An deux de la catastrophe de Fukushima

L’ACROnique de Fukushima :

la catastrophe au jour le jour

Actualités à partir du 11 mars 2012

A partir de 2015, suivez l’actualité sur http://www.fukushima.eu.org/

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Suivi chronologique de l’an II

Sols
Eau douce
Alimentation
Mer
Impact sur la faune et la flore

Evacuation ou vie dans les territoires contaminés

• Décontamination et déchets radioactifs
Décontamination et retour des habitants
Déchets

Impact sanitaire pour la population

Doses et conditions de travail à la centrale

Arrêt du nucléaire et situation énergétique

Coûts de la catastrophe

Accident nucléaire- Généralités
Gestion de l’eau contaminée
Réacteur n°1
Réacteur n°2
Réacteur n°3
Réacteur n°4
Réacteurs n°5&6

Divers

L’an un de la catastrophe est décrit dans un autre fichier qui commençait à être trop long. Il a été rédigé en direct, au jour le jour. Je le laisse ainsi, avec toutes ses fautes de frappes, son français parfois approximatif et ses liens qui ne sont peut-être plus valables. Car ce travail est entièrement fait bénévolement. Commence ici le suivi de l’an deux, et peut-être plus… Les archives de l’an III sont ici.Nous continuons aussi la reconstitution des premières heures de l’accident en fonction des information glanées ça et là. C’est ici en français.Nous avons aussi rédigé deux rapports qui font un bilan de la première année de la catastophe :

Ce qui suit, est essentiellement basé sur la presse japonaise, quelques blogs et sites officiels pertinents, ainsi que sur des informations transmises directement par quelques personnes avec qui nous sommes en contact.

 

 

Contaminations radioactives

Avril 2012, une nouvelle publication scientifique vient confirmer que le rejet en césium dans l’atmosphère dû à la catastrophe de Fukushima est de l’ordre de 40% de celui de Tchernobyl. Ils confirment aussi que le rejet en xénon est plus de deux fois celui de Tchernobyl. Probablement le plus fort de l’histoire. Il y a de fortes évidence que ce xénon ait été relâché dans l’atmosphère bien avant les opérations d’éventage des réacteurs, ce qui indiquerait une ou plusieurs fuites. Ces mêmes auteurs avaient déjà fait des estimations similaires en octobre 2011.

Mercredi 23 mai, TEPCo devrait remettre un rapport complet en juin où son estimation des rejets dans l’atmosphère est revue à la hausse :

– 500 000 térabecquerels (500 000 millions de millions de becquerels ou 5×1017 Bq) d’iode 131. Autant de gaz rares.

– 10 000 térabecquerels (10 000 millions de millions de becquerels ou 1×1016 Bq) de césium 137. Autant de césium 134.

Il faudrait rajouter de nombreux autres radioéléments à vie courte comme des tellures etc. Voir les premiers résultats de mesure de l’ACRO à Iitaté-mura.

Pour les rejets marins, TEPCo donne :

– 10 000 térabecquerels (10 000 millions de millions de becquerels ou 1×1016 Bq) d’iode 131.

– 3 600 térabecquerels (3 600 millions de millions de becquerels ou 3,6×1015 Bq) de césium 137. Presque autant de césium 134.

Il n’y a pas de données sur le strontium, pourtant présent dans les rejets marins.

Ces estimations sont basées sur des simulations de l’accident et les retombées dans l’environnement. Elles ont été faites par la commission d’enquête interne à TEPCo.

Les bilans publiés dans la presse ne correspondent pas toujours à ces chiffres tirés du communiqué de TEPCo en anglais.

Mardi 24 juillet, les réacteurs 1 à 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi rejettaient toujours 10 millions de becquerels par heure en juin dernier, selon les calculs de l’exploitant. Cela n’a pas changé depuis février 2012. C’est le réacteur n°2 qui rejette le plus avec 8 millions de becquerels par heure à lui tout seul.

Lundi 10 septembre, l’AIEA a lancé une base de donnée sur la contamination due à Fukushima. Rien de neuf par rapport aux données japonaises.

Contamination des sols

Mars – Août 2012

Mercredi 14, un groupe de chercheurs a mesuré la profondeur de la contamination dans les sols.

Sur les prélèvement effectués en juin, la césium était resté sur les 5 premiers centimètres, alors que maintenant, il pourrait s’être enfoncé sur 30 cm, ce qui rend le travail de décontamination plus difficile.

Les prélèvements avaient eu lieu à Nihonmatsu, Kawamata et Namié.Vendredi 23 mars, le ministère de l’agriculture a publié les résultats de sa cartographie de la contamination des terrains agricoles. Les mesures ont été effectuées sur des échantillons de sol prélevé sur 15 cm.

Les explications et commentaires sont ici en japonais. Les résultats sont ici de manière globale. Il s’agit de Bq/kg pour la somme des deux césiums. Le détail pour Fukushima, Miyagi, Iwaté, Gunma, Ibaraki, Tochigi, Saïtama, Chiba, Tôkyô et Kanagawa est aussi disponible en ligne.

 

Lundi 9 avril, le MEXT a publié

des valeurs de débit de dose dans la zone des 20 km. C’est ici en anglais et japonais.

Il y a des valeurs qui sont toujours très élevées : jusqu’à 54,8 microsieverts par heure à Futaba. A titre de compraison, les valeurs mesurées dans les autres provinces du Japon sont ici et ici.Lundi 16 avril, nouvelle publication des débits de dose dans la zone des 20 km.

Sur la carte, le chiffre du haut correspond au n° de la balise et celui du bas au débit de dose en microsievert par heure. Les valeurs sont, bien entendu, comparables à celles de la semaine précédente.Mardi 17 avril, nouvelle publication des doses cumulées mesurées par des capteurs en dehors de la zone des 20 km. La mesure a

commencé après le 23 mars, c’est à dire, après les rejets massifs et ne prend donc en compte que les dépôts sur le sol. En revanche, elle intègre 24 h sur 24, alors que les autorités ne comptent que 8 heures par jour dehors quand elle évalue les doses reçues. Toutes ces doses dépassent le millisievert. En un point, il y a presque 132 millisieverts !Mardi 24 avril, le MEXT a mis en ligne une synthèse des études faites par les universités et instituts de recherche qu’il a chapeautées. C’est ici en anglais. Les transparents associés sont ici en anglais.Lundi 28 mai, le MEXT a mis en ligne les débits de dose en de nombreux points de Fukushima.Lundi 4 juin, les cartes de la contamination faites par un consortium d’universités japonaises sont maintenant disponibles en anglais.Lundi 11 juin, on découvre encore des points chauds au Japon : 250 000 Bq de césium par kilo de sol prélevé dans un parking de Katsushika-ku à Tôkyô.Lundi 25 juin, des points chauds ont été découverts dans le parc Mizumoto à Tôkyô. Le débit de dose à un mètre du sol dépasse le microsivert par heure en une trentaine d’endroits, avec un maximum à 1,22 microsievert. Des travaux de décontamination vont être engagés.

Le Ministère des sciences et technologies (MEXT) a reçu environ 150 appels pour mentionner des points chauds à Tôkyô.Mercredi 25 juillet, le MEXT a diffusé des données sur le strontium émis par la centrale de Fukushima. Il en a été trouvé dans 10 provinces : Ibaraki, Iwaté,

Akita, Yamagata, Tochigi, Gunma, Saïtama, Chiba, Tokyo et Kanagawa. A Miyagi, la station de mesure a été détruite par le tsunami et à Fukushima, elle est dans la zone des 20 km. Il n’y a donc pas de donnée, même si l’on sait ses provinces contaminées. Des prélèvements de sol l’ont montré.

Les données sont ici en japonais. Une carte est aussi disponible ici.

C’est à Hitachinaka, dans la province d’Ibaraki que la concentration maximale a été détectée : 6,0 becquerels de strontium 90 par m2.

C’est 20 fois plus que la valeur la plus élevée détectée entre avril 2000 et février 2011 : 0,3 Bq/m2 à Hokkaïdô. La plus forte valeur mesurée au Japon était de 358 Bq/m2 à Sendaï en 1963 à cause des essais nucléaires atmosphériques.

Le strontium est un élément très radiotoxique car il peut se fixer dans les os.Vendredi 10 août, nouvelle

carte de la contamination faite par le prof. Hayakawa de l’université de Gunma.Mercredi 22 août, le MEXT a publié une nouvelle carte de la contamination en plutonium qui montre que la situation n’a pas évolué depuis la dernière étude publiée en septembre 2011. La contamination reste faible et peu étendue.

Septembre – Novembre 2012

Jeudi 13 septembre, le MEXT a publié des données sur la contamination des sols au strontium en 50 points situés au-delà des 80 km de la centrale. Le strontium détecté proviendrait des essais nucléaires atmosphériques et pas de la centrale accidentée. 10 provinces sont concernées par cette étude : Iwaté, Miyagi, Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saitama, Chiba, Tôkyô et Yamanashi. Les points de prélèvements ont été choisis dans les lieux où le débit de dose dépasse 0,2 microsievert par heure.Samedi 6 octobre, l’association des citoyens et scientifiques préoccupés par la contamination interne est allée contrôler une centaine de balises mises en place par le ministère des sciences et technologie (MEXT) dans la province de

Fukushima. Ces balises donnent le débit de dose ambiant à 1 m du sol.

L’association trouvé des valeurs 10 à 30% plus élevées que celle affichées par le ministère. Elle a ensuite fait une mesure similaire à une dizaine de mètres de la balise et a trouvé des valeurs 40 à 50% plus élevées.

Nous l’avions déjà signalé, ces balises sont souvent installées dans des lieux décontaminés et les valeurs affichées ne sont pas représentatives de la contamination de la zone. Si en plus, les valeurs affichées sont plus basses que la réalité…Mardi 23 octobre, après l’association des citoyens et scientifiques préoccupés par la contamination interne, c’est au tour de Greenpeace d’aller contrôler les données des

balises mises en place par le gouvernement (la présentation en deux langues est ici) : plus de 75% des 40 balises contrôlées indiquent des valeurs plus faibles que les environs. Le débit de dose pouvait être jusqu’à 6 fois plus élevé à moins de 25 m.

L’association critique aussi la façon dont est menée la décontamination.

Un communiqué est aussi disponible en anglais.Jeudi 8 novembre, le gouvernement a installé 675 balises de mesure de la radioactivité dans 7 provinces. Il y en a 545 dans celle de Fukushima. Les données sont accessibles sur Internet en continu. Après avoir été accusé par

plusieurs groupes de sous-estimer la réalité, le ministère des sciences et technologies a fait procéder à des contrôles et il reconnaît une sous-estimation d’environ 10% de la valeur réelle. Ce serait dû aux batteries qui masquent une partie du rayonnement. Il y a aussi le problème que certaines balises ont été installées dans des zones pariellement décontaminées et les valeurs affichées ne sont pas représentatives le lieu. Le ministère va dépenser 1,5 millions d’euros

pour règler le problème.Mardi 13 novembre, selon le ministère des sciences et technologies, au moins 5 balises

de mesure de la radioactivité en continu ont été vandalisées depuis juin. Mais la mesure continue car le détecteur n’est pas endommagé.

Il y a actuellement 3 245 balises en tout dans la province de Fukushima.Mardi 20 novembre, le MEXT a mis en ligne les doses cumulées enregistrées par des balises situées au-delà de 20 km de la centrale. Pour le point 32** de la carte, cela atteint tout de même 184 millisieverts.Jeudi 22 novembre, comme cela faisait longtemps, voici d’autres relevés de cumul de dose mesurées par des balises hors de la zone des 20 km. Par exemple, 255 mSv à Futaba.

Lundi 3 décembre, la NRA a mis en ligne les débits de dose enregistrés par plusieurs postes de mesure de la zone des 20 km avec leur évolution temporelle.

Lundi 10 décembre, la NRA a mis en ligne une carte des débits de dose dans la zone des 20 km avec l’évolution temporelle.

Vendredi 18 janvier, TEPCo a mis en ligne une carte du site de la centrale de Fukushima daï-ichi, avec des débits de dose. Il y a deux points avec 200 microsieverts par heure. D’autres, avec 100 ou 150.

Mardi 22 janvier, comme cela faisait longtemps, voici de nouveau des cumuls de dose enregistrés au-delà de la zone des 20 km, mais dans des lieux évacués. Au point [32]**, cela monte à 197,770 millisieverts, alors que la limite annuelle en temps normal est de 1 millisievert. Cette limite est largement dépassée dans tous les points présentés.

Lundi 28 janvier, les débits de dose dans la zone des 20 km n’évoluent pas beaucoup, comme prévu.

Mardi 29 janvier, cumuls de dose publiés par le MEXT en quelques points au-delà de la zone des 20 km : toutes les valeurs (en microsieverts) dépassent 1 000 microsieverts, c’est à dire 1 millisievert. La valeur la plus élévée est Namié, avec presque 200 millisieverts, suivie par Iitaté, avec plus de 100 millisieverts. La limite annuelle à ne pas dépasser en temps normal est de 1 millisievert.

Vendredi 1er mars, immédiatement après les rejets massifs, l’on trouvait tout un coktail d’éléments radioactifs dans l’environnement. Ceux qui ont des vies courtes ont rapidement disparu. Ce sont les césium 134 et 137 qui dominent. Au début de la catastrophe, il y avait à peu près autant de césium 134 que de césium 137. Mais comme le césium 134 a un demi-vie de 2 ans, il a décru de moitié. Ce qui signifie que la quantité totale de

césium a diminué de 25%. Le césium 137 a, quant à lui, une demi-vie de 30 ans. Il n’est pas près de disparaître.

Le MEXT a mis en ligne de nouvelles cartes de la décontamination faites par hélicoptère en octobre et novembre 2012 dans un rayon de 80 km de la centrale. A cette époque, la diminution du césium aurait dû être de 21%. Mais le MEXT a noté une diminution de 40% en moyenne. Ce qui signifie que le lessivage des sols a entraîné une diminution de la contamination.

Les nouvelles cartes sont ici en japonais.

-> Définition de zones contaminées en Biélorussie (1991)

-> Cartographie des débits de dose ambiants fait par un réseau amateur

-> Cartographie des débits de dose mesurés par le MEXT

-> Carte dessinant les contours des données précédentes (Version n°7)

-> D’autres cartes sont disponibles ici

-> Carte des dépôts de césium 137 faite par l’université de Tsukuba.

-> Cartes en anglais sur le site du Ministère des Sciences et Technologies (il y en a plus en japonais)

-> Carte consultable point par point faite par les universités japonaises (version anglaise en pdf)

-> Carte montrant le parcours des masses d’air contaminées

-> Carte interactive de la contamination (cliquer sur le bouton de gauche tout en bas de la page d’accueil)

-> Débits de dose dans les écoles de Fukushima et autres lieux publics en temps réel (la plupart de ces lieux ont été partiellement décontaminés et la valeur affichée n’est pas représentative de la région)

-> Carte regroupant des analyses faites sur la substance noire (matière organique décomposée ?).


Contamination de l’eau douce

Les rivières du Nord-Est du Japon qui s’écoulent du côté Pacifique sont quasi-systématiquement contaminées. Les données du MEXT (Ministère dessciences et technologies), qui commencent à dater, sont maintenant disponibles en anglais.

Mars – Juin 2012

Mardi 13 mars 2012, un

chercheur de l’université de Tsukuba et son équipe, missionnés par le MEXT, ont mesuré jusqu’à 3 millions de becquerels de césium par mètre carré au fond de la retenue d’eau du barrage Horai situé à une soixantaine de km au Nord Ouest de la centrale, à Nihomatsu, le long du fleuve Abukuma. C’est 10 fois plus que dans les réservoirs voisins et du même niveau que la contamination des sols dans la zone interdite des 20 km. Les autorités vont réfléchir à la façon de décontaminer le fond du lac.Lundi 19 mars, la province de

Gunma mentionne un carassin (フナ) avec 400 Bq de césium par kilo. Des résultats plus complets sur la contamination des rivières sont disponibles, en japonais, sur le site Internet du ministère de

l’environnement.Mercredi 28 mars, les autorités régionales de Fukushima ont annoncé avoir mesuré une concentration en

césium de 18 700 Bq/kg dans une espèce de truite (ヤマメ, yamamé) pêchée dans la rivière Niida à Iitaté. C’est la plus forte contamination d’un poisson d’eau douce mesurée jusqu’à maintenant. Les autorités ont restreint la pêche de la truite sur ce cours d’eau et ses affluents. Ce spécimen a été pêché avant l’ouverture de la saison et n’a pas été commercialisé.Mercredi 4 avril, TEPCo a annoncé avoir détecté du tritium à des concentrations allant 1 300 à 1 800 Bq/l dans de l’eau souterraine à proximité de la centrale. Les données sont ici en japonais. D’autres radioéléments, moins mobiles, vont suivre pour se retrouver, in fine, dans la mer.Mercredi 16 mai, la NHK a interrogé 26 municipalités de Fukushima à propos des boues de station d’épuration. Il y en a actuellement 39 000 tonnes qui n’ont pas trouvé

d’exutoire et qui s’accumulent dans les stations, même si la contamination de 32 000 tonnes, soient 80%, ne dépasse pas la limite de 8 000 Bq/kg fixée par le gouvernement et pourraient donc être traitées.

Mais les cimenteries, qui les incinèrent actuellement, les refusent à cause de la crainte des riverains.Mardi 12 juin, l’Institut de recherche sur la forêt et la foresterie a rendu publics des résultats de mesure de la contamination en césium de l’eau de plusieurs ruisseaux de montagne de Fukushima. Les prélèvements ont eu lieu en mars et avril derniers.

Pour la plupart des échantillons, la contamination est sous la limite de détection de 1 Bq/l. Dans 9 cas sur 342, la contamination est de quelques becquerels par litre. Cela correspond à des prélèvements faits après une pluie.


Vendredi 15 juin, le ministère de l’environnement a publié des données sur la contamination des eaux souterraines.

Il a trouvé 16,6 Bq/L pour les deux césium à Tamura. Ailleurs, la contamination est toujours inférieure à la limite de détection de 5 Bq/L (ce qui est élevé). A noter, que ces résultats indiquent 11,1 Bq/L pour le césium 134 et 5,5 Bq/L pour le césium 137, ce qui est très louche. Il a dû y avoir inversion.Par ailleurs, lors d’un contrôle sur des poissons de rivière pêchés à Ashio près de Nikkô (Tochigi), tous les 7 poissons avaient une contamination supérieure à la limite de 100 Bq/kg. La pêche a été interdite.

Août – Octobre 2012

Jeudi 2 août, le MEXT a mis en

ligne des résultats de mesures très fines sur l’eau du robinet : du césium 134 et 137 est détecté à des concentrations très faibles

dans 11 provinces.Vendredi 3 août, une anguille avec 140 Bq de césium par kilo a été pêchée à Motomiya-shi dans le fleuve Abukuma. 390 Bq/kg avaient été détectés dans une anguille du même fleuve le mois précédent. Le gouvernement a interdit la mise sur le marché des anguilles de ce fleuve.La ville Nagaréyama, dans la province de Chiba, a mis en ligne le bilan de sa surveillance de la radioactivité pour le mois de juillet et a trouvé de 2,3 à 2,69 Bq de césium par litre dans de l’eau de puits. C’est beaucoup pour le de l’eau souterraine.La boue des gouttières et caniveaux d’Ichinoséki, dans la province d’Iwaté, est contaminée au césium. La contamination de 20% des échantillons dépasse la limite de 8 000 Bq/kg à partir de laquelle ces boues doivent être considérées comme déchets radioactifs. La plus fortecontamination relevée est de 49 000 Bq/kg. Ichinoséki est un point chaud d’Iwaté où l’ACRO a fait des mesures sur des poussières d’aspirateur et des urines d’enfants.Dimanche 5 août, le ministère de l’environnement a mis en ligne des données sur la surveillance des rivières du Kantô (Tôkyô et les environs). C’est en japonais, mais les données en Bq/L correspondent à l’eau et celle en Bq/kg aux sédiments. Quelques rivières sont bien contaminées.Dimanche 12 août, le ministère de l’environnement a mis en ligne des données sur la contamination des

sédiments des rivières d’Ibaraki et de Miyagi. C’est en japonais.Samedi 25 août, 210 Bq/kg ont été mesurés dans un éperlan (wakasagi) pêché dans un lac du Mont Akagi dans la province de Gunma.Samedi 22 septembre, le Forestry and Forest Products Research Institute (FFPRI), a, dans un communiqué de presse, annoncé avoir parfois mesuré une contamination en césium de 1,0 à 13,1 Bq/l dans l’eau de ruisseaux de montagne de Fukushima. Les prélèvements ont eu lieu entre mai et juillet 2012. Les prélèvements avec de l’eau contaminée ont eu lieu les 24 et 28 mai, après de la pluie. La valeur élevée correspond à un ruisseau à Iitaté. Les deux autres, à des

ruisseaux de Daté et Nihonmatsu. Les données sont dans le communiqué en

japonais.Jeudi 11 octobre, nouvelles données sur la contamination de l’eau douce et les

sédiments de rivières et lacs (en japonais).Mercredi 31 octobre, le MEXT a publié des données sur la contamination de l’eau potable.

Une faible contamination au césium est détectée dans des zones aussi éloignées de Morioka dans la province d’Iwaté ou Chigasaki dans la province de Kanagawa. On peut penser que c’est dû au lessivage des sols qui contamine les rivières.

Dimanche 18 novembre, à l’instar des poissons marins, les poissons d’eau douce continuent à être très contaminés dans la région de Fukushima. Le ministère de l’environnement a annoncé avoir détecté 11 400 Bq de césium par kg dans une truite de la rivière Niida. Il y a aussi 4 400 Bq/kg chez un black-bass à petite bouche (ou achigan à petite bouche ou perche d’Amérique à petite bouche) et 3 000 Bq/kg chez un poisson chat d’un réservoire d’Iitaté (Mano).

D’autres données récentes sont ici sur le site du ministère en japonais.

Jeudi 10 janvier, la NRA a mis en ligne des résultats de mesure sur la contamination des rivières, en japonais, qui mettent en évidence une contamination, parfois forte, des sédiments. Cette contamination est malheureusement durable. Et les pratiques lors de la ‘décontamination’ ne vont qu’aggraver la situation.

Mercredi 30 janvier, données officielles sur la contamination radioactive de l’eau du robinet au Japon : il y a une contamination très faible en césium dans l’eau potable de nombreuses province du Nord-Est du Japon.

Vendredi 8 février, données du ministère de l’environnement sur la contamination des sédiments de rivières, lacs, réservoirs… pour les césium et le strontium 90.

-> Les limites radiologiques pour les produits alimentaires et l’eau de boisson fixées par le gouvernement japonais sont disponibles ici.

-> La surveillance des rivières est ici en anglais.

-> Des données sur l’eau de puits et de rivières sont ici en japonais.


Contamination de l’alimentation

Le gouvernement a décidé d’abaisser la limite maximale admissible en césium dans la nourriture à partir du 1er avril 2012. Les produits cultivés avant garderont l’ancienne limite jusqu’à épuisement du stock.

Les nouvelles limites seront :

– 100 Bq/kg pour la nourriture en général.

– 50 Bq/kg pour le lait et la nourriture pour enfant

– 10 Bq/kg pour l’eau.

Si l’on mange quotidiennement de la nourriture contaminée à la limite pendant un an, cela conduirait à une dose de presqu’un millisievert.

L’hypothèse que 50% de la nourriture générale est contaminée à la limite a été prise pour ce calcul. La ration est supposée contaminée à 100% pour l’eau, les laitages et la nourriture pour enfant.

10 500 hectares de rizières ne devraient pas être cultivés dans la province de Fukushima cette année. La production de 4 000 autres hectares, où la moisson 2011 avait une contamination comprise entre 100 et 500 Bq/kg pour le césium, aura droit à un contrôle renforcé cette année : tous les sacs de riz devront être testés.

Il y a des milliers de résultats de mesure en ligne dispersés sur de nombreux sites Internet. Le ministère de la santé publie ses résultats, celui de l’agriculture et de la pêche aussi. Les autorités régionales ont leur propre site Internet avec des résultats. Les mairies aussi. A cela s’ajoutent une centaine de stations de mesure indépendantes qui contrôlent surtout l’alimentation. Certaines publient aussi tous leurs résultats. Mais, il n’existe pas, à notre connaissance, de travail de synthèse qui pourrait guider les populations et les autorités.

Le Japon importe officiellement environ 60% de sa nourriture et est auto-suffisant pour le riz. Mais ce chiffre est basé sur les calories.

Comme le pays importe presque tous ses oléagineux, le blé, le sucre et l’alimentation pour l’élevage, cela a tendance à augmenter la part des importations. Le riz est 97% domestique, les légumes, à 81%, le poisson à 60%, la viande à 56%, les oeufs à 96%, le lait à 67% et les fruits à 71% (Ces chiffres sont en fait l’auto-suffisance. Pour la viande et le lait, c’est plus bas car les animaux mangent des produits importés).

Les statistiques officielles sont ici en japonais.

Mars 2012

Vendredi 9 mars 2012, le ministère de l’agriculture et de la pêche a mis en ligne les résultats en anglais de sa surveillance des ressources halieutiques. Premier tableau et deuxième tableau. Il y a toujours des poissons contaminés à des taux élevés, même s’ils sont moins nombreux.

 

Mardi 13 mars 2012, le ministère de la santé recommande aux municipalités de contrôler régulièrement les aliments qui ont eu une contamination en césium supérieure à 50 Bq/kg lors d’un contrôle au hasard. Au moins trois tests par semaine seront nécessaires pendant toute la saison à Fukushima, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba. Pour Aomori, Iwaté, Akita, Yamagata, Saïtama, Tokyo, Kanagawa, Niigata, Yamanashi, Nagano et Shizuoka, un test par semaine suffira. 17 provinces sont concernées par ses recommandations qui ne sont pas obligatoires. Il recommande aussi de contrôler plus fréquemment les denrées qui ont eu une contamination supérieure à 100 Bq/kg avant avril 2012, comme les shiitakés, pêches, le boeuf, le riz…Mercredi 14 mars, la nourriture pour l’élevage continue à être bien contaminée par endroits. Les derniers résultats publiés par la province de Fukushima montrent une contamination élevée de certaines pâtures (牧草). La limite pour le fourrage destiné aux boeufs est de 100 Bq/kg et de 300 Bq/kg pour les porcs, chevaux et volailles.

En revanche, pour le maïs (飼料用トウモロコシ), l’ensilage de riz (稲発酵粗飼料) et la

paille de riz (稲わら), les limites ne sont pas dépassées. Les données précédentes, du 9 mars, 1er mars, 23 février… sont aussi disponibles.Jeudi 15 mars, les autorités

régionales d’Ibaraki et le syndicat des pêcheurs ont décidé de ne pas vendre de poissons ou coquillages contaminés au-delà de 50 Bq/kg à partir du mois prochain. Ils appliquent donc une imite plus basse que celle du gouvernement. Cela ne concerne que les produits de la mer, pas les poissons pêchés en rivière ou lac.Le gouvernement, quant à lui, envisage de fournir une aide financière de 300 millions de yens (3 millions d’euros) pour contrôler la nourriture scolaire dans la province de Fukushima. La mesure sera faite par la municipalité et les résultats publiés.

 

Vendredi 16 mars, le ministère de la santé a mis en ligne les résultats de sa surveillance de l’alimentation pour le mois de février.

Il apparaît que les poissons, le gibier (shika et surtout les sangliers, comme en Europe), le wasabi et surtout les champignons (shiitaké), sont encore contaminés à des niveaux élevés. Il y a encore les soba (nouilles) d’Okinawa à cause de la cendre utilisée pour leur préparation (cf p 157). Du daïkon (grand radis blanc) séché a aussi été trouvé avec près de 3 000 Bq/kg (p. 284).Le Japon et le Programme Alimentaire Mondial de l’ONU ont signé des accords pour utiliser du poisson en conserve en provenance des provinces sinistrées (Aomori, Iwaté, Ibaraki et Chiba) pour l’aide au développement. Les bénéficiaires devraient être le Cambodge et 4 autres pays du tiers-monde. Le Japon y consacrera un milliard de yens (10 millions d’euros) supplémentaires d’ici la fin de l’année fiscale (31

mars). Il s’agit surtout d’aider l’industrie agro-alimentaire japonaise en lui trouvant un marché quand les Japonais rechignent à acheter des produits provenant de ces régions.Samedi 17 mars, l’Asahi révèle que les autorités japonaises ont aussi refusé d’appliquer le zonage de contrôle de la nourriture proposé par l’AIEA en 2005. La

politique mise en place par les autorités au début de la catastrophe pour contrôler l’alimentation, n’était pas appropriée : tout était autorisé, sauf ce qui était découvert contaminé. Un tel système a forcément des failles. C’est l’inverse qui aurait dû être appliqué : tout interdire sauf qui est mesuré non contaminé.

Quand l’AIEA a proposé de définir une zone de contrôle de la nourriture étendue jusqu’à 300 km en cas d’accident nucléaire Tôkyô a objecté. Le Brésil aussi. Finalement, cette proposition n’a pas abouti.

La Nuclear Safety Commission (NSC) et la Nuclear and Industrial Safety Agency (NISA) avaient discuté de la proposition et ont demandé au gouvernement japonais de ne pas accepter de mettre une distance de référence. Parmi leurs aruguments : « la publicité négative » d’une telle mesure et « est-ce bien approprié de considérer un accident avec un impact aussi grand que celui de Tchernobyl ? ».

En mars 2011, la seule directive que Tôkyô avait en cas d’accident était qu’il fallait commencer à considérer des mesures pour contrôler la nourriture et qu’il y aurait assez de temps pour ce faire. Et une contamination radioactive a été trouvée au-delà de la limite imaginée de 300 km. C’était dans des feuilles de thé à Shizuoka.Dimanche 18 mars, les consommateurs continuent à bouder les produits de Fukushima et des provinces limitrophes. L’agriculture y est sinistrée. 100 000 fermiers sont touchés et les pertes atteignent les 58 milliards de yens (530 millions d’euros) au 1er mars, ou 25% de la production. L’importation d’aliments a augmenté de 16% pour atteindre 5 580 milliards de yens (50 milliards d’euros) en 2011. Personne ne sait combien de temps cette crise de confiance va durer. Outre les failles dans le système de

surveillance qui ont conduit à la crise du thé, du boeuf et du riz l’an dernier, le nombre de mesures de la radioactivité effectuées dans tout le pays n’a représenté qu’1% du nombre de mesures faites en Biélorussie sur la même période, selon Nobutaka Ishida, un chercheur au Norinchukin Research Institute.Une association de Tôkyô encourage les personnes âgées de consommer du riz de Fukushima pour aider l’agriculture locale car elles sont moins sensibles aux radiations que les jeunes. Son président, Hidekazu Hirai, âgé de 68 ans, s’est déjà beaucoup investi pour aider à décontaminer le district de Hisanohama, dans la ville d’Iwaki. Ce groupe, avec 675 membres, s’était déjà proposé pour intervenir sur la site de la

centrale à la place des jeunes.Mercredi 28 mars, une fédération de coopérative de consommateurs a analysé les trois repas quotidiens de 237 familles pendant deux journées en novembre et mars.

Ces familles vivent dans 17 provinces différentes. Il y en 96 à Fukushima. C’est le même repas qui a été préparé partout, pour chaque membre de la famille. Une contamination en césium a été trouvée chez 11 familles : 10 de Fukushima et une de Miyagi. La plus forte concentration était de 12 Bq/kg. En supposant que ces 11 familles mangent la même quantité de césium tous les jours, les doses engendrées

seraient de 0,019 à 0,136 millisievert par an, ce qui est en-dessous de la limiet de 1 mSv/an, mais qui vient s’ajouter à l’irradiation externe qui peut être élevée.Par ailleurs, à l’approche de la mise en place des nouvelles limites maximales admissibles pour le césium dans la nourriture, de nouveaux aliments se voient interdits de mise sur le marché. C’est le cas par exemple des pousses de bambou du nord de la province de Chiba, à 200 km de la centrale. Avec une concentration en césium allant de 180 à 250 Bq/km, cela dépasse la nouvelle limite de 100 Bq/kg alors que cela passait avec l’ancienne à 500 Bq/kg.

Même chose pour certains poissons qui vont dépasser la nouvelle limite.

Le loup de mer pêcher au large de Miyagi durant ces deux derniers mois est monté jusqu’à 360 Bq/kg. Les autorités régionales et les coopératives de pêche envisagent de suspendre la pêche à Miyagi aussi (c’est le cas à Fukushima). Deux autres espèces de poisson dépassent la nouvelle limite, dont le bar (suzuki).

Ou encore les poissons de rivière d’Iwaté : les derniers résultats mis en ligne en japonais par les autorités régionales montrent un dépassement de la limite de 100 Bq/kg La liste des restrictions de vente au 15 mars est ici en anglais. Elle devrait évoluer le mois prochain avec les nouvelles limites.

Le récapitulatif des restrictions est ici en anglais.Vendredi 30 mars, revirement du gouvernement en ce qui concerne le riz récolté l’an dernier. La nouvelle limite plus contraignante de 100 Bq/kg, qui entre en vigueur le 1er avril pour la plupart des aliments, ne devait être appliqué au riz qu’à partir de la moisson 2012, c’est à dire à l’automne. Le ministère de l’agriculture a décidé de prendre les devants afin de rassurer les consommateurs et soutenir les agriculteurs : il va acheter toute la production qui dépasse la nouvelle limite de 100 Bq/kg pour la

détruire. Il y en a 37 000 tonnes et cela devrait lui coûter 9 milliards de yens (82 millions d’euros). Le gouvernement enverra ensuite la facture à TEPCo. 70 zones dans 12 communes, dont les villes de Fukushima, Daté et Nihonmatsu, sont concernées.Cette nouvelle limite s’accompagne de plus de mesures sur les aliments.

Le but est de reconquérir la confiance des consommateurs et de sauver ce qui peut l’être de l’agriculture de Fukushima. Ainsi, un échantillon tous les 5 hectares devra être contrôler, alors que c’est tous les 20 hectares actuellement. Le nombre de stations de mesure dans les coopératives agricoles va être augementer afin de faciliter les contrôles. Certains agriculteurs sont pessimistes et craignent que cela ne suffise pas. Un pruducteur de riz de Motoya n’a rien vendu alors que la contamination était inférieure à la limite de détection.Les pêcheurs demeurent inquiets. Au large de Fukushima 14 espèces de poissons sur 111 dépassaient la limite de 500 Bq/kg. Avec la nouvelle limite, ce sont 30% des espèces qui dépasseront. Si le poisson d’Ibaraki et de Miyagi dépasse la limite, c’est « foutu pour Fukushima » pensent certains pêcheurs. Les pêcheurs d’Ibaraki ont donc fixé une limite plus contraignante que celle du gouvernement : 50 Bq/kg, même si cela a un impact financier énorme.Samedi 31 mars, le ministère de la santé a déclaré avoir mesuré des niveaux de contamination dépassant la nouvelle limite dans 421 échantillons de nourriture depuis janvier 2012. Sont concernées, les provinces de Fukushima, Iwaté, Miyagi,

Yamagata, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba. 80% des cas concernaient des poissons de mer ou d’eau douce, ainsi que des fuits de mer. Pour le reste, ce sont essentiellement des champignons (shiitaké) et du gibier.

Sur ces 421 échantillons, 285 venaient de Fukushima, 36 d’Ibaraki et 29

de Tochigi.

Avril 2012

Dimanche 1er avril, la nouvelle règlementation entre au vigueur au Japon ce jour en ce qui concerne

l’alimentation. L’Europe a adapté sa règlementation concernant l’importation de denrées alimentaires en provenance du Japon. C’est ici en français.

 

Lundi 2 avril, Greenpeace Japon publie des résultats de mesure sur des aliments prélevés en supermarché. Il s’agit de poissons et de produits laitiers. Seuls quelques produits sont contaminés à moins de 4,5 Bq/kg. Les résultats sont ici en japonais.

 

Mercredi 4 avril, comme prévu, les nouvelles interdictions tombent suite aux nouvelles limites plus

strictes. Sont concernés, les pousses de bambou (à Kisarazu et Ichihara) et shiitaké de Chiba, les shiitakés de Murata (Miyagi).

Les loups de mer, les morues et poissons globe ne sont plus déchargés à Ishinomaki (Miyagi) car ils pourraient dépasser la nouvelle limite.

Certains pêcheurs protestent alors que la saison du loup de mer commence et qu’il se vend à un bon prix au marché de gros de Tsukiji.

Un osmeridae (sorte de saumon en plus petit) a été détecté avec 465 Bq/kg en césium dans le lac Akagi Onuma de la ville de Maebashi de la province de Gunma.

 

Jeudi 5 avril, la liste des nouvelles restrictions de mise sur le marché de produits alimentaires est ici en anglais.

 

Vendredi 6 avril, nouvelle liste de restrictions ici en anglais.Dimanche 8 avril, la litanie des nouveaux aliments contaminés continue : des shiitakés, encore, de Manazuru dans la province de Kanagawa à l’Ouest de Tôkyô avec 141 Bq/kg en césium. On est à 300 km de la centrale. La vente des shiitakés a été suspendue. A Gunma, de la viande de boeuf avec 106 Bq de césium par kilo a été trouvée. La nouvelle limite ne s’appliquera qu’à partir

d’octobre 2012 pour le boeuf, mais les autorités régionales ont demandé au agriculteurs de suspendre la vente de viande de boeuf pour rassurer les consommateurs.

Du lait écrémé en poudre contaminé au césium à 23 Bq/kg a été découvert

à Iwaté. Il sert de base à la confection de nombreux aliments.Lundi 9 avril, les autorités régionales de Chiba ont annoncé avoir suspendu la commercialisation de shiitaké en provenance de Shiroi. Le producteur a demandé lui même le contrôle et a trouvé 740 Bq de césium par kilo. Il en aurait déjà vendu 4 kg. Un autre producteur de la commune en a aussi vendu 5 kg. Les autorités municipales ne savaient pas qu’il y avait des producteurs de shiitaké sur leur commune…

Les autorités régionales de Tochigi ont aussi suspendu la vente de shiitakés dans 7 communes dont Utsunomiya et Shioya. La plus forte concentration de césium était de 950 Bq/kg.

 

Mercredi 11 avril, des épinards particulièrement radioactifs ont été découverts dans la ville de Fukushima : avec 520 Bq de césium par kilo, ces résultats étaient incompréhensibles. On vient de découvrir que la toile en plastic qui a servi à couvrir les serres est la même que l’an dernier, qu’elle est contaminée et qu’elle a contaminé les légumes !

Dans le sud de Miyagi aussi des épinards avec 56 Bq/kg avaient été trouvés récemment. Même raison ?Jeudi 12 avril, de la tisane de yacón (ou poire de terre, plante d’Amérique du Sud préconisée en cas de diabète) avec 17 200 Bq de césium par kilo a été découverte à Miyagi.

La plante a été cultivée l’an dernier à Zao et ses feuilles et tiges séchées et réduites en poudre avant d’être vendues. 1 100 paquets ont déjà été vendus sur Internet ou expédiés à des revendeurs. Un rappel du produit a immédiatement été lancé.

C’est le producteur (GOLDrand) qui a pris l’initiative de faire tester le produit par un labo privé afin de pouvoir bénéficier d’indemnisations de TEPCo. Il a aussitôt alerté les autorités. Un autre producteur du Sud de Miyagi va devoir tester ses produits.Vendredi 13 avril, selon le Yomiuri, un boucher d’Ôsaka a vendu du boeuf de Miyagi avec comme indication « boeuf de Kagoshima ».

 

Samedi 14 avril, les contrôles sur la tisane de yacón continuent et un lot atteint 22 900 Bq de césium par kilo, soit

290 fois la limite maximale admise. Seuls 40 paquets sur 1 100 ont été retrouvés pour le moment.Vendredi 20 avril, le ministère de l’agriculture a demandé aux commerçants de renoncer à appliquer des

normes plus strictes concernant la contamination des aliments car cela introduit de la confusion chez les consommateurs. Certains magasins en ont fait un argument de vente, ce qui entraîne une surenchère. Mais les commerçants ne sont pas prêts à entendre le ministère. Hiroshi Tsuchida, en charge du contrôle de la qualité des coopératives d’achat Seikatsu Club, explique qu’il ne fait que répondre aux souhaits des consommateurs qui n’ont pas confiance dans les critères appliqués par

les autorités. Avoir des standards plus stricts permet donc de vendre des produits qui autrement ne trouveraient peut-être pas d’acheteurs car venant d’une région suspecte.

Le ministère demande aussi aux producteurs et commerçants qui effectuent des contrôles qui leur sont propres, de faire faire des contrôles à l’extérieur ou de bien appliquer les procédures normalisées de contrôle.Jeudi 26 avril, le Yomiuri met en avant la confusion la plus totale qui règne à propos des limites à appliquer à la viande de boeuf qui avait été au coeur d’un scandale l’an dernier. Petit retour en arrière. En décembre 2011, le gouvernement annonce de nouvelles limites pour la nourriture à partir

d’avril 2012. La limite provisoire de 500 Bq/kg pour le césium devait passer à 100 Bq/kg. Ce fût le cas en général, sauf pour les exceptions.

Le ministère de l’agriculture a obtenu un délai supplémentaire pour la viande de boeuf : la nouvelle limite doit entrer en application à la fin septembre 2012.

Mais le 9 mars, ce même ministère a demandé aux autorités régionales d’accélérer la transition vers la nouvelle limite. Celles-ci ont passé l’intruction aux producteurs, transformateurs et revendeurs de se débarrasser rapidement de la viande qui dépasse la future limite. Comme la viande est généralement congelée pendant un certain temps, il s’agissait, pour le ministère, de ne pas stocker de la viande qui serait rapidement invendable. Les producteurs, eux, se sont demandé si la viande actuellement comprise entre 100 et 500 Bq/kg est-elle donc vendable ou pas ? Le 5 avril, les autorités de Gunma ont demandé à un fermier qui avait un stock qui entrait dans ce cas de ne pas vendre la viande.

Le 20 avril, un autre service du ministère a donné l’instruction aux revendeurs et distributeurs de ne pas appliquer de critère plus stricts que ceux du gouvernement, ignorant l’instruction de ce même ministère d’accélérer la transition. 3 jours plus tard, cet ordre a été annulé par le ministre en personne, disant qu’il risquait de ruiner les efforts pour regagner la confiances des consommateurs.

Comment les consommateurs peuvent qu’il retrouver la confiance avec des normes flottantes qui dépendent de bureaucrates et lobbies ?Par ailleurs un carassin à 110 Bq/kg, soit plus que la limite de 100 Bq/kg, a été pêché, à 180 km de la centrale, dans la rivière Toné qui coule au Nord de Tôkyô. Les autorités ont donc suspendu la vente de poisson d’eau douce provenant de 10 communes situées le long de cette rivière. 6 coopératives de pêche sont concernées. Cette rivière a la

plus vaste aire de drainage du Japon.

Mai 2012

Mardi 1er mai, un mois après l’entrée en vigueur des nouvelles limites maximales admissibles dans l’alimentation, 51 produits sont interdits de mise sur le marché et 9 provinces (Iwaté, Miyagi, Yamagata, Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Chiba et Kanagawa) sont touchées par des interdictions.

En avril, 13 867 mesures de la contamination des aliments ont été effectuées par les autorités. 350 d’entre elles ont mis en évidence une contamination au dessus de la limite, dont 142 à Fukushima, Il y a de nombreuses autres mesures faites par les producteurs, revendeurs ou consommateurs qui sont tout simlement ignorées par les autorités.

 

Lundi 7 mai, juste avant la golden week (première semaine de mai avec de nombreux jours fériés et ponts), le ministère de l’agriculture a croulé sous les appels des producteurs et vendeurs qui protestaient contre l’appel du ministre à s’aligner sur les limites gouvernementales et à cesser cette « guerre du becquerel ». Certains commerçants appliquent des limites beaucoup plus basses, ce qui entraînerait, selon le ministère, de la confusion chez les consommateurs (cf 20 avril ci-dessus).

Mais cette situation est similaire à celle des pesticides et autres produits chimiques. Même s’il y a des concentrations limites à ne pas dépasser, certains producteurs essayent de faire mieux. C’est le cas en particulier pour l’agriculture biologique. Pourquoi cela ne pourrait pas être la même chose avec la radioactivité.

Comme les contrôles officiels n’ont pas été suffisants et qu’il y a eu des failles dans la surveillance, on ne peut pas empêcher tous les acteurs, des producteurs aux consomateurs, de faire leurs propres contrôles et de décider de ce qui est accpetable ou non.

Pour calmer la situation, le ministre de l’agriculture a finalement déclaré que sa note n’était qu’une recommandation et pas une obligation.

 

Mardi 8 mai, les agriculteurs de Fukushima ont commencé à planter du riz.Mercredi 9 mai, les pêcheurs de Fukushima envisagent de reprendre partiellement le travail à partir de juin. Ils vont pêcher les espèces les moins contaminées.Dimanche 13 mai, les agriculteurs de Kawauchi, village où l’ordre d’évacuation a été levé, ont planté du riz dans une trentaine de champs à titre expérimental.

Ils veulent tester plusieurs méthodes de réduction de la contamination et le transfert du sol au grain. Une cinquantaine de bénévoles, dont des enfants, ont participé.

 

Lundi 21 mai, l’Asahi fait le point sur les stations de mesure de la radioactivité montées par les municipalités pour permettre aux résidents de venir tester, souvent gratuitement, les produits qui les inquiètent.

Mais, Ainsi, à Chigasaki (Kanagawa), le détecteur est dans une petite pièce la mairie depuis mars dernier. Sur la soixantaine d’échantillons testés au 7 mai, la majorité était sous la limite de détection. Aucun ne dépassait les limites de mise sur le marché fixées par le gouvernement. Les habitants apportent surtout du lait et du riz. La municipalité s’attendait à une ruée sur le détecteur et avait mis en place un tirage au sort. Mais, des contrôles ont été menés sur la nourriture scolaire sur les créneaux libres.

C’est, bien entendu, dans la province de Fukushima qu’il y a le plus de stations de mesure municipales. Il y a actuellement 490 détecteurs et chaque commune sera équipée d’ici la fin mai. Les habitants apportent des produits de leur potager, des plantes sauvages comestibles comme des champignons ou des pousses de bambou. Dans la seule ville de Fukushima, il y a 28 stations de mesure qui effectuent 500 à 600 analyses par semaine. Au démarrage, en novembre dernier, il n’y avait que 3 détecteurs en un seul lieu et il fallait attendre jusqu’à 3 mois pour pouvoir effectuer une mesure. Maintenant, il est possible d’obtenir un créneau pour le lendemain.

La ville de Kashiwa (Chiba), qui est une cité dortoir au Nord de Tôkyô, particulièrement touchée par les retombées de la catastrophe, la municipalité s’y est mise aussi depuis le 18 avril dernier et tout est réservé jusqu’au 2 juillet ! 60% de la demande concerne l’eau des puits, qui est systématiquement en dessous de la limite de 10 Bq/l.

Mais il y a déjà, Békumiru, une station de mesure privée dans une galerie marchande de cette ville, près de la gare, depuis bien plus longtemps. Le succès de cette initiative a été telle, que le propriétaire a ouvert une deuxième station privée à Uéno, au centre de Tôkyô, en décembre dernier. Il l’a fermée le 26 avril, par manque de clients…

De telles stations de mesure ont aussi été ouvertes à Aichi, Niigata.

Dans d’autres villes, c’est la municipalité qui effectue les inspections. L’arrondissement d’Edogawa à Tôkyô, fait des contrôles sur la nourriture vendue sur place, mais provenant des 17 provinces touchées par des restrictions de mise sur le marché. 31 mesures ont été effectuées en mars dernier et il devrait y en avoir 120 autres cette année fiscale. Toutes étaient sous la limite de détection. Tôkyô va aussi contrôler des produits importés d’Europe, où les retombées de Tchernobyl sont encore détectables dans certains produits alimentaires.

Sur les 60 contrôles effectués en avril dernier, seule une morue d’Iwaté à 18 Bq/kg était au-dessus de la limite de détection.

Selon le ministère de l’éducation, 190 municipalités effectuent aussi des contrôles sur les repas distribués dans les cantines.

A tout cela s’ajoutent une centaine de stations de mesure montées par des groupes locaux ou des regroupements d’agriculteurs. Ces initiatives citoyennes ne sont presque jamais mentionnées dans la presse japonaise.Mardi 22 mai, de la viande de porc dépassant la limite de 100 Bq/kg a été détectée pour la première fois. Le porc incriminé avait 107,2 Bq/kg. Une enquête a été lancée chez l’éleveur de Kôriyama. Le communiqué de la municipalité est ici en japonais.Mercredi 23 mai, le ministère

de la pêche et de l’agriculture a publié des données sur la contamination des ressources marines. Il y a encore des poissons qui dépassent la limite de mise sur le marché au large de Fukushima, d’Ibaraki et Miyagi. La plus forte contamination relevée est de 1 300 Bq/kg chez un aïnamé.

Il y a aussi des données sur les poissons d’eau douce, avec des poissons de Fukushima, Miyagi, Iwaté, Ibaraki, Gunma, Tochigi et Chiba qui dépassent cette limite de 100 Bq/kg.

Les résultats complets sont ici en anglais et japonais.

 

Lundi 28 mai, la police a arrêté le boucher d’Ôsaka qui avait vendu de la viande de boeuf de Fukushima, Tochgi ou Miyagi en prétendant qu’elle provenait de Kagoshima. Le président de la compagnie a prétendu ne pas être au courant des agissements du gérant d’un de ses magasins. Le magasin aurait vendu 1,4 tonnes de viande sous une fausse étiquette.Mardi 29 mai, selon une étude américaine publiée ce jour, les 15 thons pêchés au large de la Californie en août 2011 avaient un contamination en césium 137 et 134

liée à l’accident de Fukushima. La concentration est de l’ordre de la dizaine de becquerels par kilo.

Par ailleurs, de nouvelles données sur les poissons pêchés au large des côtes japonaises ont été rendues publiques.

Les pêcheurs de Fukushima ont décidé de reprendre la pêche de façon expérimentale en juin. Si la contamination de leur prises est dans les normes, ils comptent reprendre leur activité commerciale en septembre prochain.

Juin – Juillet 2012

Vendredi 8 juin, pour faire face à l’augmentation des prix du riz, le gouvernement va en mettre sur le marché 40 000 tonnes issues de ses stocks stratégiques. La situation est tendue à cause de la contamination radioactive.

Du thé à 11 Bq/kg en césium, soit plus que la limite de 10 Bq/kg pour la boisson, a été trouvé à Rikuzentakata dans la province d’Iwaté. Résultat en japonais.Lundi 11 juin, de l’ashitaba (Angelica keiskei) à 122 Bq/kg a été découvert sur l’île d’Ôshima au large de la péninsule d’Izu, au Sud de

Tôkyô.

 

Mardi 12 juin, le ministère de la santé a publié les données issues de ses contrôles supplémentaires sur l’alimentation. C’est ici en anglais.Jeudi 14 juin, une coopérative de pêche de Matsukawaura dans la province de Fukushima a repris la mer pour une pêche expérimentale. Six bateaux sont allés pêcher à une cinquantaine de kilomètres au large et leur pêche n’a pas été

commercialisée, mais testée. Les mesures seront faites deux fois, une fois sur la chaire crue, puis une fois après cuisson. Si les deux tests se révèlent négatifs, la pêche commerciale devrait reprendre. La décision sera prise le 18 juin.

 

Vendredi 15 juin, la coopérative de pêche a annoncé n’avoir trouvé aucune contamination dans ses prises. Elle veut donc reprendre la pêche commerciale.Par ailleurs, lors d’un contrôle sur des poissons de rivière pêchés à Ashio près de Nikkô (Tochigi), tous les 7 poissons avaient une

contamination supérieure à la limite de 100 Bq/kg. La pêche a été interdite.Mercredi 20 juin, une morue du Pacifique (マダラ, Gadus macrocephalus) avec 117 Bq/kg en césium a été pêchée au large de Hachinohé (province d’Aomori), soit à plus de 300 km de la centrale de Fukushima.Lundi 25 juin, les premiers produits de la pêche en mer à Fukushima se sont retrouvés sur les étals des supermarchés. Pour le moment, il n’y a que du poulpe et des bulots (buccinum) pêchés le 22 juin et cuits pour pouvoir être conservés plus longtemps, ce qui permet de mesurer leur contamination. Les poissons ne peuvent toujours pas être vendus car ils sont toujours contaminés. A Sôma, dans un supermarché, tout a été vendu dans la journée. La vente n’a été que locale et les prix 30% plus bas qu’avant la catastrophe. La coopérative de pêche a fixé une limite à 50 Bq/kg pour le césium, soit la moitié de la limite gouvernementale.

Par ailleurs, l’exportation de produits agricoles japonais a commencé à augmenter pour la première fois depuis le début de la crise. Mais les exportations restent à moins de 10% de ce qu’elles étaient en 2010.Lundi 2 juillet, le ministère de l’environnement a mis en ligne des données qui montrent une forte contamination de certains poissons de rivière à Fukushima (jusqu’à 2 600 Bq/kg), ainsi qu’une contamination de certains poissons

de mer qui dépasse toujours la limite de 100 Bq/kg au large d’Iwaki.Vendredi 6 juillet, derniers résultats des contrôles effectués par le ministère de la santé sur l’alimentation : ici en anglais. De moins en moins d’aliments sont contaminés, à part les poissons, la viande d’ours et parfois le lait.Dimanche 8 juillet, selon le professeur Némoto, d’une des universités de Tôkyô, le riz absorbe directement le césium à partir de l’eau. Cela pourrait expliquer que du riz plus radioactif que ce qui était attendu à partir des mesures de sol a été trouvé l’an dernier. Il a fait l’expérience en

faisant pousser du riz hors sol dans une eau contaminée à 10 Bq/L et les tiges et les feuilles avaient 5 700 Bq de césium par kilo de matière sèche. Cela confirmerait qu’il n’est pas possible de déterminer les lieux où la culture du riz est possible à partir d’analyses de sols seulement.

Il a présenté ces résultats à la conférence organisée par la CIPR qui se tient actuellement à Daté.Lundi 9 juillet, les autorités régionales de Fukushima ont offert aux femmes la possibilité d’analyser le lait maternel depuis le 1er juin. Les résultats sur les 26 premiers échantillons analysés en juin n’ont montré aucune contamination. Le test est gratuit.Mercredi 11 juillet, les

pêcheurs d’Iwaki ont repris la mer pour pêcher… des débris. Les poissons sont toujours contaminés et donc invendables. Le président de la coopérative de pêche, ne se fait pas trop d’illusion. Même si les poissons passent sous la limite, personne ne les achètera. Il ne croit pas à une activité viable avant longtemps. Et de citer le cas de Minamata (où une pollution au mercure a fait d’énormes dégâts) : même si les autorités de la province de Kumamoto ont déclaré les poissons sains en 1997, le poisson ne se vend toujours pas.

Ils vivent donc les indemnités de TEPCo (80% de ce qu’ils auraient gagné pendant une bonne saison de pêche) et du ramassage des débris.De la viande de porc à 107,2 Bq/kg a été détectée à Kôriyama et a été vendue en mai dernier. Les animaux ont mangé de la paille de riz contaminée qui servait de litière. La paille elle-même avait moins de 400 Bq/kg, limite fixée par les autorités.Vendredi 13 juillet, le gouvernement a annoncé vouloir contrôler le riz en tous les lieux où la contamination dépassait les 50 Bq/kg pour le césium lors de la moisson de l’an dernier, plus quelques autres. Cela représente 40 000 lieux dans 17 provinces, ou 12 fois plus de contrôles que l’an dernier.

Est-ce suffisant ?Publication par l’IRSN d’une note sur la contamination des aliments au Japon.Samedi 14 juillet, les pêcheurs de Sôma ont repris la mer pour pêcher des pieuvres et des coquillages. Ils espèrent pouvoir les vendre s’ils satisfont aux règles en terme de contamination radioactive.

Août 2012

Mercredi 1er août, environ 200

kg de poulpe pêché au large de Fukushima ont été envoyés à Tôkyô et Nagoya pour être vendus. La pêche a eu lieu à plus de 50 km de la centrale accidentée et aucune contamination n’a été détectée.Vendredi 3 août, une anguille avec 140 Bq de césium par kilo a été pêchée à Motomiya-shi dans le fleuve Abukuma. 390 Bq/kg avaient été détectés dans uen

anguille du même fleuve le mois précédent. Le gouvernement a interdit la mise sur le marché des anguilles de ce fleuve.Une coopérative de Fukushima a contrôlé les repas servis à la maison de 100 familles en juin dernier.

Sur les 38 premiers résultats publiés, aucune contamination n’a été mise en évidence (limite de détection pour le césium de 1 Bq/Kg).Une station de mesure citoyenne de Shizuoka a détecté 20 Bq de césium par kilo dans des céréales pour le petit déjeuner (70% des céréales utilisées provenaient du Japon).Dimanche 5 août, des shiitakés, cultivés dans la province de Hiroshima, ont été vendus avec une contamination en césium de 380 Bq/kg frais. Ils étaient cultivés à Miyoshi sur du bois en provenance de Tôhoku (Nord-Est du Japon) et ont été vendus dans des super-marchés d’Aïchi.Lundi 6 juillet, nouveau

rapport de l’IRSN : Informations pour les résidents français au Japon : Bulletin d’information n°9.Mardi 7 août, les autorités régionales de Tochigi ont annoncé avoir mesuré 31 000 Bq de césium par kilo de champignon dans des Lactarius volemus sauvages de Nikkô. C’est la plus forte valeur officielle relevée dans des champignons. Des mesures privées ont déjà mis en évidence des valeurs plus élevées.Mercredi 8 août, les autorités régionales de Fukushima veulent tester tous les sacs de riz de la récolte à venir avant de les mettre sur le marché. La production attendue est de 360 000 tonnes. Une nouvelle machine qui

peut tester 4 sacs de 30 kg à la minute en en cours de test sur la récolte 2011. Elle va juste vérifier si la contamination dépasse la limite officielle de 100 Bq/kg pour le césium. Si la contamination relevée est sous la limite, un autocollant sera automatiquement mis.

Dans le cas contraire, une alarme sonnera et arrêtera la tapis roulant.

Les autorités veulent installer 143 chaînes de mesure.Vendredi 10 août, le taux d’indépendance alimentaire du Japon, compté à partir des calories, est, avec 38,6%, au plus bas depuis longtemps. C’est

officiellement dû à l’arrêt de la pêche dans les zones touchées par le tsunami, malgré une hausse de la production de blé. Il avait été plus bas en 1993, année où la moisson de riz avait très faible : 37,4%.Dimanche 12 août, le premier riz précoce moissonné à Kamogawa, province de Chiba, n’est pas contaminé.

Une morue (マダラ) avec 132,7 Bq de césium par kg a été pêchée au large de Hachinohé dans la province d’Aomori, tout au nord de l’île principale. La pêche a été suspendue et 5,5 tonnes de poisson ont été détruites.Vendredi 17 août, un producteur de shiitaké d’Ôsaka a importé du bois contaminé sans le savoir pour produire ses champignons. La contamination du bois a été découverte et le bois renvoyé d’où il venait aux frais de TEPCo. Le producteur avait déjà mangé de sa production et le terrain où était stocké le bois est maintenant bien contaminé.

Ce genre de problème va aller en augmentant car les provinces de Fukushima et Miyagi produisaient environ 80% du bois de chêne utilisé dans la production de shiitakés. Certains vendeurs de bois sans scrupule essayent encore d’écouler leur stocks.

Toujours dans la nourriture, les ‘ashitaba’ (明日葉, ou angélique), dont les feuilles sont récoltées après trois ans, continuent à être très contaminées car directement exposées aux retombées.Dimanche 19 août, la moisson du riz commençant, les annonces de non-contamination se

multiplient. Pas de césium détecté à Kashima et Namekata dans la province d’Ibaraki alors qu’il avait été détecté 52 Bq/kg l’année précédente dans une commune voisine. Il n’a pas été détecté de césium non plus à Itako et Kamisu, toujours à Ibaraki.Selon un syndicat agricole japonais, la fédération de producteurs de tofu, mangé en grande quantité par les Japonais, ne veut pas contrôler la radioactivité, de peur que les clients réduisent leur consommation.

Seul un producteur de tofu bio à Tôkyô, qui se fournit de fèves locales, s’est équipé pour mesurer la radioactivité et effectue des contrôles. Un autre à Kyôto, fait de même et a même embauché une personne pour cela.Le bilan des contrôles effectués par Hong-Kong sur la nourriture importée du Japon est ici en anglais et chinois.Mardi 21 août, TEPCo a mis en

ligne les résultats de sa surveillance des ressources halieutiques de la zone des 20 km : tous les poissons contrôles sont contaminés, certains fortement. La plus forte contamination concerne un ‘ainamé’ (アイナメ) pêché le 1er août dernier au large de la rivière Ôta (太田) avec 25 800 Bq/kg pour le seul césium. Il n’est pas mentionné si d’autres éléments étaient présents.

La contamination de l’eau dans la même zone est donnée sur le site Internet du MEXT.Jeudi 23 août, les autorités régionales de Fukushima vont mettre en ligne tous les

résultats de mesure effectuée sur chaque sac de riz de 30 kg. Il y aura un code sur chaque sac qu’il suffira de rentrer sur le site pour avoir le résultat. Evidemment, les sacs avec une contamination supérieure à 100 Bq/kg ne seront pas commercialisés. Le nouveau système de détection mis en place spécialement prend 10 à 15 secondes par sac, avec une limite de détection de l’ordre de 11 Bq/kg. Il y a environ 12 millions de sac à contrôler, ce qui fait 360 000 tonnes. La province de Fukushima a acheté 192 détecteurs pour contrôler le riz.

La coopérative de pêche d’Iwaki veut pêcher 7 nouvelles espèces à partir de septembre.Lundi 27 août, la province de

Fukushima produit beaucoup de pêches. Leur prix avait été divisé par deux l’an dernier, faute d’acheteurs. Cette année, il est remonté à environ 80% du prix avant la catastrophe, suite à une campagne de promotion. Les autorités régionales ont consacré 242 millions de yens (2,42 millions d’euros) à la promotion des pêches et du riz de la province. 30 000 cagettes de pêches par jour sont expédiées dans tout le pays. Les producteurs espèrent que les prix vont monter en septembre quand la production sera finie dans les autres provinces.Mardi 28 août, le premier riz de la province de Fukushima a été mis en vente.

Récolté à Nihonmatsu, sa contamination est inférieure à 11 Bq/kg qui est la limite de détection de l’appareil utilisé pour le contrôle.

Le gouvernement a suspendu la vente de la morue du Pacifique pêchée à depuis le port de Hachinohé dans la province d’Aomori. Par deux fois, de la morue avec plus de 100 Bq de césium par kilo de poisson a été détectée à plus de 400 km de la centrale accidentée (116 Bq/kg en juin et 133 Bq/kg le 9 août). C’est la première fois que le gouvernement interdit la vente d’un produit alimentaire d’Aomori. Dans la plupart des autres tests effectués (23 sur 26), la contamination était

inférieure à 50 Bq/kg.

Les autorités portuaires avaient suspendu par elles-mêmes la vente de la morue en juin, lorsque le premier poisson contaminé avait été découvert. Elles ont repris la vente un mois plus tard car les autres poissons étaient sous la limite.

A Miyagi, la pêche à la morue est suspendue depuis mai dernier.

La morue est un ingrédient très prisé pour le ‘nabé’ en hiver (plat traditionnel qui pourrait correspondre à la fondue ou au ragout). La pêche à la morue a généré 1,4 milliards de yens (14 millions d’euros) à Aomori l’an dernier.

Ce n’est pas le seul poisson contaminé pêché loin de la centrale : en juillet dernier, une dorade grise avec 3 300 Bq/kg avait été pêchée dans la baie de Sendaï, au large de Higashi-Matsushima. La contamination de l’eau dans cette zone est ici par exemple et ne permet pas d’expliquer la valeur élevée trouvée dans la dorade.

La raison de la contamination de ces poissons n’est pas bien comprise et les autorités de tous les pays sont très démunies face à la pollution marine. La

chaîne alimentaire est pointée du doigt, mais n’est pas prise en compte dans les modèles qui ne peuvent pas prédire de telles prises.

Septembre – Octobre 2012

Jeudi 6 septembre, reportage sur France 2 à propos de la contamination des aliments au Japon et de l’accès à la mesure.Vendredi 7 septembre, Greenpeace

Japon a mis en ligne des résultats de mesure de la contamination de sushis prélevés en restaurant (kaïtenzushi). Seul un poisson était contaminé à hauteur de 11 Bq/kg. Les résultats sont ici en japonais.Du riz contaminé entre 16 et 33 Bq/kg a été détecté dans quatre échantillons sur six de la moisson de Nagareyama, dans la province de Chiba. Les données sont ici en japonais.Mardi 25 septembre, les planteurs de tabac de Fukushima ont fait leur première récolte depuis l’accident et attendent les résultats des mesures de

radioactivité. C’est pour la mi-octobre. Avec la baisse de la consommation de tabac et l’accident, le nombre de cultivateurs est passé de 1 167 à 675. Parmi eux, 318 n’ont pas eu de contrat avec Japan Tobacco Inc. cette année et n’ont pas semé de tabac.

Samedi 29 septembre, le gouvernement avait abaissé la limite maximale autorisée de césium dans certains aliments au printemps dernier, mais par pour tous.

La nouvelle limite de 100 Bq/kg va s’appliquer au riz et à la viande de boeuf à partir du 1er octobre. L’ancienne limite était de 500 Bq/kg.

Restent encore les fêves de soja pour lesquelles la nouvelle limite ne s’appliquera qu’au 1er janvier 2013. Cette application différée a pour but de pouvoir écouler les stocks avant le durcissement de la norme.

Le ministère de l’agriculture a anticipé la nouvelle norme : rien ne va changer pour lui. De nombreux producteurs avaient aussi anticipé.

150 Bq de césium par kilogramme de viande de boeuf viennent d’être détectés à Kôriyama, dans la province de Fukushima. C’est la troisième fois depuis avril dernier que de la viande de boeuf est contaminée à plus de 100 Bq/kg.Dimanche 30 septembre, selon un décompte fait par l‘Asahi, seulement 1% de la nourriture testée par le gouvernement et les autorités régionales au cours des 6 derniers mois est contaminée à des valeurs dépassant la limite. Sur 114 000 aliments contrôlés, 1 390 dépassaient la limite. Pour certains aliments, comme les poissons ou les champignons, la proportion est beaucoup plus grande. 108 aliments sont toujours interdits et 10 provinces sont touchées par des interdictions. Aucun aliment pour bébé ou laitage ne dépassait la limite.

Chez les poissons, ce sont les espèces démensales (qui vivent près du fond) qui sont les plus touchées, comme les poissons plats et les morues, ainsi que certains poissons de rivière.

Entre avril et août, 14 aliments contrôlés au-dessus de la limite avaient déjà été mis sur le marché. Mais la plupart des contrôles officiels sont éffectués plus en amont, et plus rarement chez les commerçants. Le gouvernement ne contrôle seulement qu’une centaine d’échantillons par mois après leur mise sur le marché.Samedi 6 octobre :

• 700 Bq/kg ont été mesurés dans des noix de Minami-Sôma (Fukushima) et 410 Bq/kg dans les chataignes sauvages de Yaita (Tochigi). Les deux produits ont été retirés du marché.• Un sac de riz complet de Kôriyama contenait 220 Bq de césium par kilo. Après lavage, la contamination du riz est descendue à 15-25 Bq/kg. La contamination serait due à l’utilisation d’une décortiqueuse de riz contaminée apportée de Namié et pas lavée. La découverte d’un sac contaminé devrait entraîner la suspension de la mise sur le marché de tout le riz du district. Mais cela n’a pas été le cas car la contamination venait de la poussière. Les autres agriculteurs sont inquiets.

Lundi 8 octobre (férié au Japon), nouveaux résultats d’analyse sur des poissons par Greenpeace Japon.

