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N°148 : 20 ans de notre observatoire citoyen

N°147Étude des niveaux de radioactivité dans les environs du Centre de Stockage de l’Aube (CSA) – Les déchets du CSM et d’Orano – L’ACRO à la fête de la science

N°146 : Surveillance radioécologique réalisée autour de la centrale de Gravelines – 20 ans de surveillance citoyenne, aidez-vous à continuer ! – Distribution de comprimés d’iode autour des centrales nucléaires : la population mal protégée

N°145 : Surveillance radiologique du littoral normand 2023 – Traitement des combustibles nucléaires : quel avenir ?

N°144 : Le nucléaire français n’assume pas ses liens avec la Russie – Regard d’un haguais sur la décontamination du Ru des Landes – Pavlo, liquidateur – Petit point sur la catastrophe de Fukushima 13 ans après – Surveillance radiologique du plateau de la Hague 2022 ( printemps 2024)

N°143 : L’absorption de l’IRSN par l’ASN à marche forcée – Bilan 2022 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (décembre 2023)

N°142 : Alors que les piscines françaises sont proches de la saturation, KEPCo va envoyer des combustibles en France – Le contrôle nucléaire recadré – Analyses environnementales du CNPE de Nogent sur Seine ( septembre 2023)

N°141 : L’humanité face au défi climatique – Quel avenir pour le combustible Mox et le retraitement ? – Au revoir Jean-Claude (juin 2023)

N°140 : D’où vient l’uranium importé en France ? – Nucléaire, un cycle du combustible grippé (mars 2023) Note d’information de l’ACRO

N°139 : Projet de construction de six EPR2 dont une première paire à Penly – Pollution au plutonium à La Hague révélée par l’ACRO (décembre 2022)

N°138 : Surveillance de la contamination de l’eau potable et de légumes autour de Valduc (septembre 2022)

N°137 : Résultats 2021 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (juin 2022)

N°136 : Suivi du projet de la piscine nucléaire EDF à La Hague / Enquête publique sur la poursuite du démantèlement de la centrale de Brennilis (mars 2022)

Historiques des Acroniques


Les lichens intégrateurs de tritium et de carbone 14

Résumé paru dans ACROnique du nucléaire n°67, décembre 2004


L’ACRO a collaboré à une étude pilotée par l’observatoire mycologique sur les potentialités des lichens comme bio-indicateurs pour l’étude de la concentration atmosphérique en tritium et carbone 14. Ces travaux ont fait l’objet de publications scientifiques dans des revues internationales.
Nous présentons ici un résumé de ces études et vous pouvez télécharger un article en français plus conséquent sur ce sujet avec tous les tableaux de résultats :Les lichens intégrateurs de tritium et de carbone 14, article complet par Olivier Daillant.


L’hydrogène et le carbone sont deux principaux constituants de la matière vivante. L’hydrogène et le carbone radioactifs sont donc des éléments importants à prendre en compte en terme de santé publique. Ces deux radio-éléments existent dans la nature, mais sont aussi rejetés par les installations nucléaires. Les lichens qui sont connus comme bio-indicateurs pour de nombreux polluants, pourraient être aussi intéressants pour évaluer l’impact des rejets atmosphériques car ils ne sont pas en contact avec le sol.

Les sites concernés par cette étude sont l’usine de La Hague, le centre militaire de Valduc et la centrale nucléaire du Bugey dans l’Ain. Par ailleurs, des prélèvements ont été faits en Bourgogne, dans le Morvan et à Vienne en Autriche, loin de toute installation nucléaire.

Le Tritium
Isotope radioactif de l’hydrogène avec une demi-vie de 12,3 ans, le tritium est présent dans l’environnement sous forme d’hydrogène tritié (HT), d’eau tritiée (HTO) ou liés à des atomes de carbone, on parle alors de tritium organiquement liés (OBT). Dans ce dernier cas, le tritium n’est pas facilement échangeable, contrairement aux deux autres cas.
Le tritium est produit dans la haute atmosphère par le rayonnement cosmique auquel s’ajoutent les retombées des essais nucléaires atmosphériques. Mais, ce qui domine, ce sont les rejets des installations nucléaires.

Le carbone 14
Il est aussi créé par les rayonnements cosmiques dans la haute atmosphère. Avec une demi-vie de 5730 ans, il est connu pour son utilisation en datation. En Suisse (Site de l’autorité sanitaire suisse : www.suer.ch) et en Allemagne, il est considéré comme l’élément entraînant l’exposition principale des populations riveraines des centrales nucléaires. On le retrouve aussi dans les rejets de l’usine de retraitement de La Hague.

Le tritium et le carbone 14 sont tous les deux des émetteurs bêta purs, ce qui signifie que leur détection nécessite un protocole complexe. Les mesures ont été faites en Autriche et en Allemagne.

Résultats
Pour le carbone 14, les résultats sont généralement donnés en comparaison avec la teneur habituelle en carbone 14 naturel afin de pouvoir détecter une pollution éventuelle. Quant au tritium, seule la partie organiquement liée est mesurée ici. Les résultats peuvent être exprimés par rapport à la masse de matière sèche, comme  on le fait généralement pour les autres éléments ou en becquerel par litre d’eau issue de la combustion. Dans ce cas, on est plus près des méthodes d’analyses. A noter que la concentration en tritium naturel dans les eaux n’est que de quelques becquerels par litre.

Les résultats des analyses sont présentés dans le document complet.

Commentaires
Aux abords de la centrale du Bugey, la contamination en tritium est légèrement supérieure au bruit de fond naturel. A La Hague, elle peut atteindre 5 à 8 fois ce bruit de fond. Mais c’est à Valduc que les concentrations sont les plus élevées. Cela s’explique par les activités militaires qui provoquent d’importants rejets en tritium. Mais les concentrations obtenues ne peuvent être dues uniquement aux rejets récents. Les lichens ont intégrés du tritium beaucoup plus ancien correspondant à des rejets historiques qui ont dû être très importants. En effet, la période biologique d’élimination du tritium dans les lichens est de l’ordre d’un an. Ce résultat a été obtenu en transplantant des lichens de Valduc vers une zone a priori non influencée par des rejets tritiés. Cela signifie que les concentrations en tritium dans les autres végétaux ont dû être aussi très élevées par le passé. Pour ce qui est du carbone 14 trouvé dans les lichens à La Hague, les niveaux obtenus correspondent à ceux généralement mesurés dans les autres végétaux.

Conclusion
Cette étude montre l’intérêt des lichens comme bio-indicateur de la contamination atmosphérique en tritium et carbone 14. Comparés à la plupart des autre végétaux, ils présentent plusieurs avantages : une activité continue presque tout au long de l’année et un métabolisme lent permettant une intégration à long terme. De plus, si les lichens sont soigneusement choisis, ils ne sont pas concernés par un éventuel transfert sol-lichen.

