Tous les trimestres, nous publions un dossier thématique, une revue de presse, des résultats d’analyse de la radioactivité.

Abonnez-vous30€/an

Bulletin à télécharger pour un paiement en chèque ou espèce :

Derniers numéros :

N°148 : 20 ans de notre observatoire citoyen

N°147Étude des niveaux de radioactivité dans les environs du Centre de Stockage de l’Aube (CSA) – Les déchets du CSM et d’Orano – L’ACRO à la fête de la science

N°146 : Surveillance radioécologique réalisée autour de la centrale de Gravelines – 20 ans de surveillance citoyenne, aidez-vous à continuer ! – Distribution de comprimés d’iode autour des centrales nucléaires : la population mal protégée

N°145 : Surveillance radiologique du littoral normand 2023 – Traitement des combustibles nucléaires : quel avenir ?

N°144 : Le nucléaire français n’assume pas ses liens avec la Russie – Regard d’un haguais sur la décontamination du Ru des Landes – Pavlo, liquidateur – Petit point sur la catastrophe de Fukushima 13 ans après – Surveillance radiologique du plateau de la Hague 2022 ( printemps 2024)

N°143 : L’absorption de l’IRSN par l’ASN à marche forcée – Bilan 2022 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (décembre 2023)

N°142 : Alors que les piscines françaises sont proches de la saturation, KEPCo va envoyer des combustibles en France – Le contrôle nucléaire recadré – Analyses environnementales du CNPE de Nogent sur Seine ( septembre 2023)

N°141 : L’humanité face au défi climatique – Quel avenir pour le combustible Mox et le retraitement ? – Au revoir Jean-Claude (juin 2023)

N°140 : D’où vient l’uranium importé en France ? – Nucléaire, un cycle du combustible grippé (mars 2023) Note d’information de l’ACRO

N°139 : Projet de construction de six EPR2 dont une première paire à Penly – Pollution au plutonium à La Hague révélée par l’ACRO (décembre 2022)

N°138 : Surveillance de la contamination de l’eau potable et de légumes autour de Valduc (septembre 2022)

N°137 : Résultats 2021 de la surveillance radiologique de l’environnement autour des installations nucléaires de la Loire et de la Vienne (juin 2022)

N°136 : Suivi du projet de la piscine nucléaire EDF à La Hague / Enquête publique sur la poursuite du démantèlement de la centrale de Brennilis (mars 2022)

Historiques des Acroniques


Risque de conflit d’intérêt à la tête de l’ASN, puis de l’ASNR

Face au conflit d’intérêt que pourrait représenter la nomination de Pierre-Marie Abadie, actuel directeur de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), aux fonctions de président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), un groupement d’associations alerte les député·es de la commission du Développement durable, instance dans laquelle aura lieu mercredi 16 octobre un vote sur ce projet de nomination.
 
En tant que directeur général de l’Andra, M. Abadie a engagé sa responsabilité sur les dossiers de déclaration d’utilité publique (DUP) et de demande d’autorisation de création (DAC) du projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique destiné aux déchets de haute activité et moyenne activité à vie longue). Nommer le responsable de ce projet à la tête de l’autorité chargée d’instruire la demande d’autorisation de création de ce centre de stockage jettera nécessairement le doute sur l’impartialité de cette instance.
 
Les associations ACRO, BURESTOP, CEDRA 52, Coordination Stop Cigéo, CRIIRAD, Global Chance, GSIEN comptent donc sur le discernement des député·es pour ce vote qui, dans un contexte particulièrement tendu (refonte du système de contrôle de la sûreté nucléaire, relance de la filière nucléaire, instruction d’un projet d’envergure inégalée), représente un enjeu majeur pour la sûreté nucléaire en France. 

Etude des niveaux de radioactivité dans les environs du centre de stockage de l’Aube (CSFMA)

Cette étude répondait au souhait de la CLI de Soulaines de poursuivre le travail engagé en 2007 qui avait pour but de dresser un bilan environnemental autour du Centre de stockage des déchets de faibles et moyennes activités dans l’Aube (CSA) afin de suivre son évolution. Renouvelé une première fois en 2012, il s’agit dix ans plus tard de poursuivre le suivi et de permettre, à partir de nouvelles investigations, d’en élargir la connaissance.

