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Editorial de l’ACROnique du nucléaire n°95
L’industrie nucléaire est la seule industrie qui nécessite une autorité de sûreté pour elle toute seule et un institut d’expertise entièrement dédié. Cette spécificité est due au danger qu’elle représente. La catastrophe de Fukushima est venue rappeler cruellement ce fait. Elle est le résultat d’un échec de l’exploitant, mais aussi du contrôle.
Une telle catastrophe est-elle possible chez nous ? La question taraude tout le monde, même les promoteurs de cette industrie. Comme on ne peut plus accuser le système soviétique, le directeur de l’IRSN explique qu’il lui faut « imaginer l’inimaginable » pour garantir la sûreté. Pourtant, les causes de la catastrophe de Fukushima étaient non seulement imaginables, mais bien connues. Le mot « tsunami » est d’origine japonaise…
L’industrie nucléaire est plutôt adepte de la devise shadok : « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème ». C’est le cas en particulier pour les déchets. Maintenant, elle va devoir prendre en compte les questions et les problèmes qu’elle refusait d’imaginer : le canal plus haut de 15 mètres par rapport aux deux réacteurs de Fessenheim, un risque inimaginable ? L’oléoduc par dessus le canal d’amenée d’eau des 6 réacteurs de Gravelines, un risque inimaginable ?
Pour aider le directeur de l’IRSN, caution scientifique de ses mandants politiques, à penser l’« inimaginable », nous avons collecté un certain nombre d’interrogations terre à terre, qui sont soumises par écrit via un groupe de travail mis en place par les trois CLI du Nord-Cotentin. Elles forment le dossier principal de ce numéro de l’ACROnique du nucléaire.
Inlassablement, nous continuons à actionner la pompe à idées, car pour paraphraser les shadoks, « il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. »
ACROnique du nucléaire n°95 – décembre 2011
Dès la découverte des rayons X, par Wilhelm Conrad Röntgen en 1895, et celle de la radioactivité, par Henry Becquerel en 1896, les conséquences néfastes des radiations ionisantes vont se révéler très vite.
En 1928, le 2nd Congrès international de Radiologie donne naissance au « Comité international de protection contre les Rayons X et le Radium » qui deviendra par la suite la Commission Internationale de Protection Radiologique, l’actuelle CIPR dont les recommandations inspirent très largement les réglementations nationales et internationales. A l’issue de ce congrès seront promulguées les premières restrictions concernant les professions médicales.
Les premières recommandations de la CIPR seront publiées en 1934. C’est cette même année (en décembre 1934) que seront édictés, en France, les premiers textes réglementaires en radioprotection où seront promulguées les premières valeurs limites d’exposition pour les travailleurs.
Celles-ci ne cesseront d’évoluer dans le sens d’une réduction de ces valeurs en relation avec l’acquisition des nouvelles connaissances sur l’action des radiations. Les valeurs limites sont aujourd’hui réduites d’un facteur 30 par rapport à celles instituées à l’origine (voire d’un facteur 50 par rapport aux premières restrictions).
Après avoir défini des limites par jour, puis par semaine, plus tard par trimestre, les limites d’exposition furent ensuite fixées sur un pas de temps annuel, y compris pour le public[1].
Une nouvelle étape importante apparait en 1990 avec la publication de la CIPR-60 qui recommandera (pour simplifier) un nouvel abaissement des limites réglementaires d’un facteur 2,5 pour les travailleurs et d’un facteur 5 pour le public[2].
Depuis cette avancée majeure de 1990, d’autres évolutions se profilent soulignant que, par certains aspects, le risque radio-induit demeure sous-estimé.
Le risque Radon réévalué
C’est d’abord la réévaluation du risque lié à l’exposition au radon domestique. Sur la base d’une approche épidémiologique – déduite des données issues des mineurs extrayant l’uranium – la CIPR proposait un coefficient de risque que les modèles dosimétriques contredisaient. Mais la démonstration directe d’une relation causale entre radon domestique et cancer du poumon sera apportée vers 2005 avec la publication de trois grandes études épidémiologiques de grande envergure qui apportent des résultats très cohérents.
