Les enfants de Fukushima sont contaminés

Communiqué de presse du 30 juin 2011
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A la demande de citoyens japonais, l’ACRO a analysé les urines d’une dizaine d’enfants vivant dans la ville de Fukushima, à environ 60 km de la centrale nucléaire. Les résultats sont sans ambiguïté : toutes les urines sont contaminées en césium 134 et césium 137 à des concentrations allant de 0,4 à 1,3 becquerels par litre.

Cela signifie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous contaminés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont probablement aussi été en iode 131. Ce dernier élément disparaît plus vite et l’on ne le détecte plus.

Il est difficile à ce stade, d’évaluer la contamination du corps entier à partir de ces données. Mais ces résultats devraient inciter les autorités japonaises à mesurer systématiquement la contamination interne des habitants qui ont été exposés aux panaches radioactifs et de ceux qui vivent dans les territoires contaminés et qui sont donc vraisemblablement soumis à une contamination chronique. Cela peut se faire sans difficulté technique (par anthropogammamétrie).

Les résultats de la mesure de la contamination interne devront ensuite être pris en compte dans l’évaluation des doses reçues par la population.

Cela nous conforte aussi dans l’idée que la limite fixée par les autorités japonaises pour déterminer les zones d’évacuation est trop élevée. Elle est de 20 millisieverts pour la première année, ce qui est fortement critiqué par de nombreuses organisations dont l’ACRO. En effet, elle est deux fois plus élevée que la limite française en cas d’accident et 20 fois plus élevée que la limite maximale admissible pour le public en temps normal.

Or, le calcul de dose effectué par les autorités japonaises pour déterminer les zones d’évacuation ne prend pas en compte cette contamination interne qui est due à l’exposition directe au panache radioactif et/ou à l’alimentation contaminée. Et cette contamination interne vient s’ajouter aux autres voies d’exposition aux radiations dues à la pollution radioactive. Il est donc impératif d’abaisser la limite due aux autres voies d’exposition.

L’ACRO a reçu de nouveaux échantillons du Japon qu’elle continue d’analyser gracieusement en attendant de pouvoir ouvrir un laboratoire sur place dès qu’elle aura rassemblé les fonds nécessaires. Toute aide financière est la bienvenue.

Les résultats sont en ligne ici

Version anglaise

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The children of Fukushima are contaminated

Press release, June 30th, 2011 (Download pdf)


ACRO has analyzed urine of children living in Fukushima-city located at about 60 km of the Fukushima NPP. There is no ambiguity on the results: all samples are tainted by cesium 134 and cesium 137 at concentrations ranging from 0.4 to 1.3 becquerels per litre.

This means that these children between 6 and 16 years old are all contaminated by cesium 134 and cesium 137. There were also probably contaminated by iodine 131 that disappears quickly and cannot be detected now.

It is difficult to evaluate the contamination of the whole body from these data. It is a strong incitation for the Japanese authorities to systematically measure the internal contamination of the people exposed to the radioactive plumes and of the people living in the contaminated territories. This can be easily done (by anthropogammametry).

The results of the measurement of the internal contamination should then be taken into account in the evaluation of the dose absorbed by the population.

 This reinforces our opinion that the evacuation threshold fixed by the Japanese authorities is too high. Many NGO’s, including ACRO, have criticized this limit that is fixed at 20 millisieverts for the first year. It is 2 times larger that limit fixed by the French authorities in case of an accident and 20 times larger than the usual maximum permissible dose for the public.

 This internal contamination is due to the exposition to the radioactive plume and/or to the tainted food. It should be added to the other ways of exposition of the population due to the radioactive pollution. The limit of the permissible dose due to these other ways of exposition should be decreased.

Results online here

French version

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Iitate-mura : un village fortement contaminé à 40 km de la centrale de Fukushima

Communiqué de presse du 11 avril 2011 (Télécharger la version pdf)


La situation des quatre réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima est loin d’être sous contrôle et des rejets dans l’atmosphère et dans la mer se poursuivent. Mais, un mois après le début des quatre catastrophes nucléaires, les conséquences sont déjà dramatiques bien au-delà de la zone d’évacuation des 30 km.

A la demande de citoyens japonais, l’ACRO, laboratoire associatif d’analyse de la radioactivité créé il y a 25 ans, juste après la catastrophe de Tchernobyl, a analysé gracieusement des échantillons de terre et d’eau en provenance des municipalités de Iitate, de Kawamata et de Fukushima, situées entre 40 km et 50 km au Nord Ouest de la centrale accidentée.

Les résultats des analyses effectuées par l’ACRO, dont le laboratoire est agréé, démontrent une situation alarmante : le sol des fermes et des champs de riz est fortement contaminé en tous les points où des prélèvements ont été faits. De l’iode 131, des césiums 134, 136 et 137… et de nombreux autres radioéléments ont été détectés. Les résultats complets sont ici en français et en anglais.

La contamination par l’iode 131 est prépondérante. Les niveaux sont tels qu’il serait prudent d’évacuer le village d’Iitate : au lieu dit Maeda, nous avons détecté 1,9 millions de becquerels par mètre carré.

Malheureusement, cette situation alarmante va perdurer, à l’instar de ce que l’on a observé dans les territoires contaminés de la région de Tchernobyl. Car si l’iode et la plupart des autres radioéléments détectés vont disparaître rapidement par décroissance radioactive quand les rejets auront cessé, ce n’est pas le cas du césium 137 qui a une période radioactive de 30 ans, c’est-à-dire qu’il diminue de moitié tous les 30 ans.

Le sol des fermes et des champs de riz est aussi fortement contaminé en césium 137 partout où des prélèvements ont été faits. A titre de comparaison, le gouvernement japonais vient de fixer à 5 000 becquerels de césium 137 par kilogramme de terre la limite au-dessus de laquelle il ne sera pas possible de cultiver le riz. Tous les sols de Iitate mesurés par l’ACRO sont au-dessus de cette limite. Seul le champ de riz d’Iisaka dans la commune de Kawamata est en dessous. C’est le lieu dit Maeda situé dans la commune d’Iitate qui est plus contaminé avec 39 600 becquerels par kilogramme de terre.

A titre de comparaison avec la situation en Biélorussie, où un droit à la migration avait été instauré à partir d’une contamination radioactive de 185 000 becquerels par mètre carré et un droit au relogement à partir de 555 000 becquerels par mètre carré, nous avons aussi exprimés nos résultats dans cette unité. Presque toutes les zones contrôlées par l’ACRO sont au-dessus de ces limites.

Une cartographie précise des retombées des rejets aériens est impérative.

Cette contamination provient des dépôts secs et des pluies, comme en témoignent les niveaux relevés dans de l’eau de pluie prélevée dans une bassine.

Dès le 12 mars, l’ACRO a mis en ligne un suivi en continu des évènements au Japon. Quand il est devenu évident qu’il s’agissait d’une catastrophe de grande ampleur, nous avons lancé un appel à souscription pour venir en aide aux populations japonaises confrontées à la pollution radioactive. Nous sommes plus que jamais convaincus de la nécessité d’aider au développement au Japon d’une expertise citoyenne similaire à celles exercées par l’ACRO en France et par les habitants des zones polluées en Biélorussie. Nous continuons donc à faire appel à la générosité pour favoriser son émergence.

Enfin, dès l’annonce de l’arrivée des particules radioactives en France métropolitaine, nous avons mis en place une surveillance de tout le territoire national à l’aide de notre réseau de préleveurs volontaires. Les résultats sont aussi en ligne ici.

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Le nucléaire japonais une nouvelle fois secoué

Revue de presse japonaise.

ACROnique du nucléaire n°81, juin 2008


Le lundi 16 juillet 2007 à 10h13 un tremblement de terre d’une magnitude de 6,8 a secoué la province de Niigata au Nord-Ouest du Japon. Il fut suivi par de nombreuses répliques, dont certaines très fortes. De nombreux dégâts matériels et 11 morts sont à déplorer. Lors d’un séisme d’une telle magnitude, il est difficile de tenir debout et dans de nombreux autres pays, il y aurait eu beaucoup plus de victimes et de dégâts matériels. Niigata avait déjà été touchée en octobre 2004 par un tremblement de terre de magnitude 6,8, qui avait fait 65 morts et plus de 3.000 blessés. Il s’agissait du séisme le plus meurtrier au Japon depuis la secousse de magnitude 7,3 qui avait dévasté Kobe en 1995, tuant plus de 6.400 personnes.

Rapidement, plusieurs chaînes de télévision ont cessé leurs programmes habituels pour se consacrer uniquement aux conséquences du séisme. Des images prises par hélicoptère étaient diffusées en boucle et très regardées en ce jour férié. Parmi elles, celles du transformateur en feu de l’un des réacteurs de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa ont particulièrement inquiété. Alors que la presse était déjà sur place et que tout le pays était prévenu, personne n’intervenait pour tenter d’éteindre l’incendie. La centrale semblait déserte. Il faudra attendre 2h pour que le feu soit maîtrisé. Que s’est-il passé dans la plus grande centrale nucléaire du monde ? L’opérateur, Tokyo Power Electric Compagny (TEPCO), avait été au cœur d’un scandale en 2003 pour avoir caché des fissures dans cette même centrale et falsifié les rapports de sûreté. (ACROnique du nucléaire n° 59, décembre 2002) En mars, les Japonais avaient déjà appris, ahuris, que cette société avait caché au pays une série d’incidents nucléaires survenus dans ses centrales au cours des vingt dernières années. Un de ces accidents était survenu en 1993 dans une centrale nucléaire gérée par TEPCO à Fukushima. Le second s’était produit en 2000 dans la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, touchée par le tremblement de terre. Les dirigeants de la société ont expliqué qu’à chaque fois, ils avaient réussi à «gérer la situation». En clair : à éviter le stade critique d’une réaction en chaîne incontrôlée. (Libération.fr, 17 juillet 2007)

Lors du séisme, 3 réacteurs sur 7 étaient déjà à l’arrêt pour maintenance. Les quatre autres se sont arrêtés automatiquement, comme il se doit. Dès le lendemain, la presse écrite s’est félicitée de la bonne tenue des réacteurs nucléaires. Juste une petite fuite radioactive de liquide de refroidissement est à déplorer dans le réacteur n°6 déjà à l’arrêt. 1200 litres rejetés en mer, qui n’auraient eu aucun impact sur l’environnement. Une centaine de fûts de déchets faiblement contaminés (sur 22 000 entreposés) ont en outre été renversés et le contenu de certains d’entre eux s’est répandu. Une contamination pouvant atteindre 0,5 Bq/cm2 (5 000 Bq/m2) a été rapportée.

Deux jours après le séisme, TEPCO a fini par admettre une cinquantaine de dysfonctionnements et de dommages concernant la sûreté. Bref, que des problèmes a priori mineurs et tout semblerait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, s’il n’y avait eu cet incendie qui a marqué tout le pays. “Je reconnais qu’il y a eu une certaine inefficacité dans nos mesures” de lutte anti-incendie, s’est excusé le président de TEPCO, Tsunehisa Katsumata, après s’être fait morigéner par le ministre de l’Economie et de l’Industrie, Akira Amari. La lenteur avec laquelle fût réglé l’incident “pourrait amener les gens à ne plus faire confiance à l’énergie nucléaire”, s’est inquiété le ministre. Le renforcement de la sûreté de la centrale pourrait prendre plus d’un an et a fait chuter de 4 % puis de 6% le cours de l’action de TEPCO dans les deux jours qui ont suivi le séisme.

Plus de 40% des habitations de Kashiwazaki et Kariwa qui ont été inspectées sont dangereuses et pourraient s’effondrer en cas de répliques. 10 000 personnes ont été évacuées dans une centaine d’abris et l’on dénombre 350 habitations détruites. Des dizaines de milliers de foyers ont été privés de gaz et d’électricité. Les trains ont recommencé à circuler le 31 juillet à Niigata. Mais à cette date, seulement 15% des habitations de Kashiwazaki-Kariwa ont du gaz. A la mi-août 2007, les victimes du tremblement de terre ont commencé à emménager dans des logements provisoires. Jusqu’à cette date, 780 personnes étaient encore réfugiées dans des gymnases, des écoles ou d’autres abris proposés par les autorités. 1182 foyers sont prévus jusqu’à la fin août.