Aucune contamination n’est détectée sur des poissons pêchés au large de Chiba (la limite de détection est de l’ordre de 3 Bq/kg).

Mardi 9 octobre, des feuilles de tabac séchées récoltées à Fukushima sont contaminées au-delà de la limite de 100 Bq/kg fixée par Japan Tabacco. La compagnie a annulé l’achat de 4,5 tonnes de tabac. Il y a 110,7 Bq/kg dans du

tabac venant de trois fermes de Shirakawa. Ailleurs, la contamination est inférieure à 100 Bq/kg.Jeudi 11 octobre, la moisson du riz cultivé de manière expérimentale à Ôkuma, à 6 km de

la centrale, a commencé. C’est du fameux koshihikari. Pour un lot, la terre a été décontaminée sur 5 cm, pas sur l’autre. Les moissonneurs sont habillés de combinaisons et de masques pour se protéger de la contamination radioactive.

Mercredi 17 octobre, les repas de 334 familles du Japon ont été contrôlés : dans 3 cas, des plats contaminés ont été trouvés (2 à Fukushima et un à Miyagi). La plus forte contamination relevée est de 3,2 Bq/kg.

L’an dernier, beaucoup plus de repas contaminés avaient été détectés.

Les données sont ici en japonais.Plus de 150 Bq/kg en césium mesurés dans de la viande de boeuf de Miyagi. Les animaux auraient mangé de la paille contaminée.Vendredi 19 octobre, les

autorités régionales de Fukushima ont publié des données sur la contamination du riz à Iwaki avec des règles d’arrondi qui ne passent pas : 39,6 Bq de césium 134 + 63,2 Bq de césium 137 par kilo font 102,8 Bq/kg, ce qui est plus que la limite de 100 Bq/kg, mais après un arrondi à deux chiffres significatifs, la préfecture affiche 100 Bq/kg et le riz peut être vendu…

Lundi 22 octobre, données de TEPCo sur la contamination des poissons pêchés dans un rayon de 20 km autour de la centrale : ils sont ous contaminés, parfois jusqu’à 1 430 Bq/kg. (anglaisjaponais)Mardi 23 octobre, les autorités régionales de Fukushima progressent plus vite que prévu

dans le contrôle du riz produit dans la province : d’un tiers de la moisson a déjà été testée. La moisson cette année devrait être de l’ordre de 360 000 tonnes de riz, contre 450 000 tonnes avant la catastrophe. Cela fait 12 millions de sac de 30 kg à tester à l’aide de 193 détecteurs. A Motomiya, il en arrive 5 000 quotidiennenement et 3 000 sont testés chaque jour. On ne connaît pas la contamination exacte.

Juste si le sac dépasse ou pas la limite de 100 Bq/kg en césium. Dans les zones où la contamination du riz était supérieure à 50 Bq/kg l’an dernier, il y aura un deuxième contrôle effectué par le gouvernement avant d’autoriser la mise sur le marché de la production du district.

Le coût de l’opération est estimé à 11 milliards de yens (110 millions d’euros).

Du riz à 110 Bq de césium par kilo vient d’être détecté pour la première fois à Sukagawa. Un sac sur les 320 produits par la ferme est concerné pour le moment. En attendant que le gouvernement suspende la vente du riz dans la zone, les autorités locales réclament une suspension volontaire.Vendredi 26 octobre, 250 Bq de césium par kilo ont été détectés dans des soba (nouilles de sarrasin) d’Ichinoseki, point chaud de la province d’Iwaté.

Jeudi 1er novembre, pour la deuxième fois cette année, du riz de Fukushima a été découvert avec une contamination à plus de 100 Bq/kg. Il y a 110 Bq/kg dans 6 des 140 sacs de riz d’un producteur de la ville de Fukushima.

Les 6 sacs vont être détruits. On ne connaît pas le niveau de contamination des autres sacs.

Vendredi 2 novembre, encore du riz contaminé : 120 Bq/kg à Kôriyama et 270-280 Bq/kg à Ôtama. Il s’agit de riz glutineux dans les deux cas (mochigomé, もち米).

Vendredi 9 novembre, le prix du riz importé est maintenant plus cher que certains riz japonais à cause de l’augmentation de la demande suite à la catastrophe de Fukushima. En particulier, ce sont les restaurants qui commandent ce riz. Le riz domestique en provenance des régions éloignées de Fukushima a aussi augmenté, mais pas autant.

Mardi 13 novembre, la forte contamination persistante des poissons démersaux (qui vivent au fond) au large de la centrale de Fukushima, bien que l’eau dans laquelle ils nagent ne soient pas très contaminée, va faire l’objet d’études. Le ministère de l’agriculture, de la pêche et de la forêt va y consacrer 190 millions de yens (1,9 million d’euros). Si le fait que la contamination vient de la chaîne alimentaire constituée de vers et autres animaux de vase très contaminés, les autorités veulent savoir comment cela va évoluer et combien de temps cela va durer. C’est toute l’industrie de la pêche locale qui est menacée en cas de persistence du problème.

Vendredi 16 novembre, Greenpeace a mis en ligne des résultats d’analyse sur des poissons pêchés au large de Chiba. Tout est sous la limite de détection qui est de l’ordre de 3 Bq/kg pour la somme des deux césiums. C’est ici en japonais.

Mercredi 21 novembre, le Japon est en train de découvrir que les champignons concentrent le césium 137 et qu’ils sont contaminés jusqu’à très loin de la centrale à des niveaux qui interdisent leur mise sur le marché. Par exemple, 120 Bq/kg dans des « chichitakés » de Towada dans la province d’Aomori, à 350 km de la centrale. AInsi, le gouvernement a interdit la mise sur le marché de tous les champignons sauvages de la municipalité de Towada, dont les naméko et kuritaké. Au 16 novembre, 93 municipalités dans 10 provinces étaient touchées par des restrictions similaires. Pour les provinces les plus éloignées comme Aomori, Saïtama, Yamanashi, Nagano et Shizuoka, les champignons sont les seules denrées interdites. La tendance est à la hausse. Ainsi, la plus forte valeur enregistrée l’an dernier à Aomori était de 60 Bq/kg. Même tendance ailleurs : 1 320 Bq/kg en 2011 à Nagano, 2 100 cette année. 134 Bq/kg à Tochigi en 2011, 3 000 cette année.

Le gouvernement a demandé à 17 province de contrôler les champignons sauvages. Et ce n’est pas fini : 26 après les rejets massifs de Tchernobyl, des champignons européens ne pourraient pas être vendus au Japon.

Lundi 26 novembre, les municipalités de Hirono et Kawauchi ont décidé de reprendre la culture du riz l’an prochain. La levée de l’interdiction concerne toute la surface à Hirono et seulement les zones réouvertes à Kawauchi. Ce devraient les premières plantation de riz à moins de 20 km de la centrale depuis 2011. Si certains agriculteurs sont contents, ils se font du souci pour la vente de leur récolte. Trouveront-ils des clients ? Personne ne sait combien vont reprendre leur activité.

Des tests ont déjà été effectués cette année à Kawauchi et la contamination en césium était inférieure à 100 Bq/kg, sauf dans deux cas où c’est la décortiqueuse qui est incriminée.

Vendredi 30 novembre, la province de Chiba, dans la banlieue de Tôkyô, a mis en ligne des résultats de mesure sur des fruits et légumes où il apparaît que les agrumes (surtout les yuzu, ゆず) et les kiwis (キウイフルーツ) sont encore contaminés. C’est en japonais.

Samedi 1er décembre, Greenpeace Japon a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés au large de la province de Chiba et tous sont sous la limite de détection qui est de l’ordre de 3 Bq/kg.

Mardi 4 décembre, TEPCo envisage de mettre un filet en mer de 2 km environ devant sa centrale accidentée pour éviter que les poissons contaminés ne s’échappent. Elle a encore mesuré jusqu’à 15 500 Bq/kg chez un congre pêché dans le port de la centrale. Elle veut aussi draguer les boues du port.

Cette mesure avait déjà été appliquée à Minamata en 1974 suite à la contamination au mercure. Le filet faisait 4,4 km et a été enlevé en 1997 quand la baie a été déclarée « saine ». Les pêcheurs poussent TEPCo à faire de même, mais le césium ne se comporte pas comme le mercure, un métal lourd, et se déplace plus facilement.

Vendredi 7 décembre, Greenpeace Japon a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons prélevés en supermarché.

Si la plupart des échantillons ont une contamination inférieure à la limite de détection, quelques spécimens sont contaminés. C’est le cas d’une morue du Pacifique (マダラ) pêchée à Hokkaïdô et achetée à Yokohama : 78 Bq/kg. On n’est pas très loin de la limite de 100 Bq/kg. Une autre morue pêchée à Iwaté et achetée à Fukushima avait 7,5 Bq/kg. Un bar (スズキ) pêché à Chiba et acheté à Yokohama avait une contamination de 14,1 Bq/kg.

Lundi 10 décembre, le ministère de la santé a mis en ligne des résultats de mesure sur la contamination des animaux sauvages (gibier). C’est ici en japonais. Une traduction en anglais est disponible sur un autre site.

Ce sont les sangliers qui sont toujours les plus contaminés, jusqu’à 1 900 Bq/kg. Mais la viande de faisan, d’ours ou de lièvre dépasse aussi la limite de 100 Bq/kg.

La liste des aliments interdits à la vente au 6 décembre 2012 est ici en anglais.

Samedi 15 décembre, nouveaux résultats de Greenpeace Japon sur des poissons pêchés au large de Chiba. Tout est sous la limite de détection qui est de l’ordre de 3 Bq/kg pour la somme des deux césium.

Mardi 25 décembre, il y encore de nouvelles stations de mesure de la radioactivité qui ouvent au Japon. Ainsi, par exemple, la ville de Higashimurayama, située dans la banlieue de Tôkyô va mesurer gratuitement les aliments apportés par les résidents à partir du 15 janvier prochain. Elle a reçu un compteur gratuit de la part du gouvernement (Consumer Affairs Agency) avec une limite de détection de 10 Bq/kg pour les deux césium.

La municipalité s’est associée à une association locale, Geiger Higashimurayama pour offrir ce service. La municipalité de Kunitachi, aussi dans la banlieue de Tôkyô, offre déjà des prestations similaires.

Mercredi 26 décembre, la ville d’Iwaki a mis en place une campagne pour promouvoir ses produits agricoles et de la pêche, afin de rassurer les consommateurs.

Il est intitulé « montrer Iwaki« . Le site donne des résultats de mesure sur les produits de la commune.

Samedi 5 janvier, des champignons ont été découverts dans la province d’Aomori avec une contamination dépassant la limite de mise sur le marché fixée à 100 Bq/kg. Sont concernés, les chichitaké et sakura shiméji. Mais ils ne contiennent presque que du césium 137, qui a une demi-vie de 30 ans et quasiment pas de césium 134, qui a une demi-vie de 2 ans. L’origine de la contamination est sûrement plus ancienne que l’accident de Fukushima. Ce sont donc les essais nucléaires atmosphériques et Tchernobyl qui sont pointés du doigt. Le prof. Muramatsu, de l’université Gakushuin a déclaré avoir mesuré jusqu’à 1 000 Bq/kg dans ces champignons dans les années 1990 suite à la catastrophe de Tchernobyl. Une fois séchés, cela pouvait monter à 10 000 Bq/kg. C’est surtout le Nord-Est du Japon qui a été touché. A l’époque, les autorités n’avait mis aucune restriction.

Jeudi 10 janvier, du riz avec une contamination au césium de 240 Bq/kg, soit plus que la limite de 100 Bq/kg, a été trouvé à Kurihara, dans la province de Miyagi, située au Nord de celle de celle de Fukushima. Ce riz, destiné à la consommation personnelle, n’a pas été vendu. Le gouvernement a demandé aux fermes voisines de suspendre la vente.

C’est la première fois qu’un riz dépassant la limite est trouvé en dehors de la province de Fukushima.

Samedi 19 janvier, Greenpeace Japon a de nouveau publié des résultats de mesure sur des poissons prélevés en super-marché. Ils sont tous sous la limite de détection qui est assez élevée (de l’ordre de 7 à 8 Bq/kg).

Mardi 22 janvier, liste des aliments et produits agricoles interdits à la vente au 18 janvier 2013. Elle est encore très longue…

Lundi 28 janvier, Hong-Kong a publié des résultats de mesure de la radioactivité sur des aliments importés du Japon en 2012 : du thé dépasse la limite de 100 Bq de césium par kilo.

Mercredi 30 janvier, le ministère de l’agriculture va revoir sa politique de restriction de la culture du riz et compte autoriser cette culture dans les zones où la moisson 2011 avait une contamination supérieure à 500 Bq/kg en césium, qui est la première limite mise en place. La limite actuelle est de 100 Bq/kg. La seule contrainte sera de tester chaque sac avant sa mise sur le marché.

Dans les zones évacuées, la culture du riz devrait reprendre de façon expérimentale.

Et dans les zones où la contamination du riz de la moisson 2012 était inférieure à 100 Bq/kg, les contrôles devraient être relâchés…

Données officielles sur la contamination radioactive de l’eau du robinet au Japon : il y a une contamination très faible en césium dans l’eau potable de nombreuses province du Nord-Est du Japon.

Vendredi 15 février, nouvelle liste des restrictions de commercialisation de produits agricoles et de la pêche à cause de leur contamination radioactive. Le récapitulatif des restrictions depuis le début de la catastrophe est ici en anglais.

Lundi 18 février, un loup de mer a été pêché à une dizaine de kilomètres au large de Chôshi, dans la province de Chiba, avec 130 Bq/kg, ce qui est plus que la limite de 100 Bq/kg pour les adultes. C’est la première fois qu’un poisson dépasse la limite à Chiba. Un autre loup de mer avec 60 Bq/kg avait été pêché en décembre 2012, ce qui avait conduit la coopérative de pêche locale à suspendre la commercialisation de cette espèce. Le port de Chôshi est à 200 km de la centrale de Fukushima daï-ichi.

Mercredi 6 mars, les aliments qui viennent de Fukushima se vendent toujours difficilement, près d’un an après l’introduction de normes plus strictes. Certains agriculteurs disent même que cela s’est aggravé car il y a moins d’achats de soutien et les autres sont toujours aussi méfiants. L’un a raconté au Maïnichi

qu’un grossiste a essayé de diviser par deux ses prix en lui suggérant d’obtenir une compensation de TEPCo pour l’autre moitié, alors qu’aucune contamination n’a jamais été trouvée dans sa production. Les prix des produits agricoles de Fukushima sont toujours plus bas qu’avant la catastrophe.

La dernière liste des aliments interdits à la vente est ici en anglais. Le récapitulatif est ici en anglais.

Dimanche 10 mars, le gouvernement a autorisé la culture du riz presque partout à partir de cette année à la condition que tous les sacs de riz soient contrôlés. Mais plusieurs municipalités de Fukushima ont décidé de ne pas semer. Le ministère de l’agriculture a autorisé la culture de 2 000 hectares de rizières cette année, même dans des zones évacuées. 10 municipalités sont concernées. Mais moins de 430 hectares dans 5 municipalités seront semés cette année. Les arguments avancés pour refuser les semis sont la « décontamination » en cours ou d’autres craignent la réaction des consommateurs.

En 2012, toute la moisson a été contrôlée et 71 sacs dépassaient la limite de 100 Bq/kg.

Fukushima, Daté, Nihonmatsu, Sôma et Tamura vont reprendre la culture du riz cette année. Minami-Sôma, Ôkuma , Naraha, Kawauchi et Iitaté ont décidé de ne pas reprendre dans les zones contaminées cette année.

Les premières limites radiologiques pour les produits alimentaires et l’eau de boisson fixées par le gouvernement japonais sont disponibles ici.

Ces limites ont été revues à la baisse depuis.

-> Des résultats gouvernementaux de surveillance de l’alimentation sont ici.

-> Résultats de mesures effectuées par la province de Fukushima sur l’alimentation (en japonais)

-> Notice de la FAO sur la contamination des aliments en cas d’accident nucléaire (en anglais)

-> Des nombreuses données sur la contamination de l’alimentation sont disponibles ici en japonais.


Contamination de la mer

Mars 2012

Vendredi 9 mars 2012, le ministère de l’agriculture et de la pêche a mis en ligne les résultats en anglais de sa surveillance des ressources halieutiques. Premier tableau et deuxième tableau. Il y a toujours des poissons contaminés à des taux élevés, même s’ils sont moins nombreux.Mardi 13 mars 2012, TEPCo a rendu publiques des photos des opérations de bétonnage des fonds marins devant la centrale. C’est ici en anglais.Jeudi 15 mars, le MRI (Meteorological Research Institute) a mis en ligne des résultats de la contamination en césium des eaux du Pacifique Nord en avril-mai 2011.

Loin du Japon, cette contamination est due aux retombées atmosphériques. C’est ici en anglais.Vendredi 16 mars, le MEXT a mis en ligne des résultats de la surveillance de la mer qui montre une contamination avec d’autres éléments que les classiques césium et parfois strontium. Le manganèse, l’argent, l’antimoine et le cobalt sont aussi mentionnés.

Les sédiments marins sont ici. L’eau de mer est ici et ici.

 

Dimanche 18 mars, une étude américano-japonaise a mesuré le césium dans le plancton au large de Fukushima. Avant la catastrophe, il y avait entre 0,1 et 0,4 Bq de césium 137 par kilo de plancton sec. Cette fois-ci, ils ont mesuré entre 56,4 et 0,3 Bq/kg pour les deux césiums. La présence de césium 134 signe l’impact de Fukushima. La concentration diminue quand on s’éloigne de la centrale, la valeur la plus faible étant mesurée à 600

km. Cette contamination peut s’accumuler et s’amplifier dans la chaîne alimentaire.

 

Lundi 19 mars, nouvelle publication du MEXT sur la contamination des sédiments marins en faisant apparâitre la présence de plutonium et d’américium.Jeudi 22 mars, des prélèvements d’animaux vivant dans les fonds marins au large d’Iwaki, à une dizaine de km ont montré une contamination élevée :

– 854 Bq/kg chez les echinocardium cordatum, ou souris de mer, une sorte d’oursin, en juillet 2011 et 582 en octobre.

– 471 Bq/kg chez des vers de mer en juillet 2011 et 328 en octobre.

Des poissons vivant dans les fonds marins, comme les soles, plies, limandes… se nourrissent de ces vers.Par ailleurs, le MEXT a publié une carte précise de la pollution en césium de l’eau de mer sur de grandes distances avec des limites de

détection assez basses. C’est ici en anglais et japonais. Il y a des endoits où c’est légèrement à la baisse et d’autres où cela augmente.

Il y aussi publié des données montrant la présence de strontium dans l’eau près de la centrale. C’est ici en anglais et japonais.Mardi 27 mars, alors que la contamination de l’eau de mer baisse avec le temps, celle des poissons ne baisse pas. Les plus contaminés sont ceux qui vivent dans les fonds marins. Nombre d’entre eux ont des contaminations qui dépassent les limites de mise sur le marché. Un shiromebaru avait encore 1 920 becquerels de césium par kilo cette année. Cette contamination les espèces vivant dans les fonds marins affecte certaines espèces vivant plus près de la surface via la chaîne alimentaire.

Il n’est pas possible de décontaminer les fonds marins. Il ne reste qu’à attendre que la contamination diminue par d’elle-même. Cela peut prendre des années, ce qui signifie une surveillance des ressources halieutiques et pas de pêche commerciale avant longtemps. Le lessivage des sols par les eaux de pluie entraîne même une contamination des fonds marins à proximité des embouchures comme c’est le cas actuellement dans la baie de Tôkyô.Mercredi 28 mars, TEPCo va commencer à contrôler les poissons et autres animaux marins dans la zone des 20 km. Le pêche y est interdite et seules les prises pêchées au-delà ont été testées.Vendredi 30 mars, la compagnie a mis en ligne des photos et une vidéo de 9 minutes sur cette pêche. Il ne devait rien avoir de plus intéressant et pertinent à montrer ce jour là…

Elle a aussi publié les résultats de ces mesures supplémentaires sur des sédiments suite à la fuite qui a eu lieu récemment. C’est ici en anglais.

Evidemment, cette fuite ne peut pas contaminer instantanément les sédiments jusqu’à 20 km. Ces mesures si éloignées sont sans intérêt pour détecter l’impact de cette fuite, mais permettre de mieux comprendre la gravité de la contamination locale.

Le MEXT, quant à lui, donne des résultats sur l’eau de mer à proximité de la fuite, ici en anglais.

Avril – Mai 2012

Mardi 3 avril, un article scientifique paru dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States, basé sur des mesures sur l’eau de mer en juin 2011, confirme que les courants marins locaux (Kuroshio et Oyashio) ont entraîné une dispersion rapide de la contamination. Ailleurs, un rejet similaire aurait entraîné une contamination locale plus forte et plus persistente. Dans le cas d’une mer fermée comme la méditerrannée, cela aurait été une catastrophe beaucoup plus grave. Cette étude montre aussi que le plancton est durablement contaminé et que cela peut affecter toute la chaîne alimentaire marine. La plus forte contamination en césium dans le plancton a été détectée à 300 km de la centrale : 100 Bq/kg sec.Jeudi 5 avril, TEPCo a trouvé une nouvelle fuite ayant pu entraîner un rejet en mer d’eau fortement

contaminée en strontium (jusqu’à 100 millions de becquerels par litre).

La fuite a été découverte à 1h05.

L’installation a été arrêtée 5 min plus tard et une valve fermée après 35 min. Mais la fuite a continué jusqu’à 2h20. Elle est due à un tuyau déconnecté.

Le communiqué de TEPCo est ici en anglais. Une photo du tuyau fautif ici.Vendredi 6 avril, TEPCo, a, sans rire, estimé à 150 ml le volume d’eau qui a fui dans la mer lors de la fuite de la veille. La compagnie pense que les 12 tonnes d’eau, qui ne sont plus dans la tranchée, ont dû être absorbées par le sol.

 

Lundi 9 avril, TEPCo a trouvé la parade pour éviter de nouvelles fuites : des sacs de sable ! Voir ses photos en anglais. KEPCo a-t-elle aussi fait des stocks de sacs de sable pour sa centrale d’Ôi ?Vendredi 13 avril, de nouveaux résultats de la contamination des sédiments marins dans un rayon de 20 km de la centrale sont disponibles. Cela

monte à 2 260 Bq/kg pour le césium.Vendredi 20 avril, TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons collectés à quelques kilomètres de la centrale. Les résultats sont très contrastés, comme toujours avec les poissons qui se déplacent, mais certains sont très contaminés plus d’un an après la fuite et ce, malgré la forte dilution due au courants marins locaux.

 

Lundi 23 avril, publication par le MEXT de résultats d’analyse de plutonium dans les sédiments marins devant la centrale nucléaire de

Fukushima daï-ichi.Mardi 24 avril, TEPCo a annoncé le début des travaux de la barrière souterraine située entre les

réacteurs 1 à 4 et la mer qui doit empêcher l’eau contaminée de rejoindre l’océan. Elle a obtenu l’accord des autorités locales le 10 avril. Une présentation du projet est ici en anglais. Les travaux devraient se terminer en 2014.Mardi 1er mai, le MEXT a mis en ligne des résultats de mesure sur des sédiments prélevés à moins de 20 km de la centrale. C’est toujours très contaminé plus d’un an après le colmatage de la fuite.Mercredi 9 mai, les pêcheurs de Fukushima envisagent de reprendre partiellement le travail à partir de juin. Ils vont pêcher les espèces les moins contaminées.La contamination en césium des sédiments marins de la baie de Tôkyô continue à augmenter suite aux apports par les fleuves. Comme la baie est presque fermée, le césium n’est pas entraîné au large.

L’augmentation est de 70% par rapport à l’été 2011 selon Hideo Yamazaki, de l’université du Kinki, qui fait des mesures régulières.

Selon lui, cette contamination concerne surtout les sédiments qui sont sous 10 cm de boue. Il a mesuré jusqu’à 27 200 Bq/m2. Il serait intéressant de contrôler la faune benthique.

 

Lundi 14 mai, le MEXT publie de nouvelles données sur la contamination des sédiments marins dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Les données sont de TEPCo.

 

Lundi 21 mai, le MEXT publie des résultats précis sur la contamination de l’eau de mer dans la zone des 20 km autour de la centrale.Mardi 22 mai, le MEXT publie une analyse d’eau de mer dans la baie de Tôkyô qui montre une contamination due à la catastrophe de Fukushima. Il publie aussi des analyses sur les sédiments marins prélevés dans un rayon de 20 km autour de la centrale.Jeudi 24 mai, nouveaux résultats sur des sédiments marins dans la zone des 20 km qui montrent une contamination en césium qui atteint 1 700 Bq/kg près de la centrale.

 

Mardi 29 mai, nouveaux résultats diffusés par le MEXT sur la contamination des sédiments marins dans la zone des 20 km. Les valeurs continuent à être très élevées.

Selon une étude américaine publiée ce jour, les 15 thons pêchés au large de la Californie en août 2011 avaient un contamination en césium 137 et 134

liée à l’accident de Fukushima. La concentration est de l’ordre de la dizaine de becquerels par kilo.

Par ailleurs, de nouvelles données sur les poissons pêchés au large des côtes japonaises ont été rendues publiques.

Les pêcheurs de Fukushima ont décidé de reprendre la pêche de façon expérimentale en juin. Si la contamination de leur prises est dans les normes, ils comptent reprendre leur activité commerciale en septembre prochain.Jeudi 31 mai, le MEXT publie des données précises sur la contamination de l’eau de mer

dans la zone des 20 km. Il y a les césium, le tritium, les plutonium, le alpha glabal et bêta global.

Juin – Juillet 2012

Vendredi 1er juin, nouvelles données du MEXT sur la contamination des sédiments dans la zone des 20 km et de l’eau de mer.Mercredi 6 juin, le MEXT a mis en ligne quelques données sur le strontium dans les sédiments marins au large de la centrale de Fukushima.Samedi 9 juin, la saison des pluies a débuté au Japon. Cela va entraîner un lessivage des sols et des rejets en mer. Le niveau de l’eau dans les sous-sols des réacteurs inondés et aussi à surveiller de près.

 

Lundi 11 juin, le MEXT a mis en ligne des résultats de mesure complète, incluant le strontium et le plutonium, sur l’eau de mer prélevée à moins de 20 km de la centrale.Mercredi 13 juin, l’eau de mer

continue à être contaminée en césium au large de Fukushima, comme le montrent les dernières données publiées par le MEXT.Mercredi 20 juin, une morue du Pacifique (マダラ, Gadus macrocephalus) avec 117 Bq/kg en césium a été pêchée au large de Hachinohé (province d’Aomori), soit à plus de 300 km de la centrale de Fukushima.Vendredi 22 juin, les données publiées par le MEXT montrent que les sédiments marins sont toujours fortement contaminés dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Quant aux données sur l’eau de mer prélevée les 26 mars et 5 avril 2012 suite à une fuite, elles montrent une contamination conséquente de l’eau de mer en strontium.Jeudi 28 juin, le MEXT a mis en

ligne des résultats sur l’eau de mer dans la zone de 20 km qui incluent le plutonium, ainsi que des sédiments. Tout reste contaminé.Mardi 10 juillet, les sédiments marins continuent à être contaminés en césium sur de grandes distances au large de Fukushima. Les dernières données du MEXT sont ici. En certains endroits, la tendance est à la hausse.

Il y a aussi des données sur l’eau de mer dans un rayon de 20 km ici.Mercredi 11 juillet, les pêcheurs d’Iwaki ont repris la mer pour pêcher… des débris. Les

poissons sont toujours contaminés et donc invendables. Le président de la coopérative de pêche, ne se fait pas trop d’illusion. Même si les poissons passent sous la limite, personne ne les achètera. Il ne croit pas à une activité viable avant longtemps. Et de citer le cas de Minamata (où une pollution au mercure a fait d’énormes dégâts) : même si les autorités de la province de Kumamoto ont déclaré les poissons sains en 1997, le poisson ne se vend toujours pas.

Ils vivent donc les indemnités de TEPCo (80% de ce qu’ils auraient gagné pendant une bonne saison de pêche) et du ramassage des débris.

 

Vendredi 13 juillet,

publication par l’IRSN d’une note sur la contamination de la mer au Japon.

 

Lundi 16 juillet, jour de la mer au Japon, la plage de Nakoso à Iwaki, située à 65 km de la centrale accidentée,

vient d’ouvrir à la baignade. C’est la permière et seule plage à ouvrir depuis le 11 mars 2011 dans la province de Fukushima.Mardi 17 juillet, le MEXT a, pour la première fois, mis en ligne des résultats de mesure de la radioactivité des sédiments marins

exprimés par kilogramme de matière sèche. Cela explique les valeurs élevées : jusqu’à 3 000 Bq/kg à une vingtaine de km des réacteurs.Mardi 31 juillet, le MEXT publie un bilan de la contamination de l’eau de mer avec son évolution. Il y a des zones où elle augmente.

Août – Octobre 2012

Vendredi 3 août, le MEXT publie (pour la première fois ?) des données sur la contamination de la baie de Tôkyô. Les sédiments sont largement contaminés jusqu’à 127 Bq/kg à cause de l’apport des rivières. La limite de détection, de 10 Bq/kg par césium, est trop élevée. Avec 1 Bq/L, elle est aussi trop élevée pour l’eau de mer.Mardi 21 août, TEPCo a mis en ligne les résultats de sa surveillance des ressources halieutiques de la zone des 20 km : tous les poissons contrôles sont contaminés, certains fortement. La plus forte contamination concerne un ‘ainamé’ (アイナメ) pêché le 1er août dernier au large de la rivière Ôta (太田) avec 25 800 Bq/kg pour le seul

césium. Il n’est pas mentionné si d’autres éléments étaient présents.

La contamination de l’eau dans la même zone est donnée sur le site Internet du MEXT.Mardi 28 août, nouvelles données sur la contamination de l’eau dans la baie de Tôkyô.Le gouvernement a suspendu la vente de la morue du Pacifique pêchée à depuis le port de Hachinohé dans la province d’Aomori. Par deux fois, de la morue avec plus de 100 Bq de césium par kilo de poisson a été

détectée à plus de 400 km de la centrale accidentée (116 Bq/kg en juin et 133 Bq/kg le 9 août). C’est la première fois que le gouvernement interdit la vente d’un produit alimentaire d’Aomori. Dans la plupart des autres tests effectués (23 sur 26), la contamination était inférieure à 50 Bq/kg.

Les autorités portuaires avaient suspendu par elles-mêmes la vente de la morue en juin, lorsque le premier poisson contaminé avait été découvert. Elles ont repris la vente un mois plus tard car les autres poissons étaient sous la limite.

A Miyagi, la pêche à la morue est suspendue depuis mai dernier.

La morue est un ingrédient très prisé pour le ‘nabé’ en hiver (plat traditionnel qui pourrait correspondre à la fondue ou au ragout). La pêche à la morue a généré 1,4 milliards de yens (14 millions d’euros) à Aomori l’an dernier.

Ce n’est pas le seul poisson contaminé pêché loin de la centrale : en juillet dernier, une dorade grise avec 3 300 Bq/kg avait été pêchée dans la baie de Sendaï, au large de Higashi-Matsushima. La contamination de l’eau dans cette zone est ici par exemple et ne permet pas d’expliquer la valeur élevée trouvée dans la dorade.

La raison de la contamination de ces poissons n’est pas bien comprise et les autorités de tous les pays sont très démunies face à la pollution marine. La

chaîne alimentaire est pointée du doigt, mais n’est pas prise en compte dans les modèles qui ne peuvent pas prédire de telles prises.

Vendredi 31 août, le MEXT a mis en ligne des résultats de mesure sur les sédiments marins dans la zone des 20 km. Cela continue à être très contaminé. La plus forte valeur est de 4 600 Bq de césium par kilo sec.Lundi 10 septembre, les pêcheurs de Fukushima ont étendu leurs prises à 10 espèces marines. Pour le moment, seulement les poulpes et coquillages sont commercialisés.Mardi 11 septembre, on trouve le même niveau de contamination de l’eau de mer dans la baie de Tôkyô que dans la zone des 20 km autour de la centrale, selon les derniers résultats mis en ligne par le MEXT. Dans la baie de Tôkyô, cela vient du lessivage des sols et du transport par les rivières. Dans la province Niigata, à l’embouchure du fleuve Shinanogawa, il a été détecté 460 Bq de césium par kilo de

sédiments secs. C’est du même niveau qu’à l’embouchure des fleuves de la baie de Tôkyô.

Samedi 29 septembre, une partie des données de surveillance de l’environnement publiées par le MEXT, qui est le ministère des sciences et technologies, sont maintenant publiées par la nouvelle autorité de sûreté, la NRA. C’est le cas en particulier des données de l’environnement marin ou des

balises de surveillance. La liste des données disponibles est uniquement en

japonais maintenant.

Les dernières données sur l’eau dans la zone des 20 km sont ici en deux langues et celles sur les sédiments sont ici. D’autres données sur l’eau de mer sont ici Les données terrestres sont toujours ici en

anglais, publiées par le MEXT.Vendredi 5 octobre, le MEXT a mis en ligne une carte avec la contamination de l’eau de mer au large de la centrale, jusqu’à 200 km environ. Il y a aussi des graphes avec l’évolution de la contamination en plusieurs points : cela baisse très peu, voire pas du tout. Il y a même des points où la contamination augmente.

Lundi 8 octobre, nouveaux résultats d’analyse sur des poissons par Greenpeace Japon.

Aucune contamination n’est détectée sur des poissons pêchés au large de Chiba (la limite de détection est de l’ordre de 3 Bq/kg).Jeudi 11 octobre, nouvelles données sur la contamination des sédiments marins au large de la centrale, dans la zone des 20 km.

Lundi 22 octobre, données de TEPCo sur la contamination des

poissons pêchés dans un rayon de 20 km autour de la centrale : ils sont ous contaminés, parfois jusqu’à 1 430 Bq/kg. (anglaisjaponais)Vendredi 26 octobre, nous avions déjà parlé des poissons de Fukushima qui ne respectent

même plus les prévisions des modèles de dispersion concentration de la pollution radioactive : même dans des eaux très peu contaminées, on trouve des poissons fortement contaminés. Cela vient de la forte contamination des sédiments et de la faune benthique (qui vit au fond), qui remonte dans les poissons via la chaîne alimentaire. Sont surtout concernés, les poissons qui vivent au fond de l’eau.

Une publication scientifique (en accès payant, malheureusement) va dans le même sens. Elle mentionne aussi la possibilité de fuites en continu de la centrale vers la mer.

Plus d’un et demi après la les rejets massifs en mer, la pêche est encore interdite pour 36 espèces de poissons. 40% des prises de poissons

démersaux (vivant près du fond sans pour autant y vivre de façon permanente) au large de la centrale ont une contamination plus élevée que la limite de

100 Bq/kg. Cela pourrait durer encore plusieurs décennies, étant donnée la demi-vie de 30 ans du césium 137. (Merci au lecteur qui a eu la gentillesse de nous faire parvenir cette étude).

Les données du ministère de la pêche et de l’agriculture sur les poissons sont ici en anglais.En recherche fondamentale, de nombreux chercheurs se font un devoir

de mettre une version de leurs articles en libre accès sur des serveurs dédiés, car les tarifs des éditeurs sont excessifs. Voir par exemple http://hal.archives-ouvertes.fr/ pour le CNRS. Ces copies en libre accès sont en plus référencées dans http://scholar.google.fr.

Une université holandaise a même fait une vidéo humoristique en anglais pour promouvoir le libre accès. Malheureusement, cette pratique ne semble être entrée dans les moeurs partout : des organismes publics, comme l’IRSN, dont les articles intéressent plus le grand public que ceux de recherche fondamentale, ne pratiquent pas le libre accès. Ce n’est pas normal.

Jeudi 1er novembre, le MEXT publie une carte de la contamination de l’eau de mer sur de grandes distances. Les valeurs diminuent, mais les poissons continuent à être contaminés, comme mentionné auparavant.

Jeudi 8 novembre, nouvelles données officielles sur la contamination des sédiments marins au Nord-Est du Japon.

Mardi 13 novembre, la forte contamination persistante des poissons démersaux (qui vivent au fond) au large de la centrale de Fukushima, bien que l’eau dans laquelle ils nagent ne soient pas très contaminée, va faire l’objet d’études. Le ministère de l’agriculture, de la pêche et de la forêt va y consacrer 190 millions de yens (1,9 million d’euros). Si le fait que la contamination vient de la chaîne alimentaire constituée de vers et

autres animaux de vase très contaminés, les autorités veulent savoir comment cela va évoluer et combien de temps cela va durer. C’est toute l’industrie de la pêche locale qui est menacée en cas de persistence du problème.

Vendredi 16 novembre, Greenpeace a mis en ligne des résultats d’analyse sur des poissons pêchés au large de Chiba. Tout est sous la limite de détection qui est de l’ordre de 3 Bq/kg pour la somme des deux césiums. C’est ici en japonais.

Le MEXT a mis en ligne des données sur la contamination des sédiments marins. C’est ici et ici.

Mercredi 21 novembre, le MEXT a mis de nouvelles données en ligne concernant la contamination de la baie de Tôkyô : eau et sédiments.

Même si le document ne le montre pas directement, une comparaison avec des données antérieures montre que la contamination gagne du terrain à partir de l’embouchure des rivières.

Samedi 1er décembre, presque 336 heures supplémentaires d’enregistrements des visio-conférences entre le 16 et le 23 mars 2011, puis entre le 30 mars et le 6 avril, ont été montrés à la presse. Une sélection a été mise en ligne sur le site de TEPCo.

La presse revient sur la fuite massive en mer. Le directeur de la centrale a réclamé l’installation de caméra vidéo dans les bâtiments turbine des réacteurs 1 à 4 pour surveiller le niveau d’eau accumulée dans les sous-sols. 100 000 tonnes ou m3 avaient été versés pour refroidir les réacteurs. Le 27 mars, de l’eau très contaminée avait été découverte dans une fosse et il ne manquait qu’une douzaine de cm pour que cela déborde et aille vers la mer. Le 30 mars, on voit le directeur de la centrale supplier le quartier général à Tôkyô pour qu’il réagisse. Et la réponse de Tôkyô fut « on en reparle demain ». Les caméras n’ont finalement pas été installées avant la découverte d’une fuite dans la mer, le 2 avril à 11h. Il y avait 1 Sv/h à la surface de l’eau. La fuite sera finalement colmatée le 6 avril et TEPCo a estimé que 520 tonnes ou m3 ont fui en mer.

Lundi 3 décembre, la NRA a mis en ligne des données sur la contamination des sédiments marins dans la zone des 20 km et au-delà.

Quand on va vers le sud, il y a des points où les sédiments sont très contaminés. Ce serait dû aux courants côtiers locaux qui vont vers le sud.

Elle a aussi mis en ligne des données sur l’eau de mer dans la zone des 20 km qui montrent une contamination significative le long de la côte. Cela continuerait donc à fuir vers la mer ?

Mardi 4 décembre, TEPCo envisage de mettre un filet en mer de 2 km environ devant sa centrale accidentée pour éviter que les poissons contaminés ne s’échappent. Elle a encore mesuré jusqu’à 15 500 Bq/kg chez un congre pêché dans le port de la centrale. Elle veut aussi draguer les boues du port.

Cette mesure avait déjà été appliquée à Minamata en 1974 suite à la contamination au mercure. Le filet faisait 4,4 km et a été enlevé en 1997 quand la baie a été déclarée « saine ». Les pêcheurs poussent TEPCo à faire de même, mais le césium ne se comporte pas comme le mercure, un métal lourd, et se déplace plus facilement.

Mercredi 5 décembre, nouvelles données mises en ligne par la NRA sur la contamination de l’eau de mer dans la zone des 20 km qui montrent toujours une contamination plus élevée près de la côte à proximité de la centrale et qui pourrait être due à des fuites via des infiltrations dans le sol.

Vendredi 7 décembre, Greenpeace Japon a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons prélevés en supermarché.

Si la plupart des échantillons ont une contamination inférieure à la limite de détection, quelques spécimens sont contaminés. C’est le cas d’une morue du Pacifique (マダラ) pêchée à Hokkaïdô et achetée à Yokohama : 78 Bq/kg. On n’est pas très loin de la limite de 100 Bq/kg. Une autre morue pêchée à Iwaté et achetée à Fukushima avait 7,5 Bq/kg. Un bar (スズキ) pêché à Chiba et acheté à Yokohama avait une contamination de 14,1 Bq/kg.

Le MEXT vient de publié une nouvelle carte de la contamination de l’eau de mer qui montre que la contamination de l’eau est très faible dans les zones de pêche. Cela n’empêche pas certains poisson de se contaminer via la chaine alimentaire car les sédiments sont très contaminés. A proximité de la centrale de Fukushima, l’eau de mer est toujours beaucoup plus contaminée, comme on peut le voir sur cette nouvelle série de données de la NRA qui ne fait que confirmer les précédentes.

Vendredi 14 décembre, le MEXT a mis en ligne des résultats de mesure sur l’eau de mer à de grandes distances de la centrale de Fukushima qui font apparaître une contamination faible mais toujours présente.

Jeudi 20 décembre, les dernières données mises en ligne par la NRA continuent de mettre en évidence une contamination de l’eau de mer beaucoup plus élevée près de la côte à proximité de la centrale de Fukushima daï-ichi qu’un peu plus loin au large. Ce fuirait donc continuellement.

Vendredi 21 décembre, les dernières données mises en ligne sur le site du MEXT montrent que la contamination de l’eau de mer persiste sur de grandes distances.

 

Jeudi 27 décembre, nouvelles données sur la contamination des sédiments marins au large de la centrale. C’est toujours très contaminé.

Jeudi 10 janvier, les mesures sur l’eau de mer, mises en ligne sur le site de la NRA, au large de Miyagi, mettent en évidence une contamination qui perdure.

Vendredi 18 janvier, TEPCo a annoncé avoir pêché un poisson (sébaste, ムラソイ) avec une contamination record en césium de 254 000 Bq/kg dans le port de la centrale de Fukushima daï-ichi. La compagnie a rappelé sa volonté d’installer des filets pour éviter que les poissons très contaminés n’aillent au large, comme cela avait été fait pendant de longues années à Minamata.

Les données sont ici en japonais. Il y a d’autres poissons très contaminés. Une autre sébaste à 140 000 Bq/kg, etc…

Lundi 21 janvier, encore des mesures sur l’eau de merqui montrent une contamination près de la côte, à proximité de la centrale, beaucoup plus élevée qu’à quelques kilomètres au large. Les apports en césium continuent.

Vendredi 25 janvier, le problème de l’eau de refroidissement des réacteurs nucléaires, qui se contamine au contact avec les combustibles fondu, est un problème majeur pour TEPCo, car de l’eau souterraine s’infiltre et les stocks s’accumulent. TEPCo ne sait plus où la mettre. Il y a des cuves partout et il n’y a bientôt plus de place sur le site de la centrale.

Il y a actuellement une décontamination très partielle, qui se limite essentiellement au césium. TEPCo avait promis une nouvelle unité de traitement des eaux qui devait retirer 60 éléments différents pour septembre 2012 afin de rejeter l’eau traitée en mer.

Mais la compagnie doit obtenir des autorisations de rejet spécifiques pour cela et les pouvoirs locaux vont s’y opposer. D’autant plus que l’on ne sait rien des performances de la station de traitement envisagée et encore moins pour la station réelle. Le tritium, par exemple, qui est de l’hydrogène radioactif, ne peut pas être retiré.

Pour faire face à ce problème, TEPCo envisage de diluer les effluents avant des les rejeter… Mais cela ne changera rien à la quantité totale rejetée !

En attendant, les sédiments marins restent très contaminés sur des centaines de kilomètres. Dans la Baie de Tôkyô, il n’y a qu’un point, ce qui est peu pour conclure, mais la tendance est à la hausse.

Lundi 28 janvier, l’eau de mer à proximité de la centrale est toujours beaucoup plus contaminée qu’au large.

Mercredi 6 février, les dernières données sur la contamination de l’eau de mer continuent à montrer que l’eau est contaminée sur des centaines de kilomètres, jusqu’à Miyagi et que la concentration est plus forte quand on s’approche de la côte et de la centrale.

Mardi 12 février, la NRA a publié des résultats d’analyse du plutonium dans l’eau de mer

à proximité de la centrale de Fukushima daï-ichi. C’est TEPCo qui fait les mesures. Il y a bien du plutonium en faible quantité à proximité des réacteurs accidentés. Plus au large, c’est sous la limite de détection. Cela n’empêche par TEPCo de conclure qu’il n’est pas certain que ce soit dû à l’accident.

Lundi 18 février, un loup de mer a été pêché à une dizaine de kilomètres au large de Chôshi, dans la province de Chiba, avec 130 Bq/kg, ce qui est plus que la limite de 100 Bq/kg pour les adultes. C’est la première fois qu’un poisson dépasse la limite à Chiba. Un autre loup de mer avec 60 Bq/kg avait été pêché en décembre 2012, ce qui avait conduit la coopérative de pêche locale à suspendre la commercialisation de cette espèce. Le port de Chôshi est à 200 km de la centrale de Fukushima daï-ichi.

Jeudi 21 février, les sédiments marins prélevés autour de la centrale de Fukushima daï-ichi continuent à être fortement contaminés. Les dernières données publiées sont ici et ici.

Jeudi 28 février, les sédiments marins continuent d’être très contaminés sur des centaines de kilomètres. Il y a aussi du strontium quand il est analysé. Quant à l’eau de mer dans la zone des 20 km, elle est toujours plus contaminée à proximité de la centrale, suggérant des fuites continuent.

Nouveau record battu pour un poisson pêché le 17 février devant le port de la centrale de Fukushima daï-ichi : 510 000 Bq par kilogramme.

Il s’agit d’un aïnamé. Ce n’est pas le seul spécimen à être contaminé à plus de 100 000 Bq/kg. Voir la liste en japonais et en anglais. Des statistiques sur toutes les mesures sur des poissons depuis octobre 2012 sont aussi disponibles en anglais. Enfin une analyse des résultats est aussi disponible en anglais.

Pour rappel, la limite est 100 Bq/kg pour la nourriture des adultes. TEPCo a mis un filet autour du port pour empêcher les poissons de partir.

Vendredi 1er mars, TEPCo donne quelques résultats sur la mesure du tritium (hydrogène radioactif) dans l’eau de mer. Elle commence par tout un laius sur l’origine de ce radioélément, de sa faible toxicité etc etc… pour finir avec des concentrations plus faibles que ce que l’ACRO mesure régulièrement dans la Manche du fait des rejets de l’usine Areva La Hague. La compagnie ne serait-elle pas en train de préparer psychologiquement les Japonais aux rejets massifs de l’eau contaminée dont elle ne sait plus que faire ? En effet, son unité de traitement de ces eaux est en cours de test et elle ne retire par le tritium…

Mercredi 6 mars, TEPCo relance l’idée de rejeter en mer l’eau qui s’accumule car elle ne sait plus où mettre les cuves de stockage. Bien entendu, elle prétend purifier l’eau avant, mais elle n’a pas encore mené les tests de sa nouvelle station. Personne ne connaît l’efficacité du processus, ni la contamination résiduelle de l’eau à rejeter. Comme nous l’avons déjà signalé, le tritium ne sera pas retiré : la contamination moyenne actuelle de l’eau est de 1,3 million de becquerels par litre et TEPCo n’est pas autorisée à rejeter une eau contaminée à plus de 60 000 Bq/L.

L’eau contaminée accumulée est un des gros problèmes de la centrale car personne ne sait combien de temps les cuves peuvent tenir alors que l’eau restera radioactive pendant des milliers d’années. On ne sait pas gérer les déchets solides et encore moins les déchets liquides.

Les derniers chiffres officiels sont ici en anglais.

Il est question de 76 000 m3 dans les sous-sols des réacteurs 1 à 4. Il y a 40 000 autres mètres cubes ailleurs. A cela s’ajoute l’eau des cuves avec plus de 260 000 m3. Rappelons que le stock augmente de 400 m3 par jour. TEPCo veut atteindre une capacité de stockage de 700 000 m3 d’ici 2015, mais ne sait pas encore où elle va mettre les cuves.

Evidemment, les pêcheurs sont opposés aux rejets alors que la mer reste très contaminée. Les derniers résultats mis en ligne donnent valeur de 13 Bq/L de tritium dans l’eau de mer devant la centrale. C’est la signature que les fuites continuent. La concentration en césium dans l’eau de mer est aussi plus élevée à proximité de la centrale.

Vendredi 8 mars, le MEXT a mis en ligne des résultats d’analyse de la radioactivité de l’eau de mer sur de grandes distances. En certains points, une mesure de la contamination en strontium, très radiotoxique, a aussi faite.

Résultats de mai 2012, août 2012 et novembre 2012. On peut noter une baisse de la contamination, qui est cependant très lente.

->Les mesures disponibles concernent surtout l’eau de mer. Pour les êtres vivant dans la mer, il faut multiplier ces valeurs par un facteur de concentration. Quelques valeurs de facteurs de concentration sont données ici.

Ce modèle basé sur la concentration directement via l’eau de mer ne marche pas bien qu’il soit utilisé partout. Une partie des poissons est contaminée via la chaine alimentaire à partir des sédiments marins.

-> Les limites radiologiques pour les produits alimentaires et l’eau de boisson fixées par le gouvernement japonais sont disponibles ici.

-> Les données de mesure officielles du MEXT sont ici et ici en anglais.

-> Simulation de la dispersion de la pollution radioactive dans le Pacifique par JAMSTEC : ici en anglais.


Impact sur la faune et la flore

Vendredi 23 mars 2012, un nid d’hirondelles, avec une contamination en césium de 1,4 million de becquerels par kilo, a été trouvé à Okuma dans la province de Fukushima. Ces nids sont faits avec de la boue et végétaux.

Lundi 14 mai, une contamination élevée a été détectée chez les rats des environs de la centrale de Fukushima : 3 100 Bq/kg en césium à Kawauchi, à 30 km de la centrale, ou 790 Bq/kg à Kita-Ibaraki, à 70 km.

Jeudi 12 juillet, même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur l’impact de la pollution radioactive à Fukushima, une première étude montre une baisse du nombre d’oiseaux et de certains insectes (papillons, cigales) dans les zones les plus contaminées. Le nombre de bourdons, libellules et sauterelles ne semble pas affecté pour le moment et le nombre d’araignées est en hausse. Un des auteurs prédit que ces espèces vont aussi diminuer dans l’avenir, comme cela a été le cas autour de Tchernobyl (il n’y a pas de cigales à Tchernobyl).

Les populations animales des petits mammifères, reptiles et amphibiens ont aussi fortement diminué dans les zones très contaminées de Tchernobyl : en certain lieu peu contaminés de la zone interdite, il y a eu une augmentation, mais dans les zones très contaminées, la baisse est flagrante. Il est donc faux, s’insurge un des auteurs, de qualifier la zone interdite de réserve naturelle.

Samedi 11 août, une étude parue dans la revue scientifique Nature montre que les papillons ont subi des dommages physiologiques et génétiques dus aux retombées radioactives. Les spécimens prélevés en mai 2011 montraient des anomalies légères. Ceux prélevés en septembre 2011, des anomalies sévères.

Des papillons témoins en provenance d’une région non contaminée ont été exposés à de faibles doses d’irradiation et de contamination. Les mêmes anomalies sont apparues. Les auteurs en concluent que c’est bien la radioactivité qui en est à l’origine.

Cette étude est très controversée et critiquée sur la blogosphère.

D’autres études sur ces mêmes papillons auraient mis en évidence des effets similaires lors du déplacement des papillons vers des régions au climat moins chaud.

Jeudi 4 octobre, les études sur la faune et la flore des zones contaminées de Fukushima sont nombreuses. Il faut dire que l’on ne connait pas grand chose sur l’impact de la radioactivité sur les écosystèmes. Les macaques japonais capturés à Fukushima avaient entre 10 000 et 25 000 Bq/kg de césium dans le corps peu de temps après le déclenchement de la catastrophe. Puis, leur contamination a baissé 500 – 1 500 Bq/kg en juin 2011 pour remonter à plus de 2 000 Bq/kg de l’hiver au printemps.

Comme ils sont proches de l’homme, étudier l’impact des radiations est utile. Il faudrait les suivre pendant une vingtaine d’années.

Quelles espèces choisir ? Quel effet regarder ? Comment savoir si c’est dû aux radiations ou non ? Les difficultés sont nombreuses pour ce genre d’études.

La CIPR a désigné 12 espèces prioritaires. Parmi elles, il y a les grenouilles, truites, abeilles, crabes, vers de terre, pins et les herbes sauvages.

Lundi 8 octobre (férié au Japon), l’IRSN a mis en ligne une note relative à la publication relative aux papillons de Fukushima qui ont muté rapidement et qui a fait beaucoup de bruits dans les médias.

Jeudi 15 novembre, une grande partie des forêts japonaises est constituée d’arbres qui restent verts toute l’année, comme des cyprès ou des cèdres. Ils mettent plusieurs années à renouveler leurs aiguilles et une partie du césium est encore stockée dans les arbres. Il ne sert à rien d’essayer de décontaminer les sols forrestiers maintenant, cela va se recontaminer. De plus, si l’on retire le couvert des sols forrestiers, on tue la forêt.

Une équipe de l’université de Tsukuba, au Japon, a montré que 6 mois après les rejets massifs, 60% de la radioactivité est restée piégée dans les arbres. (Article en accès payant, grrr).

Les arbres à proximité des maisons sont encore irradiants, comme on peut le voir dans le reportage de la NHK, déjà mentionné.

A long terme, la contamination va s’enfoncer dans le sol où elle sera partiellement capturée par les racines et va remonter dans les arbres, comme on peut le voir à Tchernobyl. Les arbres seront moins contaminés qu’avec des dépôts directs, mais cela va durer longtemps.

Rappelons que les forêts couvrent 70% de la surface de la province de Fukushima.

Lundi 10 décembre, le ministère de la santé a mis en ligne des résultats de mesure sur la contamination des animaux sauvages. C’est ici en japonais. Une traduction en anglais est disponible sur un autre site.

Ce sont les sangliers qui sont toujours les plus contaminés, jusqu’à 1 900 Bq/kg. Mais la viande de faisan, d’ours ou de lièvre dépasse aussi la limite de 100 Bq/kg.

Samedi 26 janvier, une étude sur les vaches abandonnées dans la zone évacuée a consisté à mesurer la concentration en césium dans différents organes. Cela permet de comprendre comment le césium sur distribue dans l’organisme.

Cette étude montre aussi que les foetus et les veaux sont plus contaminés que la mère. Pour les foetus, la concentration en césium est 20% plus élevée que dans les organes correspondants de la mère (facteur de 1,19). Les chercheurs ont aussi trouvé des veaux après avant l’accident et leur mère. Dans ce cas, la concentration en césium est 50% plus élevée chez le veau que dans les organes correspondants de la mère (facteur 1,51).

Jeudi 7 février, le MEXT a mis en ligne des résultats d’analyse de la radioactivité sur des aiguilles de pin qui font apparaître une contamination très élevée par endroit. Comme ses aiguilles ont un cycle de vie de trois ans, elles ne sont pas encore toutes tombées sur le sol. La ‘décontamination’ des sols forestiers devra être recommencée… Le problème se pose aussi avec d’autres essences très répandues au Japon comme les cèdres (sugi).

Dimanche 3 mars, selon une étude menée par l’université de Hokkaïdô et l’université de Tôkyô pour l’agriculture et la technologie, plus les animaux vivant autour de Fukushima sont haut placés dans la chaîne alimentaire, plus ils sont contaminés. L’étude mentionne 6 700 Bq de césium 137 dans une grenouille de Nihonmatsu à 40 km de la centrale, ou 2 843 Bq de césium 137 dans un crabe d’eau douce.

-> Lire notre article sur l’impact de la radioactivité expliqué aux enfants.

Evacuation ou vie dans les territoires contaminés

Le 11 mars 2012, la zone des 20 km autour de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi est toujours fermée. Il faut un laisser-passer pour y entrer ou passer à pied par des petits chemins. Environ 80 000 personnes y habitaient. Depuis la fin de la phase d’urgence en décembre 2011, les autorités souhaitent pouvoir laisser rentrer les populations dans les zones pas trop contaminées, après avoir réparé ce qui a été endommagé par le séisme et le tsunami.

D’autres zones ont été évacuées à cause de la forte contamination des sols. Il y a ainsi une bande vers le Nord-Ouest jusqu’à une cinquantaine de kilomètres de la centrale. Le critère d’évacuation est basé sur la seule irradiation externe qui ne doit pas dépasser 20 mSv/an, ce qui correspond à la limite des travailleurs du nucléaire en France. A cela s’ajoutent des points chauds évacués jusqu’à 80 km.

De nombreuses personnes sont aussi parties par elles-mêmes. Le nombre total de personnes évacuées est estimé à 150 000 environ.

Pour le retour des populations dans le rayon de 20 km, le nouveau zonage est :

– les zones où l’exposition externe peut dépasser 50 mSv sur un an : les autorités ne savent pas quand un retour sera possible ;

– les zones où l’exposition externe peut entraîner une dose annuelle comprise en 20 et 50 mSv par an : les autorités comptent sur la décontamination pour permettre aux populations de rentrer d’ici quelques années ;

– les zones où l’exposition externe entraîne une dose inférieure à 20 mSv par an : les autorités s’engagent à y effectuer les travaux nécessaires pour permettre un retour rapide. En effet, les dégâts du séisme et du tsunami n’ont pas pu être réparés dans cette zone.

Il y a en tout 260 000 personnes dans des logements provisoires, dont 110 000 dans des préfabriqués.

Les Amis de la Terre du Japon ont mis en ligne un rapport en anglais présentant les efforts des citoyens japonais pour la reconnaissance d’un droit à l’exil en cas de vie dans les territoires contaminés par la catastrophe de Fukushima.

Mars 2012

Dimanche 11 mars 2012, selon les autorités régionales, environ 80% des crèches et écoles maternelles de la province de Fukushima restreignent les activités des enfants à l’extérieur à cause des craintes des parents, malgré la décontamination des sols. Dans 25% des cas, il n’y a eu aucune activité extérieure depuis un an. Les municipalités multiplient donc les projets de gymnases et aires de jeu couvertes pour que les enfants puissent avoir une activité physique.

A Namiki, dans la ville de Koriyama, les enfants n’ont pas joué dehors depuis un an. L’école les emmène donc au gymnase municipal. La décontamination qui a eu lieu en octobre n’a pas suffi à rassurer les parents.Jeudi 15 mars, le quotidien Asahi révèle que la NISA a bloqué l’adoption par le Japon des recommandations de 2006 de l’AIEA en matière de gestion des accidents nucléaires, sous le prétexte que les centrales japonaises étaient sûres et qu’il était inutile d’inquiéter les populations. Avec les nouvelles règles de l’AIEA, une zone de protection d’urgence d’un rayon de 30 km doit être définie immédiatement autour de la centrale endommagée. Dans cette

zone, les populations sont soit confinées, soit évacuées. L’AIEA définit aussi une zone d’évacuation immédiate dans un rayon de 5 km.

Dans les documents en possession du quotidien, la NISA écrit en avril 2006 : « Nous voulons que le débat (sur la révision des lignes directrices) soit stoppé, car il pourrait causer de la confusion dans la société et accroître l’anxiété chez les citoyens japonais à propos de la sûreté nucléaire ». La lettre est adressée à la NSC (Nuclear Safety Commission), en faveur de l’adoption des directives internationales. Et d’ajouter, qu’ « en cas de catastrophe nucléaire, la

gestion du Japon n’a pas de problème particulier et les changements ne sont pas nécessaires. » Et de demander à la NSC de retirer tous ses changements.

Comme la NSC a d’abord rejeté les arguments de la NISA, qui dépend du ministère de l’industrie, la NISA s’est fâchée : « Examiner les directrives de notre pays en matière de gestion des catastrophes ne devrait pas être liée à la décision officielle de l’AIEA ». Et d’ajouter, qu' »il est imprudent de la part de votre section (section gestion de la NSC) d’avoir commencé à discuter seule de la révision des directrives de la gestion des catastrophes. C’est extrêmement

regrettable. »

En novembre 2006, la NSC semble convaincue ou vaincue. « Nous serions en

mesure de faire face aux situations d’urgence dans le cadre des directrives actuelles » et « nous n’avons pas à inclure de mesures supplémentaires. » L’introduction des normes de l’AIEA a finalement été abandonnée. L’ordre d’évacuation sera tardif le 11 mars 2011, et limité.

Il a fallu la catastrophe de Fukushima pour qu’en juillet 2011, la NSC commence à réviser ses règles de gestion des accidents nucléaires.Par ailleurs, deux associations anti-nucléaires veulent porter plainte contre TEPCo et les autorités pour fautes professionnelles. Elles comptent aussi invoquer la loi sur la pollution. Une réunion aura lieu le vendredi 16 mars à Iwaki pour entamer la procédure. Les deux associations espèrent mobiliser un millier de résidents de Fukushima dans leur action.Mercredi 21 mars, les autorités provinciales de Fukushima reconnaissent qu’elles ont reçu les prédictions des retombées radioactives calculées par SPEEDI, mais ont

effacé les mails. Un officiel reconnait qu’au début de la catastrophe, les mails déferlaient et que, peut-être, les mails avec les fichiers SPEEDI, particulièrement volumineux, ont été supprimés pour sauver le serveur. Les autorités régionales expliquent qu’elles ont découvert l’existence de ces données en mai 2011. En fouillant dans les archives, il manquait les mails avec les données SPEEDI du 11 au 15 mars.

 

Mardi 27 mars, c’est au tour du Maïnichi de compléter les révélations du Asahi (cf 15 mars ci-dessus) à propos de la non application des recommandations internationales de l’AIEA en matière de gestion des accidents nucléaires. La Fédération des Compagnies de Production d’Electricité du Japon (FEPC) a écrit à la Nuclear Safety Commission (NSC) pour expliquer qu’elle s’opposait fermement à l’adoption de nouveaux plans de prévention sous le prétexte

que cela pourrait donner l’impression que les centrales nucléaires sont dangereuses, que les régions autour pourraient être affectées et que cela allait augmenter inutilement les coûts. La NISA avait utilisé les mêmes arguments pour s’opposer à ces recommandations. Mais la NSC, voyant que les autres pays adoptaient les nouvelles mesures revenait à la charge.

Les lettres de la Fédération des producteurs (FEPC) à la NSC datent du 13 janvier et 3 février 2011, soit juste avant le 11 mars. On peut y lire à propos de l’établissement d’une zone de prévention d’un rayon de 5 km autour des centrales, que « cela pourrait provoquer une chute du prix des terrains et faire fuir les touristes ». En ce qui concerne l’extension de la zone d’urgence à un rayon de 8 à 10 km et des la zone d’actions de protection jusqu’à 30 km, les compagnies ont écrit que « les autorités locales concernées vont demander des subventions ».

Bref, c’étaient les exploitants du nucléaire qui fixaient les règles et l’autorité de contrôle qui les soutenait. Ce sont les populations qui ont payé. Et ces mêmes personnes reviennent la bouche en coeur expliquer qu’après les stress-tests, les centrales sont sûres et que l’on peut continuer comme avant, ou presque.

Avril – Mai 2012

Vendredi 6 avril, la municipalité d’Utsunomiya, dans la banlieue nord de Tôkyô, située à quelque 140 km de la centrale accidentée, vient d’inaugurer un nouveau service aux habitants inquiets : des employés municipaux peuvent se rendre dans les maisons pour contrôler le débit de dose à la demande des résidents. Ils contrôlent 3 lieux choisis par la personne qui sollicite le service et l’informe des résultats. La municipalité espère ainsi pouvoir contrôler 5 habitations par jour en plus des lieux publics. Pour le moment,le niveau de 0,23 microsievert par heure, fixé comme limite ouvrant droit à l’évacuation, n’a pas été dépassé.

 

Mercredi 11 avril, la police de Fukushima recrute. Sur ses affiches, on voit un policier habillé en ‘shadok’ dans une cote blanche. Voir l’affiche ici.

On voit aussi les cheminées de la centrale de Fukushima daï-ichi dans le

fond. Le nombre de candidatures a chuté drastiquement : dans la passé, il y avait environ 10 fois plus de candidatures que de postes. En 2012, il y en a moins de deux fois plus. Il n’y a pas eu de recrutement en 2011.

 

Lundi 23 avril, suite à la catastrophe de Fukushima, les autorités ont élargi le périmètre d’urgence à 30 km autour de toutes les centrales nucléaires. Mais, selon le Maïnichi qui a enquêté, les autorités locales ont du mal à s’adapter. Seule les provinces de Saga et Nagasaki ont défini de nouvelles procédures d’évacuation autour de la centrale de Genkai. Elles comptent sur les

véhicules personnels des populations… et réfléchissent aux populations qui n’ont pas de voiture. Presque partout, rien n’est prêt pour les personnes les plus vulnérables comme les pensionnaires de maisons de retraite ou les personnes hospitalisées.Seule la province de Fukuoka a des lits pour accueillir ces personnes.

Ces nouvelles zones englobent 4,42 millions d’habitants. Le décompte a été fait par Kenji Tani, maître de conférence à l’université de Saïtama. 930 000 personnes vivent à moins de 30 km de la seule centrale de Tôkaï dans la province d’Ibaraki.Mercredi 25 avril, une équipe

de l’université du Tôhoku a étudié la dose reçue par 125 personnes réaparties dans 31 familles vivant dans le Sud de la province de Miyagi. Ils ont aussi interrogé les familles sur leurs activités quotidiennes. Ils sont arrivés à la conclusion que la dose principale est prise à l’intérieur des maisons, et qu’il faut donc commencer par décontaminer l’intérieur, et non l’extérieur, comme le font les autorités. C’est plus particulièrement le cas pour les enfants en bas

âges qui rstent longtemps à la maison.

Les mesures faites sur des poussières d’aspirateur par l’ACRO avaient déjà montré que l’intérieur des maisons peut aussi être très contaminé.Jeudi 10 mai, le conseil éducatif de la ville de Fukushima a décidé que les 51 écoles de la ville auront leurs épreuves sportives à l’extérieur cette année. Les 2/3 d’entre elles les avaient annulées ou effectuées dans des gymnases l’an dernier. Seules 18 avaient eu des épreuses sportives à l’extérieur.

Cette année, certaines épreuves seront raccourcies pour limiter le temps à l’extérieur, d’autres, qui pourraient faire toucher la terre aux enfants, seront annulées.

 

Samedi 12 mai, le Yomiuri fait le point sur l’emploi les personnes évacuées par le tsunami ou la catastrophe de Fukushima. Les allocations chômage avaient été

exceptionnellement prolongées pour les victimes de ces catastrophes et elles ont pris fin le 20 avril dernier. Dans les provinces de Miyagi et d’Iwaté, 4 à 7% d’entre elles n’ont pas retrouvé d’emploi ou n’est pas en recherche d’emploi. A Fukushima, c’est 20%. Cette différence s’explique par le fait qu’une partie des réfugiers ne savent toujours pas s’ils pourront rentrer ou non. Ni combien de temps ils resteront dans leur logement temporaire. Pour certains d’entre eux, il est prématuré de chercher un travail qui devra probablement être abandonné.

Et les salaires reçus doivent être déduits des indemnités touchées de TEPCo.Lundi 21 mai, le départ volontaire de nombreux travailleurs sociaux de la province de Fukushima, par crainte des radiations, rend la vie des personnes dépendantes beaucoup plus compliquée. 71% des compagnies de Fukushima, qui assistent ces personnes, déclarent faire face à une pénurie de main d’oeuvre.

Il en est de même pour le corps médical : le nombre de médecins dans la province de Fukushima est passé de 2 026, avant le 11 mars 2011 à 1 963 en avril 2012.

105 employés municipaux ont quitté leur emploi à Minami-Sôma, soit 4 fois plus que les autres années. La municipalité n’en a embauché que 33 pendant cette même période et ce n’est pas suffisant pour faire face aux conséquences des 3 catastrophes.