Dans ce contexte, le travail s’est articulé en deux volets complémentaires visant à :

  • Connaitre la situation radiologique sur le site et dans ses environs et d’évaluer ses évolutions,
  • Mesurer les niveaux d’exposition liés à la présence de déchets radioactifs autour des périmètres du CSA, et des deux sites voisins dédiés à la gestion des déchets de très faibles activités (TFA) : le CIRES et DAHER, durant un jour d’activité et un jour d’inactivité des sites.

Comme par le passé, l’élaboration et le suivi de l’étude ont été réalisés par la CLI au travers de la mise en place d’un comité de pilotage permettant l’implication de ses membres dans chacune de ces étapes.

Les prélèvements ont été réalisés lors de deux campagnes qui ont eu lieues du 19 au 23 juin et du 13 au 16 septembre 2023.

Télécharger le rapport Etude Soulaines sans les annexes (partie 1)

Télécharger les annexes du rapport 

Télécharger la présentation de l’étude (réunion CLI de Soulaines du 05/07/2024)

 

Distribution de comprimés d’iode autour des centrales nucléaires : la population mal protégée

Alors que la France s’apprête à renouveler la distribution d’iode dans un rayon de 10 km autour de ses 18 centrales nucléaires (site de la campagne), l’ACRO demande à ce que tout foyer puisse bénéficier de cette protection, s’il le souhaite. Une extension de la distribution jusqu’à 20 km a eu lieu en 2019 et le renouvellement entre 10 et 20 km aura lieu en 2026. Actuellement, moins de 3 millions de personnes bénéficient d’une protection de leur thyroïde en cas d’accident nucléaire grave (chiffres officiels par centrale). Cela représente à peine 4,6% des 65 millions d’habitants en France métropolitaine.

A titre de comparaison, la Belgique propose de l’iode à toute sa population, ce qui représente un rayon de 100 km autour de ses centrales. Le Luxembourg aussi. La Norvège, qui ne possède pas de centrale nucléaire, recommande, depuis janvier 2019, à toute sa population d’avoir de l’iode à la maison. En Suisse, 60% de la population a reçu de l’iode à la maison, suite à l’extension de 20 à 50 km de la distribution après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. La France, qui a la plus forte densité d’installations nucléaires en Europe, reste très en retrait par rapport à ces pays.

Tirant les leçons des accidents nucléaires à Tchernobyl et Fukushuma, l’ACRO réclame que la zone de distribution soit étendue à 100 km afin de permettre aux familles avec enfants, aux femmes enceintes ou allaitantes de bénéficier d’une protection optimale en cas d’accident grave. Ces comprimés d’iode existent, mais ne seraient distribués qu’une fois l’accident en cours, en contradiction totale avec un éventuel ordre de rester à l’abri.

L’ACRO milite depuis des années pour l’extension de la distribution d’iode en France. Des réunions d’informations devraient être organisées prochainement pour organiser la distribution d’iode autour des centrales nucléaires françaises. Il faut continuer à faire pression sur les autorités pour obtenir une meilleure protection.

Appel aux dons : 20 ans de surveillance citoyenne, aidez nous à continuer

 

Qu’est-ce-que l’observatoire citoyen (OCRE) ?

L’Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement (OCRE) est un réseau de surveillance unique, mis en place par l’ACRO, afin de connaître les niveaux et les évolutions de la radioactivité dans l’environnement.

En associant un réseau de 250 préleveurs volontaires (citoyens bénévoles) et son laboratoire agréé, l’ACRO a mis en place un outil performant de vigilance citoyenne ouvert à toute personne souhaitant s’impliquer.

Le long des 600 km de côtes du littoral normand, l’ACRO surveille notamment les rejets des usines Orano de La Hague – les plus élevés au monde – et milite pour une réduction de ces rejets, conformément aux engagements pris dans le cadre de la convention OSPAR pour la protection de l’Atlantique Nord. Et, le long des 650 km de rivages de la Loire et de la Vienne, l’Observatoire citoyen, impliquant des associations locales, a permis de mettre en évidence des lacunes dans la surveillance officielle : la station multiparamètres de la centrale de Chinon ne voit souvent pas passer les rejets radioactifs de la centrale qu’elle est supposée contrôler.