Un an plus tard, si la vie a repris un cours quasi-normal, la centrale est toujours fermée et personne ne sait quand elle pourra redémarrer. Ni même si elle le pourra… Que s’est-il passé ?

Un risque d’incendie sous-estimé

Bien que chaque réacteur ait sa brigade incendie, l’équipe du réacteur n°3 a découvert qu’il n’y avait pas d’extincteur chimique disponible et qu’il n’y avait pas assez de pression pour utiliser les lances à incendie. Ils ont donc décidé d’appeler les pompiers, mais la porte de la salle avec la ligne directe était bloquée par des objets tombés lors des secousses. Ils ont donc utilisé le numéro public.

Le feu s’est déclenché immédiatement après le séisme, à 10h13. Les pompiers, prévenus 14 minutes plus tard, ont immédiatement décidé d’envoyer 9 véhicules de secours comme prévu pour un incendie dans une centrale nucléaire. Mais il n’y avait plus de véhicules ou de pompiers disponibles. Ils étaient tous appelés ailleurs. La caserne a donc demandé à TEPCO d’éteindre le feu par elle-même. A 11h, les pompiers ont finalement pu envoyer un véhicule spécialisé dans les incendies chimiques avec 5 hommes à bord qui étaient en congé ce jour-là. Ils sont arrivés 30 minutes plus tard et il leur faudra 10 minutes pour éteindre le feu. Puis 3 autres véhicules avec 12 hommes ont été envoyés car le commandement des pompiers était incapable d’évaluer la situation suite à des problèmes de communication. Ces trois véhicules sont arrivés à 12h30 quand le feu était éteint. Pendant tout ce temps-là, les pompiers ont reçu 130 appels au secours. Ils n’étaient manifestement pas préparés à faire face à une situation aussi complexe et ont donc l’intention de revoir leur organisation.

TEPCO a eu de la chance car le feu aurait pu être beaucoup plus grave. Il y a deux ans, l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) avait déjà prévenu la compagnie que le dispositif de prévention et de lutte contre les incendies était insuffisant. Suite à une inspection effectuée en novembre 2004, l’organisation internationale avait publié un rapport en juin 2005 dans lequel elle déplorait

  • qu’il n’y ait pas d’équipe de prévention des incendies ;
  • que certains pompiers volontaires de la centrale ne soient pas entraînés et que d’autres ne participent pas aux inspections régulières ;
  • que le comité incendie ne se soit pas réuni depuis 2 ans.

Suite à ce rapport, TEPCO avait organisé un exercice avec les pompiers municipaux et l’AIEA avait considéré le problème réglé lors de son inspection de mai 2007… Il s’agissait du quatrième feu de l’année. « On ne peut pas démentir que le feu aurait pu prendre dans plusieurs transformateurs » a avoué un représentant de la compagnie. Plusieurs étaient endommagés et de l’huile a fui de 5 autres transformateurs endommagés par le séisme.

L’incendie du transformateur serait dû à la consistance du sol, révélant ainsi un nouveau point faible des centrales nucléaires. Le support du transformateur s’est enfoncé dans le sol de 50 cm et est entré en contact avec la partie électrique, causant ainsi un court-circuit ou un échauffement. Il semblerait que le système de protection incendie ait aussi été endommagé par le tremblement de terre : le sol sous un réservoir de fioul s’est enfoncé de 1,6 m, endommageant les tuyaux d’adduction d’eau.

M. Suda, le sous-chef de la prévention des incendies des pompiers, a eu très peur lors du feu du transformateur. En observant la scène, il n’a jamais imaginé qu’un tremblement de terre puisse causer tant de dégâts. Si du fioul avait fui d’une canalisation souterraine, le désastre aurait été bien plus grand et il n’aurait pas été possible d’éteindre l’incendie. Son rapport à la mairie de Kashiwazaki a convaincu les autorités locales à demander l’arrêt de la centrale. Les sept réacteurs ont été arrêtés par la loi sur la prévention des incendies car les réservoirs de fioul qui servent à alimenter les générateurs de secours ne sont pas sûrs. C’est la première
fois au Japon que cette loi s’applique à une centrale nucléaire.

Suite à l’incendie non maîtrisé, le Ministère de l’Industrie a interrogé les opérateurs du nucléaire sur leurs capacités d’intervention : le résultat est plutôt inquiétant. Seulement la moitié des 10 opérateurs a une ligne directe vers les pompiers et de quoi éteindre un incendie chimique. Aucun n’a d’équipe propre en astreinte 24h/24 h.

TEPCO a promis d’équiper ses 3 centrales (17 réacteurs) de système d’extinction des feux d’origine chimique et d’organiser ses propres secours.

Quant à la fuite de liquide de refroidissement de la piscine d’entreposage des combustibles irradiés, elle ne sera découverte qu’à 12h50. Il faudra encore 6 heures pour réaliser que le liquide était radioactif. Le rejet dans la mer du Japon ne sera rapporté qu’à 20h28 le jour même. D’autres piscines de déchets ont aussi débordé, inondant ainsi les étages supérieurs du bâtiment des réacteurs. L’estimation de la quantité de radioactivité rejetée en mer est passée de 60 000 à 90 000 becquerels.

L’opérateur a reconnu que la radioactivité a fui pendant 3 jours de la centrale, et ce sont les inspecteurs gouvernementaux qui ont trouvé la fuite d’iode au niveau d’une cheminée du réacteur n°7. Le système de ventilation n’a pas été arrêté comme prévu. Dans un communiqué de presse daté du 19 juillet, TEPCO reconnaît une fuite en Mer du Japon provenant du réacteur n°6 : 90 000 Bq et une fuite d’iode, de chrome et de cobalt gazeux et particulaires du réacteur n°7 (environ 400 MBq). Mais ce serait sans conséquence pour la santé et l’environnement… Les inspecteurs ont découvert plus tard que les gaines des systèmes de ventilation conduisant à la cheminée de rejet ont été déplacées par le tremblement de terre. Si les réacteurs concernés avaient été en fonctionnement, cela aurait conduit à d’autres fuites radioactives.

Les annonces de fuite de radioactivité risquent de menacer la saison touristique de la province de Niigata. 5 jours après le tremblement de terre, 48 000 annulations ont été enregistrées. Le club de foot italien de Catane a annulé sa venue au Japon. Les 12 plages de Kashiwazaki sont désertes alors que l’an dernier elles ont attiré plus d’un million de visiteurs. Les anti-nucléaires japonais rencontrés se désolaient que les rejets légaux de l’usine de retraitement des combustibles irradiés qui doit démarrer en 2008, n’aient pas droit au même traitement médiatique. Ils sont pourtant beaucoup plus élevés.

Des vagues de plus d’un mètre

L’eau s’est échappée de la piscine d’entreposage du combustible usé, elle a ensuite fui en suivant des câbles électriques et des gaines de climatisation. Plus d’1,2 m3 se sont ainsi retrouvés en dehors de la zone contrôlée avant d’atteindre la mer. Un officiel a avoué n’avoir jamais imaginé que de l’eau de la piscine puisse inonder une autre partie du réacteur car il y a plus d’un mètre entre le niveau de l’eau et le bord de la piscine. Les six autres piscines ont aussi débordé, mais sans fuite en dehors de la zone contrôlée.

La piscine du réacteur n°3 contient aussi du combustible MOX dans lequel du plutonium est mélangé à de l’uranium en préparation du programme « pluthermal » qui consiste à brûler du plutonium dans les réacteurs. C’est pourquoi elle est surveillée en permanence par des caméras. Ce n’est pas le cas des autres piscines. Des vagues de plus d’un mètre ont été provoquées par le séisme. Les images prises toutes les 6 secondes par une caméra de sécurité, montrent que des bulles blanchâtres sont apparues au milieu de la piscine, avant de donner des vagues. L’eau n’étant qu’à 40 cm du bord, les vagues ont provoqué un débordement. Plus de 30 minutes après la fin de la secousse, les vagues persistaient. L’eau des bassins d’entreposage du combustible a débordé dans les 7 réacteurs.

La secousse a aussi provoqué la rupture d’un tuyau d’amenée d’eau et l’inondation du sous-sol d’un des réacteurs. L’eau est arrivée jusqu’au 5ième sous-sol en zone contrôlée. Plus de 2000 tonnes d’eau ont pénétré dans un réservoir contenant des eaux usées, provoquant son débordement et une inondation avec 48 cm d’eau. L’inondation a apparemment endommagé les pompes qui envoient l’eau contaminée vers un système de filtration. Jamais les ingénieurs de TEPCO n’auraient pu imaginer cela.

Quatre inondations en zone contrôlée ont été découvertes par TEPCO le 26 juillet 2007. Selon l’exploitant, les 30 tonnes d’eau seraient de l’eau de pluie qui se serait infiltrée après les fortes précipitations de la veille. L’eau serait passée par des fissures provoquées par le séisme, mais ne serait pas radioactive. Les serviettes en papier qui ont servi à éponger la zone seront néanmoins stockées comme déchet radioactif car elles proviennent de la zone contrôlée. L’inspection du cœur du réacteur n’a pu commencer qu’après avoir décontaminé la zone.

Deux employés ont été éclaboussés par de l’eau radioactive lors du tremblement de terre quand l’eau de la piscine de combustibles irradiés du réacteur n°1 a débordé. D’autres employés ont eu leurs chaussures et chaussettes mouillées par les inondations des réacteurs n°1, 5 et 6. Certains d’entre eux ont dit que l’eau est entrée en contact avec la peau. L’eau était cependant très faiblement radioactive. Ce n’est que 3 semaines après le séisme que TEPCO en a fait l’annonce, car le sous-traitant aurait tardé à lui transmettre l’information.

Il faudra attendre le 26 juillet pour que TEPCO admette que le cœur des réacteurs ait pu être endommagé. La grue du réacteur n°6 qui sert à soulever le couvercle de la cuve venait d’être vérifiée avant le séisme. Son axe de rotation est maintenant endommagé, mais il n’y aurait aucun risque qu’elle tombe sur le cœur du réacteur. Tant que cette grue de 310 tonnes n’est pas réparée, il n’est pas possible d’inspecter le cœur du réacteur.

TEPCO a finalement commencé à inspecter le cœur du réacteur n°7 à l’automne 2007. Le couvercle a été soulevé en vue de retirer le combustible du réacteur et le transférer dans une piscine adjacente. La compagnie a commencé par inspecter les barres de contrôle qui sont formées d’un matériau qui absorbe les neutrons pour contrôler ou arrêter la réaction en chaîne. Lors du tremblement de terre, toutes les 205 barres de contrôle de 4 m de long ont bien été insérées dans le cœur pour arrêter le réacteur. Après avoir retiré 106 barres, les employés ont découvert qu’une barre restait bloquée. La raison n’est pas encore connue, mais on peut penser à une déformation due au séisme.

Des failles dans les études sismiques

L’épicentre du séisme a été localisé à 2 km au large de Kashiwazaki, 17 km sous la mer du Japon. Une des puissantes répliques, avec une magnitude de 5,8 avait son épicentre à terre. Les experts de l’Agence de météorologie ont analysé la distribution des répliques et ont découvert que la faille en mer se prolonge jusque sous la centrale, à une profondeur de 20 km. Or une des conditions préalables à la construction d’une centrale, est de ne pas être située sur une faille…

Quand TEPCO a inspecté les fonds marins avant la construction de la centrale, elle a repéré 4 failles, mais a aussitôt conclu qu’elles n’étaient pas actives… La compagnie a reconnu que c’était bien une de ces zones qui est à l’origine du tremblement de terre. Quelle est donc la fiabilité de ses études ? L’exploitant a annoncé qu’il allait refaire une étude détaillée du fond marin à proximité de la centrale endommagée afin d’étudier les failles et leurs mouvements passés. En 2005, suite à une plainte déposée par des opposants, la haute cour de Tokyo avait jugé qu’il n’était pas nécessaire de fermer la centrale de Kashiwazaki-Kariwa car il n’y avait pas de faille active à proximité du complexe nucléaire… Le ministère de l’économie a fini par admettre le 25 juillet qu’il n’avait pas inspecté suffisamment les failles avant d’autoriser la construction de la centrale. Une commission indépendante, présidée par le Prof. Haruki Madarame de l’université de Tokyo a été chargée d’étudier la résistance des réacteurs aux séismes.