Ancien lien

n°67, décembre 2004

L'ACROnique du nucléaire

 

Radioactivité : quand réduire les dépenses impose de modifier les seuils

Communiqué de presse du 20 octobre 2004


Tous les 15 ans, la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) édite un rapport particulier contenant ses recommandations en matière de radioprotection, lesquelles servent de référence pour l’élaboration de la réglementation dans la plupart des pays, dont l’Union Européenne.

Le prochain rapport, attendu pour 2005, est en cours de préparation depuis 5 ans et l’ACRO participe aux travaux dans le cadre d’un groupe de travail initié en France par la SFRP, une société savante.

Au cours de la dernière réunion de travail, des dispositions majeures, jusqu’à lors jamais apparues, ont été discutées. Le projet a pris une nouvelle dimension que l’ACRO a jugé suffisamment inquiétante pour affirmer son désaccord total, encourager les citoyens à s’impliquer et communiquer aussi bien au plan national que local sur cette problématique. D’autant que l’ACRO se demande si la CIPR n’a pas été l’objet de pressions pour proposer de telles recommandations.

L’une des principales dispositions, inacceptable et à haut risque, est la possibilité d’introduire dans les futures réglementations des niveaux d’exclusions.

Si cette proposition est maintenue, cela signifierait en clair que des produits, des aliments par exemple, contenant des niveaux de plutonium-239 significatifs pour la santé seraient estampillés « non radioactifs » de façon réglementaire !

Cela signifierait également qu’en cas d’accident, celui-ci pourrait ne pas être géré en tant que tel si les niveaux de contamination dans l’environnement sont inférieurs aux seuils d’exclusion.

En conséquence, l’ACRO demande le retrait, au sein des futures recommandations de la CIPR, de tous les éléments susceptibles de conduire à :

  1. une banalisation du risque ;
  2. des niveaux d’exposition significatifs pour les populations ;
  3. des contaminations de l’environnement qui ne seraient plus considérées en tant que telles ;
  4. exonérer les responsabilités

L’ACRO demande également aux citoyens de s’impliquer dans les débats actuels et de faire état de ses observations en ligne jusqu’au 31/12/04 sur le site de la CIPR à l’adresse suivante :
http://www.icrp.org/remissvar/remissvar.asp


Lire :

Ancien lien

Futures recommandations CIPR-2005

Appel à mobilisation

Le 17 octobre 2004


La Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) publie chaque année des documents (les Annales de la CIPR) mais, environ tous les 15 ans, elle publie un rapport particulier contenant ses recommandations en matière de radioprotection. Celles-ci constituent le socle pour des dispositions réglementaires que la plupart des pays, dont l’Union Européenne, reprennent à leur compte. Le dernier document de cette nature (la CIPR-60) a été publié en 1990 et a représenté une avancée significative en raison notamment de l’abaissement des valeurs limites de doses tant pour les travailleurs (par un facteur de 2,5) que pour le public (par un facteur 5) prenant ainsi en compte l’acquis de nouvelles connaissances.

Le prochain rapport, attendu pour 2005, est en cours de préparation depuis plus de 5 ans. Fait nouveau qui mérite d’être souligné, la CIPR, d’habitude enfermée sur elle-même, a décidé de s’ouvrir vers les milieux de la radioprotection pour recevoir des contributions et elle a récemment mis en ligne sur son site Internet une version préliminaire de ce fameux rapport dans le but de recueillir les commentaires de tout un chacun. Le projet contient des dispositions inquiétantes à nos yeux et nous encourageons donc une contribution citoyenne aux futures recommandations.

Télécharger la version préliminaire en anglais du rapport de la CIPR au format pdf (760 ko) : http://www.icrp.org/icrp_rec_june.asp
Argumentaire de trois pages à télécharger et diffuser.
Diaporama d’une présentation publique, ACRO et GSIEN.


En France, la Société Française de Radioprotection (SFRP), sollicitée par la CIPR, a constitué un groupe de travail en ce sens. Un membre de l’ACRO a participé à ses travaux. Lors de la dernière réunion de ce groupe (sept. 2004), des dispositions inquiétantes, jusqu’à lors jamais apparues, ont été discutées. Le projet a pris une nouvelle dimension que l’ACRO a jugée suffisamment alarmante pour affirmer son désaccord total et encourager les citoyens à s’impliquer.

Certes, des avancées telles que la prise en compte de l’environnement nous semblent positives mais nos propos ont d’abord été dans le sens de sauvegarder des acquis majeurs de la radioprotection qui, dans des textes et déclarations initiales apparaissaient pour le moins malmenés : il en est ainsi
– du principe de justification [1] que certains souhaitent voir disparaître puisqu’il n’est pas ou peu appliqué dans les faits…,
– de la notion de « dose collective »,
– et même, plus grave, de la limite de 1 mSv pour le public dont certains annonçaient déjà l’abandon au profit d’une notion nouvelle de « dose maîtrisable » !

Nous avons également marqué nos plus vives réserves sur une nouvelle échelle de gestion du risque radiologique qui se veut être une simplification d’un « système devenu très compliqué ». En appuyant cette échelle sur le niveau ambiant de l’exposition naturelle, on risque de glisser vers un concept pervers « ce n’est pas dangereux puisque c’est le niveau naturel ». Au départ, le président de la CIPR proposait la valeur de 30 µSv comme niveau d’exposition non significatif (« trivial risk ») à partir duquel on pourrait alors définir des « niveaux d’exemption » et des « niveaux de libération ». Bref, en clair, ce qui est radioactif cesse tout d’un coup de l’être et devient banalisable. Et il n’a pas fallu attendre longtemps pour que l’ACRO découvre dans un dossier d’enquête publique cette référence au seuil de 30 µSv présenté comme un seuil d’innocuité par Cogéma La Hague (qui avait bien sûr calculé que l’impact de son installation sur les populations était inférieur à ce seuil fatidique…). Cette démarche est incohérente avec les propos que la CIPR tient elle-même depuis 1990 selon laquelle la relation « dose / effet » serait une relation de type « linéaire et sans seuil ». En clair, toute dose (même petite) est susceptible de produire un détriment sanitaire.

Le document préliminaire que la CIPR vient de mettre en ligne conserve cette orientation même si le seuil bas de l’échelle de gestion du risque est maintenant proposé à 10 µSv [2]. Cela ne change pas pour autant notre critique car c’est le principe même d’instituer un seuil que nous contestons. Ce sera la porte ouverte à une déréglementation et à bien des dérives. Certes, nous admettons qu’un niveau d’exposition de 10 µSv peut être qualifié, en l’état actuel de nos connaissances, de très faible niveau d’exposition et donc de risque tout aussi faible. Mais la rad ioprotection ne peut être traitée uniquement sous un angle scientifique ou technique. Parce que l’ACRO est une association indépendante de tous et qui s’inscrit dans une démarche citoyenne au service de la population nous militons pour que les aspects sociétaux soient aussi pris en compte. Dès lors que nous nous situons dans un domaine où la connaissance scientifique rencontre ses limites, l’objectivité des risques perd son sens mais la perception des risques ne peut être ignorée. Ce n’est donc pas un seuil miracle qui réglera le problème mais l’engagement des populations concernées qui, au travers d’un dialogue honnête et équitable, sont habilitées à exprimer une éventuelle acceptabilité des risques et le niveau de cette acceptabilité [3].