 

Lundi 18 mai, selon un recensement de la NHK, 80% des municipalités de la province de Fukushima ont l’intention de rouvrir les piscines scolaires situées en extérieur cette année. Des discussions vont avoir lieu avec les parents d’élève. A Kôriyama, la décision sera prise après les travaux de décontamination. Ailleurs, les exercices d’échauffement seront faits à

l’intérieur pour limiter l’exposition des enfants.

Par ailleurs, le ministère de l’environnement veut passer de 50 à 10 Bq/l pour le césium la limite en deçà de laquelle la baignade est autorisée.

Juin – Août 2012

Vendredi 1er juin, le gouvernement a pris du retard pour délimiter précisément les zones où les résidents peuvent espérer rentrer chez eux et les zones où il n’est pas encore pris de décision, car il se heurte aux demandes d’indemnisation des personnes concernées. La ville de Tomioka a demandé des indemnisations uniformes pour tous ses résidents avant d’accepter

le zonage effectué par le gouvernement. En effet, même si certaines personnes ont leur habitation dans une zone « décontaminable », ils ne savent toujours pas quand ils pourront rentrer chez eux. Il n’y a donc pas de raison, pour le maire, qu’ils soient traités différemment. Même chose pour Futaba.

La ville de Minami-Sôma a accepté le zonage gouvernemental pour que les travaux de décontamination puissent commencer, mais a demandé que les questions d’indemnisation soient traitées séparément. Il s’agit de deux choses différentes, pour la mairie qui réclame aussi une indemnisation uniforme.Samedi 9 juin, la commission d’enquête parlementaire sur l’accident nucléaire a rendu publiques des statistiques sur l’évacuation, basées sur une enquête auprès de 21 000 personnes avec 10 633 réponses. Le résumé est ici en anglais.

Seulement 10% des personnes interrogées savaient qu’il y avait un accident nucléaire en cours quand le gouvernement a déclaré l’état d’urgence à 19h03 le 11 mars 2011. A Futaba et Nahara, 40% ont appris la nouvelle via la radio ou par la police.

Les ordres d’évacuation ont été émis le lendemain : à 5h44, dans un rayon de 10 km et à 18h25, dans un rayon de 20 km. A la fin de cette journée, 80% des habitants de Futaba, Okuma, Tomioka et Naraha avaient reçu l’information qu’il fallait évacuer. A Iitaté et Kawamata, situées hors de la zone d’évacuation d’urgence, mais évacuées beaucoup plus tard à cause des fortes retombées radioactives, moins de 50% des personnes intérrogées étaient au courant de la situation. Les informations ont beaucoup circulé via les téléphones portables.

50% des habitants de Namié ont d’abord été évacués vers une zone exposée aux retombées radioactives. C’est 30% pour Futaba et plus de 25% pour Tomioka.

70% des habitants de Futaba, Okuma, Tomioka, Naraha, Hirono et Namié ont dû évacuer au moins 4 fois. Pour 20 à 30%, c’est plus de 6 fois !

Moins de 15% des habitants évacués de Futaba ou Ôkuma avaient fait un exercice d’évacuation. Plus loin, ce chiffre est beaucoup plus bas.

Le document contient aussi de nombreux témoignages laissés sur les fiches de l’étude. A lire absolument !

 

Lundi 18 juin, l’Asahi révèle que les Etats-Unis ont fait une carte de la contamination assez précise dans un rayon de 45 km lors de 40 heures de survol entre le 17 et le 19 mars 2011. Ces données ont été transmises aux autorités

japonaises qui n’en ont rien fait. La carte montre clairement une contamination vers le NO qui dépasse largement la zone d’évacuation. De nombreuses personnes ont été évcuaées vers ces zones. Il y avait jusqu’à 125 microsieverts par heure (1 mSv en 8 heures!).

Selon le ministère des affaires étrangères japonais, les Etats-Unis auraient transmis deux fois ces données par mail (les 18 et 20 mars).

Le minsitère les auraient fait suivre à la NISA (autorité de sûreté) et le MEXT (ministère des sciences et technologies). La NISA n’aurait informé, ni le premier ministre, ni la Nuclear Safety Commission (NSC), ni le public.

Les Etats-Unis ont publié ces données le 23 mars.Peu de temps après la publication du quotidien Asahi, la NISA a convoqué une conférence de presse où elle a reconnu son erreur et s’est lancée dans des explications sur la situation exceptionnelle dans laquelle était le pays. Tetsuya Yamamoto, le directeur adjoint, a dit que les Etats-Unis avaient transmis des cartes à 3 occasions durant la première semaine. Quant au ministère des sciences et technologies, un

haut fonctionnaire a expliqué qu’ils avaient supposé que la NISA aurait publié et utilisé ces cartes, si elle les avait jugées pertinentes. Et quand la presse lui a demandé s’ils avaient seulement contrôlé que la NISA avait bien reçu ces cartes, il a dû admettre que non.

Jeudi 28 juin, la province de Fukushima a encore perdu 9 779 habitants entre mars et mai 2012, ce qui signifie que les gens continuent à fuir, plus d’un an après la catastrophe. Dans la province voisine de Miyagi, le nombre d’habitants a augmenté de 1 249 pendant la même période. Tôkyô et sa banlieue perdent aussi des habitants au profit de l’Ouest du pays.Vendredi 29 juin, 30 des 31 municipalités de Fukushima qui avaient supprimé les activités nautiques dans les piscines scolaires en plein air l’an dernier, vont les reprendre cette année.Samedi 30 juin, selon des statistiques du ministère de l’éducation, 18 347 enfants de Fukuhima ont changé d’école depuis mars 2011. Parmi eux, 6 031 sont restés dans la province alors que les 12 316 autres l’ont quitté. Ils représentent 72% des 25 516 enfants qui ont changé d’école suite aux 3 catastrophes du 11 mars 2011 (séisme, tsunami et accident

nucléaire).Jeudi 5 juillet, selon le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’accident de Fukushima, l’information qu’il y avait un problème à la centrale de Fukushima a mis du temps à atteindre les populations.

Une enquête auprès de 10 000 évacués a révélé qu’à 22h le 11 mars, seulement 15% des habitants d’Ôkuma et de Futaba savaient qu’il y avait des problèmes à la centrale nucléaire. Pourtant, à 21h23, le premier ministre avait ordonné l’évacuation dans un rayon de 3 km et le confinement dans un rayon de 10 km.

Plus de 80% des des habitants des 12 municipalités situées dans un rayon de 20 km, ne savaient pas non plus. Dans certaines municipalités, il faudra attendre 10h le 13 mars, soient 2 jours, pour que la moitié de la population soit prévenue.

L’ordre d’évacuation a été étendu à 10 km le 12 mars à 5h44. A 6h le même jour, seulement 36% des habitants d’Ôkuma et 29% de Futaba savaient qu’il y avait un accident nucléaire.

Il a été étendu à 20 km à 18h25. A 19h, un tiers des habitants de Minami-Sôma ne savaient rien et 60% de ceux d’Iitaté.

Comme nous l’avons déjà dit, plus de 60% des habitants des municipalités les plus proches (Namié, Futaba, Ôkuma, Naraha, Tomioka et Hirono) ont dû évacuer plus de 4 fois. Plus de 20% plus de 6 fois.

Un tiers des habitants de Namié ont dû changer de place plus de 6 fois.Jeudi 12 juillet, les autorités régionales de Fukushima ont mis la radioactivité au programme de toutes les écoles et tous les niveaux. Mais comme de nombreux parents s’y opposent, peu d’école appliquent la consigne. Les enseignants eux-mêmes sont mal à l’aise face au sujet.Mardi 17 juillet, Mediapart a mis en ligne deux portfolio de photos prises dans la zone interdite : sur Naoto Matsumura, le dernier habitant de Tamioka qui refuse de partir et sur un supermarché abandonné.Dimanche 23 juillet, vidéo émouvante d’un réalisateur américain dans une crèche de Minami-Sôma, à 30 km de la centrale. Elle est en japonais, sous-titrée en français. C’est le 5ième épisode de cette série. Il a mis d’autres films en ligne.Lundi 23 juillet, revenons sur l’évacuation tragique de l’hôpital de Futaba et l’hospice adjacent, situés dans la ville d’Ôkuma à 4,6 km au Sud-Ouest de la

centrale accidentée, qui a fait une cinquantaine de morts. La commission d’enquête

mise en place par le gouvernement a essayer de comprendre ce qui s’est passé. Il y avait 340 patients à l’hôpital le 11 mars 2011. Le 12 mars, 209 patients et le personnel, à l’exception du directeur, ont été évacués à l’aide de bus envoyés par la municipalité d’Ôkuma. Le directeur a donc appelé l’armée et la police pour qu’ils viennent chercher les 130 patients restants. Il a expliqué avoir demandé à tout le personnel de partir car il pensait que les secours arriveraient rapidement chercher les personnes restantes. Ils sont arrivés deux jours plus tard. Mais 4 patients étaient déjà décédés et un disparu avant l’arrivée des secours supplémentaires, le 14 mars. Le 14 mars matin, l’armée en a évacué 34, ainsi que 98 pensionnaires de l’hospice.

Les derniers patients ont été évacués entre le 15 mars à 9h et le 16 mars à 12h30, 5 jours après le séisme et tsunami. 19 personnes en tout sont décédés à l’hôpital durant les 5 joursnécessaires à l’évacuation.

Une partie des patients a été évacuée au lycée Koyo d’Iwaki, après un parcours de 230 km qui a duré 5 heures pour finir à moins de 50 km du lieu de départ. A l’arrivée, il n’y avait aucune structure médicale d’accueil. Selon l’hôpital de Futaba, 40 patients sont décédés dans le mois qui a suivi, ainsi que 10 pensionnaires de l’hospice.

Se basant sur des informations de l’armée, les autorités régionales ont annoncé le 17 mars à 16h que les derniers patients ont été sauvés entre le 14 et 16 mars et qu’il n’y avait aucun personnel médical présent. Le directeur a été accusé pour cela. Mais il avait été évacués temporairement par la police en un lieu plus sûr situé à Kawauchi, il est retourné à l’hôpital. L’annonce des autorités régionales n’est pas corrcte d’après le rapport.

Au moins un autre hôpital de la zone des 20 km a réussi à évacuer tous ses patients dès le 12 mars.Dimanche 26 août, selon les autorités municipales de Fukushima, environ 1 enfant sur 20

refuse de nager dans la piscince scolaire qui est à l’extérieur durant les cours de sport.

Septembre – Octobre 2012

Vendredi 7 septembre, le Conseil Central de Gestion des Catastrophes a proposé de revoir complètement les procédures de préparation et de gestion des accidents nucléaires. Le nouveau plan prend en compte une nouvelle situation aussi complexe que celle du 11 mars 2011 avec 3 désastres simultanés.

Le Conseil n’a aucun pourvoir pour imposer ces nouvelles règles, mais elles devraient servir à la nouvelle autorité de sûreté nucléaire. Les autorités locales devront se préparer à évacuer toute la population dans un rayon de 30 km, contre 8 à 10 km actuellement. Cela nécessite en particulier de revoir entièrement les plans d’évacuation et d’avoir assez véhicules pour transporter tout le monde. Des accords d’entre-aide entre autorités locales sont à prévoir. Pour Ibaraki, où il y a la centrale de Tôkaï, cela signifie se préparer à évacuer 940 000 personnes réparties dans 14 communes. La capitale de la province, Mito, est à 20 km de la centrale. Ce qui signifie que le siège des autorités régionales devra être évacué. Les 7 000 bus actuellement disponibles ne peuvent transporter que 240 000 personnes par voyage.

Il y a 360 000 personnes qui habitent dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Shimané, mais la province éponyme ne peut héberger que 160 000 personnes en cas d’urgence. Les autorités ont donc dû solliciter l’aide des provinces voisines de Tottori, Hiroshima et Okayama.

Les exploitants doivent avoir des équipes et une base logistique qui peuvent intervenir même en cas de forts rejets radioactifs. Ils devront aussi investir dans des engeins de chantier manipulables à distance.

Les nouvelles procédures mentionnent explicitement, pour la première fois, que les données sur les retombées radioactives doivent être rendues publiques. En particulier les prédictions du logiciel SPEEDI.

En cas d’accident nucléaire, tous les habitants dans un rayon de 5 km devront évacuer immédiatement, sans attendre les prédictions sur les retombées radioactives.

Le Conseil s’est aussi intéressé aux relations et à la coordination entre les exploitants, les autorités de sûreté et le pouvoir politique.

Dès le début de la catastrophe, le chef de l’autorité de sûreté doit se rendre au cabinet du premier ministre pour participer à la cellule de crise. Les exploitants doivent aussi avoir un centre de crise à chaque centrale et à leur siège et y permettre l’accès sans restriction aux autorités.

Les exploitants doivent aussi faire des exercices de crise réguliers et rapporter les résultats aux autorités en soulignant les problèmes.

Ce document devrait être regardé de près par les autorités de tous les pays nucléarisés.Mardi 11 septembre, 75 000

personnes sont parties des régions sinistrées, selon une recensement de la télévision NHK. C’est la province de Fukushima qui a perdu le plus de monde. Les villes des Kôriyama, Iwaki et Fukushima ont perdu respectivement 10 000, 8 000, et 6 500 personnes qui seraient parties par crainte des radiations. Le nombre d’habitants à Morioka ou Sendaï, situées beaucoup plus loin, est en augmentation.

Lundi 17 septembre, un groupe de personnes issues de l’industrie forestière et de la construction du district d’Aïzu veut rénover des veilles maisons en bois de la ville de Mishima dans la province de Fukushima pour les

vendre ou les louer à des réfugiés. Cela coûte moins cher que de construire du neuf et cela permettrait de repeupler la ville située dans les montagnes. Il y a plus de 100 maisons vacantes. La plus ancienne a 150 ans. Le groupe veut garder autant que possible l’atmosphère originale de la maison, mais moderniser la cuisine et les toilettes et aussi installer un chauffage au bois pour limiter la consommation de fioul ou d’électricité.

Jeudi 20 septembre, selon un sondage effectué par la municipalité, 34% des habitants de la ville de Fukushima souhaitent partir.

Jeudi 27 septembre, la population de Fukushima continue de diminuer : selon le ministère de l’intérieur, 11 552 sont parties cette année entre mars et août.

25 352 personnes sont parties à la même époque l’année précédente. A titre

de comparaison, la province d’Iwaté, fortement touchée par le tsunami, a perdu 2 875 durant ces mêmes six mois, un peu moins que les 3 761 de l’année précédente. En revanche, Miyagi, aussi fortement touchée par le tsunami, voit sa population augmenter.

Samedi 29 septembre, une école de Minami-Sôma, située à 25 km de la centrale, a tenu son premier évènement sportif depuis la tragédie. Comme le débit de dose de la cour est de 0,2 microsieverts par heure, même après la « décontamination », la récréaction est limitée à une demi-heure par jour. Les parents ont accepté de faire une exception pour cet événement. La vie est loin d’être redevenue normale.

La pénurie d’infirmières et de personnel soignant dans les maisons de retraite commence à être très problématique dans la province de Fukushima. Ces personnes partent d’elles-mêmes pour échapper à la contamination radioactive. Et le nombre de personnes qui nécessitent des soins augmente à cause des conditions d’hébergement temporaire qui sont difficiles.Depuis le Lundi 1er octobre, les soins sont gratuits pour les enfants dans

la province de Fukushima. Cette politique a pour but d’enrayer l’exode des populations.Mercredi 3 octobre, selon

l’association des infirmières et infirmiers de Fukushima, le recrutement est devenu très difficile. En février 2011, avant la catastrophe, pour 366 postes à pourvoir, il y avait 216 candidatures, ce qui fait un rapport de 1,69. Fin août 2012, pour 768 postes à pourvoir, il y a 174 candidatures, ce qui fait un ratio de 4,41. Depuis l’accident, le nombre de candidats est plus ou moins stable, autour de 160-170, mais le nombre de postes ne fait qu’augmenter. Les infirmières

avec enfant sont parties.

Selon les autorités régionales, le personnel médical dans les hôpitaux et cliniques de la province était de 14 556 personnes le 1er mars 2012.

Il était de 14 089 au 1er mars 2012 alors que la demande a fortement augmenté suite aux 3 catastrophes et aux mauvaises conditions de vie.

Le logement est aussi un problème : il est quasiment impossible de trouver à se loger à Iwaki. Il y a près de 200 demandes par appartement. Certaines infirmières qui étaient prêtes à revenir ont dû y renoncer.

Miyagi et Iwaté qui ont aussi été très touchés par le tsunami font aussi face à une pénurie de personnel médical, mais la situation est beaucoup plus tendue à Fukushima.

Dimanche 7 octobre, ils sont trois, un couple d’une soixantaine d’années et leur fils de 36 ans. Ce sont les seuls à avoir refusé de partir de Kawauchi quand il a été ordonné d’évacuer. Impossible pour eux d’abandonner leur trentaine de vaches laitières. Ils ont donc continué à traire tous les jours pour jeter le lait.

Maintenant, l’alimentation des vaches est importée des Etats-Unis, qui est montée à six fois le prix habituel, et depuis juin dernier, le lait est à nouveau vendu à la coopérative laitière car il n’est plus contaminé. Le lait, de bonne qualité, est même vendu à un prix plus élevé qu’avant le 11 mars 2011.

Le prochain chantier est la décontamination des pâtures. Pas question d’attendre. Ils ont donc retourné eux-mêmes la terre sur une trentaine de centimètres, ce qui a fait remonter des cailloux qu’il faut maintenant enlever.

La famille a compris qu’elle ne devait pas trop compter sur les autres et qu’il leur fallait prendre leur destin en main. Ils ont refusé toute interview jusqu’à maintenant, à cause des autres éleveurs qui ont tout perdu. Ils ne voulaient pas aggraver leur tristesse. Maintenant, ils ont accepté de parler au Maïnichi qui ne donne aucune indication sur les doses qu’ils ont dû prendre pour sauver leur cheptel.

Mercredi 17 octobre, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge mentionne la crise de Fukushima dans son Rapport sur les catastrophes dans le monde 2012 – Migration forcée. (Le rapport complet n’est disponible qu’en anglais).

Jeudi 18 octobre, les autorités japonaises avaient refusé d’évacuer les quartiers particulièrement contaminés de la ville de Fukushima, comme Watari et

Ônami. Les doses élevées détectées allaient diminuer avec la décontamination… Le 18 octobre 2011, il y a tout juste un an, la municipalité avait lancé un grand chantier de décontamination d’Ônami.

Un an plus tard, la situation ne s’est guère améliorée : les débits de dose dépassent toujours 0,23 microsievert par heure, ce qui est équivalent à 1 millisievert par an. Il y a 0,47 microsievert par heure devant l’antenne de la mairie à Ônami. La municipalité a donc demandé au gouvernement d’effectuer une deuxième décontamination, en vain. La population commence à s’impatienter.

Une habitante mesure le débit de dose devant chez elle tous les soirs et il augmente : 238 microsiverts par mois

en juin dernier, 246 en juillet et 251 en août. Il y avait 226 après la « décontamination ».

Mardi 27 novembre, effets colatéraux de la fermeture de la zone des 20 km autour de la centrale nucléaire de Fukushima : la route nationale côtière est fermée entre Tomioka et Namié. Cela a provoqué une augmentation du traffic sur les nationales qui passent plus au centre du pays et les routes secondaires qui sont toutes étroites par endroit à cause des montagnes.

Les riverains n’en peuvent plus et sont inquiets pour la sécurité routière. Les autoroutes ont été gratuites pendant un temps dans la région, mais ce n’est plus le cas et de nombreux poids-lourds encombrent ces routes.

Mercredi 26 décembre, le nouveau gouvernement conservateur a été dévoilé. Le ministre en charge de l’environnement et de la catastrophe est Nobuteru Ishihara, le fils aîné de l’ancien gouverneur de Tôkyô, très conservateur et nationaliste. Au début de la catastrophe, il voulait interdire l’utilisation des compteurs Geiger par les citoyens sous prétexte qu’ils n’étaient pas fiables. Il parle d' »hystérie de masse » à propos des manifestations anti-nucléaire… Bref, une très mauvaise nouvelle pour les populations qui continuent au quotidien de souffrir des conséquences de la catastrophe nucléaire.

Vendredi 28 décembre, la NRA a adopté de nouvelles règles pour déclencher une évacuation en cas d’accident :

– au-delà de 5 km, les habitants devront évacuer rapidement si le débit de dose dépasse 500 microsieverts par heure. C’est la moitié de la valeur recommandée par l’AIEA.

– des restrictions sur la nourriture doivent être imposées dès que le débit de dose dépasse 0,5 microsievert par heure. Là encore, c’est la moitié de la valeur recommandée par l’AIEA.

– une évacuation temporaire sera demandée dans les zones où le débit de dose dépasse 20 microsieverts par heure. L’AIEA recommande 100 microsieverts par heure.

– dans le rayon de 5 km, les habitants devront se préparer à évacuer s’il y a une panne de courant de plus de 5 minutes ou si le refroidissement ne peut plus être contrôlé depuis la salle de contrôle.

Lundi 7 janvier, selon un article paru dans Playboy (ce type de magazine est parfois à l’origine de scoops au Japon), les autorités japonaises n’auraient pas utilisé les données de mesure de l’armée américaine au tout début de la catastrophe car elles n’auraient pas reconnu le format dans lequel elles étaient transmises. Il s’agissait du format GIS (Geographic Information System) qui permet de localiser les données et leur évolution temporelle sur une carte. Cela rend la lecture rapide et immédiate quand on a le logiciel ad-hoc. Ces données auraient pourtant aidé à mieux protéger les populations.

Mercredi 9 janvier, le gouvernement devrait allouer 12 milliards de yens (100 millions d’euros) supplémentaires pour renforcer les hôpitaux, hospices et écoles dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires. Des dosimètres y seront aussi installés. Les portes et les fenêtres devront être étanches, et la ventilation dotée de filtres. Suivant les nouvelles règles de sûreté en préparation, les habitants dans un rayon de 5 km doivent être évacués, mais pour les personnes fragiles qui ne peuvent se déplacer par elles-mêmes, un confinement temporaire dans un bâtiment renforcé est envisagé.

L’évacuation d’urgence de patients alités avaient entraîné de nombreux décès en mars 2011.

Dimanche 13 janvier, la NRA a prévu d’évacuer tous les habitants dans un rayon de 5 km en cas de problème dans une centrale nucléaire. Mais cela n’est pas forcément faisable. Il est donc prévu de renforcer le confinement pour les personnes qui ne peuvent pas déplacer seules (école, hôpitaux, hospices…). Pour certains sites, où la centrale est sur une péninsule étroite, ce n’est pas suffisant. Evacuer peut signifier s’approcher de

la centrale avant de fuir pour certaines personnes. C’est le cas, en particulier à Ôï, la seule centrale en fonctionnement (voir la carte).

5 provinces sont concernées (Miyagi, Shizuoka, Fukui, Ehimé et Saga).

La NRA va donc aussi reforcer les mesures de confinement de gymnases qui pourraient être transformés en centre d’accueil. 50 lieux d’accueil sont prévus.

Lundi 28 janvier, un habitant de Fukushima a conçu un dosimètre qui parle pour les aveugles. Il en a déjà vendu 350 depuis janvier 2012. Le prix est passé de 50 000 yens (420 euros) à 38 000 yens (310 euros) ce mois-ci.

La population de la province de Fukushima continue de baisser : il y a eu 13 843 départs de plus que d’arrivées en 2012. C’était 17 000 en 2011. En revanche, le nombre d’habitants de la province voisine de Miyagi, fortement touchée par le tsunami, est en hausse : plus 6 069 habitants en 2012 alors que c’était moins 6 402 en 2011. Alors qu’à Iwaté, aussi touchée par le tsunami, la population a aussi baissée de 2 385 personnes en 2012, contre plus de 3 000 en 2011, l’augmentation de Miyagi est expliquée l’arrivée de réfugiés de Fukushima.

Le quotidien Asahi reprend une série « dans le piège de Prométhée » consacrée, cette fois-ci à l’attitude des Etats-Unis durant les premiers jours de la crise. Les autorités américaines n’étaient pas satisfaites de la façon dont le gouvernement japonais laissait TEPCo gérer seule la crise.

Une de leurs inquiétudes concernait la piscine du réacteur n°4, la plus chargée. Le 15 mars 2011, de la radioactivité anormale a été détectée à la base navale américaine de Yokosuka (Kanagawa), située au Sud de Tôkyô et Yokohama, à 300 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les femmes et les enfants sur la base ont dû évacuer. A suivre…

Mercredi 30 janvier, l’Asahi continue son nouveau feuilleton ‘dans le piège de Prométhée’ pour montrer la grande différence d’appréciation de la situation à la centrale entre les autorités américaines et japonaises. Le 16 mars, alors que TEPCo voulait abandonner la centrale, s’est tenue une visio-conférence entre le département d’Etat, la défense, l’autorité de sûreté américaine et l’ambassade à Tôkyô à propos de la sécurité des citoyens et soldats américains au Japon. L’inquiétude principale était la piscine du réacteur n°4 qui aurait pu contaminer massivement une vaste zone allant jusqu’à Tôkyô. Il fallait donc se préparer à évacuer un grand nombre de citoyens américains tant que c’était encore possible.

Vendredi 1er février, l’Asahi continue son feuilleton sur la position américaine au début de la catastrophe. Avec les bases militaires, il y a environ 90 000 citoyens américains qui vivent à Tôkyô et ses environs. Les évacuer tous signifierait une situation sans l’armée US au Japon, avec des conséquences géopolitiques fortes. Mais, si la situation s’aggravait soudainement, comme les autorités américaines le craignaient, il ne serait pas possible d’évacuer rapidement tant de monde.

Une simulation numérique effectuée le 16 mars a montré que Tôkyô serait relativement épargnée, même avec des rejets massifs. Il a donc été décidé de demander aux citoyens américains d’évacuer dans un rayon de 80 km autour de la centrale, contre 20 km pour les autorités japonaises et de permettre aux familles des fonctionnaires américains en poste au Japon de quitter le pays.

Vendredi 8 février, 350 personnes, qui ont dû évacuer suite à la catastrophe nucléaire, vont porter plainte contre TEPCo et le gouvernement le 11 mars prochain, jour du deuxième anniversaire du déclenchement.

Jeudi 14 février, un homme de 49 qui s’était réfugié seul à Tôkyô après la catastrophe de Fukushima a été retrouvé mort dans son appartement, un mois après son décès. C’était un évacué volontaire de Kôriyama. Officiellement, il y a 316 353 évacués au 17 janvier 2013. La moitié environ sont partis à cause de la radioactivité.

Les autorités se font du soucis pour le risque d’isolement auquel font face certains d’entre eux.

Dimanche 17 février, le ministère de l’environnement a rendu publiques des statistiques sur la ‘décontamination’ des habitations et des écoles en dehors de la province de Fukushima. Sept provinces sont concernées : Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et 58 municipalités (de la taille d’une communauté d’agglo en France). Fin décembre 2012, 85% des écoles et crèches ont été ‘décontaminées’, mais seulement 23% des 103 000 habitations. Ce dernier chiffre n’a quasiment pas évolué depuis août 2012 à cause du nombre croissant d’habitations concernées et de l’opposition des propriétaires.

Lundi 4 mars, les autorités taxent les indemnitées reçues par les personnes forcées à évacuer comme si c’était des salaires. Pour les agriculteurs ou d’autres professions, cela change tout : les frais étaient déduits des produits de la vente et les impôts faibles si les bénéfices étaient faibles. Les indemnités, qui compensent les invendus, sont considérées comme des salaires et entièrement taxés, sans prendre en compte les dépenses de ceux qui ont continué à cultiver par exemple. Et les impôts ont augmenté drastiquement, ce qui provoque de la colère. C’est la même chose dans le tourisme, par exemple.

Vendredi 8 mars, selon une étude 41% des 125 policiers engagés dans l’évacuation des habitants vivant à proximité de la centrale accidentée ont envisagé d’abandonner leur travail par crainte des radiations ou pour protéger les leurs. 68% ont eu peur de mourir. Mais aucun n’a abandonné et ils ont tous rempli leur mission. 91% mentionnent la solidarité avec les collègues pour justifier leur choix et 85% parlent de sens des responsabilités ou de fierté.

Samedi 9 mars, l’Asahi consacre un nouveau feuilleton de son excellente série, « dans le piège de Prométhée », à l’exode des habitants de Futaba et au rôle de son maire. Le feuilleton complet est en ligne ici en anglais.

Le village a subit les trois désastres : séisme, tsunami et nucléaire.

Quand l’ordre d’évacuer a été annoncé à la télévision, le maire a dû chercher un lieu d’accueil. Il a appelé le maire de Kawamata qui a accepté d’accueillir les 7 000 habitants de Futaba, même si cela représentait la moitié de la population de sa propre commune. Sur place, ils ont bénéficié du dévouement de la population locale. Mais, même située à 45 km de la centrale, la ville de Kawamata a aussi été fortement exposée aux retombées radioactives.

Le 18 mars, il y avait 2 000 réfugiés de Futaba à Kawamata quand le maire a décidé de repartir plus loin, dans la province de Saïtama, à côté de Tôkyô, après avoir envisagé d’aller à Kashiwazaki, dans la province de Niigata où il y a l’autre centrale nucléaire de TEPCo. Tous n’ont pas accepté de partir si loin, dans le Saitama Super Arena qui pouvait accueillir tout le monde en un seul lieu.

40 bus envoyés par les autorités de Saïtama et des véhicules privés ont emmené 1 200 personnes vers le nouveau refuge. Comment prévenir les autres habitants de Futaba qui avaient trouvé refuge ailleurs qu’à Kawamata ?

Futaba est la seule municipalité à avoir déménagé toute son administration et une partie de sa population en dehors de la province de Fukushima. Mais, comme il n’était pas possible de rester dans le stade de Saïtama, un troisième refuge a été trouvé, fin mars, 30 km plus loin, dans un lycée désaffecté de Kazo qui a hébergé jusqu’à 1 300 personnes. Les conditions y étaient plus confortables.

Mais comment gérer les habitants de Futaba qui sont restés à Fukushima depuis Saïtama ? De nombreuses voix se sont levées pour réclamer un retour à Fukushima. Fin juin 2011, le nombre de réfugiés dans le lycée était de 950 personnes. Certains avaient trouvé à se reloger, d’autres étaient rentrés à Fukushima. A cette même époque, ils étaient 2 900 habitants de Futaba à s’être réfugiés en différents lieux de Fukushima.

Il y avait une opposition entre certains conseillers municipaux qui voulaient aller s’établir à Fukushima et le maire qui voulait rester à Kazo en attendant que la situation à la centrale se stabilise. Au contraire, le maire a même appelé ses autres administrés à le rejoindre dans la banlieue de Tôkyô car les niveaux de radiation sont trop élevés à Fukushima. Cette remarque lui a valu de nombreuses critiques. Issu du « village nucléaire », ayant bénéficié, en tant qu’entrepreneur, puis en tant que municipalité du nucléaire, il a changé d’avis et n’a pas accepté la limite d’évacuation fixée par le gouvernement japonais à 20

mSv/an. Mais pour d’autres réfugiés, Futaba a bénéficié d’un traitement de faveur à Saïtama car la ville héberge la centrale de Fukushima daï-ichi et le maire a été un fervent défenseur de l’industrie nucléaire. Il s’est aussi fermement opposé à l’installation dans sa commune d’un centre d’entreposage des déchets radioactifs issus de la « décontamination ».

La décision sera finalement prise, en octobre 2012, de déplacer les services municipaux à Iwaki dans la province de Fukushima.

Le maire a démissionné suite à une motion de défiance votée par le conseil municipal. Des élections ont eu lieu le 3 février dernier et le nouveau maire sera désigné le 10 mars 2013. Il y a toujours 140 réfugiés dans le lycée désaffecté de Kazo.

-> Des photos de la zone d’exclusion sont disponibles ici.

« Décontamination » et déchets radioactifs

 

Décontamination et retour des habitants

Les autorités japonaises pensent pouvoir décontaminer de larges portions du territoire. Le gouvernement va prendre en charge la décontamination dans la zone d’exclusion en commençant par les zones où l’exposition externe peut conduire à une dose annuelle comprise entre 10 et 20 millisieverts par an avec comme objectif de passer sous la barre des 10 mSv/an. Pour les lieux accueillant des enfants, c’est la valeur de référence de 5 mSv/an qui est visée.

Pour toutes les autres zones où la contamination des sols peut entraîner une dose annuelle supérieure à 1 mSv et qui n’ont pas été évacuées, le ministère de l’environnement a publié une ordonnance le 14 décembre 2011 pour les décontaminer. Il revient aux municipalités de proposer un plan et le gouvernement financera. Plus de 100 municipalités sont concernées. Le gouvernement s’est aussi engagé à prendre à sa charge tous les déchets radioactifs issus de ces opérations qui présentent une contamination en césium supérieure à 8 000 Bq/kg.

Les premières expériences ne permettent pas d’être optimiste. Ce sont trois grosses compagnies de BTP qui ont emporté les premiers marchés de décontamination alors qu’elles n’ont aucune compétence particulière.

Dans les faits, l’essentiel du travail est effectué par des sous-traitants qui embauchent des journaliers. Les habitants d’Iitaté ont commencé à décontaminer par eux-mêmes avec l’aide d’universitaires.

Leur conclusion est qu’il faut commencer par décontaminer les forêts et montagnes avoisinantes, autrement il faut tout recommencer régulièrement.

Mars 2012

Dimanche 11 mars 2012, la municipalité d’Iitaté, l’un des 100 plus beaux villages du Japon, connu pour son unité et sa nature verdoyante, a son plan de décontamination :

d’ici deux ans, les habitations de personnes qui veulent rentrer seront décontaminées. Pour les terrains agricoles, il faut attendre 5 ans et les forêts 20 ans. Le coût est estimé à 320 milliards de yens (3,2 milliards d’euros). Alors que certains habitants souhaitent à tout prix rentrer, d’autres commencent à douter. La décontamination de 50 maisons coûte 600 millions de yens (6 millions d’euros). Un non-sens pour certains, alors que l’on n’est même pas sûr que cela marche. Mais le maire pense que cela vaut le coût d’essayer. Iitaté avait 6 000

habitants. Koji Itonaga, professeur à Nihon University pense que tout le village

devrait plutôt se réinstaller ailleurs pour garder les liens qui l’unissent. Les critères actuels de décontamination vont entraîner un zonage du village avec des résidents qui pourront rentrer et d’autres non. Cela ne ferait que diviser encore plus les habitants.

Les habitants en faveur de la relocalisation du village ont créé une association pour rechercher un nouveau lieu : « Shintenchi o Motomeru-kai ». La mairie a interdit les activités de cette association dans les locaux municipaux sans avoir interrogé les habitants sur ce dilemme. Le groupe a pourtant collecté 200 signatures.

 

Vendredi 16 mars, les autorités locales rédigent à la va vite des plans de décontamination sans la moindre concertation avec les habitants. Cela conduit à des aberrations. Par exemple, les directives du ministère de l’environnement ne prennent pas en compte la contamination à

l’intérieur des maisons. Les mesures sur les poussières d’aspirateur faites par l’ACRO ont montré que cela pouvait être très contaminé. A proximité des prises d’air, les valeurs peuvent être encore plus fortes. Décontaminer l’intérieur peut être excessivement complexe et ne peut que faire augmenter les prix déjà très élevés.

Pour les jardins, la décontamination est inutile si l’on ne décontamine pas les alentours, qui peuvent être de la forêt. Les habitants ne veulent pas couper les arbres tant que les procédures d’indemnisation pour les arbres ne sont pas fixées.Par ailleurs, la ville d’Okuma, entièrement située dans la zone des 20

km et fortement contaminée, envisage de créer une ville nouvelle « temporaire » ailleurs. La grande majorité du territoire de la commune a une contamination qui induit une exposition externe annuelle supérieure à 50 mSv/an et est donc classée comme zone où le retour est « difficile ». Une réunion a eu lieu à Aizuwakamatsu où sont installés 3 000 habitants d’Okuma et la mairie. L’idée est de regrouper les 11 100 habitants autour d’une mairie, d’écoles et d’habitations d’ici 2016.

Les autorités municipales vont consulter les administrés et rédiger une feuille de route d’ici avril afin de pouvoir commencer les travaux d’infrastructure en 2014. La mairie espère aussi décontaminer entièrement la ville d’ici 10 ans.

La ville de Namié, avec 21 000 personnes évacuées, prévoit aussi de rassembler ses résidents autour d’infrastructures temporaires. Une proposition en ce sens a été rendue publique le 14 mars. Le lieu d’implantation n’est pas encore fixé.

La ville de Tomioka a aussi eu une réunion à ce propos ce jour. Une partie seulement de la ville est classée comme zone où le retour est difficile. La municipalité espère le retour de tous ses 15 000 habitants d’ici 2020.

Quant à la ville de Naraha, elle espère un retour plus rapide car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv/an. Le retour d’une partie de ses 7 700 habitants devrait être possible un an après la levée de l’ordre d’évacuation. Le retour devrait être complet pour 2014, sauf pour les familles avec de jeunes enfants. L’école devrait être installée à Iwaki jusqu’en 2015 environ.Lundi 19 mars, la municipalité de Futaba, installée provisoirement à Kazo, dans la province de Saïtama (banlieue de Tôkyô), vient de décider de retourner dans le Nord Est pour se rapprocher de ses administrés, car l’évacuation va durer longtemps. Un nouveau lieu d’accueil va être recherché.Mardi 20 mars, le maire de

Minami-Sôma et Masayoshi Son, le PDG de Softbank, ont le projet de couvrir les territoires les plus contaminés de panneaux solaires. La ville a 854 hectares où il n’y a quasiment aucun espoir d’y rétablir l’agriculture. De nombreux habitants pensent qu’ils ne retourneront jamais et cherchent un autre lieu de vie.Vendredi 23 mars, pour Nobuyoshi Itô, l’un des 13 habitants d’Iitaté à avoir refusé d’évacuer, le gouvernement a tout faux : « D’abord, ils s’y prennent à l’envers – d’abord les maisons, puis les fermes et enfin la forêt. Ce devrait être dans l’autre sens. Ensuite, ils ne ramèneront jamais le niveau sous 1 mSv/an comme avant la catastrophe. Troisièmement, cela signifie que les jeunes ne reviendont jamais et, même si les gens reprennent

l’agriculture, qui va acheter les légumes d’ici ? » (Interview au Asahi). Les opérations de décontamination menées par le gouvernement ne sont que du gaspillage d’argent selon lui. Comment nettoyer les forêts, rivières et arbres ?

Il continue à cultiver, même si c’est interdit. De l’agriculture utilisant pas ou peu de pesticides. Il a proposé à plusieurs universités de venir étudier sa production : toutes ont refusé. Il a donc fait faire les analyses lui-même. Son riz le plus contaminé avait 6 790 Bq/kg. Il n’était pas récolté dans le champ le plus contaminé.

Pareil pour les légumes, les lus contaminés ne proviennent pas nécessairement des parcelles les plus contaminées. Bien qu’il achète l’essentiel de sa nourriture au supermarché, il goûte à sa production.

Le débit de dose à proximité des gouttières de sa maison est de 350 microsieverts par heure.

Il confirme que les environs du radiamètre placé devant la mairie ont été décontaminés et que le débit de dose indiqué n’est pas représentatif.Lundi 26 mars, la mairie de Kawauchi, située dans la zone des 20 km, a rouvert ses locaux. Il s’agit de la première étape de la reconquête des territoires. Les autres installations publiques comme les écoles, le collège, l’hôpital… devraient suivre. Le territoire de la commune est

partiellement dans la zone des 20 km. Une trentaine de résidents sont rentrés depuis janvier, portant à moins de 300 le nombre total d’habitants, contre 2 853 avant le 11 mars 2011. C’est la deuxième mairie, après celle de Hirono, à rouvrir.La JAEA (Japan Atomic Energy Agency) a rendu compte à Fukushima du résultat de ses 15 chantiers pilotes de décontamination dans 11 municipalités évacuées. La décontamination a permis de faire passer le débit de dose ambiant de 5 microsieverts par heure ou moins à 1 à 2 microsieverts par heure. La limite actuelle d’évacuation est de 3,8 microsievert par heure.

D’une manière générale, le débit de dose a baissé de 20 à 70% selon les zones, 60% en moyenne, ce qui n’est pas beaucoup. (Le communiqué est ici en japonais.

Cliquer sur les liens pour voir les présentations avec les photos.) Le résultat n’est donc pas probant au regard des moyens utilisés. Dans une maison d’Okuma, la décontamination du jardin, du toit, des murs… a fait passer le débit de dose de 11,5 microsieverts par heure à 3,9 (66% de baisse). Sur des parking ou routes, c’est passé de 13,8 à 5,3 (62%). Dans des maisons de Tamura, c’est passé de 0,7 à 0,6 microsievert par heure. Négligeable. Pareil pour des forêts, c’est passé de 0,8 à 0,7 microsievert par heure.

En trois points à proximité de la centrale, le débit de dose est de 4 à 5 millisieverts par heure (milli, pas micro!) à un mètre du sol. La JAEA a aussi testé différentes méthodes : pour le toit, l’eau sous pression est à éviter car elle contamine les alentours de la maison. Il vaut mieux utiliser des brosses et chiffons. Pour les sols des stades et aires de jeu, il faut retourner la terre, pour les forêts, retirer les feuilles et branches mortes, ainsi que l’humus, ce qui est une autre catastrophe écologique pour la forêt. Etc etc

Les travaux ont couvert environ 209 hectares de terrain et généré 16 000 tonnes de déchets.Mercredi 28 mars, le maire

d’Okuma, ville située dans la zone des 20 km, veut demander le classement de toute sa municipalité en zone où le retour n’est pas possible à court terme. Environ 90% des habitants sont originaires de zone où l’exposition annuelle externe dépasse les 50 mSv et ne peuvent donc pas rentrer avant longtemps. Le maire, qui ne veut pas que les habitants de la commune soient séparés, demande donc que tous soient considérés à la même enseigne et bénéficient des mêmes indemnisations.

Il a seulement fait l’annonce à son conseil municipal pour le moment.

Il veut encore consulter la population et les élus avant de décider avant la fin avril.Vendredi 30 mars, les maires des villes de Namié, Futaba et Okuma, qui sont complètement évacuées et où l’espoir de retour est mince, veulent créer des villes nouvelles temporaires dans la province de Fukushima. Le maire de Namié veut reloger ses administrés dans 3 autres villes, dont Iwaki et Nihonmatsu.

Celui d’Okuma veut reloger les siens à Iwaki.

Le maire de Naraha, qui est à cheval sur la zone des 20 km, veut que sa municipalité fusionne avec les municipalités adjacentes pour que les persones qui ne pourront pas rentrer chez elles puissent être accueillies.

Le maire de Katsurao, qui est largement au-delà de la zone des 20 km, veut reloger tout le monde dans sa commune et construire des logements neufs dans des zones sûres pour les gens qui ne pourront pas rentrer chez eux.

Le maire de Kawamata veut que tous les résidents puissent rentrer en même temps. Enfin celui d’Iitaté demande que les autorités centales tiennent compte de l’opinion des gens avant de prendre des décisions.Le gouvernement, quant à lui, a annoncé vouloir lever, dès avril, l’interdiction d’entrée dans les parties de Minami-Sôma, Tamura et Kawauchi qui tombent dans la zone des 20 km. Il espère ainsi accélérer la décontamination. Dans les zones où l’exposition externe est

inférieure à 20 mSv par an, les habitants pourront rentrer quand ils veulent, une fois la décontamination effectuée. Ils auront librement accès à leur maison. Dans les zones où l’exposition externe est comprise entre 20 et 50 mSv, les habitants auront accès à leur maison pendant la journée, sans pouvoir s’y installer pour le moment.

Ailleurs, les habitants ne pourront pas rentrer chez eux avant au moins 5 ans.

Cela concerne 13 000 personnes. Mais personne ne sait combien vont rentrer. Fin septembre 2011, quand le gouvernement avait lever le conseil de quitter la zone comprise entre 20 et 30 km, seulement 2 000 des 28 000 personnes concernées étaient rentrées.

Pour les 8 autres communes de la zone des 20 km, le gouvernement est toujours en pourparlers. Pour Kawauchi et Tamura, la levée de l’interdiction d’accès prend effet dès le 1er avril.

Avril – Mai 2012

Dimanche 1er avril, la nouvelle réglementation des zones interdites est présentée ici en anglais, avec la carte correspondante.Mardi 3 avril, le ministre de la reconstruction, Tatsuo Hirano, a lâché le mot : le gouvernement

envisage une zone tampon autour de la centrale de Fukushima daï-ichi où les populations ne pourront pas rentrer. La centrale va être menaçante pendant longtemps et il n’est pas prudent de laisser vivre des populations à proximité. Les maires de Futaba et d’Okuma ont reconnu que c’était une mesure nécessaire.

Cette nouvelle zone tampon viendrait s’ajouter aux autres zones déjà définies précédemment. Il est question d’un cercle de 500 m à 1 km pour le moment, mais les négociations avec les autorités locales n’ont pas commencé.Vendredi 6 avril, c’est la rentrée scolaire au Japon. 54 écoles publiques et collèges ont dû fermer à cause de l’ordre d’évacuation. 12 sont encore fermés lors de cette nouvelle rentrée. 42 autres ont ouvert en d’autres lieux et accueillent 763 nouveaux inscrits, soit une chute de 70% par rapport à l’année 2010. 2 écoles élémentaires de Tamioka, commune partiellement

en zone évacuée, a vu zéro nouveau inscrit. De nombreuses familles sont donc parties pour de bon.545 personnes sont rentrées à Kawauchi alors que la mairie et l’école ont rouvert. Le débit de dose aux alentours de l’école est de 0,11 à

0,16 microsievert par heure, ce qui est moins que la limite d’évacuation (à 23 microsievert par heure), mais reste encore élevé.Le gouvernement a levé l’obligation de tuer les animaux de la zone des 20 km. Les agriculteurs qui avaient refusé cet ordre pourront garder leurs bêtes à la condition de bien les isoler des autres bêtes : il y a interdiction de les vendre, transporter ou de les nourrir.Lundi 9 avril, deux grandes

compagnies, Dai Nippon Printing Co. et Fujikura Rubber Ltd ont décidé d’abandonner leur usine située dans le district d’Odaka à Minami-Sôma.

Ce district est dans la zone des 20 km et fait partie des zones où l’interdiction de visiter les lieux a été levée.Mercredi 11 avril, le Yomiuri est allé voir le dernier centre d’hébergement d’urgence du Japon qui est situé à Kazo dans la province de Saïtama. Il est dans un lycée désaffecté qui abrite aussi la mairie de Futaba. Il y a eu jusqu’à 1

400 habitants originaires de Futaba, ville proche de la centrale de Fukushima. Il n’en reste plus que 300 et la moitié ont plus de 65 ans.

 

Lundi 16 avril, comme prévu, le gouvernement a levé l’ordre d’évacuation pour une partie de Minami-Sôma qui est dans la zone des 20 km. 3 900 foyers sont concernés. De nombreux habitants sont allés voir dans quel état état leur maison après un séisme, un tsunami pour

certains et un an d’abandon. Il reste aussi à rétablir l’eau, l’électricité et les infrastructures et « décontaminer ». Les habitants ne sont pas autorisés à dormir chez eux. L’ordre d’évacuation a déjà été levé pour une partie de Tamura et de Kawauchi.

En revanche, les municipalités d’Okuma, Namié, Futaba et Tomioka, ont décidé de recréer des villes temporaires en un autre lieu de Fukushima pour garder le lien social dans leur commune.

 

Mercredi 18 avril, photos de ‘hanami’ (observation des fleurs de cerisiers) à Tomioka, dans la zone des 20 km ici et ici.Dimanche 22 avril, le gouvernement a, pour la première fois, lors d’une réunion avec les élus de 8 communes évacuées, montré des cartes avec les zones où les habitants ne pourront pas rentrer avant au moins 5 ans. La dose externe attendue à la fin mars 2017 y dépassera encore 20 mSv par an. Cela

signifie implicitement que le gouvernement n’a pas l’intention de baisser cette limite durant les 5 prochaines années. Pourtant, 20 mSv/an pendant 5 ans, cela fait 100 mSv, chiffre régulièrement avancé par les autorités comme seuil à partir duquel les effets de la radioactivité sont prouvés.

7 communes sont concernées, dont Minami-Sôma et Iitaté. L’exposition externe dépassera même 50 mSv/an par endroits dans 5 ans pour 4 d’entre elles.

Dans 10 ans, l’exposition externe sera encore trop élevée par endroits dans 6 communes. Dans 20 ans, il y aura encore des zones de Futaba et Ôkuma où l’exposition externe dépassera 50 mSv/an. A Namié et Katsurao, ce sera encore entre 20 et 50 mSv/an.

Les cartes de l’évolution du débit de dose au cours des ans sont ici en japonais.

Le gouvernement n’a présenté aucun plan pour les zones les plus proches de la centrale.Samedi 12 mai, le Yomiuri fait le point sur les personnes qui vivent encore dans les municipalités situées entre 20 et 30 km de la centrale. Il leur a

d’abord été conseillé de rester confinées chez elles, puis d’évacuer volontairement. Cet ordre a finalement été levé le 30 septembre 2011.

Mais, près de 7 mois plus tard, il manque encore la moitié de la population dans les 5 municipalités concernées. A Kawauchi et Tamura, le nombre d’habitants a encore baissé depuis la levée de l’ordre d’évacuer. En tout, seulement 2 200 personnes sont rentrées depuis sur 30 000 qui sont parties et 59 000 en tout.

Certaines familles ne rentrent pas par crainte des radiations. D’autres parce qu’elles n’ont pas de travail si elles rentrent. Certaines familles ont déjà refait leur vie ailleurs (nouveau travail, nouvelle école…). A Minami-Sôma, dans la partie située à moins de 20 km de la centrale, où tout est à remettre en état pour permettre aux habitants de rentrer, les bénévoles ne se boursculent pas pour aider à enlever les débris et nettoyer la zone. Il y a un an, dans les autres zones touchées par le tsunami,les bénévoles étaient beaucoup plus nombreux.

Juin – Août 2012

Samedi 2 juin, Aizu-Wakamastu, dans la province de Fukushima, qui attirait de nombreuses excursions scolaires pour son intérêt historique, a vu le nombre de classes chuter en 2011 et une légère reprise en 2012.Samedi 9 juin, selon un

chiffrage fait par le gouvernement, 18% des habitants de 11 municipalités ne pourront pas rentrer chez eux avant plus d’une dizaine d’années si rien n’est fait pour décontaminer. C’est 81% pour Ôkuma et 49% pour Futaba.

32% de ces 86 000 habitants, soient 27 500 personnes, ne pourront pas

rentrer avant 5 ans. C’est 97% pour Ôkuma et 75% pour Futaba.

Actuellement, 64% de ces habitants sont originaires d’une zone où la contamination entraîne une exposition annuelle supérieure à 20 mSv/an.

 

Vendredi 15 juin, le zonage des zones contaminées de Iitaté-mura va être revu pour permettre aux habitants de rentrer chez eux, dans les lieux où cela est possible. Les limites fixées sont les mêmes que pour les trois villages où le zonage a déjà commencé. Les autorités ne montrent aucun signe qu’elles veulent baisser la limite d’évacuation.Dimanche 1er juillet, le gouvernement a annoncé vouloir soutenir la création de villes provisoires pour accueillir les résidents des 4 municipalités où il n’est pas possible de rentrer avant longtemps (Futaba, Ôkuma, Namié et Tomioka).

 

Mardi 3 juillet, 40,4% des

habitants d’Ôkuma, ville particulièrement contaminée de la zone des 20 km, pensent ne jamais rentrer chez eux, selon la municipalité. C’est 4 fois plus qu’il y a un an. 10 025 personnes ont été interrogées, et 6 481 ont répondu, soient 64,6%. 18% des personnes ayant répondu, ont déclaré vouloir vivre dans le lieu de leur choix en attendant pouvoir rentrer et 21,9% dans le lieu choisi par les autorités.

En ce qui concerne le niveau de radiation accepté par les habitants pour rentrer, 40,9% ont déclaré moins de 1 mSv/an et 33,7% ne savent pas.Mardi 17 juillet, le village d’Iitaté, avec 6 300 habitants, est la quatrième commune où un rezonage a été effectué après l’ordre d’évacuer arrivé très tard l’an dernier. Comme pour les autres communes, il y aura 3 zones définies en fonction de la contamination. 30% de la surface du village a une contamination inférieure à 20 mSv/an (le gouvernement maintenant cette limite élevée comme critère de retour !) et 800 personnes environ y vivaient : la « décontamination », ou plutôt des tentatives de décontamination très partielles vont y être menées avant le retour des habitants. Pour la zone intermédiaire (entre 20 et 50 mSv/an), où vivaient 5 260 personnes, un retour devrait être possible d’ici quelques années, après « décontamination ».

Les travaux de « décontamination » devraient commencer en septembre pour se terminer en mars 2014. Pour les forêts et les rizières, qui constituent 85% de la surface de la commune, rien n’a été décidé pour l’instant.

Dans le hameau de Nagadoro, où vivaient 70 familles (270 habitants), le retour ne sera pas possible avant plus de 5 ans. Des barrières en interdisent l’accès depuis 0h. Ces barrières sont un choc pour les habitants : le gouvernement ne leur a dit d’évacuer qu’en avril 2012, soit plus d’un mois après les rejets

massifs. Et l’ordre d’évacuation n’était pas immédiat. Puis, pendant plus d’un an, ils pouvaient retourner dans la zone sans entrave. Et maintenant, l’accès est barricadé. Pourquoi avoir attendu 16 mois ? Où est la cohérence ?Quel est le sens de la parole gouvernementale ? Ailleurs, les habitants, pourront rentrer chez eux

durant la journée, mais pas dormir sur place.

Cependant, il n’est pas sûr que tout le monde rentre : une enquête auprès des habitants d’Iitaté a montré que 57,4% voulaient rentrer. Mais quand il s’agit de la génération avec de jeunes enfants, 54% n’ont pas l’intention de rentrer au village, même si cela signifie un sacrifice.

Alors qu’il n’était pas rare de voir plusieurs générations sous un même toit à Iitaté, les familles sont maintenant éclatées. Les jeunes générations sont proches de leur lieu de travail ou des écoles, et les anciens dans des logements temporaires. Le nombre de foyers est passé de 1 700 avant la catastrophe à 3 094 au 1er juin 2012.

Dans les autres communes évacuées, le rezonage prend du retard à cause des problèmes d’indemnisation.Mardi 24 juillet, la ville de Hirono, située de 20 à 25 km de la centrale accidentée,

veut rouvrir son école et collège à la fin des vacances d’été, fin août. Il y avait 517 enfants avant le 11 mars 2011. Un sondage récent auprès des parents indique que seulement 95 enfants (ou 18%) reviendraient. Et parmi eux, 70% continuerait à vivre dans leur hébergement temporaire et feraient la route tous les jours pour venir à l’école.

La situation est similaire dans les autres écoles des zones évacuées qui ont réouvert.Mardi 31 juillet, le gouvernement s’est entendu avec la mairie de Naraha, située dans la zone des 20 km, et l’interdiction d’accès devrait être levé le 10 août pour 7 600 habitants. Seules des visites dans la journée seront permises.Jeudi 9 août, l’interdiction d’entrer à Naraha, dans la zone des 20 km, est levée à minuit. Le retour des 7 600 habitants n’est pas encore pour maintenant : il faut décontaminer, rétablir les infrastructures…Vendredi 10 août, avec l’ouverture des accès à Naraha, les habitants se sont précipités chez eux pour évaluer l’ampleur des dégâts et se rendre sur les tombes à la veille d’o-bon (toussaint japonaise). La route d’accès était encombrée dès le jeudi matin.Mardi 14 août, certaines municipalités de la zone des 20 km ont décontaminé les cimetières en priorité pour permettre à la population de se rendre sur les tombes pour la première fois depuis le 11 mars 2011. C’est le cas

en particulier dans le quartier Miyakojimachi à Tamura. A Naraha, dont l’accès vient à peine d’être autorisé, il n’y a pas encore eu de « décontamination ».Vendredi 24 août, la mairie de Tamioka, dans la zone évacuée, a envoyé un questionnaire au 7 150 foyers de la commune pour les interroger sur leur volonté de rentrer ou non. Seulement 3 150 foyers, ou 44% des foyers interrogés, ont répondu. Parmi eux, 50% ont déclaré être prêt à attendre

l’autorisation de rentrer chez eux. Environ 30% ont déclaré ne jamais vouloir rentrer.

 

Lundi 27 août, les écoles de Hirono ont rouvert après un an et demi, mais seulement 20% des enfants environ sont revenus. Les familles vivent encore souvent dans les hébergements provisoires à Iwaki. L’ordre d’évacuation de la ville avait été levé en septembre dernier.Mardi 28 août, les maires de Ôkuma, Tomioka et Namié, dont les habitants ne pourront pas rentrer avant plus de 5 ans, ont réclamé la création de quartiers résidentiels temporaires à Iwaki. Mais le maire d’Iwaki est débordé par cette situation : la ville a accueilli 23 000 évacués et les services publics ne sont pas dimensionnés pour un tel surplus de population. Il préfèrerait que les logements des évacués soient dispersés sur plusieurs lieux de la commune. Les autorités gouvernementales et régionales ont approuvé.Jeudi 30 août, les éleveurs de Fukushima tentent de décontaminer les pâtures qu’ils ne peuvent plus utiliser. Les travaux ont commencé début août à Samégawa et concernent 70 hectares ou la moitié des pâtures de la commune. Cela consiste en fait à retourner le sol pour enterrer la

partie la plus contaminée et répandre des zéolithes qui absorbent le césium. Ils devraient ensuite resemer l’an prochain. Ce sont les agriculteurs qui ont la charge de ce travail qui devrait continuer jusqu’à la mi-septembre dans 14 communes de Fukushima. Personne ne connaît l’efficacité de la mesure.

Les forêts n’étaient pas incluses dans les plans de décontamination du gouvernement, alors qu’elles représentent 70% de la surface de la province de Fukushima. En fait, seule une bande de 20 m autour des habitations, des campings ou autres lieux exploités en forêt devait être décontaminée. Le ministère de l’environnement a accepté la requête des autorités régionales et devrait inclure les forêts dans ses plans de décontamination. Mais les expériences menées jusqu’à maintenant ne sont pas probantes : en pratiquant des éclaircies dans une forêt de

cèdres sur un rayon de 50 m, le débit de dose au centre n’avait baissé que de 23,5% alors que 30% des arbres avaient été retirés. En bordure, le débit de dose n’avait baissé que de 2,5%. Mais pour le vice-gouverneur, il est important de tenter de décontaminer les forêts, car la radioactivité revient dans les villages ‘décontaminés’ et il faut tout recommencer.

Septembre – Octobre 2012

Lundi 3 septembre, de nombreuses maisons traditionnelles avec des murs en torchi ne pourront pas être décontaminées estime le gouvernement. Elles ne peuvent pas supporter l’eau à haute pression. D’autres ont été trop endommagées par le séisme ou le tsunami pour que cela vaille la peine

de les décontaminer.

C’est le cas de nombreuses fermes très anciennes d’Iitaté et de Kawauchi, ou de maisons de Naraha, trop abîmées. Même à Tamura, où la décontamination complète est en cours, certaines habitations seront exclues.Mardi 4 septembre, les autorités municipales de Kawamata ont sondé les habitants du district de Yamakiya âgés de plus de 15 ans et il en ressort que 60% sont pessimistes quant aux effets de la décontamination. Pour eux, il n’est pas possible de décontaminer. Et la crise à la centrale n’est pas terminée et l’on ne sait pas ce que réserve l’avenir. Quant à l’avenir économique de la zone, il est bien sombre.

30% de ceux qui se sont exprimés sur leur volonté de retour ne comptent pas revenir. Plus de 30% sont prêts à rentrer si la dose annuelle passe sous la barre de 1 mSv dans tout le district. Un peu moins de 11% se contenteraient de 1 mSv/an dans leur maison et champs.Vendredi 7 septembre, l’autoroute qui traverse les territoires contaminés de Fukushima est fermée. Le débit de dose par endroit peut atteindre 250 mSv/an ! Les autorités veulent la rouvrir rapidement pour faciliter les transports avec les zones sinistrées. Des travaux de décontamination ont été entrepris qui semblent satisfaisants, selon le gouvernement. Où il y avait 250 mSv/an, on est passé à 50 mSv/an à cause du rayonnement qui vient des forêts voisines. La décontamination des 24 km où la contamination dépasse les 20 mSv/an va donc être menée pour que

l’autoroute puisse rouvrir début 2013.Mardi 18 septembre, selon un recensement effectué par le quotidien Maïnichi, environ la moitié des élèves des écoles des 10 municipalitées évacuées à la suite de la catastrophe de Fukushima ne sont plus inscrits dans leur école d’origine. Dans les 4 municipalités qui ont rouvert leur propre école dans un autre lieu durant l’été 2011 ou plus tard, le nombre d’élèves est inférieur à 20% de ce qu’il était avant. Les enfants inscrits dans de nouvelles écoles n’ont plus envie de revenir.

Les responsables de ces écoles font leur maximum pour promouvoir le retour des élèves : sans enfant, il n’y a plus d’avenir pour la commune.

L’école et le collège de Tomioka ont rouvert dans une usine désaffectée de Miharu mais le nombre d’élève est de 75, 5% des effectifs d’avant la catastrophe. A Namié, il y avait 9 écoles ou collèges. Seulement une école et un collège ont rouvert à Nihonmatsu, avec 79 élèves, aussi de l’ordre de 5% des effectifs initiaux.

A Hirono, l’école a repris dans les locaux d’origine cet été, après avoir été à Iwaki, mais moins de 20% des élèves sont revenus. Pour celle de Naraha, qui est restée à Iwaki, il y a aussi moins de 20% des effectifs initiaux.

A Minami-Sôma, qui a été partiellement confinée et partiellement évacuée pendant la crise, il n’y a que 50% des enfants. C’est descendu à 30%.

Pour Iitaté, qui a rouvert une école à Kawamata, il y a 60% des enfants. Quant à Tamura et Kawamata, il y a environ 90% des enfants.

De nombreux pouvoir locaux s’inquiètent pour l’avenir de leur municipalité, les gens commençant à refaire leur vie ailleurs.

Vendredi 21 septembre, le district d’Idagawa de la ville de Minami-Sôma, a été conquis sur la mer pendant les ères Meiji et Taishô. Il produisait essentiellement du riz sur 180 hectares environ. Il a été dévasté par le tsunami et le barrage qui alimente les rizières est contaminé au césium radioactif. Les sédiments au fond du barrage ont 260 000 becquerels par kilogramme. Il se peut donc que le district soit complètement abandonné. Le chef du district s’attend à ce que les 251 habitants refusent d’y retourner. Quand la municipalité a proposé une réinstallation sur les hauteurs à proximité d’Idagawa, les habitants ont dit non : « plus personne ne veut produire de riz ici ».

La municipalité d’Ôkuma a approuvé le projet de reconstruction qui stipule qu’il n’y aura pas de retour avant plus de 5 ans.Lundi 24 septembre, ouverture à Tôkyô du premier salon des technologies de décontamination.

Plus d’une centaine d’entreprises participent à cet évènement de 3 jours. Pour le moment, c’est surtout l’huile de coude qui est utilisée pour un résultat souvent décevant.

Samedi 29 septembre, il y a tout juste un an, le 30 septembre 2011, le gouvernement a autorisé le retour des populations dans certaines zones comprises entre 20 et 30 km de la centrale accidentée. La moitié des 59 000 personnes concernées ne sont pas prêtes à rentrer par crainte des radiations. La « décontamination » des maisons a commencé à Hirono et Kawauchi, mais pas

à Minami-Sôma ou Tamura car il n’y a pas de solution pour les déchets radioactifs. Les infrastructures n’ont pas toutes été rétablies non plus.Dimanche 30 septembre, à Hirono, située entre 20 et 30 km de la centrale, la population est autorisée à rentrer depuis tout juste un an, mais moins de 10% des habitants sont rentrés (505 sur 5 300). Pourtant, presque toutes les infrastructures ont été réparées. La mairie a rouvert en mars 2012, l’école est « décontaminée » depuis août et a rouvert. 80% des 2 500 habitations ont aussi été « décontaminées ». Mais les gens ne rentrent

pas. Les seuls commerces qui ont repris le travail sont les hôtels, restaurants et compagnies de construction. Il n’y a pas de médecin, pas de supermarché.

En revanche, il y a environ 4 900 travailleurs qui y résident temporairement. Le seul supermarché de la ville n’a pas rouvert et le propriétaire ne

compte pas revenir. Le bâtiment est utilisé par les compagnies sous traitantes engagées sur le site de la centrale ou dans la décontamination.

Dans le plan soumis par la mairie, toute la population doit être de retour avant la fin de l’année… La municipalité va donc organiser des réunions pour inciter les gens à rentrer.Jeudi 4 octobre, la mairie de Futaba, qui occupe actuellement un lycée désaffecté dans la banlieue de Tôkyô (à Kazo dans la province de Saïtama), va aller s’installer dans la ville d’Iwaki, province de Fukushima. Comme le retour des habitants à Futaba n’est pas possible avant plusieurs années, elle veut aussi y établir une ville temporaire pour ses 4 000 habitants. Ce devrait être dans le district d’Azumadamachi.Samedi 6 octobre, l’école de Kawauchi, située à une vingtaine de kilomètres de la centrale, a rouvert pour la nouvelle année scolaire, en avril 2012. Sur les 114 enfants, seulement 16 sont revenus à ce jour. Mais l’école a tenu son premier évènement sportif depuis deux ans : cela a été l’occasion pour des enfants qui ne sont pas rentrés de revoir leur école et camarades.Vendredi 12 octobre, les

autorités régionales de Fukushima ont décidé de construire 500 habitations à Iwaki, Aizu-wakamatsu et Kôriyama pour héberger les évacués qui ne pourront pas retourner chez eux avant longtemps. La moitié devrait être à Iwaki. Sont concernées, les 50 000 habitants de Namié, Futaba, Ôkuma et Tomioka qui vivent actuellement dans des logements temporaires. L’acquisition des sites et d’autres coûts représentent environ 5,6 milliards de yens (54 millions d’euros).Lundi 29 octobre, de nombreux endroits touristiques des régions limitrophes de Fukushima ne voient pas les touristes revenir. Akagi Ônuma, au Nord de Maébashi dans la province de Gunma, attire habituellement 25 000 personnes par an pour la pêche à partir de septembre. Le nombre de visiteurs a baissé de 90%. Les éperlans sont toujours contaminés au-delà des limites autorisées. La pêche est maintenue, mais la consommation interdite.

La ville de Nakagawa, dans la province de Tochigi, est célèbre pour la viande de sanglier. La vente a été suspendue en décembre 2011, suite à la découverte d’un animal dépassant la limite. Le gouvernement a de nouveau autorisé la vente à la condition que chaque animal soit testé.

Depuis, seules trois bêtes avaient une contamination supérieure à la limite. Mais les acheteurs ne reviennent pas.Une enquête menée par l’université de Fukushima montre que 62,7% des habitants de la province de Fukushima souhaitent rester dans la région ou aimeraient pourvoir rester s’il n’y avait pas les risques liés aux

radiations. Les 1 232 personnes de plus de 15 ans ont été interrogées en août et septembre dernier. 13,8% espèrent pouvoir partir.

C’est le travail qui est la raison mentionnée en premier quand on demande aux gens pourquoi ils restent (69,7%). Les difficultés financières arrivent en deuxième dans le questionnaire autorisant plusieurs réponses.

Novembre 2012

Samedi 3 novembre, TEPCo veut ouvrir des bureaux à Fukushima avec plus de 4 000 personnes à partir de janvier prochain. Elle veut y installer les sections en charge des indemnisations et de la « décontamination ». Cela représente plus de 10% des employés de la compagnie. Les 38 000 employés de la compagnie devront y passer un certain temps. Il y a 3 500 personnes affectées à ces tâches actuellement. La compagnie espère ainsi se

rapprocher des personnes directement touchées par la catastrophe nucléaire.Lundi 5 novembre, quand le ministère de l’environnement a signé des contrats de ‘décontamination’ avec des compagnies, il a prévu une prime qui doit aller de 3 300 yens (33 euros) à 10 000 yens (100 euros) par jour en plus du salaire. Le niveau de la prime dépend du niveau de la

contamination et de la distance par rapport à la centrale. Une enquête du Asahi a montré que la prime atteint rarement les travailleurs et est siphonée par les nombreux intermédiaires du mille-feuille de sous-traitants.