La nouvelle expertise rendue publique à l’automne 2007 a découvert 4 nouvelles failles sous marines à proximité de la centrale. Un responsable de TEPCO a affirmé que la compagnie avait fait du mieux qu’il était possible à l’époque et qu’elle était consciente qu’il lui fallait réévaluer les failles avant que le séisme ne frappe durement la centrale. Puis au cours de l’hiver 2007, TEPCO a fini par admettre qu’elle savait depuis 2003 qu’il y avait des failles actives faisant une vingtaine de kilomètres de long près de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa qui pouvaient conduire à des séismes d’une magnitude 7. Elle a aussi révélé l’existence d’autres failles de 20 à 40 km à proximité de la centrale, pouvant provoquer un tremblement de terre encore plus puissant, d’une magnitude 7 à 7,5. Il y aurait une autre faille de 9 km pouvant provoquer un séisme d’une magnitude de 6,5. Les nouvelles données ont été transmises à l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, mais n’ont pas été rendues publiques. La centrale risque donc d’être fermée pour au moins un à deux ans.

TEPCO a donc sous-estimé les failles qui courent à proximité de la centrale endommagée. La compagnie avait annoncé avoir détecté des failles au niveau de 15 points d’observation sur 42 dans les années 70 et 80 et avait ensuite demandé l’autorisation d’y construire une centrale nucléaire. Cependant, les nouvelles expertises et l’évaluation des données ont montré que les failles touchaient 27 points d’observation ! La longueur totale des failles atteint maintenant 20 km, contre 7 à 8 km auparavant. « Il est naturel de penser que les failles sont connectées quand elles apparaissent dans une même zone. C’est le bon sens et c’est dans les manuels scolaires ! » s’est exclamé Takashi Tanaka, un professeur à l’Institut Technologique de Hiroshima. Et d’ajouter que le gouvernement a une lourde responsabilité en ne détectant pas ces erreurs. Un des responsables de l’autorité de sûreté accepte la critique en admettant que leur évaluation n’était pas suffisante, mais affirme avoir fait de son mieux avec les connaissances de l’époque. « Si TEPCO avait été capable d’estimer correctement l’alignement de cette faille en étudiant les fonds sous-marins, elle aurait pu prévoir un tel séisme », a déclaré un membre du laboratoire national des failles actives.

Le plus inquiétant, c’est que la centrale n’avait pas été prévue pour faire face à un séisme d’une telle intensité. Les centrales ont été conçues pour résister à une secousse limite qui est supposée n’être jamais atteinte, 6,5 dans le cas de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Or le séisme du 16 juillet était d’une magnitude de 6,8… En septembre 2006, pour la première fois en 28 ans, l’autorité japonaise de sûreté nucléaire a décidé de réviser les standards avec une amplitude de référence implicite de 6,8[1]. Le Citizens’ Nuclear Information Center, organisation antinucléaire japonaise basée à Tokyo, pense qu’en attendant, il faut arrêter d’urgence les réacteurs qui ne satisfont pas aux nouvelles exigences. Dans un éditorial, le quotidien Asahi appelle à la révision de la sûreté des 55 centrales japonaises et se demande si les nouvelles règles ne sont pas déjà obsolètes.

Les sismographes installés près du réacteur ont enregistré des secousses au moins deux fois plus élevées que ce qui a été prévu pour le réacteur. Une accélération Nord-Sud de 267-311 gals a été enregistrée, alors que le maximum prévu était de l’ordre de 167-274 gals. Le Gal, tiré du nom du physicien et astronome Galilée, est une unité de mesure de l’accélération. Un Gal correspond à une accélération d’un centimètre par mètre par seconde carrée (1 cm/s2). Les secousses ont atteint 322-680 gals dans la direction Est-Ouest. Le réacteur n°1 a subi les plus fortes accélérations (311 gals N-S et 322 gals E-O). Sur les 7 réacteurs l’accélération verticale a atteint les 205-488 gals, contre 273 gals prévus pour 6 d’entre eux.

Quelques jours plus tard, d’autres données toujours préliminaires annoncées par TEPCO ont mis en évidence une accélération horizontale de 2058 gal, soit environ 2,5 fois plus que ce qui avait été prévu. Cela est probablement la plus forte accélération jamais enregistrée dans un réacteur nucléaire. Des détecteurs de 5 réacteurs ont enregistré des accélérations supérieures à 1000 gal. La turbine du réacteur n°1 a subi une accélération 6,8 fois plus forte que prévu. Un sismographe à proximité de la grue endommagée a enregistré une accélération de 1541 gal, ce qui aurait pu décrocher la grue et endommager le réacteur.

TEPCO a avoué que les enregistrements de 63 sismographes sur 97 de la centrale de Kashiwasaki-Kariwa ont été perdus suite au séisme. Les sismographes étaient supposés transmettre en ligne à Tokyo leurs données, mais suite au séisme, les lignes téléphoniques ont été saturées et les données perdues pendant 30 à 90 minutes. Cela risque de limiter sérieusement l’étude de l’impact du séisme sur la centrale.

Une catastrophe imminente ?

La région de Niigata à Kobe est particulièrement sujette aux tremblements de terre de forte intensité. Le dernier séisme vient renforcer cette idée qu’il y a de nombreuses failles actives dont certaines n’ont pas encore provoqué de secousses. Il f aut donc se préparer à d’autres catastrophes. Parmi ces problèmes rencontrés lors de ce séisme, certains sont similaires à ceux observés à la centrale de Shika lors du tremblement de terre de la péninsule de Noto. Le complexe nucléaire japonais ne tire pas volontiers les leçons de ce qui s’est passé ailleurs. Il faudra attendre le 22 juillet pour que Tokyo accepte le principe d’une inspection de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Le Japon est le pays nucléarisé qui a le plus à craindre des séismes. La technologie a été importée de pays où ce risque est nettement moindre. Est-elle bien adaptée au Japon ? Si une barre de contrôle du réacteur devait être endommagée par une secousse tellurique, il deviendrait plus difficilement contrôlable. L’implémentation de mesures anti-sismiques a un coût que les compagnies ne sont pas toujours prêtes à assumer.

Dans un point de vue publié dans l’Asahi Shimbun du 11 août 2007, Katsuhiko Ishibashi, professeur au centre de recherche pour la sûreté et la sécurité urbaine, de l’université de Kobe déclare : « J’avais prévenu qu’un grand tremblement de terre allait frapper la région du Chuetsu près de Kashiwazaki, dans la province de Niigata et averti que les centrales nucléaires étaient fondamentalement vulnérables.

La secousse d’une magnitude de 6,8 du 16 juillet a causé des dommages considérables à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa exploitée par TEPCO, prouvant que j’avais raison. Durant ces 40 dernières années au cours desquelles le Japon a construit des centrales nucléaires, l’activité sismique a été, heureusement ou malheureusement, relativement calme. Pas une installation n’a été touchée par une forte secousse. Le gouvernement, ainsi que l’industrie nucléaire et le monde académique, se sont tous habitués à sous-estimer les risques potentiels causés par les séismes de grande magnitude.

Cependant, depuis l’époque du grand tremblement de terre de Hanshin qui a dévasté Kobe en 1995, presque tout l’archipel japonais est entré dans une période d’une brusque activité sismique. Ces deux dernières années, de forts tremblements de terre ont eu lieu à proximité de réacteurs nucléaires : la centrale de Onagawa dans la préfecture de Miyagi (Août 2005), la centrale de Shika dans la préfecture de Ishikawa (mars 2007) et la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. A chaque fois, l’amplitude des mouvements du sol a dépassé les critères de résistance sismique des réacteurs nucléaires. La dernière secousse près de Kashiwazaki a entraîné une accélération du sol qui a atteint les 993 gals, à comparer aux 450 gals prévus lors de la conception.

C’est ce genre de danger qu’une nation très sujette aux tremblements de terre doit s’apprêter à affronter quand elle exploite de nombreux réacteurs nucléaires. Il y en a en fait 55.

Ce qui s’est passé à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa ne peut pas être décrit comme « inattendu ». Ce qui s’y est passé aurait pu être bien pire. Si l’épicentre du séisme avait été un peu plus vers le sud-ouest, en direction de la centrale et si la magnitude avait été de 7,5 – comme le tremblement de 1964 dans la province de Niigata – et si tous les 7 réacteurs avaient été en fonctionnement, un « genpatsu-shinsai », une combinaison d’un tremblement de terre et d’une fusion du cœur du réacteur aurait pu avoir lieu. Cela aurait été un événement catastrophique où les dégâts causés par le tremblement de terre et par les fuites radioactives se seraient aggravés mutuellement.

La période de forte activité sismique va continuer pour une autre quarantaine d’années, voire plus. A moins que des mesures radicales soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales nucléaires, le Japon pourrait souffrir d’une véritable catastrophe nucléaire dans le futur proche. Le risque de voir un tel cauchemar est particulièrement grand pour la centrale de Hamaoka dans la préfecture de Shizuoka et pour le groupe de centrales de la baie de Wakasa dans la province de Fukui. Un accident sérieux sur ces installations pourrait bouleverser les grandes métropoles autour de Tokyo, Nagoya et Osaka.

La dernière secousse a mis en évidence les erreurs fatales des anciennes normes sismiques. Mais même les nouvelles normes qui sont entrées en application en septembre, la première révision en 28 ans, sont toujours sérieusement inappropriées car elles sous-estiment l’amplitude du mouvement du sol.

J’étais un membre du panel d’experts qui a développé ces nouvelles normes, mais j’ai démissionné lors de la dernière étape du travail en août dernier pour protester contre la position du groupe sur ce problème. Ce défaut doit être corrigé au plus vite en tirant les leçons de ce qui s’est passé à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa.

TEPCO a été critiquée pour n’avoir pas pris suffisamment en compte les failles sous marines actives de la région. De nombreux experts pensent qu’une étude complète suivant les nouvelles normes permettra d’éviter une telle erreur dans le futur. Mais un tremblement de terre d’une magnitude 7,3 peut secouer directement une zone où même une recherche sismique parfaite ne pourrait pas découvrir de faille active.

Ainsi les normes devraient exiger qu’un réacteur nucléaire, quelle que soit sa localisation, puisse supporter des accélérations du sol causées par un séisme d’une magnitude de 7,3, soit environ 1000 gal. En fait les nouvelles normes n’exigent que 450 gal. Ce chiffre doit être augmenté de façon significative et toutes les centrales nucléaires devraient être ré-éxaminées à la lumière de ces nouveaux critères. Les installations qui ne peuvent pas être remises aux nouvelles normes selon ces critères devraient être fermées.

Le point le plus important n’est pas seulement que les nouvelles normes ne sont pas à la hauteur de l’enjeu, mais aussi que le système de contrôle est dans la pagaille. C’est TEPCO qui est à blâmer d’avoir sous-estimé la faille active près de Kashiwazaki-Kariwa et d’avoir négligé le problème en concevant les réacteurs. Dans une précédente colonne de l’Asahi Shimbun du 16 septembre 2006, j’avais fait remarquer qu’une faille active avait été négligée lors du processus qui a conduit à la conception de la centrale de Shimane dans la préfecture de Shimane, ce qui constitue une sérieuse négligence des inspections de sûreté. Mais rien n’a été fait pour régler ce problème, démontrant ainsi l’irresponsabilité des autorités de sûreté nucléaire. L’expert qui avait conseillé la compagnie et qui a pris part à l’inspection de la sûreté – la personne responsable de la sous-estimation de la ligne de failles – a toujours une place importante dans le panel de l’Agence de Sûreté nucléaire et industrielle. Un officiel de cette agence a déclaré récemment qu’il n’y aurait pas de nouvelle révision des normes sismiques, pas pour le moment. […]

Le Parlement devrait contrôler la politique de sûreté nucléaire défaillante du gouvernement en prenant en compte les problèmes posés par le récent séisme afin de proposer une réforme radicale de l’approche gouvernementale et de garantir la sûreté du parc nucléaire. Autrement, il n’y a pas de futur viable pour la sûreté nucléaire japonaise. »

Un groupe de scientifiques et d’ingénieurs a appelé le 22 août à la fermeture de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa car un autre séisme de grande ampleur est possible. Ils réclament une inspection détaillée du cœur du réacteur n°1 et du sol des environs. Cependant, ces inspections ne doivent pas être menées dans le but de redémarrer la centrale. Tant que l’on ne connaît pas l’état des réacteurs, la centrale doit être fermée. Ils réclament une expertise pluraliste avec des discussions ouvertes qui n’excluent pas la fermeture définitive de la centrale.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire japonaise a déclaré que la résistance des centrales nucléaires aux tremblements de terre ne devait être considérée comme acquise et qu’il fallait faire preuve d’une grande humilité en la matière. Et d’en appeler à plus de transparence en matière de sûreté de la part des compagnies de production d’électricité après la révélation de 10 000 cas de falsification ou de dissimulation liés à des problèmes dans les centrales nucléaires, avec, en particulier l’accident de criticité qui a été caché en 1999 par Hokuriku Electric Power Co.