Ces dérives qui nous inquiètent ne relèvent pas de craintes irrationnelles. En fait, elles apparaissaient en filigrane dans un texte du président de la CIPR de 1999 où Roger Clarke souligne l’importance dans les décennies à venir du démantèlement des installations nucléaires, du coût d’autant plus élevé que l’on poussera loin la décontamination et des risques croissant de procédures judiciaires contre lesquels il faudrait se prémunir en instituant des seuils [4]. Roger Clarke reconnaît implicitement l’existence de « pressions ». La question qui se pose est de savoir si lui-même et surtout la CIPR (groupe d’experts scientifiques indépendants…) y sont sensibles.

La réponse vient de nous apparaître dans le document préliminaire à la CIPR-2005 au travers d’un chapitre instituant un domaine où les sources seraient exclues du champ des présentes recommandations. Et là, les seuils en question sont clairement exprimés au sein d’un tableau qu’il nous paraît essentiel de porter à la connaissance du public en raison de la gravité de ce que la CIPR propose ici :

Tableau 10. Niveaux d’exclusions
recommandés
Radionucléides Niveau d’exclusion (en concentration)
Emetteurs alpha artificiels 10 Bq / kg
Émetteur bêta artificiel 100 Bq / kg
238U, 232Th 1.000 Bq / kg
40K 10.000 Bq / kg
Nous reproduisons intégralement le tableau du rapport de la CIPR-2005 (chap.8) mais en ayant préalablement pris le soin d’écarter une méthode détestable qui vise à berner le lecteur peu assidu en exprimant les concentrations en Bq/g ce qui est aberrant comme référence pondérale quand on parle d’environnement, de denrées alimentaires ou de matériaux de construction ! Mais cela présente l’avantage de réduire l’activité en Bq par un facteur 1000…

Lorsque nous parlons de situation grave, nous pesons nos mots.

D’abord, il convient d’expliquer que dans la sémantique en radioprotection, la notion de « niveau d’exclusion » est pire que la notion de « niveau d’exemption », laquelle n’écarte pas le maintient d’un certain niveau de contrôle.

Ensuite, il faut rappeler que des « recommandations » de la CIPR deviennent (quelques années plus tard) des dispositions réglementaires reprises dans tous les pays. Si ces propositions étaient maintenues, cela signifierait en clair que de façon réglementaire, des produits (par exemple des aliments..) contenant 10 Bq/kg de plutonium 239 ou 100 Bq/kg de Strontium 90 (deux corps radioactifs artificiels très radiotoxiques) seraient estampillés « non radioactifs » !… On comprend que les coûts des démantèlements nucléaires vont pouvoir être revus à la baisse. Poussons plus loin le raisonnement et interrogeons-nous à partir d’un cas d’école. Si le convoi de 140 kg de Plutonium qui vient de traverser la France avait connu un accident entraînant la dispersion atmosphérique d’une partie de son contenu en oxyde de Pu. A considérer qu’une zone importante soit contaminée mais à des niveaux inférieurs à 10 Bq de Pu par kg de terre, devra-t-on considérer que cet accident n’en est plus un et qu’il n’y aurait pas lieu d’intervenir s’agissant d’une contamination inférieure au seuil d’exclusion ?

De telles propositions sont inacceptables car elles conduiraient à des niveaux d’exposition significatifs (scénarios de modes alimentaires ou de réutilisation dans des matériaux de construction…), car elles tendent à la banalisation du risque, enfin parce qu’elles visent à exonérer de leurs responsabilités les exploitants nucléaires, les politiques et les institutions qui ont poussé au développement de vastes programmes nucléaires sans chercher au préalable à en peser toutes les conséquences en particulier sur le long terme. Ainsi, l’heure est grave également pour la CIPR car elle devra déterminer si elle reste une instance indépendante se préoccupant de radioprotection ou si elle s’oriente vers un soutien à des choix énergétique et économique.

Quant aux propositions de seuils pour les corps radioactifs naturels, ils ne sont pas plus acceptables même si le problème est ici d’une autre nature. Non pas que la radioactivité « naturelle » serait moins nocive que la radioactivité « artificielle » mais parce qu’elle est une constante de notre environnement ambiant quotidien et qu’il n’est pas humainement envisageable de décontaminer la Terre. On vit donc avec. Pour autant le « naturel renforcé » par les pratiques humaines doit être contrôlé et évalué. Ce qui pêche donc dans les propositions de la CIPR ce sont les valeurs de niveaux d’exclusion affichées. Ces valeurs sont 100 à 1000 fois supérieures aux niveaux de radioactivité naturelle non perturbés que la CIPR rappelle par ailleurs dans ce même chapitre en s’appuyant sur les données du rapport UNSCEAR-2000.

L’ACRO adressera à la CIPR son point de vue d’association indépendante et citoyenne. Elle invite tous ceux qui partagent nos craintes à intervenir en ce sens auprès de la CIPR à partir d’un bulletin que la CIPR propose à tout un chacun de rédiger en ligne jusqu’au 31 décembre 2004. Comme indiqué précédemment, il est vraisemblable que la CIPR ait été l’objet de pressions pour recommander ces seuils d’exclusions. A nous tous de peser également dans l’intérêt des populations vivant à proximité de sites nucléaires et des générations à venir.


[1] Ce premier principe (institué par la CIPR) signifie que toute pratique mettant en œuvre des sources de rayonnements ionisants doit préalablement être justifiée par une évaluation mettant en regard les avantages et les détriments qu’elle procure. Clairement, ce principe (maintenant inscrit dans la réglementation française) n’a jamais été imposé à l’industrie nucléaire…

[2] Hasard du calendrier, on notera sans malice que Cogéma La Hague qui nous affirmait il y a 2 ans être « en dessous de 30 µSv », nous annonce aujourd’hui un impact sanitaire pour le public « inférieur à 10 µSv »…

[3] L’action de l’ACRO en tant qu’association est focalisée sur la surveillance et le contrôle de la radioactivité dans l’environnement. Le risque radiologique est donc notre préoccupation quotidienne. Pour autant, parce que c’est l’essence même de notre démarche citoyenne, nous tiendrions le même raisonnement en regard d’autres catégories de risques spécifiques comme par exemple le risque chimique.