Des milliers de travailleurs sont concernés par les 18 projets qui coûtent 3,5 milliards de yens (35 millions d’euros). Il y a 12 compagnies qui ont remporté les marchés.

L’Asahi a enquêté sur 6 projets impliquant 6 compagnies différentes et a trouvé des cas de non-paiement de la prime dans les 6 cas. Il s’agit de projets pour un montant total de 100 millions de yens (1 million d’euros). Des travailleurs ont déclaré n’avoir jamais touché de prime. Il y a différents cas :

– la direction d’une compagnie sous-traitante a parfois déclaré ne rien avoir reçu pour le paiement des primes et que l’argent est resté dans la poche de la compagnie qui a remporté le marché.

– dans un autre cas, le salaire de base a été baissé pour ‘compenser’ partiellement la prime de risque.

– il y a aussi un cas où la compagnie qui a remporté le marché a bien payé la prime au premier sous-traitant qui l’a versée à ces propres employés mais ne l’a pas versée au sous-sous-traitant.

Les 6 compagnies qui ont remporté les marchés en question sont Taisei Corp., Shimizu Corp., Kajima Corp., Hazama Corp., JDC Corp. et Okumura Corp. Cette dernière a refusé de répondre à l’Asahi.

Le ministère de l’environnement va lancer une enquête. Il compte dépenser 650 milliards de yens (6,5 milliards d’euros) au total d’ici la fin de l’année fiscale 2013.Mercredi 7 novembre, 45,6% des habitants d’Ôkuma, où est située la centrale de Fukushima daï-ichi, ont déclaré ne pas vouloir rentrer. 5 378 foyers ont été contactés par mail en septembre dernier par l’Agence de Reconstruction, et 63,7% ont répondu. Seulement 11% ont dit vouloir rentrer. 41,9% ne savent pas. Parmi les trentenaires, ils sont 54,7% à ne pas vouloir rentrer. Est invoquée dans 80,8% des cas, la peur des radiations, la sûreté de la centrale dans 70,2% des cas et l’état de la maison dans 67,6% des cas.

De plus, seulement 22,8% des foyers qui ont répondu, ont déclarer vouloir s’installer dans le village temporaire que veut mettre en place la municipalité car les niveaux de contamination ne permettent pas d’envisager un retour, officiellement, avant plusieurs années. 24,2% ont dit ne pas vouloir s’y installer et il y a 50,8 d’indécis.Mardi 13 novembre, reportage intéressant de la NHK

sur la ‘décontamination’, en anglais. Les autorités rèvent toujours d’une catastrophe réversible, mais la réalité du terrain ne perment pas d’être optimiste. La ‘décontamination’ coûte cher, n’est pas souvent effective et il n’y a pas de solution pour les déchets engendrés.

Un des problèmes avec le rayonnement gamma émis par le césium est qu’il peut ‘rebondir’ sur les molécules d’air (par effet Compton) et irradier des personnes situées loin. C’est effet est encore plus fort dans les vallées où la contamination des flancs de la montagne irradient la vallée. Dans une telle situation, une ‘décontamination’ localisée ne fait pas baisser de façon significative le rayonnement ambiant. Il faut ‘décontaminer’ sur de grande distances, ce qui ne fait qu’aggraver les problèmes mentionnés.Jeudi 15 novembre, une grande partie des forêts japonaises est constituée d’arbres qui restent verts toute l’année, comme des cyprès ou des cèdres. Ils mettent plusieurs années à renouveler leurs aiguilles et une partie du

césium est encore stockée dans les arbres. Il ne sert à rien d’essayer de décontaminer les sols forrestiers maintenant, cela va se recontaminer. De plus, si l’on retire le couvert des sols forrestiers, on tue la forêt.

Une équipe de l’université de Tsukuba, au Japon, a montré que 6 mois après les rejets massifs, 60% de la radioactivité est restée piégée dans les arbres. (Article en accès payant, grrr).

Les arbres à proximité des maisons sont encore irradiants, comme on

peut le voir dans le reportage de la NHK, déjà mentionné.

A long terme, la contamination va s’enfoncer dans le sol où elle sera partiellement capturée par les racines et va remonter dans les arbres,

comme on peut le voir à Tchernobyl. Les arbres seront moins contaminés qu’avec des dépôts directs, mais cela va durer longtemps.

Rappelons que les forêts couvrent 70% de la surface de la province de Fukushima.

 

Mardi 20 novembre, l’entreprise

Kaneka Corp se vante d’avoir mis au point un détergent 100% naturel pour aider à la décontamination. Plus besoin de décontaminer l’eau de nettoyage avec détergents chimiques comme auparavant.Vendredi 30 novembre, TEPCo a décidé d’installer son siège régional à J-Village, l’ancien centre d’entraînement de foot, transformé en base arrière pour les travaux à la centrale. Il est surprenant qu’elle s’installe en zone contaminée, exposant inutilement les employés et les visiteurs. Cela

risque aussi de gêner les travaux à la centrale.Le gouvernement a défini un nouveau zonage de la ville d’Ôkuma : 96% de la commune est désormais en zone interdite car le débit de dose y dépasse 50 mSv/an. Comme il n’était pas possible de permettre un retour à moyen terme pour 4% seulement des résidents, le gouvernement a classé toute la commune et le foncier va être indemnisé à la valeur qu’il avait avant la catastrophe.

 

Mardi 4 décembre, si vous êtes allé au Japon, vous connaissez le rôle joué par les ‘combini’ ou « convenient stores », ouverts 24h/24 7j/7, que l’on trouve à chaque coin de rue en ville et dans des coins très reculés à la campagne. Un tel magasin va ouvrir à Kawauchi, à 20 km de la centrale. Il va offrir plus de produits frais qu’habituellement pour faire face à la demande.

Le ministère de l’environnement a présenté un bilan de la ‘décontamination’ conduite par les entreprises qu’il finance dans 58 municipalités de 7 provinces. 69% des écoles et crèches ont été traitées, 51% des routes, 38% des parc et des terrains de jeu et seulement 18% des 100 000 habitations.

Lundi 10 décembre, c’est maintenant officiel, presque toute la commune d’Ôkuma est déclarée en zone de « retour difficile », litote pour dire zone d’exclusion. 11 000 résidents sont concernés. L’accès a été barricadé et les travaux de « décontamination » vont débuter dans les 4% de la commune où le gouvernement espère permettre un retour.

Vendredi 14 décembre, 118 points chauds, qui avaient entraîné l’évacuation de 129 foyers, ont été ‘décontaminés’. La dose annuelle pour les habitants y est passée sous la barre des 20 mSv, ce qui autorise un retour selon les autorités. Mais cette limite est trop haute et pas tenable à long terme. Les habitants vont-ils rentrer ?

Sur ces 118 points chauds, 117 étaient à Daté et un à Kawauchi. La dose la plus forte est encore de 12,6 mSv/an à Daté et de 7,8 mSv/an à Kawauchi. Il y a encore 153 foyers désignés comme points chauds à Minami-Sôma.

Mardi 18 décembre, le bureau de poste de Nimaibashi dans la commune d’Iitaté a rouvert.

C’est le premier à rouvrir dans les zones évacuées. Il est dans une zone où le retour n’est pas encore possible mais où les habitants sont autorisés à venir durant la journée. La décontamination est terminée dans les environs de la poste, mais la presse ne donne pas les niveaux de dose.

Une usine n’a jamais fermé dans ce village.

Dimanche 30 décembre, dans les zones évacuées reclassifiées en zones de préparation au retour, les habitants sont autorisés à s’y rendre durant la journée, mais pas à dormir sur place. Pour le nouvel an, la restriction a été levée, et les habitants sont autorisés à dormir jusqu’à 5 nuits chez eux, à compter du samedi 29 décembre. Un total de 525 résidents (221 de Minamisôma, 236 d’Iitaté, 16 de Kawauchi et 52 de Tamura) se sont inscrits selon le gouvernement. C’est moins de 7% de ceux qui en avaient la possibilité.

La municipalité de Naraha a refusé le retour des habitants pour le Nouvel an, car les travaux de décontamination et de rétablissement des infrastructures n’y sont pas assez avancés. Il n’y a toujours pas d’égouts et la municipalité n’est

pas prête à faire face à une catastrophe naturelle ou à de la criminalité. Il en est de même pour une partie de Minamisôma. Seuls les habitants du quartier de Haramachi sont autorisés à rentrer pour les fêtes. Ailleurs, les égouts ne sont pas rétablis non plus.

Toutes les personnes qui rentrent devront porter un dosimètre durant tout le séjour.

Vendredi 4 janvier, l’Asahi a enquêté sur la ‘décontamination’ et a découvert de nombreuses malversations. Il y consacre trois articles en anglais (un, deux, trois).

Des déchets contaminés (terre, feuilles…) ont été vidés dans des rivières, de l’eau issue des appareils de nettoyage à haute pression, non collectée… Souvent, ce sont les chefs qui ont encouragé les ouvriers à ne pas respecter les règles.

Le gouvernement a déjà consacré 650 milliards de yens (5,7 milliards d’euros) à la ‘décontamination’ d’une petite partie des zones les plus contaminées. Les zones moins contaminées sont à la charge des pouvoirs locaux. Sur les 11 communes concernées par le programme gouvernemental, les travaux ont commencé dans 4 d’entre elles. Il s’agit d’enlever les substances contaminées jusqu’à 20 m autour des bâtiments, habitations, routes…

Ce sont les majors du BTP qui ont remporté les marchés et qui sous-traitent à des petites compagnies, qui souvent, sous-traitent elles-mêmes. Aucune de ces compagnies n’avait d’expérience dans la décontamination. A Naraha, par exemple, le contrat entre le gouvernement et le consortium qui inclut Maeda Corp. et Dai Nippon Construction est de 18,8 milliards de yens (165 millions d’euros). A Tamura, c’est Kajima Corporation, la plus grande compagnie de BTP, qui a remporté le marché.

C’est elle qui a construit les bâtiments réacteur 1 à 6 de Fukushima daï-ichi…

Le cahier des charges stipule clairement que les entreprises doivent collecter les matériaux contaminés et ne pas les disperser dans la nature. Les toits et les murs doivent être nettoyés à la main. L’eau sous pression n’est autorisée que pour les gouttières et doit être collectée.

Du 11 au 18 décembre, 4 journalistes du quotidien Asahi sont allés enquêter sur le terrain. Ils ont passé 130 heures à observer. Sur 11 sites, situés à Naraha, Iitaté et Tamura, les travailleurs rejetaient dans la nature les feuilles, la terre et l’eau. Les journalistes ont pris des photos. Les interviews d’une vingtaine de travailleurs a révélé qu’ils ne faisaient que suivre les instructions de leurs employeurs, sous le prétexte qu’ils ne pourront jamais finir s’ils respectent scrupuleusement les règles. L’Asahi a aussi enregistré le témoignage d’un contre-maître qui a ordonné de rejeter les herbes coupées sur le bas-côté de la route. A Tamura, c’était des feuilles et de la terre dans la rivière.

Il est aussi difficile d’évaluer le bilan de la ‘décontamination’, les mesures de débit de dose avant et après étant très limitées. Les travaux étant faits en priorité dans la zone où il y a des mesures de faites et négligés ailleurs.

Un des ouvriers, âgé d’un vingtaine d’année, était choqué par ces pratiques. Employé tout au bout d’une chaine de sous-traitance, il n’a jamais été entendu par les personnes au dessus de lui. Il a aussi informé le ministère de l’environnement des pratiques. Il a conduit les reporters du Asahi dans une zone forestière à une vingtaine de mètres d’une route de Naraha, à 15 km de la centrale de Fukushima daï-ichi.

C’est là qu’il a rejeté toute la végétation qu’il a collectée au lieu de la mettre dans de grands sacs (big bags). La zone fait 50 m sur 1 m environ il y a une épaisseur qui peut atteindre 1,5 m.

La zone à ‘décontaminer’, sur 20 m de part et d’autre de la route, était marquée par un ruban coloré. Le chef de chantier a dit à la trentaine de personnes engagées dans les travaux de rejeter au-delà tout ce qui ne rentrait pas dans les sacs. Ses propos ont été enregistrés par l’ouvrier en question.

Un autre, âgé de 43 ans, a amené les reporters du Asahi au bord d’une rivière où 3 m3 de débris végétaux ont été rejetés à Tamura.

Le quotidien a aussi pu filmer une telle pratique à Tamura, à 17 km de la centrale. Tout ce qui a été collecté a été rejeté dans la rivière. A Iitaté, le parking de la poste était nettoyé au jet à haute pression et l’eau s’écoulait dans le caniveau pour finir dans la rivière. Un superviseur de Taisei Corp., la major qui a remporté le marché local, était présent. Le débit de dose près du caniveau était de 0,8 microsievert par heure avant les travaux et est monté entre 1,9 et 2,9 microsieverts par heure au niveau de l’eau de nettoyage.

L’Asahi présente de nombreux autres exemples : à Naraha, un balcon était nettoyé au jet sous pression sans collecte de l’eau contaminée. Interrogée, la personne en charge du chantier a expliqué qu’il n’est pas suffisant d’essuyer et qu’il faut tout passer au jet en laissant l’eau s’écouler. Dans certaines maisons, le débit de dose était plus élevé après la ‘décontamination’.

La façon dont le gouvernement s’y est pris en donnant les chantiers au majeurs du BTP est très criticable. Il aurait mieux fait de soutenir les initiatives locales, ce qui aurait favorisé l’économie locale qui est sinistrée et aurait garanti la qualité une meilleure des travaux s’ils sont faits par les personnes qui vont en bénéficier.

Samedi 5 janvier, l’Asahi prétend que le ministère de l’environnement n’a jamais pris au sérieux les nombreuses plaintes qu’il a reçues à propos de la ‘décontamination’ baclée effectuée à Fukushima et des pratiques illégales de rejet des déchets engendrés dans la nature. Et elles étaient nombreuses. Il n’a même pas fait l’effort de les compiler.

Un fonctionnaire de ce ministère explique sans vergogne : « comme nous avions de nombreux coups de fil, nous ne pouvions pas tout enregistrer ». Le bureau local, installé à Fukushima de ce ministère a rappelé les règles aux compagnies, sans vérifier qu’elles étaient bien appliquées. Il n’a jamais transmis l’information à Tôkyô.

Un ouvrier qui a prévenu le bureau local a expliqué que rien n’avait changé pendant un mois. Il a donc envoyé un document écrit, sans plus d’effet.

Une fois encore, c’est quand le scandale éclate dans les médias que le ministère annonce une enquête.

De son côté, le Maïnichi a aussi contacté des travailleurs impliqués dans la ‘décontamination’ qui confirment que le rejet dans la nature de ce qu’ils ont collecté, à savoir les déchets organiques contaminés, la terre et l’eau, est une pratique ordinaire. Et d’ajouter que c’est dû à une manque de place d’entreposage et qu’il n’y a pas d’autre solution. L’herbe coupée n’est, parfois, même par ramassée et laissée sur place. En conséquence, la ‘décontamination’ ne sert à rien et ne fait pas baisser les niveaux de débit de dose. Quant à l’eau, elle n’est collectée que dans les chantiers modèles, en présence des représentants du ministère ou la presse. Autrement, elle est systématiquement rejetée dans l’environnement.

Bref, il s’agit d’un véritable gaspillage de l’argent public qui bénéficie à quelques compagnies. Surtout en travaillant ainsi, c’est un chantier sans fin, peu importe la quantité de fonds injectés. Le gouvernement, qui a promis un retour aux habitants, ne peut revenir en arrière, même si les populations ne sont pas dupes.

Mais même en travaillant correctement, il n’y a pas de place pour entreposer puis stocker toute les déchets générés. La pluie, le vent recontaminent de nombreuses zones. Le rayonnement gamma émis par les radioéléments rebondit sur les molécules d’air (effet de ciel) et irradie sur de grandes distances. L’effet est encore plus marqué dans les zones encaissées, les vallées, où la contamination des flancs de la montagne irradie le fond. Décontaminer sur 20 m ne suffit pas.

Telle est la triste réalité des zones contaminées. Il serait temps d’accepter honnêtemnt les faits et d’engager des discussions avec les habitants évacués pour définir démocratiquement l’avenir de ces vastes territoires.

Le maire de Futaba, commune proche de la centrale de Fukushima daï-ichi, a déclaré que les habitants ne devaient pas espérer rentrer avant 30 ans. Pour lui, c’est une durée réaliste. Il est optimiste ! Le césium 134, qui a une demi-vie de 2 ans aura presque disparu. Il représente 50% de la contamination en césium des premiers mois. Quant au césium 137, qui a une demi-vie de 30 ans justement, il aura été divisé par deux. Au final, la contamination en césium aura été divisée par quatre seulement en 30 ans. Une partie partira par le lessivage, mais la contamination ne sera pas divisée par des grands nombres.

Actuellement, 75% de la population de Futaba est originaire de zones où la dose dépasse 50 mSv/an. Et le maire d’annoncer que le retour ne sera possible que si la dose passe sous les 1 mSv/an. Il faudra plus de 30 ans pour cela.

Lundi 7 janvier, l’Asahi continue avec le scandale de la décontamination : selon de nouveaux témoignages, la pratique de rejeter les déchets dans la nature existe depuis le début, même lors des chantiers tests, sauf quand les officiels étaient présents.

Le ministère de l’environnement a lancé une enquête. Les ouvriers qui sont réunis dans une association de défense (Hibakurodo-wo Kangaeru Network, réseau de réflexion sur le travail avec exposition à la radioactivité) veulent en profiter pour faire remonter aussi le problème de la prime de risque qui est pompée par les intermédiaires et n’arrive pas toujours dans la poche de ceux qui font le travail et son réellement exposés.

Mardi 8 janvier, le New-York Times a aussi enquêté sur les malversations lors des opérations de ‘décontamination’, contrairement à la presse française, étonnamment muette sur ce scandale. Plusieurs compagnies locales ont développé des technologies plus efficaces pour ‘décontaminer’, mais elles n’ont été retenues. Ce sont les compagnies du BTP, qui utilisent balais, pelles… et huile de coude qui empochent l’argent des ces contrats lucratifs, sous prétexte qu’elles sont moins chères. Mais, avec quel résultat ! Les compagnies étrangères ont toutes été écartées aussi.

Le gouvernement japonais a invité 32 compagnies américaines pour solliciter leur avis et connaître leur savoir-faire. 6 mois plus tard, aucune n’a été retenue pour participer à la ‘décontamination’.

Pourtant, les Etats-Unis, avec leurs nombreux sites pollués par le nucléaire militaire, ont une longueur d’avance. Les excuses avancées par Hidehiko Nishiyama, un officiel du ministère de l’environnement japonais en charge de la décontamination, sont édifiantes : « Même si une méthode marche à l’étranger, le sol japonais est différent, par exemple. […] Et si nous avons des étrangers qui rodent dans la région, cela pourrait effrayer les vieilles grands-mères et les vieux grands-pères ici ». Plus que les radiations ????

Quant à la presse japonaise, elle continue à lister les malversations.

Et le ministère de l’environnement a reconnu que deux compagnies ont laissé s’écouler dans le caniveau l’eau utilisée pour la ‘décontamination’ à Iitaté et Naraha.

L’Asahi précise que les compagnies respectent les règles en ce moment et que certaines d’entre elles ont demandé aux intervenants de ne pas parler à la presse. Quant aux ouvriers, ils pensent que cela ne finira jamais.

D’autres pensent que c’est un travail inutile car la contamination revient : pourquoi respecter des règles contraignantes qui ne font que faire perdre du temps. Il faut 3 jours pour nettoyer une maison à la main, deux heures avec un jet sous pression.

Le manque de sites d’entreposage pour les déchets collectés est aussi un frein sérieux.

Mercredi 9 janvier, suite à son enquête sur les pratiques mises en oeuvre pour ‘décontaminer’, l’Asahi a reçu plus d’une centaine de mails ou de coups de fil de travailleurs engagés dans ces opérations. Il en ressort un manque de formation, des délais non réalistes, un sentiment d’isolement et que le travail était inutile. Nombre d’entre eux ne pensaient pas faire quelque chose de mal dans de telles circonstances.

D’autres témoignages d’habitants de la région sont venus confirmer les malversations. L’un a expliqué avoir souvent vu des végétaux emportés par les rivières. Et d’ajouter que c’est dû au fait que ce ne sont pas des locaux qui sont engagés pour faire ce travail.

Quelques témoignages de travailleurs :

-« On nous pressait de finir rapidement ».

– « Si l’on essayait de résister, on risquait de se retrouver isolé des autres travailleurs, même si cela n’allait pas jusqu’au risque de perdre son emploi. Avec des températures négatives dans les montagnes, être placé dans de telles circonstances aurait entraîné un sentiment de solitude chez beaucoup de personnes ».

– « Même si le travail n’était pas correctement terminé, on nous disait de se dépêcher car nous n’avions plus le temps. Dès que le site apparaissait comme décontaminé, nous passions au site suivant ».

– « Les niveaux de radiations redevenaient comme avant, même une fois le travail terminé. Nous avions donc le sentiment que ce nous faisions n’avait aucune valeur. Le travail continuera à être de mauvaise qualité, même si la surveillance est renforcée. »

– « Les travailleurs avaient perdu toute préoccupation à propos des substances radioactives », ajoutant qu’il craignait de devenir aussi insensible que les autres.

– « Tous les travailleurs n’ont pas été laxistes. Ils faisaient de leur mieux, essayant différentes méthodes, car il n’y avait mode d’emploi ». Et d’ajouter qu’ils n’ont reçu aucune formation et que des entreprises ponctionnaient leur salaire pour diverses raisons. « Il est difficile d’accepter les accusation de travail bâclé pour des personnes qui essayaient de faire de leur mieux avec des conditions de travail terribles ».

Jeudi 10 janvier, l’Asahi explique toutes les démarches qu’il a entreprises auprès du ministère de l’environnement pour les alerter sur les pratiques sur les chantiers de ‘décontamination’. Quand le journal a montré les photos, le 25 décembre, il leur a été répondu que les ouvriers rejetaient le surplus car ils ont collecté plus de déchets que prévu. Un autre a dit qu’ils ne peuvent rien faire sans confirmer les faits. Le lendemain, le journal a rencontré les responsables locaux de Fukushima, sans plus de succès. La personne sur place a reconnu que les faits étaient graves s’ils étaient confirmés et qu’il en référerait à ses supérieurs. Il n’a rien fait avant le 28 décembre. Ce même jour, deux compagnies ont informé cette personne qu’elles n’avaient pas correctement collecté l’eau. Ce sont les seuls faits reconnu par le ministère à ce jour.

Un des fonctionnaires a même dit que son ministère ne réagirait pas si l’affaire n’est pas rendue publique par la presse…

Même après les révélations, le nouveau ministre de l’environnement, Nobuteru Ishihara, a été très lent à réagir. Il a envoyé le vice-ministre inspecter un site : les feuilles rejetées dans la rivières avaient disparue… Le ministre de l’environnement a aussi demandé des rapports aux compagnies et se refuse à aller interviewer directement les personnes sur le terrain. Il les attend pour le 11 janvier et prendra une décision ensuite… Elle est attendue pour le 18 janvier.

Lundi 14 janvier, l’Asahi continue son enquête sur la ‘décontamination’ et est allé examiner les pratiques mises en place par la ville de Fukushima : l’eau sous pression est largement utilisée et elle part dans le caniveau.

Pourtant, la municipalité a soumis un plan de mettre des sacs de sable contenant de la zéolite (qui absorbe le césium) dans les caniveaux pour filtrer l’eau, qui a été accepté et financé en septembre 2012, mais elle ne l’applique quasiment pas. Les tests qu’elle a effectués montraient que les sacs filtraient 90% du césium.

Dans les zones où il n’y a pas eu d’évacuation, mais où le débit de dose est supérieur à 1 mSv/an, le gouvernement a chargé les municipalités de la décontamination avec un soutien financier. Presque toute la ville est concernée. Cela représente 90 000 foyers, mais seulement 4 000 maisons ont été ‘décontaminées’ jusqu’à présent. Les sacs filtrants n’ont été utilisés que pour 300 d’entre elles, dans une dizaine de quartiers seulement.

Pour plusieurs personnes, le lessivage des sols lors des pluies a tellement contaminé les caniveaux, ruisseaux et rivières, qu’un peu plus ou un peu moins, cela ne se voit pas. Il n’est donc pas utile de filtrer l’eau lors du nettoyage des toits à l’eau sous pression…

Mardi 15 janvier, l’agence Kyodo, reprise par le Japan Times, donne la parole à une personne employée dans la ‘décontamination baclée’ : il n’y a pas de savoir faire et personne ne sait comment faire. Il travaille de 7h30 à 16h30, 6 jours par semaine. Ils sont une dizaine par équipe, de tous âges, hommes et femmes, avec des origines très différentes. Peu ont une expérience en génie civil. Certains ne connaissent même pas les règles de base, comme le port du casque ou les chaussures de protection. Certains travaillent donc avec des bottes ordinaires. « Les contre-maîtres qui nous encadrent ou les inspecteurs gouvernementaux nous harcèlent pour que nous travaillions en sécurité, mais ils ne nous donnent pas d’instructions spécifiques. Ce sont tous des profanes qui ne savent pas ce cause des risques ».

Le coût total de la ‘décontamination’ à Fukushima et dans les autres provinces s’élève déjà à 570 milliards de yens (4,8 milliards d’euros).

Sur cette somme, environ 120 milliards de yens (1 milliard d’euros) concerne les zones les plus contaminées où le gouvernement s’est engagé à mener lui-même les opérations. Ces opérations sont très limitées et il n’y a toujours aucun plan pour les forêts qui couvrent 70% de la province de Fukushima.

Mercredi 16 janvier, suite du feuilleton sur la ‘décontamination bâclée’ : le ministère de l’environnement se réveille et va mener ses propres investigations car il n’est pas satisfait par les réponses apportées par les compagnies impliquées dans le scandale. Il va interroger les ouvriers.

L’Asahi avait découvert 14 cas de malversations avec rejet des déchets dans la nature. Le ministère a reçu des informations à propos de 30 autres cas et les compagnies n’ont admis que 3 ou 4 cas en tout (en fonction des sources) : de l’eau de décontamination qui a coulé dans la nature dans deux cas et des ouvriers qui ont lavé leurs bottes dans la rivière dans les autres cas. Et c’est tout… Les compagnies ont démenti les autres cas, même si l’Asahi a fourni des photos et vidéos.

Selon l’Asahi, le ministère s’est, pour le moment, contenté d’interroger les compagnies, qui se sont retournées vers les contre-maîtres qui n’ont pas interrogé les ouvriers. Dans un autre cas, les ouvriers étaient tous alignés devant leur contre-maître et il leur a été demandé de lever la main s’ils avaient reçu des ordres de rejeter les déchets dans

la nature. Personne n’a osé lever la main devant les supérieurs, même s’ils avaient reçu de tels ordres.

Jeudi 17 janvier, suite du feuilleton sur la décontamination bâclée alors que le ministère de l’environnement doit donner ses conclusions le 18 janvier en se basant essentiellement sur les rapports des compagnies qui ont remporté les contrats. L’Asahi critique sévèrement les rapports des compagnies avec de nouvelles photos et une vidéo. Lors de ses premières révélations, le 4 janvier dernier, l’Asahi avait publié quelques photos pour prouver ses dires (voir notre résumé ce jour là). Les compagnies n’ont pas pu les ignorer et ont brodé autour. L’Asahi démonte le mensonge en publiant d’autres photos. Quelques exemples :

une série de 3 photos montraient une personne à Tamura, le 14 décembre 2012, en train de jeter des feuilles dans un ruisseau avec ses pieds. Le ruban rose sur son casque indique qu’il s’agit d’un contre-maître. La personne sur la photo a reconnu que c’était bien elle. Mais elle affirme qu’elle était aller rechercher un râteau qui était tombé dans la rivière. Et pour appuyer ses dires, la compagnie publie une photo du râteau retrouvé !

L’Asahi a donc publié d’autres photos du même évènement (elle en a 27 en tout !) qui montre le contre-maître avant et après. Il n’a jamais de râteau dans les mains. Par ailleurs, la rivière était couverte de feuilles et de branchages : le râteau n’aurait jamais pu tomber dans la rivière. Le reporter du Asahi a passé la journée sur place et n’a jamais vu le contre-maître rechercher un rateau dans la rivière.

sur une autre photo publiée le 4 janvier, on voyait un homme en blanc utiliser un jet d’eau à haute pression pour ‘décontaminer’ un balcon, sans que l’eau ne soit collectée. Il est interdit, dans le cahier des charges du ministère de l’environnement, d’utiliser un jet haute pression pour les toits et l’eau doit être collectée. La compagnie a reconnu avoir utilisé ce jet pour nettoyer le balcon et ne pas pas avoir collecté l’eau, mais a nié avoir utilisé ce jet pour le toit. L’Asahi publie donc une nouvelle photo du site et une vidéo qui montre l’utilisation du jet sur le toit voisin du balcon.

– troisième et dernier exemple : la décontamination du parking de la poste d’Iitaté-mura le 18 décembre 2012, toujours au jet d’eau haute pression sans récupération de l’eau. Le débit de dose avait augmenté dans le caniveau où l’eau était partie.

Dans leur rapport, les compagnies prétendent que les intervenants ne savaient pas que de l’eau s’écoulaient dans la caniveau. L’Asahi (dernière partie de la vidéo, en japonais) a enregistré la conversation avec le contre-maître où la journaliste lui montre le caniveau où l’eau s’écoule et se dernier s’en va sans rien dire…

Les compagnies ont déjà perdu toute crédibilité dans cette affaire. Le ministère de l’environnement joue aussi sa crédibilité : s’il se contente des rapports des compagnies prises sur les faits, comme il a tendance à le faire actuellement, la défiance envers les autorités, déjà très forte, ne fera que s’accroître. L’argent public en jeu et le nombre de personnes concernées par cette catastrophe font que ce serait un gachi immense.

Vendredi 18 janvier, suite du feuilleton sur la décontamination bâclée : le ministère de l’environnement a finalement reconnu 5 cas de malversation lors des chantiers de ‘décontamination’. Dans 2 cas, il n’y a pas eu de malversation. Le ministère aura aussi ‘enquêté’ (on a vu comment…) sur 14 autres cas et n’aurait pas pu confirmer les accusations. Les compagnies n’ont pas été punies, juste rappelées à l’ordre.

Le ministère va multiplier par 4 le nombre d’inspecteurs qui seront 200 à présent.

Et c’est sans vergogne qu’il appelle la population à lui signaler les malversations alors qu’il n’a rien fait quand des ouvriers ou de simples citoyens ont tenté de tirer la sonnette d’alarme. Le ministère a reconnu qu’il n’avait pas réagi assez vite.

Samedi 19 janvier, le Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a inspecté les conditions de travail sur les chantiers de ‘décontamination’ et a trouvé des violations du droit du travail dans 45% des cas. Ce sont des sous-traitants qui sont le plus souvent mis en cause. 242 sont impliquées dans ce travail. Elles se sont précipitées pour bénéficier des fonds débloqués par le gouvernement, sans avoir aucune compétence.

– Parmi ces violations, il y a 34 cas où le débit de dose n’a pas été contrôlé avant le début des travaux.

– Dans 8 cas, la prime de risque liée aux conditions de travail dans un environnement radioactif n’a pas été payée aux travailleurs. Elle est pourtant payée aux compagnies contractantes sur des fonds publics.

– Dans 11 cas, les conditions de travail, salaire, etc, n’ont pas été précisées aux personnes embauchées.

– Il y a aussi de nombreux cas où les ouvriers n’ont pas été payés ou n’ont pas eu droit à une visite médicale.

Vendredi 25 janvier, il y a eu de fortes chutes de neige dans la région de Fukushima, ce qui conduit à une suspension des travaux de ‘décontamination’. Il y a eu jusqu’à 41 cm dans la ville de Fukushima. De nombreux sous-traitants ont donc simplement licencié les personnes engagées pour effectuer ces travaux, ce qui est illégal.

La loi stipule que les entreprises doivent informer les employés de leur licenciement avec un préavis de 30 jours et les payer pendant ces 30 jours. Mais comme, avec le millefeuille de la sous-traitance, il ne reste plus beaucoup d’argent en fin de chaîne. Les sous-traitants licencient donc les ouvriers pendant la période de neige et compte les réembaucher quand les conditions météo seront redevenues favorables.

Le ministère du travail a promis qu’il allait enquêter. Celui de l’environnement est, une fois de plus, silencieux.

Mercredi 30 janvier, il y a pénurie de main d’oeuvre pour ‘décontaminer’ Fukushima. Selon le ministère du travail, seulement 10% des 1 800 postes sont pourvus.

Les principaux obstacles seraient la peur de la radioactivité et les faibles salaires, qui sont de même ordre que dans le bâtiment. En novembre dernier le salaire mensuel le plus bas pour ce travail était de l’ordre de 190 000 yens (1 500 euros). Les salaires les plus élevés étaient de l’ordre de 260 000 yens (2 200 euros).

Jeudi 31 janvier, la police a arrêté un yakuza impliqué dans la sous-traitance des activités de ‘décontamination’. Il fournissait des travailleurs journaliers à une compagnie sous-traitante et empochait une partie de leur salaire. Yoshinori Araï, du clan Sumiyoshi-Kai, aurait envoyé 3 personnes travailler à la ‘décontamination’ à Daté une dizaine de fois.

Le salaire qu’elles ont touché fait moins de la moitié de ce qui aurait été versé, ce qui suggère que la clan a empoché la différence. Ce n’est pas la première fois que M. Araï est arrêté. Il a déjà été impliqué dans une affaire similaire sur un chantier de construction de logements temporaires.

Les sommes d’argent énormes dépensées dans la reconstruction du Tôhoku et la réhabilitation des zones contaminées attirent de nombreuses convoitises. La pénurie de personnel favorise l’implication de la pègre.

Samedi 2 février, le Fukushima Directorate General vient d’être créé pour coordonner les différentes instances administratives impliquées pour accélérer la réhabilitation de la province de Fukushima frappée par 3 désastres. Il emploie 60 personnes environ.

Jeudi 7 février, le MEXT a mis en ligne des résultats d’analyse de la radioactivité sur des aiguilles de pin qui font apparaître une contamination très élevée par endroit. Comme ses aiguilles ont un cycle de vie de trois ans, elles ne sont pas encore toutes tombées sur le sol. La ‘décontamination’ des sols forrestiers devra être recommencée… Le problème se pose aussi avec d’autres essences très répandues au Japon comme les cèdres (sugi).

Samedi 9 février, le ministère de l’environnement a reconnu que la prime de risque à laquelle ont droit les ouvriers qui ‘décontaminent’ ne leur est pas toujours versée intégralement, voire pas du tout, et disparait dans les nombreuses couches de la sous-traitance. Cette prime est de 10 000 yens (80 euros) par jour et doit venir s’ajouter au salaire. Des centaines d’ouvriers, et peut-être même plus, sont concernés, alors qu’elle est versée par le gouvernement aux entreprises qui ont emporté les juteux marchés.

L’Asahi avait commencé à révéler ces pratiques en nov. 2012. Le ministère a tardé à réagir. Le 22 janvier dernier, il a demandé aux compagnies qui ont empoché les marchés de ‘décontamination’ du gouvernement, mais aussi des pouvoirs locaux, d’enquêter. Elles ont répondu que pour 7 projets sur 33, il y a bien eu malversation : toute la prime n’a pas été versée. On ne sait pas combien de travailleurs cela concerne car le ministère ne l’a pas demandé… Mais un projet implique des centaines, voire des milliers d’ouvriers.

Le ministère devrait demander aux compagnies de verser les primes de risques non versées.

Mais, il se refuse à donner le nom des compagnies. Il ne compte pas non plus les sanctionner. Pourtant, le non-paiement entraîne normalement le non accès aux marchés publics pendant un certain temps.

Ce manque de réaction officielle, qui n’est pas sans rappeler ce qui se passait pour le nucléaire, fait que les pratiques illégales vont perdurer, comme si le pays n’avait rien retenu de la catastrophe nucléaire en cours.

Lundi 11 février, la municipalité de Namié veut ouvrir une clinique dans la zone des 20 km avant la fin de l’année fiscale 2013. Ce sera la première clinique à rouvrir dans cette zone entièrement évacuée. La ville, qui avait une population de 21 000 habitants avant la catastrophe, espère le retour d’une partie de la population dans les zones où c’est permis. Et comme ce seront surtout les personnes âgées qui rentreront, il est important d’avoir un service médical de proximité.

Mardi 12 février, des ouvriers impliqués dans la ‘décontamination’ ont fait fondre de la neige au chalumeau pour pouvoir décontaminer et la maison a brûlé.

Heureusement, elle n’était pas habitée. Pourquoi ‘décontaminer’ dans de telles conditions climatiques ?

Cela a eu lieu le 9 février à 10h40 à Hamada-machi dans la ville de Fukushima.

Lundi 25 février, après les 3 catastrophes qui ont frappé le Japon en 2011, environ 300 000 personnes vivent dans les logements provisoires. 110 000 sont dans des « mobil-homes », les autres dans des appartements avec le loyer pris en charge par le gouvernement. Le gouvernement va étendre à 4 ans la permission de vivre dans les mobil-homes car la construction de logements prend du retard. Seulement 55% des habitations prévues à Miyagi, Iwaté et Fukushima seront construites en mars 2015 (fin de l’année fiscale 2014). D’après l’Asahi, la plus grande difficulté est de trouver des terrains disponibles. Les terrains publics sont occupés par les mobil-homes et les négociations les propriétaires de terrains prennent du temps. Un responsable de Ishinomaki (Miyagi) pointe aussi du doigt le manque de personnel pour négocier les terrains. 24 000 constructions sont prévues (5 639 à Iwaté, 15 767 à Miyagi et 2 868 à Fukushima), mais il n’y a du terrain que pour 37% d’entre elles (9 014). Les travaux ont commencé pour 11%.

Par ailleurs la demande augmente car de nombreuses familles ont abandonné l’idée de construire leur propre logement ou de retourner chez elles et comptent donc sur le parc locatif public. Le nombre de constructions nécessaires a augmenté de 2 600 en 7 mois.

A Fukushima, environ 62 000 personnes ont quitté la province. Si elles demandent toutes à rentrer, il faudra 7 000 constructions en tout.

Après le séisme de 1995 à Kôbé, les réfugiés ont pu rester jusqu’à 5 ans dans leur logement provisoire. Le gouvernement avait reporté 3 fois la limite.

Mardi 26 février, la ville de Namié, entièrement évacuée, a édité un annuaire pour que les habitants puissent rester en contact. 4 000 personnes volontaires sont répertoriées.

Pendant ce temps là, l’école municipale, déplacée à Nihonmatsu, peine à recruter. Les 6 écoles de la ville ont été regroupées en une seule.

Mais les enfants vont maintenant dans les écoles à proximité de leur nouveau domicile et il n’y a aucun inscrit en CP pour la rentrée prochaine, qui a lieu début avril au Japon.

Sur les 1 000 enfants scolarisés à Namié avant la triple catastrophe, 500 environ ont quitté la province de Fukushima. Ceux qui sont restés à Fukushima sont dispersés sur 33 communes. Il en est de même pour le collège qui n’a que 49 élèves sur 600 avant 2011.

Il y avait 3 000 habitants à Kawauchi, qui a été entièrement évacuée.

En septembre 2011, les habitants ont été autorisés à rentrer. En janvier 2012, le maire a appelé les habitants à revenir chez eux. Un an plus tard, seulement 400 habitants sont retournés. Environ 700 autres n’y viennent que durant la journée pour travailler. Les radiations ne sont pas les seules responsables : de nombreux magasins n’ont pas rouvert et il n’y a pas de clinique. 80% des habitants qui sont revenus ont plus de 50 ans. La mairie essaye d’attirer de nouveaux habitants

dont des réfugiés des villages voisins qui ne peuvent pas rentrer.

Dans les villages plus contaminés que Kawauchi, le taux de retour risque d’être plus faible. Avis à tous ceux qui clament haut et fort que la radioactivité n’est pas dangereuse : ces villages vous attendent !

Vendredi 1er mars, 3 ouvriers impliqués dans la « décontamination » ont expliqué aux médias qu’ils avaient rejeté des déchets radioactifs dans la rivière sur ordre de leur supérieur. L’un d’entre eux a dit avoir eu peur d’être licencié s’il refusait. Et comme il a vu son supérieur faire de même, il a continué. Un autre a expliqué que son supérieur leur a dit de tout rejeter dans la rivière car la date de fin de chantier approchait. Le troisième a passé une heure avec des officiels du ministère de l’environnement pour leur expliquer les pratiques en cours. Mais il n’a pas été cru. Dans le rapport d’enquête du ministère de l’environnement, il n’y aurait pas eu de malversation dans cette zone…

C’est la première fois que ces malversations sont reconnues publiquement. Tous les autres témoignages étaient anonymes.

Pour les japonophones, la vidéo de la conférence de presse est diponible sur le site du Asahi.

Lundi 4 mars, on avait vu que TEPCo n’avait pas transmis les doses prises par 21 000 travailleurs en 2011 au fichier national de la Radiation Effects Association. Selon le Maïnichi, les doses prises par les ouvriers engagés dans la « décontamination » ne sont pas transmises non plus. Le Ministère de l’environnement a pourtant conclu un accord avec cet organisme public pour que les doses y soient enregistrées, mais les instructions transmises aux entreprises sélectionnées pour les chantiers de « décontamination » n’auraient pas été suffisantes. Les entreprises doivent enregistrer les doses, mais elles ne sont pas rassemblées dans un fichier national. Ainsi, si un ouvrier a plusieurs employeurs successifs, personne ne peut vérifier s’il a dépassé la dose maximale autorisée.

Dans le modèle de contrat de travail rédigé par le ministère de l’environnement, il est clairement écrit que les entreprises doivent fournir un carnet de dose aux employés engagés dans les travaux exposés aux rayonnements ionisants. Il n’est pas dit explicitement que ces données doivent être transmises au fichier national, mais cela va de pair selon la Radiation Effects Association.

18 des 25 chantiers pilote lancés par le gouvernement sont terminés.

Sur un de ces chantiers à Ôkuma, un ouvrier a pris 11,6 mSv.

Mardi 5 mars, le maire de Namié a demandé à google d’aller photographier la ville abandonnée pour que les habitants puissent y retourner virtuellement en utilisant ‘street view’.

Le Maïnichi a enquêté auprès de personnes qui ont quitté les provinces dévastées d’Iwaté, Miyagi et Fukushima et 80% d’entre elles ont déclaré ne plus vouloir revenir et s’installer dans une autre province. Ce pourcentage est en hausse par rapport aux précédents sondages.

Seulement 12% de ces personnes vivent actuellement dans un appartement privé dont elles payent le loyer. Les autres bénéficient d’aides des communes d’accueil qui ont mis à leur disposition des logements gratuits ou qui les aident à payer le loyer. Cette aide se terminera au bout de 3 ans et ces personnes ne savent pas ce qu’elles vont devenir.

Il se pourrait que les autorités étendent d’une année leur aide. 60% de ces personnes ont des difficultés financières. Et 20% disent ressentir de la discrimination dans leur nouveau lieu de vie.

L’Asahi, quant à lui, a enquêté auprès des personnes qui sont restées à Fukushima. 60% d’entre elles pensent qu’il faudra plus de 20 ans pour retrouver une vie normale. 19% disent moins de 20 ans, 14%, a peu près 10 ans et 3% à peu près 5 ans. En revanche, ils sont moins nombreux à déclarer vouloir quitter la province par rapport à des sondages passés : 26% contre 32% la dernière fois.

En ce qui concerne la « décontamination », les avis sont très partagés :

50% des personnes qui ont répondu à l’enquête en attendent quelque chose alors que 49% sont pessimistes. Et même 10% n’en attendent rien.

En ce qui concerne le projet de centre d’entreposage des déchets issus de la décontamination, 59% sont prêts à l’accepter alors qu’ils n’étaient que 39% précédemment. Ils ne sont plus que 29% à s’y opposer contre 41% précédemment.

Samedi 9 mars, le tourisme à Fukushima continue à souffrir. Le château Tsuruga d’Aïzu-Wakamatsu, à 100 km de la centrale de Fukushima, autrefois une des destinations prisées, a vu le nombre de visiteurs chuter de 45% en 2011 et 27% en 2012 par rapport à 2010.

Le nombre de nuits d’hôtel dans tout le Tôhoku a aussi baissé de 20% par rapport aux niveaux de 2010.

Selon un bilan présenté par le ministère de l’environnement, la « décontamination » progresse bien moins vite que prévu. Et d’accuser les fortes chutes de neige cet hiver et le manque de sites de stockage des déchets générés. Mais des personnes proches des chantiers expliquent que le gouvernement était trop optimiste : il y a beaucoup plus de travail que ce qui a été estimé.

Cela n’empêche pas le gouvernement de s’accrocher à son calendrier.

-> Site du ministère de l’environnement dédié à la « décontamination » (en anglais)

Déchets radioactifs

La catastrophe a déjà généré d’énormes volumes de déchets radioactifs.

Il y a en particulier, les boues de station d’épuration et les cendres des incinérateurs. La décontamination devrait en générer encore plus.

Le gouvernemnt japonais a décidé qu’en dessous de 8 000 Bq/kg pour le césium, les boues et cendres pouvaient être traité comme des déchets ordinaires. Au dessus de 100 000 Bq/kg, les déchets doivent être gérés comme les autres déchets nucléaires. Entre 8 000 et 100 000 Bq/kg, la décision sera prise au cas par cas.

Il n’y a, pour le moment, aucune solution pour gérer ces déchets. C’est aux municipalités de se débrouiller avec, le temps de trouver une solution meilleure. Le gouvernement veut ouvrir un ou plusieurs centres d’entreposage centralisés et espère trouver une solution définitive d’ici 30 ans.

Il y a aussi d’énormes volumes de débris du tsunami. Le gouvernement veut les répartir dans tout le pays, mais les riverains des installations de traitement (incinérateurs) refusent, de peur qu’ils soient contaminés. La situation est bloquée pour le moment. Il y en a plus de 20 millions de tonnes. La province d’Iwaté en a 4,75 millions de tonnes, soit l’équivalent de 11 années d’ordures ménagères. Elle n’a pu en traiter que 8% pour le moment. A Miyagi, c’est 15,69 millions de tonnes, ou 19 années d’ordures ménagères et seulement 5% ont été traités. A Fukushima, il y en a 2,08 millions de tonnes, dont 350 000 à 474 000 tonnes dans la zone interdite de 20 km.

1,3 millions de tonnes de débris ont été emportés par la mer. Parmi eux, 40 000 tonnes devraient arriver sur les côtes Nord américaines d’ici février 2013. Les premiers débris sont déjà arrivés.

Le gouvernement japonais a autorisé le recyclage des débris recyclables si la contamination en césium est inférieure à 100 Bq/kg. A Fukushima, le gouvernement a autorisé l’utilisation de débris de béton pour la construction des routes si la contamination est inférieure à 3 000 Bq/kg. Ces débris doivent être au moins 30 cm sous la surface du sol.

Mars 2012

Lundi 12 mars, le ministre de l’environnement a revu à la hausse la quantité de débris dus au tsunami et au séisme dans la zone interdite des 20 km : il y en aura 474 000 tonnes. C’est à Minami-Sôma qu’il y en a le plus, avec 183 000 tonnes.

Ils sont tous contaminés. La plus forte concentration en césium détectée actuellement est de 58 700 Bq/kg à Okuma. La concentration la plus faible pour des débris incinérables est de 1 300 Bq/kg. Pour les débris non incinérables, la plus forte contentration est de 11 600 Bq/kg à Okuma encore et la plus faible, de 200 Bq/kg à Minami-Sôma et Namié.Jeudi 15 mars, le conseil municipal de Naraha, située dans la zone des 20 km, a adopté, à l’unanimité, une résolution s’opposant à l’installation d’un centre

d’entreposage de déchets radioactifs sur le territoire de la commune.Vendredi 23 mars, 3 provinces, Gunma, Kanagawa et Shizuoka vont accepter de prendre en charge 281 000 tonnes de débris du tsunami suite à la demande formelle adressée par le gouvernement. Le ministre de l’environnement devrait adresser des demandes similaires à d’autres préfectures.

 

Dimanche 25 mars, le ministre de l’environnement est allé jusqu’à Kita-Kyûshû pour convaincre la ville d’accepter des débris d’Ishinomaki. Le conseil municipal a déjà voté, à l’unanimité, l’acceptation de ces déchets.

La province d’Aïchi va construire une installation d’incinération et de stockage sur une île artificielle située dans le port de Nagoya afin de prendre en charge 500 000 tonnes de débris.

Quelques données sur la contamination de ces débris sont disponibles en ligne en japonais sur le site du ministère de l’environnement.

 

Jeudi 29 mars, les autorités régionales de Fukushima ont révélé, à l’issue d’une réunion, que seulement 13 des 25 municipalités où des travaux de décontamination auront lieu en priorité et à grande envergure en 2012, ont réussi à trouver un centre d’entreposage temporaire des déchets générés. Le sol raclé jusqu’à maintenant, surtout dans les crèches, écoles, parcs…

est souvent toujours sur place. Le sol retiré de ces lieux publics est dispersé sur 957 lieux, dont 541 parcs. Les habitants refusent toujours d’avoir un centre d’entreposage près de chez eux.Samedi 31 mars, 5 villes de la province de Niigata (Niigata, Nagaoka, Kashiwazaki, Sanjo et Shibata) vont accepeter des débris du tsunami à la condition que la

contamination en césium soit inférieure à 100 Bq/kg. Les autorités municipales vont organiser des réunions publiques pour expliquer à la population.

Avril – Juillet 2012

Mercredi 4 avril, le Yomiuri révèle que TEPCo a refusé de brûler les copeaux de bois en provenance de Fukushima et Tochigi dans ses centrales thermiques, bien que les niveaux de contamination soient dans la norme. L’industrie forestière

de ces deux provinces ne trouve plus de débouchés pour ses rebus qui s’accumulent. Elle a donc demandé à quatre reprises à TEPCo de les brûler mais la compagnie a toujours refusé. Si TEPCO refuse, comment convaincre les clients d’accepter ces copeaux ?

Cette industrie ne trouve plus à se débarrasser de l’écorce, habituellement vendue 1 000 yens la tonne, pour le compost ou la litère des animaux.

Des mesures faites en août avaient mis en évidence une contamination en césium de l’écorse pouvant atteindre 2 700 Bq/kg, ce qui est beaucoup.

Par la suite, les mesures avaient fait apparaître une contamination comprise entre 200 et 300 Bq/kg, ce qui est moins que la limite de 400 Bq/kg pour en faire du compost. Mais seulement un quart des 4 000 tonnes d’écorses générées chaque mois par l’industrie forestière de Fukushima n’a trouvé preneur. Les stocks font craindre le déclenchement d’un incendie après fermentation.

La situation est similaire à Tochigi.

TEPCo a d’abord répondu qu’il était difficile de brûler l’écorse, alors que d’autres compagnies d’électricité le font. Puis, que les cendres générées seraient trop contaminées et qu’elle ne savait pas quoi en faire. Mais la contamination des cendres est environ 30 fois plus élevée que celle du bois. Les cendres ne devraient pas dépasser la limite de 8 000 Bq/kg fixée pour les déchets.

Il se peut que les autorités imposent à TEPCO d’accepter ce bois.

 

Vendredi 6 avril, la province d’Aïchi va aussi accepter des débris du tsunami. Elle va en prendre jusqu’à 1 million de tonnes.Samedi 7 avril, le Ministre de

l’environnement, Goshi Hosono, a fait part de l’intention du gouvernement d’ouvrir deux centres de stockage pour les débris du tsunami de la zone des 20 km qui n’ont pas encore été ramassés et qui sont radioactifs. 2,5 hectares ont déjà été trouvés en deux endroits le long de la côte, situés, pour l’essentiel, dans la zone des 20 km. 25 000 tonnes de débris sont attendus à partir de l’été. Mais la municipalité de Naraha, pressentie pour héberger un de ces centres, n’en veut pas : le conseil municipal a voté contre à l’unanimité.

Les débris ayant une contamination en césium supérieure à 100 000 Bq/kg seront évacués vers un centre de stockage des déchets radioactifs qui reste à trouver et créer. Les autres pourront être incinérés dans un incinérateur à construire dans la zone des 20 km.

Il y a environ 474 000 tonnes de débris dans la zone des 20 km.

 

Jeudi 12 avril, seulement 7,7%

des 1,8 millions de tonnes de débris ont été recyclés pour le moment. A titre de comparaison, à la suite du séisme de Kôbé, 50% des débris avaient pu être recyclés. De nombreuses compagnies en charge de la valorisation de ces déchets craignent leur contamination potentielle.

Alors que 75% de ces débris ont été triés et entreposés dans des lieux provisoires, seulement 8,1% sont stockés de manière définitive.

L’ambition du ministère de l’environnement de traiter tous les débris d’ici mars 2014 ne paraît pas très réaliste.Mardi 22 mai, une trentaine d’habitants de Kitakyûshû (70 selon d’autres sources) ont bloqué l’accès à un centre de traitement des déchets aux 6 premiers camions apportant des débris du tsunami de la province de Miyagi. 80 tonnes de débris répartis dans 28 camions ont quitté la province samedi dernier. La contamination en césium de dépasse pas 100 Bq/kg.

Des photos de l’action peuvent être visualisées ici.Mercredi 23 mai, la ville de Kitakyûshû a commencé à incinérer les débris, comme prévu, en les mélangeant à d’autres déchets locaux. Il s’agit seulement d’un test.

Des mesures de radioactivité seront faites tout autour de l’installation avant de continuer. La décision de continuer ou pas sera prise le mois prochain.

 

Mercredi 30 mai, la ville de Kitakyûshû a rendu les résultats de ses tests : il y a de 19 à 30 Bq/kg dans les cendres de la cheminée après incinération des débris en provenance de la province de Miyagi.

C’est beaucoup moins que la limite de 8 000 Bq/kg fixée par les autorités. Rien n’a été vu das l’environnement.Vendredi 20 juillet, le gouvernement n’a toujours pas trouvé de solution pour le stockage des débris du tsunami qui sont radioactifs et des déchets issus de la

« décontamination ». Il voulait créer des centres d’entreposage temporaire (max. 30 ans) dans les communes les plus contaminées (Futaba, Namié et Ôkuma), le temps de trouver un centre de stockage définitif en dehors de la province de Fukushima. Il n’a progressé sur aucun de ses dossiers, personne ne voulant de ces déchets.Vendredi 27 juillet, opération

communication du gouvernement qui a invité la presse dans le quartier Miyakoji de Tamura pour assister au lancement des opérations de décontamination qu’il a pris en charge dans les zones évacuées.

C’est un consortium de grandes entreprises, qui a, une fois de plus, emporté le marché : Kajima Corp., Sumitomo Mitsui Construction Co. et Hitachi Plant Technologies Ltd.. Cela devrait coûter 3,3 milliards de yens (33 millions d’euros). Le projet d’incinérateur de déchets contaminés, qui devrait permettre de réduire les volumes à stocker, n’avance pas et divise les populations.

Les pouvoirs locaux engagés dans des travaux de « décontamination » dans les zones non-évacuées ne savent plus quoi faire des déchets engendrés et se sentent abandonnés par le gouvernement. Au moindre projet de centre d’entreposage, les

riverains s’y opposent. Les municipalités doivent donc revoir leurs plans. Le bulletin municipal de Minami-Sôma, daté du 1er juillet, explique qu’il ne sera donc pas possible de tenir ses engagements. Le problème est le même dans les 111 municipalités réparties dans 8 provinces désignées par le gouvernement comme devant être décontaminées en priorité.

A Shiroï, dans la province de Chiba, les déchets sont entassés dans un garage à proximité de la mairie, faute de mieux. Les environs sont interdits d’accès et le débit de dose contrôlé tous les jours. Dans 3 ans, le garage sera plein.

Interrogé, le gouvernement est évasif. Il a même suggéré de simplement retourner la terre pour que la couche superficielle, la plus contaminée, soit moins irradiante. Cette solution ne satisfait personne.

Août – Octobre 2012

Vendredi 3 août, la mairie et

la province d’Ôsaka ont décidé d’accepter 36 100 tonnes de débris du tsunami en provenance de la province d’Iwaté.Lundi 20 août, le gouvernement a proposé 12 sites pour entreposer provisoirement les

déchets radioactifs issus de la décontamination. Il veut y faire des investigations géologiques avant de choisir. Il y a 2 sites à Futaba, 9 à Ôkuma et un à Naraha. La centrale de Fukushima daï-ichi est dans ces deux premières municipalités. Celle de daï-ni est en partie sur la commune de Naraha. Le volume de déchets est toujours estimé à 28 millions de mètres cube. Il faut donc une surface de 3 à 5 km2.

Le gouvernement ne veut pas un seul site centralisé pour des problèmes de trafic routier.

Les maires de communes concernées sont divisés. Celui de Futaba est outré. Il attend des garanties sur la sûreté de l’entreposage et sur l’avenir du site : le gouvernement va-t-il vraiment reprendre les déchets pour les stocker sur un site définitif en dehors de la province de Fukushima ? Le maire d’Ôkuma, quant à lui, est favorable au projet, mais il demande des mesures d’accompagnement économique pour sa commune, comme des emplois, de la formation… Celui de Naraha, enfin,

n’a pas fait d’objection particulière, mais ne veut pas de déchets très radioactifs qui ne viennent pas de sa commune.

Les habitants sont tout aussi divisés : certains veulent que les travaux de décontamination commencent rapidement. D’autres craignent de ne plus pouvoir rentrer chez eux s’il y a des déchets dans leur commune.

Le gouvernement espère pouvoir faire son choix d’ici mars 2013 et commencer le stockage en janvier 2015. Les déchets seront mis dans des fûts métalliques qui seront mis dans des alvéoles en béton. Ils ne devraient pas y rester plus de 30 ans.Mardi 21 août, le ministère de l’environnement a annoncé qu’il allait ouvrir un centre de stockage de cendres d’incinérateurs et de boues de station d’épuration dans quatre provinces : Miyagi, Tochigi, Ibaraki et Chiba.

Gunma pourrait suivre. Mais pour le moment, le gouverneur de Gunma propose que ce stockage soit fait dans chaque municipalité.

Les autorités vont choisir des terrains qui appartiennent à l’Etat pour ne pas avoir à demander l’autorisation aux pouvoirs locaux ni consulter les populations qui vont forcément s’y opposer. Un fonctionnaire du ministère a cependant expliqué qu’ « une fois le site choisi, ils allaient expliquer poliment aux riverains la sûreté et la nécessité du projet ».

Suite à la loi votée après la catastrophe de Fukushima, il incombe à l’Etat de prendre en charge les cendres et boues qui dépassent 8 000 Bq/kg en césium. Il y en aurait déjà plus de 42 000 tonnes en provenance de 9 provinces et cela va encore augmenter. Le choix des sites devrait être fait en septembre prochain, voire avant pour Miyagi, Tochigi et Ibaraki où la recherche a déjà commencé.Lundi 3 septembre, le gouvernement a trouvé un site en pleine forêt dans la commune de Yaita (province de Tochigi) pour stocker les déchets radioactifs générés par l’accident nucléaire. Le ministère de l’environnement a présenté le projet au gouverneur ce jour.

Le gouvernement a la charge de 42 000 tonnes de cendres et boues radioactives ayant une contamination supérieure à 8 000 Bq/kg. Il y en avait 4 445 tonnes à Tochigi. Le volume total à stocker pour la province pourrait atteindre 9 000 tonnes.

Le centre devrait être une dizaine de mètres sous terre avec un fond et des murs en béton, et couvert d’un toit pour empêcher la pluie de pénétrer pendant la phase d’exploitation. Les déchets seront mis dans des fûts métalliques avant d’être stockés. Une surveillance de l’environnement du site est prévue. Une fois le site plein, il devrait être couvert de béton et d’argile. La dose liée à l’exposition externe près du site devrait être inférieure à 10 microsieverts par an.

Le maire de Yaita a déjà fait part de son opposition au projet. Le gouvernement devrait lancer les consultations avec les populations locales à partir d’octobre prochain pour 6 mois environ. Il espère apporter les premiers fûts en 2014.

Il doit encore trouver des emplacements équivalents dans 8 autres provinces pour y stocker leurs propres déchets. Des annonces pour Miyagi, Ibaraki et Chiba pourraient suivre bientôt.

Mercredi 19 septembre, il y a 2 millions de tonnes de débris dus au tsunami le long de la côte de Fukushima. La ville d’Iwaki est la première à commencer à les « traiter » : les déchets combustibles sont incinérés et les autres

seront mis en décharge. 40 000 maisons de la ville ont été partiellement ou complètement détruites, générant 700 000 tonnes de déchets. Seules quelques 26 tonnes de déchets combustibles ont été brûlées avec les ordures ménagères pour le moment. Les autorités municipales espèrent avoir fini avant mars 2014.

Jeudi 20 septembre, on s’en souvient : le gouvernement a choisi un site de stockage des déchets radioactifs issus des incinérateurs et de stations d’épuration dans la forêt qu’il possède près de la ville de Yaïta, dans la province de Tochigi. Il y a aussi de la paille de riz contaminée à stocker. Le

maire a appris la décision une heure seulement avant son annonce. Il est furieux et opposé au projet. Depuis l’opposition n’a fait qu’enfler et le projet est dans l’impasse.

D’autres annonces pour les provinces de Miyagi, Ibaraki et Chiba sont attendues pour la fin du mois.

Les autorités régionales de Gunma s’étaient initialement opposées à l’idée d’un seul site de stockage et voulaient laisser les déchets dans les municipalités. Mais elles sont revenues en arrière suite la protestation des maries et acceptent maintenant la recherche d’un site unique. Ces recherches devraient commencer bientôt.

Le ministère de l’environnement va continuer sa politique du secret et n’annoncer qu’au dernier moment aux communes concernées son choix de site.

Jeudi 27 septembre, le ministère de l’environnement japonais a choisi un deuxième site pour les déchets radioactifs des incinérateurs, des stations

d’épuration et les déchets agricoles qui sont contaminés à plus de 8 000 Bq/kg en césium. C’est dans la forêt de Takahagi, dans la province d’Ibaraki, qu’il veut installer le site. Là encore, c’est dans une forêt propriété de l’Etat. Le maire de la commune s’y est immédiatement opposé.

Lundi 22 octobre, l’opposition est forte à Yaïta (Tochigi) et Takahagi (Ibaraki) où le gouvernement veut installer un centre de stockage des déchets issus de la décontamination, des boues de station d’épuration, des cendres

d’incinérateurs ou de la paille de riz qui dépassent les 8 000 Bq/kg en césium. En attendant, la situation devient tendue pour certaines stations d’épuration ou incinérateurs. 9 provinces sont concernées.

Le gouvernement a décidé seul du lieu et tente d’obtenir l’assentiment des pouvoirs locaux. Cette méthode ne marche pas.Mercredi 24 octobre, à tous les niveaux, il y a des retards pour choisir le site d’entreposage provisoire des déchets radioactifs issus de la

« décontamination ». En attendant, les déchets s’accumulent ici et là chez les particuliers, avec une simple bâche comme protection. Chez Tsuneo Ôta, qui habite le quartier contaminé de Watari, à 2,5 km du centre de la ville de Fukushima, la bâche fait 3 m sur 4 m et recouvre une centaine de caisses en plastique pleines de terre du jardin. Chaque caisse fait 45 litres et ne peut pas être ouverte une fois scellée.

Elles sont généralement utilisées pour les déchets médicaux. Entassées sur deux niveaux, les caisses sont recouvertes de 30 cm de terre peu contaminée qui doit diminuer de 98% le débit de dose ambiant.

Impossible d’enfouir cette terre, il y a trop de racines dans son jardin. Il a donc dû raser une partie des arbres et arbustes pour entreposer la terre. 70% des habitations de la zone Yamagiwa du district de Watari doivent décontaminées et l’eau souterraine empêche l’enfouissement.

Une photo des bâches bleues recouvrant les déchets dans le district de Watari, commune de Fukushima, est disponible sur le site du Maïnichi. L’article correspondant est ici.

Mardi 13 novembre, les journalistes ont eu droit à un voyage de presse à Kawauchi, village évacué, pour y voir le projet d’usine de traitement de la matière organique contaminée qui vient de la ‘décontamination’. La matière organique est incinérée et les fumées et cendres traitées. Le prototype actuel peut traiter 120 kg par jour et va être testé jusqu’au printemps 2014. Le projet coûte 150 millions de yens (1,5 millions d’euros).

Lundi 19 novembre, il y a 87 800 tonnes de boues de station d’épuration radioactives et de cendres d’incinérateurs de déchets accumulées dans les installations et pour lesquelles les autorités n’ont toujours pas de solution. C’est beaucoup plus que les prédictions gouvernementales qui s’attendaient à 50 000 tonnes. 11 provinces sont concernées, mais c’est à Fukushima qu’il y en a le plus : 70 000 tonnes.

Le gouvernement s’est engagé à prendre en charge ces déchets si la contamination en césium dépasse 8 000 Bq/kg. Mais il doit faire face à une opposition partout où il espère pouvoir implanter un site.

Mercredi 28 novembre, le gouverneur de Fukushima a donné son feu vert à la demande du gouvernement de pouvoir mener des études afin d’implanter des centres d’entreposage provisoire des déchets radioactifs issus de la « décontamination ». Il a pris cette décision après avoir discuté avec les maires des municipalités concernées, toutes situées dans la zone

des 20 km. A noter que le maire de Futaba a boycotté la réunion car il attend encore des explications sur le projet.

Il s’agit d’un accord pour des études uniquement, pas pour l’installation d’un centre. 12 sites vont être évalués, 2 à Futaba, 1 à Naraha et 9 à Ôkuma. Ôkuma est la plus contaminée des 3 municipalités et les habitants ne se font plus beaucoup d’illusions quant à un retour éventuel. Ils demandent d’être correctement dédommagés afin de pouvoir refaire leur vie ailleurs.

Il y a entre 15 et 28 millions de m3 de déchets et le gouvernement s’est engagé à trouver un site définitif en dehors de Fukushima d’ici 30 ans, mais personne n’y croit.

Mercredi 5 décembre, les discussions sont tendues entre le gouvernement et les municipalités sollicitées pour accueillir des centres d’entreposage des déchets radioactifs issus de la ‘décontamination’. La municipalité d’Ôkuma, où le gouvernement a repéré le plus grand nombre de sites potentiels a demandé au gouvernement de n’ouvrir qu’un nombre limité de centres. Le gouvernement a déjà éliminé 3 sites pour des raisons géologiques et espère en trouver des nouveaux plus au nord.

Jeudi 20 décembre, le gouvernement est à la recherche d’un site d’entreposage (pour 30 ans max, promis) des déchets radioactifs issus de la ‘décontamination’.

Lors de la réunion de concertation avec les autorités locales, seul le maire de Futaba avait boycotté la réunion, faute de garanties suffisantes. Le gouvernement prévoyait de faire des recherches sur deux sites de sa commune. Le conseil municipal de Futaba vient de voter, à l’unanimité, une motion de censure contre le maire. Il a dix jours pour soit démissionner, soit dissoudre le conseil. Il n’a pas encore pris sa décision. Il avait déjà eu des motions de censures déposées contre lui dans le passé, mais elles avaient échoué. L’administration municipale est toujours dans un lycée désaffecté de Saïtama dans la banlieue de

Tôkyô alors qu’une partie des élus demandent son déplacementdans la province de Fukushima.

Ce maire, dont la ville a été entièrement évacuée, a une grande défiance vis à vis des autorités. Il voulait faire contrôler les urines de tous ses administrés car il n’a aucune confiance dans la surveillance sanitaire officielle.