Tout le parc nucléaire dans les « marges de sécurité »

Chugoku Electric Power Co a annoncé qu’elle allait réévaluer la résistance de sa centrale de Shimane (région de Hiroshima) qui est située à proximité d’une dizaine de failles sous-marines. La compagnie connaît l’existence de ces failles situées de 6 à 51 km, mais les avait jugées sans danger étant donné leur taille et leur distance. Elle va donc faire procéder à une étude plus approfondie du sous-sol marin afin de « garder la confiance de la population locale ». Des études avaient été conduites en vue de la construction d’un troisième réacteur prévu pour 2011 et avaient conclu à l’innocuité des 10 failles répertoriées. Une association locale, qui s’oppose à l’extension de la centrale, espère que ces nouvelles recherches seront indépendantes et exhaustives et précise qu’elles auraient dû être conduites avant la décision de construire le troisième réacteur. La compagnie espère aussi pouvoir brûler du MOx dans son deuxième réacteur.

Takashi Nakata, professeur à Hiroshima Institute of Technology, avait mis en avant des erreurs méthodologiques dans l’évaluation du risque sismique qui n’ont pas été prises en compte par la compagnie et les autorités. « S’ils se sentent concernés par la sécurité des résidents, ils ne devraient pas exclusivement faire des études, mais aussi reconnaître qu’ils n’ont pas remarqué toutes les failles et commencer immédiatement à renforcer la résistance des réacteurs 1 et 2. »

Suite à la découverte d’une faille à proximité de la centrale de Matsué qui fait 20 km de long au lieu des 10 km initialement connus, Chugoku Electric Power Company a estimé que la faille pourrait provoquer une secousse d’une magnitude de degré 7, ce qui correspondrait à une accélération de 600 gals, soit le double de ce qui était prévu jusqu’à maintenant pour le réacteur n°1. Pour le réacteur n°2, c’est 398 gals qui sont prévus, et 456 gals pour le n°3. Mais un responsable de la compagnie prétend que la centrale peut supporter une telle secousse et qu’il n’est pas nécessaire de renforcer la résistance de la centrale. Cependant, la compagnie basée à Hiroshima va mener des études de réévaluation des risques liés aux tremblements de terre et soumettre les résultats à l’Autorité de Sûreté Nucléaire japonaise.

Le professeur Koike, spécialiste des réacteurs à l’université de Kyoto, est très inquiet pour le réacteur de Hamaoka, dans la préfecture de Shizuoka où les experts gouvernementaux prévoient un séisme de magnitude 8 dans les 30 prochaines années avec une probabilité de 87%. Des études faites autour de la centrale de Hamaoka depuis 2005 pour connaître les mouvements passés de la croûte terrestre ont mis en évidence une périodicité de 100 à 200 ans des séismes au cours des 8000 dernières années, avec des mouvements de grande envergure il y a environ 4800 ans, 4000 ans et 2400 ans. Un grave accident nucléaire dans cette centrale pourrait toucher directement l’agglomération de Tokyo. Bien que la centrale de Hamaoka ait été conçue pour supporter une secousse de magnitude 8, rien n’indique que cela se passera comme prévu. Pour Hitoshi Sato, de l’autorité de sûreté nucléaire, les protocoles de sécurité ont fonctionné correctement à Kashiwazaki-Kariwa, mais certains l’attribuent à la chance car les prévisions ont été dépassées. Et d’ajouter « qu’il y aura toujours un tremblement de terre de forte magnitude inattendu. On a affaire à la nature. Ce serait mentir que de dire que nos recommandations sont suffisantes. Le minimum est de tirer les leçons des séismes plus forts que prévus et de réduire les risques. »

Les quatre réacteurs de Hamaoka ne seront pas fermés par la justice. 27 résidents avaient porté plainte en 2003 en craignant pour leur vie suite aux alertes lancées par des scientifiques. Ils ont été déboutés, le juge estimant que les mesures ad hoc ont bien été prises et que leur vie n’est pas en danger. Les plaignants vont faire appel. Les travaux effectués par Chubu Electric pour renforcer la résistance aux séismes ont, semble-t-il, convaincu la Cour qui a aussi débouté 1846 autres plaignants qui demandaient l’arrêt temporaire des réacteurs.

Si les centrales nucléaires japonaises subissaient une secousse similaire à celle de Niigata, cela dépasserait la limite de conception dans tous les cas, sauf un. C’est ce qui se dégage du premier bilan rendu public le 22 septembre 2007 effectué par les opérateurs du nucléaire, qui se sont voulus rassurants : avec les marges de sécurité prévues, cela n’entraînerait pas d’accident grave. Il y a pourtant une forte probabilité qu’il y ait une faille active d’une quinzaine de kilomètres sous l’usine de retraitement à Rokkasho, selon des universitaires, pouvant provoquer un séisme de magnitude 8. Seul un réacteur expérimental de Tokai-mura a été conçu pour résister à une telle accélération. Pour les 47 autres réacteurs et les 3 autres installations nucléaires dont la toute nouvelle usine de retraitement, les valeurs excèdent la résistance prévue pour des pièces importantes comme des tuyaux. Toutes ces installations n’auraient tenu que grâce aux marges de sûreté. Ce sont les accélérations enregistrées au niveau le plus bas des réacteurs 1 et 4 qui ont servi de base aux calculs Cependant, certains experts estiment que les accélérations prises en compte sont sous-estimées car les mesures ont eu lieu dans les bâtiments et non au niveau du sol pour lequel les données ne sont pas disponibles à cause de la défaillance d’un sismographe. Il est important de bien comprendre comment le sol bouge pour pouvoir transposer à d’autres conditions géologiques.

L’accélération horizontale maximale qui pourrait être mesurée en cas de séisme est beaucoup plus grande que ce qui était admis jusqu’à présent, si l’on en croit les rapports des compagnies d’électricité japonaises rendus publics en avril 2008. Et c’est vrai pour toutes les centrales. Par exemple l’accélération est plus de 1,5 fois plus forte à Fukushima, exploitée par TEPCO, où à Tokai-mura qui est le centre de recherche national sur l’énergie nucléaire.

Les rapports révèlent aussi qu’il y a des failles juste en dessous et à proximité de deux installations : le surgénérateur Monju et la centrale voisine de Mihama exploitée par KEPCO, mais les exploitants restent confiants et affirment que cela ne remet pas en cause la sûreté des installations. En 1985, des citoyens avaient porté plainte estimant que les risques sismiques avaient été sous-estimés et, après 10 ans de procédures judiciaires, ils ont finalement été déboutés en 2005 par la Cour Suprême de Tokyo sous le prétexte qu’il n’y avait pas de faille active… L’agence qui exploite Monju espère le redémarrer en octobre de cette année.

Parmi les nouvelles failles « decouvertes », nombre d’entre elles auraient du être prises en compte avec les recommandations précédentes. Dans le passé, les exploitants et les autorités avaient prétendu avoir pris en compte le risque sismique, fait des études exhaustives et interdit la construction de centrales juste au dessus d’une faille. Pour l’Autorité de Sûreté Nucléaire, cela est dû à de meilleures connaissances en sismologie. Mais pour le Professeur Nakata, les compagnies doivent d’abord faire leur mea culpa si elles veulent regagner la confiance du public. Dans leurs évaluations précédentes, les compagnies ne font que répondre à la demande et aux critères d’évaluation de l’Autorité. C’est toute cette logique qu’il faut repenser.

Les compagnies affirment que, même si le séisme maximum venait frapper leurs installations, les parties primordiales des réacteurs, comme le cœur, tiendraient le coup. En fait, elles sont en train d’affirmer que les réacteurs nucléaires sont résistants à toutes les situations, même si une faille est en dessous. Mais il n’y a pas de chiffres précis. Les compagnies affirment que les réacteurs tiendraient, même avec des séismes de 5 à 10 fois plus forts, sans pouvoir dire combien exactement. Cela n’est pas très rassurant pour le public. Aussi bien les compagnies que l’Autorité de Sûreté Nucléaire doivent être plus rigoureuses dans leurs expertises, note le quotidien Yomiuri.

Suite à une erreur informatique, Hitachi a sous-estimé pendant 28 ans la résistance de la tuyauterie des réacteurs japonais à un séisme. 17 réacteurs dispersés sur 10 sites sont concernés sans que cela affecte sérieusement la sûreté, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire qui a demandé aux 7 compagnies concernées de corriger l’erreur et de prendre des mesures pour que cela ne se reproduise plus.

Une pénurie d’électricité

La fermeture des 7 réacteurs de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa est arrivée quelques semaines avant le pic de demande en énergie lié aux fortes chaleurs de l’été. Seuls 35 réacteurs nucléaires sur les 55 que compte le pays étaient en fonctionnement. Parmi les réacteurs à l’arrêt, il y a le réacteur N°1 de la centrale de Shika exploité par Hokuriku Electric Power Co, suite à la révélation en mars dernier qu’un accident de criticité avait été caché en 1999. Il faudra donc remettre en service de vieilles centrales à charbon qui émettent beaucoup de CO2. TEPCO a estimé à 2% l’augmentation des émissions de CO2 du pays pour 2007, soit 28 millions de tonnes.

Comme tous les étés, TEPCO doit faire face à une forte demande en électricité à cause de la climatisation. L’arrêt de sa plus grosse centrale, avec une capacité de 7112 MWe rend la situation critique et fait craindre des coupures de courant. Le 21 août, avec 34,2°C à Tokyo, la demande a atteint les 60 130 MWe, alors que la capacité maximale de la compagnie est de 62 300 MWe. 1°C au-dessus de 30°C induit 1 700 MWe électriques supplémentaires. Parmi les mesures d’urgence prévues par la compagnie, il y a le barrage de Shiobara qui peut générer 900 MWe et l’arrêt de la fourniture d’électricité à un millier de gros consommateurs qui ont des contrats spécifiques, soit 1270 MWe. L’autorisation de l’exploitation du barrage avait été suspendue en mai 2007 car la compagnie avait prélevé plus d’eau dans la rivière qu’elle n’y était autorisée. Cependant, devant le risque de rupture d’approvisionnement, l’exploitation du barrage a été rétablie du 30 juillet au 7 septembre 2007. Le 23 août, l’opérateur a dû, pour la première fois depuis 1990, avoir recours à des mesures d’urgence afin d’éviter la panne générale. Ainsi, selon un communiqué de TEPCO, la firme a activé une clause spéciale de ses contrats qui lui permet d’obliger ses 1 250 plus gros clients industriels à réduire leur consommation électrique. Elle a demandé à 23 compagnies de réduire drastiquement leur consommation entre 13 et 17h. Elles ont toutes accepté de coopérer. Les compagnies d’électricité voisines ont aussi transféré du courant sur Tokyo. Il faisait 37°C à Tokyo et les particuliers ont été appelés à réduire leur consommation.

Pour faire face à la pénurie d’électricité, TEPCO a lancé une campagne de publicité incitant ses clients à réduire leur consommation durant l’été en agissant essentiellement sur la température de climatisation. Selon une étude conduite par la compagnie auprès de 2000 ménages et 160 entreprises et commerces, cela a entraîné l’économie de la production de l’équivalent d’un réacteur nucléaire environ (1 100 MWe). Les ménages ont contribué pour moitié à la baisse.