La CIPR a donc dû réviser sa copie. Dans un projet de nouvelles recommandations (juillet 2010), elle proposerait des facteurs de conversion en dose – du risque radon exprimé en dose efficace – qui correspondent à un risque plus que doublé (augmentation de 2,26 pour le public et de 2,35 pour les travailleurs). Dès lors, la commission propose un abaissement par un facteur 2 de ses valeurs de référence pour les niveaux de radon dans les habitations, se rapprochant ainsi des récentes propositions de l’OMS.
Le risque de cataracte réévalué
La cataracte fut une des pathologies radio-induite identifiée très tôt et démontrée expérimentalement dans les années qui ont suivi la découverte des rayons X. On les décrivit aussi chez des travailleurs exposés à des neutrons autour des premiers cyclotrons (1949) et chez les survivants d’Hiroshima et Nagasaki vers la même époque.
Mais l’idée communément admise était qu’il fallait de fortes expositions aux radiations, de l’ordre de 2 à 10 Gy (gray) selon la nature et le mode d’exposition. Dés lors, l’induction de la cataracte radio-induite est classée parmi les effets déterministes (retardés) ce qui signifie qu’elle ne peut apparaître qu’au-delà de certains seuils de dose (> 2 Gy en exposition aigüe, 4 Gy en exposition fractionnée et plus encore en exposition chronique).
Mais ces dernières années, des publications dans le champ de l’épidémiologie exposent des résultats qui remettent en cause cette vision optimiste et suggèrent des seuils de dose nettement plus faibles pour l’apparition des cataractes. De plus, ces études portent sur des populations aussi diverses que les astronautes, les pilotes de lignes, les survivants d’Hiroshima-Nagasaki[3], des patients ayant subi un scanner céphalique, des personnels en radiologie (tout particulièrement en radiologie interventionnelle), les « liquidateurs » de Tchernobyl, des enfants de la région de Tchernobyl…
Bref, l’existence même d’un seuil n’est plus vraiment une certitude dans la mesure où cette pathologie pourrait être plus le résultat d’une altération cellulaire, notamment génomique (conduisant à un effet stochastique) que d’un dommage tissulaire (effet déterministe).
Des données scientifiques récentes ont conduit la CIPR – fin avril 2011 – à revisiter le risque radio-induit pour certains effets déterministes, en particulier le cristallin. Désormais, la Commission considère que le seuil de dose absorbée au cristallin doit être maintenant fixé à 0,5 Gy (mais toujours classé comme effet déterministe).
Elle en tire comme recommandation qu’il faut maintenant réduire fortement les limites réglementaires d’exposition concernant le cristallin. En particulier, pour les expositions professionnelles, la CIPR recommande une limite de dose équivalente au cristallin de 20 mSv par an (pouvant être moyennée sur 5 ans mais sans dépasser 50 mSv sur une année).
Déjà, le projet de Directive-cadre européenne vient de prendre en considération ces recommandations. Dès lors, avec la transposition de cette future directive UE, les limites réglementaires devraient, à minima, évoluer comme indiqué dans le tableau ci-dessous :
Evolution attendue des limites réglementaire pour le cristallin
|
Public |
Travailleurs (catégorie A) |
|
|
Limite de dose |
15 |
150 |
|
Limite de dose |
15 |
20 |
Commentaires
Si la CIPR a eu une attitude exemplaire en 1990 (avec la parution de la CIPR-60), elle apparait aujourd’hui en retrait d’avancées nécessaires pour une meilleure prise en compte des données scientifiques dans le système actuel de protection radiologique. Celles-ci portent en particulier sur la révision du facteur d’efficacité de dose et de débit de dose mais aussi sur les facteurs de pondération des radiations, notamment pour les émetteurs bêta de faibles énergies ou encore les rayons X de faibles énergies.
Il convient aujourd’hui d’aller vers un abaissement généralisé de toutes les limites réglementaires tant pour les travailleurs que pour le public. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question d’actualité.
Le 6 novembre 2011
Pierre Barbey
Conseiller scientifique de l’ACRO
|
대한민국 지도 확대 Environnement Corée du Sud 아크로나 일본에 기부 |
후쿠시마의 원자력 사고 이후, 아크로는 방사능 시민감시를 일본으로 확대했습니다.
우리는 대한민국의 샘플도 받았습니다.
