de cérium-144 dans le site de Mayak. Cet article en libre accès rapporte le résultat d’études chimiques menées sur des filtres à air de Vienne en Autriche contaminés par le rejet suspect. Aucune anomalie n’a été découverte dans la composition et la morphologie des particules, par rapport à ce qui est généralement présent dans les aérosols.

Sur l’origine du rejet : cette étude danoise, en accès payant, confirme l’analyse de l’IRSN que la source du rejet englobe la zone de Mayak. La date et l’heure exactes du rejet sont calculées. Cette autre étude italienne, en accès payant, va dans le même sens.

Sur la dose engendrée : cette étude internationale, en accès payant, a calculé la dose engendrée par inhalation en Europe due à ce rejet. L’article commence par une longue introduction pédagogique sur le ruthénium-rhodium et cite les travaux de l’ACRO sur les rejets de ruthénium-rhodium à La Hague. Les doses calculées sont inférieures à 0,3 µSv, alors que la limite pour le public est de 1000 µSv par an. Cet article ne calcule pas les doses à proximité d’un point de rejet supposé.

Point de vue d’une cinquantaine d’institutions de recherche : Les hypothèses avancées par l’IRSN sur un incident lors de la fabrication de la source de cérium-144 à Mayak sont reprises et confortées par cette publication en libre accès signée par 69 experts appartenant à une cinquantaine d’institutions de recherche en Europe, Ukraine, Biélorussie et Canada. Cette liste de signatures est impressionnante et donne du poids aux affirmations. Comment les autorités russes, qui nient être à l’origine du rejet, vont-elles réagir ?
L’article, accompagné d’une annexe en libre accès, a pour but de synthétiser ce que l’on peut dire sur l’origine de ce rejet, en réaction à la réponse officielle russe qui nie toute responsabilité. Il rejette l’hypothèse de la combustion accidentelle d’une source radioactive. En effet, de telles sources utilisées en ophtalmie font 10 MBq. Il aurait fallu en brûler une grande quantité à la fois pour arriver à expliquer une contamination au dessus de presque toute l’Europe. Ce n’est pas crédible. L’hypothèse de la chute d’un satellite avec une source radioactive est aussi rejetée, car il n’y aurait pas eu de ruthénium-103 avec une durée de vie courte. La seule hypothèse plausible est donc un incident lors de la tentative de production de la source de cérium-144 à l’usine de retraitement de Mayak. L’article conclut que rien, dans l’analyse effectuée, ne permet de rejeter cette hypothèse. Par ailleurs, l’annonce, quelque jours après la date calculée de l’incident, que la fabrication de cette source était abandonnée est un argument de plus.
L’étude précise que le combustible retraité devait avoir environ 2 ans. La quantité de ruthénium-106 rejetée est estimée à 250 TBq. Cela représenterait 7 à 10% de la quantité de ruthénium-106 contenue dans le combustible retraité pour fabriquer la source de cérium-144.

Contamination au tritium de l’eau potable : mise au point de l’ACRO

Mis en avant

L’ACRO a rendu publique, mercredi 17 juillet dernier, une carte exclusive de la contamination de l’eau potable par le tritium à partir des données transmises par le ministère de la santé et a souligné le risque en cas d’accident nucléaire, comme l’indiquait le titre de son communiqué. La Direction Générale de la Santé, qui nous a fourni les données, a été prévenue par mail le lundi 15 juillet au soir de notre communication à venir et de nos revendications.

Cette cartographique de la contamination en tritium de l’eau potable n’avait jamais été faite. Les données étaient disponibles, mais elles n’étaient connues, ni de la presse, ni du public. Notre carte a donc eu un énorme impact, qui nous a nous même surpris. Notre site Internet a été consulté par plus de 160 000 citoyens en quelques jours !

Les promoteurs de l’énergie nucléaire ont vu d’un mauvais œil cette information sur les rejets de leurs installations qui impactent directement l’eau potable. Certains ont essayé de faire croire que ce tritium était naturel, alors qu’aux taux relevés, il ne peut être qu’artificiel. Mais, personne ne s’est intéressé à l’objet même de notre communication, à savoir quelle alimentation en eau potable en cas d’accident nucléaire grave ?