Cette situation est appelée à se reproduire les années à venir. La centrale d’Onagawa exploitée par Tohoku Electric Power Co, qui avait été secouée par un séisme dépassant les prévisions, n’a obtenu l’autorisation de redémarrer, qu’après presque 2 ans d’arrêt.

Monsieur Tanaka, un ancien ingénieur de chez Hitachi qui a participé à la construction de centrales nucléaires avant de rejoindre le mouvement anti-nucléaire, estime que les dommages ne seront perceptibles qu’après une inspection microscopique de tout le cœur du réacteur. C’est long et coûteux. Il craint donc que TEPCO se contente d’une inspection superficielle et que l’autorité de sûreté nucléaire fasse de même.

TEPCO sera peut-être amenée à augmenter ses tarifs car elle risque d’être dans le rouge durant l’année fiscale 2008 pour la première fois en 29 ans, c’est à dire depuis le choc pétrolier. La compagnie ne prévoit pas de redémarrer rapidement sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa et doit compenser avec des centrales classiques aux hydrocarbures dont les prix s’envolent. Elle prévoit donc de rénover ses centrales thermiques au gaz et au charbon et d’avancer la construction des nouvelles pour faire face à la demande en électricité. L’augmentation de ses coûts de 600 millions de yens (4 millions d’euros environ) ne prend pas en compte les réparations de la centrale nucléaire endommagée car l’étendue des dégâts n’est pas encore connue. La compagnie ne sait pas encore comment réduire ses coûts de fonctionnement.

Pourtant, l’argent de TEPCO coule à flots depuis le tremblement de terre. Elle a donné 3 milliards de yens (20 millions d’euros environ) à la région, et embauché en CDD de nombreuses personnes. Elle a offert de doubler l’indemnité de voyage à ses employés et leur famille s’il choisissent Niigata comme destination. Selon la compagnie, 78% auraient répondu à l’appel. En contrepartie, l’agence de tourisme a invité ses membres à ne pas critiquer le nucléaire devant ses clients. Les employés sont aussi invités à acheter des produits de Kashiwazaki à l’aide d’un site web mis en place spécialement. Les employés de TEPCO ont dépensé 400 millions de yens (2,6 millions d’euros environ), soit 5 fois plus que ce qu’espérait la chambre de commerce locale. Certains s’inquiètent et pensent que la compagnie tente d’acheter les consciences pour pouvoir redémarrer plus vite. Mais un directeur régional s’en défend en affirmant qu’il souhaite aider au mieux les habitants locaux qui ont accepté sa centrale nucléaire. Le Ministère de l’Economie et de l’Industrie (METI) a aussi annoncé une donation de 4,1 milliards de yens (27 millions d’euros environ) d’aide à la reconstruction de Kashiwazaki-Kariwa en ponctionnant dans le budget gouvernemental de soutien à la construction des réacteurs. Un officiel du gouvernement a expliqué qu’il n’était pas question d’accélérer le redémarrage de la centrale, mais que cela serait désastreux si les autorités locales s’y opposaient. La fermeture définitive de la centrale constituerait un manque à gagner de 110 milliards de yens annuellement (730 millions d’euros environ) et la perte de 6000 emplois.

Une agence des Nations Unies basée à Genève, a estimé que le tremblement de terre de l’été était la catastrophe la plus coûteuse de l’année 2007.

Rendre les centrales nucléaires beaucoup plus résistantes aux tremblements de terre risque de coûter plus que ce que le Japon est prêt à payer. Il y a un an, quand les autorités ont demandé aux opérateurs d’augmenter la résistance de leurs réacteurs par rapport à la magnitude 6.5 qui était la précédente valeur de référence, elles n’ont imposé aucun minimum, laissant les compagnies décider par elles-mêmes. Alors que des tremblements de terre de magnitude 7, voire 8 sont possibles au Japon, il paraît prudent d’imposer de telles valeurs comme référence. Mais cela risque d’être au-delà des moyens financiers des compagnies d’électricité.

Acharnement

En attendant, Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) a repris ses tests de l’usine de retraitement construite par AREVA après 4 mois de suspension suite à la découverte d’erreurs de calcul dans la résistance aux tremblements de terre d’un équipement fourni par Hitachi-General Electric. Les opposants au démarrage de l’usine de retraitement des combustibles irradiés de Rokkasho ont transmis en janvier 2008 une pétition avec 850 000 signatures demandant de repenser la stratégie nucléaire. Ce qui inquiète le plus les riverains, ce sont les rejets attendus de l’usine.

KEPCO vient d’obtenir l’autorisation d’utiliser du combustible MOx dans les réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Takahama. Une première autorisation avait été obtenue en 1999, puis suspendue après la découverte que les données sur la qualité des pastilles avaient été falsifiées. La compagnie espère pouvoir démarrer son programme en 2011.

L’exploitant du surgénérateur Monju, qui est fermé depuis 1995 suite à une fuite de sodium, a été autorisé à remplacer son combustible en vue d’un redémarrage prochain. Le rechargement a eu lieu en mai 2008.

Le Ministère de l’Economie et de l’Industrie (METI) a donné son feu vert à la construction d’un nouveau type de réacteur nucléaire destiné à brûler du plutonium de retraitement sous forme de combustible MOx. Il s’agit d’une version améliorée des réacteurs à eau bouillante. Dans les réacteurs actuels, seul un quart à un tiers du combustible peut être sous forme de MOx, alors qu’avec cette nouvelle technologie, c’est tout le cœur qui sera constitué de MOx, au bout de 5 à 10 ans de phase de test et une introduction progressive. Les travaux de construction devraient commencer en mai à Aomori, à proximité de l’usine de retraitement, pour être opérationnel en 2012. D’un coût de 470 milliards de yens (3 milliards d’euros environ), il s’agit du premier réacteur construit selon les nouvelles normes anti-sismiques de 2006.

Les plans initiaux prévoyaient 16 à 18 réacteurs classiques utilisant du MOX d’ici 2010. Mais, pour le moment, aucun réacteur n’est autorisé à utiliser du MOx au Japon. Et donc pas un gramme du plutonium extrait en France et au Royaume-Uni, et que le pays s’apprête à extraire dans sa nouvelle usine de Rokkasho, n’a été recyclé ! Le stock de plutonium s’élevait à une trentaine de tonnes fin 2006.

Dans un livre blanc paru en mars 2008 la commission de l’énergie atomique du Japon a conclu qu’il fallait augmenter l’utilisation de l’énergie nucléaire pour combattre le réchauffement climatique. Elle a aussi ajouté que les compagnies d’électricité devaient améliorer la résistance de leurs réacteurs aux séismes. Et de se féliciter du démarrage de l’usine de retraitement et des efforts du pays à tenter de recycler le plutonium. Enfin, la commission regrette que TEPCO et Hokuriku Electric Power Company aient caché des accidents de criticité.

Pour finir, l’autorité de sûreté nucléaire japonaise a classé « l’incident » de Kashiwazaki-Kariwa au niveau 0 moins, soit le plus bas, sur l’échelle internationale INES. Pour le quotidien Yomiuri Shimbun, ce classement est incompréhensible pour le public. Que penser du fossé entre la perception du public et celle des autorités ? En effet, l’échelle INES ne concerne que les incidents ou accidents nucléaires, pas les tremblements de terre. Puisqu’il n’y a eu qu’une fuite minime, l’incident est classé très bas. Pour le journal, la compagnie et l’autorité de sûreté ne devraient pas se satisfaire d’un tel classement et réévaluer la résistance des réacteurs nucléaires aux tremblements de terre.

Il y a eu d’autres cas par le passé où le classement est apparu comme sous-évalué aux yeux du public. Quand 5 employés sont morts brûlés par un jet de vapeur dans la centrale de Mihama en 2004 ou quand le surgénérateur a été arrêté suite à une fuite de sodium en 1995, les « incidents » avaient été classés au niveau 1.

David Boilley.


[1] Les nouvelles règles de septembre 2006 imposent de remonter jusqu’à 130 000 ans en arrière en prenant en compte l’activité des failles.

Ancien lien

Des fissures dans la filière plutonium au Japon

Lettre d’information du réseau sortir du nucléaire n°20, janvier-février 2003.


Un nouveau scandale vient de secouer l’industrie nucléaire japonaise [1] : Tokyo Electric Power Co. (TEPCO), aurait falsifié 37 rapports de sûreté depuis la fin des années 80. Cela concerne 13 des 17 réacteurs de la première compagnie d’électricité du pays et plusieurs d’entre eux fonctionnent actuellement avec des fissures et de nombreuses autres anomalies. Par exemple, en juin 1994, TEPCO avait annoncé une fissure de 2,3 m dans l’enveloppe du réacteur n°1 de Fukushima en minimisant le nombre total de fissures. La cuve a ensuite été changée en 1998. Quand des inspecteurs gouvernementaux sont venus inspecter l’ancienne cuve, les fissures non-révélées ont été cachées sous des feuilles plastiques. Un rapport de l’agence pour la sûreté nucléaire et industrielle fait aussi état de cas particulièrement « malicieux » où des pièces métalliques ou de la peinture ont été utilisées pour dissimuler les parties endommagées ou réparées en secret, notamment sur le circuit de refroidissement primaire. La compagnie a reconnu les dissimulations. Les quatre principaux dirigeants ont donné leur démission et de nombreux cadres ont été rétrogradés.

Réactions en chaîne

Devant l’ampleur du scandale, des langues se sont déliées. D’autres compagnies d’électricité ont admis avoir falsifié des rapports de sûreté ou omis de mentionner des défauts dans les réacteurs. Tohoku Electric Power Co a ainsi considéré qu’il n’était pas nécessaire de signaler les fissures détectées dans le circuit de refroidissement de la centrale d’Onagawa, sous prétexte qu’elles ne posaient aucun risque en termes de sûreté. Des sous-traitants comme Hitachi et Toshiba ont reconnu avoir falsifié des rapports d’inspection à la demande de leurs clients. La nouvelle révélation la plus grave concerne probablement à nouveau TEPCO qui est soupçonnée d’avoir fabriqué des données de contrôle d’herméticité de ces réacteurs. Il s’agit là d’une accusation bien plus grave que les fissures dissimulées, car cela concerne l’enceinte de confinement supposée retenir la radioactivité en cas d’accident. Les contrôles sont classés au niveau le plus haut par l’autorité de sûreté. Cela n’a pas empêché TEPCO d’inventer des séries de données quand les mesures auraient pu alarmer les inspecteurs ou trafiquer un instrument de mesure afin qu’il donne un taux de fuite faible. Lors d’une inspection, elle a pompé secrètement de l’air à l’intérieur du réacteur pour compenser la fuite connue, de façon à ce que le taux de fuite mesuré satisfasse les normes.

L’association anti-nucléaire Mihama, a aussi reçu des documents internes à TEPCO montrant qu’une fuite de plutonium et d’autres radioéléments avait contaminé l’environnement de la centrale de Fukushima entre 1979 et 1981, sans que les autorités ou la population locale ne soient prévenus [2]. La compagnie a reconnu la fuite, mais en minimise les conséquences, comme d’habitude.

Un régime de complaisance

C’est un ancien travailleur de General Electric International qui, en juillet 2000, a alerté l’autorité de sûreté. Celle-ci a d’abord fait la sourde oreille, seule une question orale a été posée à TEPCO. Quand il a proposé de coopérer, son offre a d’abord été refusée. Il a fallu six mois aux autorités pour demander des comptes par écrit à TEPCO et elles ont transmis une copie des courriers de l’informateur, avec son identité ! Donner son nom est une faute grave, d’autant plus qu’il avait demandé à rester anonyme pour pouvoir retrouver du travail. L’autorité de sûreté est aussi accusée de lenteur et d’inefficacité, ce qui a conduit le ministre de l’industrie à reconnaître que « deux ans c’est trop long. » Quand le scandale a éclaté, le ministre s’est dit scandalisé que TEPCO ait trahi la confiance du public alors que l’énergie nucléaire est un des piliers de la politique énergétique de la nation. Cela devrait retarder l’introduction du MOx dans la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, un maillon important de la politique gouvernementale du combustible nucléaire.

