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Historiques des Acroniques


Réserves et remarques de l’ACRO sur les travaux du comité Radioécologie

Travaux du Comité Radioécologie Nord Cotentin

7 juillet 1999

Pierre BARBEY
Conseiller scientifique de l’ACRO
Membre du Comité Radioécologie Nord-Cotentin


Ce texte est tiré du rapport du Comité Nord Cotentin et a été publié dans l’ACROnique du nucléaire n°47, décembre 1999
Les réserves de la deuxième mission du groupe sont disponibles ici.


 

1 – Le comité Radioécologie Nord Cotentin a travaillé pendant 2 ans pour tenter de reconstituer, de façon rétrospective, les doses de radiations reçues par la population de La Hague du fait des installations nucléaires du Nord Cotentin. Une de ses missions (exposées en détail dans la note de synthèse) a conduit le Comité à calculer le risque de leucémie pour les jeunes de 0 à 24 ans durant la période de 1978 à 1996.

2 – Deux éléments méritent d’être soulignés car ils soulignent l’aspect novateur de la démarche souhaitée à l’origine par les Ministres de tutelle et la Présidente du Comité :

  • cette étude serait menée de façon approfondie en recherchant sans cesse l’exhaustivité,
  • malgré des réticences initiales, des représentants associatifs seraient associés à ce travail.

3 – La présence du mouvement associatif ne doit pas masquer l’important déséquilibre qui existe entre les différents groupes d’acteurs en terme de moyens matériels, de potentiel humain (le bénévolat et ses limites), d’outils d’évaluation et même d’expérience dans un domaine traditionnellement réservé aux opérateurs et aux milieux institutionnels. C’est là une des raisons de l’attitude de réserve que le milieu associatif doit conserver.


Réserves sur le calcul du risque :

4 – Les résultats auxquels le Comité aboutit peuvent être de façon très réduite résumés en deux points :

  • pour l’approche ” cohorte “, le risque calculé de leucémie dû aux installations nucléaires est de 0,0017 (risque absolu) à 0,0021 (risque relatif) ;
  • pour l’approche ” scénarios particuliers “, certaines situations traitées ont pu conduire à des niveaux de dose engagée de quelques centaines de µSv voir de l’ordre du mSv.

5 – Notre principale réserve porte sur la démarche ” réaliste ” retenue par le Comité pour la reconstitution des doses reçues par la cohorte et le risque qui en découle. Nous continuons à penser qu’en matière de radioprotection, toute évaluation d’impact sanitaire doit être menée de façon conservatrice car en l’absence de la mesure précise de l’incertitude liée au calcul ” réaliste “, seul la démarche ” enveloppe ” garanti qu’elle contient la vraie valeur de l’impact.

6 – Il est vraisemblable qu’il y a eu sur-interprétation de la Directive Européenne. Comme cela est apparu à maintes reprises dans les discussions au sein du Comité, le ” réalisme ” doit-il être compris comme le ” plausible ” ou le ” prouvé ” ? Cette divergence essentielle peut être illustrée par un exemple concret. Le Comité a choisi de retenir que toute la consommation de mollusques des habitants de La Hague (pointe Nord-Ouest) provient de Saint Vaast La Hougue (côte Est). Pourquoi ? Parce que l’on a pas la preuve que la production de mollusques dans la région de La Hague puisse satisfaire les besoins de la consommation. Adieu brelins noirs, brelins coques (buccins), patelles que l’on pêche à pied ; exit les bancs d’ormeaux et de coquilles saint jacques (cf. annexe) exploités par les pêcheurs locaux ainsi que les bulots et les seiches? Ces pratiques existent pourtant bel et bien et, d’un point de vue rétrospectif, elles ont joué un rôle non seulement comme loisir prisé dans la région mais aussi comme complément bien utile pour des revenus modestes. Il ne s’agit pas d’un simple détail compte tenu de la contribution de la voie ” ingestion marine ” à la dose.

Au passage, et pour cette même raison, il convient de souligner que la ration ” mollusques ” de la classe d’âge 15 ans est nettement sous-estimée (7 fois inférieure à celle de l’adulte ! ).

7 – La comparaison effectuée par le GT3 entre les modèles environnementaux et les moyennes annuelles de mesures dans l’environnement a permis d’avoir une certaine confiance dans la modélisation du devenir des rejets marins, à l’exception notable de quelques radionucléides, pourtant importants en terme de dose (C14 par ex.), et du champ proche. En revanche, pour les rejets atmosphériques, les mesures de Kr85 ont permis de préciser les limites de validité des modèles généralement utilisés, mais n’ont pas permis de proposer une alternative totalement validée en dehors des limites de validité du modèle. Les valeurs issues de la littérature étant parfois très dispersées, les choix du groupe sont souvent arbitraires. L’ACRO se déclare donc incompétente pour juger des modèles aériens et pense que ceux utilisés par le Comité ne peuvent en l’état devenir des références.
Enfin, il convient de noter que pour ce qui concerne la contamination des nappes phréatiques, les modèles d’écoulement n’ont pas pu être étudiés.