Les résultats sont publiés sur notre site internet (acro.eu.org) afin de permettre à tous de connaître les niveaux de radioactivité autour de chez lui et sont versés dans la base de données du Réseau national de mesures

Cet observatoire citoyen ne génère pas de recettes mais des coûts financés en partie sur les fonds propres de l’association. Il est aujourd’hui menacé par une baisse significative des subventions et nous avons besoin de vous pour maintenir notre vigilance face aux rejets des installations nucléaires. 

Avec l’arrivée du nouvel EPR à Flamanville et les rejets de l’usine de retraitement ORANO qui détient le triste record des rejets radioactifs les plus forts au monde, il est plus que jamais important de continuer cette surveillance citoyenne dans l’environnement.

 Il est possible de venir prélever avec nous ou de faire un don par carte bancaire via la plateforme sécurisée HelloAsso, que vous pouvez retrouver sur notre site internet : acro.eu.org

Le don par chèque est également possible (à l’ordre de “Association ACRO”), en l’envoyant à l’adresse suivant : 711 Bld de la Grande Delle 14200 Hérouville-Saint-Clair.

Les donateurs bénéficieront d’une déduction fiscale de 66% (60% pour les entreprises).

L’extrême-droite, une menace pour l’action associative et citoyenne

Comme plus de 1 100 associations, l’ACRO est signataire de la tribune initiée par le Mouvement associatif :

Les élections européennes du 9 juin dernier ont entériné une progression sans précédent de l’extrême-droite. Face à ce constat, le Président de la République a fait le choix de dissoudre l’Assemblée nationale, convoquant brusquement des élections législatives les 30 juin et 7 juillet prochains. Le risque qui s’annonce pour notre démocratie, pour notre République et les valeurs qui la fondent ne peut pas être ignoré.

Nous avons la chance dans notre pays de pouvoir compter sur une dynamique associative particulièrement forte qui nous accompagne au quotidien. Ce sont nos associations, d’abord, qui permettent de proposer à nos enfants de pratiquer une activité sportive. Ce sont elles, encore, qui viennent en soutien des plus démunis, leur proposant un repas ou un toit. Ce sont elles, toujours, qui permettent d’animer nos bourgs et nos quartiers, proposant des activités culturelles accessibles à tous et toutes. Ce sont également elles qui préservent la nature… Nous pourrions poursuivre cette liste à l’infini tant les actions menées par les associations sont diverses et au plus près des besoins des habitantes et habitants.

Ce qui nous réunit aujourd’hui au sein de nos associations, c’est un socle de valeurs et de principes partagés qui est incompatible avec l’extrême-droite. Là où elle prospère sur le sentiment d’abandon et la peur du déclassement, les associations rassemblent et soutiennent les citoyennes et citoyens.

Partout où les forces autoritaires ont accédé au pouvoir, elles n’ont eu de cesse de s’en prendre à la vie associative et celles et ceux qui font association. C’est le cas en Hongrie où le gouvernement de Viktor Orban a été condamné par la Cour de Justice de l’Union Européenne pour ses restrictions imposées au financement des organisations civiles. Mais c’est aussi le cas en France dans les communes administrées par le Rassemblement National. Ainsi, à Hayange (57) en 2016, le maire a mis à la porte le Secours populaire de ses locaux et lui a coupé le chauffage du fait de son caractère “politisé et pro-migrants” alors que l’association comptait près de 1000 bénéficiaires. À ce titre, comment ne pas s’inquiéter de l’utilisation d’un outil déjà largement dévoyé tel que le Contrat d’Engagement Républicain entre les mains d’un tel pouvoir ?

Car ces exemples trahissent une vérité simple : si l’extrême-droite s’en prend aux associations, c’est surtout parce qu’elles agissent au service de tous et toutes, sans discrimination, car les droits sont universels, aucune préférence nationale ne s’y appliquant ; et c’est parce qu’elles sont le réceptacle de la parole citoyenne, du débat contradictoire et d’un pluralisme indispensable à notre vie démocratique.

Parce que les associations portent la parole des citoyennes et citoyens là où l’extrême-droite voudrait la contenir. Parce que les associations prônent le dialogue là où l’extrême-droite se construit sur l’éviction des divergences. Parce que les associations prônent l’ouverture et la tolérance là où l’extrême-droite revendique le repli sur soi. Parce que les associations sont des écoles de la démocratie là où l’extrême-droite en est le fossoyeur. Les valeurs associatives sont incompatibles avec l’extrême-droite.