Aux dernières nouvelles, les 4 dirigeants démissionnaires de TEPCO seraient réintégrés comme conseillés avec tous les avantages matériels…

La population inquiète

Les premières révélations ont eu lieu à la fin août 2002 et d’autres ont suivi durant tout l’automne. La population, sondée par la presse, se dit très inquiète par la situation dans laquelle se trouve le parc électronucléaire du pays. Tout le monde se souvient que l’explosion qui avait eu lieu à Tokaimura dans une usine de conversion d’uranium [3], un des accidents les plus graves de l’industrie nucléaire, était due essentiellement au laxisme des exploitants qui n’avaient pas respecté les règles de sûreté. Plus de 600 personnes avaient été irradiées et des riverains viennent de porter plainte pour obtenir des compensations [4]. Les municipalités et provinces concernées par TEPCO ont donc demandé l’arrêt des réacteurs suspectés et l’abandon du programme « pluthermal » qui vise à l’introduction de combustible MOX. Fin octobre, 10 des 17 réacteurs de TEPCO sont à l’arrêt, suite au scandale ou à des inspections de routine, sans que l’alimentation électrique de la capitale ne soit perturbée.

La filière plutonium remise en cause

Le Japon est en train de finir la construction d’une usine de retraitement des combustibles irradiés à Rokkasho dans le nord de l’île principale pour en extraire du plutonium. Cette usine, dont les premiers tests devraient avoir lieu en 2003, est prévue pour prendre le relais de l’usine de La Hague, en France, pour la production nationale. Pourtant, le pays ne dispose actuellement d’aucun débouché pour le plutonium. Le surgénérateur Monju est arrêté depuis 1995 suite à une fuite de sodium et une falsification du rapport d’expertise de l’accident en 1997. Le programme MOX, qui vise à introduire du plutonium mélangé à de l’uranium dans des réacteurs ordinaires, vient de subir de nouveaux revers. Kansai Electric Power Co. (KEPCO) qui prévoyait aussi d’introduire du MOX dans ses réacteurs a dû y renoncer suite au scandale concernant la falsification des données de contrôle par le producteur, British Nuclear Fuel Limited (BNFL) [5]. Le combustible incriminé a été renvoyé en Grande-Bretagne cet été. KEPCO a également demandé à COGEMA de suspendre la fabrication du combustible MOX pour sa centrale de Takahama, parce que le fabriquant ne pouvait pas démontrer que les assemblages satisfaisaient les nouvelles règles établies par le gouvernement japonais [6]. La pression politique s’était donc intensifiée sur les municipalités et régions concernées par les centrales de Fukushima et Kashiwazaki-Kariwa, gérées par TEPCO, pour qu’elles acceptent que le MOX soit chargé. Suite à ce nouveau scandale, la compagnie s’est résignée à repousser sine die l’introduction du MOX dans ses réacteurs.

Du plutonium militaire ?

L’acharnement du gouvernement japonais à développer sa filière plutonium malgré les nombreux revers subis peut surprendre. En plus de l’introduction du MOX, il espère aussi redémarrer le surgénérateur de Monju capable de transformer du plutonium « civil » en plutonium « militaire ». L’explication est donnée par d’un des leaders de l’opposition, Ichiro Ozawa, qui a affirmé récemment, « nous avons plein de plutonium dans nos centrales nucléaires, il nous est possible de fabriquer de trois à quatre milles têtes nucléaires » [7]. En raison de son histoire, le Japon rejette officiellement les armes nucléaires suivant trois principes énoncés en 1959 par le Premier ministre, « pas de production, pas de possession et pas d’introduction ». Le dernier principe a déjà été violé par l’armée américaine qui a utilisé des îles japonaises comme base nucléaire [8]. Les autres probablement aussi. Le Japon possède toute la technologie nécessaire à la production de l’arme nucléaire et à son déploiement. En particulier, son programme de lanceur de satellites lui donne accès à des missiles inter-continentaux. Il s’est aussi engagé dans la course à l’arme de quatrième génération en développant un programme de « recherche fondamentale » consacré à la fusion par laser [9].

Pendant ce temps, le premier chargement de combustible MOX français, arrivé au Japon en septembre 1999, attend dans la piscine de la centrale de Fukushima en compagnie du combustible irradié. Tout un symbole. Les autres chargements ont rejoint, eux aussi, une piscine de déchets…


[1] Sur ce scandale, lire la revue de la presse japonaise faite par l’ACROnique du nucléaire n°59 de décembre 2002.

[2] Les documents sont disponibles sur son site Internet http://www.jca.apc.org/mihama

[3] Sur cet accident, on pourra lire, Criticality Accident at Tokai-mura – 1 mg of uranium that shattered Japan’s nuclear myth, de Jinzaburo Takagi et the Citizens’ Nuclear Information Center, (http://www.cnic.or.jp/english/books/jco-apply.html) ou en français, Tokaï-mura : un grave accident qui devait arriver, revue de la presse internationale de l’ACROnique du nucléaire n°47, décembre 1999.

[4] The Japan Times: Aug. 20, 2002

[5] Sur cette affaire, on pourra se reporter au site Internet en japonais de l’association Mihama qui en est à l’origine ou lire en français, La fin du retraitement en Grande-Bretagne ?, extrait de la revue de presse internationale de l’ACROnique du nucléaire n°49, juin 2000.

[6] Le communiqué de presse de la compagnie, daté du 26 décembre 2001, est disponible en anglais à l’adresse suivante :
http://www.cnic.or.jp/english/news/misc/melox.html

[7] Mainichi Shimbun, 7 avril 2002 et The Guardian, 8 avril 2002

[8] How much did Japan know ?, by Robert S. Norris, William M. Arkin, and William Burr, Bulletin of the Atomic Scientists, January/February 2000, Vol. 56, No. 1, http://www.thebulletin.org

[9] Sur ce sujet, lire, Vers une quatrième génération d’armes nucléaires ?, ACROnique du nucléaire n°46, septembre 1999 et Liaisons dangereuses en recherche et armement, ACROnique du nucléaire n°57, juin 2002

Ancien lien

Tôkaï-mura : un grave accident qui devait arriver

Revue de la presse internationale de l’ACROnique du nucléaire n°47, décembre 1999


Devant l’importance de l’évènement, la revue de presse internationale ne sera consacrée qu’à cet accident. Les autres informations seront reprises dans les revues de presse suivantes.


Un sentiment d’apocalypse

Le jeudi 30 septembre, vers 15h30, une cinquantaine de familles ont été évacuées dans un rayon de 200m autour de l’usine de traitement de l’uranium de Tôkaï-mura, à 120 km au Nord-Est de Tôkyô, suite à une fuite de radioactivité survenue à 10h15 le matin même. 150 personnes sont concernées par cette mesure et la zone a été fermée à la circulation. En outre, environ 320 000 habitants résidant dans un rayon de 10 km avaient été avisés par hauts parleurs, à partir de 12h30, de demeurer chez eux et de fermer leurs fenêtres. Trois employés de l’usine ayant été exposés aux radiations ont été transportés par hélicoptère à l’hôpital. Deux des trois ouvriers ont dû être portés sur des brancards par des secouristes portant des masques et des combinaisons anti-radiations avant d’être placés dans un département stérile. Le troisième homme a pu marcher jusqu’à l’institut et est soigné dans un service normal. Les dépêches d’agence suivantes feront état d’un nombre grandissant de personnes irradiées, pour atteindre finalement 69 personnes, dont des riverains et des secouristes. Le même jour, une autre dépêche AFP, rappelle les accidents nucléaires les plus graves de l’histoire, laissant présager la gravité de ce dernier. A 19h, plus de 5 000 familles étaient encore confinées chez elles. Un responsable de la ville de Tôkaï-mura a indiqué le même jour que la pluie maintenait le niveau de radiation élevé à proximité du site de l’accident.

Voici les règles diffusées à la radio et à la télévision le lendemain de l’accident, selon une dépêche AFP :
— Vous pouvez empêcher totalement les effets des substances radio-actives en vous calfeutrant chez vous.
— Le niveau des radiations autour du site peut changer en raison du vent et de la pluie mais ailleurs il est extrêmement bas et ne représente pas de menace pour la santé.
— A tout hasard, abstenez-vous d’aller dehors. Fermez portes et fenêtres, n’utilisez pas les ventilateurs ou la climatisation.
— Si vous devez absolument utiliser un véhicule, fermez les fenêtres.
— Abstenez-vous de moissonner jusqu’à nouvel avis de la préfecture.
— Abstenez-vous de boire l’eau de puits ou l’eau de pluie mais l’eau du robinet est potable.
Rues désertes, magasins et écoles fermées, fenêtres closes malgré la chaleur : Tôkaï-mura ressemblait vendredi matin à une ville fantôme. Des policiers, dont le visage est protégé par des masques, limitaient les entrées et les sorties. Les autorités tentaient de calmer les inquiétudes des habitants. ” Il n’y a plus de risque de nouvelles émissions de radiation “, a expliqué un responsable municipal, dont la voix était relayée par les haut-parleurs accrochés dans les rues. La circulation des trains locaux a été suspendue.

Selon l’Agence pour la Science et la Technologie, la dose à la limite du site était de 0,84 mSv par heure alors que la norme pour la population est de 1 mSv par an. A 17h, le jour de l’accident, la dose mesurée au sud du centre a atteint 4 mSv par heure. (Yomiuri Shimbun, 1/10/1999)

Les deux ouvriers, Husachi Ouchi, âgé de 35 ans, et Masato Shinohara, âgé de 39 ans, présentent des symptômes, dus à de fortes radiations, qui sont difficiles à soigner. Le troisième ouvrier, Yutaka Yokokawa (54 ans), est également dans un état sérieux. Environ la moitié des personnes ayant subi des radiations d’un tel niveau sont menacées de mort dans les trente jours suivants (AFP, 1/10/1999). Ils affirment avoir vu une lueur bleue et selon une estimation de l’Agence pour la Science et la Technologie (STA), la dose qu’ils auraient reçue atteint 17 000 mSv pour l’un d’entre eux,  10 000 et 3 000 pour les deux autres. Ces chiffres ont été obtenus en mesurant le taux de sodium 24 dans leur sang, car ils ne portaient pas de badges (qui de toute façon auraient été illisibles car surexposés). A l’heure où nous bouclons le journal, ils sont toujours en vie grâce à un effort thérapeutique extraordinaire, mais le premier d’entre eux est dans un état très grave. 109 employés étaient présents sur le site au moment de l’accident et ils vont tous subir des tests médicaux (Yomiuri, 4/10/1999).

Un accident de criticité

Le village de Tôkaï abrite un complexe nucléaire important, avec une usine de retraitement des combustibles irradiés, une usine de traitement de l’uranium et des réacteurs expérimentaux. La majeure partie de la population y travaille. L’usine où a eu lieu l’accident appartient à la Japan Nuclear Fuels Conversion Company (JCO), filiale du trust Sumitomo. ” Elle effectue la conversion d’hexafluorure d’uranium (UF6) enrichi en uranium 235, en oxyde d’uranium (UO2), en vue de la fabrication de combustible nucléaire. La conversion est réalisée par un procédé en ” voie humide ” : l’uranium, sous forme d’UF6 gazeux à l’origine, est transformé en présence d’eau, puis d’ammoniaque avant d’être calciné dans un four pour obtenir de la poudre d’oxyde d’uranium ” précise l’IPSN le soir de l’accident. Il s’agit d’une opération à risque : les neutrons émis lors de la fission d’un noyau d’uranium 235 peuvent déclencher d’autres fissions et provoquer ainsi une réaction en chaîne qui est difficilement contrôlable et qui s’accompagne d’un fort dégagement d’énergie et de rayonnement. Lorsqu’une masse suffisante de matériau fissible est rassemblée, une telle réaction peut démarrer toute seule. On parle alors de masse critique et d’accident de criticité. C’est l’accident le plus redouté par l’industrie nucléaire. Le Yomiuri ajoute que, le jour de l’accident, l’uranium était importé de France et destiné au surgénérateur expérimental Jôyô (1/10/1999). Cela signifie que le taux d’enrichissement est supérieur à la normale (18,8 % d’U235 au lieu de 5 %) et que l’uranium devait être mélangé à du plutonium pour en faire du MOx par la suite. Dans ce cas la masse est beaucoup plus faible. D’après les responsables, l’usine produit habituellement 718 tonnes par an de combustible nucléaire enrichi à 5%. Une ou deux fois par an environ, ce taux est plus élevé et l’usine n’est pas équipée pour prévenir et arrêter une réaction en chaîne (Asahi, 1/10/1999).