[4] « Un sujet est particulièrement d’actualité : le démantèlement d’installations nucléaires, de vieux réacteurs ou d’usines d’armement. Ces opérations indispensables nécessitent des dépenses considérables, et certains estiment que trop d’argent est et sera dépensé pour descendre jusqu’à de faibles niveaux de contamination résiduelle. Si les sols contaminés ne sont pas nettoyés, le public s’en émeut et, dans certains pays, intentera des procès en dénonçant le risque excessif pour l’environnement. Ces préoccupations ont incité certains à faire pression en faveur d’un seuil dans le rapport dose-effet, en vue de réduire les dépenses.
Il est vrai que notre discipline est de plus en plus souvent jugée par les tribunaux plutôt qu’au sein des académies scientifiques nationales. La question du seuil sera tranchée par un juge ou un jury dont l’opinion devra être forgée sur l’existence ou non d’un risque à de faibles doses de rayonnement. La question se pose avant tout pour l’exposition du public, et non pour l’exposition professionnelle, et il conviendrait peut-être, compte tenu du manque persistant de preuves scientifiques tangibles, d’envisager une approche nouvelle de la protection. »

Ancien lien

n°66, septembre 2004

L'ACROnique du nucléaire

  • Actualité
    EPR mon amour
  • Dossier : Bilan radioécologique de l’environnement aquatique du bassin versant et de la rade de Brest
    Télécharger le rapport d’étude complet (75 pages)
  • Analyses : Etude de l’origine de la contamination en radon d’une maison bioclimatique
  • Revue de presse nationale

EPR mon amour

Communiqué de presse du 12 juillet 2004


L’engouement des élus locaux pour l’EPR a de quoi surprendre. Normands d’en haut et d’en bas rivalisent d’imagination pour attirer un réacteur nucléaire dont l’utilité n’a pas été démontrée. Des subventions faramineuses sont votées pour des associations de promotion ou des entreprises de communication afin de s’attirer les bonnes grâces d’EdF et des populations sans que le principe de justification qui vient d’entrer dans la législation française ne soit respecté.

Toute nouvelle pratique entraînant une exposition aux rayonnements ionisants doit pourtant être justifiée par ces avantages économiques et sociaux. Or, les trois sages chargés de piloter le Débat National sur l’énergie avaient conclu : « qu’il est difficile, […] de se faire une opinion claire sur son degré de nécessité et d’urgence. […] Il a semblé que si le constructeur potentiel de l’EPR milite pour sa réalisation immédiate, c’est avant tout pour des raisons économiques et de stratégie industrielle. […] En définitive, la question du nucléaire ne peut être tranchée sans des compléments d’études allant au-delà des éléments fournis lors du Débat National. » Et l’un des sages, le sociologue Edgar Morin, a dans ce même rapport clairement tranché : « Les centrales actuelles ne devenant obsolètes qu’en 2020, il semble inutile de décider d’une nouvelle centrale EPR avant 2010 [car rien] ne permet pas d’être assuré qu’EPR, conçu dans les années quatre-vingt, serait la filière d’avenir. »

Réacteur éprouvé et commercialisable en Finlande qui l’a retenu ou « démonstrateur » en France pour garder les options ouvertes, le double langage des autorités n’apporte aucune clarification. Actuellement, un EPR en France serait essentiellement destiné à l’exportation d’électricité. En décidant son lancement sans aucune nouvelle justification, les autorités méprisent les citoyens et le Débat National qu’elles ont organisé.

Nous demandons donc que la loi soit appliquée et que l’on justifie les trois milliards d’euros prévus pour l’EPR par rapport à une autre politique énergétique. Le bilan en terme d’emploi, qui seul semble intéresser les régions, n’a pas été abordé au niveau national et mériterait aussi d’être étudié étant donné l’importance de l’enjeu.

Réponse de l’ACRO aux attaques de la CRII-Rad

6 mai 2004
mise à jour du 12 juillet 2004

La CRII-Rad a récemment mis en ligne et diffusé sur des listes de discussion des documents où l’ACRO est tour à tour qualifiée de “collabo” et de “révisionniste”. Nous ne pouvons que regretter ce genre de polémiques stériles, mais comme la diffamation est source de soupçon, il nous faut répondre.

Derrière ces insultes, la CRII-Rad reproche à l’ACRO de participer à un ouvrage collectif, “Les silences de Tchernobyl” publié aux éditions Autrement, au programme humanitaire CORE et de siéger dans des commissions officielles. Il nous parait plus sain de demander des précisions sur ce genre d’implication que de jeter l’anathème. Si nous respectons le travail de la CRII-Rad sur l’impact de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français, nous ne pouvons que déplorer ses méthodes inquisitoires qui la décrédibilisent.

“Collabo”

Couverture du livre "Les silences de Tchernobyl"Une attaque est venue suite à la parution du livre “Les silences de Tchernobyl, l’avenir contaminé”, ouvrage collectif paru aux éditions Autrement en avril 2004 et dirigé par Guillaume Grandazzi et Frédérick Lemarchand, sociologues au Laboratoire d’Analyse et Socio-Anthropologie du Risque (LASAR) de l’université de Caen Basse-Normandie. Ce qui est reproché au livre, c’est d’être coordonné par deux personnes qui auraient participé à un programme humanitaire en Biélorussie, programme lui même coordonné par J. Lochard du Centre d’Etude sur l’Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire (CEPN), association administrée et financée partiellement par l’industrie nucléaire.

Malgré la proposition qui lui était faite, la CRII-Rad a refusé de participer à l’ouvrage qui comprend une partie sur l’émergence de l’expertise citoyenne et a harcelé les éditeurs pour qu’ils ajoutent un texte à l’insu de tous où ils traitaient de “collabos” les coordinateurs et les membres du programme CORE. L’éditeur a bien entendu refusé. Ce genre de méthode est totalement effarente. Nous n’osons pas imaginer la réaction de la CRII-Rad si quelqu’un s’était essayé à faire de même à l’un de ses ouvrages. L’attaque a pourtant été renouvellée sans vergogne sur des listes de discussion mentionnant l’ouvrage.

Sur le fond, pourquoi ne pas appliquer ce même type de critiques à la CRII-Rad quand elle fait des études payées par des Commissions Locales d’Information (CLI) avec l’accord des représentants du nucléaire qui y siègent et l’argent de l’industrie ? Seule la CRII-Rad resterait vertueuse dans ce genre de situation ? Ironiquement, c’est exactement le même genre de sophisme qu’utilise l’industrie nucléaire pour désavouer des résultats dérangeants: sous prétexte que l’ACRO ou le LASAR ont des liens avec les associations anti-nucléaires, leurs études ne seraient pas honnêtes.