Vendredi 21 décembre, le gouvernement a annoncé que la recherche de sites d’entreposage des déchets issus de la ‘décontamination’ prend du retard.

Mercredi 26 décembre, le maire de Futaba qui fait face à une motion de censure de son conseil municipal a décidé de dissoudre l’assemblée régionale. Des élections auront lieu d’ici 40 jours. Le maire devra quitter son poste si le nouveau conseil vote à nouveau une motion de censure lors de sa première assemblée.

Lundi 31 décembre, l’Asahi a interrogé les habitants des zones évacuées où le gouvernement envisage d’installer un centre d’entreposage des déchets radioactifs

issus de la ‘décontamination’. 76% d’entre eux sont prêts à tolérer un tel centre à proximité de leur habitation abandonnée. Cela montre qu’ils se sont résignés et pensent ne plus jamais vouloir rentrer chez eux.

58% des personnes qui ont répondu positivement, espèrent que leur terrain sera rapidement acheté pour qu’il puissent refaire leur vie ailleurs. 52% demandent des efforts de décontamination plus conséquents.

33% de ceux qui refusent ont affirmé être prêts à revoir leur position si les conditions changent. 19% de ceux qui refusent ne changeront jamais d’avis.

Le quotidien a envoyé un questionnaire à 788 d’entre eux et a obtenu une réponse de 305 personnes, soit 39%.

Mercredi 9 janvier, le gouvernement a organisé une réunion de concertation avec les habitants d’Ôkuma réfugiés à Aizuwakamatsu à propos des projets de centres d’entreposage des déchets issus de la ‘décontamination’. Les représentants des autorités ne savaient souvent pas quoi répondre aux 150 personnes qui avaient fait le déplacement : « on ne sait pas avant d’avoir les études ». Certains ne croient pas que les déchets ne resteront que 30 ans. Personne n’en voudra, comme pour les bases américaines d’Okinawa.

Le maire de Naraha, a, quant à lui, reporté toutes les réunions, suite aux révélations sur la travail de décontamination qui a été bâclé. (Maïnichi).

Mercredi 23 janvier, le maire de Futaba, ville complètement évacuée, qui a fait face à une motion de censure de son conseil municipal, a annoncé qu’il allait démissionner. Il a dit qu’il a du mal à convaincre durant les réunions publiques qu’il a menées. Il a aussi eu des problèmes de santé et a dû être hospitalisé.

Un des enjeux concerne l’implantation d’un centre d’entreposage pour les déchets radioactifs issus de la ‘décontamination’.

Mardi 29 janvier, les autorités vont commencer à s’occuper des débris laissés par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 qui sont encore dans la zone évacuée. Il va commencer par deux districts de Minami-Sôma où il y a 22 000 m3. Les déchets vont être séparés en combustibles et non combustibles et certains devraient être recyclés… Même s’ils sont radioactifs ?

Samedi 23 février, environ 46% des débris du tsunami ont été soit incinérés soit enfouis. Cela fait 7,54 millions de tonnes de déchets traités sur un total estimé à 12,3 millions de tonnes. Ce taux est de 51% à Miyagi et 39% à Iwaté. A Fukushima, c’est 31% car le problème de la radioactivité rend le traitement beaucoup plus difficile.

15 autres provinces du Japon ont accepté des débris (sur 47).

Lundi 25 février, le gouvernement veut revoir sa politique de gestion des déchets radioactifs issus de la catastrophe. Il avait initialement prévu un site d’enfouissement des cendres et boues radioactives par province. Il veut maintenant se limiter à 5 centres d’enfouissement. Deux sites ont déjà été sélectionnés – Yaïta à Tochigi et Takahagi à Ibaraki – mais les riverains ne sont pas d’accord. Le gouvernement pense qu’il sera plus simple de limiter le nombre de sites. Pour le vice-ministre de l’environnement, l’opposition des communes riveraines n’est dû qu’à un problème de communication de l’ancien gouvernement qui n’a pas su bien expliquer pourquoi ces sites ont été sélectionnés… Il va tout reprendre à zéro.

Sont concernées : Tochigi, Ibaraki, Miyagi, Chiba et Gunma.

Vendredi 8 mars, le ministère de l’environnement a annoncé avoir commencé les études pour sélectionner les sites d’entreposage des déchets radioactifs issus de la « décontamination ». Les compagnies engagées pour faire les études doivent rendre leur rapport à la fin mai. Mais toutes les communes concernées n’ont pas encore donné leur accord. 3 y sont même opposées.

-> Carte avec les régions qui acceptent et qui refusent les débris potentiellement radioactifs du tsunami

Impact sanitaire pour la population

Les autorités locales ont lancé une grande étude de suivi médical des habitants de la province de Fukushima. La première étape consiste à reconstituer la dose reçue à l’aide d’un questionnaire où chacun doit renseigner son emploi du temps lors des premiers jours de la catastrophe. Mais seulement 21,5% des personnes concernées ont répondu. Parmi les obstacles, il y a le fait que cette étude soit dirigée par le tristement célèbre Prof. Shunichi Yamashita, qui prétend partout que le risque principal est la radiophobie et que si l’on sourit, les radiations ne nous affectent pas. L’autre est qu’une partie de la population ne fait pas confiance aux autorités et ne veut pas servir de cobaye.

Mars – Avril – Mai 2012

Dimanche 18 mars, selon un sondage diffusé par l’agence de presse Kyodo, 42% des 225 enfants évacués mais demeurant toujours dans la province de Fukushima interrogés, ont déclaré de pas comprendre beaucoup à propos de la radioactivité. 46% en ont peur et 84% d’entre eux ont découvert ces risques après la catastrophe.

33% des enfants interrogés ont déclarés faire attention aux radiations, alors que 62% n’y font pas attention.Lundi 19 mars, M. Shigeru Fukaya, adjoint au maire de Miharu, située à 50 km de la centrale,

explique au Tôkyô Shimbun

comme il s’y est pris pour protéger la thyroïde de ses administrés et des 2 000 réfugiés qu’il a accueilli dans sa commune : la mairie disposait de comprimés d’iodure de potassium (KI) mais pas assez pour tout le monde. Il s’en est donc procuré plus à la préfecture, mais ne savait pas comment les administrer, sachant que cela n’a d’effet que pendant 24 heures. Il a donc installé deux manches à air pour suivre la direction du vent. Le 15 mars, après avoir découvert sur Internet que le village de Tôkaï, dans la province d’Ibaraki, était déjà touché et que la météo était à la pluie chez lui, il a donné l’ordre à 13 h de prendre les comprimés.Vendredi 6 avril, les statistiques sur les résultats des anthropogammamétries (WBC) effectuées sur 14 111 patients de l’hôpital de Minami-Sôma, sont disponibles en ligne ici en japonais.

Le premier graphe concerne 8 060 personnes contrôlées entre le 17 octobre 2011 et le 31 janvier 2012. Le second, concerne 2 101 personnes contrôlées en février 2012 et le troisième, 1 963 personnes en mars 2012. Seule la contamination en césium 137 est reportée. Enfin, le quatrième graphe montre l’évolution temporelle d’octobre à mars. Pour finir, une comparaison avec la Biélorussie est faite.

 

Mercredi 11 avril, on se souvient de ces 8 000 habitants de Namié, qui ont fui vers le district de Tsushima, qui s’est révélé plus exposé aux retombées que leur point de départ. Le maire de la ville, qui a organisé l’évacuation sans être informé des prédictions de SPEEDI qui annonçaient que le lieu était sous les vents dominants, envisage de porter plainte contre les autorités ou contre X pour négligence professionnelle et mise endanger de la vie d’autrui.

 

Samedi 14 avril, le maire de Namié, ville de la zone des 20 km complètement évacuée, va demander une couverture médicale gratuite pour ses résidents, car il est important pour lui que leur santé soit surveillée de près. Il espère être suivi par les autres municipalités qui sont dans la même situation. Il va aussi distribuer des carnets de santé à tous ses résidents pour que tous leurs problèmes puissent y être consignés. Ces carnets sont similaires à ceux des survivants des bombardements de Hiroshima et Nagasaki. Les hibasusha de ces deux villes étaient, en principe, aussi exemptés de frais médicaux.Mardi 17 avril, selon Keiya Fujimori, de l’hôpital universitaire de Fukushima, qui a dirigé l’étude, il n’y a pas eu augmentation du nombre de fausses-couches ou d’avortement à Fukushima suite à la catastrophe. Les statistiques portent sur 74 hôpitaux et cliniques de Fukushima qui ont accepté de répondre sur 81. Les personnes qui ont quitté la région ne sont pas prises en compte. Il y a environ 10 fausses-couches et 18 avortements sur 100 grossesses, comme avant la catastrophe. La moyenne nationale

est aussi de 10% pour les fausses-couches. En revanche, elle est plus basse pour les avortements, mais c’était déjà le cas avant 2011.Mercredi 18 avril, on se souvient que la dose élevée affichée par le dosimètre d’une collégienne avait conduit à découvrir que de la pierre concassée d’une carrière de Namié avait été utilisée pour les fondations de l’immeuble où elle habitait et que cette pierre était très contaminée. Le débit de dose à l’intérieur était plus fort qu’à l’extérieur. Le gouvernement a enquêté

sur le devenir des produits de cette carrière et a présenté une premier bilan. De la pierre contaminée a été utilisée en 680 lieux, au moins.

Pour 118 d’entre eux, le débit de dose est plus fort qu’aux alentours.

Dans 15 cas, il s’agit d’habitations ou de bureaux avec des débits de dose élevés.

La pierre de cette carrière a été utilisée dans 940 contrats commerciaux. Dans 210 cas, le revendeur ne connaissait pas l’origine de la pierre.Jeudi 26 avril, la municipalité de Namié, ville évacuée de la zone des 20 km, a acheté une anthropogammamétrie (WBC) pour pouvoir mesurer la contamination interne de ses anciens résidents. La municipalité espère pouvoir contrôler tout le monde d’ici la fin 2012. L’appareil est installé provisoirement à Nihonmatsu. Environ 17% des anciens habitants de Namié ont déjà été contrôlé par ailleurs. Mais la ville pense qu’il est important de pouvoir proposer le même service. Car c’est à Namié que des habitants ont été évacués vers des centres sous les vents dominants, plus contaminés que le lieu d’origine.

 

Lundi 14 mai, les autorités régionales de Fukushima ont décidé de fournir une couverture médicale gratuite à toutes les personnes âgées de moins de 18 ans vivant dans la province. Elle espère ainsi endiguer l’exode. Cea devrait entrer en application en octobre prochain, après un passage par l’assemblée régionale en juin. Les autorités municipales de la province avaient déjà décidé d’offrir ce service aux plus jeunes. Cette extension

devrait coûter 4,7 milliards de yens annuellement (46 millions d’euros).Mercredi 16 mai, l’hôpital de Minami-Sôma a fait passer de nombreuses anthropogammamétries, à 10 000 personnes, parfois plusieurs fois. 70 000 personnes habitaient à Minami-Sôma avant le 11 mars 2011. Il n’en reste plus que 40 000 environ.

L’hôpital a analysé les résultats pour 5 000 personnes sur les 10 000 contrôlées. La contamination interne est à la baisse.

Les adultes dont la contamination interne dépasse les 20 Bq/kg sont à nouveau contrôlés. Pour les enfants, c’est à partir de 10 Bq/kg. Sur les 600 enfants contrôlés, 11,92% avaient une contamination interne dépassant cette limite. Mais 0,69% ont plus de 20 Bq/kg. Aucun n’a plus de 40 Bq/kg. La moyenne est à 7,2 Bq/kg. C’est beaucoup moins qu’après la catastrophe de Tchernobyl, pour des niveaux de contamination équivalents. La différence s’explique par l’alimentation : beaucoup plus autarcique en Biélorussie ou Ukraine.

Mais les personnes concernées doivent rester vigilantes : la contamination interne baissait aussi au début, puis elle est remontée à partir de 1994 environ pour culminer vers 1998.Dimanche 20 mai, un tribunal populaire, organisé sur une initiative privée, a jugé TEPCo et le

gouvernement coupables de négligence entraînant la mort de nombreuses personnes. En l’absence des accusés, le tribunal a demandé à 3 avocats de défendre TEPCo et le gouvernement. Le décès prématuré de nombreuses évacuées ou abandonnées dans la zone des 20 km a motivé le jugement.Mercredi 23 mai, l’OMS a publié un rapport préliminaire sur les conséquences sanitaires de la catastrophe de Fukushima. Il fait 124 pages et je ne l’ai pas encore lu… Selon la presse, la dose reçue par un individu moyen au cours de la première année est comprise en 10 et 50 mSv, ce qui est à comparer à la limite annuelle d’1 mSv pour la population en général. Des individus ont très bien pu prendre une dose plus élevée.

Les petits enfants de Namié pourraient avoir reçu des doses de radiation de 100 à 200 mSv au niveau de leur thyroïde.

A partir de 50 mSv, il est recommandé de prendre des comprimés d’iode en France. La limite est deux fois plus élevée au Japon. Ces enfants n’en n’ont pas reçu.

Les autorités japonaises ont critiqué ce rapport, estimant qu’il surestimait les doses. Informées une semaine auparavant, elles ont essayé d’empêcher sa publication.Jeudi 24 mai, selon l’Asahi, il y aurait maintenant 20 appareils pour mesurer la contamination interne des populations dans la province de Fukushima, mais cela ne

suffit pas pour faire face à la demande. 6 sont dans les véhicules des autorités régionales et 14 ont été achetés par des municipalités, pour un coût unitaire de 50 millions de yens (500 000 euros). Minami-Sôma contrôle une centaine de personnes par jour, mais le délai d’attente est de 3 semaines. Sur les 21 000 habitants de Namié, dispersés un peu partout, seulement 3 574 ont bénéficié un contrôle par les autorités régionales. La municipalité a donc acheté son propre équipement et l’a installé à Nihonmatsu. 5 personnes ont aussi été employées pour faire une cinquantaine de contrôles quotidiens. Mais la contamination de la

ville brouille la mesure, mais il n’a pas été possible de trouver un autre emplacement.

Ces appareils ont été conçus pour contrôler les adultes et sont surtout utilisés pour contrôler les enfants. Certains mettent en doute les résultats.

Juin – Juillet 2012

Lundi 11 juin, 1 324 personnes ont porté plainte contre le président de TEPCo, Tsunehisa Katsumata et 32 autres personnes, dont l’ancien président de la compagnie, Masataka Shimizu, ou le président de la Nuclear Safety Commission, Haruki Madaramé, pour négligences entraînant la mise en danger, des blessures et des décès. 15 cadres de TEPCo et 18 officiels gouvernementaux sont visés. Les politiques, comme l’ancien premier ministre, ne sont pas visés.Mardi 12 juin, les autorités régionales de Fukushima ont rendu publiques les résultats de la

reconstitution de la dose externe prise par 15 200 personnes supplémentaires pendant les 4 premiers mois de la crise. Ce calcul est basé sur les questionnaires remplis par les personnes qui ont tenté de se rappeler de leur emploi du temps. La dose la plus forte est de 25,1 millisieverts (à comparer à la limite de 1 mSv/an en temps normal et à la limite de 20 mSv/an choisie comme critère d’évacuation par le gouvernement japonais).

Le nombre total de personnes dont la dose a été reconstituée monte à 24 300 (à comparer aux 150 000 personnes évacuées). 96% d’entre elles auraient reçu une irradiation externe inférieure à 5 mSv.

Les autorités communiquent simultanément sur la santé mentale de ces personnes : 20% d’entre elles nécessiteraient une consultation (ce qui ne veut rien dire !).

 

Jeudi 14 juin, les autorités régionales de Fukushima auraient demandé à une équipe universitaire de Hirosaki d’arrêter de mesurer la contamination interne de la thyroïde par de l’iode au tout début de la catastrophe. Cette équipe a contrôlé la thyroïde de 62 personnes volontaires de Namié et Minami-Sôma. 3 d’entre elles ont même été contrôlées deux fois. Puis, elle a dû s’arrêter. Résultat, il n’y a quasiment aucune donnée sur la contamination à l’iode 131 qui disparaît très vite mais affecte la thyroïde.Mardi 19 juin, selon une enquête des autorités régionales de Fukushima, environ 15% des femmes qui mis au monde un enfant depuis le 11 mars 2011 ont souffert de dépression pendant plus d’un mois. Cette enquête est basée sur un questionnaire envoyé à 15 954 mères en janvier dernier, avec 8 886 retours validés. Dans la partie destinée aux commentaires libres, nombreuses sont celles qui exprimaient un inquiétude vis à vis de la catastrophe nucléaire en cours. Les autorités régionales ont donc mis en place une cellule de soutien psychologiqueavec l’hôpital universitaire.Dimanche 1er juillet, l’Isotope Research Institute basé à Yokohama a mesuré le césium dans les urines de 2 022 enfants de moins de 7 ans vivant dans la province de Fukushima entre novembre et janvier derniers. 141 étaient contaminées (la limite de détection n’est pas donnée par la presse, bien qu’elle soit importante pour estimer ce résultat). 3 avaient plus de 10 Bq/L, dont un à 17,5 Bq/L. Ces enfants les plus exposés mangent des légumes du jardin familial. La contamination moyenne des 141 enfants est de 2,2 Bq/L.

Les données sont ici en japonais.Lundi 9 juillet, les autorités régionales de Fukushima ont offert aux femmes la

possibilité d’analyser le lait maternel depuis le 1er juin. Les résultats sur les 26 premiers échantillons analysés en juin n’ont montré aucune contamination. Le test est gratuit.Mercredi 11 juillet, selon une étude du National

Institute of Radiological Sciences (NIRS) qui a fait des reconstitutions de dose à la thyroïde reçues sur la vie entière par les enfants de la province de Fukushima. Le gouvernement avait contrôlé la thyroïde de 1 080 enfants entre le 24 et 30 mars 2011 et avait conclu que 55% d’entre eux n’étaient pas contaminés. La dose reçue était donc nulle. Mais l’équipe du NIRS a réévalué ces données et

est arrivé à la conclusion que la dose à la thyroïde moyenne reçue par ces enfants est de 12 millisieverts et la dose maximale de 42 millisieverts, à comparer à la limite de 50 mSv fixée par l’AIEA pour l’administration de pastilles d’iode.

C’est à Iitaté et Iwaki que les doses semblent les plus élevées.

Ces données sont malheuresement à prendre avec précaution, car les mesures n’étaient pas très précises. Le gouvenrement cherchait juste à voir si des enfants avaient dépassé la limite de 50 mSv et pas d’estimer précisément la quantité d’iode radioactif reçu.Vendredi 13 juillet, des chercheurs de l’université de Hirosaki ont revu sérieusement à la baisse la dose à la thyroïde reçue par les habitants de Fukushima. Ils

ont mesuré la contamination de 62 personnes du 12 au 16 avril 2011 et en avaient déduit que la dose maximale reçue était de 87 millisieverts à la thyroïde des adultes et 47 pour les enfants.

Ils ont refait des calculs en se basant sur la modélisation des rejets et sont arrivé cette fois-ci à une dose maximale de 33 millisieverts pour les adultes et 23 millisieverts pour les enfants. C’est mois que la limite internationale de 50 mSv à partir de laquelle il recommandé de prendre de l’iode.

L’étude est ici en anglais.Samedi 14 juillet, Fukushima Voice a traduit en anglais les statistiques de la provinces de Fukushima sur les résultats des échographies de la thyroïde effectuées sur 38 114 enfants. Il ne s’agit que de résultats partiels car il y a environ 360 000 enfants en tout. Cela vient compléter les statistiques dont nous

avons déjà parlé le 25 janvier 2011 dans notre suivi quotidien.

Cette fois-ci, 64,2% des enfants n’ont ni nodule, ni kyste. 35,3% des enfants ont un nodule inférieur à 5 mm ou un kyste inférieur à 20 mm. Enfin, 0,5% des enfants ont un nodule ou un kyste supérieur à ces mêmes valeurs. Aucun diagnostique n’a nécessité des examens complétementaires.

Dans ces statistiques, ce sont les kystes qui prédominent, puisque des nodules ont été détectés chez 1% des enfants et des kystes chez 35,1% d’entre eux.

Les données en japonais sont ici : 26 avril 2012 ; 12 juin 2012.Mercredi 18 juillet, une vidéo pédagogique en anglais présente l’étude la plus récente sur les conséquences des radiations sur la santé humaine à partir du suivi des survivants des bombes atomiques, qui, malheureusement, montre qu’il n’y a pas de seuil, que les effets ne concernent pas que les cancers, mais aussi les autres maladies…Lundi 23 juillet, revenons sur l’évacuation tragique de l’hôpital de Futaba et l’hôpice

adjacent, situés dans la ville d’Ôkuma à 4 km de la centrale accidentée, qui a fait une cinquantaine de morts. La commission d’enquête mise en place par le gouvernement a essayer de comprendre ce qui s’est passé. Il y avait 340 patients à l’hôpital le 11 mars 2011. Le 12 mars, 209 patients et le personnel, à l’exception du directeur, ont été évacués à l’aide de bus envoyés par la municipalité d’Ôkuma. Le

directeur a donc appelé l’armée et la police pour qu’ils viennent chercher les 130 patients restants. Mais 4 étaient déjà décédés et un disparu avant l’arrivée des secours supplémentaires, le 14 mars. Le 14 mars matin, l’armée en a évacué 34, ainsi que 98 pensionnaires de l’hospice.

Les derniers patients ont été évacués entre le 15 mars à 9h et le 16 mars à 12h30, 5 jours après le séisme et tsunami.

Une partie des patients a été évacuée au lycée Koyo d’Iwaki, après un parcours de 230 km qui a duré 5 heures pour finir à moins de 50 km du lieu de départ. A l’arrivée, il n’y avait aucune structure médicale d’accueil. Selon l’hôpital de Futaba, 40 patients sont décédés dans le mois qui a suivi, ainsi que 10 pensionnaires de l’hospice.

Se basant sur des informations de l’armée, les autorités régionales ont annoncé le 17 mars à 16h que les derniers patients ont été sauvés entre le 14 et 16 mars et qu’il n’y avait aucun personnel médical présent. Le directeur a été accusé pour cela. Mais il avait été évacués temporairement par la police en un lieu plus sûr situé à Kawauchi, il est retourné à l’hôpital. L’annonce des autorités régionales n’est pas correcte d’après le rapport.

Au moins un autre hôpital de la zone des 20 km a réussi à évacuer tous ses patients dès le 12 mars.Jeudi 2 août, des procureurs du Japon ont fini par sortir des limbes les 1 300 plaintes déposées contre TEPCo et des hauts fonctionnaires en charge de la sûreté nucléaire. Influencés par le rapport d’enquête parlementaire qui a conclu à une catastrophe d’origine humaine, ils vont enquêter sur la négligence professionnelle qui a conduit à des blessures et des décès. Mais ils prévenu que les hauts fonctionnaires, il sera difficile de prouver la responsabilité. Des plaintes similaires contre JAL après la chute d’un avion ou contre JR après un accident de train ont été classées sans suite.

Août – Octobre 2012

Vendredi 3 août, selon l’Asahi, le maire de Namié veut fournir à chacun de ses 21 000 administrés un carnet de radiation qui, espère-t-il, le permettra d’avoir une

couverture médicale gratuite. Il essaye aussi de convaincre ses homologues des autres villes et villages évacués de faire de même.

Certains sont réticents car ils craignent que les porteurs de ce carnet subiront une discrimination comme ont subit les hibakusha de Hiroshima et Nagasaki. Seule la mairie de Futaba s’est montrée intéressée par l’initiative.

Ce carnet est différent de ce que font les autorités provincales de Fukushima qui essayent de recueillir la dose reçue par les habitants de la province à des fins de recherche médicale. Ils ont eu un livret à remplir qui reconstitue leurs activités lors des premiers mois de la catastrophe, pour in fine, calculer la dose reçue. Mais le nombre de retours est faible : 22,6% fin mai 2012. Et de nombreuses personnes ont quitté la région sans laisser d’adresse. Les autorités régionales comptent transmettre le dossier médical ainsi constitué aux personnes

qui en feraient la demande dans l’avenir.

Le maire de Namié met en avant le discrédit du gouvernement pour justifier son initiative. Même si certaines personnes concernées craignent la discrimination, le maire dit vouloir les aider si, dans des années, elles ont des problèmes de santé.L’Institut des Sciences Médicales de l’Université de Tôkyô a analysé les données obtenues lors d’anthropogammamétries (mesure de la contamination interne) effectuées sur 5 931 enfants de Fukushima âgés de 4 à 12 ans. Les examens ont eu lieu dans 4 hôpitaux de la province entre avril et juin 2012. Seulement 6 enfants avaient une contamination interne supérieure à la limite de détection de 250 à 300 Bq corps entier. 3 de ces enfants étaient de la même famille et avaient consommé des champignons sauvages. La plus forte contamination était de 615 Bq

pour la somme des deux césium. Même si la limite de détection est assez élevée, la situation se distingue de la Biélorussie, où de nombreux enfants sont encore contaminés, plus de 26 ans après les rejets massifs dans l’environnement.Mardi 7 août, un homme de 70 ans vivant dans la province de Fukushima avait 20 000 Bq de césium dans corps en juillet dernier. Il se trouve qu’il mange quotidiennement des champignons et plantes sauvages ainsi que des légumes de son potager. Il n’a jamais pensé que ces aliments pouvaient être contaminés.

C’est une des valeurs les plus élevées relevée au Japon. Elle est malheureusement plus courante en Biélorussie.Vendredi 10 août, 333 personnes de Namié réclament des compensations à TEPCo pour la

perte d’un proche dans le tsunami car l’accident nucléaire a empêché les recherches d’éventuels survivants. Ils réclament 10 millions de yens (100 000 euros) par personne disparue.Jeudi 16 août, 8 066 adultes et 1 432 enfants de Minami-Sôma ont subi des anthropogammamétries entre septembre et mars derniers pour évaluer la contamination interne. Selon les auteurs d’une étude parue récemment dans le Journal of the American Medical Association (accès payant), la dose liée à la contamination interne moyenne de ces personnes est bien inférieure à 1 mSv. Elle vient s’ajouter à l’irradiation externe qui peut être beaucoup plus élevée.Mardi 21 août, 26 personnes sont handicapées dans la province de Fukushima suite aux triple désastre du 11 mars 2011. Elles sont 36 à Miyagi et 8 à Iwaté.

Sur ces 70 personnes, seulement 43 ont reçu un soutien financier.

Sur les 26 de Fukushima, seulement deux sont handicapées après avoir été blessées par le tsunami ou le séisme. Les autres ont vu leur état de santé s’aggraver faute de soins dans les refuges. 12 ont un handicap moteur, les 14 autres souffrent de dysfonctionnements respiratoires, cardiaques ou rénaux.Mercredi 22 août, le Tokyo’s Institute of Medical Science a mesuré 19 507 Bq de césium chez un homme de Kawamata qui se nourrit de produits de son jardin, ainsi que des champignons sauvages et des pousses de bambou. Plus de 140 000 Bq/kg ont été détectés dans les champignons. Sa femme avait 7 724 becquerels. Un autre couple âgé de Nihonmatsu avait de fortes

contaminations : 11 191 becquerels pour Monsieur et 6 771 pour Madame.

Ils mangeaient des légumes donnés par l’autre couple…Dimanche 26 août, les autorités japonaises vont contrôler la thyroïde de 4 500 enfants vivant en dehors de la province de Fukushima pour comparer les nombres de nodules et kystes avec ceux trouvés à Fukushima, où un tiers des enfants sont affectés. A la fin mars, 13 646 enfants de Fukushima sur

38 114 avaient des nodules ou d’autres irrégularités. Aucun n’avait de cancer.

Vendredi 31 août, le gouvernement a annoncé qu’il allait étudier l’impact génétique des radiations sur la population à partir de l’année prochaine.Dimanche 9 septembre, le groupe d’étude de la santé des populations de Fukushima, présidé par le très controversé Prof. Yamashita, a publié son protocole dans une revue scientifique

(article en libre accès). Cette étude est limitée à la surveillance de la thyroïde des enfants, un bilan de santé complet, incluant la santé mentale et la surveillance des grossesses et naissances. Une des difficultés est le très faible taux de retour des questionnaires distribués afin de reconstituer la dose reçue lors des premiers mois de la catastrophe. Il est de 21,9%, ce qui n’est pas suffisant. Outre le fait que le questionnaire est complexe à renseigner, les populations ne veulent pas être considérées comme cobayes mais protégées. Elles n’ont pas non plus confiance dans les autorités et la personnalité qui préside ce travail.

Pour vanter ce travail de collecte de données sur la santé, les auteurs de l’étude citent les conclusions d’un colloque international organisé par la très controversée Nippon Foundation.

Ce colloque était présidé par le Prof. Yamashita, qui préside aussi l’étude et qui cosigne l’article : pour les compliments, on n’est jamais mieux servi que par soi même !Lundi 10 septembre, alors que

l’on est presque à 18 mois de la triple catastrophe qui a frappé le Japon, il y a encore 340 000 évacués. Le bilan est de 15 870 morts et 2 814 disparus.Mardi 11 septembre, les autorités régionales de

Fukushima ont annoncé avoir découvert un enfant atteint d’un cancer de thyroïde. C’est le premier sur les 80 000 enfants contrôlés. Selon ces mêmes autorités, ce ne peut pas être dû aux rejets radioactifs car c’est trop tôt. A Tchernobyl,

les premiers cancers sont arrivés après 4 ou 5 ans.

Parmi ces 80 000 enfants, 425 avaient un nodule supérieur à 5,1 mm ou un kyste plus grand que 2,1 cm. Ils ont subi des examens médicaux complémentaires. Sur les 38 qui ont déjà effectué ces examens, un a un cancer et 27 une tumeur bénigne.

Ces statistiques sont données au 24 août. Les autorités refusent de donner la moindre information (âge…) sur l’enfant atteint d’un cancer. Les données sont ici en japonais.

360 000 enfants doivent être contrôlés au total.

Suite aux échographies, les parents ne connaissent que la catégorie dans laquelle sont classés leur enfant :

– A1 : aucune anomalie

– A2 : nodule ou kyste détecté, mais de taille inférieure à 5 mm ou 2 cm respectivement

– B : nodule ou kyste détecté avec une taille supérieure à 5,1 mm ou 2,1 cm respectivement.

Les familles dont l’enfant entre dans la catégorie A2 n’en savent pas plus et réclament des précisions. Elles ont l’impression de servir de cobaye. Une réunion est prévue avec les autorités le 13 septembre pour réclamer des informations personnelles. Le Prof. Yamashita aurait ordonné aux médecins de refuser les échographies de la thyroïde que pourraient réclamer les parents. Seules les échographies dans la cadre de l’étude menée par les autorités régionales seraient permises.Samedi 22 septembre, c’est

le district de Futaba qui a été le plus exposé au début de la catastrophe, avec un débit de dose 1,590 millisievert par heure à 15h le 12 mars. C’est ce qui ressort des données enregistrées par les balises. L’explosion hydrogène a eu lieu plus tard, à 15h36. Ce qui signifie que de fortes fuites radioactives ont eu lieu avant l’explosion.

Les enregistrements des balises qui fonctionnaient sont ici en japonais, sur le site des autorités régionales de Fukushima.

Mardi 2 octobre, c’est un des gros points noirs de l’évacuation d’urgence lors des premiers jours de la catastrophe de Fukushima : les 40 décès survenus lors de l’évacuation de l’hôpital de Futaba et de la maison de retraite ‘Deauville’. Selon une commission d’enquête mise en place par l’hôpital, les décès ne sont pas dus à une faute du personnel, qui a fait son maximum, mais à la catastrophe nucléaire et à l’improvisation des secours. Les premiers secours sont venus en bus et n’ont pas pu prendre les patients grabataires. Les forces armées sont arrivées tardivement pour les chercher et cela a pris trop de temps. Les

personnes qui sont parties en bus ont fait des kilomètres et des kilomètres avant de trouver une structure médicale d’accueil.

Les conclusions ont été présentées aux familles réunies à Iwaki le 30 sept. dernier. Certaines familles ne croient pas que l’hôpital n’a rien à se reprocher et auraient voulu des excuses publiques. Elles n’ont vu là qu’une opération de justification de la part de l’hôpital.

La commission d’enquête a interrogé les personnes impliquées dans l’évacuation et ses conclusions ne concordent pas toujours avec celles des commissions d’enquête mises en place au niveau national. Le directeur de l’hôpital, qui resté jusqu’au bout avec les patients lors de l’évacuation, a expliqué qu’il allait continuer ses investigations et transmettre les informations recueillies aux familles pour les aider à obtenir des compensations de la part de TEPCo.Mercredi 3 octobre, le Maïnichi révèle que les autorités régionales de Fukushima et certains experts en charge de la surveillance sanitaire des conséquences de la catastrophe ont tenu des réunions secrètes. Le but était de préparer les réunions

pleinières avec tous les experts. Les autorités ont aussi demandé aux experts de ne pas révéler l’existence de ces réunions.

Le groupe de 19 experts, qui conseille l’étude de la surveillance sanitaire menée par l’université de Fukushima, s’est officiellement réuni 8 fois et les comptes-rendus sont publics. Les réunions secrètes se tenaient juste avant. Par exemple, la réunion officielle du 11 septembre 2012 devait révéler qu’un enfant est atteint d’un cancer de la thyroïde. Lors de la réunion secrète préliminaire, il a été convenu qu’un des expert poserait la question de savoir si cela pouvait être

lié à la catastrophe et qu’il lui serait répondu que non.Vendredi 5 octobre, le Maïnichi continue son enquête sur les réunions secrètes qui se sont tenues entre les autorités locales de Fukushima et certains experts en charge de la surveillance sanitaire. Ces réunions avaient, entre autres, pour but de rédiger à l’avance le plan du compte-rendu des vraies réunions et de décider ce que les experts diraient. Avant la réunion du 23 juillet 2011, il a été décidé de ne pas débattre de des données produites par le logiciel SPEEDI supposé évaluer les retombées radioactives d’un accident et utilisé a posteriori pour évaluer la dose des habitants de Fukushima. Le plan du compte rendu et ces décisions avait été préparés lors d’une réunion secrète tenue le 17 juillet. Il a aussi été décidé à l’avance de ne pas faire de test d’urine et de se contenter des

anthropogammamétries (WBC) car les doses sont faibles.

Il y a plus d’articles en japonais.Samedi 6 octobre, l’association des

citoyens et scientifiques préoccupés par la contamination interne est allée contrôler une centaine de balises mises en place par le ministère des sciences et technologie (MEXT) dans la province de Fukushima. Ces balises donnent le débit de dose ambiant à 1 m du sol.

L’association trouvé des valeurs 10 à 30% plus élevées que celle affichées par le ministère. Elle a ensuite fait une mesure similaire à une dizaine de mètres de la balise et a trouvé des valeurs 40 à 50% plus élevées.

Nous l’avions déjà signalé, ces balises sont souvent installées dans des lieux décontaminés et les valeurs affichées ne sont pas représentatives de la contamination de la zone. Si en plus, les valeurs affichées sont plus basses que la réalité…

Mardi 9 octobre, selon le Maïnichi, un habitant de Kôriyama a demandé aux autorités locales les minutes des réunions avec les experts en charge de la surveillance sanitaire de la catastrophe nucléaire. Pour les trois premières réunions, elles n’étaient pas en ligne. Le document reçu a été rédigé à la va-vite pour satisfaire la demande longtemps après, à partir de notes prises par un fonctionnaire territorial. Ce compte rendu est beaucoup plus court que pour les réunions suivantes où un secrétaire de séance a bien fait le travail. Les minutes des réunions suivantes sont disponibles en ligne. Rédiger des notes a postériori sans le dire et les mettre en ligne comme si de rien n’était, n’est pas une pratique acceptable. Cela vient

après l’affaire des réunions secrètes, pour lesquelles une enquête a été lancée.

Mercredi 31 octobre, selon le ministère de la reconstruction, il y a eu 2 303 décès qui sont survenus après la triple catastrophe qui a frappé le Japon en 2011, mais qui lui sont liés. Parmi ces décès enregistrés à la date du 30 septembre 2012, il y en a 1 121 dans la seule province de Fukushima.

Ce nombre est particulièrement élevé chez les personnes qui ont dû évacuer les zones touchées par les retombées radioactives : 336 à Minamisôma, 192 à Namié et 119 à Tomioka.

Novembre 2012

Vendredi 2 novembre, de nombreux patients atteints de maladies rénales qui doivent bénéficier régulièrement de dialyses ont demandé des compensations à TEPCo. Ils ont dû aller se faire soigner dans d’autres provinces même s’ils ne vivaient pas dans des zones à évacuer. A Iwaki, des hôpitaux ont dû fermer après le départ du personnel soignant et 600 patients ont dû aller vers d’autres régions en urgence pour pouvoir continuer à bénéficier de soins. Comme Iwaki n’est pas une zone d’évacuation, ces patients sont considérés comme des évacués volontaires et ne bénéficient que de 80 000 yens (800 euros de compensation). Ceux qui ne sont pas partis ont vu leur traitement réduit.Mardi 6 novembre, les autorités régionales de Fukushima ont proposé aux mères qui allaitent d’analyser gratuitement le lait maternel. Il y a environ 18 000 naissances par an dans la province et les autorités ont dit pourvoir financer jusqu’à 10 000 tests (100 millions de yens ou 1 million d’euros). Seules 378 mères ont sollicité un contrôle sur les 703 qui ont sollicité des conseils. Aucune contamination n’a été

découverte, avec une limite de détection de 2 becquerels par litre.

 

Mercredi 14 novembre, le Maïnichi revient sur ce qu’il appelle les « réunions secrètes » et ce que les autorités régionales appellent les « réunions préparatoires » aux réunions plénières. Il en a obtenu des notes qui confirment que les décisions importantes étaient prises en toute opacité lors des réunions secrètes. Pour certaines réunions (12 juin et 11 septembre 2011), il n’y a pas de compte-rendu disponible, selon les autorités.

Lors de la ‘réunion préparatoire’ du 17 juillet 2011, il a ainsi été décidé que l’âge maximal pour le contrôle de la thyroïde était fixé à 18 ans. La réunion plénière est ainsi devenue une chambre d’enregistrement, sans débat, montrant un concensus de façade.Dimanche 18 novembre, les autorités régionales de Fukushima auraient trouvé un deuxième enfant avec potentiellement un cancer thyroïdien. Il s’agirait une fille de 16 à 18 ans qui a immédiatement été classée dans la catégorie C, c’est à dire qui nécessite des examens complémentaires rapides pour en savoir plus.

114 00 enfants ont été contrôlés, 360 000 doivent l’être en tout.Lundi 19 novembre, il est de bon ton, dans certains milieux, de tenter de relativiser l’impact d’une catastrophe nucléaire comme Tchernobyl ou Fukushima :

l’ajout de radioactivité est faible par rapport aux fluctuations de la radioactivité naturelle. Ou la dose engendrée est faible devant celle délivrée par un scanner.

Une méta-analyse de 46 publications scientifiques a permis d’avoir des statistiques suffisantes pour mettre les effets négatifs de la radioactivité naturelle. La publication est en accès payant, bien que financée par de l’argent public… Cette étude vient montrer, une fois de plus, qu’il n’y a pas de seuil d’innocuité.

Une autre étude avait montré, cet été, un lien avec les scanners des enfants et de développement de leucémies et de tumeurs du cerveau. La publication est aussi en accès payant…Les reconstitutions de dose effectuées par les autorités de Fukushima à partir des informations partiellement transmises par les personnes

concernées conduisent à des valeurs qui peuvent être élevées. Ainsi, une personne qui a passé beaucoup de temps dehors bien au-delà de la zone des 20 km, et qui se croyait en sécurité, a reçu une dose de 11 mSv durant les 4 premiers mois de la catastrophe. Les autorités régionales ne s’attendaient pas à trouver une dose aussi élevée à cet endroit.

La valeur la plus forte calculée à ce jour est de 25 mSv à Iitaté ou Namié, connus pour être très contaminés. En dehors des travailleurs, 120 personnes ont reçu une dose supérieure à 10 mSv.Mardi 20 novembre, le ministère de l’environnement vient de commencer à contrôler les thyroïdes des enfants de la province de Nagasaki, à l’autre bout du Japon, pour avoir un groupe témoin et pouvoir interpréter les résultats sur les contrôles effectués dans la province de Fukushima. 4 500 enfants, dans 3 provinces, vont être contrôlés. Des échographies thyroïdiennes seront aussi effectuées à Yamanashi et à Aomori. Les résultats devraient être disponibles d’ici la fin de l’année fiscale (mars 2013). Les autorités espèrent ainsi savoir 40% d’enfants avec un nodule ou un kyste, c’est normal ou pas.

Les dernières statistiques sur les contrôles thyroïdiens à

Fukushima sont ici en japonais.Le Maïnichi continue son enquête et propose un nouvel épisode des réunions secrètes tenues par le groupe d’experts en charge de piloter la surveillance sanitaire des populations de Fukushima : le compte-rendu de la réunion fermée du 18 juin 2011 n’avait été que partiellement rendu public. Qu’y avait-il à cacher ? Des citoyens ont obtenu le compte-rendu complet grâce à la loi sur l’accès aux documents. Et ce qu’il fallait cacher étaient le refus des autorités locales de tester les urines des habitants car la méthode est trop sensible. Fallait-il contrôler les

urines des 24 000 habitants de Namié, Iitaté et le disctrict de Yamakiya de Kawamata comme suggéré par le gouvernement ? C’est non pour les autorités locales qui préfèrent se contenter d’anthropogammamétrie (mesure du corps entier, ou WBC en anglais). Cette technique est plus rapide, mais bien moins sensible aux faibles contaminations.

200 personnes tests auront droit aux deux en juin 2011. Mais, comme nous l’avions déjà dénoncé, la limite de détection pour les urines était de 13 Bq/l, ce qui est énorme. A titre de comparaison l’ACRO descend en dessous de 1 Bq/l. Par la suite, seules les anthropogammétries seront conservées.

Selon une ONG japonaise, le refus des tests d’urine serait aussi dû au manque de détecteurs, tous pris par le contrôle de la viande de boeuf lors de la crise qui a éclaté lors de l’été 2011.

Fin juin 2011, les premiers résultats rendus publics par l’ACRO sur des urines d’enfants avaient montré une contamination systématique.Dimanche 25 novembre, l’Asahi a eu accès à une ébauche du rapport que prépare l’OMS sur les prévisions d’impact sanitaire de la catastrophe de Fukushima. Le risque d’augmentation des cancers pour les personnes en dehors de la province de Fukushima est faible, alors que pour les enfants de Fukushima, il est réel. L’OMS s’est intéressée aux cancers de la thyroïde, du sein, du colon et autres dans les 15 ans qui suivent l’accident et durant toute la vie. Les personnes les plus à risque, selon les calculs de

l’OMS, seraient les jeunes âgés de 20 ans à Namié : le risque de cancer de la thyroïde était de 0,76% pour les femmes et de 0,21% pour les hommes avant la catastrophe, il est maintenant de 10% sur la vie entière. Pour les autres cancers de ce même groupe de population, le taux de cancers devrait passer de 1 à 3%. Ailleurs à Fukuhima, toujours pour la même classe d’âge, le risque ne devrait augmenter que de moins de 1% pour ces autres cancers.

Pour une fille de 1 an au moment de l’accident à Namié, toujours, le risque de développer un cancer passe de 0,004% avant l’accident à 0,037% après, ce qui fait 9 fois plus. A Iitaté, ce serait 5,9 fois plus et dans la ville de Fukushima, 3,7 fois plus.

Les doses à la thyroïde estimée par l’OMS pour un enfant de 1 an sont de 122 millisieverts à Namié, 74 à Iitaté, 49 à Katsurao, 48 à Minami-Sôma and 43 à Fukushima, Daté, Kawamata, Naraha…Lundi 26 novembre, le rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l’Homme a critiqué la réponse des autorités japonaises face à la crise nucléaire lors d’une conférence de presse à Tôkyô. Il revient sur la limite de dose fixée à 20 mSv/an, même pour les enfants, qui correspond à la limite pour les travailleurs du nucléaire, alors qu’elle a été

fixée à 5 mSv/an par les autorités soviétiques. Il critique aussi la limite retenue pour la « décontamination », bien trop haute à son avis.

Il pousse aussi les autorités mieux surveiller les conséquences

sanitaires. Un taux de retour de 23% pour un questionnaire c’est trop bas. Les contrôles sont limités à la thyroïde pour les enfants, un examen général. La grossesse et les naissances sont aussi suivies. Il estime que ce n’est pas suffisant. Il critique aussi le fait que les parents des enfants qui subissent une échographie de la thyroïde ne sont pas informés du détail des résultats, seulement dans quelle catégorie est leur enfant.

Il s’inquiète aussi du problème de la sous-traitance parmi les travailleurs du nucléaire et les droits réduits dont ils bénéficient.

Ce discours tranche avec les propos tenus par les autres agences de l’ONU !

Les résultats de mesure de l’ACRO sur les urines des enfants lui ont été présentés le 23 novembre au Japon.Vendredi 30 novembre, la NRA va élaborer des lignes directrices pour que la surveillance sanitaire des populations exposées aux retombées de la catastrophe de

Fukushima soit la même pour tous. Actuellement, les contrôles diffèrent d’une municipalité à l’autre.

Jeudi 6 décembre, une partie des scientifiques qui conseillent les autorités japonaises sur les limites de dose ont eu des voyages payés par l’industrie nucléaire pendant des années. Ôtsura Niwa, très connu au Japon, a reconnu que ses voyages et ses frais de séjour pour participer aux réunions de la CIPR (Commission internationale de protection radiologique)

ont été payés par les compagnies d’électricité, tout comme les voyages au Japon des experts étrangers. Mais il se défend d’avoir été influencé et il continue à penser que les inquiétudes vis à vis des conséquences de la catastrophe en cours sont exagérées. « Ceux qui sont partis, veulent croirent au danger des radiations pour justifier leur choix », a-t-il déclaré à l’agence de presse AP ! Et le principe de précaution ?

Certains des 8 membres japonais de la CIPR ne partagent pas le point de vue de cette commission qu’il n’y a pas de limite d’innocuité et pensent qu’il y a un seuil en dessous duquel il n’y a aucun risque ou que les risques sont négligeables. C’est le cas de Kazuo Sakai, par exemple, qui pense que le modèle linéaire sans seuil de la CIPR, n’est qu’un outil et n’a peut-être aucun fondement scientifique. Ses recherches sur les faibles doses étaient financées par l’industrie nucléaire entre 1999 et 2006.

Au Japon, les membres de la CIPR siègent aussi dans des comités nationaux attachés au cabinet du premier ministre ou du ministère des sciences et technologies et influencent donc la politique japonaise en terme de radioprotection.

Le rapport d’enquête parlementaire sur la catastrophe de Fukushima a montré que l’industrie nucléaire a continuellement poussé les membres japonais de la CIPR à adopter des règles clémentes. Au moins à partir de 2007. Des documents internes à la Fédération des compagnies de production d’électricité, obtenus par cette commission d’enquête, montrent les membres se réjouir de la façon dont leur point de vue se reflète dans les prises de position des membres japonais de la CIPR.

Le mot de la fin, avec le sourire, est pour Yoshiharu Yonekura, président du National Institute of Radiological Sciences et membre de la CIPR : « Les faibles doses peuvent même être bonnes pour vous ». Vous en reprendrez bien un petit peu ?

Mardi 11 décembre, environ 80% des personnes originaires de Fukushima qui ont été évacuées dans la province de Yamagata souffrent de troubles de stress post-traumatiques, comme de la fatique chronique, des troubles du sommeil. 39% des personnes qui ont répondu au questionnaire ont déclaré être fatiguées et léthargiques. 32% sont irritables et 22% ont des difficultés à dormir. En tout, 80% ont déclaré des maux post-traumatiques. Parmi les causes de soucis, les problèmes financiers sont arrivés en premier, dans 58% des cas, suivis par 49% des personnes qui déclarent se faire du soucis pour leur avenir et 42% s’inquiètent des risques sanitaires liés aux radiations.

Dans 62% des cas, l’évacuation a entraîné une séparation des membres de la famille. Environ les 2/3 des foyers concernés consistent en la mère seule avec les enfants ou les enfants séparés des parents. Environ un quart ont déclaré ne voir les autres membres de leur famille qui vivent ailleurs moins d’une fois par mois.

34% des personnes qui ont répondu ont déclaré ne pas savoir combien de temps ils devront rester dans la province de Yamagata et 17% ont déclaré vouloir s’y installer. C’est deux fois plus qu’ily a un an.

Il y a 11 000 réfugiés de Fukushima à Yamagata. 3 855 foyers ont été contactés pour l’étude et 1 275 ont répondu avec une réponse valide.

Mercredi 19 décembre, le Maïnichi révèle que les autorités régionales de Fukushima avaient été sollicitées en septembre 2011 par une élue régionale pour organiser la collecte des dents de lait et contrôler la contamination au strontium radioactif qui a des propriétés chimiques proches de celles du calcium et qui se fixe donc dans les dents et les os. Les autorités ont envoyé un mail au comité qui surpervise la surveillance saniatire suite à la

catastrophe nucléaire en demandant des arguments pour contrer cette demande qualifiée d’initiative des anti-nucléaires ! On peut y lire notamment : « Y a-t-il des conclusions ou des informations qui suggèrent qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt à stocker les dents de bébé? » Ou « Ce n’est pas l’élue régionale qui a posé cette question, mais cela semble être un argument avancé par les anti-nucléaires. Donc, nous ne voulons pas accepter la question. »

Interrogé en session plénière de l’assemblée régionale, le responsable du comité de supervision a éludé la question en disant qu’il allait interroger les experts. Il semblerait qu’il ne l’ait jamais fait. La personne qui a envoye le mail et celle qui a répondu lors de l’assemblée ne se rappellent plus de rien quand ils sont interrogés par le quotidien national. L’élue régionale est outrée.

Jeudi 20 décembre, TEPCO est arrivée à un accord avec la famille d’une personne qui est décédée à la suite de l’évacuation. C’est la première fois que la compagnie admet qu’il y a un lien entre le décès d’une personne évacuée et l’accident à la centrale nucléaire. TEPCo va payer 12 millions de yens (109 000 euros) d’indemnisation pour le décès.

Il y a 183 cas similaires en cours d’étude.

Mardi 25 décembre, selon le ministère de l’éducation, c’est dans la province de Fukushima qu’il y a le plus grand nombre d’enfants obèses, qui ajoute que c’était déjà le cas avant la catastrophe et qu’il n’y a pas de grands changements. Mais pour les enseignants locaux, le manque d’exercice des enfants de la région qui ne jouent plus dehors, est un sujet d’inquiétude. C’est la première fois que Fukushima a le taux le plus élevé pour toutes les classes d’âge (il n’y avait pas eu de statistiques en 2011 dans les régions touchées par les trois catastrophes).

Il y a encore 71 écoles où les activités de plein-air sont limitées. 37 aires de jeu couvertes ont été construites dans 18 communes de la province, pour permettre aux enfants de faire de l’exercice. Celui de Kôriyama, montré en exemple par le Maïnichi, est très fréquenté. Mais cela ne suffit pas, les enfants ont moins d’activité physique. Il n’est pas aussi simple de se rendre à une aire de jeu que de jouer dans la rue ou le jardin.

Un enfant est classé en « sur-poids » s’il pèse au moins 20% de plus que la moyenne.

Mercredi 26 décembre, l’autorité de sûreté envisage de distribuer des comprimés d’iode à tous les foyers vivant dans un rayon de 5 km des centrales nucléaires.

Ils sont actuellement dans les mairies. 5 km, c’est peu en cas de catastrophe… Est-ce que cela va être étendu à 30 km ? Décision en mars 2013.

Vendredi 28 décembre, 8 « marines » américains ont porté plainte contre TEPCo qu’ils accusent d’avoir menti sur les dangers liés à la radioactivité au moment où leur porte-avions, l’USS Ronald Reagan, participait à des opérations de secours après le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. Une des plaignantes était alors enceinte. La plainte est aussi déposée au nom de sa fille âgée d’un an.

Mardi 1er janvier 2013, la distribution de comprimés d’iode va prendre du retard car ils ne sont pas homologués pour la prévention des retombées radioactives. Le iodure de potassium est utilisé comme médicament pour des maladies thyroïdiennes, des bronchites chroniques ou d’autres maladies, mais aucune compagnie pharmaceutique japonaise n’a jugé utile de demander son homologation pour la prévention en cas de rejets radioactifs, bien que ses bienfaits soient connus depuis Tchernobyl. Avant de distribuer cette pastille dans tous les foyers situés à moins de 5 km d’une centrale nucléaire, il faut d’abord obtenir son homologation.

L’autorité de sûreté, la NRA, va s’en charger, mais cela peut prendre plus d’un an.

Mercredi 9 janvier, le gouvernement devrait allouer 12 milliards de yens (100 millions d’euros) supplémentaires pour renforcer les hôpitaux, hospices et écoles dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires. Des dosimètres y seront aussi installés. Les portes et les fenêtres devront être étanches, et la ventilation dotée de filtres. Suivant les

nouvelles règles de sûreté en préparation, les habitants dans un rayon de 5 km doivent être évacués, mais pour les personnes fragiles qui ne peuvent se déplacer par elles-mêmes, un confinement temporaire dans un bâtiment renforcé est envisagé.

L’évacuation d’urgence de patients alités avaient entraîné de nombreux décès en mars 2011.

Vendredi 11 janvier, selon des statistiques compilées par des chercheurs de l’université médicale de Fukushima, il y a eu 2,4 fois plus de décès chez les personnes âgées lors des 8 mois de 2011 qui ont suivi la triple catastrophe que durant la même période en 2010. Le pic de décès était en avril-mai 2011, avec un facteur 3. Ces statistiques ont été obtenues à partir des rapports transmis par 34 institutions d’accueil pour personnes âgées situées dans la zone d’évacuation de 20 km autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Si leurs bâtiments ont été évacués, ces institutions ont continué à exister administrativement.

Sur les 1770 pensionnaires, 295 sont décédés avant la fin octobre 2011.

32 autres ont été tués par le tsunami. A titire de comparaison, il y a eu 109 décès durant la même période en 2010. Il y a, bien-entendu, une grande disparité de situation entre des pensionnaires grabataires qui ont besoin de soins et d’autres, presque autonomes.

40% des décès enregistrés sont dus à une pneumonie, alors que cette maladie est généralement responsable du décès de 10% des personnes âgées de plus de 65 ans. Ce sont donc les conditions d’accueil dans les centres d’hébergement de secours qui sont mises en causes. Par ailleurs, ces intitutions n’étaient pas préparée à faire face à une catatstrophe : pas de générateur électrique de secours, ni d’eau potable, de nourriture ou de couverture pour faire face à une urgence ou accompagner l’évacuation.

Dimanche 13 janvier, la NHK a diffusé un reportage spécial sur l’iode 131 issu de la centrale accidentée de Fukushima. Partie 1 et partie 2.

C’est en japonais. Il montre que l’on ne connaît pas la carte des retombées en iode 131, faute de mesure. Et comme cet élément a une demi-vie de 8 jours, il disparaît vite. Cependant, les calculs montrent que la carte des retombées ne correspond pas à celle bien connue des retombées en césium. En particulier, il y a un panache d’iode 131 vers le sud. Il y a cependant quelques données : sur les 23 balises de surveillance de la radioactivité de TEPCo, 5 ont continué à fonctionné quelques jours et ont enregistré de l’iode 131. Ces quelques données servent à caler les codes de calcul.

L’iode est plus volatil que le césium et commence à sortir du réacteur avant le césium. C’est une des raisons de cette différence. La météo a fait le reste.

La ville d’Iwaki, non évacuée, aurait donc été particulièrement touchée. Plus de 5 000 personnes sont venues s’y réfugier. Comme il n’y avait plus d’eau suite au séisme, les gens ont fait la queue dehors pour chercher de l’eau auprès de camions citerne. Quelle a été leur exposition ? Quel sera l’impact sanitaire ?

Se pause aussi le problème des habitants de Namié qui ont été évacués vers une zone plus affectée par les retombées que le lieu d’origine, faute de transmission des prévisions. Les enfants ont joué dehors sans se soucier de rien. Tout le monde pensait être protégé par l’éloignement. Quel sera l’impact pour ces personnes qui ne se sont pas protégées ?

Une équipe de chercheurs de l’université de Hirosaki (Aomori) est allée à Namié au début de la catastrophe pour contrôler la contamination des personnes évacuées. Il ont contrôlé 62 personnes à l’aide une petite spectro gamma portable et ont détecté de l’iode 131 chez 46 d’entre elles. Une évaluation sur une personne d’une quarantaine d’année conduit à une dose à la thyroïde de 33 mSv. Chez les enfants, c’est plus. Il est fort probable que les enfants aient reçu plus de 50 mSv, limite à partir de laquelle il est recommandé (en France) de prendre de l’iode non radioactif pour protéger la thyroïde. Au Japon cette limite était deux fois plus élevée…

En d’autres lieux, comme dans la ville de Fukushima, les habitants ne se sont pas protégés. Ou encore plus au Sud, dans la province d’Ibaraki.

Quelle a été la contamination en iode 131 ? C’est une des inquiétudes majeures des populations sachant que même les plus conservateurs de l’AIEA reconnaissent que l’iode 131 a causé une augmentation des cancers de la thyroïde chez les enfants exposés aux retombées de Tchernobyl.

Vendredi 18 janvier, le magazine scentifique Nature consacre un long article au stress post-traumatique que subissent les réfugiés du nucléaire. Selon un neuropsychiatre de l’université médicale de Fukushima, la santé mentale des réfugiés du tsunami semble s’améliorer plus vite. Ils ont une attitude plus positive envers leur avenir. Alors que les évacués du nucléaire sont de plus en plus déprimés, jours après jours. Les fonds pour faire le suivi de ces populations commencent à manquer.

Malheureusement, l’article a tendance à minimiser l’impact des radiations et tout mettre sur le dos du stress. Si le stress est avéré face à l’avenir sombre qui attend ces populations, et que cela a un impact sur la santé, on ne peut pas pour autant en conclure que c’est la seule cause de risque sanitaire et que les radiations sont inoffensives.

Mercredi 30 janvier, la ville de Namié, qui avait partiellement évacué sa population dans des zones plus exposées, veut contrôler la santé de cux qui avaient moins de 18 ans au moment de l’accident. Des chercheurs de l’université médicale de Hirosaki vont faire des tests sanguins pour voir s’il y a des changements dans la forme des chromosomes des lymphocytes. C’est la première municipalité à lancer une telle étude qui vient concurrencer

celle menée par les autorités régionales. Environ 850 enfants, soit 23% des personnes éligibles, se sont portés volontaires.

La possibilité de détecter des lésions induites par les radiations ionisantes sur des lymphocytes et d’en déterminer la dose reçue est utilisée de longue date et relève de ce que l’on appelle communément la « dosimétrie biologique ».

Cette technique est intéressante pour une double raison. D’abord parce que ces cellules humaines (les lymphocytes) sont très faciles à collecter (à partir d’une simple prise de sang) mais aussi du fait qu’il s’agit d’une population cellulaire particulièrement radiosensible.

Le plus souvent cette technique repose sur un dénombrement de certaines aberrations chromosomiques caractéristiques de l’action des radiations (recherche de chromosomes dicentriques, de structures en anneaux…).

Le premier problème est qu’il s’agit d’une technique peu sensible (peu utile pour des doses inférieures à 0,1 Gy) et qu’elle est essentiellement employée à la suite d’accidents d’irradiation pour reconstituer la dose reçue (et non pas pour le suivi des expositions professionnelles…). Le second problème est que ces aberrations chromosomiques sont de type instables (ou encore dite sub-létale) car elles sont difficilement supportables pour une cellule qui sera condamnée à brève échéance si elles ne sont pas réparées ou recombinées de façon stable.

En clair, s’il s’agit bien de ces aberrations chromosomiques que l’équipe japonaise envisage de rechercher – mais l’article de NHK ne le précise pas – il est probable que bien des expositions réellement reçues ne seront pas détectées d’abord parce qu’elles seront en-dessous de la limite de détection de cette technique, ensuite parce que le délai par rapport à l’accident de Fukushima est déjà important.

Cependant, il est aussi possible que les auteurs disposent d’une technique s’appuyant sur les lésions chromosomiques stables… La lecture de leur travail sera attendue avec intérêt.

Samedi 9 février, le Maïnichi a obtenu les minutes de réunions secrètes tenues par le comité d’experts en charge du suivi sanitaire des populations de la province de Fukushima. Il ressort de la quatrième réunion secrète du 17 octobre 2011, que l’examen de la thyroïde des enfants qui ont quitté la province au début de la catastrophe a été sciemment reporté. Shinichi Suzuki, qui coordonne les échographies thyroïdiennes, a déclaré qu’ils avaient déjà bien assez à faire avec les enfants de la province et qu’ils allaient reporter l’autorisation donnée aux centres d’examen situés à l’extérieur de Fukushima. Le tristement célèbre Prof.

Yamashita (« souriez, vous ne risquerez rien »), qui préside le comité d’experts, a suggéré durant cette réunion secrète, qu’il était important d’envoyer le message qu’ils se préparaient à aussi examiner les enfants qui sont partis.

Durant la réunion officielle du comité de suivi, qui elle, est ouverte, et qui s’est tenue le même jour, M. Suzuki a déclaré : « Nous sommes prêts à préparer les examens de la thyroïde pour ceux qui ont fui la région ». Et d’ajouter : « Nous en avons répertorié 113 [établissements médicaux hors de la province] pour les examens de la thyroïde. Nous avons l’intention de conclure des accords informels avec eux autour de janvier et les examens seront effectués peu de temps après avril. »

Lors d’une réunion à l’assemblée régionale, qui s’est tenue le 13 mars 2012, il a été dit : « Nous sommes dans la phase finale de préparation pour les examens de la thyroïde à l’extérieur de la province afin qu’ils puissent commencer à être réalisés en mai. ». Le 26 avril 2012, M. Suzuki a déclaré, lors d’une conférence de presse : « Nous espérons annoncer les institutions médicales qui réaliseront des examens thyroïdiens en dehors de la province en mai, après la Golden Week ».

Le Maïnichi a vérifié auprès des centres d’examen sélectionnés : ils ont reçu la demande de collaboration entre mars et juin 2012 et l’accord signé n’a pas été renvoyé avant août. Les autorités régionales de Fukushima ont finalement donné la liste des 71 centres retenus le 5 septembre 2012 et les contrôles ont commencé en novembre 2012, soit presque un an après le début des contrôles pour les enfants qui sont restés à Fukushima.

Le Dr Suzuki a refusé de répondre au quotidien.

Mercredi 13 février, les autorités régionales de Fukushima ont détecté 2 nouveaux cas de cancer de la thyroïde chez des enfants, ce qui porte à trois le nombre total de cas. Ils ont tous les trois subi une intervention chirugicale.

7 cas autres cas suspects subissent des examens médicaux plus poussés à l’hôpital universitaire de Fukushima.

Sur ce total de 10 cas pour 38 000 enfants contrôlés, 7 sont des filles. La moyenne d’âge est de 15 ans.

Shin’ichi Suzuki, en charge du programme thyroïde à l’université de Fukushima a changé de ton : lors du premier cas trouvé en septembre dernier, il n’y avait pas de lien avec la catastrophe. Maintenant, « il est trop tôt pour faire le lien avec la catastrophe »…

Les dernières données officielles sur les examens thyroïdaux menés par la province de Fukushima sont ici en japonais.

Ces données ne donnent que les statistiques dans chaque catégorie A1, A2, B et C en fonction de la découverte ou non de kystes et nodules et de leur taille. (Les autres sont accessibles depuis cette page).

Ces statistiques ne mentionnent pas les cas de cancer confirmés avec opération chirurgicale et ceux à confirmer, car cela n’entrerait pas dans le but de l’étude !!!! Ces cas ont juste été mentionnés lors de la conférence de presse qui peut être visionnée ici en japonais.

Jeudi 14 février, la révélation des trois cas de cancer de la thyroïde confirmés et des 7 autres cas potentiels a suscité une forte émotion au Japon. Pourtant, les estimations officielles des doses reçues à la thyroïdes se voulaient rassurantes. Elles avaient été très critiquées et le doute gagne du terrain. Le problème est qu’il n’y a quasiment pas eu de

dépistage de la contamination de la thyroïde et que les estimations sont essentiellement basées sur calculs approximatifs. Et comme l’iode 131 a une demi-vie de 8 jours, si l’on ne fait de mesures rapidement, on ne voit plus rien.

Selon l’Asahi, le National Institute of Radiological Sciences (NIRS), mandaté par le ministère de l’environnement, a utilisé deux méthodes pour estimer la dose à la thyroïde :

– une première méthode est basée sur les nombreuses mesure de la contamination corporelle en césium, en appliquant un ratio iode sur césium.

– une deuxième méthode est basée sur des simulations des rejets en iode lors des rejets massifs du début de la catastrophe.

Ces deux méthodes ont de fortes incertitudes qui ne sont jamais communiquées.

La première méthode indique que c’est à Iitaté que les doses ont été les plus élevées. Ce village, fortement contaminé, où l’ACRO avait fait ses premières analyses, n’a été évacué que très tardivement. Les habitants, qui pensaient être protégés par l’éloignement, ont continué de vaquer à leurs occupations. Les calculs indiquent que 90% des enfants de 1 an ont reçu une dose à la thyroïde inférieure à 30 millisieverts, ce qui est moins que la limite de 50 millisieverts à partir de laquelle il est recommandé de prendre un comprimé d’iode pour se protéger.

Pour cela, ils ont estimé qu’il y avait 3 fois plus d’iode 131 que de césium 137 dans le corps lors de l’exposition. D’où vient se ratio ? De résultats de mesure sur la thyroïde de 1 080 enfants d’Iitaté et Kawamata qui datent de la fin mars 2011 et de résultats de mesure de la contamination en césium de 300 adultes des mêmes villages mesurée par un autre organisme. Bref, ce ne sont pas les mêmes personnes qui ont été contrôlées : le ratio est donc grossier.

Les estimations dans les rejets donnent plutôt qu’il y avait 10 fois plus d’iode que de césium dans le panache au Nord-Ouest et 50 fois plus dans le panache au Sud. Des chercheurs, qui s’étaient portés volontaires pour aller contrôler la contamination des réfugiés à l’entrée des centres d’hébergement se sont aussi contrôlés plus sérieusement. Certains avaient autant d’iode que de césium, d’autres 50 fois plus. La valeur médiane sur 50 chercheurs est de 11 fois plus.

Bref, l’étude officielle avait-elle pour but de faire une estimation réaliste ou de rassurer les gens ?

Les autorités Russes ont indiqué qu’elles avaient envoyé une équipe de spécialistes contrôler les familles des membres de l’ambassade à Tôkyô et que 3 personnes sur 268 avaient une contamination à l’iode. Mais les mesures ont été effectuées tardivement, en avril. Une grande partie de l’iode avait déjà disparu.

Les Etats-Unis ont aussi fait des contrôles et des estimations pour le personnel de la base militaire de Yokota à Tôkyô. 7 000 personnes ont été contrôlées et ils en ont déduit qu’une personne qui avait passé 24 heures à l’extérieur a reçu une dose à la thyroïde de 5,3 millisieverts.

Un homme de 49 qui s’était réfugié seul à Tôkyô après la catastrophe de Fukushima a été retrouvé mort dans son appartement, un mois après son décès. C’était un évacué volontaire de Kôriyama. Officiellement, il y a 316 353 évacués au 17 janvier 2013. La moitié environ sont partis à cause de la radioactivité.

Les autorités se font du soucis pour le risque d’isolement auquel font face certains d’entre eux.

Vendredi 22 février, l’évacuation de l’hôpital et de l’hospice de Futaba, situés à 5 km de la centrale, avait fait 40 morts. Les familles de 7 d’entre eux ont décidé de porter plainte contre TEPCo.