Nous appelons chacune et chacun d’entre nous à défendre nos valeurs républicaines lors des prochaines élections. Dans la continuité du Pacte du Pouvoir de Vivre qui rendra visible les débats, rassemblements ou les initiatives portées par la société civile (www.pactedupouvoirdevivre.fr), nous appelons toutes les associations à se mobiliser. Nous portons toutes et tous une responsabilité. Il s’agit d’investir pleinement ce combat !

Traitement des combustibles nucléaires : quel avenir ?

Fierté française, le « recyclage » des combustibles nucléaires usés, affiche une piètre performance après 58 ans de développements industriels. Voir la note que nous avions publiée en 2023, sur la base des données publiées tous les ans par l’ANDRA dans ses inventaires de déchets et matières radioactifs. De plus, pour l’uranium séparé à La Hague, la France a besoin de la Russie pour le valoriser car seul ce pays a les capacités de conversion nécessaire. L’invasion de l’Ukraine n’a aucunement changé les plans d’EDF de continuer à commercer avec Rosatom, l’entreprise d’Etat russe en charge du complexe militaro-industriel nucléaire, directement associée à la prise en otage la centrale ukrainienne de Zaporijjia.
Malgré cela, le gouvernement a décidé de poursuivre cette même politique jusqu’à la fin du siècle. On n’en sait pas beaucoup plus puisque le Conseil de Politique Nucléaire (CPN), réuni autour du président de la République, n’a pas publié de communiqué pour préciser et argumenter ses décisions. La gestion du combustible est pourtant structurante pour toute la filière nucléaire et mériterait donc plus de transparence. Quel est l’intérêt d’avoir une démarche participative dans le cadre le Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (PNGMDR) ou d’organiser des débats nationaux quand la décision est prise par un petit aéropage isolé dans sa tour d’ivoire ?
Faute de communication gouvernementale, il faut aller lire le communiqué d’Orano relatant la visite du ministre de l’Economie et du ministre délégué à l’industrie sur le site de La Hague, le 7 mars 20244. On peut y lire qu’il a été décidé de poursuivre la stratégie de traitement-recyclage au-delà de 2040 avec :
• un programme de pérennité/résilience prolongeant les usines de La Hague (Manche) et Melox (Gard) au-delà de 2040,
• le lancement des études pour une nouvelle usine de fabrication de combustibles MOX sur le site de la Hague,
• le lancement des études pour une nouvelle usine de traitement des combustibles usés, également sur le site de La Hague d’ici 2045/2050.
Et Orano d’ajouter qu’en France, « 10 % de l’électricité nucléaire est produite grâce au recyclage de matières valorisables sous forme de combustibles MOX (Mixed Oxide). Ce taux peut atteindre 25 % et près de 40 % avec le multi-recyclage des combustibles MOX usés […]. Les matières réutilisables contenues dans les combustibles usés (uranium et plutonium, soit 96 % du total) sont séparées à La Hague, puis réemployées dans des combustibles recyclés. Le plutonium est réemployé dans les combustibles MOX fabriqués par Orano dans son usine de Melox. »
Voyons ce qu’il en est vraiment et ce qu’impliquent les décisions gouvernementales

Voir la note complète

Mise en service de l’EPR de Flamanville : l’inquiétude gagne !

Communiqué de presse commun
ACRO – CRIIRADGLOBAL CHANCEGSIEN

La mise en service de l’EPR est attendue au premier trimestre 2024, selon les dernières annonces. On peut en douter car, dix-sept ans après le début des travaux, la situation s’avère très confuse. Après les vicissitudes qui ont émaillé le chantier de construction, les événements des derniers jours interrogent sur les conditions de la mise en service et sur le fonctionnement futur du réacteur.

Juin 2022 : EDF est confiante, l’EPR de Flamanville va démarrer en 2023.
Décembre 2022 : EDF annonce une mise en service “au premier trimestre 2024 au plus tard” (Par mise en service il faut entendre “chargement du premier assemblage combustible dans le cœur”).
30 janvier 2024 : Bernard Doroszczuk, Président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), annonce avoir relevé quarante-trois cas de falsifications, fraudes ou irrégularités dans l’industrie du nucléaire (Par falsification, fraude ou irrégularité il faut entendre des cas de personnes ayant déclaré une action déclarée sans l’avoir réellement réalisée ou des irrégularités chez les fournisseurs, falsifications de certificats notamment). Trois de ces affaires font l’objet d’une saisine de la Justice au titre de l’article 40 du Code Pénal. Un de ces cas semble concerner l’EPR. On évoque des vannes et soupapes, composants très sensibles pour la sûreté du réacteur.
23 février 2024. Lors de la Commission Locale d’Information (CLI) de Flamanville, les falsifications ont été abordées dès le début de la réunion mais aucune réponse n’a été apportée. Les présents, notamment les élus, repartent sans savoir si oui ou non des falsifications ont affecté des composants majeurs de l’EPR.