Les habitants de Biélorussie et d’Ukraine touchés par la catastrophe de Tchernobyl sont abandonnés. Le projet CORE est quasiment le seul projet humanitaire sur place. Si l’ACRO participe, c’est de manière entièrement bénévole, seuls les frais de mission étant pris en charge par le gouvernement suisse. Nous allons aider un groupe de mères de famille qui veut mettre en place un réseau de surveillance de la radioactivité, à se constituer, à organiser sa surveillance et comprendre les résultats pour lui permettre de changer ses habitudes et ses relations avec l’environnement. La démarche est avant tout humanitaire et citoyenne, dans une région extrêmement pauvre et sous informée, où la notion d’association n’existe pas. Les analyses seront faites, bien évidemment, avec l’aide du laboratoire Belrad dirigé par le prof. Nesterenko, tant pour les aspects métrologiques que formateurs.

Aider une population à gérer au quotidien une situation grave et complexe ne signifie pas cautionner cette situation, mais la comprendre et agir. Ce travail s’inscrit dans la continuité de celui que l’ACRO mène depuis des années dans le cadre de sa surveillance citoyenne de l’environnement des installations nucléaires. En effet, nous avons toujours eu le soucis d’orienter notre démarche pour travailler “avec” la population et non pas “pour” celle-ci. Evidemment, d’autres approches sont possibles, comme la promotion de la pectine. Mais nous pensons que l’appropriation d’un savoir par les populations a l’avantage de ne pas pouvoir être récupéré par quiconque.

Révisionniste

L’autre critique concerne la participation de membres de l’ACRO à un groupe de travail pluraliste chargé d’établir un bilan de l’impact de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français et présidé par le très controversé professeur Aurengo. La CRII-Rad accuse ce dernier de publier des articles tendant à minimiser les conséquences des retombées de Tchernobyl et les études effectuées par l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN) sur ce sujet. Ce qui est vrai. Elle “alerte donc le gouvernement sur l’opération révisionniste qui se développe en France et fait obstacle à l’instruction conduite par Mme Bertella Geffroy sur le dossier Tchernobyl.” (communiqué de presse CRII-Rad du 26 avril 2004)

Plus précisement, dans le document CRII-Rad qui critique l’article d’Aurengo, p3, on peut lire que selon le professeur Aurengo, “La carte IRSN 2003 “suscite une controverse car les valeurs auxquelles il aboutit sont très significativement différentes de celles usuellement admises auparavent”. Affirmation CONTESTABLE. Il serait en effet exact de dire “usuellement admises par les laboratoires officiels” mais certainement pas par celui de la CRIRAD, ni par les scientifiques du GSIEN, ni de façon générale par le milieu associatif (si l’on excepte le cas particulier de l’ACRO).” Sans aucune autre explication.

Cette accusation implicite de complicité de révisionnisme est d’autant plus surprenante que nous n’avons jamais rien écrit sur le sujet. Est-ce parce que nous siégeons dans cette commission que nous cautionnerions tous les écrits de son président ? Que dire alors de l’IRSN qui y siège aussi ? Notre participation nous avait déjà valu une diatribe par le passé, à laquelle nous avons répondu (voir l’ACROnique du nucléaire 61 de juin 2003). Cela n’empèche pas la CRII-Rad de publier le document sur son site Internet sans corriger les erreurs factuelles.

Ce genre d’accusation est complètement ridicule. Ce n’est pas parce que nous participons à un groupe de travail que nous cautionnons les propos de son président ou des autres membres. La commission, en tant que telle, n’a encore jamais rien publié. Le moment venu, nous déciderons de notre attitude vis-à-vis du rapport. La CRII-Rad, pourra alors nous juger sur les faits et non sur de prétendues intentions.

ConclusionDevise Shadok :"Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes"

L’engagement de l’ACRO et son action sont relatés dans son journal, l’ACROnique du nucléaire, où sont “tracées” dix huit années inlassablement consacrées à la mesure, l’analyse, la recherche et l’information en faveur non pas d’un lobby, mais de tous ceux qui désirent savoir. Libre à chacun de se faire une opinion.

Nous nous battons pour plus de transparence sur l’impact des activités liées au nucléaire et de démocratie sur les choix technologiques. Nous avons pour principe d’accepter les ouvertures faites dans ce sens par les autorités en participant à de nombreux groupes pluralistes, même si elles nous apparaissent souvent bien timides et que le fonctionnement pourrait être amelioré. Cette prise en compte du tiers-secteur scientifique est encore nouvelle en France et nous devons expérimenter les procédures de consultation mise en place avant de les rejeter en bloc. C’est un travail bénévole difficile et délicat que nous essayons d’assumer du mieux que l’on peut, même s’il comprend des risques de se tromper ou de voir notre position mal interpretée. La CRII-Rad a fait d’autres choix que nous respectons. Il faut qu’elle apprenne à respecter d’autres méthodes de travail.

Au-delà de la polémique stérile engagée par la CRII-Rad, nous estimons que les questions sur le fonctionnement de l’ACRO sont légitimes, nous sommes prêts à répondre à toute question sur nos actions.

La CRII-Rad continue ses attaques

Mise à jour du 12 juillet 2004

Enfin un interlocuteur valable dit la CRII-Rad en ce regardant dans un miroir.
Dans une lettre envoyée au Réseau Sortir du Nucléaire datée du 15 mai 2004, le président de la CRII-Rad écrit à propos du livre “Les silences de Tchernobyl, l’avenir contaminé” : “Aussi surprenant que cela puisse paraître à certains, nous pensions également que les textes rédigés par ceux qui apportent régulièrement leur caution au lobby nucléaire ne seraient guère critiquables. Il est clair, en effet, que pour conserver sa domination,  le lobby nucléaire ne peut agir à visage découvert […]. Il a donc besoin de couvertures (ce que nous avons appelé les « sociétés écrans »). […] Les milieux universitaires et associatifs sont des cibles de choix. ” Explicitement visés à la fin de la lettre : MUTADIS, le LASAR et l’ACRO sans la moindre preuve, précision ou texte. Qu’est ce qui nous vaut d’être classé dans l’axe du mal, puisque nos écrits sont qualifiés de “guère criticables” ?

Dans une lettre envoyée à ses adhérents, datée du 21 juin 2004, le président de la CRII-Rad renouvelle ses accusations acerbes en explicitant ses critères : “Aujourd’hui, nous ne comptons plus les laboratoires associatifs, privés ou publics qui se proclament indépendants. […] Lorsque l’on accepte, pour pouvoir survivre, l’argent de l’Etat ou des exploitants, on peut toujours clamer son indépendance mais ce ne sont plus que des mots”. Visée, entre autre, l’ACRO puisqu’il n’y a que 2 laboratoires associatifs en France. Pourtant, comme l’ACRO, la CRII-Rad reçoit un soutien de l’Etat via une Convention Pluriannuelle d’Objectif (CPO) signée avec le Ministère de l’Ecologie, ainsi que pour ses emplois jeunes. Ce qui ne l’empèche pas de proclamer que “la CRIIRAD a choisi de rester du côté des loups” alors que l’ACRO serait tenue en laisse par le lobby nucléaire. Comment disent les enfants ? “C’est çui qui dit qui y est” ?