Mercredi 27 février, selon l’organe des Nations-Unies en charge de la protection contre les radiations ionisantes (UNSCEAR, U.N. Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation), la dose à la thyroïde reçue par les enfants de Fukushima est plus basse que ce qui avait été estimé par l’OMS. L’OMS avait calculé des doses s’élevant de 100 à 200 mSv pour des enfants de 1 an de Namié et de 10 à 100 mSv pour les autres zones évacuées. Les doses calculées par l’UNSCEAR ne dépassent pas 50 mSv, qui est la limite à partir de laquelle il est recommandé de prendre une pastille d’iode pour se protéger.

L’OMS, qui a pour mission de protéger les populations, a reconnu que son calcul pouvait être pénalisant.

Les calculs détaillés de l’UNSCEAR devraient être présentés en septembre 2013.

On ne peut qu’espérer qu’ils ont raison… Le pic de cancers de la thyroïde étant apparu 4 à 5 ans après les rejets massifs, on connaîtra bientôt l’impact sanitaire. Rappelons qu’il y a déjà 3 cas confirmés et 7 autres suspectés.

La catastrophe de Fukushima n’est pas la première catastrophe écologique au Japon. Il y a en particulier le cas de Minamata où du mercure a été déversé dans la mer par un industriel, provoquant de nombreuses victimes. Selon l’Asahi et le Maïnichi, le ministère de l’environnement aurait demandé à un médecin de venir faire un faux témoignage lors d’un procès en appel d’une dame qui demandait une reconnaissance officielle de son statut de victime.

C’était en juin 2011, alors que les symptomes montrent clairement qu’elle souffre de la « maladie de Minamata ».

Va-t-on observer la même chose avec les victimes de Fukushima ?

Jeudi 28 février, l’OMS a publié un rapport ce jour sur l’impact sanitaire de la catastrophe de Fukushima (communiqué en français, résumé en français, rapport complet en anglais) : « S’agissant des différents cancers, pour les personnes situées dans la zone la plus contaminée, l’augmentation des risques estimés par rapport à ce qui serait normalement attendu s’établit à :

– 4% environ pour l’ensemble des cancers solides, chez le sujet de sexe féminin exposé au stade de nourrisson;

– 6% environ pour le cancer du sein, chez le sujet de sexe féminin exposé au stade de nourrisson;

– 7% environ pour la leucémie, chez le sujet de sexe masculin exposé au stade de nourrisson;

– 70% au maximum pour le cancer de la thyroïde, chez le sujet de sexe féminin exposé au stade de nourrisson (chez la femme, le risque de cancer de la thyroïde au cours de la vie entière est normalement de 0,75% et le risque additionnel estimé au cours de la vie entière est de 0,50% pour un nourrisson de sexe féminin exposé dans la zone la plus touchée).

Concernant les personnes vivant dans la deuxième zone la plus contaminée de la préfecture de Fukushima, les risques estimés sont inférieurs de moitié environ à ceux de la zone aux doses les plus élevées.

Une section du rapport est également consacrée au cas spécifique des travailleurs d’urgence dans la centrale nucléaire de Fukushima. Selon les estimations, les deux tiers environ des travailleurs d’urgence présenteraient des risques de cancer semblables à ceux de la population générale, et un tiers d’entre eux aurait un risque majoré. »

Alors que l’impact de la radioactivité est mal connu et que la dose reçue est mal évaluée, on se demande comment l’OMS peut faire un tel calcul. Par ailleurs, les radiations provoquent aussi des maladies non cancéreuses.

Greenpeace International a déjà critiqué ce rapport.

Vendredi 1er mars, le gouvernement japonais a contesté vendredi les conclusions de l’étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un responsable du ministère de l’environnement a expliqué qu’il était « erroné de croire que les résidents (proches de la centrale) vont développer des cancers dans ces proportions ».

Lundi 4 mars, le National Institute of Radiological Sciences et la Japan Atomic Energy Agency ont évalué les doses à la thyroïde des personnes qui ont fui la catastrophe, en fonction des routes et des horaires. La dose varie de 1 à 100 en fonction des scénarii.

La dose la plus forte est pour les habitants réfugiés à Tsushima dans la commune de Namié jusqu’au matin du 23 mars et sont ensuite partis vers le gymnase d’Adachi à Nihonmatsu, 60 kilomètres plus loin : 104 millisieverts à la thyroïde pour un enfant d’un an, 89 millisieverts pour un enfant de 10 ans et 53 millisieverts pour un adulte. C’est moins de 100 millisieverts pour toutes les autres routes. La route d’évacuation ayant entraîné la dose la plus faible est celle de Katsurao au gymnase d’Azuma dans la ville de Fukushima le 14 mars :

moins de 1 millisievert pour les adultes et les enfants.

Ce calcul fait l’hypothèse que les personnes sont restées dehors pendant 24 heures, ce qui est pénalisant, mais ne prend en compte qu’une seule journée alors que les rejets massifs ont duré dix jours.

Jeudi 7 mars, l’ACRO a mis en ligne ces derniers résultats d’analyse sur des échantillons en provenance du Japon. Il s’agit surtout d’analyse sur des urines d’enfants pour lesquelles la demande est encore très grande.

Ce sont 28% des enfants de Fukushima (7/25) que nous avons contrôlés depuis juillet dernier qui ont du césium radioactif dans les urines, à des niveaux faibles, mais qui perdurent. Il ne faut donc pas sous estimer l’impact sanitaire. A Kurihara, une zone contaminée de la province de Miyagi, située à 150 km de la centrale, il y a aussi 3 enfants contaminés sur 10 analyses effectuées. Nous avons aussi trouvé un enfant contaminé à Itô, dans la province de Shizuoka, à 350 km de la centrale. C’est, bien évidemment, la nourriture qui en est fort probablement la cause.

L’ACRO a aussi refait des analyses sur des poussières d’aspirateur qui mettent en évidence une contamination encore élevée, même si la tendance est à la baisse.

Enfin, les résultats d’une analyse sur de la « poudre noire » (cyanobactéries) ont aussi été mis en ligne.

Voir le communiqué de presse et tous les résultats.

Vendredi 8 mars, on s’en souvient, 40% des enfants de Fukushima qui ont subit des échographies de la thyroïde ont des kystes ou des nodules. Est-ce normal ou pas ? Le ministère de l’environnement a mené une étude similaire dans d’autres provinces du pays pour avoir une référence. Sur les 4 365 enfants âgés de 3 à 18 ans de Hirosaki (province d’Aomori), Kôfu (Yamanashi) et Nagasaki, 2 469, ou 56,6% ont des nodules de moins

de 5 mm ou des kystes de moins de 20 mm (groupe A2) et 44, soit 1%, ont un kyste ou un nodule qui demande des examens médicaux complémentaires (groupe B). C’est 0,6% à Fukushima. Aucun kyste ou nodule n’a été trouvé chez les 1 852 autres enfants.

Le communiqué est ici en japonais et ici en anglais.

A noter qu’une étude similaire avait été effectuée à Kôbé par des médecins et avait donné des statistiques similaires.

Samedi 9 mars, selon le Maïnichi, les autorités régionales de Fukushima auraient effacé des données sur le contrôle des populations à l’entrée d’un centre de secours. Il s’agit des données concernant une centaine de personnes dans une école d’Ôkuma à 5 km de la centrale le 12 mars 2011. Les données ont été effacées en septembre 2011 et cela n’a jamais été rapporté, ni au gouvernement, ni aux commissions d’enquête. Les employés de la province ne savaient pas comment copier les données enregistrées dans l’appareil de mesure. Et comme ils avaient besoin de l’appareil, ils ont effacé les données.

Dimanche 10 mars, le ministère de l’environnement a renoncé au projet d’étudier le génome des habitants de Fukushima pour y déceler d’éventuelles mutations.

L’étude visait 500 familles avec des nouveaux nés. Le sang des deux parents et de l’enfant auraient dû être comparés pour voir si l’enfant a plus de mutations génétiques que les parents. Officiellement, l’étude qui aurait dû commencer durant l’année fiscale à venir (qui débute le 1er avril 2013) a été repoussée car la technique n’est pas encore au point.

Doses et conditions de travail à la centrale

Au 31 décembre, ils étaient presque 20 000 travailleurs à être passés sur le site de la centrale. Au début, il n’y avait pas un dosimètre par personne, ce qui a conduit à une évaluation très approximative des doses. Les premières anthropogammamétries n’ont eu lieu que tardivement, ce qui fait que l’estimation de la contamination interne, qui a pu être forte au début, est aussi mal connue. Plusieurs travailleurs n’ont pas pu être retrouvés et n’ont pas été contrôlés a posteriori. Enfin, il n’y a pas ou peu de mesure neutron, alors que le flux a beaucoup augmenté quand les réacteurs se sont vidés de leur eau.

Avril – Juin 2012

Jeudi 5 avril, selon des documents rendus publics, la NISA avait donné son feu vert à TEPCo pour augmenter encore plus la limite de dose pour les travailleurs de la centrale. Le 14 mars 2011, le ministère de la santé avait relevé cette limite à 250 millsieverts. Le 25 mars, la NISA a transmis la demande de TEPCo de passer cette limite à 350 millisierverts.

Le premier ministre avait envisagé, un temps, de monter la limite à 500 mSv trois jours après avoir été montée à 250 mSv. Mais il s’agit là d’un autre problème : en temps normal, la limite au Japon est de 50 mSv/an pour les travailleurs et 100 mSv sur 5 ans (soit 20 mSv en moyenne). En France, elle est strictement de 20 mSv/an pour les travailleurs.

Un travailleur exposé à plus de 50 mSv à Fukushima ne peut plus travailler dans une autre centrale pendant un an. S’il est exposé à plus de 100 mSv à Fukushima, ce sont 5 années sans pouvoir accéder à une autre centrale. Pour éviter une pénurie de main d’oeuvre, l’industrie nucléaire (TEPCO et ses principaux sous-traitants, Toshiba, Hitachi…) ont demandé au ministère de la santé de combiner ces deux limites : ce qui conduit, de fait à une limite globale de 350 mSv. Mais le ministre n’a pas accepté cette demande, malgré les plaintes répétées

de l’industrie nucléaire.

 

Samedi 21 avril, les intervenants à la centrale de Fukushima daï-ichi, quel que soit leur métier, ont un dosimètre et une limite de dose à ne pas dépasser. De même pour les personnes engagées dans la décontamination. Mais pas les travailleurs du bâtiment qui vont intervenir dans la zone des 20 km pour réparer les infrastructures.

Le ministère de la santé a donc décidé que les travailleurs du bâtiment qui interviendront dans les zones où l’exposition externe annuelle peut dépasser les 5 mSv devront avoir un dosimètre et bénéficier d’un suivi médical. Ailleurs, ce ne sera pas nécessaire. On se demande pourquoi il n’a pas mis la limite à 1 mSv comme pour le public.Jeudi 26 avril, TEPCo a annoncé vouloir maintenir sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi 16 personnes qui ont dépassé la limite de 100 mSv mais qui sont indispensables car elles ont acquis une expérience et expertise que n’ont pas les autres intervenants. A partir de la fin avril, la limite de dose pour les travailleurs du nucléaire va redevenir 50 mSv/an et 100 mSv sur 5 ans (soit 20 mSv/an en moyenne).

La compagnie est en train de blinder la pièce où se trouvent le plus souvent ces 16 personnes afin de baisser leur exposition et les garder plus longtemps.Vendredi 27 avril, TEPCo a rendues publiques les doses reçues par les travailleurs sur le site durant les 3 premiers mois de 2012. L’exposition maximale est de 19,06 mSv en un mois (quelle précision !). Le communiqué est ici en anglais et le tableau ici. Rappelons que ces doses ne prennent pas en compte d’exposition à l’extérieur de la centrale.Mardi 8 mai, TEPCo vient de découvrir qu’un intervenant avait triché sur son âge et n’avait que 17 ans quand il est intervenu sur le site de la centrale accidentée en avril 2011. Employé par un sous-traitant de Kajima, le garçon a, entre autres, percé des trous dans les bâtiments réacteurs 2 et 4 pour

pouvoir passer des tuyaux. La dose totale (internet et externe) qu’il a reçue s’élève à 1,92 mSv, selon TEPCo.

Il faut avoir plus de 18 ans pour travailler dans le nucléaire au Japon.Mercredi 23 mai, selon la police, une partie des salaires des intervenants de la centrale de Fukushima daï-ichi, est passée dans les mains des yakuzas. Elle a arrêté Makoto Owada, du clan Sumiyoshi-kai. Sur les 40 000 yens (400 euros) de paie journalière, 10 000 (100 euros) allaient dans les mains des yakuzas. Owada donnait 7 000 yens (70 euros) par jour à son clan.

Il a expliqué envoyer des sous-traitants dans les centrales nucléaires depuis 2007.

Les sommes gigantesques dépensées dans le démantèlement de la centrale et la reconstruction des zones touchées par le tsunami attirent bien des convoitises.Jeudi 31 mai, TEPCo publie des statistiques sur les doses prises par les travailleurs ces 3 derniers mois.

Ces chiffres ne prennent pas en compte la dose prise en dehors du site de la centrale, même s’ils vivent en territoire contaminé. La dose maximale enregistrée est de 23,53 mSv en avril 2012.

Les statistiques incluant les premiers mois de la catastrophe sont à prendre avec des pincettes puisque les travailleurs n’avaient pas un dosimètre individuel par personne, qu’aucun contrôle de la contamination interne n’a été fait durant les premiers mois et que le flux de neutrons, qui a augmenté, n’est pas pris en compte.Vendredi 29 juin, les dernières

statistiques sur les doses prises par les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi sont ici en anglais.

Juillet – Août 2012

Jeudi 5 juillet, selon le rapport de la commission

d’enquête parlementaire sur l’accident de Fukushima, les travailleurs qui sont restés sur le site au début de la catastrophe n’avaient quasiment aucune information sur les risques encourus. La commission a interrogé environ 5 500

intervants et a reçu une réponse de 44% d’entre eux. 83% des employés de TEPCo sont restés au debut de l’accident. C’est 28% pour les principaux sous-traitants et 14% pour les sous-sous-traitants. 47% des employés de TEPCo étaient informé des dangers par TEPCo, mais 95% des principaux sous-traitants et 98% des sous-sous-traitants n’avaient aucune information.

47% des employés de TEPCO qui sont intervenus durant le premier mois ont déclaré qu’il n’y avait qu’un dosimètre par équipe. C’est 48% pour les principaux sous-traitants et 54% pour les sous-sous-traitants.

28% des employés de TEPCo n’étaient pas informés de la dose reçue.

C’est 24% pour les principaux sous-traitants et 35% pour les sous-sous-traitants.

Dans la partie libre expression de l’enquête, remplie par 40% des répondants, beaucoup se plaignent du manque d’information. Les travailleurs n’ayant pas des postes importants n’ont jamais été informés que le refroidissement était perdu.

Enfin, la plupart de ces travailleurs n’avaient jamais été entraînés pour intervenir dans une situation accidentelle.Samedi 21 juillet, l’Asahi révèle qu’un sous-traitant de TEPCo a poussé ses employés à couvrir leur dosimètre d’une plaque de plomb pour diminuer l’enregistrement de la dose reçue afin de pouvoir travailler plus longtemps et dans des zones plus contaminées. Certains ont refusé, d’autres ont posé des questions, mais le contremaître qui s’occupait d’eux les a menacé de perdre leur emploi et de ne plus jamais pouvoir en trouver dans le nucléaire.

Ces dosimètres sonnent quand un certain débit de dose est dépassé.

Quand la dose cumulée dépasse 50 mSv en un an, on ne peut plus travailler dans une centrale nucléaire pendant un certain temps.

Le PDG de Built-Up, la compagnie de construction sur la sellette, a reconnu, ce jour, que, le 1er décembre dernier, 9 de ses employés ont travaillé 3 heures sur le site de la centrale accidentée avec leur dosimètre protégé par du plomb.

Le 30 novembre, le contremaître avait rassemblé son équipe et leur a présenté une feuille de plomb d’un mètre carré environ et de quelques millimètres d’épaisseur. Il leur a montré comment la découper et protéger leur dosimètre.

Le 1er décembre, jour de leur intervention, ils ont reçu un dosimètre de TEPCo et des combinaisons de protection à J-Village, comme tous les autres intervenants. Le contremaître leur avait dit, qu’une fois dans le bus de la compagnie Built-Up, ils devaient ouvrir leur combinaison, recouvrir le dosimètre de plomb et refermer la combinaison avec du scotch, en veillant bien à ce que personne ne les voit. 3 ont refusé à ce moment là. Ils ont été renvoyés à leur hôtel et le contremaître est monté dans le bus avec les autres. Le chauffeur qui ramenait les récalcitrants à expliqué que la zone est trop radioactive et que personne ne veut y aller. C’est pourquoi Built-Up a récupéré le marché très lucratif qui consistait à isoler thermiquement les tuyaux du circuit de refroidissement des réacteurs 1 à 4.

Le 2 décembre, une réunion houleuse entre les employés et le contremaître a eu lieu dans un hôtel d’Iwaki où ils logeaient. Le contremaître a d’abord nié les faits, mais comme la réunion a été enregistrée à son insu, il a finalement dû avouer. Le contremaître, qui intervient sur d’autres centrales nucléaires pour la compagnie, a dit l’avoir déjà fait pour son propre dosimètre. Les 3 récalcitrants ont abandonné ce travail et sont rentrés chez eux.

TEPCo a enregistré une dose de 10 mSv pour un des employés de Built-Up pour le seul mois de décembre dernier. Une des plus fortes doses enregistrées parmi tous les 5 000 intervenants de l’époque. Ce qui signifie que la dose réelle est beaucoup plus élevée.Dimanche 22 juillet, suite de l’affaire des plaques de plomb qui ont protégé les dosimètres : une fois leur travail terminé, les ouvriers avaient caché leur plaque dans le bus, mais le contremaître aurait ordonné aux ouvriers de s’en débarrasser sur le site de la centrale, pour ne pas se faire prendre. Ils les ont donc jetées dans des herbes à un endroit où le débit de dose est élevé pour qu’elles soient difficile à retrouver.

Le Ministère de la santé a donc annoncé qu’il allait rechercher ces plaques pour avoir des preuves matérielles. Il veut aussi mesurer l’épaisseur de la plaque pour en déduire la dose réelle reçue par les neuf personnes concernées.

Sur les 12 personnes de l’équipe, 3 ont refusé de mettre les plaques.

Face à l’obstination du contremaître, elles sont donc parties sans travailler. Sur les neuf autres qui sont intervenues pendant 3 heures, il n’est pas sûr qu’elles aient toutes mis les plaques, même si elles ont dit l’avoir fait. Comme le débit de dose sur le site du chantier était moins élevé qu’attendu, les plaques n’ont été utilisées qu’une seule fois, selon l’un des ouvriers.Lundi 23 juillet, la filiale de TEPCo, Tokyo Energy & Systems Inc., qui a sous-traité le travail à la compagnie Build-Up, affirme que seulement 5 personnes ont couvert leur dosimètre d’un cache en plomb et seulement pendant une journée. Les 4 qui étaient dans la même voiture que le contremaître et le contremaître ont mis le cache. Les quatres qui étaient dans une

autre voiture et qui allaient travailler dans un endroit moins exposé ne l’auraient pas mis. Ceux qui l’ont mis ne l’auraient gardé que 30 à 40 minutes.

En fait, le cache est rapidement paru peu efficace. Il a donc été abandonné. S’il avait été efficace, ils l’auraient réutilisé a reconnu le contremaître, lors d’une conférence de presse.

Et d’ajouter qu’il n’y a pas de grande différence avec la dose prévue ou ce qu’ont enregistré d’autres dosimètres. Chaque intervenant a 2 dosimètres : un qui donne la dose reçue lors de la journée et un qui cumule les doses tout au long de l’année pendant le travail sur site.

Elle recherche actuellement s’il n’y a pas d’autres compagnies qui ont aussi triché. Mais comme elle a 400 à 500 sous-traitants, cela va prendre du temps.

Ce scandale apporte un éclairage sur un problème majeur lié à un accident nucléaire : y a-t’il assez de main d’oeuvre pour faire le sale boulot qui va durer plus d’une quarantaine d’années ? Il n’y a qu’un nombre limité de personnes qualifiées qui acceptent ce genre de travail. La limite de dose de 100 mSv/an est vite atteinte. De nombreux sous-traitants ont fixé une limite plus basse, ce qui signifie de trouver un plus grand nombre d’intervenants. TEPCo reconnaît ce

problème.Mercredi 25 juillet, un groupe

d’ingénieurs à la retraite, qui avaient proposé leur service pour intervenir sur la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, au prétexte qu’ils ont de l’expérience et qu’ils craignent moins les radiations que les jeunes, a essuyé un refus de la part de TEPCo et du gouvernement. Il a aussi proposé ses services pour

décontaminer dans la zone des 20 km, sans plus de succès. Le Skilled Veterans Corps for Fukushima, fort de 2 300 membres et sympatisants, n’abdique pas pour autant. Des représentants de ce groupe entament donc une tournée américaine d’un mois pour plaider leur cause et convaincre les autorités de ce pays de faire pression sur les autorités japonaises. Ils veulent aussi créer une équipe internationale indépendante de TEPCo avec le soutien d’experts étrangers.Il se pourrait que de nombreux employés de sous-traitants ou sous-sous-traitants n’aient pas de contrats légaux, selon une enquête du Asahi.

Environ 90% des intervenants sur le site de la centrale accidentée sont employés par des compagnies sous-traitantes. Leurs conditions de travail sont largement inférieures à celle des employés de TEPCo. TEPCo paye environ 50 000 yens (530 euros) par jour et par personne les majors du BTP ou autre sous-traitantes. Celles-ci se retournent généralement vers des compagnies sous-sous-traitantes pour faire le travail. Ces dernières reçoivent 25 000 à 30 000 yens (260 à 320 euros) par jour et par personne. Celles-ci employent souvent des interimaires

qui reçoivent 15 000 à 20 000 yens (160 à 210 euros) par jour. Les moins bien payés ne reçoivent donc que 30% de ce que paye TEPCo, le reste allant dans la poche des intermédiaires.

Ce salaire quotidien est encore plus élevé que dans le BTP, mais les conditions de travail se sont dégradées depuis le début de la catastrophe. Et la chaleur de l’été rend le travail encore plus pénible.

Et malgré les dénégations de TEPCo, il se peut de nombreux intervenants n’aient pas des contrats légaux. C’est le cas en particulier de Built-Up, encore elle. Les documents officiels concernant les 12 personnes qui ont subi le scandale du cache en plomb montrent qu’elles étaient employées par la compagnie elle-même ou sa filiale Access Aomori. En réalité, 8 d’entre elles étaient envoyées par des agences d’interim non habilitées de Fukuoka, Fukushima et Aomori. Le ministère

du travail pense que leur situation si précaire les a poussé à accepter de mettre un cache en plomb sur leur dosimètre. Leur contrat n’était que de deux mois. Les 3 personnes qui ont refusé de mettre le cache et qui ne sont pas intervenues étaient dans cette situation.

De plus, ces intérimaires ne peuvent plus trouver d’emploi dans le secteur une fois leur limite de dose atteinte alors que les employés de TEPCo ou des majors qui décrochent les contrats sont recasés dans d’autres services. Ils sont aussi moins bien formés et informés sur les risques encourus. C’était en particulier le cas au tout début de la catastrophe.

Mais le recours aux sous-traitants ne devrait qu’augmenter car les employés de TEPCo et ses principaux sous-traitants auront bientôt atteint leur limite de dose et il faut aller chercher de la main d’oeuvre ailleurs.

 

Jeudi 26 juillet, la dose collective reçue par tous les travailleurs du nucléaire se compte en siervert.hommes. Pour la centrale de Fukushima daï-ichi, elle a été mulipliée par 16 pour la première année de la catatrophe par rapport à l’année précédente. Du 11 mars 2011 à la fin février 2012, la dose collective à Fukushima daïchi est de 244,6 sieverts.hommes. Elle était de 14,9 l’année précédente d’après les statistiques officielles.

Le seul mois de mars 2011 compte pour presque la moitié de la dose collective reçue à Fukushima daï-ichi, avec 120,2 sieverts.homme. La plus forte dose reçue est de 678.8 millisieverts. Les 20 000 personnes qui sont intervenues sur le site de la centrale accidentée la première année de l’accident ont reçu une dose moyenne de 12 millisieverts.

Ce sont les sous-traitants qui ont pris l’essentiel de la dose, comme c’était déjà le cas avant la catastrophe.

Sur tout le pays, la dose collective reçue par les 62 961 personnes concernées était de 61 sieverts.homme pour l’année fiscile 2010 (sans compter Fukushima), avec une moyenne d’un millisievert par personne.

Mais les 7 701 employés des compagnies d’électricité n’ont reçu que 0,3 millisievert en moyenne, ce qui fait une dose collective de 2 sieverts.hommes. Pour les 55 260 travailleurs sous-traitants intervenant en zone contrôlée, la dose moyenne est de 1,1 millisievert, soit 4 fois plus. La dose collective, quant à elle est de 59 sieverts.hommes, soit 30 fois plus.

Plus la dose reçue est élevée, plus la part des sous-traitants est grande. Toujours pour l’année fiscale 2010, les employés des compagnies d’électricité représentent 13% des travailleurs qui ont reçu moins de 5 millisieverts. Ils ne sont plus que 0,48% pour la tranche 5-10 mSv et 0,24% pour la tranche 10-15 mSv. Et 0% au-dessus de 15 mSv.Jeudi 2 août, le bilan des doses reçues par les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi pour les mois d’avril à

juin 2012 est en ligne sur le site Internet de TEPCo. Ce sont toujours les

sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes, avec un maximum de 23,53 mSv en un mois.

 

Samedi 4 août, un sous-sous-sous-traitant de TEPCo a travaillé sans dosimètre le 3 août de 7 à 11h. Il était chargé de travailler sur de la tuyauterie près du bâtiment n°4. C’est encore la filiale de TEPCo, Tokyo Energy and Systems Inc., qui était chargée du chantier. Le sous-traitant n°1 de la filiale a pris un dosimètre pour chacun de ses employés, mais par pour ses propres sous-traitants. L’ouvrier a donc travaillé sans dosimètre. Il met cela sur la compte de la fatigue et de l’étourderie.

Il travaille en fait depuis juin dernier sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. La dose accumulée approchait la limite fixée pour lui et la filiale de TEPCo lui avait déjà fait savoir qu’il ne pourrait bientôt plus travailler dans une centrale nucléaire.

Les autres intervenants ont reçu entre 0,1 et 0,12 millisieverts sur ce même chantier.Lundi 6 août, l’Asahi continue d’enquêter sur les conditions de travail dans les centrales nucléaires japonaises et en est arrivé à la conclusion que la triche

pour diminuer la mesure de la dose est répandue et dure depuis des années. Sans cela, la limite de dose serait rapidement atteinte et il ne serait plus possible de travailler dans le nucléaire.

Un intervenant d’une trentaine d’années sur le site de la centrale accidentée témoigne avoir vu une voiture sur le parking en mai dernier avec une vingtaine de dosimètres. 3 heures plus tard, quand il est repassé, les dosimètres étaient toujours là. Leur propriétaires travaillaient sans. Il aurait observé ce genre de comportement 5 fois.

Un de ses collègues, d’une quarantaine d’années, confirme : il aurait vu une dizaine de fois les dosimètres laissés dans une voiture.

Même TEPCO aurait découvert des cas similaires et serait en train d’enquêter.

Ce même intervenant d’une trentaine d’année se souvient être intervenu dans l’enceinte de confinement des réacteurs 1 à 6 de la centrale de Fukushima daï-ichi il y a une dizaine d’années. Son chef lui aurait demandé de laisser son dosimètre dans une boîte en plomb pendant son intervention. Le dosimètre affichait alors une dose proche de zéro.

Quand il gardait le dosimètre, il avait entre 0,3 et 0,4 millisievert par intervention. Ce genre de comportement était plus fréquent à l’approche de la fin de l’année, quand la dose cumulée n’était plus très loin des 20 millisieverts maximum fixés par le sous-traitant qui l’employait. C’était cela ou ne plus pouvoir intervenir.

D’autres travailleurs révèlent avoir laissé leur dosimètre à un collègue intervenant dans une zone moins irradiante.

Ce seraient des pratiques bien connues de tous, mais aussi bien les exploitants que les sous-traitants ferment les yeux. Tout le monde se tait, de peur de perdre son emploi.

Un retraité âgé de 64 ans, qui a travaillé une trentaine d’années dans le nucléaire explique qu’il a dû retirer son dosimètre dès son embauche. Il n’avait pas le choix pour pouvoir gagner sa vie. Et d’ajouter qu’il n’est pas possible d’exploiter des centrales nucléaires sans que des intervenants sacrifient leur santé.Mercredi 8 août, Tokyo Energy

and Systems Inc. (TES), la filiale de TEPCo impliquée dans des scandales relatifs à la dosimétrie des sous-traitants, a reconnu que les caches en plomb réduisaient de 30% la dose mesurée. Ces caches, d’une épaisseur de 3 mm, ont été utilisés en décembre 2011 pour couvrir des dosimètres. Elle a aussi reconnu que 8 des intervenants d’alors étaient des intérimaires avec des contrats illégaux. TEPCo et sa filiale ont promis de prendre des mesures pour mieux contrôler l’usage

des dosimètres.Vendredi 10 août, un nouvel

ouvrier intervenant sur la centrale de Fukushima daï-ichi a « oublié » de mettre son dosimètre. ET c’est encore un sous-traitant, d’une autre filiale de TEPCO : Toden Kogyo Co.. Il a effectué sa tâche de 90 minutes sans dosimètre. Selon les dosimètres des autres personnes qui sont intervenues à proximité, il aurait reçu 0,03 mSv.

Le ministère de la santé et des affaires sociales a demandé aux entreprises intervenant sur la site de reforcer leur vigilence. Encore un voeux pieux. Tant que des mesures plus coercitives ne sont pas prises, cela va continuer.Lundi 13 août, TEPCo a remis à la NISA son plan pour réduire la triche avec les dosimètres : outre la mise en place d’une pochette transparente pour le dosimètre (à partir d’octobre), elle va procéder à des contrôles inopinés, mais sans donner de fréquence. Or, pour être dissuasif, le contrôle doit être fréquent.

Pour les sous-traitants qui auront une exposition mensuelle supérieure à 5 mSv, une comparaison sera faite entre la donnée du dosimètre cumulatif qui donne la dose reçue sur le mois et la somme des doses quotidiennes donnée par l’autre dosimètre. Si l’écart est supérieur à 20%, il sera demandé à la compagnie de trouver la cause de l’écart. Les sous-traitants devront aussi surveiller les intervenants qui ont reçu une dose inférieure à la moitié de la dose moyenne reçue par les autres membres de l’équipe. TEPCo espère ainsi repérer les tricheries « individuelles » mais ne pourra pas détecter les tricheries collectives.

En attendant, une entreprise sous-traitante a été chargée par TEPCo de palper les travailleurs pour vérifier s’ils ont bien leur dosimètre sous la combinaison de protection. Mais il est impossible de faire la différence avec un téléphone portable ainsi, voire avec un paquet de cigarettes. Et TEPCo autorise toujours le chef d’équipe à prendre tous les dosimètres pour les membres de son équipe. Une distribution individuelle serait plus sûre.

L’Asashi note que, si les autorités poussent TEPCo à être plus vigilante, elles ne font rien pour corriger la mal à la racine en garantissant les

droits des travailleurs qui ont atteint la dose limite. Sans cela, il y aura toujours la tentation de tricher pour garder son emploi.Hideki Yabuhara, président de la compagnie Wamon, qui fournit une expertise en santé mentale aux entreprises, explique que les employés de TEPCo souffrent et qu’il n’ont pas de soutien psychologique par manque de fonds. Il craint des suicides. Ils portent la responsabilité de l’accident nucléaire. Mais certains ont aussi perdu leur famille

dans le tsunami et ont du mal à réconcilier leur position de victime et de coupable.

De plus, les conditions de travail restent très difficiles, même si elles se sont améliorées. Les chambres des dortoirs sont séparées par des cloisons pas plus épaisse que du papier. On entend tout ce qui se passe dans les chambres voisines.

Hideki Yabuhara a d’abord fourni un soutien psychologique à l’ancien directeur qui lui a demandé de s’occuper des autres personnels sur place. Il a discuté avec 250 personnes depuis octobre 2011. Une goutte d’eau.

Il refuse l’argent de TEPCO pour rester indépendant. Il a demandé un soutien au gouvenrement, en vain.Mercredi 15 août, une équipe de recherche dirigée par Jun Shigemura, un psychiatre au

Collège Médical de la Défense Nationale et Takeshi Tanigawa, professeur de santé publique à l’université d’Ehimé, ont interrogé, par l’intermédiaire d’un questionnaire, tous les 1 760 employés de TEPCO qui ont travaillé dans les centrales de Fukushima daï-ichi et daï-ni juste après l’accident. L’étude, qui consistait en 8 questions, a eu lieu en mai et juin 2011. 1 495 employés, ou 85% des personnes interrogées, ont répondu.

42% des répondants, ou 623 personnes, ont dit qu’ils avaient échappé de justesse à la mort, tandis que 26% ont affirmé être présents lorsque des explosions hydrogène qui ont secoué Fukushima daï-ichi.

31%, ou 191 personnes, a mentionné avoir subi des injures, comme par exemple des évacués qui ont collé sur leur porte des affiches où il était écrit « TEPCo dehors », ou ayant même été agressé physiquement. On aurait lancé des objets sur certains d’entre eux.

Un test dit K6 qui sert à évaluer leur état psychologique a montré que 43% d’entre eux nécessitaient une surveillance. Ce taux est même de 47% si l’on ne considère que ceux présents à la centrale accidentée. Sans un traitement approprié, ils pourraient plonger dans le dépression, l’alcoolisme ou autres syndromes de stress post-traumatique. Le principal facteur de stress est les injures, la discrimination et agressions. Les personnes qui ont subi ces agressions sont 2 à 3 fois plus susceptibles de subir de graves dommages psychologiques.Jeudi 23 août, un ouvrier est mort d’un arrêt cardiaque sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. Il a été trouvé vers 10h35 le 22 août et a été envoyé à l’hôpital régional d’Iwaki une fois le décès constaté. On ne sait pas exactement ce qu’il lui est arrivé. Il a commencé à travailler vers 9h à la mise en place de citerne de stockage de l’eau très contaminée. Vers 9h50, il a fait une pause dans une pièce climatisée et s’est plaint de se sentir mal. Un camarade l’a trouvé

ensuite, inconscient. La dose reçue ce jour là était de 0,03 mSv et sa dose cumulée depuis le début de ses interventions en août 2011 est de 25,24 mSv. Le communiqué laconique de TEPCo est ici.Vendredi 24 août, TEPCo a fini par reconnaître que 8 personnes ont travaillé sans dosimètre depuis juin 2011 et qu’une vingtaine d’autres l’ont « perdu ».

La compagnie reconnaît aussi sa responsabilité dans le contrôle inefficace de la dosimétrie des employés et sous-traitants et le retard dans la transmission des problèmes aux autorités. Sur ces 8 personnes, 2 sont des employés de TEPCo et 6 des sous-traitants. Toujours selon la compagnie, 6 personnes auraient « oublié » de prendre un dosimètre, une aurait décidé de ne pas en utiliser et une dernière n’aurait pas pu en avoir un suite à un problème d’organisation. Les 20 dosimètres ont été perdus par des sous-traitants et 3 seulement ont été retrouvés.

Sans dosimètre, on ne peut pas connaître la dose prise par la personne.

Il s’agit donc d’une faute grave. De nombreux cas étaient connus de TEPCo qui n’a rien dit aux autorités avant le 23 août. Et sans le scandale médiatique, les autorités n’y auraient vu que du feu, une fois de plus. Le contrôle est toujours aussi laxiste. La compagnie a aussi mis en ligne trois vidéos montrant les nouvelles procédures de contrôle. Il faut commencer par la dernière, les deux autres s’enchaînent.

Vendredi 31 août, TEPCo a mis en ligne des statistiques sur les doses prises par les intervenants sur le site de la centrale nucléaire accidentée. Enfin, ceux qui avaient bien un dosimètre… Les sous-traitants continuent à prendre des doses beaucoup plus fortes que les employés de TEPCo. En juillet, la dose moyenne des employés était

de 0,55 mSv et plus du double avec 1,19 mSv pour les sous-traitants. En ce qui concerne la dose maximale pour ce même mois, elle était de 6,57 mSv pour les employés de TEPCo et 17,28 mSv pour les sous-traitants.

 

Septembre – Novembre 2012

Samedi 1er septembre, sur le site de la centrale, les ouvriers doivent toujours faire face à de très fortes doses. Les balises de surveillance du débit de dose ambiant sont ici en anglais : une balise affiche 220 microsieverts par heure ! Ce n’est pas rien : le millisievert est dépassé en moins de 5 heures. TEPCo met aussi de temps en temps en ligne une carte de la contamination du site. La plus récente date du 27 juillet dernier et fait

apparaître des points très chauds. L’unité est cette fois-ci du millisievert par heure. Les autres cartes sont ici.

Quant aux données de TEPCo en anglais, elles sont regroupées ici.Mardi 4 septembre, TEPCo a publié des statistiques sur les travailleurs qui sont intervenus dans les premières semaines de la catastrophe. Elle a recensé 7 766 personnes qui ont travaillé sur le site de la centrale accidentée entre le 15 et le 31 mars et 3 077, ou environ 40%, n’avaient pas de dosimètres. Mais le nombre total de personnes concernées doit être inférieur car TEPCo a compté plusieurs fois une

même personne qui est intervenue plusieurs fois. Seule une personne par équipe de travail était munie d’un dosimètre à cette époque. Les 5 000 dosimètres sur le site avaient été emportés par le tsunami. Il aura fallu un scandale médiatique pour que des dosimètres arrivent d’autres centrales.

TEPCo compte donc la même dose pour tous les membres de l’équipe. Mais ils pouvaient être séparés de plus de 10 m. Les doses enregistrée peuvent donc être fausses. L’Asahi cite le cas de sous-traitants qui sont allés remettre de l’essence dans des pompes de secours situées à côté d’un bâtiment réacteur. Aucune des trois personnes n’avait de dosimètre. Le chef d’équipe, qui lui avait un dosimètre, est resté dans le véhicule pendant ce temps… qui a duré une dizaine de minutes. La dose enregistrée n’est donc pas

représentative. Une des trois personnes, âgée d’une trentaine d’années, a vu son taux de globules blancs monter depuis. Il ne sait pas si la dose enregistrée lui permettra d’obtenir une reconnaissance de maladie professionnelle en cas de cancer.

Selon le ministère de la santé, seul un travailleur du nucléaire qui a reçu une dose supérieure à 5 mSv en un an, peut voir sa leucémie classée en maladie professionnelle. Il est en train d’établir des critères similaires pour les cancers du colon, de l’estomac et de l’oesophage. A cela s’ajoutent les problèmes de contamination interne qui n’ont pas été pris en compte puisque les premières anthropogammamétries sur les travailleurs ont eu lieu très tardivement, après plusieurs mois.

Samedi 29 septembre, le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales a établi de nouveaux critères pour la reconnaissance des cancers du

colon, de l’estomac et l’oesophage comme maladie professionnelle suite à une irradiation. Les personnes concernées doivent avoir reçu une dose supérieure à 100 mSv au total plus de 5 ans avant la maladie. Fin août, les statistiques officielles de TEPCo, qui sont à prendre avec prudence, donnaient 167 travailleurs qui ont déjà dépassé cette limite.

Des critères existent déjà pour d’autres cancers comme la leucémie.Vendredi 12 octobre, TEPCo présente les nouvelles combinaisons avec poche transparente pour que les dosimètres soient visibles. Cela fait suite au scandale provoqué par les capots de plomb mis sur certains dosimètres afin de réduire la dose enregistrée.Mercredi 31 octobre, suite au

scandale de falsification des doses prises par les travailleurs intervenant sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, le gouvernement a inspecté la dosimétrie des travailleurs et a trouvé un système de contrôle qui n’est pas à la hauteur des enjeux. Il a découvert 19 violations des règles, allant de la transmission erronée de données au port d’un seul dosimètre au

lieu des deux requis.

Le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales, qui a conduit l’inspection, n’a contrôlé que 1 813 cas et admet qu’il ne s’agit probablement que de la partie émergée de l’iceberg. On ne peut rien conclure quant aux accusations de violations systématiques, ni pour les confirmer, ni pour les infirmer.

Sur les 1 813 cas qui ont reçu des doses élevées (plus 5 mSv par mois), le ministère a comparé les données enregistrées par le dosimètre qui indique la dose quotidienne et le dosimètre qui indique la dose cumulée. Dans 28 cas, la dose cumulée était de plus de 25% plus élevée que la somme des doses quotidiennes enregistrées. Pour 19 d’entre eux, cela est dû à une procédure erronée : il y a des cas où les travailleurs n’ont porté qu’un seul des deux dosimètres ou des reports erronés de données.

TEPCo, qui mène sa propre enquête, va répondre avant la fin novembre.

Malheureusement, dans cette inspection, il n’y a aucun cas compris entre mars et octobre 2011, quand les doses étaient les plus fortes. En mars 2011, il n’y avait même pas un dosimètre par personne. La méthode utilisée ne permet pas non plus détecter les cas où les travailleurs ont laissé les deux dosimètres dans la voiture lors de leur intervention, comme l’Asahi l’a rapporté dans le passé.Jeudi 1er novembre, TEPCo publie les statistiques sur les doses enregistrées par les

travailleurs qui sont intervenus sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi au cours des mois de juillet, août et septembre 2012. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes.Le 24 mars 2011, trois sous-traitants avaient pataugé dans de l’eau fortement contaminée dans les sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3 sans botte de protection et ont eu les jambes brûlées par la radioactivité. Ils ont pris une dose de l’ordre de 180 mSv durant leur intervention. Ils ne connaissaient pas le danger alors que des employés de TEPCo avaient mesuré 400 mSv/h à la surface de l’eau et étaient

partis. Eux sont restés sans être prévenus du danger et l’accident est arrivé.

Une plainte a été déposée et l’un d’entre eux a accepté de parler à la presse à la condition que son nom ne soit pas mentionné et que son visage ne soit pas montré. Son récit est ici en anglais. Il travaille maintenant à la décontamination des points chauds dans la province de Fukushima…

 

Samedi 3 novembre, plus d’un

et demi après TEPCo a reconnu que ce ne sont pas 3 personnes qui ont été exposées à de fortes doses alors qu’elles travaillaient dans les sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3, mais 4. TEPCo et son sous-traitant, Kandenko Co., ont toujours prétendu que seulement 3 personnes avaient pataugé dans de l’eau très contaminée le 24 mars 2011. Un employé a révélé, lors d’une conférence de presse

tenue le 1er novembre dernier, qu’il avait lui même refusé d’y aller car il n’était pas assez protégé, mais qu’une autre personne l’avait remplacé. TEPCo et Kandenko ont reconnu les faits le lendemain.

6 personnes ont été envoyées dans les sous-sols du bâtiment turbine du réacteur n°3 pour tirer des cables électriques. 2 étaient des employés de Kandenko, un autre était un sous-sous-traitant et les 3 derniers des sous-sous-sous-traitants. Les deux employés de Kandenko et le premier sous-traitant sont allés dans les sous-sols faire leur travail et n’ont pas tenu compte de l’alarme de leur dosimètre. Ils ont reçu une dose de l’ordre de 180 millisieverts, un niveau qui requiert un traitement médical. Les trois autres sous-traitants du deuxième ordre ont été envoyés par Kandenko pour prendre le relais. Un d’entre eux, qui avait

des bottes en caoutchouc, a passé entre 5 à 10 minutes sur place et a pris 56 millisieverts. TEPCo affirme n’avoir pas voulu cacher qu’une quatrième personne avait pataugé dans de l’eau contaminée. Elle ne l’a pas mentionnée car elle faisait partie d’une autre équipe…

Selon TEPCo, une autre équipe a mesuré jusqu’à 400 millisieverts par heure à la surface de l’eau et aurait conseillé à l’équipe de Kandenko de fuir immédiatement. La quatrième personne y serait allée avant cet ordre. Le témoignage de l’employé qui a tenu la conférence de presse diverge sur le sujet : la quatrième personne y aurait été envoyée après. Il a lui même refusé d’y aller.Lundi 5 novembre, quand le

ministère de l’environnement a signé des contrats de ‘décontamination’ avec des compagnies, il a prévu une prime qui doit aller de 3 300 yens (33 euros) à 10 000 yens (100 euros) par jour en plus du salaire. Le niveau de la prime dépend du niveau de la contamination et de la distance par rapport à la centrale. Une enquête du Asahi a montré que la prime atteint rarement les travailleurs et est siphonée par les nombreux intermédiaires du mille-feuille de sous-traitants.

Des milliers de travailleurs sont concernés par les 18 projets qui coûtent 3,5 milliards de yens (35 millions d’euros). Il y a 12 compagnies qui ont remporté les marchés.

L’Asahi a enquêté sur 6 projets impliquant 6 compagnies différentes et a trouvé des cas de non-paiement de la prime dans les 6 cas. Il s’agit de projets pour un montant total de 100 millions de yens (1 million d’euros). Des travailleurs ont déclaré n’avoir jamais touché de prime.

Il y a différents cas :

– la direction d’une compagnie sous-traitante a parfois déclaré ne rien avoir reçu pour le paiement des primes et que l’argent est resté dans la poche de la compagnie qui a remporté le marché.

– dans un autre cas, le salaire de base a été baissé pour ‘compenser’ partiellement la prime de risque.

– il y a aussi un cas où la compagnie qui a remporté le marché a bien payé la prime au premier sous-traitant qui l’a versée à ces propres employés mais ne l’a pas versée au sous-sous-traitant.

Les 6 compagnies qui ont remporté les marchés en question sont Taisei Corp., Shimizu Corp., Kajima Corp., Hazama Corp., JDC Corp. et Okumura Corp. Cette dernière a refusé de répondre à l’Asahi.

Le ministère de l’environnement va lancer une enquête. Il compte dépenser 650 milliards de yens (6,5 milliards d’euros) au total d’ici la fin de l’année fiscale 2013.Il se peut que TEPCo manque bientôt de main d’oeuvre pour démanteler

la centrale de Fukushima daï-ichi, mais refuse de l’admettre. La compagnie annonce avoir 24 000 intervenants à disposition. Mais ce chiffre est celui du nombre total de personnes qui ont travaillé sur le site de la centrale depuis le début de la catastrophe. 16 000 sont déjà partis, souvent à cause des conditions de travail difficiles. Il y a environ 3 000 personnes par jour actuellement. TEPCo estime avoir besoin de 11 700 personnes cette année, mais la NHK a découvert qu’il n’y avait que 8 000 personnes qui ont signé des contrats le mois dernier.

TEPCo répond que certaines personnes peuvent intervenir plusieurs fois et ne prévoit pas de manque de main d’oeuvre à court terme. En revanche, elle admet qu’elle ne peut rien affirmer à long terme.Jeudi 8 novembre, une étude épidémiologique met en évidence une augmentation

signification du nombre de leucémies chez 110 645 travailleurs qui sont

allés décontaminer après la catastrophe de Tchernobyl. L’article est ici et un communiqué de presse ici.Jeudi 22 novembre, 24

118 personnes sont intervenues sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi entre mars 2011 et septembre 2012. Parmi elles, seulement 904, ou 3,7%, sont éligibles pour bénéficier d’un dépistage gratuit du cancer proposé par le gouvernement et TEPCo qui l’ont réservé aux personnes qui ont reçu plus de 50 mSv entre mars et décembre 2011. Pourtant, les relevés dosimétriques du début ne sont pas fiables car seul le chef d’équipe avait un dosimètre. Pourtant, les travailleurs continuent à prendre des doses élevées. Rien qu’en septembre dernier la dose totale reçue a dépassé 50 mSv pour 24 personnes. Mais seulement les deux employés de TEPCo dans cette situation auront droit à un dépistage gratuit, pas les 22 sous-traitants.Toutes les personnes qui ont reçu plus de 100 mSv lors de la phase d’urgence, ont droit à un dépistage annuel payé par l’employeur. Si la

personne perd son emploi, le gouvernement prend le relais. Mais le 16 décembre 2011, le premier ministre Noda avait déclaré la phase d’urgence terminée et les réacteurs arrêtés « à froid ». Seules 167 personnes étaient donc concernées. En août 2012, TEPCo a annoncé étendre la mesure aux personnes ayant dépassé 50 mSv lors de la phase d’urgence, ce qui fait 663 personnes supplémentaires. TEPCo a aussi proposé ces dépisatges à ces propres employés engagés dans certaines opérations, si la dose totale reçue dépasse 50 mSv, même après le 16 décembre. Cela fait 74 personnes de plus.De nombreux travailleurs demandent que le dépistage gratuit du cancer soit proposé à tous les intervenants sans limite de date. Et ceux qui ont travaillé sans dosimètre sont particulièrement inquiets et demandent aussi à bénéficier d’un suivi sanitaire.Vendredi 30 novembre, TEPCo a décidé d’installer son siège régional à J-Village, l’ancien centre d’entraînement de foot, transformé en base arrière pour les travaux à la centrale. Il est surprenant qu’elle s’installe en zone contaminée, exposant inutilement les employés et les visiteurs. Cela risque aussi de gêner les travaux à la centrale.

Samedi 1er décembre, d’après les données transmises par TEPCo à l’OMS, 178 travailleurs ont subi une contamination interne telle que la dose à la thyroïde dépasse 100 mSv. Parmi eux, 163 ont reçu plus de 200 mSv. La valeur la plus élevée est de 11,8 Sv (11 800 millisieverts, à ne pas confondre avec la dose au corps entier). Le risque de développer un cancer est élevé avec une telle dose. Deux d’entre eux ont dépassé les 10 Sv.

A la demande de l’OMS, TEPCo a transmis les résultats des examens de la thyroïde de 522 travailleurs parmi ses propres employés ou ses sous-traitants. Les données personnelles (comme l’âge…) ne sont pas connues. La presse a eu accès au données via un rapport de l’OMS en cours de rédaction. TEPCo ne les a jamais rendues publiques. Des nombreux sous-traitants n’ont pas reçu les résultats de leur propre examination.

La personne qui a reçu la plus forte dose à la thyroïde est aussi celle qui a reçu la plus forte dose au corps entier suite à une contamination interne : 678,8 mSv. Il serait trentenaire et toujours employé par TEPCo, mais pas affecté à des travaux liés au nucléaire.

Presque 336 heures supplémentaires d’enregistrements des visio-conférences entre le 16 et le 23 mars 2011, puis entre le 30 mars et le 6 avril, ont été montrés à la presse. Une sélection a été mise en ligne sur le site de TEPCo.

Comme les enregistrements précédents, le chaos et l’improvisation sont flagrants. Dans un extrait daté du 18 mars 2011, on voit le directeur de la centrale refuser de renvoyer les personnes sur place intervenir sur les réacteurs et réclamer du personnel supplémentaire. « Tous les travailleurs approchent les 200 mSv ou ont même dépassé les 200. Je ne peux pas les renvoyer pour connecter des cables avec un tel niveau de radiations. » Et le quartier général à Tôkyô de promettre de chercher des volontaires.

Lundi 3 décembre, 47,9% des intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi n’auraient pas de contrats en règle. Il s’agit, bien entendu, des sous-traitants. Leur employeur officiel, celui qui les envoie travailler sur le site de la centrale, n’est pas celui qui les paye et c’est illégal. Ce sont des boîtes d’interim qui les payent.

36% des sous-traitants n’ont pas reçu de document écrit décrivant les conditions de travail, le salaire, etc, comme ils auraient dû. 6,2% n’ont même pas reçu ces informations verbalement.

71,8% des travailleurs recoivent au moins 837 yens/heure (7,8 euros/h), 2,8% reçoivent au moins 658 yens (6,1 euros/h), mais moins de 837 yens/h, 1% reçoivent entre 645 et 657 yens/h (6,0 et 6,1 euro/h) et 1,1% moins de 645 yens/h (6 euros/h).

C’est TEPCo qui a mené cette enquête en septembre et octobre dernier auprès de 4 000 personnes employées par des sous-traitants. 80% des réponses étaient exploitables.

Jeudi 6 décembre, il y a eu 64 travailleurs sur le site de la centrale de Fukushima qui ont moins de vingt ans. La dose moyenne qu’ils ont reçue est de 8,26 millisieverts. Un a reçu 56,89 mSv.

Des données statistiques sur les doses prises après décembre 2011 (step II, deuxième étape du chantier) sont en ligne sur le site de TEPCo.

Vendredi 7 décembre, l’inspection locale du travail vient de porter plainte contre le président de la compagnie sous-traitante dont les employés avaient couvert leur dosimètre avec du plomb pour diminuer la dose enregistrée.

Dimanche 9 décembre, il y a environ 3 000 personnes par jour qui interviennent à la centrale de Fukushima daï-ichi. Témoignage de l’une d’entre elle dans l’Asahi : « Beaucoup de monde intervient sans contrôle médical car ils ont peur qu’on leur dise qu’ils ne peuvent plus y aller le lendemain. C’est une distorsion due aux nombreuses couches de sous-traitance. Je veux que le gouvernement nous protège. »

Il ajoute que dans les zones les plus irradiantes, il n’y a que des sous-traitants, les employés de TEPCo venant surveiller que très occasionnellement. Il n’a jamais vu d’inpecteur de l’autorité de sûretésur le chantier.

« Les travailleurs viennent de tout le pays parce qu’ils veulent travailler, même dans une centrale nucléaire, en raison de la crise économique. De nombreuses entreprises siphonnent une partie de leurs salaires, en profitant de leur position vulnérable. »

Celui qui témoigne a perdu son travail dans une centrale nucléaire arrêtée. Il est très inquiet avec les niveaux de dose, mais il n’a pas le choix s’il veut gagner sa vie.

Un autre, qui était employé de TEPCo avant la catastrophe, raconte qu’on lui a demandé de travailler à la centrale comme « un pilote kamikaze » : « je n’ai aucune idée des doses que j’ai prises ». Nombre de ses collègues ont quitté la compagnie depuis l’accident. « Je me demande si je pourrai avoir des enfants », explique-t-il. Et d’ajouter, en cette période de campagne électorale, « je veux que le gouvernement contrôle notre santé sous sa propre responsabilité ». Il a de sérieux doutes sur la « décontamination » de sa ville.

Lundi 10 décembre, le gouvernement va demander à 8 compagnies qui envoient des sous-traitants à la centrale de Fukushima daï-ichi de respecter la loi ! Par ce geste, le ministère du travail reconnaît que le mille-feuille de sous-traitance est une menace pour les travailleurs. En effet, on ne sait plus qui est en charge de leur sécurité, surtout quand ils sont envoyés par des compagnies d’interim. Quant à leur salaire, il est d’autant plus ponctionné qu’il y a de couches de sous-traitance. TEPCo a toujours démenti les problèmes soulevés par les médias.

Mardi 11 décembre, le journaliste Ryusho Kadota a écrit un livre (死の淵を見た男) sur le directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi et les autres personnes présentes sur place au début de la catastrophe. Il a réussi à recueillir les témoignages de 90 personnes qui sont nommées et de leur famille, y compris le directeur de la centrale, Masao Yoshida, peu prolixe avec les médias. Voici un extrait repris par la presse : Masao Yoshida explique que l’ampleur de la catastrophe aurait pu être 10 fois plus grave qu’à Tchernobyl. Si une des enceintes de confinement avait explosé, il n’aurait pu été possible d’approcher les neufs autres réacteurs des centrales de Fukushima daï-ichi et daï-ni. Les combustibles des 10 réacteurs auraient fondu. Et de remercier les personnes qui ont accepté de rester en risquant leur vie et qui ont permis d’éviter le pire.

Jeudi 27 décembre, nouvelles statistiques de TEPCo sur les doses prises par les travailleurs sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes.

Samedi 29 décembre, trois jours après son investiture, le premier ministre japonais s’est rendu à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Ses deux prédécesseurs s’y étaient aussi rendus. Il a remercié et encouragé les travailleurs sur place : « Merci à tous. C’est très dur mais c’est grâce à vous que les travaux progressent vers le démantèlement ». « En cette période de fêtes de fin d’année, même si c’est très difficile aussi pour vos familles, œuvrez avec courage en veillant bien à votre sécurité ».

Et c’est tout ! Pourtant, ils méritent mieux. Aucune annonce de mesure qui garantissent la protection des sous-traitants qui prennent les plus fortes doses. Aucune garantie de suivi médical. Aucune promesse de garantie que les primes de risques parviennent bien aux ouvriers sans être siphonnées par les nombreux intermédiaires. Ou que la loi soit respectée et que des intérimaires n’interviennent plus sur le chantier.

Mardi 1er janvier 2013, TEPCo a transféré, comme annoncé, une partie de son siège à proximité de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, à J-Village, l’ancienne base de foot reconvertie en base de vie pour les travailleurs qui interviennent à la centrale. Elle veut aussi y installer un centre de recherche sur le démantèlement et elle prévoit d’installer ailleurs à Fukushima une centrale thermique au charbon. Le siège délocalisé aura en charge les indemnités et la ‘décontamination’.

Il devrait y avoir 4 000 employés d’ici la fin 2013. La compagnie affiche ainsi sa volonté de ne pas fuir la province de Fukushima. Elle veut aussi montrer que l’on peut vivre en territoire contaminé.

Qu’est ce qui justifie ce choix de faire subir une exposition aux radiations inutile à ses employés ? Elle aurait pu déplacer ses employés dans une zone moins contaminée. Par ailleurs, elle n’a pas les moyens de financer la construction de la centrale à charbon, ni de construire un centre de recherche. Est-ce que les partenaires envisagés accepteront ses conditions ?

Vendredi 4 janvier, TEPCo avait déjà été accusée de négligence envers ses employés et sous-traitants en ne fournissant pas un dosimètre par personne au début de la catastrophe. Seul le chef d’équipe était doté, alors qu’il n’était pas le plus exposé. Il a fallu un scandale médiatique pour chaque personne soit pourvue. Le Maïnichi révèle que, durant les premiers mois de la catastrophe, les intervenants n’avaient que des dosimètres sur le torse et pas au bout des membres qui ont pu être beaucoup plus exposés quand il fallait déblayer les débris. Quand les membres risquent d’être plus exposés, il faut mettre un dosimètre passif à leur extrémité. Ce n’était pas le cas.

Il y avait de l’eau contaminée un peu partout et certains ont pataugé dans cette eau, exposant plus leurs pieds. Il en est de même avec les débris qui jonchaient le sol.

La différence de dose entre les pieds, voire les mains, et le corps peut être élevée, surtout avec le rayonnement bêta.

Jeudi 24 janvier, deux anciens directeurs de TEPCo au début de la catastrophe ont été entendus par le procureur qui instruit les plaintes pour négligence professionnelle déposées par un groupe de 1 300 personnes en août 2012.

Jeudi 31 janvier, TEPCo a mis en ligne des statistiques sur les doses prises par les intervenants sur le site.

Les doses au début de la catastrophe ne sont pas fiables car il n’y avait pas un dosimètre par personne. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les plus fortes doses.

Jeudi 28 février, TEPCo n’a pas transmis les doses prises par 21 000 travailleurs en 2011 au fichier national de la Radiation Effects Association comme elle aurait dû. 80% sont des sous-traitants. Cette base de données a pour but de les protéger car ils changent souvent d’employeurs. Sans la base de données centralisée, il est facile de tricher et de cumuler les doses.

Ce comportement de TEPCo montre le peu de cas qu’elle fait de la santé des sous-traitants. Le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales, l’a pourtant rappelée à l’ordre plusieurs fois, en vain. TEPCo a promis de remplir son obligation avant la fin mars 2013.

Evidemment, il s’agit des doses enregistrées, qui ne correspondent pas toujours aux doses réelles. Rappelons qu’il n’y avait de dosimètres individuels au début de la catastrophe. Seul le chef d’équipe était équipé. Puis, quand il s’agissait de dégager les débris, il n’y avait pas de dosimètres au bout des membres, plus exposés. Puis, il y a eu de nombreuses tricheries. Enfin, la contamination interne n’a été mesurée que très tardivement et elle est donc très approximative.

Par ailleurs, TEPCo a mis en ligne de nouvelles statistiques sur l’irradiation des travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi. 439 nouveaux travailleurs sont intervenus en janvier 2013. La plus forte dose reçue en janvier 2013 est de 12,65 mSv. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les plus fortes doses.

Un ouvrier est décédé sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Voir le communiqué laconique de TEPCo.

Samedi 2 mars, TEPCo a publié des données sur la dose collective reçue par tous les intervenants sur le site de la centrale. Cela se compte sieverts hommes et représente la dose reçue par tout le mode.

– Avant la catastrophe, pour l’année fiscale 2009, qui se termine le 31 mars 2010, la dose collective était de 14,9 sieverts.hommes.

– Lors de la première année, de la catastrophe, elle était de 246,9 sieverts.hommes.

– De mars 2012 à janvier 2013, elle est encore de 60,1 sieverts.hommes.

En extrapolant à l’année entière, cela fait 65,6 sieverts.hommes, soit plus de 4 fois plus qu’avant la catastrophe.

Et cela va durer ainsi pendant des décennies.

Par ailleurs, suite aux nombreuses tricheries sur la dosimétrie des travailleurs, le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales, inspecte les données enregistrées par les deux dosimètres que doivent porter chaque intervenant et les compare. Depuis novembre 2011, le premier dosimètre enregistre la dose quotidienne, alors que l’autre enregistre la dose cumulée.

Le ministère a trouvé 63 cas où l’écart entre les deux données est supérieur à 20% et c’est la valeur la plus faible qui a été enregistrée. Il demande à ce que ce soit la plus forte valeur qui soit retenue pour protéger les travailleurs. L’écart le plus grand est de 4,4 millisieverts comparés à 6,35 millisieverts.

Le ministère n’a pas encore regardé les doses enregistrées au début de la catastrophe, entre mars et novembre 2011. La mesure des doses reçues par les employés de TEPCo et ses 37 sous-traitants était plus approximative, voire inexistante. Le nombre de cas suspects ne peut donc qu’augmenter drastiquement.

Lundi 4 mars, on avait vu que TEPCo n’avait pas transmis les doses prises par 21 000 travailleurs en 2011 au fichier national de la Radiation Effects Association. Selon le Maïnichi, les doses prises par les ouvriers engagés dans la « décontamination » ne sont pas transmises non plus. Le Ministère de l’environnement a pourtant conclu un accord avec cet organisme public pour que les doses y soient enregistrées, mais les instructions transmises aux entreprises sélectionnées pour les chantiers de « décontamination » n’auraient pas été suffisantes. Les entreprises doivent enregistrer les doses, mais elles ne sont pas rassemblées dans un fichier national. Ainsi, si un ouvrier a plusieurs employeurs successifs, personne ne peut vérifier s’il a dépassé la dose maximale autorisée.

Dans le modèle de contrat de travail rédigé par le ministère de l’environnement, il est clairement écrit que les entreprises doivent fournir un carnet de dose aux employés engagés dans les travaux exposés aux rayonnements ionisants. Il n’est pas dit explicitement que ces données doivent être transmises au fichier national, mais cela va de pair selon la Radiation Effects Association.

18 des 25 chantiers pilote lancés par le gouvernement sont terminés.

Sur un de ces chantiers à Ôkuma, un ouvrier a pris 11,6 mSv.

Arrêt du nucléaire et situation énergétique

14 réacteurs nucléaires ont été arrêtés par le séisme du 11 mars 2011.

Le premier ministre de l’époque a ordonné la fermeture de la centrale de Hamaoka en mai 2011. Tous les autres réacteurs ont été arrêtés normalement au bout de 13 mois pour changer une partie du combustible et faire des contrôles. Mais aucun n’a redémarré ensuite, car les autorités locales demandent des garanties sur le sûreté. Comme l’autorité de sûreté actuelle est discréditée par la catastrophe, la situation est bloquée.

Au 10 mars 2012, il ne restait que deux réacteurs sur 54 en fonctionnement. Tout le parc nucléaire devrait être arrêté fin avril 2012.

Taux de disponibilité du parc nucléaire japonais :

Mois Juin 11 Juillet11 Août 11 Sept. 11 Oct. 11 Nov. 11 Déc. 11 Janv. 12 Fév. 12 Mars 12 Avril 12 Mai 12 Juin 12 Juillet 12
Taux 36,8% 33,9% 26,4% 20,6% 18,5% 20,1% 15,2% 10,3% 6,1% 4,2% 2,1% 0,3% 0% 2,9%

Ce taux a été de 23,7% sur l’année fiscale 2011 (1er avril 2011 – 31 mars 2012), contre 67,3% l’année précédente. La demande globale d’électricité, et donc la production, toutes sources confondues, a baissé de 5,1% pour la même période par rapport à l’année précédente.

Le taux d’utilisation du parc nucléaire a été de 3,9% durant l’année fiscale 2012 (1er avril 2012 – 31 mars 2013).

Une des raisons des problèmes d’approvisionnement électrique actuels vient du fait qu’une partie du Japon (Kansai) utilise du 60 Hz alors qu’une autre partie (Kanto) utilise du 50 Hz. Il n’y a que trois transformateurs entre les deux régions et il est donc difficile de transférer de l’électricité d’une partie à l’autre. Seuls un million de kilowatts peuvent être transférés entre les deux parties du pays, une fraction de la capacité perdue par TEPCO lors du tremblement de terre du 11 mars qui est de 21 millions de kilowatts.

Si le gouvernement dit vouloir se passer de l’énergie nucléaire, il ne donne pas de calendrier. Par ailleurs, il continue à vouloir exporter cette technologie et n’arrive pas à se décider d’arrêter le surgénérateur Monju, en panne depuis 1995, et l’usine de retraitement, qui aurait dû démarrer il y a 5 ans. Mais ces deux installations ont aussi un intérêt militaire… Enfin, il pousse au redémarrage de quelques réacteurs. Combien ? Personne ne sait. Au moins une quinzaine ne redémarreront jamais. Soit parce qu’ils ont été endommagés le 11 mars 2011, soit parce qu’ils sont trop vieux. Les autorités ont exprimé leur volonté de limiter à 40 ans la durée de vie des réacteurs nucléaires, sauf dérogation.

Les stress-tests ne sont que des simulations informatiques et ne permettent pas de garantir la sûreté des réacteurs réels.

Mars 2012

Lundi 12 mars 2012, 259 personnes ont porté plainte pour empêcher le redémarrage de deux des réacteurs de la centrale de Ôi qui ont passé avec succès les stress-tests. 1 370 autres ont porté plainte pour obtenir l’arrêt définitif de la centrale de Genkai, sur l’île de Kyûshû. Cela porte à 3 074 le nombre de plaignants contre cette centrale.Par ailleurs, le gouvernement va autoriser l’exploitation des

ressources géothermiques dans les parc nationaux, à la condition que le percement soit diagonal et que l’exutoire ne soit pas dans le parc. Le but est de favoriser l’exploitation de cette ressource abondante au Japon, mais très peu utilisée.Mardi 13 mars, un sondage du Asahi

montre que 57% des personnes interrogées sont opposées au redémarrage des réacteurs nucléaires et 27% pour. 80% d’entre elles n’ont pas confiance dans les mesures de sûreté du gouvernement. Les femmes sont plus opposées au redémarrage (67%) que les hommes (47%).Pendant ce temps, la Nuclear Safety Commission devrait approuver les stress-tests conduits sur deux des réacteurs de la centrale d’Ôi

(Fukui). Il restera ensuite au gouvernement de prendre une décision d’ici la fin du mois et d’essayer d’obtenir l’assentiment des autorités locales. S’il obtient

le consentement des autorités locales, le gouvernement se réunira à nouveau pour prendre la décision finale. Le premier ministre espère obtenir un redémarrage avant l’été où la demande est forte à cause de la climatisation. Cependant, le gouverneur demande une révision du référentiel de sûreté qui prend en compte les enseignements de Fukushima. Si la NISA a donné un feu vert aux stress-tests, Haruki Madaramé, le président de la Nuclear Safety Commission, a clairement

dit que la première étape des stress-tests n’était pas suffisante pour garantir la sûreté des réacteurs. La presse s’attend à ce que la NSC recommande que la deuxième étape des stress-tests soit réalisée, sans en faire une condition au redémarrage. Aucune compagnie d’électricité n’a soumis la deuxième étape des stress-tests, même si la date limite était fin décembre. Quant à la nouvelle autorité de sûreté, elle est bloquée au parlement par l’opposition. Elle ne sera jamais mise en place pour le 1er avril comme prévu.Enfin, TEPCo a découvert 81 nouvelles erreurs dans les stress-tests effectués pour les réacteurs n°1 et 7 de sa centrale de Kashimazaki-Kariwa qui viennent s’ajouter aux 158 erreurs déjà

trouvées. Le ministre de l’industrie est furieux et menace de ne pas évaluer le rapport de TEPCo si la compagnie n’améliore pas ses conditions de travail.