Puis l’ASN a présenté les résultats de l’ « inspection renforcée » (qui a eu lieu les jeudi 1er et vendredi 2 février 2024 sur le chantier du réacteur n°3 de Flamanville”). La conclusion est sans appel, il reste encore beaucoup de travail à réaliser d’ici la mise en service : documents opératoires en cours de mise à jour, une centaine d’alarmes qui clignotent, une centaine d’essais périodiques à réaliser…

Et encore n’est-il pas fait mention des multiples problèmes techniques qui ont émaillé la construction du réacteur, “sujets désormais clos” comme l’a souligné le Président de l’ASN, mais loin d’être réglés.

Qu’à cela ne tienne, EDF continue de répéter « chargement du combustible en mars 2024 ».

Le public, les élus, les associations s’interrogent sur les risques que ferait courir une mise en service hâtive de l’EPR et attendent des réponses concernant les falsifications qui ont possiblement affecté la construction : quels sont les composants concernés et la nature de la fraude incriminée ?

Ce réacteur n’est manifestement pas prêt à être mis en service en toute sûreté

L’Article 3 du décret n°2007-534 du 10 avril 2007 autorisant la création de l’EPR de Flamanville, fixait à dix ans le délai pour réaliser le premier chargement en combustible nucléaire du réacteur. Cette échéance a été portée à 13 ans le 25 mars 2017, puis à 17 ans le 28 mars 2020. La dernière date d’échéance étant proche (10 avril 2024), EDF veut éviter à tout prix un troisième report. Il ne faudrait pas sacrifier la sûreté pour cela.

Il est impératif que les autorités de sûreté fournissent des précisions, en particulier :
• Quand aura lieu la prochaine et dernière consultation du public relative à l’autorisation de mise en service ?
• L’autorisation de mise en service sera-t-elle publiée avant le 10 avril 2024, date limite du délai défini par le décret d’autorisation de création du 10 avril 2007.
• Si cette date n’est pas respectée, quelle procédure sera mise en œuvre ?
• Une autorisation de divergence sera-t-elle délivrée ? Après la divergence toute opération est beaucoup plus complexe et entraine des risques accrus pour les travailleurs notamment pour changer le couvercle de la cuve, mais aussi pour corriger les problèmes liés au plenum inférieur de la cuve.

Le nucléaire français n’assume pas ses liens avec la Russie – France’s nuclear industry does not acknowledge its links with Russia

English below


Article mis à jour le 16 février 2024.

Le directeur exécutif du groupe EDF et directeur du parc nucléaire et thermique est fier d’annoncer sur le réseau social professionnel LinkedIn, que « le 5 février 2024, la tranche 2 de la centrale de Cruas a redémarré avec la première recharge d’Uranium totalement recyclée ». Il salue « un travail de longue haleine [qui] a notamment été mené ces dix dernières années pour relancer une filière d’uranium de retraitement, suspendue en 2013 et qui vient juste de franchir une étape historique. » Et de promettre un avenir encore plus radieux : « dans les années 2030, l’Uranium de retraitement prendra toute sa place et représentera plus de 30% de l’Uranium chargé chaque année dans nos réacteurs ». Cette annonce est accompagnée de tous les poncifs habituels, comme la « filière industrielle d’excellence » pour « assurer l’indépendance énergétique ».

La Déléguée Générale de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) s’extasie sur le réseau social X et ajoute que cet uranium « est issu du retraitement des combustibles usés » à Orano la Hague. Mais ni elle, ni le Directeur Exécutif Groupe EDF ne disent que cet uranium de retraitement a été converti et réenrichi en Russie par Tenex, une filiale de Rosatom, l’entreprise d’Etat russe en charge du complexe militaro-industriel nucléaire, directement associée à la prise en otage la centrale ukrainienne de Zaporijjia.