Dans ce contexte, un message a été posté anonymement sur les réseaux sociaux. Il mentionnait une contamination au « titanium », et non au tritium, et un prétendu arrêté préfectoral interdisant de boire de l’eau du robinet en Ile de France. Il a semé la panique et entraîné des messages rassurants des autorités sur la qualité de l’eau de consommation. L’ACRO a rapidement démenti sur twitter cette fausse information, dès qu’elle a découvert la rumeur.

Peine perdue, cette fausse information a permis d’accuser l’ACRO d’avoir semé la panique. S’en est suivie une avalanche de tweets insultants basés sur la théorie du complot : l’ACRO manipulerait les journalistes. C’est nous donner beaucoup de pouvoir ! Certains sont même allés à proférer des menaces.

TF1 s’est particulièrement distinguée dans le paysage médiatique français par sa propre fake news. Lors de son journal de 20h du 21 juillet 2019, la chaîne assène : « le communiqué alarmiste d’une association a semé la panique chez plus de 6 millions de Français. Sauf que tout était faux. » Il s’agit de propos diffamants : nos données viennent du ministère de la santé et n’ont jamais été contestées. La contamination est avérée et elle est issue des rejets des installations nucléaires.

L’ACRO est un lanceur d’alerte. Rien dans sa communication n’est anxiogène. Elle ne cherche pas à provoquer la panique, mais le débat. Le but de ce travail est d’éclairer le public et les autorités sur les niveaux de radioactivité et les risques engendrés en cas d’accident.

C’est Le Canard Enchaîné qui, le premier, a publié l’information, en précisant : « Pas de panique : la concentration en hydrogène radioactif (autre nom du tritium) reste très en deçà des normes sanitaires et est donc sans danger. » Notre communiqué précisait qu’« aucune valeur ne dépasse le critère de qualité fixé à 100 Bq/L instauré par les autorités sanitaires. » Nous disons que le tritium est un lanceur d’alerte et nous insistons sur le risque en cas d’accident nucléaire grave. La dépêche AFP qui a suivi, et qui a été reprise par presque toute la presse, citait notre phrase et précisait que les valeurs étaient bien en-dessous de la limite de potabilité de l’OMS.

Pour mémoire, nous avions déjà mis en avant, le 18 juin dernier, grâce à nos propres résultats d’analyse, la contamination de l’eau potable le long de la Loire. L’information avait déjà été largement reprise par la presse, sans pour autant provoquer de mouvement de panique.

On nous a aussi reproché d’avoir utilisé le mot « contamination », mais c’est celui utilisé dans le monde de la radioprotection. Il peut y avoir de faibles contaminations avec un risque faible et de fortes contaminations qui présentent des risques élevés. Le mot a pour but de souligner la présence d’éléments radioactifs artificiels. Nous continuerons donc à l’utiliser.

Nous avons été surpris et choqués, lors de notre étude, de découvrir que 6,4 millions de Français buvaient une eau contaminée directement par l’industrie nucléaire, même si cela n’avait pas d’impact sanitaire. Personne ne connaissait ce chiffre puisqu’une telle étude est inédite. Notre travail met en lumière la vulnérabilité de l’alimentation en eau potable de grandes agglomérations en cas d’accident nucléaire grave. Nous n’avons pas été démentis sur le sujet. Aucune préfecture n’a été en mesure d’indiquer qu’elle dispose un plan « ORSEC eau potable ».

Il nous a été reproché de faire peur avec l’accident nucléaire. Mais toutes les instances nationales et internationales invitent à s’y préparer : cela fait partie intégrante de la sûreté nucléaire. Cette vulnérabilité de l’eau potable est peu connue. Elle nous avait échappé lors de nos études précédentes sur les plans d’urgence nucléaire.

Nous nous devions d’alerter sur ce risque et nous allons continuer à faire pression pour qu’il soit pris en compte. Notre observatoire de la radioactivité dans l’eau va être étendu et nous continuerons à communiquer sur le sujet. C’est la raison d’être de notre association, qui milite pour le droit de savoir dans le domaine du nucléaire et de la radioactivité.