 

Mercredi 14 mars, le plus vieux

réacteur commercial du Japon, le réacteur n°1 de la centrale de Tsuruga, qui a eu 42 ans aujourd’hui, ne devrait jamais redémarrer car le gouvernement envisage de limiter à 40 ans la durée de vie des réacteurs, sauf dérogation.

De plus, comme les autres réacteurs de sa génération, la cuve de ce réacteur contient plus de cuivre que celle des plus récents, ce qui pourrait accélérer son vieillissement, selon le gouvernement. Le réacteur n°1 de Tsuruga a la plus forte concentration de cuivre avec 0,24%, contre 0,01% pour le réacteur qui en a le moins. Cette concentration varie entre 0,13 et 0,24 pour les autres réacteurs

contruits dans au début des années 1970.Par ailleurs, le premier ministre Noda a suggéré qu’il pourrait autoriser le démarrage du réacteur n°3 de la centrale de Shimané, dont la construction est presque terminée. En revanche, il a maintenu qu’il serait difficile de construire une nouvelle centrale.

 

Vendredi 16 mars, le bras de fer continue à propos du redémarrage ou non de deux des réacteurs de la centrale d’Ôi dans la province de Fukui. Chef du cabinet du gouvernement, Osamu Fujimura, a déclaré que la province de Shiga ne faisait pas partie des autorités locales à consulter avant d’autoriser le redémarrage des deux réacteurs en question. Ce qui a eu pour effet d’exaspérer la gouverneuse de cette région, qui rappelle que Shiga est

sous les vents dominants de la centrale et qu’il y a le lac Biwa, le plus grand du Japon, qui alimente en eau une partie du Kansaï. Elle va donc s’allier à la province voisine de Kyôto, dont une partie est à moins de 30 km de la centrale, tout comme Shiga, pour exiger d’être consultés. 1 000 résidents de Shiga vivent à moins de 30 km de la centrale. Fujimura n’en démord pas : il est hors de question de consulter les provinces limitrophes à celle qui accueille le réacteur

pour autoriser le redémarrage. Il va se limiter à un rayon de 10 km autour de la centrale. Le PDG de Kansaï Electric (KEPCo) pense aussi qu’il suffit juste de consulter la mairie d’Ôi et le gouverneur de Fukui et pas tous les pouvoir locaux situés à moins de 30 km. Drôle de conception de la démocratie locale…Les autorités régionales d’Ôsaka ont aussi rendu publique une étude qui montre, qu’en cas d’accident grave dans une centrale de Fukui, la dose à la thyroïde de ses résidents pourrait être très élevée. Les calculs, effectué par le Lake Biwa Environmental Research Institute, montrent que certaines conditions météo qui ont prévalu dans la passé pourraient conduire à une dose à la thyroïde qui dépasse les 100 mSv et atteindre les 500 mSv.Lundi 19 mars, la ville d’Ôsaka, qui, avec 9% des parts, est le premier actionnaire de KEPCo, va demander à la compagnie d’abandonner la production d’électricité

d’origine nucléaire le plus rapidement possible. Elle va aussi demander, lors de l’assemblée générale qui aura lieu en juin prochain, d’augmenter les investissements dans les énergies renouvelables. Un groupe de travail, qui réunit la ville et la province d’Ôsaka, devrait proposer un calendrier de sortie du nucléaire lors de sa prochaine réunion en avril. Il va aussi essayer de convaincre d’autres actionnaires de soutenir sa motion. La ville exige aussi que KEPCo renforce la sûreté de ses réacteurs face aux agressions naturelles

s’ils sont encore nécessaires le temps d’effectuer la transition énergétique. Cela ne pourra être envisageable que s’il y a une pénurie cet été après avoir utilisé toutes les mesures d’économie d’énergie.

Enfin, la ville demande de réduire le nombre de directeurs de la compagnie, d’employés et de publier le salaire des directeurs. Le soutien financier aux politiciens doit aussi être réduit. La ville soutient aussi la séparation du transport de l’électricité de la production afin de favoriser la concurrence là où KEPCo a un monopole.

Les villes de Kôbé et de Kyôto sont en phase avec celle d’Ôsaka.De son côté, la NISA vient d’approuver les stress-tests effectués par Shikoku Electric Power Co. pour le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata (province d’Ehimé). Son rapport d’inspection va être transmis à la Nuclear Safety Commission d’ici la fin du mois. Mais il devrait avoir un réorganisation complète du système de contrôle à partir d’avril, personne ne sait quand ce rapport pourra être évalué.Mercredi 21 mars, Japan Atomic Power Co n’aurait pas pris en compte une faille sismique située à proximité de sa centrale de Tsuruga et qui pourrait entraîner un tremblement de terre de magnitude supérieure à ce qui avait été envisagé. La faille a été découverte en 2005 et confirmée récemment. Et la Japan Atomic Power Co ne l’a pas signalée au groupe d’experts ad hoc de la NISA en 2008.De toutes façons, le maire de Tsuruga a demandé au gouvernement de revoir son référentiel de sûreté avant d’autoriser le redémarrage de la centrale du même nom. Il a aussi demandé une compensation financière à l’arrêt prolongé de la centrale.Vendredi 23 mars, la Nuclear Safety Commission of Japan (NSC) en entériné l’évaluation des stress-tests effectuée par la NISA. Le gouvernement devrait donc logiquement approuver le redémarrage des deux réacteurs de la centrale d’Ôi et rechercher l’accord des autorités locales. Mais, d’une manière

générale, les maires et gouverneurs concernés par le redémarrage éventuel d’un réacteur nucléaire demandent des garanties supplémentaires avant de donner leur autorisation. La municipalité d’Echizen, située à 60 km de la centrale d’Ôi s’oppose clairement au redémarrage. C’est la première de la province à s’exprimer clairement.

Le premier ministre fait aussi face à la fronde d’un partie de son parti qui s’oppose aussi au redémarrage des réacteurs qui demande d’abord la mise en place d’une véritable autorité de contrôle.

La NSC a bien proposé un nouveau référentiel de sûreté le 22 mars, mais tant qu’il n’y a pas d’autorité indépendante pour vérifier son application, cela ne sert à rien. Mais le parlement n’a toujours pas adopté la nouvelle organisation de la sûreté qui n’entrera pas en application le 1er avril comme espéré par le gouvernement.Samedi 24 mars, le premier

ministre Noda met tout son poids dans la campagne pour redémarrer les réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi (préfecture de Fukui). Il a mobilisé tout le gouvernement pour convaincre les élus locaux. Les négociations commenceront en avril prochain. Tout retard dans le redémarrage de ces réacteurs entraînera des retards dans le redémarrage des suivants. Suivra le réacteur n°3 de la centrale d’Ikata (province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku).

Les préfectures riveraines de celle de Fukui demandent des garanties supplémentaires : qu’a-t-on appris de Fukushima ? Même Haruki Madarame, le président de la NSC dit que ces stress-tests ne sont pas suffisants pour garantir la sûreté des réacteurs et qu’il faut passer à la deuxième phase sur des données plus réalistes et évaluer la capacité des exploitants à faire face à un accident.De facto, en cas de crise, les plans d’urgence sont toujours très en

dessous des standards internationaux. Selon un recensement du Wall Street Journal, il y a 7,1 millions d’habitants vivant dans 121 villes à moins de 30 km d’une centrale nucléaire au Japon. Dans la province d’Ibaraki, par exemple, il y a 14 villes à moins de 30 km de Tôkaï. Le gouverneur, Masaru Hashimoto, explique qu’il est simplement impossible d’évacuer

tout le monde. Les exercices l’ont montré. Cela prendra des mois pour renforcer les mesures d’urgence comme distribuer des comprimés d’iode, construire de nouvelles routes d’évacuation, de nouveaux abris… Une inspection de la NSC a montré que la ville de Tsuruga, dans la province de Fukui, n’est pas capable de répondre à une urgence, même avec les standards actuels qui sont laxistes. Un abri de secours est à moins d’un kilomètre de la centrale. Il n’y a pas de haut-parleurs en ville pour alerter les 80 000 habitants. La centrale est située au bout d’une péninsule avec une seule route : comment les secours pourront y croiser les personnes qui fuyent ? Le centre de crise est à une dizaine de km

de la centrale, sur le rivage. Il n’a pas de communication sans fil ni de système de purification de l’air. Le lac Biwa, qui alimente en eau potable 41 millions de personnes à Kyôto et Ôsaka est aussi à moins de 30 km de la centrale de Tsuruga.

Pourtant, certains maires contestent les nouvelles règles. Que leur ville soit dans la nouvelle zone potentiellement évacuable en cas d’accident pourrait faire fuir les gens et l’activité économique, disent-ils. Ils font pression sur les autorités pour garder les règles actuelles. La situation est similaire à Ôi : le centre d’hébergement de secours est à moins d’un kilomètre de la centrale. Le système d’alerte ne fonctionne plus si un tsunami de plus de 2,5 mètres frappe la côte.

Le centre de crise est situé sur le rivage, à moins de 2 mètre au dessus du niveau de la mer. La seule route sur la péninsule est étroite, surplombe des falaises et est souvent gelée en hiver, rendant l’évacuation risquée.

La ville côtière de Maizuru (Fukui), avec une base navale et 87 000 habitants n’est pas mieux préparée, même si elle est à moins de 10 km de la centrale de Takahama. Elle n’a aucun plan d’évacuation. Elle a juste distribué un manuel à la population avec comme recommandations :

« fermer les fenêtres », « respirer à travers un mouchoir », « laver les mains et le visage après être allé dehors ».Par ailleurs, Chubu Electric a renoncé temporairement à construire un nouveau réacteur sur le site de la centrale de Hamaoka arrêtée sur ordre du précédent premier ministre, car elle est sur une faille sismique. La compagnie prévoyait de commencer les travaux en 2016. La

priorité pour la compagnie est d’obtenir l’autorisation de redémarrer ses réacteurs existants. De même, Japan Atomic Power Co a repoussé le lancement du chantier de construction de deux nouveaux réacteurs à sa centrale de Tsuruga (Fukui). Personne ne sait si la construction débutera un jour, même si les travaux de terrassement ont déjà été effectués.L’ancienne diplomate, Sadako Ogata, qui, a été pendant 10 ans Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et qui, à 84 ans, préside actuellement l’Agence de coopération internationale (Japan International Cooperation Agency, JICA), s’interroge sur l’exportation par son pays de technologies nucléaires. « Je me demande s’il est

approprié d’exporter une technologie qui ne fonctionne pas très bien chez nous » a-t-elle déclaré au Asahi, juste avant de quitter son poste à la fin du mois. « Cela (la catastrophe nucléaire) a eu lieu dans un pays comme le Japon, très avancé technologiquement et qui aurait dû être très vigilant après sa

propre expérience de Hiroshima et Nagasaki. Nous devons admettre que c’est un échec ».Dimanche 25 mars, l’Asahi révèle que 5 membres sur 12 du conseil régional de l’énergie nucléaire du Kansaï on reçu des fonds de l’industrie nucléaire. 4 ont reçu, au total, 7,9 millions de yens (plus de 70 millions d’euros) sur 5 ans,

d’une organisation affiliée à KEPCo qui exploite la centrale d’Ôi. Un autre a reçu 7 millions de yens de Mitsubishi, qui a construit la centrale d’Ôi et de la Japan Atomic Power Co. qui exploite la centrale voisine de Tsuruga. Ces cinq personnes prétendent que ces fonds de recherche n’ont pas influencé leur décision. Les autorités régionales vont consulter ce conseil du nucléaire avant de prendre une décision sur le redémarrage de la centrale d’Ôi.

Lundi 26 mars, le réacteur n°6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata, exploité par TEPCo, est arrêté comme prévu. Il reste plus qu’un seul réacteur en marche, le n°3 de la centrale de Tomari à Hokkaïdô, jusqu’au 5 mai.

Puis ce sera l’arrêt complet du parc nucléaire. TEPCo avait déjà dû faire face à l’arrêt de tous ses réacteurs en 2003, suite à un scandale de falsification de rapports de sûreté.

La NISA vient d’avaliser les stress-tests pour le réacteur n°3 de la centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé sur l’île de Shikoku.

Mardi 27 mars, l’AIEA a publié son rapport de mission d’évaluation de l’évaluation par la NISA des stress-tests pour les deux réacteurs de la centrale d’Ôi (Communiqué en anglais).

La NISA est critiquée et doit être réformée car elle s’occupait plus de promotion du nucléaire que de contrôe de la sûreté. L’AIEA n’est pas différente…

Le maire d’Ôsaka a refusé de prendre en compte la pétition qui demandait un référendum sur la sortie du nucléaire et a été suivi par son conseil municipal. L’initiative citoyenne a recueilli 62 439 signatures. 55 428 d’entre elles ont été déclarées valides, ce qui est plus que la limite pour obtenir un référendum. Mais, c’est la municipalité qui a le dernier mot. Son argument est que le maire a déjà été élu avec comme programme de sortir du nucléaire et qu’il n’est pas nécessaire de dépenser 500 millions de yens (moins de 5 millions d’euros) pour une décision qui est déjà prise.

Mercredi 28 mars, de plus en plus de politiciens de la région du Kansaï s’opposent au redémarrage des deux réacteurs de la centrale d’Ôi. Les stress-tests, qui ne sont que des simulations numériques, ne suffisent pas pour obtenir l’adhésion des pouvoir locaux qui demandent une révision des critères de sûreté. KEPCo annonce une pénurie d’électricité qui peut atteindre 25% cet été. Mais la demande estimée par la compagnie est supérieure à celle des 5 dernières années. Et la compagnie ne prend pas en compte la possibilité d’acheter de l’électricité à d’autres compagnies voisines moins dépendantes du nucléaire.

Vendredi 30 mars, le gouvernement devait mettre en place une nouvelle entitée en charge de la sûreté nucléaire au 1er avril, mais les délais ne seront pas tenus.

Les membres des entités existantes sont déconcertés. Que faire en attendant. A la NISA, on promet de continuer comme avant (sic). Le projet de loi prévoit que la NSC cesse d’exister au 31 mars. Qu’en sera-t-il lundi 2 avril ? Les membres et employés de cette institution doivent-ils continuer en attendant ? Bref, il n’y aura plus personne pour examiner les stress-tests. De nombreux pouvoir locaux demandent un contrôle crédible et efficace avant de donner leur accord au redémarrage des réacteurs.

Le président de la NSC a finalement décidé de rester à son poste le temps qu’il faudra. Mais le mandat de 3 des 5 membres de la NSC expire le 16 avril et il n’y a pas de remplacement prévu pour le moment. Les décisions de la NSC doivent obtenir le concentement d’au moins 3 personnes. Après le 16 avril, elle ne pourra donc plus prendre aucune décison.

Le ministre en charge de la catastrophe cherche une solution alternative. Prolonger les mandats ? Les remplacer ? Mais qui acceptera un mandat ppur un poste appelé à être supprimé ? Et toute nouvelle nomination nécessite l’accord du parlement.

Le parlement quant à lui, traîne pour adopter le nouveau système de contrôle. Certains opposants demandent une véritable indépendance de la future autorité de sûreté.

En attendant, les organisations de contrôle existentes n’auront plus de budget à partir du 1er avril… Leur pouvoir, déjà bien maigre, est diminué. Les fonds ont été prévus pour la nouvelle organisation qui n’existe pas. Ils peuvent transférés aux anciennes structures, mais c’est plus complexe.

D’un autre côté, la compagnie Japan Nuclear Fuel Ltd va reprendre la construction de son usine de fabrication de combustible Mox et espère toujours pouvoir démarrer un jour son usine de retraitement. C’est complètement contradictoire avec la décision du gouvernement de sortir à terme du nucléaire. Dans quels réacteurs vont-ils consommer le Mox ?

On ne se débarrasse pas facilement de technologies qui ont un intérêt militaire…

Enfin, TEPCo a annoncé au ministère de l’économie qu’elle renonçait à contruire deux nouveaux réacteurs sur son site de Fukushima daï-ichi.

En revanche, Tohoku Electric Power Co. maintient son projet de construire un réacteur nucléaire dans le coin, mais ne peut pas donner de date. Initialement, il était prévu pour entrer en opération à partir de 2021. Ces compagnies ont de l’humour…

Avril 2012

Dimanche 1er avril, le conseil stratégique sur l’énergie, commun à la municipalité et à la province d’Ôsaka, s’est réuni se jour pour définir les exigences auprès de KEPCo pour l’assemblée générale de juin. Le maire de la ville, présent, a fait siennes ces propositions :

– KEPCo ne peut redémarrer ses centrales que si la sûreté absolue est garantie et elle doit se passer le plus vite possible de l’énergie nucléaire. Pour cela elle doit investir massivement dans les énergies renouvelables et les centrales à gaz.

– Le nombre de directeurs doit passer de 20 à 10. Leur rémunération doit être publique et le pantouflage de fonctionnaires doit être interdit (hamakudari en japonais).

– La compagnie doit vendre soit la production, soit la distribution, de façon à séparer ces deux activités.

– Les autorités locales doivent mettre 8 conditions au redémarrage des réacteurs de la centrale d’Ôi : des accords doivent être passés avec les autorités locales dans un rayon de 100 km ; il faut aussi entièrement revoir les critères de sûreté avant d’effectuer des stress-tests.

Le maire d’Ôsaka se dit fermement opposé au redémarrage dans les conditions actuelles. La compagnie doit se préparer à passer l’été sans nucléaire.

KEPCo reste confiante, car même si la ville d’Ôsaka est le premier actionnaire, elle ne possède que 9% des parts et il en faut les 2/3 pour changer la politique.Lundi 2 avril, un sondage du

quotidien Maïnichi, effectué par téléphone les 30 mars et premier avril, montre que 62% des personnes interrogées sont opposées au redémarrage des deux réacteurs d’Ôi et 33% y sont favorables. 84% pensent que les stress-tests demandés par le gouvernement ne sont pas suffisants. 10% pensent l’inverse. 67% des personnes favorables au redémarrage des réacteurs en question pensent que les stress-tests ne sont pas suffisants.

Par ailleurs, Yukio Edano, le ministre de l’Economie, du commerce et de l’industrie a annoncé vouloir ordonner aux compagnies d’électricité de fournir des prévisions précises sur leur capacités de production et les prédictions de consommation pour l’été 2012. Ces rapports seront examinés par des experts et il se réserve le doit de punir les compagnies en cas de données erronées. Elles risques 300 000 yens (moins de 3 000 euros). Elles doivent trembler… Et d’ajouter qu’il est personnellement opposé au redémarrage actuellement. Pour lui, il lui faut obtenir l’assentiments des pouvoirs locaux, dont les gouverneurs des provinces de Kyôto et Shiga, opposés au redémarrage des deux réacteur de la centrale d’Ôi.Mardi 3 avril, le premier

ministre, Yoshihiko Noda, qui milite en faveur d’un redémarrage rapide des réacteurs nucléaires, a décidé de reporter sa décision suite à la réunion inter-ministérielle dédiée aux deux réacteurs de la centrale d’Ôi. Il souhaite autoriser le redémarrage avant le 5 mai, date de l’arrêt du dernier réacteur en service. C’est mal parti… Le premier ministre a donc demandé à ses ministres de définir des critères pour permettre le redémarrage. C’est le ministre de l’industrie qui a la charge de les rédiger….

Les atermoiements du gouvernement laissent les autorités locales perplexes et désemparées. Surtout, cette approche est incohérente : ce que l’on reproche aux autorités de sûreté en place, c’est de favoriser la promotion du nucléaire au contrôle de la sûreté. Et le premier ministre demande au ministre de l’industrie de fixer des standards de sûreté pour permettre le redémarrage rapide des réacteurs de la centrale d’Ôi. Comment ne pas soupçonner ce ministère d’adapter les exigences de sûreté à la forte volonté politique d’autoriser le redémarrage. Et il s’étonne que les élus locaux ne soient pas convaincus…Le maire d’Ôsaka envisage de mettre en place un comité d’experts commun avec les autorités provinciales pour vérifier la sûreté des réacteurs nucléaires. Il est important pour lui, d’y nommer des personnes qui ne font pas partie du ‘village nucléaire’. Ce serait une première pour une région qui n’a pas de réacteur nucléaire. Fukui et Niigata ont déjà un comité similaire.La part des énergies fossiles dans la production d’électricité est passée de 50% à presque 74%. La part de l’hydroélecticité, quant à elle, n’a pas changé.L’exploitant de la centrale de Hamaoka, située près d’une faille, a aussi été trop optimiste. Cette centrale avait été stoppée en mai 2011 suite à la demande du 1er ministre de l’époque, car trop dangereuse en cas de séisme ou tsunami. L’exploitant s’était donc empressé de

construire une digue de 18 mètres de haut, qui devrait être achevée en décembre prochain, pour protéger la centrale d’un tsunami. Il a aussi commencé à renforcer la structure de ses réacteurs. Le coût total s’élève à 140 milliards de yens (1,3 milliard deuros). Mais un groupe de travail mis en place par le gouvernement, vient de revoir à la hausse les risques naturels. La vague de tsunami pourrait atteindre 21 mètres alors que la compagnie avait pris 15 m comme référence, comme à Fukushima ! Mais l’exploitant, Chubu Electric Power Co., s’en tient à son plan pour le moment, même si la NISA lui a demandé d’évaluer l’impact de ces nouvelles prédictions.Comme annoncé le 30 mars (cf ci-dessus) les travaux de construction de

l’usine de fabrication de MOx ont repris.Mercredi 4 avril, le premier ministre Noda est prêt à passer en force pour le redémarrage des réacteurs de la centrale d’Ôi : il devrait demander dimanche prochain, le feu vert du gouverneur de la province de Fukui. Il va envoyer son ministre de l’industrie expliquer que les réacteurs satisfont aux

nouveaux critères se sûreté en cours d’élaboration !

La grosse crainte du gouvernement est que si le Japon passe l’été sans réacteur nucléaire et que cela ne se passe pas trop mal, il ne pourra jamais convaincre les populations de redémarrer les centrales nucléaires. Il enchaîne donc les réunions pour trouver un moyen de redémarrer au plus vite une partie du parc.

 

Vendredi 6 avril, le gouvernement japonais a adopté de nouveaux standards de sûreté en deux jours ! Qui espère-t-il convaincre en agissant de la sorte ? Ce qu’il demande de nouveau, c’est essentiellement, que des véhicules de secours puissent intervenir rapidement avec une source électrique. Cette exigence avait déjà été réclamée à tous les opérateurs au lendemain de la catastrophe de Fukushima. La deuxième partie reprend les stress-tests. La seule chose nouvelle est que les exploitants devront

aussi soumettre un plan à moyen et long terme sur les mesures qu’ils comptent implémenter, comme la construction de nouvelles digues de protection contre un tsunami. Quand le gouvernement aura reçu ce plan établi par KEPCo, il va se réunir à nouveau et décider, ô suspens, de donner son feu vert au redémarrage. Le ministre de l’industrie, Yukio Edano, va ensuite prendre son bâton de pellerin pour convaincres les autorités locales. Lesquelles ? Ce n’est pas encore clair.

L’exigence de prendre en compte la possibilité d’un séisme beaucoup plus fort qu’envisagé jusqu’à maintenant, faisant intervenir plus d’une seule faille, n’est pas reprise. On attend encore le nouveau plan d’urgence, conforme aux exigences internationales, en cas d’accident grave. Les détails pratiques ne sont pas établis.

Le maire d’Ôsaka est furieux : « comment le Japon peut-il établir de nouveaux standards en temps aussi court et évaluer la sûreté des réacteurs en deux semaines ? »

 

Samedi 7 avril, selon l’Asahi,le gouvernement a déjà eu des négociations informelles avec le gouverneur de Fukui qui verrait d’un bon oeil le processus en cours. Le

gouvernement pourrait annoncer, dès la semaine prochaine, son feu vert au redémarrage de deux réacteurs d’Ôi. En revanche, les gouverneurs des provinces limitrophes, et même au-delà, sont opposés au redémarrage, mais ils ne seront pas considérés comme « pouvoir locaux ».

C’est que le gouverneur de Fukui est un fin négociateur. Il avait obtenu de nombreux avantages, comme une nouvelle ligne shinkansen (train rapide), en échange du feu vert accordé au redémarrage du surgénérateur Monju il y a quelques temps. Il tient à ses projets…

Dans le même temps, le ministre de l’industrie continue à brouiller les pistes sur ses intentions. Il a déclaré que s’il n’y a pas de risque de rupture de l’approvisionnement électrique, il n’est pas nécessaire de redémarrer les réacteurs nucléaires. Mais, pour le moment, la situation est loin d’être claire. Les compagnies d’électricité, qui veulent redémarrer leurs réacteurs pour des raisons financières, font des pronostiques alarmants pour l’été à venir et ses pics de consommation au plus chaud de la journée. Mais, peut-on leur faire confiance ? KEPCo avait déjà hurlé au loup en février, appelant à une baisse de 10% de la demande pour éviter la pénurie et cela s’est avéré inutile… Les

capacités hydrauliques se sont révélées plus abondantes que prévu. La fourniture d’électricité des autres compagnies a aussi été supérieure. Evidemment, les efforts des consommateurs ont aidé à diminuer le pic de demande. Les prédictions pour l’été à venir de KEPCo ne prennent toujours pas en compte cette nouvelle réalité. Tohoku Electric, Chubu Electric et Chugoku Electric devraient avoir

assez d’électricité sans nucléaire cet été.

Le Conseil de l’Energie et de l’Environnement du Japon devrait publier ses propres prévisions à la fin avril ou début mai.Dimanche 8 avril, la campagne électorale pour la mairie d’Omaézaki vient d’être officiellement lancée : le principal enjeu de débat est le redémarrage ou non de la centrale de Hamaoka arrêtée sur ordre du premier ministre en mai 2011. Le sortant parle de consulter la population avant de décider et ses opposants s’opposent au redémarrage le temps du mandat pour l’un, pour toujours pour l’autre. Verdict des urnes dimanche prochain.KEPCo travaille sur son plan à moyen et long terme pour obtenir le feu vert pour le redémarrage de deux réacteurs d’Ôi. Elle devrait remettre sa copie lundi 9 avril.

 

Lundi 9 avril, comme annoncé, KEPCo a remis son plan à moyen et long terme pour améliorer la sûreté de deux de ses réacteurs de la centrale d’Ôi. Parmi les 91 mesures nécessaires à l’amélioration de la sûreté, 37 restent à implémenter, et pas des moindres :

Le centre de secours résistant aux séismes sera prêt, promis, en 2015.

Le centre actuel est dans les sous-sols et peut être inondé en cas de tsunnami… En attendant, la compagnie va aménager une salle de réunion à proximité de la salle de contrôle, qui ne peut accueillir que 50 personnes et qui est trop près des réacteurs.

Les filtres qui doivent retenir une partie de la radioactivité en cas d’éventage des réacteurs ne seront installés qu’en 2015.

La digue sera rehausée en 2014.

Mais, il n’y a pas que les réacteurs à améliorer : le gouvernement a montré qu’il n’a pas su utiliser les outils de gestion de crise (SPEEDI), qu’il n’a fait qu’improviser. (Voir notre rapport pour Greenpeace à ce sujet). S’est-il amélioré ? Qu’a-t-il modifié dans son organisation ?

Il n’y a toujours pas non plus de nouvelle autorité de sûreté, celle en place ayant été complètement discréditée par la catastrophe.Sans surprise, le premier ministre et 3 de ses collègues, Yukio Edano, ministre de l’industrie, Osamu Fujimura chef du cabinet et Goshi Hosono, ministre de l’environnement et de la catastrophe nucléaire, ont estimé que les deux réacteurs de la centrale d’Ôi satisfont aux critères de sûreté qu’ils ont établi en deux jours la semaine

précédente. Plus besoin d’autorité de sûreté, 4 ministres peuvent, en une

demi-journée, juger seuls de la sûreté des réacteurs nucléaires…

Ils doivent encore se rencontrer une fois cette semaine pour évaluer les capacités de production de KEPCo et la demande durant l’été avant de prendre leur décision finale. Cela ne devrait leur prendre que quelques minutes j’imagine. Et la conclusion sera qu’il faut redémarrer les deux réacteurs d’Ôi avant le 5 mai, date de l’arrêt du dernier réacteur japonais encore en service. Reste un petit détail technique à nos super-héros, convaincre les autorités locales.

 

Mardi 10 avril, le ministre de l’industrie a annoncé que le gouvernement allait, d’ici la fin de la semaine, présenter une nouvelle organisation de la gestion de crise en cas d’accident nucléaire. Le porte-parole du gouvernement a aussi déclaré qu’il ne consulterait pas la mairie d’Ôsaka sur le redémarrage des réacteurs d’Ôi. Celle-ci a mis 8 conditions au redémarrage, dont la signature d’un accord avec toutes les communes dans un rayon de 100 km ou la mise en place d’un autorité de sûreté indépendante. Pour le maire de la ville, si ces mesures ne sont pas mises en place avant le

redémarrage des réacteurs, elles ne le seront jamais.

 

Mercredi 11 avril, si l’été 2012 est aussi chaud que l’été 2010, qui a été exceptionnellement chaud, il manquera à KEPCo 6 millions de kilowatts (ou 19,6% des capacités de production) au moment des pointes de consommation. Même avec le redémarrage de deux réacteurs d’Ôi, la situation restera tendue et il faudra faire des économies. Si l’été 2012 est comme l’été 2011, qui a été particulièrement clément, et que les consommateurs

économisent comme l’an dernier, il manquera à KEPCo 2,1 millions de kilowatts (ou 7,6% des capacités de production) au moment des pointes.

Ces chiffres de KEPCo ne prennent pas en compte les possibilités d’achat d’électricité aux autres compagnies qui sont dans une situation moins tendue. Ni les possibilités d’imposer une baisse de la consommation aux gros consommateurs comme cela a été fait l’été dernier dans la zone couverte par TEPCo.

C’est le chiffre le plus élevé de 19,6% qui est tout le temps mis en avant par les partisants du redémarrage.Jeudi 12 avril, les gouverneurs des provinces voisines de Kyôto et Shiga, plus que

réticents face au redémarrage des réacteurs d’Ôi, visitent la centrale ce jour. La gouverneuse de Shiga réclame un débat public pour choisir entre le nucléaire et la pénurie cet été.

Les 4 ministres n’ont pas réussi à se mettre d’accord aujourd’hui et n’ont donc pas donné leur feu vert de redémarrage de deux des réacteurs de la centrale d’Ôi. Ils vont se réunir à nouveau le lendemain.

 

Vendredi 13 avril, ça y est, les 4 ministres en charge de la sûreté nucléaire ont décidé de donner leur accord au redémarrage les réacteurs 3 et 4 réacteurs de la centrale d’Ôi. Le ministre de l’industrie, Yukio Edano, va aller rencontrer le maire d’Ôi et le gouverneur de Fukui. Il ne consultera donc que les élus locaux qui dépendent financièrement du nucléaire, pas ceux potentiellement touchés par un accident.

La veille, le gouverneur de Fukushima a critiqué la manière dont le gouvernement s’y prend : « Pour un gouverneur d’une région sinistrée, les discussions du gouvernement sur le redémarrage des réacteurs basées sur des considérations politiciennes sont inacceptables. » Et d’ajouter, « je me demande s’ils comprennent la réalité et la gravité d’un accident nucléaire ». Pour lui, on ne devrait pas redémarrer les réacteurs avant que la commission d’enquête sur l’accident de Fukushima ait rendu son rapport, ni avant d’avoir une autorité de sûrté indépendante du ministère de l’industrie en charge de la promotion du nucléaire.

Les deux gouverneurs qui ont visité Ôi la veille ne sont pas plus convaincus.Samedi 14 avril, le ministre de

l’industrie Yukio Edano, qui était porte-parole du précédent gouvernement et qui était favorable à l’arrêt du nucléaire, est venu à Fukui demander l’autorisation au gouverneur et au maire de la ville d’autoriser le redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi. De nombreux manifestants l’attendaient avec des banderoles comme edaNO ! (「えだNO!」) sous les cerisiers en fleur. Voir par exemple le siteinternet de Mihama no kai pour des images.

Le gouverneur et le maire, qui sont plutôt favorables au redémarrage pour des raisons financières, ont répondu que cela serait débattu dans leur assemblée respective, qui y a sont, a priori, aussi favorables. Le maire a aussi demandé au gouvernement de tenter de convaincre les municipalités et régions voisines qui sont, elles, opposées au redémarrage. Il se sent un peu seul…

Les maires de plusieurs municipalités situées dans un rayon de 30 km autour de cette centrale ont exprimé, la veille, leur soutien à la gouverneuse de Shiga qui demande un plan d’urgence en cas d’accident.

En parallèle de la visite du ministre de l’industrie, Yoshito Sengoku, un membre influent du parti au pouvoir, le Parti Démocratique du Japon, continue son lobbying en faveur de redémarrage. Il était aussi présent à Fukui ce jour et a rencontré une trentaine d’élus locaux de son parti pour les convaincre d’accepter le redémarrage. Il est très proche de plusieurs membres du gouvernement qu’il rencontre régulièrement pour discuter de la politique énergétique du pays.

 

Dimanche 15 avril, le gouvernement veut limiter à 40 ans la durée de vie des réacteurs nucléaires, avec une possibilité d’étendre de 3 ans cette durée pour les réacteurs qui ont dépassé ou sont proches de la limite d’âge au moment de la loi. Mais le projet de loi est bloqué à la chambre haute où l’opposition est majoritaire. Elle bloque tout, comme l’autre projet de loi sur une autorité de sûreté indépendante, dans le but de faire

tomber le gouvernement et obtenir la dissolution de la chambre basse.

La situation de crise exceptionnelle dans laquelle se débat le pays depuis plus d’un an n’empêche les basses manoeuvres politiciennes. Le gouvernement espère cependant que cette nouvelle loi sur la durée de vie soit appliquée à partir de janvier 2013.

La NISA, qui continue d’être sous la tutelle du ministère de l’industrie, s’apprête à donner son accord pour l’exploitation pour 10 ans de plus du réacteur n°2 de la centrale de Mihama (aussi exploitée par KEPCo et située à Fukui, comme Ôi) qui a 39 ans. Ce sera donc le 4ième réacteur du pays à obtenir l’autorisation d’être exploité au-delà de 40 ans. Les trois autres sont : le réacteur n°1 de la centrale de Tsuruga (exploité par Japan Atomic Power Co. à Fukui), le réacteur n°3

de Mihama et le tristement célèbre réacteur n°1 de Fukushima daï-ichi, qui lui, est à l’arrêt définitif.Selon un sondage jiji press, 58,5% des Japonais s’opposent au redémarrage des réacteurs nucléaires. 16,2% soutiennent le redémarrage et il y a 21,2% d’indécis.

Le ministre de l’industrie, quant à lui, a avoué ne pas croire au redémarrage des deux réacteurs de la centrale d’Ôi avant le 5 mai. Le Japon aura donc une période sans réacteur nucléaire en fonctionnement.

Personne ne sait combien de temps elle va durer. L’enjeu principal, maintenant, c’est l’été. Si le Japon passe l’été 2012 sans nucléaire et que cela ne se passe pas trop mal, il ne pourra probablement jamais redémarrer ses réacteurs.A Omaézaki, c’est le maire sortant qui a remporté l’élection (cf 8 décembre). Le maire a toujours été conciliant avec l’industrie nucléaire alors que ces deux opposants s’étaient opposés au redémarrage de la centrale de Hamaoka arrêtée en mai 2011 sur ordre du premier ministre de l’époque. La taxe nucléaire fournit 40% de revenus de la ville. Difficile de s’en passer…Lundi 16 avril, la rentrée universitaire, comme la rentrée scolaire, a lieu en avril au Japon.

Cette année, il y a une baisse de 16% des effectifs dans les filières d’ingéniérie nucléaire de 7 grandes université japonaises. A Fukui University of Technology, la chute est de 71%.Mardi 17 avril, les gouverneurs de Shiga et Kyôto, dont une partie du territoire est à moins de 30 km de la centrale d’Ôi, ont présenté un plan en 7 points avant d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs. Un comité indépendant doit expertiser la demande et l’offre électrique au cours de l’été. Le gouvernement

doit aussi démontrer l’urgence à redémarrer des réacteurs nucléaires alors que les investigations sur le déroulement de l’accident de Fukushima ne sont pas terminées. Et créer une autorité de sûreté nucléaire indépendante. Ils veulent aussi une feuille de route avec des échéances précises concernant la réduction de la dépendance du pays envers l’énergie nucléaire et la gestion des combustibles usés.

On l’a déjà dit (le 3 avril), un comité d’experts a estimé qu’une vague de tsunami de 21 m peut déferler sur la centrale de Hamaoka alors que l’exploitant construit une digue de 18 m. La NISA a demandé à l’exploitant de prendre en compte cette nouvelle donnée. Il a rendu sa copie le 16 avril : si les réacteurs sont à l’arrêt, tout va bien.

L’étude ne prend pas en compte les réacteurs en fonctionnement !

Dans un éditorial le Maïnichi demande que cette centrale ne soit jamais redémarrée et soit démantelée car c’est la plus dangereuse du pays, de par sa situation sur une faille sismique. Et d’ajouter que si Chubu Electric Co. démontrait qu’elle peut se passer de nucléaire, ce serait une formidable leçon pour tout le pays.Par ailleurs, la consommation de gaz naturel liquide a augmenté de 27% sur tout le pays durant l’année fiscale 2011 (1er avril 2011 – 31 mars 2012) du fait de l’arrêt d’une partie du parc nucléaire. L’utilisation du parc de production d’électricité à artir d’énergies fossiles à augmenté de 26%.Le parti au pouvoir, le Parti Démocratique du Japon, a tenu une réunion interne sur la politique nucléaire du gouvernement qui a été houleuse.

Parmi les 80 personnes présentes, nombreuses étaient celles qui critiquaient la politique du gouvernement qui a fait preuve d’une précipitation injustifiée pour tenter de redémarrer deux réacteurs de la centrale d’Ôi et qui ne comprenaient pas sa position ambigüe sur l’avenir du nucléaire. La réunion s’est terminée sans accord autre qu’il fallait à nouveau se réunir.

 

Jeudi 19 avril, selon un sondage de la NHK, 54% des habitants d’Ôi soutiennent le redémarrage des deux réacteurs. 37% s’y opposent. Mais dans les villes voisines, le soutien passe à 32% et l’opposition à 60%. 71% des habitants d’Ôi disent craindre une catastrophe nucléaire. Ils sont 84% dans les communes voisines. Enfin, 29% des habitants d’Ôi pensent que le gouvernement a bien expliqué sa position relative au redémarrage des deux réacteurs en jeu. Ils ne sont plus que 19% aux alentours.Un autre sondage effectué par l’agence Reuters montre que 72% des compagnies japonaises préfèrent des garanties de sûreté à un redémarrage rapide des réacteurs. Seulement 15% des compagnies réclament un redémarrage rapide.

La Japan Atomic Energy Commission (JAEC) vient d’estimer que le retraitement – recyclage des combustibles usés coûtait plus cher que l’enfouissement direct de ces combustibles. Malgré cela, le gouvernement reste attaché à cette politique de retraitement : il espère encore pouvoir démarrer un jour l’usine de retraitement

construite par Areva, qui, 5 ans après la fin de sa construction, ne fonctionne toujours pas, et a repris la construction de son usine de combustible MOx. C’est complètement contradictoire avec sa politique affichée de sortir du nucléaire à moyen ou long terme. L’enjeu, pour le gouvernement, est donc de garder des activités ayant un intérêt militaire. En septembre 2011, il y avait 14 200 tonnes de combustible usé au Japon.

(En France, le taux de recyclage de ce qui sort des réacteurs nucléaires est de l’ordre de 4%. Au Japon il est quasiment de 0%.)

Six membres de la commission locale en charge de la sûreté nucléaire pour les autorités régionales de Fukui ont inspecté le réacteur, pendant 4 heures et demie la veille. Selon le président de la commission, tout va bien. Le compte rendu est prévu pour la semaine prochaine. Un rapport complet, pour plus tard.

Lundi 23 avril, suite à la catastrophe de Fukushima, les autorités ont élargi le périmètre d’urgence à 30 km autour de toutes les centrales nucléaires. Mais, selon le Maïnichi qui a enquêté, les autorités locales ont du mal à s’adapter. Seule les provinces de Saga et Nagasaki ont défini de nouvelles procédures d’évacuation autour de la centrale de Genkai. Elles comptent sur les

véhicules personnels des populations… et réfléchissent aux populations qui n’ont pas de voiture. Presque partout, rien n’est prêt pour les personnes les plus vulnérables comme les pensionnaires de maisons de retraite ou les personnes hospitalisées.Seule la province de Fukuoka a des lits pour accueillir ces personnes.

Ces nouvelles zones englobent 4,42 millions d’habitants. Le décompte a été fait par Kenji Tani, maître de conférence à l’université de Saïtama. 930 000 personnes vivent à moins de 30 km de la seule centrale de Tôkaï dans la province d’Ibaraki.

Face au blocage concernant les réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi dans la province de Fukui, certains membres du gouvernement envisagent de redémarrer d’abord le réacteur n°3 de la centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé sur l’île de Shikoku.

Un émissaire est venu recontrer la gouverneuse de Shiga pour lui expliquer la position du gouvernement et la convaincre d’accepter le redémarrage. Mais elle a tenu bon et a déclaré vouloir entendre son assemblée régionale et des experts.

Le ministre de l’industrie avait demandé aux 9 compagnies exploitant des centrales nucléaires de faire une estimation détaillée de la demande durant l’été à venir et de leur capacité de production. Elles ont toutes rendu leur copie ce jour. TEPCo devrait pouvoir faire face. Elle s’est déjà retrouvée sans nucléaire par le passé, quand il avait été découvert qu’elle avait falsifié les rapports de sûreté. La compagnie dans la situation la plus critique est KEPCo,

qui fournit la zone Kyôto – Ôsaka – Kôbé. 40% de sa production était d’origine nucléaire. Elle prévoit que ses capacités de production seront de 16,3% trop basses durant les pics de demande si l’été est aussi chaud que celui de 2010. Ce sera 13,5% avec des températures moyennes. Ces chiffres étaient plus élevés il y a un mois quand KEPCo réclamait le redémarrage des réacteurs 3 et 4 de sa centrale d’Ôi. La différence est due aux mesures d’économie d’énergie que la compagnie a bien voulu prendre en compte et à un bilan plus exhaustif de ses

capacités de production. Son bilan est ici en japonais.

Même si KEPCo arrive à redémarrer deux réacteurs de la centrale d’Ôi, cela ne suffira pas. La pénurie pourrait dépasser les 8%. La région n’échappe donc pas à des économies drastiques de consommation de l’électricité.

Suivent Kyûshû et Hokkaidô avec 3,7% et 3,1% respectivement si l’été est aussi chaud que celui de 2010. Ailleurs, cela devrait passer. Globalement, sur tout le pays, la pénurie pourrait être de 0,4% au moment des pics de chaleur, mais comme le pays est divisé en deux, c’est plus compliqué : c’est l’Ouest, ce pourrait être 3,6%. A l’Est, pas de problème.

En général, il est préférable d’avoir une marge de 3%. Le gouvernement a mis en place une commission de 9 membres qui va expertiser les copies et rendre ses conclusions début mai.

Les autorités avaient demandé à trois exploitants du nucléaire d’évaluer la résistance de leurs réacteurs à la survenue de séismes impliquant plusieurs failles simultanément. Les exploitants ont rendu leur copie et il se trouve que la secousse pourrait être plus forte que ce qui a été retenu pour les centrales de Tomari à Hokkaïdô et de Tsuruga à Fukui. Pour Kashiwazaki-Kariwa à Niigata, Shiga à Ishikawa et Mihama et Ôi à Fukui, ce type de séisme entraînerait une secousse inférieure à ce qui a été prévu. Mais ce qui n’est pas clair, c’est

quel type de séisme a été pris en compte. Car en 2007, suite au séisme qui avait entraîné l’arrêt de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, aucun réacteur du pays n’était dimensionné pour supporter la secousse horizontale subie parcette centrale.

A Tôkyô, 323 076 signatures demandant un référendum sur l’énergie nucléaire ont été validées, alors que seulement 214 206 étaient nécessaires. La décision est dans les mains de l’assemblée régionale.

Le gouverneur y est ouvertement opposé.

 

Mardi 24 avril, la NISA devait disparaître le 31 mars dernier pour être dissoute dans une nouvelle autorité de sûreté plus indépendante. Elle avait donc suspendu son évaluation des stress-tests. Le ministre de l’industrie, Yukio Edano, lui a demandé de les reprendre. Seuls les stress-tests de 3 réacteurs avaient été évalués jusqu’à présent : les réacteurs 3 et 4 d’Ôi et le 3 d’Ikata.

La NISA a demandé à la Japan Atomic Power Co, qui exploite la centrale de Tsuruga à Fukui, d’étudier de plus près la faille qui coure sous la centrale. S’il s’avère que la faille est active, la centrale devra être arrêtée définitivement. Une faille est considérée potentiellement active si elle l’a réellement été il y a moins de 120 000 ans.

Des sismologues des universités de Fukui et Kyôto, ainsi que du National Institute of Advanced Industrial Science and Technology, viennent en effet d’inspecter le site de la centrale de Tsuruga. Ils pensent que la faille Nord-Sud qui passe sous le réacteur n°2 pourrait bouger en cas de séisme. La faille voisine nommée Urasoko est connue pour être active depuis 2008, après que Takashi Nakata de l’université de Hiroshima ait trouvé des erreurs dans les recherches de

l’exploitant, mais elle ne passe directement sous un réacteur. En revanche, un mouvement de cette faille pourrait, fort probablement, entraîner un mouvement de la faille supposée inactive qui passe sous le réacteur n°2. L’exploitant, quant à lui, se veut rassurant : cette faille n’a jamais déclenché de séisme et leurs calculs montrent qu’elle ne bougera pas en cas de séisme. Mais des failles supposées inactives à Fukushima ont bel et bien bougé le 11 mars 2011.

Certains chercheurs pensent que la faille en question a déjà pu être active il y a 20 000 à 30 000 ans.

Comme il s’agit de la plus vieille centrale de production d’électricité du Japon, il était temps de s’en rendre compte !

Les centrales de Tomari à Hokkaido, Monju à Fukui et Shimané à Shimané sont aussi dans le colimateur de la NISA qui leur a demandé une réévaluation des risques sismiques des failles situées à proximité.

Deux failles situées à moins de 5 km l’une de l’autre et se mettant en mouvement simultanément peuvent engendrer des secousses bien plus fortes qu’imaginées jusqu’à présent.

Mercredi 25 avril, la NISA a estimé que les mesures de protection contre les tsunami de la centrale de Hamaoka sont appropriées, même si une vague de 21 mètres vient heurter la nouvelle digue de 18 m. Elle a donc endossé les mesures proposées par l’exploitant pour les réacteurs à l’arrêt seulement !

L’exploitant devra cependant tester son nouveau système de refroidissement de secours.

La NISA a aussi demandé à TEPCo de revoir la sûreté de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa où le mouvement simultané de deux failles pourrait entraîner un mouvement du sol plus violent que le résultat des estimations précédentes basées sur une seule faille. La compagnie va donc refaire ses calculs pour voir si sa centrale tiendrait une telle secousse. Elle va aussi renforcer les équipements les plus fragiles.

La compagnie espère pouvoir redémarrer sa centrale avant mars 2014 pour se renflouer financièrement.

Jeudi 26 avril, la commission en charge d’évaluer les pronostiques d’offre et de demande d’électricité a déclaré qu’elle n’avait pas trouvé de marge de manoeuvre du côté de la production. Il n’est pas possible de l’augmenter encore plus. Elle va donc se pencher sur les moyens de

réduire la demande lors des pics de consommation avant de donner ses propres conclusions.

Haruki Madaramé, qui est à la tête de la Nuclear Safety Commission, a expliqué que les chances de redémarrage de la centrale de Tsuruga sont quasi-nulle car l’exploitant ne pourra pas prouver que la faille située sous la centrale n’est pas active.

Le maire d’Ôsaka, a clairement expliqué ce qui attendait ses résidents pour cet été : faire des efforts d’économie d’énergie ou accepter le redémarrage d’une centrale nucléaire à la sûreté modeste. Et d’appeler ses concitoyens à accepter une vie plus sobre.

Pendant ce temps, des représentants du gouvernement, accompagnés de membres de la NISA, ont tenu une réunion publique à Ôi à propos du redémarrage des réacteurs 3 et 4. L’accès à la réunion n’était possible qu’aux porteurs d’une invitation et le contrôle était aussi sévère que dans les aéroports : passage sous des détecteurs de métaux, contrôle des sacs, interdiction d’apporter de la nourriture ou une boisson…

Les manifestants anti-nucléaire ont été tenus à distance par des contrôles très stricts : chaque voiture, camion ou bus ont été arrêtés et contrôlés. Malgré cela, environ 540 personnes ont assisté à la réunion, soit environ 10% des électeurs du village.

Les opinions sont partagées entre les risques économiques (la centrale fournit 58% du budget de la ville) et les risques nucléaires.

L’assemblée était plutôt favorable au redémarrage, mais a critiqué la façon dont le gouvernement a traité ce dossier. De nombreuses questions ont tourné autour de la gestion d’un éventuel accident et de l’évacuation de 300 000 personnes qui vivent dans un rayon de 30 km de la centrale. En hiver, il y a peu de routes pour s’enfuir et une seule ligne de chemin de fer. Les représentants du gouvernment n’avaient pas grand chose à dire à ce propos et se sont contentés de vagues promesses.

Mai 2012

Mardi 1er mai, un représentant de la province de Kyôto, qui dirige cellule de crise, a déclaré que les explications du gouvernement sur la sûreté des réacteur 3 et 4 de la centrale d’Ôi étaient insuffisantes et ne prennent pas en compte les demandes des population riveraines.

Pendant ce temps, les émissaires du gouvernement continuent leur tournée pour tenter de convaincre les riverains de la justesse de leur avis. Ils étaient à Obama ce jour, village situé à proximité de la centrale d’Ôi. 122 personnes étaient présentes lors de la réunion, dont 18 élus municipaux. Il y

avait aussi des représentants des pêcheurs, agriculteurs, parents d’élève… mais la salle était trop petite pour accepter les citoyens ordinaires. 70% des des 20 000 personnes qui vivent à moins de 10 km de la centrale sont d’Obama, mais ils n’ont pas eu accès à la réunion. Le district de Tomari est même situé à moins de 4 km à vol d’oiseau, ce qui est plus proche que le centre ville de d’Ôi. Comme la municipalité n’héberge pas la centrale, elle touche beaucoup moins de subsides et

n’a pas son mot à dire. Elle réclame donc une sûreté renforcée, un plan d’urgence et la voix au chapitre en ce qui concerne les affaires liées à la centrale.

C’est dans ce contexte que le premier ministre a publiquement évoqué la possibilité qu’il n’y ait aucun réacteur nucléaire en service durant l’été.La campagne ‘cool biz’, pour cool bizness, débute ce jour. Instaurée en 2005 pour faire des économies d’électricité au moment des fortes chaleurs, elle consiste à aller travailler sans costume-cravate pour pouvoir augmenter la température des bureaux. Les autres années, le premier ministre montrait l’exemple pendant les quelques jours. L’été dernier, la campagne a duré les deux mois d’été. Cette année, elle commence dès le mois de mai et devrait durer jusqu’à la fin octobre.

 

Jeudi 3 mai, il se peut que la faille qui passe près de la centrale de Shiga, exploitée par Hokuriku Electric Power Co dans la province d’Ishikawa, soit aussi active. Selon deux universitaires, la faille qui est à 9 km au nord de la centrale, a été active il y a 120 000 à 130 000 années. L’exploitant devra probablement faire une nouvelle étude de la faille, même s’il prétend qu’elle n’est pas active et que ses deux réacteurs ne sont pas en danger.Samedi 5 mai, arrêt du dernier

réacteur en fonctionnement au Japon, le réacteur n°3 de la centrale de Tomari à Hokkaïdô. Ce réacteur a été mis en service en 2009.

Tous les réacteurs du pays sont arrêtés. Un redémarrage avant l’été semble peu probable maintenant. Si le pays passe l’été sans trop de difficultés, il se peut que les réacteurs japonais ne redémarrent jamais.

C’est le jour des enfants au Japon et c’est férié. Un beau symbole pour un tel jour…

De nombreuses manifestations ont salué ce jour historique pour le pays.Lundi 7 mai, l’Asahi fait le point sur les mesures auxquelles se préparent les compagnies pour faire face à la pénurie d’électricité prévue lors des pics de demande cet été. Pour nombre d’entre elles, il s’agira d’appliquer ce qui a été fait l’été précédent dans la zone couverte par TEPCo :

remplacement des éclairages, réduction de la climatisation, changement des horaires. De grosses industries investissent dans des générateurs d’électricité. Certains envisagent aussi l’arrêt des distributeurs automatiques de boisson lors des pics (il y en a à chaque coin de rue : la réfrigération consomme beaucoup).

En revanche KEPCo, qui alimente le Kansaï où la situation sera la plus tendue cet été, ne fait rien. Elle ne cesse de répéter qu’il faut redémarrer les deux réacteurs d’Ôi, sans se préparer à la pénurie.

Pourtant la situation politique locale ne permet pas de croire à un redémarrage rapide. Et même si ces deux réacteurs démarraient avant l’été, cela ne suffirait pas. C’est comme si la compagnie jouait le pourrissement de la situation pour forcer la main aux élus locaux et obtenir le feu vert pour ses réacteurs nucléaires. Or la compagnie a la responsabilité de fournir en électricité la région où elle a le monopole. Les élus locaux se sont fâchés lors d’une réunion le 4 mai dernier.

Le gouvernement, quant à lui, envisage d’imposer une baisse de la consommation de 15 à 20% cet été pour cette région.Par ailleurs, l’arrêt de tous les réacteurs a mis en lumière l’absence de politique claire du gouvernement en matière de nucléaire. S’il a bien annoncé vouloir réduire autant que possible la part du nucléaire, qu’est ce que cela veut dire concrètement ? Cette part est à son

minimum possible actuellement !

A la commission mise en place à l’automne dernier pour traiter de cette question, c’est le dialogue de sourds : certains sont en faveur de l’arrêt plus ou moins rapide de tous les réacteurs. D’autres espèrent une augmentation de la part du nucléaire. Bien évidemment, ils n’arrivent pas à s’entendre.

Si le gouvernement applique sa politique d’arrêt des réacteurs à 40 ans et n’en construit pas d’autre, la part du nucléaire devrait être de 15% en 2030. Elle était de 26% durant l’année fiscale 2010. Les membres de cette commission qui militent pour une part de 20 à 25% en 2030, veulent donc implicitement prolonger la durée d’exploitation des réacteurs et/ou en construire de nouveau. Quand un membre va jusqu’à 35%, il milite pour la construction de nouveaux réacteurs !Enfin, le gouvernement a annoncé qu’il se donne quelques années pour décider s’il abandonne le retraitement des combustibles usés et le surgénérateur Monju ou pas. Plusieurs groupes de travail de la Japan Atomic Energy Commission, que l’on ne peut pas qualifier d’anti-nucléaire, sont arrivés à la conclusion que l’abandon serait plus économique.

 

Mardi 8 mai, l’assemblée régionale de Gifu a, à l’unanimité, demandé au gouvernement de ne pas autoriser le redémarrage des réacteurs 3 et 4 d’Ôi tant que les populations s’y opposent. La centrale en question est située dans la province adjacente de Fukui. Et de demander aussi d’attendre d’avoir la lumière sur la catastrophe de Fukushima avant de revoir les critères de sûreté et autoriser le redémarrage.

Le maire de Nagoya s’est aussi opposé à ce redémarrage car un accident pourrait contaminer sérieusement le fleuve Kiso qui alimente en eau potable sa ville.Selon un sondage commandé par le Maïnichi, 63% des Japonais s’opposent au redémarrage de deux des réacteurs d’Ôi et 74% sont prêts à endurer un été chaud avec des restrictions d’électricité. En revanche, seulement 31% des Japonais sont favorables à ce redémarrage.

77% de la population n’ont pas confiance dans les critères de sûreté du gouvernement et 16% ont confiance.Jeudi 10 mai, une association a remis 323 076 signatures au gouverneur de Tôkyô pour réclamer un référendum sur l’énergie nucléaire. Dans d’autres villes à travers le pays des collectes de signatures ont aussi commencé.La commission gouvernementale qui doit faire un audit sur les capacités de production des producteurs d’électricité et sur la demande attendue, a rédigé un premier jet de son rapport. Dans la zone couverte par KEPCo, la demande pourrait dépasser de 15,7% les capacités de production de la compagnie. On ne connait pas le détail du calcul pour le moment. Dans la zone couverte par TEPCo l’été dernier, il y a eu une plus forte baisse de la demande. C’est donc possible à tenir, mais cela

nécessite des efforts. La commission conclut cependant qu’avec le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Ôi, ce chiffre passerait à 0,9%, tout en demandant des efforts aux consommateurs. Et de recommander le redémarrage. KEPCo elle-même avait estimé que la demande pouvait dépasser de 5% l’offre, même avec les deux réacteurs en marche.

Viennent ensuite Kyûshû et Hokkaïdô avec 3,7 et 3,1% respectivement.

Tous ces chiffres se basent sur la consommation de l’année 2010 qui a été particulièrement chaude.

Pour le gouvernement, le choix des pouvoirs locaux du Kansaï est clair : acceptez le redémarrage de deux réacteurs ou acceptez des restrictions de consommation.Samedi 12 mai, le gouvernement devrait demander aux personnes vivant dans les zones alimentées par les autres compagnies de l’ouest du Japon de baisser leur consommation de

5% cet été afin de permettre à ces compagnies de venir en secours de KEPCo qui devra faire face à la plus forte pénurie. Sont concernées Chubu Electric Power Co., Hokuriku Electric Power Co., Chugoku Electric Power Co. et Shikoku Electric Power Co. qui devraient être en surplus.

A Kyûshû, le gouvernement va demander une baisse de 12% et dans le Kansaï, de 15 à 20%.

 

Lundi 14 mai, le conseil municipal d’Ôi a voté un fait part de sa décision de donner un feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale du même nom. En revanche, 8 des 11 municipalités qui sont situées à moins de 30 km de la centrale ont fait part de leur réticence, voire opposition, au redémarrage, selon un recensement du Asahi. Maizuru et Kyotamba, situées toutes les deux dans la province de Kyôto, ont exprimé une ferme opposition.

Le village d’Ôi est dépendant des subventions de KEPCo, ce qui a eu une forte incidence sur sa décision.Le gouvernement a fixé la barre à 15% pour les économies de consommation d’électricité qu’il va demander aux résidents du Kansaï.

Il s’est basé sur l’hypothèse d’aucun redémarrage de réacteur cet été et sur la fourniture d’électricité d’autres compagnies à KEPCo. Ce taux devrait passer à 20% si les autres compagnies d’électricité sont à leur maximum.Par ailleurs, 66 maires à travers le pays ont envoyé une pétition au gouvernement demandant d’arrêter définitivement les centrales nucléaires du pays le plus rapidement possible.Le fait qu’une faille potentiellement active court sous la centrale de Tsuruga, dans la province de Fukui, est connu depuis 2008, mais, ni l’exploitant, Japan Atomic Power Co. (JAPC), ni les autorités n’ont pris de mesures. Elle va maintenant être étudiée par l’exploitant et la NISA a donné son feu vert pour un rapport en novembre cette année.

Cette centrale risque de ne jamais redémarrer.

 

Jeudi 17 mai, le gouvernement va demander une baisse générale de la consommation électrique de 15% dans le Kansaï, mais ne va pas imposer des restrictions à l’industrie comme il l’avait fait dans la zone couverte par TEPCo l’été dernier.

Au-delà de la question de la sûreté des réacteurs versus la sécurité de approvisionnement électrique, il y a les rivalités politiques entre le gouvernement central et la montée fulgurante du jeune maire d’Ôsaka et son nouveau parti. Beaucoup pensent que le gouvernement espère de graves problèmes cet été pour convaincre la population d’accepter le redémarrage et mettre la responsabilité sur le maire d’Ôsaka.

 

Samedi 19 mai, les principaux leaders politiques du Kansaï, à savoir, les gouverneurs des provinces d’Ôsaka, Hyôgo, Kyôto, Shiga, Wakayama, Tottori et Tokushima, ainsi que les maires d’Ôsaka et Sakaï, réunis dans l’Union of Kansai Governments, ont accepté une baisse de la consommation de 15% de l’électricité cet été. Leurs administrations et tous les lieux publics sous leur autorité diminueront d’au moins 15% leur consommation entre 9h et 20h, du 2 juillet au 7 septembre. Et c’est l’année 2010, la plus chaude depuis des décennies, qui servira de référence. D’autres villes, qui

n’appartiennent pas à cette union, mais qui étaient présentes en tant qu’observateur, suivront.

Si jamais deux réacteurs de la centrale d’Ôi redémarraient, ces objectifs seraient revus à la baisse. Mais même après un feu vert officiel, il faut de 6 semaines à 2 mois pour que ces réacteurs arrivent à pleine puissance.

Le gouvernement espère pouvoir autoriser le redémarrage rapidement, après l’accord du conseil municipal d’Ôi, faisant fi de l’avis des provinces limitrophes, se contentant d’un simple consentement du gouverneur de Fukui. Mais ce dernier a toujours déclaré qu’il ne donnerait pas son feu vert contre l’avis de ses collègues des autres provinces du Kansaï. Ces derniers demandent une révision complète du référentiel de sûreté, approuvé par des experts indépendants, et pas de simples stress-tests.Lundi 21 mai, selon un sondage commandé par l’Asahi, 54% des Japonais s’opposent au redémarrage de deux réacteurs d’Ôi et 29% y sont favorables. 21% ont confiance dans les mesures de sûreté fixées par le gouvernement et 78% n’ont pas confiance. Ces derniers chiffres sont proches de ceux de mars dernier (19% avaient confiance et 80% pas confiance).

En ce qui concerne la pénurie d’électricité prévue pour cet été, 44% des personnes interrogées ont déclaré que c’était ok, et 47% que cela n’était pas ok. 23% de la population est prête à faire de gros efforts pour économiser l’électricité, 66% des efforts et seulement 10% ne feront pas d’effort.Le ministère de l’industrie veut ouvrir complètement le marché de l’électricité à la concurrence d’ici 2014. Actuellement, seulement 60% du marché, la part des gros consommateurs, est libéralisé. Les petits consommateurs (moins de 50 kWh) ne peuvent pas choisir leur fournisseur. Le gouvernement doit régler le cas des habitations isolées où la fourniture de courant revient très chère et prendre en compte le risque de faillite d’un des producteurs.

 

Mardi 22 mai, le groupe de travail mis en place par le ministère de l’industrie pour réfléchir à l’avenir énergétique du pays, qui inclut diverses personnalités allant des milieux industriels aux associations écologistes, n’a pas réussi à se mettre d’accord. Il va donc proposer plusieurs scénarios pour 2030.

Si l’on se base sur le projet de loi gouvernemental d’arrêter les réacteurs au bout de 40 années de fonctionnement, la part du nucléaire devrait être de 13 à 17% en 2030. Elle était de 26% en 2010.

Les 4 scénarios retenus sont donc :

– 0% en 2030

– 15% en 2030

– de 20 à 25% en 2030, ce qui implique la construction de nouveaux réacteurs ou leur maintien au-delà de 40 ans.

– un scénario sans pourcentage.

Initialement, un autre scénario à 35% en 2030 était prévu, mais il va sûrement être abandonné. Quant au scénario sans objectif, il a été poussé par les économistes qui ont envisagé le fait que le gouvernement impose aux compagnies d’électricité de s’assurer contre les accidents graves, ce qui rendrait la production d’énergie nucléaire non rentable.

Ce serait alors aux marchés de décider.Mercredi 23 mai, le maire d’Ôsaka s’est dit favorable au redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Ôi, mais juste pendant l’été, si la situation devait être critique. Le gouvernement veut y voir une évolution favorable en faveur

du redémarrage mais n’est pas prêt à arrêter ces réacteurs à la fin de l’été, à cause, prétend-il continuellement, du coût des énergies fossiles. Mais, ce qui coûte si cher, ce n’est pas le fait d’utiliser des énergies fossiles, mais d’avoir un parc nucléaire inutilisable.

Outre l’investissement faramineux qui n’est pas rentabilisé, il y a la masse salariale et les coût de maintien. Et le gouverneur d’Ishikawa veut taxer les réacteurs à l’arrêt. Il aurait fallu y penser avant d’investir massivement dans le nucléaire….

Seulement 2 municipalités sur les 11 dans un rayon de 30 km autour de la centrale d’Ôi sont favorables au redémarrage. Il s’agit de Takahama et Mihama qui ont elles aussi une centrale nucléaire exploitée par KEPCo… Et c’est à la condition que la municipalité d’Ôi et les autorités provinciales donnent d’abord leur feu vert.De plus en plus de municipalités autour de la centrale de Hamaoka, arrêtée sur ordre du premier ministre en mai 2011, s’opposent à son redémarrage et demande son arrêt définitif.Jeudi 24 mai, le Maïnichi consacre deux articles à un nouveau scandale qui secoue le ‘village

nucléaire’ au Japon. La Japan Atomic Energy Commission a été chargée de repenser entièrement la politique nucléaire du pays. Mais le projet de rapport sur le retraitement, rédigé par un groupe de travail, a été soumis à tous les exploitants nucléaires lors d’une réunion secrète qui s’est tenue le 24 avril, et ceci, avant même que le rapport soit soumis au comité pleinier de la commission. L’exploitant de l’usine de retraitement, qui aurait dû démarrer il y a 5 ans sans ses nombreux problèmes, était présent pour défendre son industrie. Il n’y avait

aucun contradicteur. Sans surprise, des phrases ont été remaniées pour avantager l’option retraitement, alors que le stockage direct, sans retraitement, des déchets radioactifs est nettement plus avantageux économiquement. Cette affirmation, clairement écrite dans le projet de rapport, est passée au conditionnel après cette réunion. De plus, le retraitement ne dispense pas de chercher un site de stockage définitif.

Premier article en anglaisdeuxième article en anglais.

Il s’avère que ce genre de rencontre avec les exploitants a eu lieu à une vingtaine de reprises. On dirait que le ‘village nucléaire’ n’a tiré aucune leçon de la catastrophe en cours. Par ailleurs, le secrétariat de cette commission a été tenu par des employés prêtés par les compagnies d’électricité.

 

Vendredi 25 mai, le ministre de l’environnement et de la catastrophe, Goshi Hosono, a déclaré que la politique énergétique du Japon qui sera définie cet été visera à réduire à 15% la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2030. C’est donc l’option passive, basée sur la non-décision, qui semble avoir les faveurs du gouvernement. En effet, cela correspond à l’arrêt des réacteurs non endommagés après quarante ans de fonctionnement. S’ils redémarrent un jour… Pour le moment la part du

nucléaire est à 0%.

 

Lundi 28 mai, le maire d’Ôsaka a écrit à 150 autres gros actionnaires de KEPCo pour leur demander de soutenir sa proposition de demander l’abandon du nucléaire lors de la prochaine assemblée générale qui aura lieu le 27 juin. Les villes de Kyôto et de Kôbé ont déjà fait savoir qu’elles soutenaient cette proposition.