2011년 8월 • 대한민국 동부의 샘플들
2011년 12월 • 한국에서 보내온 벽지
2012년 08월 • 한국에서 유아 우유
밑의 자료를 보십시오.
대한민국 환경 샘플 : 아크로 검사결과
(↑)
한국에서 보내온 벽지
아 크로는 한국의 NGO인 “차일드세이브”의 요청을 받아 벽지를 핵종 분석했습니다.
벽 지는 농축된 자연방사능 원소에 의해 심하게 오염되어 있었습니다. 결과는 다음과 같습니다 :
우 라늄 238은 다른 방사능 원소들로 연속하여 붕괴됩니다. 이 각각의 농축량은 대략 1,000 Bq/kg입니다.
우 라늄 235는 자연에서와 같은 적은 양이 존재하고 있습니다.
비록 붕괴된 원소의 종류는 정확하게 식별되지 않지만, 그것들 역시 벽지에 있다고 봅니다.
토 륨232는 다른 방사능 원소들로 연속 붕괴됩니다. 이 각각의 농축량은 대략 8,000 Bq/kg입니다.
아 크로는 어쩌면 하나의 안료(색소)가 앞에서 언급한 정도의 방사선수치를 설명할 수 있을 것인지를
또한 살펴보기 위해서 벽지의 다양한 부분을 검사했습니다. 오염은 상당히 균일한 상태로 나타났습니다.
위에서 언급한 레벨의 방사선 수치는 이례적으로 높습니다. 이 수치들은 유럽원자력공동체 96/29 지침(근로자나 일반 대중이
접할 수 있는 이온화된 방사능의 양의 기준을 정한 지침)에 의해 정해진 공제치(한계나 예외 정도?)보다도 더 높습니다.
만일 토륨232의 농축된 정도가 1,000 Bq/kg보다 많다면, 그 상품은 (저준위?)방사성물질로 간주됩니다.
그 한계치는 우라늄 238의 경우에도 마찬가지입니다.
유 럽에서 이러한 상품의 생산은 노동자들의 근로 기준과 폐기물에 대한 허가와 엄격한 규제를 필요로 하는 핵 활동으로
간주됩니다.
프 랑스 법률은 경제적인 이유로 타당하다고 하여 승인된 것일지라도 방사성원소가 들어갔다고 예상되는 상품의 도입을
금지합니다. 이 벽지의 사용으로 작지만 지속적인 그러나 정당하지 않은 거주자의 방사선 조사가 일어나게 됩니다.
분 석 결과에 따라 이 벽지는 시장에서 철수(리콜, 판매금지)해야 하며 (저준위?)방사성폐기물로 간주되어야합니다.
이 벽지는 2011년 7월에 파산한 DSG대동벽지(http://www.ddwp.co.kr/) 가 만들었습니다.
벽 지 공장은 김해에 있으며 공장역시 아마 매우 오염되었을 것입니다.
이 벽지는 음이온 벽지라고 합니다.
(↑)
한국에서 유아 우유
아크로나 일본에 기부
(↑)
Communiqué de presse du 22 novembre 2011
Le vendredi 18 novembre 2011, l’ACRO est intervenue sur le site du terminal ferroviaire de Valognes afin d’y effectuer des mesures de radiations à proximité des convois de déchets radioactifs vitrifiés en attente d’un départ imminent vers l’Allemagne. Cette action s’est inscrite dans le cadre d’une inspection de l’Autorité de sûreté Nucléaire (ASN) qui a sollicité notre laboratoire indépendant en vue de conduire une expertise pluraliste et contradictoire avec celle de l’IRSN, expert institutionnel.
Il s’agit là d’une démarche tout à fait nouvelle et qui doit être soulignée car elle constitue une réelle avancée en matière de transparence.
Au-delà de la saisine de l’ACRO par l’ASN, des représentants de la CLI-AREVA (dont l’ACRO est membre) et un représentant associatif de la CLI Paluel-Penly ont également été associés pour assister à cette expertise pluraliste.