8 – En définitive, plusieurs éléments soulignés ci-après justifient notre principale interrogation, objet de nos réserves :

8 – 1. Il apparaît clairement qu’un grand nombre de paramètres interviennent pour le calcul de la dose et du risque associé et que pour la plupart d’entre eux existe une marge d’incertitude.
8 – 2. Cette marge d’incertitude peut être importante (un facteur 10 et parfois plus), notamment pour des paramètres qui ont des conséquences directes en terme de dose.
8 – 3. Malgré un important travail réalisé pour modéliser la voie d’exposition aux rejets atmosphériques, le Comité est conscient des lacunes qui existent pour calculer l’impact en milieu terrestre.
8 – 4. L’exposition in utero, à travers la dose délivrée au foetus, pourrait contribuer de façon significative au risque. Mais là encore la modélisation est entachée d’une forte incertitude : entre les premières estimations (calcul enveloppe) et les corrections ” réalistes ” actuelles, il y a un facteur 10?
8 – 5. Au-delà de ces incertitudes, il y a des manques connus ou inconnus. Ainsi, l’impact des embruns est intégré pour la voie ingestion mais pas pour la voie inhalation par défaut de modèle. La dose reçue in utero du fait des accidents n’a pas été calculée. Par ailleurs, le Comité, dans le souci très positif de rechercher l’exhaustivité, a ajouté près de 40 radionucléides à ceux établis par les exploitants ; rien cependant ne permet d’écarter l’hypothèse que l’on passe à côté d’autres radionucléides non identifiés qui pourraient contribuer à la dose. Enfin, concernant les réacteurs, le terme source a été considéré égal à 0 pour certains radionucléides parce que ” inférieur à la limite de détection”. Cependant, compte tenu du débit de rejet, il est vraisemblable qu’en valeur cumulée annuelle, on écarte du bilan une activité réelle mais non quantifiée en raison du mode de contrôle actuel. L’incertitude globale qui accompagne le calcul de dose et de risque associé est vraisemblablement grande (surtout dans la démarche d’une approche ” réaliste “) mais n’a pu être calculée ; aussi, quels arguments fiables avons-nous pour affirmer que l’on ne peut se tromper d’un facteur 30, c’est-à-dire que la marge supérieure de l’incertitude est inférieure à ce facteur ? A partir de ce facteur, compte tenu d’un risque de 2,1 10-3 (relatif), la probabilité d’expliquer 1 cas de leucémie par l’exposition aux installations nucléaires devient supérieure à 5% et cesse d’être liée au seul fait du hasard.


Réserves sur les scénarios

9 – Pour la constitution de scénarios particuliers, si la démarche est ici plus enveloppe, elle n’en garde pas moins un caractère minorant eu égard aux données de temps d’exposition ou de quantités consommées retenues ; il appartiendra à chacun de retenir les valeurs qui lui semblent plus adaptées [ cf. temps d’exposition à la canalisation ou à proximité du site ANDRA ou quantité de crustacés pêchés en champ proche?].

10 – Néanmoins, pour ce qui est de l’état de l’environnement au Nord du CSM, là encore l’option ” réalisme ” a conduit à écarter la consommation d’eau contaminée et l’arrosage de jardins par cette même eau *. D’un point de vue rétrospectif, des calculs sont effectués sur différentes années jusqu’en 1979. Dès lors que des points d’eau chez des particuliers (puits, lavoir, abreuvoir?) apparaissent encore marqués 20 ans après, comment peut-on écarter avec tant d’assurance ces voies d’exposition que l’exploitant lui-même prenait en compte dans l’approche réglementaire de ses dossiers ?

* Ce choix explique, pour l’essentiel, la différence entre les résultats présentés ici (10 µSv) et ceux présentés par le Comité SOULEAU (75 µSv).


Réserves/Remarques particulières

11 – La présentation des résultats devrait clairement indiquer les limites de nos investigations. Tout d’abord, le Comité n’avait pas pour mission de traiter de l’ensemble des cancers (ce qui pourrait être une demande ou une interrogation des populations locales). Ensuite, le calcul de risque pour les leucémies ne porte que sur une période de vie donnée et sur une population donnée (terme de la mission suite aux travaux de J.F. Viel). En ce sens, cette évaluation limitée ne peut traduire à elle seule l’impact sanitaire des installations nucléaires du Nord Cotentin.

12 – Pour ce qui est des seules leucémies, le risque est déduit du calcul de la dose collective pour les jeunes du canton de Beaumont-Hague. Il importe de souligner qu’il s’agit d’une dose collective partielle au regard de l’influence globale des installations (pour répondre à l’approche ” cohorte “). Afin de déterminer la dose collective globale (dans un but certes différent), il conviendrait de prendre en compte la fraction de la radioactivité consommée par d’autres populations, que celle étudiée pour le canton de Beaumont-Hague, pour arriver à une estimation plus complète de l’impact sanitaire *.

13 – Bien qu’il ne relevait pas de la compétence du Comité de traiter de l’élaboration des modèles de risque, il convient là encore de souligner quelques points qui incitent toujours à un jugement pour le moins nuancé :

  • La relation dose / effet est largement déduite des études sur les survivants de Hiroshima – Nagasaki pour lesquels le mode d’exposition est relativement différent de celui des expositions environnementales (dose forte aiguë vs dose faible chronique…) ;
  • Pour le calcul du risque, on ne prend pas en compte d’autre facteurs de risque pouvant agir en synergie ; pourtant aujourd’hui l’approche multifactorielle est un point fort de la compréhension de l’émergence des cancers.