Une quantité de 16 kg d’uranium a été versée dans une cuve de décantation, habilitée à n’en recevoir que 2,3 kg. La masse critique ayant été dépassée, cette mise en présence de matière nucléaire fissile a déclenché une réaction nucléaire en chaîne incontrôlée avec une émission intense de rayons gamma et de neutrons. La réaction nucléaire a tendance à disperser l’uranium et donc la réaction s’arrête, mais dans une cuve, l’uranium se remélange et la réaction repart. Ce cycle s’est répété plusieurs fois pendant des heures. La réaction est favorisée par l’eau dans la solution qui a tendance à ralentir les neutrons, comme dans un réacteur nucléaire, et par l’eau de refroidissement qui entoure la cuve et qui a tendance à réfléchir les neutrons vers la cuve. (New Scientist, 9/10/1999). Les autorités japonaises estiment à 22.5 kilowatt-heure l’énergie dégagée par la réaction (Yomiuri, 5/11/1999)

” La conversion de l’UF6 en UO2 dans les usines françaises de fabrication de combustible est effectuée par un procédé en ” voie sèche ” : l’UF6 gazeux est transformé directement en poudre d’UO2 dans un four en température, par action de vapeur d’eau et d’hydrogène gazeux. Quel que soit le procédé de conversion d’uranium enrichi en uranium 235, des dispositions doivent être prises à l’égard des accidents de criticité. ” ajoute l’IPSN.

Des employés sacrifiés

Ce n’est que vers 3 h du matin, le vendredi, que des employés ont tenté d’arrêter la réaction en pompant l’eau de refroidissement entourant le récipient et en versant du borate de sodium pour absorber les neutrons. 16 d’entre eux ont alors été sérieusement irradiés. 6 auraient reçu des doses supérieures à 50 mSv et même jusqu’à 91 mSv pour l’un d’entre eux. (Asahi, 1/10/1999) Un membre de la commission gouvernementale de sécurité nucléaire a confirmé la fin de la ” criticité ” sur le site à 6H15 vendredi matin, près de vingt heures après son déclenchement, mais les mesures de confinement de la population ont été maintenues. 29 heures après le déclenchement de la réaction, le gouvernement a finalement levé la mesure de confinement. Seuls les habitants à moins de 350 mètres du site n’ont pu retrouver leur logis et les alentours proches de l’usine sont restés interdits d’accès. (AFP, 1/10/1999) La commission de sûreté nucléaire a alors pris le risque d’exposer 16 employés à plus de 100 mSv, qui est la dose maximale en cas d’accident, pour arrêter la réaction. Après l’accident de Tchernobyl, la CIPR avait recommandé d’augmenter cette limite à 500 mSv, mais le Japon n’avait pas suivi (Yomiuri, 8/10/1999). Les ouvriers qui sont intervenus ont pris des doses bien supérieures à ce qui avait été estimé auparavant car leur dosimètre n’avait que 2 chiffres ! Ainsi la personne qui est allée la première pour photographier la cuve avant d’intervenir a pris une dose de 120 mSv et non 20 mSv comme annoncé. Cela a été reconnu par la STA le 15 octobre. (Magpie News report n°20, 16/10/99)

L’environnement contaminé

Le gouvernement japonais a levé le samedi la dernière mesure de sécurité : quatre-vingt trois habitants ont été autorisés en fin d’après-midi à retrouver leur foyer, plus de deux jours après en avoir été évacués dans l’urgence. Tout est donc officiellement retourné à la normale à l’extérieur immédiat du site, mais la récolte de riz qui s’annonce va être placée sous surveillance. (AFP, 2/10/1999) Il a, en outre, reconnu que la réaction des pouvoirs publics avait été trop lente. (AFP, 1/10/1999) Ces retards auraient pu être extrêmement graves pour la santé publique. La cinquantaine de familles qui vivaient dans un périmètre de 350 mètres autour de l’usine n’a reçu l’ordre d’évacuer les lieux que… cinq heures après l’accident. Or, selon les experts, les rayonnements radioactifs émis par la matière en fission pouvaient passer à travers un mur de béton de 2 mètres d’épaisseur. (Libération 6/10/1999)

” Nous n’avons détecté aucun signe de contamination qui pourrait affecter (la population) au delà des zones situées à proximité (de l’usine où s’est produit l’incident) “, a affirmé un responsable du département de sécurité nucléaire de l’Agence des Sciences et Technologies du gouvernement. Le gouvernement a classé l’incident survenu à l’usine de Tokaï-mura dans la ” catégorie 4 “, ce qui signifie pourtant, selon les normes internationales, qu’il y a eu une fuite d’une faible quantité de matériau radioactif. L’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA) a précisé que cette classification était provisoire. (Reuters, 1/10/1999). Cet accident, considéré comme le pire de l’histoire nucléaire du pays, est le plus ” significatif ” depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, a estimé le porte-parole de l’AIEA mais, contrairement à l’accident de Tchernobyl, ” ceci n’est pas un accident qui laissera de la contamination résiduelle dans l’environnement “. (AFP, 2/10/1999) La STA hésite à classer au niveau 5 cet accident, ce qui signifie qu’il a fait courir d’énormes risques à la population des environs. L’accident de Three Miles Island était aussi classé 5. (Yomiuri, 7/10/1999)

Le taux de radioactivité autour du complexe nucléaire japonais de Tôkaï-mura était en baisse mais toujours à un niveau anormal en dépit des assurances gouvernementales, quatre jours après l’accident, a affirmé Greenpeace. L’organisation a ainsi constaté un taux de 0,4 millisieverts par heure lundi, contre 0,54 dimanche, sur une route située à trente mètres du complexe. Avant l’explosion nucléaire, le taux moyen était de 0,1 millisieverts. Ils sont normaux à une distance de 200 mètres de l’usine (AFP, 4/10/1999).

Selon un calcul fait par les scientifiques du CNIC (Citizens’ Nuclear Information Center), la quantité de radioéléments rejetés dans l’environnement est de l’ordre de 1016 à 1017 Bq (soit 10 à 100 TBq). Ce chiffre est basé sur une analyse du contenu de la cuve qui laisse présager que 1018 fissions ont eu lieu, ce qui correspond à environ 1 mg d’uranium. Mais comme l’échantillon provient du haut de la cuve, il sous-estime probablement la réalité.

D’après une estimation faite par des universitaires, les habitations situées à 100 m du site auraient subi une dose neutron totale de 100 mSv. Ces résultats sont basés sur des analyses de zinc dans des pièces de 5 yens. Pour des habitations à 150 m cette dose est de 40 mSv. Les habitants ayant été évacués, la dose reçue est donc inférieure. (Yomiuri, 4/10/1999).
Douze jours après l’accident, des matières radioactives continuaient à se répandre dans l’atmosphère en raison d’un ventilateur défectueux. Les responsables de l’usine se sont aperçus la semaine précédente, lors de l’ouverture du ventilateur défaillant, que le niveau de radioactivité y était deux fois supérieur à la limite de sécurité. JCO a scellé depuis toutes les portes et fenêtres de l’usine. (AP, 11 octobre 99) Neuf jours après l’accident, de l’iode 131, 132 et 133 y a été détecté à des taux atteignant 21 Bq/m3 pour l’iode 131 alors que la limite d’autorisation de rejet est de 1 Bq/m3. De l’iode 131 a été mesuré jusqu’à 70 km au sud de l’usine, mais à 0,044 Bq/m3. Les autorités ont présenté leurs excuses pour n’avoir pas fait les mesures plus tôt. (Yomiuri, 13/10/1999). Greenpeace a aussi trouvé du sodium 24 dans le sel de cuisine d’une habitation, laissant penser qu’il a été irradié par des neutrons.
Selon une première étude, 8 personnes sur 150 examinées semblent montrer des dommages au niveau de leur ADN. Il s’agit de tests effectués sur les urines de 27 employés et 123 résidents situés à moins de 350m de l’accident. (Yomiuri, 10/11/99)

Le site a été entouré de sacs de sable contenant de la poudre d’aluminium pour arrêter les neutrons et du béton pour arrêter le rayonnement gamma. Le sort de l’usine n’est pas connu car on ne sait pas quand il sera possible de démanteler la zone sans faire courir de risques trop grands aux travailleurs. (Informations complémentaires issues de source associative)

Chercher l’erreur humaine

L’accident est vraisemblablement dû à une erreur humaine d’employés du site, a indiqué le directeur-général du groupe Sumitomo Metal Mining, son propriétaire. ” Honnêtement, je n’avais jamais pensé qu’une telle chose puisse survenir “, a-t-il ajouté. ” Je présente mes profondes excuses pour le trouble immense causé aux habitants ” proches du site, a-t-il poursuivi. (AFP 1/10/1999) Mais la compagnie a reconnu, par la suite, avoir opéré selon des normes de production illégales au cours des quatre dernières années, en changeant la procédure d’exploitation sans l’accord des services gouvernementaux (AFP, 3/10/1999). La thèse de ” l’erreur humaine ” sera néanmoins souvent mise en avant par la presse française.

Des employés de l’usine ont été interrogés par la police et au terme de l’enquête, les responsables de JCO pourraient être poursuivis sur le plan pénal pour négligence professionnelle. Au lieu d’utiliser une colonne de dissolution, les employés versaient la solution d’uranium à l’aide de récipients en acier inoxydable, similaires à des seaux, puis remuaient à la main la cuve de mélange. Pour chauffer la cuve, les ouvriers utilisaient une plaque électrique de cuisine, afin d’accélérer la dissolution. La veille de l’accident, les employés avaient déjà versé 4 seaux dans la cuve, soit environ 9,2 kg, dépassant la masse critique de 1,2 kg, mais la réaction en chaîne n’a démarré que quand ils ont versé les 3 seaux restants.

Pour les employés, ces procédures, c’était ” devenu une routine ” car cela durait depuis 4 ou 5 ans ” pour aller plus vite “. Ils suivaient ainsi les recommandations d’un manuel illégal, rédigé au siège de JCO à Tôkyô et signé par 6 ” responsables “. L’enquête menée par la police tend à montrer que la direction de l’usine a encouragé les employés à simplifier les procédures pour gagner du temps car la compagnie faisait face à des difficultés financières depuis 5 ou 6 ans, l’oxyde d’uranium importé étant moins cher. Le nombre d’employés est passé de 180 en 1984 à 110 actuellement. Une enquête du Asahi (7/10/1999) auprès des employés révèle que des manuels d’instruction secrets et illégaux étaient utilisés depuis plus de dix ans (Yomiuri des 4 et 11/10/1999, 5/11/1999, Asahi des 4, 7 et 20/10/1999).
Deux des trois employés gravement irradiés n’avaient aucune expérience de ce genre de manipulation et le troisième n’avait travaillé que quelques mois dans cette unité. Il a admis qu’il ne connaissait pas la signification du mot ” criticité “. (Libération, 04/10/99)

Cet accident souligne les risques encourus par l’emploi massif de personnes non qualifiées et d’intérimaires dans l’industrie nucléaire, souvent traités comme des ” esclaves du nucléaire “. Plus de 5 000 personnes seraient employées en CDD par an. Récemment, un nombre croissant de SDF, attiré par les salaires élevés, ont été employés pour faire le ” sale boulot “. Matsumoto-san, vivant dans un parc de Tokyo, a raconté qu’il a été embauché 3 mois pour balayer dans une autre usine de Tokai-mura et que ses chefs lui disaient de ne pas s’inquiéter quand son badge sonnait. Depuis, il se sent malade et la compagnie refuse de lui payer des compensations. Le sujet est peu abordé par la presse japonaise qui craint des représailles de la mafia (yakuza) qui organise le recrutement des intérimaires. (BBC, 29/10/1999)