Tenex est la seule entreprise au monde qui a les capacités de convertir l’uranium de retraitement pour pouvoir le réenrichir. Alors, pour pouvoir fanfaronner, en mettant en avant l’« économie circulaire » et la « préservation des ressources naturelles », il vaut mieux jeter un voile pudique sur les droits humains.

Dans son communiqué du 12 février, la SFEN mentionne le conflit en Ukraine qui « pourra amener à repenser » le contrat avec la Russie. Décryptage : EDF n’a pas l’intention de rompre le contrat avec la Russie. Après, on verra. Et d’ajouter que « plusieurs acteurs occidentaux sont en mesure de bâtir des ateliers dédiés à l’enrichissement » de l’uranium de retraitement. Encore faudrait-il qu’il y ait un marché suffisant pour cela. Si la France était partante, la SFEN l’aurait souligné.

De facto, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection des Pays-Bas vient d’autoriser l’importation de chargements d’uranium converti en Russie pour son enrichissement à l’usine d’Urenco située à Almelo. Selon l’ONG Laka, qui cite un porte-parole de l’entreprise d’enrichissement, cet uranium est destiné à la France, conformément à la politique affichée par EDF devant le HCTISN en mars 2022, de recourir aussi aux services d’Urenco pour l’enrichissement de l’uranium de retraitement après conversion chimique en Russie.

Il est important de rappeler que le bilan actuel, en termes de recyclage, n’est pas brillant puisqu’avant ce nouveau chargement, à peine 630 tonnes d’uranium de retraitement réenrichi ont été chargées en réacteur en France, avant ce nouveau chargement. C’est environ 2 % de l’uranium séparé à La Hague en plus de 50 ans (lire notre note d’information à ce propos). Il en reste 34 000 tonnes en attente de recyclage… Quel est l’intérêt, alors, de continuer à commercer avec la Russie ? Pour que pays garde une partie de l’uranium de retraitement appauvri dont on ne sait que faire ! Les chiffres exacts sont secrets, mais cela représente environ 86 % de ce que la France fait enrichir sur place. Et ce commerce contribue à la politique hégémonique russe dans le domaine nucléaire.

L’Ukraine ne fait pas le poids face au mythe du recyclage.


The EDF Group’s Executive Director and Head of Nuclear and Thermal Power is proud to announce on the professional social network LinkedIn that “on 5 February 2024, Unit 2 of the Cruas power plant was restarted with the first refill of fully recycled uranium”. He praises “the long-term work [that] has been carried out over the last ten years to relaunch a reprocessed uranium production system, which was suspended in 2013 and has just reached a historic milestone.” He goes on to promise an even brighter future: “In the 2030s, reprocessed uranium will play its full role, accounting for more than 30% of the uranium loaded into our reactors every year”. This announcement is accompanied by all the usual clichés, such as the “industrial sector of excellence” to “ensure energy independence”.

The General Delegate of the French Nuclear Energy Society (SFEN) raves on social network X and adds that this uranium “comes from the reprocessing of spent fuel” at Orano la Hague. But neither she nor the EDF Group Executive Director say that this reprocessed uranium was converted and re-enriched in Russia by Tenex, a subsidiary of Rosatom, the Russian state company in charge of the nuclear military-industrial complex, which is directly involved in the occupation of the Zaporijjia power station in Ukraine.

Tenex is the only company in the world with the capacity to convert reprocessed uranium for re-enrichment. So, in order to be able to boast about the “circular economy” and the “preservation of natural resources”, it is better to draw a veil of secrecy over human rights.

In its press release of 12 February, SFEN mentions the conflict in Ukraine, which “could lead to a rethink” of the contract with Russia. Deciphering: EDF has no intention of breaking the contract with Russia. Once terminated, it might consider another solution. SFEN adds that “several Western players are in a position to build workshops dedicated to the enrichment” of reprocessed uranium. There would still have to be a sufficient market for this. If France were on board, the SFEN would have pointed this out.

As a matter of facts, the Dutch Nuclear Safety and Radiation Protection Authority has just authorised the import of shipments of uranium converted in Russia for enrichment at the Urenco plant in Almelo. According to the NGO Laka, which quotes a spokesman for the enrichment company, this uranium is destined for France, in line with the policy announced by EDF to the HCTISN in March 2022 of also using Urenco’s services to enrich reprocessed uranium after chemical conversion in Russia.