14 – La représentation en % de l’ensemble des sources d’exposition aux radiations souligne l’importance du naturel et du médical par rapport aux installations nucléaires. Cette représentation est discutable compte tenu de l’incertitude qui existe sur l’exposition médicale (4 fois plus importante ici que dans l’étude anglaise). En l’absence d’étude précise, le Comité a retenu l’estimation actuelle de la moyenne nationale. La transposition sur une population plus rurale mais aussi ne concernant que les jeunes (tendance à moins solliciter les structures médicales?) et surtout dans une optique rétrospective (absence d’examens contribuant fortement à la dose tels le scanner?) tend vraisemblablement à majorer cette fois les doses reçues par les examens diagnostiques.

15 – En conclusion, il nous semble important de souligner, par ces réserves, les incertitudes qui existent sur le calcul du risque et les limites de l’exercice afin d’éviter toute conclusion tranchée et sans appel. La difficulté qui existe à établir une relation de cause à effet ne constitue pas pour autant la preuve de l’absence de cette relation causale.  Ce regard critique (autocritique) ne doit pas pour autant masquer l’importance du travail réalisé au cours de ces deux années et sa dimension novatrice (sur ces points, nous partageons totalement les commentaires exprimés par la Présidente du Comité). Enfin, il peut être admis qu’un réel débat s’est instauré entre les différents acteurs et que certaines des propositions que nous avons formulées ont pu être prises en compte soit dans l’approche cohorte, soit dans l’approche scénarios.

* Voir le débat que nous avons eu sur les bancs de mollusques, dont nous avons souligné l’existence locale, mais qui n’ont pas été retenus dans les rations alimentaires, car cette production serait censée être exportée…


Annexe

Bien que des bancs de coquilles St jacques existent en bordures des côtes de La Hague, très peu de mesures ont été réalisées sur ces indicateurs dans le milieu des années 80. Pour la catégorie des mollusques, la plupart des laboratoires contrôlent des patelles. Cependant, dans les résultats du SPR Cogema, on trouve une analyse de coquilles St jacques pêchées à Auderville en 1984. Le tableau ci-dessous (dernière colonne) permet d’observer le décalage qui existe entre cette activité réelle à
Auderville et l’activité calculée à Barfleur, choix retenu par le Comité comme lieu de prélèvements.


Goury 1985 


Goury 1985 


Barfleur 1985

Auderville 1985

ratio

facteur de concentration

activite (Bq/m3)

activite (Bq/kg)

activite (Bq/kg)

activite (Bq/kg)

Auderville/Barfleur 


mollusques

eau de mer

mollusques

mollusques

Coquilles St Jacques

54Mn
10 000

1,55 E-01

1,55 E+00

7,75 E-01

4,10 E+00

5,3

58Co
2 000

3,49 E-01

6,98 E-01

3,49 E-01

4,10 E+00

11,7

60Co
2 000

1,17 E+01

2,34 E+01

1,17 E+01

2,80 E+01

2,4

65Zn
80 000

9,30 E-02

7,44 E+00

3,72 E+00

1,40 E+01

3,8

106RuRh
600

6,66 E+02

4,00 E+02

2,00 E+02

8,00 E+02

4,0

110mAg
40 000

1,02 E-02

4,08 E-01

2,04 E-01

2,20 E+01

107,8

125Sb
20

8,31 E+01

1,66 E+00

8,31 E-01

4,40 E+00

5,3

134Cs
50

6,24 E+00

3,12 E-01

1,56 E-01

2,60 E+00

16,9

137Cs+Ba
50

4,48 E+01

2,24 E+00

1,12 E+00

2,80 E+01

25,0

144Ce+Pr
1 500

3,32 E+00

4,98 E+00

2,49 E+00

2,40 E+01

9,6

retour paragraphe 6


retour Comité Nord Cotentin

Ancien lien

Le climat dans La Hague

Editorial de l’ACROnique du nucléaire n°45, juin 1999

Les faits divers et variés concernant le nucléaire dans le Nord Cotentin ont marqué les esprits ces dernières années. Ils ont agi comme un révélateur qui fait apparaître une nouvelle photo du paysage local. Ces événements, qu’ils soient liés au site de stockage de l’ANDRA, à la canalisation de rejets en mer ou au transport des déchets, ont été lus avec toujours comme toile de fond, l’étude de Jean-François Viel.

Ce dernier a déchiré un tabou dont tout le monde parle mais que personne ne veut entendre : santé et nucléaire dans le Nord Cotentin. Les réactions violentes montrent que la population était intéressée et concernée par le sujet. Pour l’essentiel, ce fut une réaction de défense qui a conditionné toutes les appréciations et prises de position liées aux “affaires du nucléaire”.

Le discours ambiant est symptomatique de ce climat défensif. Les commentaires ne font état que “d’attaques”, “d’agressions”, “de complots” contre la région. Il est marquant que très peu de monde, en particulier chez les responsables politiques, a pris du recul par rapport à ces événements pour les analyser et les relativiser. Ces faits sont toujours présentés comme des découvertes et traités comme telles. Ils ne sont que rarement appréhendés avec l’éclairage du passé et de l’histoire pourtant fondamentalement pour bien comprendre la situation.