核燃料—ある芳しくない現状

ACROにおいてオリジナルを元に、日本の読者のために言葉を補足あるいは削除して翻訳した上で、新たな情報を加えて内容をアップデートした。オリジナルの報告書のサイト
翻訳者:内山田 康

出典:「原子力資料情報室通信」539号、8ー11頁(2019年5月1日)
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フランスはその58基の原子炉を稼働させるために、年によって変動はあるものの、およそ1200トンの核燃料を必要とする。その主要な部分は、天然ウランから新たに作られた核燃料である一方、原子炉から取り出された使用済み燃料をリサイクルしたMOXが占める割合は極めて小さい。HCTISN[原子力安全の透明性と情報に関する高等委員会]は、フランスにおける核燃料の管理の実情についての報告書を公表したところであり(HCTISN 2018)、ACROはこれに積極的に取り組んできた。

現場の状況

ウラン235は天然に存在する唯一の核分裂性同位体であるが、それはウラン238が大部分を占める天然ウランには0.7 %しか含まれていない。フランスの原子炉は濃縮ウランを使い、そのウラン235の存在比はほぼ4 %に保たれている(HCTISN 2018: 19)。濃縮ウランを作った残りの天然ウランは劣化ウランとなる。

58基の原子炉からなるフランスの原子力発電所では、毎年およそ1200トンの燃料を消費するが、そのうち1080トンの濃縮ウランは、天然由来のものである。複数の企業によって行われているこの濃縮は、毎年およそ7800トンの天然ウランを必要とし、典型的にウラン235を0.2 %から0.3 %含む6720トンの劣化ウランを生み出し続けている。オラノ(旧アレヴァ)に蓄積されたその量は30万トンを超える。

核燃料は原子炉内に4年間滞在する。原子炉から取り出された使用済み燃料には、二つの可能な戦略が存在する。すなわち、

  • 何もしない。使用済み燃料は、究極の放射性廃棄物とされ、それはそれ以後数千年にわたって隔離して保管されねばならない。
  • 何年もの間貯蔵された後で「再処理」する。この過程において、使用済み燃料は溶解されて、未使用のウラン、いわゆる回収ウラン、プルトニウム、究極の廃棄物に分離される。

第一の選択は、大多数の国によって選ばれている。第二の選択は、フランス、ロシア…ほぼこれだけだ。英国は2020年に再処理を中止すると宣言しているし、日本は使用済み燃料を再処理する意志を表明しているが、その六ヶ所再処理工場の稼働はすでに24年も遅れることが明らかになっている。

現在フランスで、使用済み燃料からプルトニウムを抽出してリサイクルする政策を選択している。すなわち、毎年、平均10.8トンのプロトニウムを109.2トンの劣化ウランと混合して、120トンのMOX燃料が作られている。

これはフランスの24基の原子炉で使用される燃料の30%程度にしかならない。だから24基もの原子炉が必要なのである。これらは、クリュアス原子力発電所の4基の原子炉を除き、より古く過渡的な電気出力900 MWeである。原子炉で一度使用されたMOX燃料は、再処理されない。オラノは、ラ・アーグに10,000トンに迫る使用済みMOX燃料を保管している。

したがってHCTISNの報告書は次のことを明らかにしている。すなわち:
「原子炉に毎年挿入される1200トンの燃料のうち、120トンがMOX燃料であり、それは10.8トンのリサイクルされたプルトニウムから製造される。
もしも、リサイクルされた物質の量を見積もるならば、(挿入された物質の総量)1200トンに対する(リサイクルされた物質)10.8トンの比率となり、つまりリサイクルの比率は1%未満に過ぎないことを認めなければならない。
もしも、物質の持つ潜在的なエネルギーを考慮に入れるならば、濃縮天然ウランから作られた新しい燃料が節約される割合は、(燃料の総量)1200トンに対する(リサイクルに由来する燃料)120トンの比率、つまりそれは10 %のリサイクル率を表象する。」

以前EDF[フランス電力]は、わずかな部分ではあったが、回収ウランをリサイクルしていた。しかし今では止めている。会社は詳細については語らないまま、このリサイクルを再開すると公表している。オラノは30,000トンに迫る量の在庫を抱えており、その大部分はトリカスタンのサイトに保管されている。

サイクル?

