Expertise radiologique par l’ACRO du convoi de déchets nucléaires

Communiqué de presse du 22 novembre 2011

Rapport d’expertise ACRO


Le vendredi 18 novembre 2011, l’ACRO est intervenue sur le site du terminal ferroviaire de Valognes afin d’y effectuer des mesures de radiations à proximité des convois de déchets radioactifs vitrifiés en attente d’un départ imminent vers l’Allemagne. Cette action s’est inscrite dans le cadre d’une inspection de l’Autorité de sûreté Nucléaire (ASN) qui a sollicité notre laboratoire indépendant en vue de conduire une expertise pluraliste et contradictoire avec celle de l’IRSN, expert institutionnel.
Il s’agit là d’une démarche tout à fait nouvelle et qui doit être soulignée car elle constitue une réelle avancée en matière de transparence.
Au-delà de la saisine de l’ACRO par l’ASN, des représentants de la CLI-AREVA (dont l’ACRO est membre) et un représentant associatif de la CLI Paluel-Penly ont également été associés pour assister à cette expertise pluraliste.

I – Résumé de l’expertise ACRO
Dans le temps imparti, l’expertise limitée de l’ACRO a néanmoins permis de réaliser un certain nombre de mesures d’exposition externe due au rayonnement gamma et rayonnement neutrons émis par les colis de déchets radioactifs. Le détail de ces mesures de débits de dose est reporté dans une note technique remise à l’ASN le 21 novembre et consultable sur notre site internet (www.acro.eu.org). Notons que les résultats de mesures obtenus par l’ACRO sont en très bonne concordance avec ceux de l’IRSN.
L’analyse du rayonnement émis souligne, de façon constante, un flux de neutrons environ 2 fois plus intense que le flux de radiations gamma (exprimé en débit d’équivalent de dose).
Le niveau de radiations est relativement similaire d’un wagon à un autre.

Les débits de doses évalués au contact et au centre des capots de protection des colis de déchets sont de l’ordre au total de 130 µSv/h. A 2 mètres, on mesure encore au total 37 µSv/h (dont 25 µSv/h pour les neutrons et 12 µSv/h pour les gamma).
Par ailleurs, quelques contrôles de contamination surfacique effectués par l’ACRO à l’extrémité d’un colis de déchets se sont révélés négatifs.

 II – Commentaire sur les résultats de l’expertise ACRO
Certes, ces valeurs respectent la réglementation relative aux transports des matières radioactives – notamment la limite de 100 µSv/h à 2 m – mais elles sont loin d’être anodines pour autant, s’agissant de convois qui circulent et stationnent dans des lieux où des personnes du public peuvent être présentes.
Pour mémoire, les valeurs de rayonnement ambiant naturel au niveau du sol sont respectivement de l’ordre de 0,08 µSv/h (gamma) et de 0,01 µSv/h (neutrons). Ce qui signifie qu’à 2 m d’un wagon, les niveaux d’exposition sont respectivement de 150 fois le bruit de fond gamma ambiant et de 2500 fois le bruit de fond neutrons ambiant.

Au-delà des mesures réglementaires, l’ACRO a procédé à des mesures, perpendiculairement à 3 wagons raccordés, en fonction de la distance et ce jusqu’à une trentaine de mètres. A cette distance éloignée, les mesures sont encore clairement significatives et l’extrapolation de ces points de mesures indique que le rayonnement pourrait être détectable jusqu’à 60 m.

 III – Commentaire sur les valeurs limites
La valeur de la limite réglementaire de 1 mSv/an[1] est souvent évoquée comme une référence. D’une part, il s’agit d’un maximum dont il faut s’éloigner (principe d’optimisation de la radioprotection) et, d’autre part, c’est une limite censée couvrir toutes les sources d’exposition auxquelles une personne est soumise. Lorsqu’il s’agit d’une exposition à une seule source (comme c’est le cas avec ce convoi), la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) recommande de retenir la valeur de 0,3 mSv/an comme valeur de référence. En clair, cette valeur serait dépassée pour un cheminot (qui est assimilé à une personne du public) qui passerait une dizaine d’heures par an à 2 m de tels wagons. Cette valeur de référence est trop souvent oubliée dans les commentaires habituels.

 IV – Commentaire sur la radioprotection des cheminots
Il y a un an, à la suite du précédent convoi de déchets radioactifs vitrifiés pour l’Allemagne, l’ACRO avait été sollicitée par des cheminots de Haute-Normandie. Il est apparu que plusieurs arrêts non programmés ont eu lieu pour des problèmes techniques lors de ce trajet. Un cheminot qui a remonté tout le convoi en le longeant constate que les forces de l’ordre portent des dosimètres individuels alors que lui-même n’a aucun suivi dosimétrique et n’a reçu aucune formation particulière. L’ACRO a porté l’affaire devant le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) lors de sa séance du 16 décembre 2010.
L’ACRO considère que le public doit être informé lors de passage de tels convois radioactifs et que, tout particulièrement le personnel de la SNCF, soit informé, formé et fasse l’objet d’un suivi dosimétrique individuel – par dosimétrie passive[2] et par dosimétrie opérationnelle[3] – dès lors que des agents sont susceptibles d’être exposés.