Cet argumentaire défensif met toujours en avant une région blessée, meurtrie dans son image par des agressions extérieures. Celui qui révèle le problème est présenté comme le responsable de la situation, celui qui “désinforme”, qui “veut du mal”. Les élus et décideurs ont beaucoup utilisé cette argumentation. Leur nouveau chantier, partant de ce schéma, somme tout simpliste, consiste à reconstruire l’image et quelque part l’histoire de la région. Mais cette démarche est, là encore, trop superficielle et ne fait quâentretenir le doute et la confusion. Un climat lourd et pesant s’est installé à la pointe du Cotentin et il faudra une toute autre approche pour le dissiper. Cela se traduit par de l’agressivité et du rejet chez certains, par le silence et le refoulement chez d’autres. Le dialogue et le débat n’ont que peu de place dans ce contexte. Les efforts dans ce sens, l’ACRO en fait l’expérience, ont rencontré souvent opposition ou l’ignorance chez la grande majorité des décideurs locaux. Les vociférations haineuses lors de la venue de Cohn Bendit en début d’année, ont fermé encore plus la porte au débat public indispensable.

Si réhabilitation il doit y avoir pour la région, elle ne peut se faire quâen réactivant le débat démocratique. La priorité n’est pas tant l’image que les forces vives de La Hague et ses environs. Si la région va mal, c’est qu’elle est minée de l’intérieur. La peur, le doute et la fatalisme ont souvent accompagné le développement de l’activité nucléaire dans La Hague. Les réactions lors des derniers événements, notamment de la part des responsables locaux y ont ajouté la honte. C’est de cette image là dont on est peu fier en définitive. Il existe néanmoins quelques points positifs qui ne manquent pas de nous faire espérer. Espérer une circulation dâair frais. L’ACRO est un de ces petits courants dâair où peuvent passer les informations.

L’antenne Nord Cotentin est de plus en plus sollicitée par des informateurs et des demandes en provenance des milieux marins et agricoles. C’est bon signe. Des contacts se nouent à nouveau dans La Hague où il n’est pas facile de connaître la situation tant le mutisme est grand.

Les travaux du comité radioécologique Nord-Cotentin, présidé par Annie Sugier (“commission Sugier”), sont également un pas important car les commissions ont connu des débats contradictoires ; des associations représentant la société civile y participent. De plus, l’expertise concerne le passé et questionne des domaines qui ne l’avaient guère été. Mais il faut redoubler de vigilance car , là encore, les risques de récupération pour de petits profits politiciens sont nombreux. L’exploitation médiatique de ces travaux sera un test pour mesurer si la maturité gagne la région dans sa capacité à assumer cette présence nucléaire.

Pierre Paris

Ancien lien

Appel à l’aide de Hidaka Yuzo

Yuzo Hidaka est libre depuis le 16 juin


Yuzo Hidaka était emprisonné depuis bientôt un an au Japon pour avoir aspergé de spray, pendant la cérémonie de signature, un document autorisant la création d’un centre de stockage de déchets nucléaires de haute activité. Ses amis nous ont appellé à l’aide, comme en témoigne la lettre reçue par l’ACRO et traduite ci-dessous.

Merci à tous ceux qui ont écrit pour demander sa libération.

Afin d’assurer sa défense, il cherche à être en contact avec des Français qui ont du faire face à des problèmes similaires. Vous pouvez lui ecrire directement en anglais ou japonais ou nous ecrire, nous transmettrons.


Tokyo, le 10 mai 1999

Monsieur,

Je vous écris à propos de Yuzo Hidaka qui est un ami. Yuzo a été arrêté le 30 juillet 1998 et mis en examen. Trois charges ont été retenues contre lui pour son action montrant sa forte opposition à l’accord conclu entre le gouvernement local de la province d’Aomori, la municipalité de Rokkasho et la compagnie Gen-nen. L’accord devait faire du village de Rokkasho un centre de stockage pour des déchets radioactifs de haute activité provenant de France. Yuzo Hidaka est toujours en prison.

Il est accusé

  1. d’avoir assisté à la cérémonie de signature de l’Accord en se déguisant en journaliste ;
  2. d’avoir aspergé de spray la couverture du document après qu’il ait été signé par les trois parties, exprimant ainsi son objection à l'”Accord de Sûreté” qui apparaît comme une conspiration.

Il n’a blessé personne. Les charges retenues contre lui sont

  1. intrusion dans un bâtiment (pas de force pourtant),
  2. destruction d’un document officiel (seule la couverture, pourtant) et
  3. obstruction du travail des autorités.

La sûreté du stockage n’a pas été prouvée et de fortes suspicions et inquiétudes ont été exprimées par les habitants de Rokkasho et de la province d’Aomori. La cérémonie de signature, qui était organisée secrètement, signifiait la supression unilatérale du dialogue entre les habitants et les autorités locales.

Yuzo Hidaka est placé en isolement. Il ne peut rencontrer ou communiquer avec personne, sauf son avovat et sa mère depuis plus de cinq mois. La durée de sa détention est anormalement longue et non justifiée. Il a exprimé clairement qu’il n’avait pas l’intention de s’enfuir ou de dissimuler des preuves de son crime. La police a entièrement fouillé sa maison après son arrestation, il n’a plus rien à cacher. Les audiences ont eu lieu une fois par mois à la Cour du district depuis décembre 1998. Il a toujours affirmé que son acte avait un but légitime et était justifiable. Vous trouverez ci-joint quelques coupures de presse en japonais.