原子炉から取り出された[使用済み燃料の]1 %未満しかリサイクルされていないにも拘わらず、原子力産業と公的諸機関は、フランスの戦略は「閉じたサイクル」であると語る。再処理しないもう一つのオプションは、「開かれたサイクル」の問題であり、それは物笑いの種と紙一重であるとも語る。それはまたサイクルの上流と下流に拘わる問題だ。もしも、それが真に閉じたサイクルだったならば、それには上流も下流もないだろう。

原子力産業は自らの能力に誇りを持っている。すなわち極めてエネルギーに富むプルトニウムは、天然ウランを10%節約することができる。しかし、ウランを濃縮する際に優先されるのは「経済的な最適化」であって、資源の節約ではない。もしも、劣化ウランに含まれるウラン235の含有量が0.20 %であるならば、フランスの原子力発電所に合計7,436トンの天然ウランを供給しなければならない。しかし、もしもその含有量が0.30 %であるならば、それは9,002トンでなければならない。この場合の差異は17%以上となる。ところで、含有量が少なくなるほどウラン235を取り出すためにかかる費用は高くなる。天然ウランの市場価格が安ければ、天然ウランをより多く使用する方がより優位であり、高ければ劣化ウランをさらに[濃縮して]劣化させる方が、より優位となる。原子力産業界は経済的な最適化に専心し、資源の節約はその関心事ではない。よって、再処理の目的は、天然資源の使用を節約することではないのである。

どんな中期的な進化があるのか?

2015年8月18日の法令資料に掲載された「エネルギー転換との増大に関する法律」は、中長期的な目標として、2025年には原子力による発電の割合を50%にすると見通しを立てている。たとえこの2025年の見通しが実現できなかったとしても、現在の多数派政権は、 MOX燃料を使用する、より古い原子炉の使用を止めて原子力の割合を減らす目標を変えていない。

よって、この法律の施行はリサイクルの量を減らすことにつながり、それはさらにラ・アーグの再処理工場の稼働にも影響を与えるだろう。だが、この主題はタブーとなっている。EDFはこの主題について2016年6月に作成された「サイクルのインパクト2016」というタイトルの調査結果をASN[原子力安全局]に提出した。IRSN[放射線防護原子力安全研究所]は、これについて専門家による評価を行い、それは2018年5月に提出された。ACROはこの二つの報告書を手に入れるために力を尽くしたが、EDFの報告書は秘密のままであり、IRSNは2018年5月にその報告書の一部を伏せた別バージョンを公表したが、ほとんど全ての数字は黒塗りになっている。

しかし、ACROはこの文書が漏洩したためにIRSNによる分析結果を手に入れることができた。そして、複数ある使用済み燃料の貯蔵プールが、飽和状態に近づいていることを明らかにした。すなわち、フランスの使用済み燃料の再処理の全てを引き受けるラ・アーグには、あと7.4%を超える余裕しか無いのだ。使用済みMOX燃料が蓄積する結果、2030年頃には複数の使用済み燃料の貯蔵プールは飽和状態になるだろう。EDFはそれまでに中央集権化した一つの新しい貯蔵プールを造ろうとしているが、それが上手くいかなければ、フランスの原子力発電所は停止しなければならなくなる。

もしも MOX燃料を消費する古い原子炉が停止した場合、この法律により、その分の再処理は減らさねばならない。そして普通の核燃料が貯蔵プールの飽和に拍車をかける。再処理工場あるいは MOX燃料の製造工場において故障が起きた時、これらの貯蔵プールはおよそ一年で飽和するだろう。

このようにして、フランスの原子力産業は、国の72%の発電を担うものの、極めて脆弱なシステムである。これら貯蔵プールが飽和したならば、それは短期間のうちに全ての原子力発電所の完全な停止と国家にとっての深刻な困難に帰結するだろう。これは極めて憂慮すべきことだ。

評価を与えられていない物質

300,000トンの劣化ウラン、10,000トンの再処理されていない使用済み燃料、それに30,000トンの回収ウランは、「価値を高める物質」とされ、廃棄物として分類されていない。EDFは回収ウランを濃縮あるいはリサイクルに使いたいと言っているが、劣化回収ウランには使い道がない。

原子力産業と国の諸機関は、この在庫はフランスをクウェートと同じくらいに豊かにする宝だと考えている。SFEN[フランス原子力学会]も同じ無尽蔵のエネルギーについて語る。しかしそこにはある小さな問題、一つの些細な問題がある。これら全ての物質の技術を持っていないのだ。ならばそれを探すか。それはほとんど1世紀をむなしく費やすこととなる。

実際この研究はすでに、2006年6月28日の放射性物質および放射性廃棄物の持続可能な管理計画法の中の目的に含まれ、長期的には第四世代の原子炉として展開されている。この計画はと呼ばれており、最も楽観的な者でさえ、その実用化は今世紀の後半よりも前になるとは考えていない。