Les courriers en question ne contiennent pas la moindre preuve pour appuyer les accusations très graves qu’ils contiennent et relèvent de la colomnie, voire du délire paranoïaque. Mais, c’est sans vergogne que le président de la CRII-Rad conclu sa lettre aux adhérents en menaçant : “ceux qui pratiquent la calomnie doivent savoir qu’ils ne le feront pas impunément”.

Ancien lien

L’ACRO en Biélorussie : nos premières missions

ACROnique du nucléaire n°65, juin 2004


Dans le cadre d’une action humanitaire, axée sur la santé, menée dans le sud-est de la Biélorussie par L’Agence pour le Développement et la Coopération Suisse, s’est clairement identifié la nécessité de mettre en place une surveillance de la radioactivité avec des moyens locaux de mesure. Ce besoin, exprimé à l‘origine par quelques habitants de la région, s’est accompagné d’une volonté de se regrouper afin d’unir collectivement leurs efforts en fondant une association. Un tel regroupement de citoyens sous un statut légal constitue une nouveauté dans un pays où toute initiative personnelle a longtemps été considérée d’un mauvais œil. Après avoir franchi les barrières administratives, Rastok Gesne, en français « pousses de vie », est née en octobre 2003. L’association regroupe maintenant une vingtaine de bénévoles : mères de famille, personnel de santé, enseignants…

 « Travailler avec les gens et non pour eux… »

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La participation de l’ACRO à ce projet, dans l’une des régions les plus contaminées de Biélorussie, vise à accompagner cette toute nouvelle association sur le volet méthodologique et organisationnel. Le projet a pour but de mettre en place une surveillance de la contamination et de développer la promotion d’une culture radiologique pratique, essentiellement tournée vers les jeunes enfants, les mères de famille et les femmes enceintes. Il s’agit concrètement de mettre du matériel de mesure (dosimètres et radiamètres) à la disposition de la population et de pratiquer une mesure régulière (2 fois par an) de la contamination interne  des enfants scolarisés dans les écoles du district. Les problèmes logistiques sont assurés par l’institut indépendant de mesure BELRAD dirigé par le professeur Nesterenko : mise en service des postes de mesure et formation des dosimétristes. L’institut assure également les opérations de mesure anthropogammamétriques (dosage du césium 137 dans le corps entier à l’aide de simple siège muni de détecteurs) avec des laboratoires ambulants. La particularité de ce projet est de confier la coordination aux habitants eux mêmes, via l’association « pousses de vie ». Il ne s’agit donc pas de mesurer « pour » eux mais « avec » eux pour qu’ils puissent poursuivre ce projet en toute autonomie.

Le projet

Cette initiative se développe dans le cadre du programme international, CORE (COopération pour la Rehabilitation des conditions de vie dans les territoires contaminés de Biélorussie) qui regroupe des projets menés sur 4 des districts les plus contaminés de Biélorussie et basés sur 4 thèmes :
– la santé,
– la mesure,
– l’éducation et la transmission intergénérationnelle et internationale de la mémoire,
– l’agriculture.
Il ne s’agit en aucun cas de promouvoir la vie dans les territoires contaminés mais de contribuer a améliorer les conditions de vie au travers de projets impliquant la population elle même.
Ainsi, pour être retenus et promus, les projets doivent prendre en compte les dimensions locale, nationale et internationale. Concrètement, la demande doit être locale, l’habilitation nationale et les partenariats internationaux.
Une déclaration de principe a été signé par 23 institutions internationales gouvernementales et non gouvernementales comme les Nations Unies (PNUD), l’UNESCO, la Commission Européenne, les états français, italiens, allemands, suisse, de Grande Bretagne, suédois, de république tchèque, de Lituanie (liste non exhaustive). En France une douzaine d’institutions gouvernementales et non gouvernementales sont partenaires de l’un des projets : l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le ministère de l’agriculture, le centre d’études pour l’évaluation de la protection dans le domaine de protection nucléaire (CEPN), Mutadis, cabinet de conseil dans la gestion du risque, Médecins du Monde, l’ACRO, la Formation pour l’Epanouissement et le Renouveau de la Terre (FERT), Patrimoine Sans Frontières (PSF), Graine Environnement, le Lycée du Bois d’Amour de Poitiers etc. Faute de financement suffisant mais aussi de demande locale identifiée, les quatre volets ne sont pas actuellement tous mis en place dans les quatre districts, leur complémentarité est pourtant évidente et essentielle. La plupart des projets, prévus pour cinq ans, ne sont pour l’instant financés que pour trois ans. Dans le cas de notre projet « mesure », mis en place dans le district le plus isolé et le plus contaminé de Biélorussie, le financeur est le Ministère des affaires étrangères Suisse. Les dépenses concernent essentiellement les achats de matériels (dosimètres, postes de mesure pour doser le césium dans les aliments, achats d’ordinateurs, salaires des dosimétristes, campagnes de mesure de la contamination des enfants…). A l’exception de nos frais de mission, notre participation est bénévole. Notre intervention génère même un coût pour l’ACRO : mise à disposition d’une salariée, analyses diverses sur des échantillons prélevés sur place.

 Si près de la zone d’exclusion

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Le district de Bragin située au sud-est de la Biélorussie constitue le territoire le plus contaminé du pays. Il est délimité à l’est et au sud par la frontière avec l’Ukraine et à l’ouest avec la zone d’exclusion des trente kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl. Les principales communes de la région sont : Bragin (2400 habitants dont 700 enfants scolarisés), Komaryn (2500 habitants, dont 850 scolaires), Krasnoyé (450 habitants dont 160 scolaires), Dublin (390 habitants dont 80 scolaires), Krakovichi (530 habitants et 180 scolaires), Mikulichi (220 habitants et 80 scolaires). La ville de Bragin, que la situation géographique plaçait sous les vents dominants le jour de la catastrophe est la plus contaminée du district. On y relève par endroits un débit de dose ambiant de cinq à sept fois le bruit de fond ordinaire.
Près de la moitié du district initial de Bragin se retrouve classée dans la zone d’exclusion. Une fusion regroupe, depuis l’exode, Bragin et Komarin qui étaient auparavant deux entités séparées

Cette promiscuité avec le « No man’s Land », la zone d’exclusion, est ce qui nous a le plus marqué lors de notre  première mission en février 2004. Comment vivre si près d’une zone invivable ? Munis d’un laissez-passer en bonne et due forme, nous avons eu l’occasion de visiter la zone interdite. Avec la neige, épaisse à cette époque hivernale, l’impression d’abandon, de désolation était encore plus forte : villages fantômes, objets abandonnés çà et là comme si l’on  était partis en pensant revenir… Les ressorts d’un sommier dépassaient de la neige, à proximité des traces de loups. La neige ne nous a pas permis de réaliser des mesures de débit de dose ambiant acceptables. Nous avons quand même réussi à prélever avec les moyens du bord un peu de terre gelée pour l’analyser en laboratoire. De toutes façons, nous sentions bien que l’essentiel à ce moment là n’était pas de mesurer ni même de prélever. Devant nos yeux s’élevait la vision terrible d’un gâchis écologique, résultat de la folie de l’homme et de sa croyance aveugle envers la technologie. Le retour à Bragin fut difficile. Là, des enfants jouaient dans la rue, à proximité de l’aire de jeux. Nous n’avions pourtant parcouru que cinq kilomètres !