Etant donné que des actions similaires en Europe ou en Corée du Sud ont conduit à l’acquitement des militants anti-nucléaires, nous avons le sentiment que Yuzo a été lourdement puni, avant même d’avoir été condamné.

Nous serions très reconnaissants si vous pouviez aider Yuzo Hidaka de quelque façon. Vous pouvez m’ecrire m’écrire si vous avez des questions ou des messages pour Yuzo. Vous pouvez lui écrire directement en japonais à l’adresse suivante : 88-2 Arakawa Fujito, Aomori 030-0111, Japon.

Amicalement,
Yuriko Moto.

Ancien lien

Impact des installations nucléaires sur l’environnement

(Article paru dans Contrôle n°123, juin 1998 et l’ACROnique du nucléaire n°44, mars 1999)

Par Pierre Barbey, conseiller scientifique de l’ACRO

En fonctionnement normal, les installations nucléaires procèdent à des rejets réguliers dans l’environnement de nature chimiques et radioactifs. Ils sont sujets à d’âpres discussions, mais c’est essentiellement l’aspect radiologique (seul aspect traité ici) qui focalise l’attention de l’opinion publique.

Le becquerel, unité de l’empreinte sur l’environnement.

Même en dehors des incidents ou accidents nucléaires, l’environnement proche des installations est marqué par la présence d’une radioactivité caractéristique constituant une signature (tableau 1).

Résultats ACRO
Co58 
Co60
Rh-Ru106 
Ag110m
Cs134
Cs137
1991 AmontAval
–
44
1,3
132
–
1019
16
3390
–
23
41
100
1994 AmontAval
–
6,4
–
21
–
49
–
155
–
–
2,9
7,8
1996 AmontAval
–
–
–
22
–
–
–
37
–
2,5
1,4
12
Tableau n° 1 : Sédiments de la Loire ? Chinon (en Bq/kg sec)

Si l’exemple rapporté ici illustre bien l’influence de la centrale, son suivi dans le temps traduit cependant une baisse des rejets effectifs durant ces dernières années. D’autres mesures effectuées par l’ACRO autour de la centrale de Nogent sur Seine conduisent aux mêmes observations.

En aval du cycle du combustible, l’étape du retraitement (plus souvent sous les feux de l’actualité) correspond à des installations dont les niveaux de rejets effectifs sont très largement supérieurs à ceux des centrales (tableau 2). Dans ce cas, l’impact sur l’environnement (au moins pour les rejets liquides) peut s’observer sur de très longues distances. Ainsi, les rejets de l’usine de retraitement de La Hague peuvent être suivis jusqu’en Mer du Nord .

REJETS LIQUIDES EFFECTIFS pour l’année 1994
Radioéléments
La Hague 
Flamanville 
  Ratio Hague/ Flamanville
Bêta-Gamma (hors [3H])
70 200 GBq
8 GBq
8775
Tritium ([3H])
8 090 000 GBq 
30 000 GBq
270
Alpha
97,3 GBq
Interdit 
AUTORISATIONS ACTUELLES DE REJETS LIQUIDES
Radioéléments
La Hague 
Flamanville 
  Ratio Hague/ Flamanville
Bêta-Gamma (hors [3H])
1 700 000 GBq 
1 100 GBq 
1545
Tritium ([3H])
37 000 000 GBq
80 000 GBq 
462
Alpha
1 700 GBq 
Interdit 

Tableau n°2

Ces niveaux relatifs de rejets réels sont corrélés avec des niveaux d’autorisation de rejet singulièrement différents. L’autorisation de rejets liquides (hors Tritium) de COGEMA-La-Hague est 1500 fois supérieure à celle des 2 réacteurs EDF Flamanville situés à quelques kms à vol d’oiseau (tableau 2). Et c’est bien là un premier problème qui heurte l’esprit de beaucoup de citoyens considérant ces valeurs comme des « seuils sanitaires », lesquels constituent un danger quand ils sont atteints. Ils ne peuvent donc être différents selon les sites. Alors que pour les exploitants, bardés de certitude quant à l’innocuité de leurs installations, ces mêmes valeurs représentent des « niveaux de performance » fonction de contraintes économiques et de la nature de l’installation.

Becquerel ou Sievert ?

Le becquerel, cette unité de mesure d’activité qui s’est imposée en 1986, ne plaît pas aux industriels du nucléaire qui la trouvent « trop petite » et préfèrent de toute façon s’exprimer en sievert (ou microsievert). S’agissant d’impact sur l’environnement, câest pourtant bien le becquerel qui est la seul unité de mesure de l’empreinte des installations. Il n’est que le reflet partiel – fonction de la technicité du moment – de la contamination réellement présente. Le sievert, unité de l’impact sanitaire, implique des coefficients de dose (toujours discutables car fonction des connaissances du moment) mais, surtout, il exige la connaissance exhaustive de l’état de la pollution radiologique. Cette certitude-là n’est pas de mise.