これは高速中性子炉(RNR)に関わるものであり、それはスーパーフェニックスがやろうとしていたことを1世紀遅れてやろうとしている。それが技術として大きな期待をかけられていたことは知っての通りだ。

しかし、もしも第四世代を放棄するならば、高い価値を与えた廃棄物中の諸物質のほぼ全てを分類し直す必要があり、また全ての報告を見直す必要がある。ASTRIDを信頼する人々がどれだけ少なくなろうとも、彼らはそれを守ろうとしている。したがって、ACROとFNE(「フランス自然環境」という名の数多くの環境NGOからなる協会)とグリーンピースは次のように主張する。

「この(高速炉に関する)ほとんど実現されなかった約束に基づいて、核物質と核廃棄物に関するフランスの管理政策を確立することには合理性がない。第四世代を必要としない別の管理の方法を提案することが必要だ。(…)

放射性廃棄物の中のいわゆる価値を高めうる諸物質を(廃棄物として)再分類することは、放射性廃棄物の管理に重大なインパクトを与えるだろうし、それは準備されねばならないことだ。フランスでは海外から持ち込まれた放射性廃棄物を保管することは禁じられている。海外(主に日本とドイツ)から送られてきた「価値を高めうる諸物質」は、それぞれの元国へ送り返されたら廃棄物になるのだろうか。(日本由来の「価値を高めうる諸物質」のうち95%を占める回収ウランは、廃棄物として分類されていないために、フランスに保管されている。しかし、回収ウランは実際のところ価値を持たないから日本はそれを送り返せとは言わないのではないか。)

情報公開

原子力の管理者たちは、使用済み燃料の95%がリサイクル可能だと強弁するが、それを実現する技術が存在しないことについては何も言わない。それは1%にも満たないのだ。

2010年と時と同様に、HCTISNはより明確な報告を要求したが、今のところ何の音沙汰もない。すなわち:

「しかし高等委員会は、原子力業界および「核燃料サイクル」に利害をもつ団体によって公開された情報と文書は、実施されている「核燃料サイクル」を明確に理解できるようには書かれていないと指摘する。「核燃料サイクル」に関する報告では、しばしば使用済み燃料の再処理で分離された諸物質の全てが、直ちに価値が高められるかのように 、解釈されている。例えば複数の報告において回収ウランの濃縮が根拠として取り上げられているが、それは2013年以降実施されていない。価値を高められうる物質の存在および保管についてはほとんど触れられることがない。結局、公開された諸要素からは、異なる段階にかかる時間を明確に理解することができない。」

よって、高等委員会は、「核燃料サイクル」に関与する産業と制度のアクターたちから構成される統一体が、より良い理解のために、以下のことについての情報を確認し完成させた上で、それぞれのサイトにおいて公表することを推奨する。

  • フランスで現実に行われている「核燃料サイクル」、特に流動的なものと、実際に価値を高められることを待つ貯蔵されているもの(使用済み燃料、再処理で分離された諸物質、劣化ウラン)、
  • 物質の利用と放射性廃棄物の管理に関わる利害をよりよく定義するための、特に次世代の未来のための「核燃料サイクル」の異なる諸段階に費やされる時間。」

結論

フランスは使用済み燃料を再処理する最後の国である一方で、この主題はタブーとなっている。再処理工場の重要性の低下は避けられないが、そのことは秘密となっている。さらに、施設は永続的に利用されるものではない。普通の核燃料を再処理する場合にかかる余分なコストもまた公表されていない。

核燃料サイクルと廃棄物に関するこの主題は議論に値する。すなわち、もしも現世代が問題について知識を持たなくなったら、未来の世代をどうやって守るのか。原子力業界は伝えるべき論点を持たず、その報告書は秘密となっている。そこで業界は世界のリーダーとしての地位を強調して、ナショナリストの音色を響かせようとする。だがフランスはほぼ一人ぼっちなのだ。


ASTRIDはAdvanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration(工業的実証のための先進的ナトリウム技術原子炉)を意味し、それはスーパーフェニックスと同じ技術を使い、それが実現できなかったことをするための増殖炉プロジェクトである。それは工業化の段階の可能性を実証するという野心のためのものである。スーパーフェニックスの電気出力1240MWeに対して、当初このプロジェクトの出力は600MWeだった。しかし2018年の初めに、この事業を所有する原子力庁(CEA)は、財政上の理由から政府に対してその出力を下げることを提案した。2039年の稼働を予想していた600MWeの実証炉を建造することに代えて、今後は100〜200MWeに出力を下げたプロジェクトを想定している。その建造については何も決定していないが、その支持者たちは、今世紀後半に完成すると話している。


Ciné-débat avec Nadezda Kutepova sur Maïak : nucléaire, ignorance et pouvoir

L’ACRO organise, le jeudi 4 avril à 20h à l’amphi Daure sur le campus 1 de l’université de Caen, une soirée débat en présence de Nadezda Kutepova.