 « Si nous voulons décider de vivre ici, c’est à nous de définir les critères pour le faire »

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Notre rencontre avec Tatiana, la présidente de l’association « pousses de vie », nous a révélé le sens de notre action dans ce projet. Même si la notion de « choix » est discutable, la réalité reste que des gens habitent et vivent dans ces territoires contaminés. Certains sont restés, d’autres n’ont pas pu partir, d’autres encore sont revenus. Ceux que nous avons rencontrés se préoccupent de leur sort et de l’état de santé de leurs enfants. Nous avons appris que des personnes issues des flux d’immigration fuyant la guerre, la famine (réfugiés Tchétchènes, Kazaques…, gitans) viennent de plus en plus nombreux s’installer jusque dans la zone d’exclusion, squattant des maisons laissées à l’abandon. Comment dans ce cas, faire prendre conscience des dangers à moyen terme à des populations préoccupées par leur survie au jour le jour et qui ignorent cependant pour la plupart la nature et les effets du danger qui les entoure ? Nous avons pu mesurer l’illusion qui consiste à penser qu’on peut faire se déplacer des populations entières. Qu’ils soient restés ou revenus, que leur décision relève ou non d’un choix et que celui-ci soit éclairé ou non, des gens habitent ces territoires et doivent gérer leur vie dans un environnement hostile où le danger est imperceptible par les sens. Une telle situation semble certes inacceptable ; certains l’ont choisie, la plupart veulent apprendre à la gérer. L’ACRO n’a pas les moyens de provoquer une évacuation autoritaire ni de proposer des zones de vie alternatives. Avec nos faibles moyens nous tentons d’aider la population à prendre son destin en main.

Tatiana est infirmière chef au dispensaire de son village de Krasnoyé. Pour elle, la naissance de l’association résulte de l’émergence d’une volonté d’individus qui, comme elle, veulent prendre en charge leurs destins et comprendre la situation afin d’en limiter les conséquences. « Nous ne pensons pas assez à la Terre que nous allons laisser à nos enfants ! Si nous avons décidé de vivre ici, il nous faut établir nous-mêmes les critères pour le faire et créer les conditions de notre survie ». Nous avons longuement discuté ce soir là, jusque tard dans la nuit. Le rapprochement était facile à faire entre ce que nous percevions ici et ce qui avait provoqué la naissance de l’ACRO en France. Produit de la désinformation et d’une prise de conscience citoyenne des dangers que font peser l’industrie nucléaire, l’ACRO est en effet née de la catastrophe de Tchernobyl et voilà que dix-huit ans après, nous retournons, avec notre expérience, accompagner la création d’une structure similaire, fondée sur les mêmes racines et orientée vers les mêmes buts : le droit pour les gens d’accéder à la connaissance afin de pouvoir éclairer ses propres choix et décider de ses actions.

Lors de notre premier séjour, nous avons vu beaucoup de visages inquiets, des interrogations « à quoi bon savoir, s’il n’y a pas de solution, si on ne peut rien faire ». Néanmoins, l’accueil chaleureux qui nous était partout réservé tranchait avec les températures hivernales (jusqu’à – 25°C) et le « confort » pour le moins précaire du petit hôtel de Bragin dans lequel le chauffage était quasi-inexistant et l’eau définitivement glaciale.

Premières actions concrètes

Dès notre premier voyage en février, nous avions apporté six radiamétres, achetés en Biélorussie, pour la mesure du rayonnement ambiant. Nous les avons confiés à la présidente de « Pousses de vie » afin qu’elle les distribue et qu’ils soient mis à la disposition des gens dans les villages.
Lors de notre deuxième mission en avril, deux postes de mesures ont été installés par les personnels de l’institut BELRAD à l’hôpital de Bragin et au dispensaire de Krasnoyé. Piotr, le nouveau dosimétriste venait de recevoir une formation à l’institut du Professeur Nesterenko . C’est lui qui, à Krasnoyé, se chargera des mesures sur les produits apportés par les villageois. Dés le premier jour, du lait de vache, du lait de chèvre, des carottes, des pommes de terre et des champignons, de la cendre, ont été apportés dans le nouveau laboratoire du dispensaire pour être mesurés. L’opération dure environ dix minutes par échantillon et chacun repart avec les résultats des mesures et une appréciation de la qualité sanitaire des produits. La mesure est effectuée sur les produits locaux de consommation. Elle permet un classement des produits sensibles : lait, viande, produits du potager, gibier, champignons, baies…, qui doivent être suivis régulièrement. Ainsi, par exemple la qualité du lait, produit de consommation courante, va dépendre de la saison et de la qualité des près où ira paître la vache. Il arrive ainsi que, par manque de réserve suffisante de fourrage propre pour l’hiver, du foin très contaminé soit coupé dans la zone d’exclusion. Il faut alors conseiller de donner le foin propre à la vache laitière plutôt qu’au cheval de trait. L’idée du projet est de faire progresser la connaissance de l’état radiologique de l’environnement et des produits alimentaires aux niveaux individuel et collectif. En effet, Les analyses radiotoxycologiques réalisées par l’ACRO (cf ACROnique n°64) auprès des enfants biélorusses en séjour à Caen et originaires d’un même village ont mis en évidence une grande disparité prouvant l’importance de limiter à la source l’ingestion de radioéléments artificiels. Pour ce faire, il est important de mesurer la contamination qu’il y a dans son lait, ses légumes pour ensuite se situer par rapport à son village puis sa région. L’objectif premier de l’association est de susciter, chez les habitants, l’envie et le besoin de faire mesurer les produits avant de les consommer. Tous semblent convaincus que le succès de cette opération de promotion d’une culture radiologique pratique ne pourra être obtenu qu’à partir d’une connaissance précise des niveaux de contamination et d’une mise en lien étroit avec les professionnels de la santé et de l’éducation.