En 1993, un rapport de l’UNSCEAR aborde la question du Carbone 14 rejeté par les installations nucléaires. Celles-ci fonctionnent depuis des dizaines d’années et ce n’est que récemment que ce radioélément commence à être mesuré. Or c’est vraisemblablement un des éléments qui contribue de façon majeure à l’impact de dose individuelle. Il en est de même pour le Nickel 63 pour lequel l’OPRI entame des mesures sur les rejets des centrales EDF. En fait, si les mesures de spectrométrie gamma permettre d’identifier simultanément un large spectre d’émetteurs gamma, la mesure d’émetteurs bêta, surtout ceux de faible énergie, est beaucoup plus délicate et impose une recherche ciblée qui nécessite que ces éléments soient au préalable identifiés comme contaminants potentiels. L’exemple de l’usine de retraitement de la Hague illustre bien ce propos : 10 éléments identifiés dans les rejets liquides en 1967, 19 en 1982 et 27 en 1996. D’autres restent à identifier. Il y a donc bien un déficit de connaissance de l’état réel de l’impact sur l’environnement. Les conséquences n’en sont pas anodines. Nombre de ces radioéléments longtemps ignorés se trouvent être de longue période physique – tel le 14C (5730 ans), le 63Ni (100 ans) ou le 129I (16E6 ans) – et contribuent sur le long terme à la dose collective des populations.

Les déchets et l’acceptabilité sociale

Au-delà des rejets liquides et gazeux, les déchets radioactifs vont contribuer également à l’impact sur l’environnement. Cette fois de façon hypothétique et dans un futur très lointain, penserait-on. Pourtant la première expérience industrielle de stockage de déchets de surface qui vient de s’achever, celle du Centre Manche, est déjà un échec patent. Depuis plus de vingt ans, cette installation marque en profondeur l’environnement du plateau de la Hague par une pollution radiologique chronique . Le Centre de l’Aube, qui a bénéficié du retour d’expérience, ne doit procéder à aucun rejet. Pourtant l’ANDRA envisage de remettre en cause le dispositif réglementaire pour disposer d’une autorisation de rejet. Quelle sera également l’empreinte sur l’environnement (y compris dans des biens d’équipement) si le recyclage de matériaux radioactifs issus des TFA entre en pratique ? Quant aux déchets hautement actifs et à vie longue, leur confinement garanti sur des millénaires relèvera inévitablement dâun pari sur l’avenir.

Dans le débat actuel sur « l’acceptabilité sociale », on peut concevoir quâune société accepte un détriment porté à son environnement au bénéfice d’un confort qui lui profite dans le moment présent. Certainement réclamera-t-elle que les niveaux de rejets soient constamment abaissés pour tendre vers des rejets nuls au nom du principe de précaution car l’innocuité en terme de détriment sanitaire restera toujours entachée du doute. Mais cette question des déchets radioactifs, parce qu’elle constitue un legs imposé aux générations futures, pourrait bien correspondre au seuil de « l’inacceptabilité sociale ». C’est tout simplement une question d’éthique.

Pour l’heure, cet impact sur l’environnement doit être surveillé de la façon la plus étroite possible et les résultats de mesures rendus public de manière exhaustive. Les associations, telle l’ACRO, doivent y trouver une place qui leur soit reconnue. Il est regrettable de voir des exploitants dépenser beaucoup d’énergie à tenter de discréditer leur activité. Celle-ci n’a pas pour objet d’être « en opposition » et encore moins de se substituer à celle des exploitants ou celle des organismes institutionnels. Elle est tout simplement complémentaire et relève d’une démarche citoyenne. Et c’est de cette « plurialité » de la surveillance de l’environnement que pourra naître une confiance (certes toujours relative) des populations environnantes vis à vis de l’information.

Déchets nucléaires transparents

L’ACROnique du nucléaire n°44, mars 1999

La décision est tombée le 9 décembre 1998 de Matignon : “le Gouvernement décide de poursuivre les recherches dans deux laboratoires souterrains sur deux sites, l’un dans l’argile, à Bure dans la Meuse et l’autre dans le granit. Il décide donc de rechercher un nouveau site granitique susceptible d’accueillir un laboratoire souterrain. La recherche de ce site commencera dès le début de 1999.” Le choix du site de l’Est n’est une surprise pour personne. “Après vérification scientifique, un entreposage (en subsurface) dans le Gard sera envisagé.” Chaque département candidat est donc servi.

L’article 6 de la loi du 30 décembre 1991 sur les déchets nucléaires est pourtant très clair : “Tout projet d’installation d’un laboratoire souterrain donne lieu, avant engagement des travaux de recherche préliminaires, à une concertation avec les élus et les populations des sites concernés, dans les conditions fixées par décret“. La concertation avec les populations se fait attendre. Il y a bien eu une enquête publique, mais elle était présidée par Monsieur Jean Pronost, célèbre pour sa partialité et son incompétence. Lors de manifestations, son effigie a été brûlée, c’est dire si la concertation fût sereine… Des associations ont donc déposé un recours auprès du Conseil d’Etat qui a répondu qu’on pouvait renoncer aux “consultations des populations concernées” prévues par la loi et ne consulter que leurs “représentants” et que l’action du médiateur (le député Christian Bataille) avait permis “une expression de l’opinion des populations”. Une action devant la Commission Européenne des Droits de l’Homme a été déposée pour atteinte à la liberté d’expression par le CDR55.