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Deux experts de l’ACRO (habillés en bleus) effectuent des mesures de rayonnement gamma et neutrons sur le convoi de déchets nucléaires

Contact :

ACRO
138 Rue de l’Eglise – 14200 HEROUVILLE SAINT CLAIR
Tél : 02 31 94 35 34
Site Internet : www.acro.eu.org
Courriel :


[1] 1 mSv  (mili-Sievert) équivaut à 1000 µSv (micro-Sievert)

[2] dosimètre qui intègre les doses reçues dans le temps et qui est analysé ultérieurement

[3] dosimètre qui permet d’avoir une lecture en direct de la dose reçue et qui généralement comporte des seuils d’alarme

Ancien lien

Catastrophe de Fukushima – Nouvelles données sur la contamination des enfants japonais

Communiqué de presse et résultats

福島県の災害 – 日本の子供の汚染に関する新たなデータ

Version anglaise

Fukushima disaster – New data on the contamination of Japanese children

Fukushima disaster – New data on the contamination of Japanese children

福島県の災害 – 日本の子供の汚染に関する新たなデータ

French version

福島県の災害 – 日本の子供の汚染に関する新たなデータ

福島県の災害 – 日本の子供の汚染に関する新たなデータ

Version française

Fukushima disaster – New data on the contamination of Japanese children

Les enfants de Fukushima sont contaminés

Communiqué de presse du 30 juin 2011
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A la demande de citoyens japonais, l’ACRO a analysé les urines d’une dizaine d’enfants vivant dans la ville de Fukushima, à environ 60 km de la centrale nucléaire. Les résultats sont sans ambiguïté : toutes les urines sont contaminées en césium 134 et césium 137 à des concentrations allant de 0,4 à 1,3 becquerels par litre.

Cela signifie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous contaminés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont probablement aussi été en iode 131. Ce dernier élément disparaît plus vite et l’on ne le détecte plus.

Il est difficile à ce stade, d’évaluer la contamination du corps entier à partir de ces données. Mais ces résultats devraient inciter les autorités japonaises à mesurer systématiquement la contamination interne des habitants qui ont été exposés aux panaches radioactifs et de ceux qui vivent dans les territoires contaminés et qui sont donc vraisemblablement soumis à une contamination chronique. Cela peut se faire sans difficulté technique (par anthropogammamétrie).

Les résultats de la mesure de la contamination interne devront ensuite être pris en compte dans l’évaluation des doses reçues par la population.

Cela nous conforte aussi dans l’idée que la limite fixée par les autorités japonaises pour déterminer les zones d’évacuation est trop élevée. Elle est de 20 millisieverts pour la première année, ce qui est fortement critiqué par de nombreuses organisations dont l’ACRO. En effet, elle est deux fois plus élevée que la limite française en cas d’accident et 20 fois plus élevée que la limite maximale admissible pour le public en temps normal.

Or, le calcul de dose effectué par les autorités japonaises pour déterminer les zones d’évacuation ne prend pas en compte cette contamination interne qui est due à l’exposition directe au panache radioactif et/ou à l’alimentation contaminée. Et cette contamination interne vient s’ajouter aux autres voies d’exposition aux radiations dues à la pollution radioactive. Il est donc impératif d’abaisser la limite due aux autres voies d’exposition.

L’ACRO a reçu de nouveaux échantillons du Japon qu’elle continue d’analyser gracieusement en attendant de pouvoir ouvrir un laboratoire sur place dès qu’elle aura rassemblé les fonds nécessaires. Toute aide financière est la bienvenue.

Les résultats sont en ligne ici

Version anglaise

Ancien lien

The children of Fukushima are contaminated

Press release, June 30th, 2011 (Download pdf)


ACRO has analyzed urine of children living in Fukushima-city located at about 60 km of the Fukushima NPP. There is no ambiguity on the results: all samples are tainted by cesium 134 and cesium 137 at concentrations ranging from 0.4 to 1.3 becquerels per litre.

This means that these children between 6 and 16 years old are all contaminated by cesium 134 and cesium 137. There were also probably contaminated by iodine 131 that disappears quickly and cannot be detected now.

It is difficult to evaluate the contamination of the whole body from these data. It is a strong incitation for the Japanese authorities to systematically measure the internal contamination of the people exposed to the radioactive plumes and of the people living in the contaminated territories. This can be easily done (by anthropogammametry).

The results of the measurement of the internal contamination should then be taken into account in the evaluation of the dose absorbed by the population.

 This reinforces our opinion that the evacuation threshold fixed by the Japanese authorities is too high. Many NGO’s, including ACRO, have criticized this limit that is fixed at 20 millisieverts for the first year. It is 2 times larger that limit fixed by the French authorities in case of an accident and 20 times larger than the usual maximum permissible dose for the public.

 This internal contamination is due to the exposition to the radioactive plume and/or to the tainted food. It should be added to the other ways of exposition of the population due to the radioactive pollution. The limit of the permissible dose due to these other ways of exposition should be decreased.

Results online here

French version

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