It is important to remember that the current recycling record is not brilliant, since barely 630 tonnes of re-enriched reprocessed uranium were loaded into reactors in France before this new load. This represents around 2% of the uranium separated at La Hague over more than 50 years (see our information note on this issue). There are still 34 000 tonnes waiting to be recycled. So what’s the point of continuing to trade with Russia? So that Russia can keep some of the depleted reprocessed uranium that we don’t know what to do with! The exact figures are secret, but this represents around 86% of what France has enriched on site. And this trade contributes to Russia’s hegemonic nuclear policy.

Ukraine is no match for the myth of recycling.

Translated with the help of DeepL.com (free version)

Une fusion ASN-IRSN qui rime avec atomisation de l’efficacité de la gouvernance des risques nucléaires et radiologiques

Communiqué de presse commun
ACROAMFPGNCRIIRADGLOBAL CHANCEGSIEN

Le Gouvernement – avec une ardeur incomparable à celle qu’il déploie en faveur de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables – veut relancer la filière nucléaire : tant en souhaitant prolonger la durée d’exploitation du parc actuel de réacteurs vieillissants qu’en préparant un nouveau programme de construction de réacteurs EPR2, voire de Petits Réacteurs Modulaires.

Pour pouvoir relancer rapidement la filière nucléaire – aux motifs discutables de la souveraineté nationale et de la lutte contre le changement climatique – le Gouvernement a déposé un projet de loi visant à absorber l’IRSN (chargé de l’expertise en matière d’évaluation des risques technologiques et radiologiques) dans l’ASN (Autorité de sûreté chargée du contrôle de l’exploitant), projet de loi dont l’examen va débuter au Parlement le 7 février 2024.

Nous continuons de penser, à l’instar de nombreuses organisations et de diverses personnalités, que cette fusion entre ces deux organismes va dégrader l’efficacité de la gouvernance des risques nucléaires et radiologiques à tous les stades du cycle de vie (de la conception au démantèlement en passant par l’exploitation des unités de production d’énergie ou de gestion des déchets) de ces installations industrielles complexes :

  • dégradation de l’expertise mise sous tutelle du décideur,
  • dégradation de l’évaluation de la robustesse des installations résultant du transfert dans deux entités différentes de l’expertise de sûreté et de l’expertise de sécurité des installations civiles,
  • dégradation de la capacité de reconstitution de la dose globale reçue par les travailleurs et la population en cas d’accident résultant du transfert dans deux entités différentes de la dosimétrie interne et de la dosimétrie externe.

De plus, comment ne pas pointer la disparition des avis d’expert et la suppression de l’obligation légale de leur publication inscrite dans la loi depuis 2015, ce qui constitue une véritable régression de la transparence tant sur le plan environnemental et sanitaire que démocratique.

Enfin, rien ne garantit que la recherche menée par l’IRSN sera maintenue au même niveau, le projet de loi ignorant complètement toute la gouvernance de ces activités.

Les catastrophes technologiques majeures du passé, les difficultés de conception de nouveaux réacteurs ou d’exploitation d’un parc vieillissant, l’apparition de phénomènes physiques improbables ou non supposés nous rappellent et démontrent quotidiennement la nécessité et l’utilité d’une évaluation robuste et pluraliste. Un parc nucléaire avec l’ensemble de ses équipements connexes n’est pas un jouet.

Pour ces raisons, mais aussi bien d’autres, nous appelons les parlementaires à rejeter ce projet de loi.

Analyses environnementales au voisinage de la centrale de Nogent-sur-Seine

Analyses environnementales pour un état de référence indépendant au voisinage du CNPE de Nogent-sur-Seine (2022-2023)

Cette étude répondait au souhait de la Commission locale d’information de contribuer à la connaissance de l’état radiologique de l’environnement autour du CNPE de Nogent-sur-Seine et à la pluralité des sources d’information.

Conformément au cahier des charges établi par la CLI, le travail s’est articulé en deux volets complémentaires visant à connaitre la situation radiologique dans le domaine terrestre et aquatique en champ proche et lointain de l’installation nucléaire. L’élaboration et le suivi du projet ont été réalisés conjointement par l’ACRO et la CLI.

Télécharger le rapport d’étude