Les “représentants de la population“, cela doit être les élus qui n’ont pas tous eu le courage de résister aux 10 millions de francs par an distribués pour “favoriser le développement économique de la zone concernée“… Là encore, la loi du 30 décembre 1991 n’évoque les mesures d’accompagnement qu’à propos de l’installation et de l’exploitation de chaque laboratoire souterrain, pas avant. Mais une lettre de mission ministérielle datée du 6 janvier 1994, a donné instruction à l’ANDRA de mettre à la disposition des départements qui auront été retenus pour les travaux préliminaires, un crédit d’environ 5MF. Le 30 avril 1996, dans une circulaire interministérielle (Industrie, Décentralisation, Budget), le Gouvernement a prévu de porter la dotation annuelle à 10 MF à compter de l’année suivant le dépôt des demandes d’autorisation et d’exploitation des laboratoires, c’est à dire au moment où les instances locales devaient se prononcer… Le texte de loi de 1991 est largement diffusé par l’ANDRA, ces circulaires ou lettres de missions ministérielles sont plus “discrètes”. Certains élus locaux parlent de corruption légale. Pendant l’installation et l’exploitation ce sont 60 MF par an qui tomberont. Au moment du choix de transformer l’unique laboratoire en centre de stockage, ce sera combien ?

“Le Gouvernement insiste sur son attachement à l’esprit et à la lettre de la loi du 30 décembre 1991” tient à préciser Matignon dans son communiqué de presse du 9 décembre 1998 ! Le même jour, le Gouvernement prétend retrouver la confiance de la population en matière de nucléaire en réformant les instances de contrôle. Ses propositions se basent sur le Rapport Le Déaut (voir le précédent numéro de l’ACROnique) qui ne va pas assez loin. C’est la nouvelle autorité indépendante de contrôle des installations nucléaires qui “sera garante d’une information complète et transparente“. Pour “promouvoir une réflexion citoyenne […] le gouvernement souhaite s’appuyer sur les organismes existants, à savoir le Conseil Supérieur de la Sûreté et de l’Information Nucléaires (CSSIN) et les Commissions Locales d’Information (CLI) […] qui auront un rôle renouvelé de débat public et de transparence des décisions prises.” La population ne sera donc qu’informée, dans la transparence, promis juré, mais ne sera pas consultée, ni associée aux décisions prises.


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La mesure du radon

FICHE TECHNIQUE extraite de l’ACROnique du nucléaire n°44, mars 1999


Bien que le radon soit invisible, inodore et sans goût, il est facile à détecter avec du matériel approprié. Le système E-PERM de Rad Elec, aux Etats-Unis, a été choisi par l’ACRO pour sa simplicité de mise en oeuvre, son faible coût et ses performances. La méthode de mesure est conforme à la norme AFNOR NF M 60-766.


 

photo Rad Elec

photo Rad Elec

Ce système est constitué de trois parties : un disque en Teflon chargé électriquement, appelé électret ; une bouteille en plastique comme chambre d’ionisation dans laquelle l’électret peut être vissé ; et un voltmètre pour mesurer la charge de l’électret. Quand la bouteille est fermée, l’électret est isolé et ne peut donc pas être déchargé par les ions créés par les radiations. Quand la bouteille est ouverte, le radon de la pièce peut entrer et l’électret attire les ions formés par sa désintégration. L’électret se décharge alors lentement. La diminution de la charge est proportionnelle à la concentration en radon et au temps de mesure. En mesurant la charge avant et après, la différence permet d’obtenir la concentration moyenne sur la durée de mesure. Il est important de noter qu’un filtre ne laisse passer que le radon, pas ses descendants. Mais le rayonnement gamma ambiant peut aussi entraîner des ionisations dans la bouteille. Il faut donc retrancher sa contribution en le mesurant directement sur place ou en utilisant une valeur moyenne.

Le système E-PERM permet d’obtenir une concentration moyenne en radon sur une courte durée, de 2 à 30 jours, ou sur une plus longue période pouvant aller de quelques mois à un an. On appelle un tel procédé un système intégrateur passif. A côté de la “chambre d’ionisation à électret”, il existe d’autres systèmes intégrateurs utilisant des charbons actifs, des films ou des liquides scintillants.

Il est aussi possible de faire des mesures instantanées de radon et de ses descendants dans l’air. A l’aide d’un système d’acquisition en continu, il est possible d’avoir des données régulièrement espacées dans le temps sur une période plus ou moins longue. Ces systèmes sont onéreux et comme la concentration fluctue beaucoup, en fonction de nombreux facteurs, ils sont plutôt utilisés pour faire de la surveillance dans l’industrie, en cas de problème ou pour rechercher une source de radon.

Le système E-PERM a l’avantage de rester stable, quelles que soient les conditions de température, d’humidité… Il a subi avec succès les tests de l’Agence pour la Protection de l’Environnement (EPA) et est également utilisé par les autorités compétentes en radioprotection européenne. Il peut être envoyé par la poste pour des mesures chez des particuliers, avec une simple notice d’utilisation.

Si vous voulez tester votre maison, il est préférable de se mettre dans des conditions pénalisantes. Les fenêtres et les portes doivent donc rester fermées autant que possible durant toute la durée de la mesure, et même 12 heures avant. Les pièces du rez-de-chaussée ou du sous-sol ont plus de risque d’être affectées. La bouteille devra être placée dans la pièce suspectée où vous passez le plus de temps, à une hauteur qui dépend des habitudes de vie (table de nuit dans une chambre à coucher, hauteur de la table dans un séjour…). Il est préférable de la laisser deux semaines sans la déplacer. La mesure finie, la bouteille doit être refermée et renvoyée à l’ACRO.