Pour qu’une association touche une population la plus large possible, il lui faut tisser des liens. « Pousses de vie » y contribue en créant et animant des rencontres d’information mais aussi de formation à « la vie saine ». Ces interventions sont proposées aux mères et aux femmes enceintes du district. En février un séminaire de lancement de l’opération qui réunissait les porteurs de projet, les autorités politiques et administratives et les financeurs s’est tenu à l’hôpital de Bragin. Les discussions ont fait apparaître que pour tisser une toile plus grande et plus solide, il serait intéressant de travailler avec les écoles et les services sociaux afin d’initier des projets où les enfants pourraient prendre en charge eux-mêmes les actions : mesures des aliments, réalisation de cartographies présentant les niveaux de rayonnement ambiant à l’échelle de leur école, de leur hameau, du village. L’objectif viserait à favoriser la formation directe des enfants qui représentent la population la plus exposée d’un point de vue sanitaire. Par ailleurs, on peut penser que de telles actions contribueraient à la sensibilisation et à l’apprentissage des adultes qu’ils côtoient au quotidien. Les premières discussions que nous avons eues avec les équipes d’enseignants de deux écoles que nous avons visitées ont révélé une réelle volonté de mener de telles actions avec les élèves et un besoin de formation transversale pour les mener en équipe pluridisciplinaire. Nous avons également évoqué des possibilités de jumelages avec des écoles françaises où les thèmes du risque ou l’initiation au contrôle de la radioactivité ont été abordés de cette manière. Les premiers contacts pris avec les écoles correspondantes en Basse-Normandie ont abouti à des déclarations d’intention favorables à la mise en place de tels jumelages. Les échanges entre les enfants français et les biélorusses serait alors doublement enrichissants. Nous avons proposé de part et d’autre de poursuivre cet axe de projet afin de tester concrètement l’idée avec les écoles de Basse-Normandie qui se sont déclarées intéressées par ces actions.

Pendant notre dernière mission, l’institut BELRAD de Minsk démarrait la campagne de mesures anthropogammamétriques sur l’ensemble des enfants des écoles du district. Grâce à ses laboratoires mobiles, l’institut parvient à mesurer l’état de contamination interne d’une soixantaine d’élèves par matinée. Un siège, embarqué dans un véhicule automobile, mis au point par le professeur Nesterenko, permet de mesurer la quantité de césium 137 dans le corps entier. Des réunions, organisées le soir même, ont permis de discuter des résultats avec les familles dont les enfants présentent les seuils les plus élevés. La contamination de l’organisme provient essentiellement de l’ingestion quotidienne d’aliments moyennement contaminés (par exemple du lait à 50 Bq/L en césium 137), ou de la consommation occasionnelle de produits de la forêt, très fortement contaminés. Ces derniers, champignons à plus de 10 000 becquerels par kg sec, baies sauvages…, sont encore récoltés par tradition dans la région. On voit ici l’importance, pour comprendre la situation et pour répondre aux interrogations des familles, de pratiquer aux mesures des produits quotidiennement consommés par le foyer. Pour le professeur Nesterenko, et d’après les travaux du professeur Bandajevski, une concentration supérieure à 20 Becquerel par kilogramme de son poids doit déjà être considérée comme une situation préoccupante chez un enfant.

Il est difficile d’imaginer que, 18 ans après la catastrophe, il soit toujours nécessaire de faire attention aux produits que l’on mange, aux lieux où l’on se promène. Un examen des mesures pratiquées sur les enfants pendant la campagne d’automne a clairement montré que les trois enfants qui présentaient les taux de contamination les plus élevés, plus de 200 Bq/kg, appartenaient à une famille socialement défavorisée.

Nous avons emporté, au retour de février, des échantillons de lait et de pommes de terre afin de faire réaliser des dosages de strontium. En effet, ce contaminant, rejeté avec le césium au moment de l’accident, est plus difficile à mesurer car non détectable avec des compteurs classiques. Le strontium 90 (90Sr) est un émetteur bêta pur, il ne peut être mesuré avec des détecteurs classiques et doit être isolé chimiquement afin d’être dosé avec un compteur spécifique.  Faute de moyens, notre laboratoire  ne pratique pas cette mesure. Pourtant du fait de la similitude de ses propriétés chimiques avec le calcium, le strontium peut contribuer fortement à l’impact sanitaire lié à la contamination de l’organisme.

 Des boutures ?

Nous sommes fiers d’accompagner l’association « pousses de vie » et d’en favoriser le développement et peut être ses boutures et ramifications. Des souhaits ont été formulés dans d’autres districts de la Biélorussie pour fonder des associations de ce type afin de pérenniser des dispositifs qui, après avoir fonctionné quelques années et faute d’appui de la part d’un collectif, se sont épuisés ou n’ont pu faire face aux problèmes de maintenance du matériel ou du remplacement des dosimétristes. Le contexte politique Biélorusse ne facilite pas ces créations mais nous espérons que de nouvelles initiatives vont voir le jour. La première association a rédigé des statuts qui devraient permettre la création d’antennes au cas où les nouvelles initiatives seraient empêchées. Notre implication dans ce projet est avant tout humanitaire, dans un domaine qui nous est propre. La notion d’échange est cependant celle qui gouverne avant tout cette action car avons beaucoup de chose à apprendre, afin de transmettre et témoigner de la situation et des conditions de vie rencontrées là-bas, autour de nous, dans notre région, identifiée par les chercheurs du LASAR (Laboratoire d’Analyse Sociologique et Anthropologique du Risque de l’Université de Caen) comme la plus nucléarisée au monde.

Tableau 1 : Concentrations en césium 137 mesurées sur place dans les produits apportés par les villageois de Krasnoyé ; district de Braggin ; Biélorussie.

Nature  Concentration
en Cs137
 Champignons
secs
 10 000
Bq/kg sec
 Lait
de vache
 48 Bq/L
 Lait
de vache
 36 Bq/L
 Lait
de chèvre
 < 7
Bq/L
 Carottes  < 7
Bq/kg frais
 Pommes
de terre
 < 7
Bq/kg frais
 Cendres
de cheminée
 5 200
Bq/kg

 

Tableau 2 : Concentrations (Bq/kg sec) en radionucléides émetteurs gamma mesurées par l’ACRO dans la terre prélevée au mois de février 2004 en zone interdite, en frontière du district de Braggin ; Biélorussie.

Lieu Zone
interdite
Distance/émissaire <30 km
Direction/émissaire Nord Est
Pays Bélarus
Date 16
février 2004
Nature Sol
Poids sec / poids frais 65%
Densité analysée 1,1
Quantité analysée 530g
Radionucléïdes
artificiels
Bq/kg
sec
134 Cs 4,9 ±
0,9
137 Cs 2278
± 265
154 Eu 4,4 ±
1,5
155 Eu < 4,1
241 Am 14 ± 3
Radionucléïdes
naturels
Bq/kg
sec
214 Pb 14 ± 4
228 Ac 17 ± 4
212 Pb 16 ± 3
40 K 350 ±
44

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