Un accident jamais envisagé

L’accident n’avait pas été prévu, non plus, par la direction de l’usine et aucune mesure d’urgence n’était en place pour faire face à une réaction en chaîne. Il n’y a aucune structure pour arrêter la réaction et pour contenir la radioactivité en cas d’accident. Comment de telles lacunes ont-elles pu échapper à la vigilance des autorités de sûreté japonaises ? Les visites d’inspection sont pourtant les mêmes que pour une usine de retraitement où l’on extrait du plutonium, ce qui laisse présager le pire, avec des risques bien plus grands. (Yomiuri, 4/10/1999)
Par exemple, il n’y avait pas assez d’appareils pour mesurer le taux de neutrons et les autorités ont mis beaucoup de temps avant de réaliser qu’il s’agissait d’un accident de criticité. Une véritable surveillance n’a pu commencer que 6h après l’accident à l’aide de détecteurs prêtés par un institut de recherche. Les neutrons sont pourtant très nocifs et les taux mesurés ont atteint 4,5 mSv/h autour de l’usine. Les 21 stations de surveillance du village de Tôkaï gérées par les autorités ne sont équipées que de détecteurs gamma. Les autorités locales ont deux détecteurs de neutrons portables, mais n’ont pas de personne qualifiée pour s’en servir… Les mesures de rayonnement gamma, quant à elles, n’ont débuté qu’une heure après l’accident. (Asahi et Yomiuri, 4/10/1999)

Le gouvernement japonais n’a mené aucune inspection du complexe nucléaire de Tôkaï-mura depuis 1992, a reconnu un responsable de l’Agence des Sciences et des Techniques. Il a précisé que ces inspections n’étaient pas légalement obligatoires et qu’elles avaient été stoppées ” par manque de main d’œuvre “. ” La réglementation nucléaire oblige le gouvernement à inspecter la sécurité des sites nucléaires chaque année mais la mesure ne s’appliquait pas à proprement parler à JCO parce que cette société était considérée comme une entreprise de production de combustible ” pour les centrales. (AFP, 9/10/1999)

Les autorités japonaises de l’énergie ont annoncé la mise en oeuvre d’un plan national de vérification de toutes les installations nucléaires du pays. Le gouvernement est la cible de critiques croissantes de l’opinion publique qui lui reproche d’avoir fait preuve de laxisme dans le contrôle des installations nucléaires. (Reuters, 4/10/1999) Les autorités locales ont refusé le redémarrage de l’usine de retraitement expérimental de Tôkaï-mura, ce qui pourrait entraîner la fermeture du réacteur expérimental Fugen, dans la préfecture de Fukui, dont les piscines d’entreposage de combustible irradié sont pleines. Des centrales nucléaires commerciales pourraient aussi avoir des problèmes similaires. L’usine de retraitement avait été arrêtée en 1997 à la suite d’un incendie et d’une explosion qui irradia trente-sept employés. Les autorités locales devaient donner leur feu vert le 30 septembre, mais l’accident dans l’usine JCO qui a eu lieu le matin même les a fait revenir sur leur décision. (Asahi, 6/10/1999)

La poursuite du programme nucléaire civil…

La compagnie JCO s’est vue retirer son autorisation de faire fonctionner son usine. C’est la première fois que cela arrive dans l’industrie nucléaire japonaise (Yomiuri, 7 oct). Une inspection rapide de 20 usines nucléaires (autres que des centrales) entre le 4 et le 30 octobre 1999 a montré que les règles de sécurité en matière de criticité n’étaient pas respectées sur 17 sites. (Yomiuri, 09/11/1999) Dans l’usine de retraitement des combustibles irradiés voisine, cela fait 17 ans que le système supposé prévenir les réactions en chaîne est défectueux. Au lieu de réparer, des procédures alternatives manuelles ont été mises en place.

Mais, la ligne officielle ne change pas, le Japon va poursuivre son programme nucléaire. Le ministre de la Science et de la Technologie, Hirofumi Nakasone, a réaffirmé que  “l’énergie nucléaire est nécessaire au développement du Japon” et que  “le gouvernement fera tout pour rétablir la confiance de la population”. Mais l’accident risque de peser sur les choix futurs du pays : le chargement de réacteurs commerciaux avec du Mox, un mélange d’uranium et de plutonium, pourrait par exemple être retardés. Deux navires transportant du MOx produit en France et en Grande-Bretagne sont arrivés au Japon, juste avant l’accident de Tôkai-mura. Ils ont été accueillis par des manifestations hostiles d’une poignée de militants antinucléaires japonais. Ce combustible doit être brûlé dans des réacteurs japonais pour la première fois dans quelques mois. A terme, le Japon a prévu de consommer du MOx en grande quantité. Mais l’opinion est de plus en plus critique sur ce sujet. Prenant les devants, la compagnie d’électricité du Kyushu a décidé de geler son programme d’utilisation de ce combustible. (Libération, 6/10/1999)
NDLR : L’accident a reporté de quelques jours un remaniement ministériel. Le nouveau ministre de la Science et de la technologie est Monsieur Nakasone, ancien premier ministre qui, il y a 40 ans environ, avait fait voter un budget pour le développement de l’industrie nucléaire au Japon. Une nomination significative… L’ancien ministre était Monsieur Arima, physicien nucléaire de renommée internationale.

… et militaire ?

Le nouveau vice-ministre de la Défense a, quant à lui, déclaré, dans une interview à Playboy, que le Japon devait se doter de l’arme nucléaire. Face au tollé provoqué par ses propos, il a dû démissionner le jour même, mais maintient son point de vue. L’arme nucléaire demeure un tabou au Japon. (Mainichi 20/10/1999 et Yomiuri 21/10/1999) Selon des documents déclassifiés du pentagone, l’armée américaine a maintenu des éléments d’armes nucléaires au Japon de 1954 à 1965, officiellement à l’insu des autorités japonaises. Des  armes nucléaires complètes étaient en état d’alerte à Okinawa jusqu’en 1972. Il y en a eu jusqu’à 1200 en 1967, de 19 sortes, ce qui a correspondu à un tiers de la force de frappe américaine en Asie. C’est la première fois que les Etats-Unis reconnaissent ces faits. (Yomiuri, 21/10/1999)

Le ministre japonais de la Planification économique, Taichi Sakaiya, a déclaré qu’il ne pensait pas que l’accident nucléaire survenu la veille dans l’usine de Tôkaï-mura aurait des conséquences négatives sur l’économie, la Bourse ou les marchés des changes du Japon. (Reuters, 1/10/1999) Nous voilà rassurés !


Note 1 : Le Yomiuri, Asahi et Mainichi sont trois quotidiens japonais qui ont aussi une édition en anglais.

Note 2 : Le jour même de l’accident, l’ACRO a proposé ses services à de nombreuses associations japonaises et à une université avec qui nous avons des contacts, car il n’y a pas de laboratoire indépendant au Japon. Il semblerait que les associations ont pu faire faire des analyses auprès des laboratoires universitaires japonais.


Compléments

• publié dans l’ACROnique du nucléaire n°49, juin 2000 :

Le nombre de personnes irradiées en septembre lors de l’accident nucléaire à l’usine de retraitement de Tôkaï-mura a été officiellement relevé de 70 à 439. Le nouveau bilan prend en compte les personnes habitant non loin de l’usine, située à 140 km au nord-est de Tôkyô, et les employés de l’usine non protégés contre la radioactivité au moment de l’accident. Parmi les personnes irradiées, 207 habitaient dans un rayon de 350 mètres de l’usine et les autres étaient des employés de l’usine ou du personnel de secours. (Reuters, 1/2/2000) Le Président de la compagnie (JCO) a annoncé qu’il allait démissionner. (AP, 25/2/2000). Un ouvrier qui avait été gravement irradié est décédé. Masato Shinohara avait 40 ans. Il s’agit du deuxième décès. Le troisième ouvrier gravement touché, Yutaka Yokokawa, a quitté l’hôpital en décembre. (AP, 27/4/2000)

• publié dans l’ACROnique du nucléaire n°52, mars 2001 :

Six anciens cadres et employés de la société JCO ont été arrêtés par la police dans le cadre de l’enquête sur l’accident de Tôkaï-mura il y a un an, le plus grave de l’histoire du nucléaire civil au Japon. Les six hommes sont soupçonnés de négligence professionnelle mais les enquêteurs souhaitent également inculper JCO en tant que société car ils estiment que toute une série de règles de procédure ont été enfreintes. (Reuters, mercredi 11 octobre 2000) Le nombre de personnes irradiées lors de cet accident a été revu officiellement à la hausse. 229 personnes, des chauffeurs, journalistes, des officiels… ont été ajoutés à la liste qui comporte maintenant un total de 667 personnes. (CNIC Report [39] Oct.16 2000)

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Appel à l’aide de Hidaka Yuzo

Yuzo Hidaka est libre depuis le 16 juin


Yuzo Hidaka était emprisonné depuis bientôt un an au Japon pour avoir aspergé de spray, pendant la cérémonie de signature, un document autorisant la création d’un centre de stockage de déchets nucléaires de haute activité. Ses amis nous ont appellé à l’aide, comme en témoigne la lettre reçue par l’ACRO et traduite ci-dessous.

Merci à tous ceux qui ont écrit pour demander sa libération.

Afin d’assurer sa défense, il cherche à être en contact avec des Français qui ont du faire face à des problèmes similaires. Vous pouvez lui ecrire directement en anglais ou japonais ou nous ecrire, nous transmettrons.


Tokyo, le 10 mai 1999

Monsieur,

Je vous écris à propos de Yuzo Hidaka qui est un ami. Yuzo a été arrêté le 30 juillet 1998 et mis en examen. Trois charges ont été retenues contre lui pour son action montrant sa forte opposition à l’accord conclu entre le gouvernement local de la province d’Aomori, la municipalité de Rokkasho et la compagnie Gen-nen. L’accord devait faire du village de Rokkasho un centre de stockage pour des déchets radioactifs de haute activité provenant de France. Yuzo Hidaka est toujours en prison.

Il est accusé

  1. d’avoir assisté à la cérémonie de signature de l’Accord en se déguisant en journaliste ;
  2. d’avoir aspergé de spray la couverture du document après qu’il ait été signé par les trois parties, exprimant ainsi son objection à l'”Accord de Sûreté” qui apparaît comme une conspiration.

Il n’a blessé personne. Les charges retenues contre lui sont

  1. intrusion dans un bâtiment (pas de force pourtant),
  2. destruction d’un document officiel (seule la couverture, pourtant) et
  3. obstruction du travail des autorités.

La sûreté du stockage n’a pas été prouvée et de fortes suspicions et inquiétudes ont été exprimées par les habitants de Rokkasho et de la province d’Aomori. La cérémonie de signature, qui était organisée secrètement, signifiait la supression unilatérale du dialogue entre les habitants et les autorités locales.

Yuzo Hidaka est placé en isolement. Il ne peut rencontrer ou communiquer avec personne, sauf son avovat et sa mère depuis plus de cinq mois. La durée de sa détention est anormalement longue et non justifiée. Il a exprimé clairement qu’il n’avait pas l’intention de s’enfuir ou de dissimuler des preuves de son crime. La police a entièrement fouillé sa maison après son arrestation, il n’a plus rien à cacher. Les audiences ont eu lieu une fois par mois à la Cour du district depuis décembre 1998. Il a toujours affirmé que son acte avait un but légitime et était justifiable. Vous trouverez ci-joint quelques coupures de presse en japonais.

Etant donné que des actions similaires en Europe ou en Corée du Sud ont conduit à l’acquitement des militants anti-nucléaires, nous avons le sentiment que Yuzo a été lourdement puni, avant même d’avoir été condamné.

Nous serions très reconnaissants si vous pouviez aider Yuzo Hidaka de quelque façon. Vous pouvez m’ecrire m’écrire si vous avez des questions ou des messages pour Yuzo. Vous pouvez lui écrire directement en japonais à l’adresse suivante : 88-2 Arakawa Fujito, Aomori 030-0111, Japon.

Amicalement,
Yuriko Moto.

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