I – Résumé de l’expertise ACRO
Dans le temps imparti, l’expertise limitée de l’ACRO a néanmoins permis de réaliser un certain nombre de mesures d’exposition externe due au rayonnement gamma et rayonnement neutrons émis par les colis de déchets radioactifs. Le détail de ces mesures de débits de dose est reporté dans une note technique remise à l’ASN le 21 novembre et consultable sur notre site internet (www.acro.eu.org). Notons que les résultats de mesures obtenus par l’ACRO sont en très bonne concordance avec ceux de l’IRSN.
L’analyse du rayonnement émis souligne, de façon constante, un flux de neutrons environ 2 fois plus intense que le flux de radiations gamma (exprimé en débit d’équivalent de dose).
Le niveau de radiations est relativement similaire d’un wagon à un autre.
Les débits de doses évalués au contact et au centre des capots de protection des colis de déchets sont de l’ordre au total de 130 µSv/h. A 2 mètres, on mesure encore au total 37 µSv/h (dont 25 µSv/h pour les neutrons et 12 µSv/h pour les gamma).
Par ailleurs, quelques contrôles de contamination surfacique effectués par l’ACRO à l’extrémité d’un colis de déchets se sont révélés négatifs.
II – Commentaire sur les résultats de l’expertise ACRO
Certes, ces valeurs respectent la réglementation relative aux transports des matières radioactives – notamment la limite de 100 µSv/h à 2 m – mais elles sont loin d’être anodines pour autant, s’agissant de convois qui circulent et stationnent dans des lieux où des personnes du public peuvent être présentes.
Pour mémoire, les valeurs de rayonnement ambiant naturel au niveau du sol sont respectivement de l’ordre de 0,08 µSv/h (gamma) et de 0,01 µSv/h (neutrons). Ce qui signifie qu’à 2 m d’un wagon, les niveaux d’exposition sont respectivement de 150 fois le bruit de fond gamma ambiant et de 2500 fois le bruit de fond neutrons ambiant.
Au-delà des mesures réglementaires, l’ACRO a procédé à des mesures, perpendiculairement à 3 wagons raccordés, en fonction de la distance et ce jusqu’à une trentaine de mètres. A cette distance éloignée, les mesures sont encore clairement significatives et l’extrapolation de ces points de mesures indique que le rayonnement pourrait être détectable jusqu’à 60 m.
III – Commentaire sur les valeurs limites
La valeur de la limite réglementaire de 1 mSv/an[1] est souvent évoquée comme une référence. D’une part, il s’agit d’un maximum dont il faut s’éloigner (principe d’optimisation de la radioprotection) et, d’autre part, c’est une limite censée couvrir toutes les sources d’exposition auxquelles une personne est soumise. Lorsqu’il s’agit d’une exposition à une seule source (comme c’est le cas avec ce convoi), la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) recommande de retenir la valeur de 0,3 mSv/an comme valeur de référence. En clair, cette valeur serait dépassée pour un cheminot (qui est assimilé à une personne du public) qui passerait une dizaine d’heures par an à 2 m de tels wagons. Cette valeur de référence est trop souvent oubliée dans les commentaires habituels.
IV – Commentaire sur la radioprotection des cheminots
Il y a un an, à la suite du précédent convoi de déchets radioactifs vitrifiés pour l’Allemagne, l’ACRO avait été sollicitée par des cheminots de Haute-Normandie. Il est apparu que plusieurs arrêts non programmés ont eu lieu pour des problèmes techniques lors de ce trajet. Un cheminot qui a remonté tout le convoi en le longeant constate que les forces de l’ordre portent des dosimètres individuels alors que lui-même n’a aucun suivi dosimétrique et n’a reçu aucune formation particulière. L’ACRO a porté l’affaire devant le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) lors de sa séance du 16 décembre 2010.
L’ACRO considère que le public doit être informé lors de passage de tels convois radioactifs et que, tout particulièrement le personnel de la SNCF, soit informé, formé et fasse l’objet d’un suivi dosimétrique individuel – par dosimétrie passive[2] et par dosimétrie opérationnelle[3] – dès lors que des agents sont susceptibles d’être exposés.

Deux experts de l’ACRO (habillés en bleus) effectuent des mesures de rayonnement gamma et neutrons sur le convoi de déchets nucléaires
Contact :
ACRO
138 Rue de l’Eglise – 14200 HEROUVILLE SAINT CLAIR
Tél : 02 31 94 35 34
Site Internet : www.acro.eu.org
Courriel :