Si la concentration obtenue est supérieure ou égale à 200 Bq/m3, il est préférable de faire d’autres mesures pour confirmer ou de tester d’autres pièces. Dans ce cas, il est aussi recommandé de prendre des dispositions pour diminuer cette concentration. Si la concentration est inférieure à 200 Bq/m3, mais proche, il peut être raisonnable de refaire une mesure à une autre époque (en hiver par exemple).


Agrément radon pour la mesure dans les établissement recevant du public :

Dans le cadre des textes réglementaires récents concernant la gestion du risque radon dans les lieux accueillant du public, l’ACRO dispose d’un agrément relatif aux mesures de radon effectuées en vue d’un dépistage ou d’un contrôle pour vérifier les niveaux d’activité en radon définis en application de l’article R.1333-15 du code de la santé publique (niveau N1).

Cet agrément délivré par la « Commission Nationale d’agrément des organismes habilités à procéder aux mesures d’activité volumique du radon dans les lieux ouverts au public » est publié au Journal Officiel n° 200 du 28 août 2004 page 15448 et prend effet au 15 septembre 2004 pour une durée de 12 mois.

Textes de référence :
Articles R.1333-15 et R.1333.16 du code de la santé publique.
Arrêté du 15 juillet 2003 relatif aux conditions d’agrément d’organismes habilités à procéder aux mesures d’activité volumique de radon dans les lieux ouverts au public.
Arrêté du 23 octobre 2003 portant nomination à la Commission nationale d’agrément des organismes habilités a procéder aux mesures d’activité volumique du radon dans les lieux ouverts au public.
Circulaire DGS/SD 7 D n°2001-303 du 20 juillet 2001 relative à la gestion du risque lié au radon dans les établissements recevant du public (ERP).


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Énergie, chaleur et électricité

(extrait de l’ACROnique du nucléaire n°43, décembre 1998)

Qu’est ce que l’énergie ? C’est une notion couramment employée qui est pourtant difficile à définir. C’est une grandeur physique qui est associée au mouvement. Une voiture qui avance, une rivière qui coule possèdent une énergie liée au déplacement. L’énergie peut aussi se déplacer en « surfant » sur la matière. C’est le cas des vagues à la surface de la mer qui transportent de l’énergie sans que l’eau ne se déplace beaucoup. D’une manière générale, c’est aussi le cas de toutes les ondes et du courant électrique alternatif. On voit bien que ce type d’énergie est impossible à stocker. Peut-on entreposer un mouvement ?Si de l’eau est coincée dans un barrage et que l’on ouvre les vannes, elle va s’écouler sous l’effet de la gravitation et acquérir de l’énergie liée à son mouvement. Tant que l’eau reste dans le barrage, elle a le potentiel de s’écouler un jour. On a donc stocké une possibilité d’obtenir de l’énergie, c’est donc de l’énergie, dite potentielle. En pompant depuis le bas dâune vallée de lâeau dans un barrage en amont, on transforme l’énergie électrique de la pompe en énergie potentielle. Ce système est utilisé en Espagne en cas de surproduction. Une réaction chimique comme celle qui a lieu dans les batteries permet aussi de fournir ou de stocker de l’électricité.

C’est la même chose avec du gaz. La combustion va dégager de l’énergie sous forme de chaleur. La chaleur est associée aux mouvements désordonnés d’un grand nombre d’éléments, comme les molécules qui forment un gaz. Plus l’air est chaud, plus les molécules qui composent l’air s’agitent dans tous les sens. L’énergie dégagée par la fission nucléaire l’est aussi sous forme de chaleur. Les molécules d’eau dans une rivière ont un mouvement moyen qui correspond à l’écoulement auquel s’ajoute un petit mouvement désordonné qui dépend de la température de l’eau. C’est le mouvement moyen qui a un force motrice et qui est donc intéressant.

Or il est beaucoup plus facile de passer dâun état ordonné à un état moins ordonné que lâinverse. C’est la fameuse loi de l’entropie. Par exemple, si vous ouvrez une bouteille de parfum, elle va rapidement sentir, car des molécules du parfum sont sorties de la bouteille pour atteindre vos narines. Les molécules de parfum sont passée spontanément d’un état ordonné (elles sont toutes dans la bouteille) à un état moins ordonné où une partie d’entre elles se sont dispersées dans la pièce. Si vous ouvrez la fenêtre, vous allez obtenir un état encore plus désordonné. L’opération inverse qui consisterait à remettre toutes les molécules dans la bouteille est extrêmement complexe et nécessiterait beaucoup d’énergie.

C’est similaire avec l’énergie. Il est très facile de passer d’un courant électrique à de la chaleur, c’est à dire d’un mouvement ordonné à un mouvement désordonné. L’inverse n’est pas vrai : si on faire de l’électricité à partir de chaleur, c’est beaucoup plus difficile et cela consomme de l’énergie… Cela signifie que l’énergie électrique produite par rapport à l’énergie calorique dépensée est faible. Généralement moins de la moitié. Il est donc aberrant de retransformer cette électricité en chaleur.

On voit apparaître là le problème du chauffage électrique. Chez vous, toute l’énergie électrique consommée est transformée en chaleur, mais cette électricité a été produite à partir de chaleur… dont plus de la moitié est perdue. Il est donc plus raisonnable de chauffer avec de la combustion directement, sans passer par l’étape électricité.


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n°43, décembre 1998

L'ACROnique du nucléaire