Nadezda Kutepova

Fondatrice de l’ONG « Planète de l’espoir » en Russie, Nadezda Kutepova est une militante des droits humains, réfugiée politique en France depuis 2015, après avoir été accusée d’espionnage industriel et d’être une « agente de l’étranger ».

L’activité de Mme Kutepova et de son ONG consiste essentiellement en l’information et la défense juridique des personnes victimes de la contamination de la région. Elle a notamment représenté nombre de victimes auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme. L’action de son ONG lui a valu une reconnaissance internationale (documentaires TV, articles dans la presse britannique, allemande, française, nombreuses invitations à intervenir dans des universités et des congrès internationaux).

Oziorsk, ville secrète du complexe militaro-industriel russe

Créée en 1947, Oziorsk est une ville fermée du complexe militaro-industriel russe située dans l’oblast de Tcheliabinsk, en Oural. Elle se trouve à une dizaine de kilomètres au nord-est de la ville de Kychtym et à 80 km au nord-ouest de Tcheliabinsk.

D’abord absente des cartes, elle n’a été baptisée Oziorsk qu’en 1994, mais demeure une ville fermée en raison de l’existence du site de Maïak qui a été l’un des principaux sites de fabrication du plutonium durant la guerre froide. Plus de 80 000 personnes y vivent.

Site nucléaire de Maïak

Le site nucléaire de Maïak a fourni les matières fissibles pour les bombes nucléaires russes. Il est tristement célèbre pour l’accident grave qui a eu lieu le 29 septembre 1957 quand une cuve de déchets radioactifs explose et contamine une zone de 23 000 km2, affectant 300 000 personnes. 23 villages ont dû être évacués et détruits. Il s’agit de la catastrophe de Kychtym révélée au monde en 1976 seulement.

De grandes quantités de déchets chimiques et radioactifs ont aussi été déversés dans la rivière Tetcha et c’est un des sites les plus pollués de la planète. Il est très difficile d’avoir des données sur l’étendue de cette pollution et sur son impact.

City 40

City 40 est un documentaire produit et réalisé par Samira Goetschel en 2016. Une partie a été filmée en caméra cachée dans la ville secrète d’Oziorsk. Il met en avant l’action de Nadezda Kutepova et son ONG.

Rappelons qu’en 2017, un mystérieux nuage radioactif survolait l’Europe, avec une origine fort probable à l’usine de Maïak. Voir les explications de l’ACRO.

Radioactivité dans l’environnement : le rôle des associations de contrôle

Le magasine scientifique « Reflets de la physique » consacre son numéro 60, au nucléaire civil en France. Il contient notamment une contribution de l’ACRO sur le rôle des associations de contrôle :

Ce magasine est entièrement en libre accès :

 

Catastrophe Nucléaire de Fukushima : Chiffres clés pour le huitième anniversaire

Comme chaque année, l’ACRO a réalisé un bilan chiffré sur la catastrophe nucléaire en cours à Fukushima qui est à retrouver sur notre site Internet dédié : fukushima.eu.org. Il est mis à jour lors de la publication de nouvelles données.

Depuis le premier jour de la catastrophe nucléaire, l’ACRO effectue un suivi régulier du déroulement de la catastrophe et de ses conséquences. Et depuis 2016, l’association rassemble les chiffres clés un peu avant les tristes anniversaires.

Ce travail nous a permis d’apporter un regard critique aux plans d’urgence nucléaire en France, Belgique, Inde et Ontario au Canada.

L’association a aussi soutenu et accompagné l’ouverture d’un laboratoire indépendant au Japon qui continue à être très actif et avec lequel nous maintenons des liens très serrés.

Tous les enseignements tirés de la catastrophe japonaise doivent servir à éviter un accident majeur chez nous ou à tout le moins à mettre en œuvre les mesures les plus protectrices.

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