Le gouverneur de la province d’Ôsaka, quant à lui, va lancer une campagne pour inciter les gens à se rendre dans les lieux publics au moment des fortes chaleurs pour éviter l’usage de la climatisation domestique et donc la consommation d’électricité. Des tarifs réduits pourraient être proposés dans les musées, cinémas… Certains commerçants envisagent d’en profiter pour attirer les gens dans leur magasin.Le scénario avec 35% d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2030 a été abandonné par la commission chargée de réfléchir à l’avenir énergétique du pays (cf 22 mai ci-dessus).Mardi 29 mai, le parlement japonais vient seulement de commncer les débats en séance pour revoir l’organisation de la sûreté nucléaire et son contrôle. Une nouvelle autorité de sûreté est un pré-requis pour de nombreuses communes avant d’autoriser le redémarrage des réacteurs. Le premier ministre reprend espoir et espère toujours que deux réacteurs d’Ôi soient redémarrer rapidement, sachant que la mise en service prend 6 semaines pour atteindre le plein régime.

Mais le ministère des sciences et technologies (MEXT) a refusé de donner les résultats de ses calculs sur les prévisions de retombées radioactives en cas d’accident à la centrale d’Ôi. La province de Shiga, dont une partie est à moins de 30 km de la centrale, les réclame pourtant depuis deux mois et demi. Le MEXT attend le feu vert de la nouvelle autorité de sûreté qui n’est pas créée. La province de Shiga attend ces données pour préparer ses plans de prévention depuis que la zone d’urgence est passée de 10 à 30 km.La Japan Atomic Energy Commission, qui travaille sur un rapport sur l’avenir de l’industrie nucléaire et qui a été prise la main dans le sac à organiser des réunions secrètes avec les exploitants qui ont modifié le projet de rapport, a finalement décidé de reprendre ses travaux à zéro pour gagner la confiance du public.

Le chef des syndicalistes de TEPCo est en colère contre le parti au pouvoir qui aurait trahi en proposant de réduire la part du nucléaire.

Et comme son syndicat est une source de financement conséquente pour de nombreux élus du Parti Démocratique du Japon, il pense avoir les moyens de sévir : les élus qui auraient trahi auront un retour de baton, a-t-il annoncé lors d’un colloque intersyndical à Inuyama (Aïchi).

Pour lui, rien d’illégal n’aurait été commis lors de l’accident de Fukushima. TEPCo ayant reçu un feu vert du gouvernement et ayant respecté les consignes, la compagnie n’aurait rien à se reprocher. Et comme il vient d’avouer qu’il utilisait l’argent comme moyen de pression pour que les règles soient à son avantage, c’est à se demander comment une catastrophe n’a pas eu lieu plus tôt !

Pourtant, c’est bien l’exploitant nucléaire qui a la responsabilité de la sûreté de ses installations ! Ce syndicaliste ne semble pas connaître ce principe de base…

Mercredi 30 mai, lors d’une rencontre entre les gouverneurs du Kansaï et le ministre de l’environnement, Goshi Hosono, à propos du redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi, le président de l’union des gouverneurs a déclaré qu’ils acceptaient la décision du gouvernement. Le maire d’Ôsaka est intervenu par visio-conférence pour rappeler son opposition. Tout le monde s’attend à ce que le premier ministre décide d’autoriser le redémarrage début juin.

1 200 nouvelles personnes ont entamé une action en justice collective pour obtenir l’arrêt définitif de la centrale de Genkaï dans la province de Saga sur l’île de Kyûshû. Cela porte à 4 200 le nombre de plaignants.

Jeudi 31 mai, le Japan Times dresse un portrait du maire de Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki,

qui est le seul maire d’une ville nucléaire à s’opposer au nucléaire.

Et c’est là, qu’en 1957, a divergé le premier réacteur du pays ! Mais aussi là où a eu lieu, en 1999, le plus grave accident nucléaire du pays avant celui de Fukushima. (Voir notre article à ce sujet).

Mais il a fallu l’accident de Fukushima pour qu’il cesse de soutenir cette industrie. Il réclame l’arrêt des réacteurs de Tôkaï-mura, car il est impossible d’évacuer le million de personnes qui vivent dans un rayon de 30 km en cas d’accident. Il est très sévère contre le gouvernement actuel et sa volonté de redémarrer à tout prix la centrale d’Ôi.

Le gouvernement est optimiste sur le redémarrage des réacteurs 2 et 3 de la centrale d’Ôi suite au revirement spectaculaire du maire d’Ôsaka qui a dit qu’il ne s’y opposait plus. Il craint que la pénurie entraîne des difficultés dont il aura la responsabilité. Les autorités centrales, qui ont donc obtenu un accord des autorités locales, vont donner rapidement leur feu vert. Quant aux populations, elles n’ont pas été consultées et ne le seront probablement jamais…

Pourtant, un sondage de la NHK montre que 55% des résidents vivant dans la région de la centrale d’Ôi s’opposent au redémarrage et 38% ont un avis favorable. Dans la ville d’Ôi, 64% de la population est pour le redémarrage et 28% contre. 78% des habitants d’Ôsaka acceptent de baisser leur consommation de 15% cet été. 18% ne sont pas d’accord.

L’accord des élus locaux ne concerne que la période des fortes chaleurs de l’été. Mais le gouvernement n’est pas prêt à arrêter les réacteurs l’automne venu.

Juin 2012

Samedi 2 juin, même si le gouvernement s’apprête à donner son feu vert au redémarrage de deux réacteurs nucléaire dans la zone où la situation est la plus

critique, il va quand même demander à la population de restreindre sa consommation d’électricité, surtout pendant les pointes de demande. En effet, en cas d’été chaud, la demande pourrait être plus élevée que les capacités de production.

Le maire d’Ôsaka, M. Hashimoto, a reconnu sa défaite sur le redémarrage des réacteurs nucléaire, mais il a affirmé qu’il allait tenter d’obtenir l’arrêt des réacteurs à l’automne quand la situation sur le marché de l’électricité ne sera plus tendue.Lundi 4 juin, le maire d’Ôsaka, M. Hashimoto, a expliqué son revirement soudain :

il craint le risque d’une coupure majeure en cas de trop forte demande cet été qui pourrait avoir des conséquences terribles. Il n’est pas prêt à assumer ce risque. Le premier ministre, quant à lui, a déclaré endosser seul la responsabilité du redémarrage de deux réacteurs, nécessaires pour le développement de l’économie japonaise.

Enfin, le ministre de l’environnement, M. Hosono, est à Fukui, pour obtenir le feu vert formel du gouverneur.

La population est à 71% opposée à ce redémarrage, contre 23% de réponses favorables, lors d’un sondage commandé par le Maïnichi.Mardi 5 juin, 117 parlementaires du parti au pouvoir, le Parti Démocratique du Japon, ou 30% d’entre eux, ont signé une pétition demandant au gouvernement de ne pas redémarrer les réacteurs cet été. Il est possible pour eux de faire des économies d’électricité.Mercredi 6 juin, le groupe qui avait organisé une manifestation rassemblant 60 000 personnes à Tôkyô en septembre dernier, espère toujours rassembler 10 millions de signatures contre le nucléaire avant l’été. Il en est à 7,22 millions. A titre de comparaison, Tôkyô a 13 millions d’habitants, soit environ 10% de la population totale du pays.

Une nouvelle manifestation était organisée ce jour avec 3 000 personnes.Alors que l’on se rapproche de l’annonce par le gouvernement se son feu vert pour le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Ôi, c’est au tour des Hibakusha (les irradiés de Hiroshima et Nagasaki), de prendre position contre.Les gouverneurs de Kyôto et de Shiga emboîtent le pas au maire d’Ôsaka et demande que les deux réacteurs d’Ôi ne soient autorisé à fonctionner que pendant le pic de

consommation estival. Ces deux provinces ont des communes à moins de 30 km. Un redémarrage à long terme ne sera possible que quand de nouveaux critères de sûreté seront établis, une nouvelle autorité mise en place, de nouveau plans de secours établis… Le gouverneur de Fukui, qui dépend financièrement de la centrale, refuse cette option. Pour le moment la situtaion est bloquée.La NISA a donné son feu vert à la prolongation de l’exploitation du réacteur n°2 de la centrale de Mihama (Fukui) qui vient d’avoir 40 ans, alors que le gouvernement prépare une loi impliquant l’arrêt des réacteurs au bout de 40 ans d’exploitation. La NISA n’a aucune légitimité après la catastrophe de Fukushima et devrait disparaître d’ici peu. A quel jeu joue-t-elle ?

Le projet de loi prévoit de donner 3 ans aux réacteurs ayant plus de 40 ans au 1er janiver 2013. En donnant son feu vert maintenant, la NISA donne trois ans de sursis au réacteur n°2 de Mihama. Il est arrêté depuis décembre dernier et personne ne sait quand il pourra redémarrer, s’il redémarre un jour. En effet, l’exploitant, KEPCo, n’a pas encore rendu le résultat des stress-tests.

Le maire de Mihama se félicite de cette décision…Le gouvernement devrait accepter la proposition de l’opposition que la nouvelle autorité de sûreté soit complètement indépendante, et non sous la tutelle du ministère de l’environnement. Il reste cependant de nombreux points à régler avant de voter la nouvelle loi. En particulier sur le rôle du 1er ministre en cas de crise. Le gouvernement et l’opposition ne sont pas d’accord.Jeudi 7 juin, le gouvernement a repoussé à la semaine suivante toute décision sur le redémarrage de deux réacteurs de la centrale d’Ôi.Vendredi 8 juin, conférence de presse lénifiante du premier ministre japonais qui demande à la population d’accepter le redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi « afin de préserver les moyens d’existence de la population ». Mais il ne répond à aucune des craintes de la population et la centrale n’est pas prête. Il n’y a pas de nouveau plan d’urgence en cas de catastrophe. L’extension de la zone d’urgence à 30 km a pris les autorités locales au dépourvu : selon une enquête de la NHK, plus de 50% des autorités locales autour de la centrale d’Ôi ne sont pas prête en cas d’accident nucléaire. Pareil à la centrale. Les filtres supposés retenir les particules radioactives ne seront pas installés avant 2015. Le QG de crise, actuellement en sous-sol est inondable en cas de tsunami. Le nouveau est encore en construction.

Mais, le gouvernement, a assuré M. Noda, a pris les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de la centrale… Dès que le gouverneur de Fukui acquiesce, le gouvernement donne son feu vert. Les communes situées dans le périmètre d’urgence de 30 km n’ont rien à dire. La population non plus.

Le maire d’Ôi a apprécié l’intervention du premier ministre. Le gouverneur de Fukui aussi.

Le maire d’Ôsaka a mis en place un groupe d’experts pour réfléchir à l’avenir du nucléaire et à sa sûreté. Son rapport est pour bientôt.

Mais l’on sait déjà qu’il devrait soutenir la position du maire de n’accepter le redémarrage que pendant l’été. Plus surprenant, il devrait demander que la nouvelle autorité de sûreté soit composée à 50% d’experts étrangers pour garantir son indépendance.Alors que le gouvernement n’a pas encore décidé du sort du surgénérateur Monju, JAEA, l’exploitant, a déjà passé des contrats en mars dernier pour préparer à son redémarrage. Il est arrêté depuis 1995, suite à une fuite de sodium. Une telle attitude est choquante pour beaucoup.

 

Dimanche 10 juin, le groupe d’experts mis en place par la province de Fukui a accepté les critères de sûreté provisoires du gouvernement pour la centrale d’Ôi. Un rapport doit être remis le lendemain au gouverneur de Fukui, qui en toute logique, va donner son feu vert au redémarrage d’ici la fin de la semaine, après avoir inspecté par lui-même la centrale le 12 juin. Le maire d’Ôi devrait approuver le redémarrage jeudi 14 juin. Le gouvernement devrait suivre rapidement.

Une fois le feu vert donné, KEPCo va d’abord redémarrer le réacteur n°3, puis le 4. Comme il faut au minimum 3 semaines pour qu’un réacteur tourne à pleine puissance, le redémarrage des deux réacteurs ne devrait pas être terminé avant la fin juillet. La chaleur sera déjà bien installée.Mardi 12 juin, la pétition demandant la fin de la production d’électricité d’origine nucléaire a récolté 7 481 352 signatures. Les organisateurs espèrent toujours atteindre 10 millions, mais ils ont déjà transmis les noms des signataires aux autorités car le pays est à un tournant sur ce sujet.Mercredi 13 juin, la ville et

la province d’Ôsaka se sont mises d’accord pour demander l’arrêt complet du nucléaire dans le Kansaï d’ici 2030.

KEPCo affirme que sa centrale d’Ôi peut faire face à un tsunami de 11,4 m. D’où vient ce chiffre ? Pourquoi 11,4 m et pas 11 ou 12 m, voire 15 m comme à Fukushima daï-ichi ? L’équipe Japan Real Time (JRT) du Wall Street Journal a enquêté : avant la catastrophe de l’an dernier, la plus grosse vague

attendue à Fukushima était de 5,5 mètres, d’après les calculs de la Société japonaise des ingénieurs en génie civil. Et le tsunami du 11 mars 2011 faisait 15 m, soient 9,5 m de plus que prévu. La NISA, l’autorité de sûreté japonaise, a donc demandé à chaque opérateur d’ajouter 9,5 m à ses prédictions. A Ôi, les calculs savants avaient prédit une vague de 1,9 m maximum. Et le nouveau critère est devenu 1,9+9,5 = 14,1 m. Rassuré ? Pour les centrales où les prédictions

étaient déjà assez élevées, la NISA fixé la barre à 15 m, pas plus haut.

Et pourquoi 15 m, qui correspond à la hauteur de la vague à la centrale de Fukushima daï-ichi et pas la plus grande hauteur enregistrée sur la côte pacifique ?Jeudi 14 juin, les partis

représentés au parlement se sont finalement mis d’accord sur la future autorité de sûreté. Le projet de loi diffère beaucoup de ce qui avait été proposé par le gouvernement. Si tout se passe bien, une nouvelle autorité de contrôle devrait voir le jour en septembre ou octobre prochain.

En revanche, ils sont revenus sur la limite de 40 années d’exploitation que voulait imposer le gouvernement, sauf exceptions. Il reviendra à la nouvelle autorité d’établir de nouvelles règles.En attendant, il reste beaucoup à faire pour améliorer la sûreté des centrales japonaises : 9 d’entre elles, sur 17, n’ont pas de centre de crise qui résiste aux séismes. C’est le cas en particulier pour cette d’Ôi. KEPCo y travaille et ce sera pour 2016, promet-elle. 2017 pour

ses deux autres centrales (Mihama et Takahama). Kyûshû Electric n’a pas encore de plan de construction. Ailleurs, c’est aussi pour 2016 ou 2017. Sans surprise aucune, le conseil municipal d’Ôi a formellement donné son feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi.

La province devrait suivre vendredi et le gouvernement samedi. Les travaux de remises en route devraient donc commencer dimanche 17 juin.Samedi 16 juin, sans surprise, le premier ministre a donné son feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôi. Voir son

annonce en japonais. Il endosse la responsabilité de cette décision, mais il ne sera bientôt plus premier ministre.

11 000 personnes ont manisfesté devant sa résidence. 4 000 à Fukui. Les protestations fusent de partout : évacués de Fukushima, élus de Fukushima…

KEPCo a commencé la mise en route. La compagnie prévoit que le réacteur devrait démarrer le 4 juillet et à pleine capacité le 8 juillet. Pour le n°4 les 20 et 24 juillet. Il faut en effet 3 semaines pour purger les circuits et remettre en route un réacteur. La compagnie ne peut le faire que pour un réacteur à la fois.

Après cette farce qui duré plusieurs mois, il ne devrait pas y avoir d’autre autorisation de donnée avant la mise en place d’une nouvelle autorité de sûreté et l’établissement de nouveaux critères de sûreté.

Combien de temps cela prendra-t-il ? Personne ne le sait. La prochaine sur la liste devrait être la centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé (île de Shikoku).Lundi 18 juin, le gouvernement a envoyé un de ses hauts fonctionnaires à Ôi pour superviser le redémarrage des réacteurs. Il y restera pour gérer une crise éventuelle. C’était une exigence du gouverneur de la province de Fukui qui n’est pas sans rappeler l’époque féodale où les seigneurs locaux devaient laisser un membre de leur famille en otage à Edo (ancien nom de Tôkyô) en gage de leur soumission au pouvoir central. Ce haut

fonctionnaire a commencé par visiter le centre de crise…

Par ailleurs, lors d’une réunion entre le ministre de l’industrie, Yukio Edano, et la direction de KEPCo, le ministre a ordonné à la compagnie de garantir la sûreté des réacteurs en cours de redémarrage.

En particulier, de bien faire attention au réacteur n°3 arrêté depuis plus d’un an. Evidemment, la compagnie ne peut répondre que positivement… et faire ce qu’elle veut. La farce continue ! Il appartient au gouvernement de ne pas énoncer des voeux pieux mais de mettre en place un système de contrôle et de régulation efficace et ayant de réels pouvoirs.On s’en souvient : un groupe avait recueilli suffisamment de signatures pour demander un référendum sur l’avenir du nucléaire à Tôkyô. Les partis de la majorité de l’assemblée régionale ont voté contre ce référendum. L’assemblée plénière devrait confirmer ce vote le 20 juin.Mardi 19 juin, la NISA considère que l’estimation de l’amplitude du séisme qui pouvait secouer la centrale de Shimané exploitée par Chugoku Electric Power Co.

n’est pas correcte et doit être réévaluée à la hausse.

Mercredi 20 juin, le gouvernement a l’intention d’introduire de la démocratie participative via des « conférences de citoyens » pour définir la politique énergétique future du Japon. La principale question concernera le mix énergétique souhaité pour 2030, car la commission ad-hoc mise en place n’a pas réussi à se mettre d’accord et a donc rendu plusieurs scénarios possibles.

Par ailleurs, le parlement a voté la loi mettant en place une nouvelle autorité de sûreté à partir de septembre prochain.

Sans surprise, l’assemblée de Tôkyô a refusé la demande de référendum sur le nucléaire, malgré la pétition soumise qui avait rassemblé assez de signatures. D’autres collectes de signatures sont en cours dans d’autres villes du pays. C’est le cas en particulier à Niigata avec la centrale de Kashiwazaki-Kariwa et à Shizuoka avec la centrale de Hamaoka.

Vendredi 22 juin, de 20 000 à 45 000 personnes, selon les sources, ont manifesté devant la résidence du premier ministre pour protester contre la relance du nucléaire. Des manifestations d’une telle ampleur sont exceptionnelles au Japon. (Site

des organisateurs de la manif ; vidéo de la manif).

Dimanche 24 juin, 2 000 personnes, selon les organisateurs, ont manifesté contre le redémarrage à Funabashi (Chiba), ville d’origine du premier ministre.

Lundi 25 juin, le gouverneur de la province de Yamaguchi, à l’Ouest du pays, a déclaré être opposé au projet de construction d’une nouvelle centrale à Kaminoseki sur la mer Setonaikai. Le permis pour effectuer des travaux de terrassement expire en octobre et le gouverneur ne veut pas le renouveler. Si la compagnie veut reprendre sont projet plus tard, elle devra recommencer toute la procédure.

Quant au gouverneur de Shizuoka, il a expliqué qu’il pensait que la centrale de Hamaoka ne pourrait pas redémarrer avant longtemps. Et d’ajouter que dans les circonstances actuelles, c’est simplement impossible.

Mardi 26 juin, un groupe de travail sur l’avenir du nucléaire mis en place par la ville et la province d’Ôsaka, a recommander d’arrêter complètement le nucléaire d’ici 2030 dans la région. Il a aussi proposé la mise en place d’une agence de sûreté nucléaire régionale si la nouvelle autorité de sûreté ne révise pas les règles de sûreté.

Deux sismologues, Mitsuhisa Watanabe et le célèbre Katsuhiko

Ishibashi, qui avait forgé le mot genpatsushinsai » (原発震灾) ou « désastre

sismo-nucléaire » en 2007, ont alerté les autorités sur la la sous-estimation par l’exploitant de la dangerosité des failles sous la centrale d’Ôi. Ils sont partis des données publiées par KEPCo, parfois assez anciennes, pour montrer l’inconsistence de l’étude officielle. Et de critiquer les autorités de ne pas avoir fait de contre-expertise sérieuse.

Selon eux, KEPCo a toujours publié l’interprétation la plus optimiste des données : KEPCo a considéré le mouvement simultanée de deux des trois failles connues, mais pas des trois ensemble. Il y a aussi une petite faille qui passe sous les réacteurs : KEPCo prétend qu’elle est inactive. Pourtant, des traces dans l’argile semblent indiquer le contraire.

9 associations anti-nucléaires, dont Mihama-no-kai qui demande l’arrêt du nucléaire dans la région de KEPCo depuis de nombreuses années, ont rencontré la NISA pour lui demander de prendre sérieusement en compte ce problème des failles. Elles accusent la NISA

et Kepco de n’avoir montré que le profil sud au groupe de travail qui oscultait la sûreté de la centrale. La NISA a reconnu les faits et a réfuté l’accusation d’avoir délibérément caché les données.

Mercredi 27 juin, c’est l’assemblée générale des actionnaires des principales compagnies d’électricité au Japon. L’avenir du nucléaire y a été discuté âprement. En particulier, les pouvoirs locaux, actionnaires silencieux habituellement, ont essayé de pousser à la réduction de la part du nucléaire, en vain.

En revanche, l’AG de TEPCo a entériné de fait la nationalisation de l’entreprise en acceptant l’injection de 1 000 milliards de yens (10 milliards d’euros) d’argent public.

Alors que la NISA vit ses derniers jours, elle a donné son feu vert à la reprise des travaux à l’usine de combustible MOx alors que le gouvernement n’a pris aucune décision clair quant à l’avenir du retraitement et même du nucléaire ne général. Quelle est la légitimité d’une telle décision, la NISA étant complètement discréditée par la catastrophe et devant être remplcée prochainement par une nouvelle structure ? Japan Nuclear Fuel Ltd. espère finir son usine en 2016.

Jeudi 28 juin, l’ancien premier ministre, Naoto Kan, et plusieurs autres membres du parti au pouvoir, ont appelé à l’arrêt immédiat de 12 réacteurs nucléaires et à l’arrêt complet du nucléaire d’ici 2025. Sur les 12, il y a les réacteurs sinistrés de Fukushima 1 et 2, ainsi que ceux de

Hamaoka et Onagawa. Quant aux autres, ils devraient être arrêtés au bout de 40 ans de fonctionnement.

 

Vendredi 29 juin, comme tous les vendredis, de nombreuses personnes se rassemblent devant la résidence du 1er ministre pour protester contre le redémarrage de deux réacteurs nucléaires. Avec l’approche du redémarrage du réacteur n°3 d’Ôi, prévue pour le 1er juillet, leur nombre augmente. Ils étaient environ 200 000 selon les organisateurs et quelques dizaines de milliers selon la police. La majorité n’avaient jamais manifesté et se

sont rassemblés via les appels lancés sur les réseaux sociaux.

A Ôsaka, ils étaient environ 2 200, selon les organisateurs, devant le siège de KEPCo.

La divergence est prévue pour lundi 2 au matin. Il faudra 2 jours de plus au réacteur pour produire de l’électricté et encore 4 de plus atteindre sa pleine capacité de production. Pour le réacteur n°4, cela devrait commncer le 17 juillet avec une semaine de mise en route.

Juillet 2012

Dimanche 1er juillet, le réacteur n°3 de la centrale d’Ôi dans la province de Fukui a été remis en route, malgré la présence de plus de 650 manifestants dont une partie bloque l’unique route d’accès à la centrale. La police a été envoyée vers 17h30 pour lever le barrage, en vain. Le président de KEPCo a dû se rendre à la centrale par bateau. Le programme de réduction de la consommation électrique entre en application ce jour, jusqu’à la fin septembre. La région du Kansaï veut garder un objectif de 10% de réduction durant l’été.Lundi 2 juillet, après avoir commencé à lever les barres de contrôle la veille à 21h, les réactions nucléaires en chaîne dans le réacteur n°3 de la centrale d’Ôi ont démarré vers 6h.Mardi 3 juillet, le branchement sur le réseau électrique du réacteur n°3 de la centrale d’Ôi, prévu pour mercredi 4 juin, aura au moins un jour de retard.

Le ministre de l’environnement, Goshi Hosono, veut couper les ponts entre l’industrie nucléaire et les structures de contrôle : toute personne ayant travaillé dans l’industrie nucléaire, ou ayant siégé dans un conseil d’administration par exemple, ou encore ayant reçu des fonds supérieurs à une somme qui reste à fixer (probablement 500 000 yens ou 5 000 euros par an, comme pour l’industrie pharmaceutique), ne pourront pas avoir de poste à responsabilité dans la nouvelle agence de sûreté nucléaire pendant 3 ans.Jeudi 5 juillet, le réacteur n°3 de la centrale d’Ôi a été couplé au réseau électrique à 7h. Il fournit 15% de sa capacité et cela devrait monter progressivement au cours de la journée. La production à pleine capacité

est prévue pour lundi prochain.Vendredi 6 juillet, comme tous les vendredis maintenant, nouvelle manifestation de

masse devant la résidence du premier ministre. De plus en plus de personnalités s’y montrent. Le slogan est toujours le même « saïkadô hantaï » (再稼働「反対」), « non au redémarrage ». Les organisateurs annoncent 150 000 personnes malgré la pluie, la police, 21 000. La semaine précédente, avec 17 000 personnes selon la police, le premier ministre se serait plaint du bruit… A Ôsaka, devant le siège de KEPCo, ils étaient 2 700, ce qui plus que la semaine précédente avec 2 200.

Rappelons que ce genre de mouvement est complètement nouveau au Japon.

Les dernières manifestations de masse datent des années 70.Dimanche 8 juillet, le réacteur n°3 de la centrale d’Ôi a atteint 100% de ses capacités de production et fournit 1 180 MW depuis samedi 7 juillet à 23h20. Mais, les méduses ont rejoint les manifestants contre le

redémarrage des centrales nucléaires et ont obstrué la prise d’eau. Le réacteur a dû baisser sa production de 2%.Lundi 9 juillet, le réacteur n°3 de la centrale d’Ôi a de nouveau atteint 100% de ses capacités de production depuis 1h du matin.

Les autorités ont fait passer l’objectif d’économie de l’électricité de 15 à 10%. Et dire qu’il y a peu, il fallait redémarrer le nucléaire car les énergies fossiles coûtaient cher, émettaient des gaz à effet de serre, etc etc… C’est

fini ? Il n’y a plus besoin d’économiser l’électricité ?

Le message est en gros : consommez, mais juste assez pour ne pas faire sauter le système. KEPCo, l’exploitant, voulait même descendre à 5 ou 6% mais l’union des gouverneurs du Kansaï a décidé de rester à 10%.Hokkaidô se fait du soucis pour cet hiver si aucun réacteur nucléaire ne redémarre d’ici là. C’est en effet en hiver que la consommation y est maximale et la liaison électrique avec l’île principale est limitée à 600 MW. Si la centrale thermique de Tomatoatsuma tombe en panne, il y aura des coupures.

Personne ne maîtrise le calendrier des redémarrages suivants. Il est peu probable qu’un autre redémarrage ait lieu avant qu’une nouvelle autorité de sûreté ait établi de nouveaux critères de sûreté.

 

Mercredi 11 juillet, KEPCo devrait commencer les opérations de redémarrage du réacteur n°4 d’Ôi le 18 juillet. La criticité est prévue pour le lendemain, le couplage au réseau le 21 et la pleine puissance le 25.

Le gouvernement japonais a ouvert un site Internet pour débattre de la politique énergétique à l’horizon 2030. Il est ici en japonais.

Des réunions publiques sont aussi prévues.Jeudi 12 juillet, la NISA a inspecté les réacteurs 1 et 2 de la centrale de Tomari sur l’île d’Hokkaïdô, suite aux stress-tests effectués par l’exploitant.

C’est sûrement la suivante sur la liste. Mais le redémarrage ne devrait pas avoir lieu avant l’automne.Vendredi 13 juillet, nouvelles manifestations devant la résidence du 1er ministre et dans tout le pays. Il y avait 10 000 manifestants, selon la police, à Tôkyô criant « saïkadô

hantaï » (再稼働「反対」), « non au redémarrage ». Dès 13h la police a tenté de barrer l’accès en mettant en place des barrières et à 15h, elle a filtré les sorties de la sation de métro. La pluie était aussi au rendez-vous. Malgré cela, des familles entières, avec de nombreux enfants, sont venues manifester.

Il y avait aussi des centaines de manifestants à Ôsaka, devant le siège de KEPCo, même si la police avait fermé les sorties de la station de métro la plus proche et malgré la pluie.

Ôe, le prix nobel de littérature et le mouvement « sayônara nukes » appelle à une autre manifestation de grande ampleur lundi 16 juillet, qui férié au Japon (jour de la mer).TEPCo compte sur le redémarrage de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa et ses 7 réacteurs à partir d’avril 2013 pour redresser ses finances. Tous

les réacteurs de cette centrale, déjà fortement secouée par un séisme en 2007 (voir notre article sur le sujet), n’avaient pas encore redémarré en 2007. Le nouveau président de TEPCo vient d’admettre que ce redémarrage sera difficile à court terme : de

nombreuses erreurs ont été découvertes dans le rapport sur les stress-tests faits par l’exploitant et le gouverneur de Niigata est opposé au redémarrage pour le moment. Il a déclaré, lors d’une rencontre avec TEPCo la veille : « Qu’est ce vous pensez qui est le plus important, la gestion ou la sûreté ? ». Evidemment, le président de TEPCo a répondu « la sûreté ». Que pouvait-il d’autre ? Et le gouverneur a regretté que la nouvelle direction de TEPCo ait parlé de redémarrage

aussitôt après avoir pris ses fonctions.

 

Samedi 14 juillet, le gouvernement a tenu, à Saïtama, dans la banlieue de Tôkyô, sa première audience publique à propos de la politique énergétique du pays à l’horizon 2030. Environ 170 personnes sont venues, mais seulement 9, tirées au sort ont eu un temps de parole de 10 minutes. Le tirage au sort n’est pas complètement aléatoire de façon à permettre aux 3 options d’être soutenues. Sur les 7 hommes et 2 femmes tirés au sort, 4 ont soutenu l’option d’une part du nucléaire réduite à 0, deux l’option

d’une réduction à 15% et 3 le maintien à 20-25%.

309 personnes ont demandé à intervenir, dont 239 pour choisir l’option 0%, 30 l’option 15% et 40 l’option 20-25%.

Des intervenants ont critiqué le flou qui entoure ce genre de procédure : comment le gouvernement va décider ?

11 réunions de la sorte auront lieu en tout d’ici le 4 août. Le gouvernement devrait prendre sa décision d’ici la fin août. Il est aussi possible de contribuer par Internet jusqu’au 12 août.Dimanche 15 juillet, manifestation bruyante devant la maison du premier ministre à Funabashi (provinec de Chiba) car il s’était plaint du bruit des manifestation devant sa résidence officielle.Le Maïnichi consacre une tribune intéressante à la sûreté nucléaire face aux prédictions des séismes et tsunami. La sismologie a des limites et il est difficle, voire impossible, de prédire l’amplitude d’un tremblement de terre ou d’un tsunami. Avant de redémarrer des réacteurs nucléaires, les autorités et les exploitants devraient reconnaître qu’il y a des

incertitudes fortes sur l’amplitude de l’agression externe et que des situation non prévues sont possibles, comme ce fût le cas le 11 mars 2011. Le séisme le plus fort attendu avait une magnitude de 7,5 et celui qui a eu lieu fût d’une magnitude de 9, soit 180 fois plus fort.

Pour estimer les incertitudes, les sismologues ne font varier qu’un paramètre à la fois, sans tenir compte de la cumulation possible en faisant varier plusieurs paramètres. Ils sous-estiment donc les incertitudes.

En décidant de redémarrer le nucléaire, il faut admettre la possibilité d’un nouvel évènement majeur qui dépasse les prédictions et s’y préparer. Les autorités prévoient une évacuation immédiate dans un rayon de 5 km et une évacuation progressive jusqu’à environ 30 km en cas d’accident nucléaire, sans être plus précis. Les habitants entre 5 et 30 km sont donc perdus. Les centre de gestion de crise n’ont pas encore été éloignés non plus.

Du côté des exploitants, c’est encore pire : quand KEPCo a soumis son premier stress-test pour le réacteur n°3 de la centrale d’Ôï, elle n’avait pris en compte, ni le risque tsunami, ni le risque séisme. Elle en avait conclu qu’elle pouvait tenir 16 jours sans source électrique extérieure. Pour des stress-tests effectués après Fukushima, c’est se moquer du monde. Quand la NISA a interrogé KEPCo sur la tenue du réacteur en cas de coupure électrique due à un tsunami ou un séisme, c’est descendu à une semaine après travaux de renforcement. Sans ces

travaux, c’est « quelques jours ».

Les autres compagnies n’ont pas pris en compte les séismes et tsunami non plus pour évaluer le temps que le réacteur tiendrait sans électricité… Comment peuvent-elles être prises au sérieux après ? Deuxième débat public à Sendaï sur l’avenir énergétique du pays à l’horizon 2030 : un des intervenants tirés au sort n’était autre qu’un cadre de la Tohoku Electric Power Co et a exprimé la position

officielle de la compagnie d’électricité locale, à savoir l’option la plus haute possible pour le nucléaire. L’audience a dû être suspendue suite aux protestations de la salle. 3 autres intervenants sélectionnés venaient de Tôkyô.

Le ministre de l’environnement, en charge de l’énergie, a fait part de son mécontentement et a précisé ne pas intervenir dans la sélection des personnes auditionnées : c’est la compagnie de publicité Hakuhodo Inc.qui en a la charge.

105 personnes ont demandé à parler et 70% d’entre elles étaient en faveur de l’option 0% de nucléaire en 2030.

Le 1er août, le débat sera à Fukushima.Lundi 16 juillet (férié au Japon), manifestation gigantesque contre le nucléaire à Tôkyô : 170 000 personnes selon les organisateurs, 75 000 selon la police, fort

probablement bien plus que l’objectif de 100 000 personnes. Tous les médias s’accordent pour dire qu’il s’agit de la plus grande manifestion anti-nucléaire de l’histoire du Japon.

La page des organisateurs, avec les premières photos est ici en japonais.La première usine de production d’électricité à partir de sources géothermales dans un parc national devrait démarrer cet automne à Tsuchiyu Onsen dans la province de Fukushima, célèbre station thermale

qui a vu le nombre de touristes chuter. La ville espère ainsi s’en sortir économiquement. L’électricité sera rachetée par Tohoku Electric Power Co. à 42 yen (42 centimes) le kilowatt.heure en application de la nouvelle loi qui l’oblige à racheter l’électricité d’origine renouvelable. La production devrait commencer par 500 kilowatts pour passer ensuite à 1 000 kilowatts.Mardi 17 juillet, lors du 3ième débat sur l’énergie à Nagoya, un employé de la compagnie d’électricité a encore été sélectionné parmi les neuf orateurs. Il s’est présenté lui-même comme cadre de Chubu Electric Power Co., mais a dit s’exprimer à titre personnel. Un employé de Japan Atomic Energy Agency, qui exploite le surgénérateur Monju, a aussi parlé, sans mentionner son employeur. Ils ont tous les deux défendu l’énergie nucléaire. Sur les 161 personnes qui ont demandé à parler, 106 étaient en faveur de l’option 0% de nucléaire en 2030, 18 pour l’option 15% et 20 pour l’option 20-25%.

Le secrétariat du débat insiste sur le fait que la sélection s’est bien faite au hasard : 3 personnes pour chaque option sont sélectionnées par tirage au sort. Le fait qu’il tombe ainsi fréquemment sur des employés du nucléaire signifie donc qu’il n’y a quasiment qu’eux pour défendre l’option haute !Des recherches menées par le ministère de l’industrie et la NISA montrent que la faille située sous la centrale de Shika (province d’Ishikawa) exploitée par Hokuriku Electric Power Co.

est probablement active. La faille S-1 aurait bougé il y a moins de 120 000 à 130 000 ans. Il se peut qu’elle aussi bougé plus récemment.

La compagnie a toujours prétendu que la faille n’était pas active, aussi bien lors de la demande de permis de construire du premier réacteur en 1987 que de la demande pour le deuxième en 1997. Pour cela, elle se base sur des travaux d’excavation menés en 1997. La NISA vient de se replonger dans ces données de l’exploitant et conclut qu’il est fort probable que la faille soit active. 25 ans après, il était temps ! Comme une autre faille passe sous le réacteur n°2, si les deux bougent en même temps, ce serait très dangereux pour la centrale, qui ne devrait donc pas redémarrer. L’exploitant, qui veut continuer à exploiter sa

centrale, maintient que la faille n’est pas active. Les deux réacteurs, d’une capacité de 540 et 1 358 megawatts, fournissent de 20 à 30% de l’électricité de la compagnie.Mercredi 18 juillet, KEPCo a commencé à redémarrer le réacteur n°4 de la centrale d’Ôi à 21h et la réaction de criticité devrait démarrer le lendemain vers 6h.La saison des pluies est terminée au Japon et les fortes chaleurs sont déjà là. Mais les efforts des consommateurs sont tangibles : la demande reste bien en dessous des capacités de production des compagnies d’électricité. Tous les soirs, à la télévision, les prévisions de demande pour le lendemain, au moment du pic, sont données. C’était moins de 90% ce soir à Kyûshû avec 32°C annoncés.

L’affaire de la faille probablement active sous la centrale de Shika continue à faire des remous. D’autant plus que le même problème avait été découvert à Tsuruga. A qui le tour ? Des sismologues réputés critiquent l’indigence des études faites par les exploitants et du contrôle fait par la NISA dans la passé. La NISA vient de demander à l’exploitant de la centrale de Shika de réévaluer les failles sous sa centrale.

En avril 2011, un fort séisme de magnitude 7,0 dans le sud de la province de Fukushima a montré qu’une faille, que l’exploitant et le gouvernement prétendaient inactive, a bougé. D’où l’impérative nécessité de revisiter toutes les failles prétendues non actives à proximité des centrales nucléaires. Et de la centrale d’Ôi en particulier.

Les études faites par l’exploitant en 1985 sont basées sur quelques forages. Les photos de mauvaise qualité qu’il a montrées à l’époque sont très partielles. Impossible de se faire une opinion objective sur le sujet. Pourtant, c’est passé comme cela. Nombreux sont les géologues qui pensent qu’une la faille proche de la centrale pourrait être active et faire bouger d’autres failles sous la centrale. Même si cette faille supposée active ne passe pas directement sous la centrale, elle passe sous la prise d’eau de secours. De l’argile, non daté, a été trouvé à

la surface, ce qui confirme son activité. La NISA a aussi demandé, ce jour, à

l’exploitant de réévaluer les failles sous cette centrale, mais sans demander l’arrêt des réacteurs en attendant…

D’autres centrales sont sur la sellette :

– celle de Tomari à Hokkaïdô, que le gouvernement veut redémarrer avant l’hiver. La faille et considérée comme active par la commission spécialisée de la NISA ;

– la faille active Shiraki-Nyu passe à 1 km de la centrale de Mihama et 500 m du surgénérateur Monju. Et il y a 9 failles sous chaquce de ces centrales. Les exploitants sont rassurants, mais la NISA a demandé un réexamen ;

– la centrale de Higashidôri a aussi reçu des instructions en ce sens ;

– il y a bien évidemment la centrale de Hamaoka arrêtée en mai 2011 sur ordre du premier ministre de l’époque ;

– et l’usine de retraitement de Rokkasho-mura.

Jeudi 19 juillet, la réaction en chaîne a commencé à 6h dans le réacteur n°4 de la centrale d’Ôi. Le gouvernement avait déployé des forces de l’ordre en nombre, mais il n’y a pas eu de manifestation.

Vendredi 20 juillet, suite du feuilleton sur le débat énergétique au Japon : lors des auditions qui auront lieu dans la ville de Fukushima le 1er août, seuls les résidents ou évacués auront le droit de parler. 30 personnes seront exceptionnellement entendues et les employés du nucléaire ne seront pas sélectionnés.

Le gouvernement devrait nommer Shun-ichi Tanaka à la tête de la nouvelle autorité de sûreté japonaise qui devrait être installée en septembre prochain. Il est l’ancien vice-président de la Japan Atomic Energy Commission qui définissait la politique nucléaire du pays. Les 4 autres membres de l’autorité seront Kenzô Ôshima, ancien ambassadeur auprès des nations unies, Kunihiko Shimazaki, à la tête du Comité de Coordination de la prédiction des séismes, Kayoko Nakamura du Japan Radioisotope Association et Toyoshi Fuketa de la Japan Atomic Energy

Agency (l’équivalent du CEA).

Comme tous les vendredis soir 16ième manifestation devant la résidence du premier ministre et le siège de KEPCo à Ôsaka. 再稼働「反対」), « non au redémarrage ». Il y avait environ 90 000 personnes à Tôkyô et 1 800 à Ôsaka, selon les organisateurs. L’ancien premier ministre, Yukio Hatoyama, du même parti que le premier ministre actuel, est venu se montrer et/ou soutenir la manifestation. Vidéo Asahi ici.

Des manifestations similaires sont organisées dans tout le pays : ils étaient 900 devant le siège des autorités régionales à Sapporo dans l’île de Hokkaïdô, 100 de plus que la semaine précédente. Il étaient 400 à Nagoya devant le siège régional de KEPCo.

 

Samedi 21 juillet, le réacteur n°4 de la centrale d’Ôï a été couplé au réseau électrique à 7h. Il était à 15% de ses capacités de production dans la matinée et devrait atteindre ses pleines capacités mercredi 25 juillet à 1h.

Le Maïnichi révèle que Chugoku Electric Power Co, basée à Hiroshima, avait l’intention d’envoyer un de ses employés porter la bonne parole au « débat citoyen » organisé par le gouvernement sur l’avenir énergétique du pays. La compagnie n’a donc rien retenu du scandale de l’an dernier. Le tollé provoqué par la présence d’employés du nucléaire prenant la parole pour présenter le point de vue de leur compagnie dans un débat fait pour écouter les citoyens, a poussé la compagnie à revoir sa stratégie.

Dimanche 22 juillet, suite de de la consultation citoyenne sur l’avenir énergétique du Japon à l’horizon 2030 : 140 personnes avaient fait le déplacement à Ôsaka ce jour. 318 commentaires ont aussi été envoyés : 211 en faveur de l’option 0% de nucléaire, 40 en faveur de l’option 15% et 67 en faveur de l’option 20-25%.

Le gouvernement a un peu adapté le format des auditions : 11 personnes ont parlé, dont 6 en faveur de l’option 0. Elles ont été très applaudies. 3 ont soutenu l’option 15% et 2 l’option 20-25%. Il n’y avait que 2 femmes parmi les personnes sélectionnées. En revanche, il s’agit toujours d’une succession de monologues sans aucun débat.

Plusieurs intervants ont critiqué fermement les scénarios proposés par le gouvernement et la façon dont ont été faits les calculs. Il n’y a par exemple aucune donnée démographique.

Lundi 23 juillet, 178 000 signatures ont été collectées dans la province de Shizuoka pour réclamer un référendum sur le redémarrage de la centrale de Hamaoka. Seulement 62 000 étaient nécessaires.

Mercredi 25 juillet, le réacteur n°4 de la centrale dÔï fonctionne à plein régime depuis 1h du matin environ.

L’exploitant de la centrale de Shika, fortement soupçonnée d’être construite sur une faille active, a présenté son plan d’investigation à la NISA : il va creuser un tunnel sous la centrale pour aller inspecter la faille ! Les résultats sont prévus pour janvier 2013. Le gouverneur de la province d’Ishikawa, où est située la centrale, ne comprend le changement d’attitude des autorités : comment ont-elles pu autoriser la construction de la centrale il y a 25 et tou d’un coup, à partir des mêmes données, décider que la faille pourrait être active. Pour lui, il ne faut croire tout ce que disent les scientifiques…

KEPCo a aussi présenté son plan d’investigation des failles pour sa centrale d’Ôï. Les résultats sont prévus pour la fin de l’année, mais deux réacteurs de la centrale tournent toujours.

5 tonnes d’eau de mer avaient pénétré dans le réacteur de la centrale de Hamaoka arrêtée en mai 2011 sur ordre du premier ministre de l’époque. La NISA a mis en place un groupe de travail pour étudier si ce réacteur peut être redémarré un jour ou pas. Une telle quantité d’eau salée, qui est corrosive, dans la cuve d’un réacteur nucléaire, c’est du jamais vu. Pour l’exploitant, pas de problème, car cette eau de mer a été diluée par l’eau douce déjà présente…

Suite à une rupture sur une partie du circuit de refroidissement, 400 tonnes d’eau de mer ont fui et environ 5 tonnes auraient atteint le coeur, selon l’exploitant. Mais des vis au niveau des barres de contrôle seraient déjà rouillées.

Jeudi 26 juillet, le réacteur

n°2 de la centrale de Mihama, voisine de celle d’Ôï, et aussi exploitée par KEPCo, vient d’avoir 40 ans. Va-t-il redémarrer un jour ? Le gouvernement avait promis de limiter à 40 l’âge des réacteurs. Mais la NISA a approuvé, la semaine précédente, des changements dans les règles de sûreté pour permettre la continuation de l’exploitation. Il appartiendra à la future autorité de sûreté de

décider. Il y a deux autres réacteurs qui ont dépassé 40 ans : le n°1 de Mihama et le n°1 de Tsuruga, aussi dans la même province.

Le président de KEPCo, content d’être le seul exploitant nucléaire du pays à pouvoir faire tourner deux réacteurs, veut maintenant redémarrer les réacteurs n°3 et 4 de la centrale de Takahama, toujours dans la province de Fukui. Il prédit même que ce sera les deux suivants du pays. Et d’argumenter avec toujours le même laïus sur l’effet de serre, l’indépendance énergétique, etc, et de promettre la sûreté. Cela a eu pour effet d’exaspérer le ministre de l’industrie qui a rappelé qu’il n’y aura pas d’autre redémarrage avant la mise en place

d’une nouvelle autorité de sûreté, qui devra ensuite établir de nouveaux critères de sûreté, demander des comptes aux exploitants et inspecter les réacteurs. Cela va prendre du temps.

La mise en place de cette nouvelle autorité de sûreté prend du retard.

L’opposition n’a pas apprécié de découvrir les noms préssentis dans la presse. Elle boude et refuse d’entériner la proposition. La centrale de Takahama ne serait probablement pas prioritaire.

Le quotidien national Yomiuri, qui publie régulièrement des éditos demandant un redémarrage rapide du nucléaire, a listé les centrales qui lui parraissent prioritaires. Il n’y a pas Takahama. C’est à Hokkaïdô, comme nous l’avons déjà écrit, que la situation sera la plus critique cet hiver. Comme les

négociations avec les pouvoirs locaux ont pris deux mois pour Ôï, le Yomiuri appelle à ce qu’elles débutent dès septembre pour la centrale de Tomari exploitée par Hokkaido Electric Power Co. Il ne mentionne pas le temps nécessaire à la réévaluation de la sûreté. Inutile ? Après tout, deux réacteurs d’Ôï ont été redémarrés sans satisfaire aux critères de sûreté provisoires redéfinis rapidement par la NISA.

La centrale d’Ikata, dans la province d’Ehimé, exploitée par Shikoku Electric Power Co. est celle pour laquelle le processus d’évaluation des stress-tests est le plus avancé. Et là aussi, les élus locaux qui profitent financièrement de la centrale, appellent à son redémarrage.

Pas les autres. Ni les centaines de milliers de manifestants.

La troisième sur la liste du Yomiuri, est Kashiwazaki-Kariwa, déjà bien secouée en 2007. TEPCo espère un redémarrage rapide pour redresser ses comptes. Les élus régionaux n’y sont pas favorables et demandent que toute la lumière soit faite sur l’accident de Fukushima. Et il y aura des élections locales à l’automne, ce qui rend les négociations impossibles avant.

Mais si, à la suite des auditions qu’il mène actuellement, le gouvernement prévoit de réduire à 15% la part du nucléaire en 2030, comme le prévoient de nombreux observateurs, la question sera plutôt quels réacteurs ne redémarreront pas ? Entre ceux qui ont dépassé 40 ans, ceux qui sont probablement sur des failles actives et ceux qui ont été trop endommagés le 11 mars 2011, la compétition va être rude !

Vendredi 27 juillet, le gouvernement a fini par nommer, comme annoncé par la presse, Shun’ichi Tanaka, à la tête de la nouvelle autorité de sûreté nucléaire. C’est quelqu’un du sérail, mais après la catastrophe de Fukushima, il a présenté ses excuses pour s’être trompé en affirmant que le nucléaire est sûr et en faisant la promotion. Natif de Fukushima, il s’est aussi impliqué dans la décontamination.

Les quatres autres personnes nommées avec lui sont bien ceux dont les noms ont fuit dans la presse la semaine précédente. Le feu vert des deux chambres est encore nécessaire. Mais le gouvernement veut aller vite et a refusé au parlement sa demande d’audionner ces personnes.

Seul Shun’ichi Tanaka le sera.

Les organisateurs habituels des manifestations du vendredi soir devant la résidence du premier ministre n’ont pas appelé à manifester car ils préparent l’encerclement au parlement prévu dimanche 29 juillet. En revanche, de nombreuses personnes sont venues. La manifestation devant le siège de KEPCo est maintenue.

Samedi 28 juillet, la NISA

vient encore de s’illustrer en refusant de faire des études complémentaires sur le réacteur n°1 de la centrale de Genkaï dans la province de Saga sur l’île de Kyûshû. Les neutrons émis par le coeur du réacteur font vieillir l’acier de la cuve qui devient plus fragile en cas de changement rapide de température. Pour étudier le vieillissement des morceaux d’acier, appelés éprouvettes, sont installés dans la cuve.

Ils sont retirés les uns après les autres pour être étudiés. Sur cette éprouvette, c’est la température dite de « transition fragile-ductile » qui est étudiée en particulier. Je ne rentrerai pas plus dans les détails, sauf pour dire que l’éprouvette retirée en 1993 avait une température de transition de 54°C et celle retirée en 2009, de 98°C.

Une évolution aussi rapide de la température de transition n’est pas normale : c’est 14°C de plus de prévu. La NISA a réuni un groupe de travail depuis novembre dernier pour savoir si la cuve peut supporter un refroidissement rapide en cas d’accident. Après 18 réunions, la NISA a conclu qu’il n’y avait pas de problème et que le réacteur, mis en route en 1975, pouvait aller jusqu’à 60 ans. Pourtant, ni l’exploitant, ni la NISA n’ont pu donner d’explication convaincante sur la

température de transition anormalement élevée. Plusieurs experts du groupe de travail ne comprennent pas cette décision et réclament des examens complémentaires. Les éprouvettes les plus anciennes ne peuvent plus être réexamnées car elles ont été détruites. Dans un mois la NISA n’existera plus… Et dire que le gouvernement a dit vouloir arrêter les réacteurs au bout de 40 ans. Il ne resterait donc que 3 ans à ce réacteur.

Dimanche 29 juillet, dans la province la plus conservatrice du Japon, les élections pour le poste de gouverneur de Yamaguchi, a vu la victoire du candidat conservateur soutenu par deux partis. Mais, un militant anti-nucléaire, Tetsunari Iida, directeur de l’ONG, Institute for Sustainable Energy Policies, qui a conseillé le maire d’Ôsaka, est arrivé en deuxième position avec un score honorable. Il n’était soutenu par aucun parti et ne s’était lancé dans la course que très tardivement, seulement 20 jours avant le

lancement de la campagne officielle.

Le nombre de participants était de 45,32%, ce qui est beaucoup plus que les 37,21% de l’élection précédente. Le vainqueur a obtenu 47,6% des suffrages exprimés et M. Iida, 35%. C’est une surprise et les partis traditionnels sont secoués.

Le « débat » public sur l’avenir du nucléaire à l’horizon 2030 continue.

A Hiroshima, 62% des personnes qui ont demandé à parler soutiennent l’option 0%. A Naha (Okinawa) où il n’y a pas de centrale nucléaire, le débat a eu moins de succès : seulement 9 personnes ont demandé à parler et ont donc toutes eu la parole. 8 sont intervenues en faveur de l’option 0. La neuvième personne a demandé au gouvernement de sortir du nucléaire le plus rapidement possible : 2030, c’est trop tard !

8 audiences ont déjà eu lieu depuis le 14 juillet. 70% des demandes d’intervention lors de ces 8 réunions étaient pour soutenir l’option 0, 11% pour soutenir l’option 15% et 17% pour soutenir l’option 20-25%. 2% avaient une autre proposition. Il reste 3 réunions, mais le bilan de ces auditions est déjà clair.

Ils étaient 200 000 selon les organisateurs, 14 000 selon la police, à manifester contre le redémarrage des réacteurs nucléaires à l’appel de la coalition, Metropolitan Coalition Against Nukes, qui organise les rassemblements du vendredi. Cette coalition refuse les bannières et autres drapeaux qui permettraient d’identifier des groupes, associations ou partis. De ce fait, elle attire de nombreuses personnes très variées qui ne représentent qu’elles-mêmes. Il y a des jeunes, des personnes âgées, des familles avec des enfants… Certains viennent de loin. Les politiques sont complèment dépourvus face à ce mouvement. La manifestation est partie du parc de Hibiya, puis est passée devant le siège de TEPCo et le ministère de l’environnement qui a la charge de la politique énergétique. En fin de journée, ils ont entouré le parlement avec des bougies.

Il a fait plus de 35°C dans la journée et le soleil était radieux. Il faut du courage pour manifester des heures dans de telles conditions.

Août 2012

Mercredi 1er août, les auditions du « débat » sur l’énergie à l’horizon 2030 ont eu lieu à Fukushima ce jour. 28 des 30 personnes sélectionnées ont défendu l’option zéro et ont réclamé une sortie rapide. Il n’y a pas eu de quota cette fois-ci. Les interventions étaient poignantes. Il y a eu des mots très durs envers les autorités.

Si le public auditionné est à 70% pour l’option 0, le gouvernement reste très divisé sur la question. Les parlementaires aussi. Bien qu’une décision était promise pour la fin août, cela prendre sûrement beaucoup plus de temps. Une partie du patronat japonais, de son côté, fait un lobbying intense pour préserver l’énergie nucléaire. Et le premier ministre fait partie de la faction la plus proche du patronat du parti au pouvoir.

Shun’ichi Tanaka, qui devrait être à la tête de la future autorité de sûreté, a été auditionné par le parlement. Il s’est dit en faveur de limiter à 40 ans la durée de vie des réacteurs. Il a aussi dit que, si de données nouvelles mettent en évidence une faille qui pourrait endommager un réacteur, il faut l’arrêter. C’est bien la moindre des choses…

L’exploitant du surgénérateur Monju prétend que le réacteur peut faire face à une secousse sismique 1,86 fois plus forte que ce qui a été prévu à sa conception et à un tsunami de 21 m de haut. Espérons le, car le sodium, qui sert pour le refroidissement, explose dans l’eau.Jeudi 2 août, on s’en souvient, la Japan Atomic Energy Commission (JAEC) avait été

prise sur le fait pour avoir organisé des réunions secrètes avec l’industrie nucléaire en parallèle des réunions officielles sur la politique de traitement des déchets, pudiquement appelée, cycle du combustible. Le gouvernement avait demandé une enquête dont le rapport doit être remis au ministre de l’environnement et le de l’énergie le 3 août. Le rapport stipule clairement que les réunions secrètes ont influencé les décisions. Cela contredit les affirmations de la JAEC que les réunions « parallèles » n’ont pas influencé les décisions. Le haut fonctionnaire qui a organisé ces réunions a supprimé tous ses 6 600 mails et documents avant de quitter son poste. On ne lui aurait pas dit

qu’il fallait les conserver… Mais la commission d’enquête a réussi à les récupérer.

La première version du document était clairement en faveur de l’abandon du retraitement des combustibles usés. Après l’intervention de l’industrie, c’est l’option retraitement qui était favorisée.Le premier ministre a finalement accepté de recevoir les représentants des manifestants du vendredi devant sa résidence. On imagine aisément le dialogue de sourds…Vendredi 3 août, le gouvernement vient d’autoriser le réacteur n°3 de la centrale d’Ôï à fonctionner pendant 13 mois. Après le redémarrage, le mois dernier, il y a eu une inspection de deux jours de la NISA qui a confirmé que tout

va bien. Le réacteur n°4 sera inspecté à partir du 16 août et devrait recevoir la même autorisstion. Et les failles ?

Nouvelle manifestation devant la résidence du premier ministre, comme tous les vendredis.Samedi 4 août, le gouvernement

a fini sa tournée d’auditions de la population. A l’issue des 11 réunions, 68% des 1 447 personnes qui ont souhaité exprimer leur opinion, soutenaient l’option 0 nucléaire à l’horizon 2030. 11% étaient faveur de l’option 15% et 16% en faveur de l’option 20-25%, qui nécessite la construction de nouveaux réacteurs. 5% des

demandes d’intervention ne voulaient aucune de ces options. Ces statistiques officielles n’incluent pas l’audition dans la ville de Fukushima.

Le gouvernement a aussi commandé un sondage sur le même sujet.

Les méduses continuent de manifester devant la prise d’eau de la centrale d’Ôï. 200 m3 de méduse ont obligé la centrale à réduire de 30% le volume d’eau pompée dans la mer. La production des réacteurs a donc dû être baissée à la fin juillet, de 1,8% au maximum pour le réacteur n°3 et 1,3% pour le n°4.Lundi 6 août, en plus des 11 auditions à travers le Japon pour écouter l’avis des citoyens sur l’avenir nucléaire à l’horizon 2030, l’université Kéio a organisé une conférence de citoyens sur deux jours. 286 ont été choisies parmi 6 849 tirées au hasard par téléphone. Pendant, deux jours, elles ont écouté et interrogé des experts pour se forger une opinion plus construite. Elles ont été sondées avant et après. Les résultats, en cours de dépouillement, seront connus d’ici la fin du mois. On ne sait pas comment le gouvernement va prendre en compte ce résultat.

Le premier ministre a déclaré qu’il allait demander à son gouvernement d’étudier les défis auxquels le gouvernement devrait faire face si la décision était prise de ne plus dépendre de l’énergie nucléaire. Ce qui signifie que cette option n’avait jamais été considérée sérieusement jusqu’à maintenant. Mais, avec une popularité au plus bas et des auditions qui montrent que 70% de la population

soutiennent cette option, il était temps de se montrer plus conciliant.

Mercredi 8 août, le premier ministre va aussi recevoir des représentants de la coalition qui organise les manifestations du vendredi.Nouveau rapport en ligne :

Fresh Currents: Japan’s flow from a nuclear past to a renewable futureMardi 7 août, la commission

d’enquête mise en place à propos du scandale des réunions secrètes avec les exploitants de la Japan Atomic Energy Commission (JAEC) est à son tour sous le feu de la critique. Que s’est-il dit exactement lors de ses réunions secrètes sur le « cycle » du combustible ? Il n’y aurait aucun compte-rendu de ses réunions. Les

exploitants du nucléaires présents ont pris des notes mais ont refusé de les transmettre prétextant la confidentialité. Les représentants du ministère de l’économie et industrie présents ont aussi pris des notes.

Mais les hauts fonctionnaires ont démenti avoir pris des notes, mais personne ne les croit. Pour que les hauts fonctionnaires obéissent, il faudrait que l’ordre de remettre les notes viennent du premier ministre ou du ministre de l’industrie et économie, pas de la commission d’enquête qui ne peut compter que sur la bonne volonté. Mais aucun des deux ministres n’a fait un geste en ce sens et la commission d’enquête n’a pas pu aller au fond des choses. Bref, il est clair que le gouvernement ne voulait pas faire toute la lumière sur ce scandale.Mercredi 8 août, le premier ministre a reporté son rendez-vous avec les organisateurs des manifestations du vendredi, officiellement car il est dans une situation politique difficile après la motion de censure déposée par des partis d’opposition. Mais de nombreuses voix ont critiqué ce geste d’ouverture. Le ministre de l’Industrie a exprimé son désaccord devant les médias.L’AIEA prétend, après son inspection de la centrale d’Onagawa, qui a subi une secousse supérieure à celle de Fukushima car plus proche de l’épicentre, est moins endommagée que prévu. Onagawa était à 70 km alors que Fukushima daï-ichi à 180 km. La centrale d’Onagawa avait une digue anti-tsunami de 14 m qui a permis de la sauver.

Mais il ne s’agit que d’une inspection visuelle des 3 réacteurs et de discussions avec l’exploitant.Le groupe de travail de la NISA chargé de travailler sur les risques sismiques a ajouté deux centrales à sa liste des installations nucléaire probablement situées sur une faille active : Monju (surgénérateur) et Mihama, toutes deux situées dans la province de Fukui. Sans surprise, les exploitants, Japan Atomic Energy Agency (JAEA) et KEPCo respectivement, prétendent que les failles ont été étudiées et qu’il n’y a pas de problème. Mais le groupe de travailn’est pas convaincu et a demandé des études complémentaires.

Il a aussi pointé le cas de la centrale de Takahama, toujours à Fukui et toujours exploitée par KEPCo, mais la NISA pourrait répondre qu’iln’y a pas de faille active à proximité.

En ce qui concerne les centrales de Shimané (dans la province de Shimané) et de Hamaoka (province de Shizuoka), la NISA a confirmé qu’il n’y a pas de faille active sous le site, mais a demandé aux exploitants de réévaluer les effets des secousses potentielles sur le sol et les installations.

Le groupe de travail a passé en revue les 18 centrales du pays. Pour 5 d’entre elles seulement, la NISA a approuvé les assurances des exploitants quant à l’absence de faille active sous le site. Il s’agit des centrales de Genkai (province de Saga) Prefecture et de Sendaï (province de Kagoshima) toutes les deux exploitées par Kyushu Electric Power Co., de la centrale d’Ikata (Ehimé) exploitée par Shikoku Electric Power Co., de la centrale de Tôkaï (Ibaraki) exploitée par la Japan Atomic Power Co. et de la centrale d’Onagawa (Miyagi) exploitée par Tohoku Electric Power Co.. Cela ne fait pas beaucoup !Vendredi 10 août, l’affluence dimininue à la traditionnelle manifestation du vendredi devant la résidence du premier ministre à Tôkyô : 90 000 selon les organisateurs, 4 000 selon la police. Mais la semaine prochaine au Japon, c’est o-bon. De nombreux Japonais rentrent dans leur famille ou partent en vacances.

Toujours une seule revendication autorisée, malgré d’autres sujets de récrimination comme l’augmentation de la TVA votée le même jour.

Une autre manifestation était aussi organisée devant le ministère de l’environnement, 800 m plus loin, à l’appel d’une association de protection de l’environnement, pour protester contre les nominations à la tête de la future autorité de sûreté.Samedi 11 août, nouveau

sondage qui montre que 62,6% des personnes interrogées veulent sortir du nucléaire et que 17,8% pensent que le Japon devrait arrêter immédiatement toutes ses centrales.L’AIEA prétend, après son inspection de la centrale d’Onagawa, qui a subi une secousse supérieure à celle de Fukushima car plus proche de l’épicentre, est moins endommagée que prévu. Onagawa était à 70 km alors que Fukushima daï-ichi à 180 km. La centrale d’Onagawa avait une digue anti-tsunami de 14 m qui a permis de la sauver.

Mais il ne s’agit que d’une inspection visuelle des 3 réacteurs et de discussions avec l’exploitant.Le groupe de travail de la NISA chargé de travailler sur les risques sismiques a ajouté deux centrales à sa liste des installations nucléaire probablement situées sur une faille active : Monju (surgénérateur) et Mihama, toutes deux situées dans la province de Fukui. Sans surprise, les exploitants, Japan Atomic Energy Agency (JAEA) et KEPCo respectivement, prétendent que les failles ont été étudiées et qu’il n’y a pas de problème. Mais le groupe de travail

n’est pas convaincu et a demandé des études complémentaires.

Il a aussi pointé le cas de la centrale de Takahama, toujours à Fukui et toujours exploitée par KEPCo, mais la NISA pourrait répondre qu’il n’y a pas de faille active à proximité.

En ce qui concerne les centrales de Shimané (dans la province de Shimané) et de Hamaoka (province de Shizuoka), la NISA a confirmé qu’il n’y a pas de faille active sous le site, mais a demandé aux exploitants de réévaluer les effets des secousses potentielles sur le sol et les installations.

Le groupe de travail a passé en revue les 18 centrales du pays. Pour 5 d’entre elles seulement, la NISA a approuvé les assurances des exploitants quant à l’absence de faille active sous le site. Il s’agit des centrales de Genkai (province de Saga) Prefecture et de Sendaï (province de Kagoshima) toutes les deux exploitées par Kyushu Electric Power Co., de la centrale d’Ikata (Ehimé) exploitée par Shikoku Electric Power Co., de la centrale de Tôkaï (Ibaraki) exploitée par la Japan Atomic Power Co. et de la centrale d’Onagawa (Miyagi) exploitée par Tohoku Electric Power Co.. Cela ne fait pas beaucoup !Lundi 13 août, le taux d’utilisation du parc nucléaire japonais était de 2,9% en juillet 2012. La demande en électricité a encore baissé de 1,4% pour ce même mois par rapport à l’année précédente où elle était déjà exceptionnellement basse. Les efforts d’économie d’énergie sont

sensibles.Avant l’audition du public, le parti au pouvoir, divisé, penchait vers l’option de compromis de 15% de nucléaire à l’horizon 2030. Au plus bas dans les sondages et devant faire face à une opinion largement favorable à l’option 0, aucune décision ne devrait être prise avant la fin du mois comme envisagé initialement. Le parti vient de mettre en place un groupe de travail pour trouver une solution…Tsuyoshi Yoshiwara, président de la banque coopérative Johnan Shinkin, a déclaré à la télévision « Est-ce que les compagnies membres du Keidanren (Japan Business Federation) peuvent acheter les réacteurs nucléaires et les exploiter elles-mêmes ? Non, car aucune banque ne leur prêterait de l’argent. Les compagnies proposent quelque chose (la poursuite de l’exploitation du nucléaire) qu’elles ne sont pas capables de réaliser elles-mêmes, sachant très bien que le fardeau finira par retomber sur la population. Et elles disent que ce qu’elles proposent est ‘réaliste’. Cela n’a aucun sens et complètement irresponsable. »

Ces paroles franches ont eu un grand impact sur les téléspectateurs et les réactions ont été nombreuses. Tsuyoshi Yoshiwara s’est déjà opposé au redémarrage de la centrale de Hamaoka. Il fait même partie des plaignants qui demandent son arrêt définitif. Quand il est arrivé à la tête de la banque, il a limité les mandats du président à l’âge de 60 ans, réduit son salaire et surprimé les voitures de fonction luxueuses.

Cette banque coopérative avait aussi résilié tous ses contrats avec TEPCo en décembre dernier et choisi un fournisseur d’électricité qui n’utilise pas de nucléaire.Mardi 14 août, le ministère de l’industrie a annoncé qu’il allait provisionner de l’argent pour étudier le stockage direct des combustibles usés (sans retraitement) à partir de l’an prochain. C’est la première fois au Japon.Kyûshû Electric a soumis le résultat des premiers stress-tests pour son réacteur n°1 de la centrale de Genkaï, province de Saga. Tout va bien, le réacteur peut supporter un séisme 1,61 plus puissant que prévu et un tsunami de 13 m, ce qui est plus que les 2,1 m prévus initialement. La compagnie affirme aussi pouvoir refroidir le réacteur pendant 65 jours sans électricité extérieure car elle a introduit des camions générateurs.

La compagnie avait déjà soumis le résultat des stress-tests de tous ses autres réacteurs.Jeudi 16 août, comme le réacteur n°3, le réacteur n°4 de la centrale d’Ôï a obtenu l’autorisation d’exploitation pour 13 mois, jusqu’à septembre 2013. La NISA ne semble pas prendre en compte qu’elle n’existera plus dans quelques semaines et qu’il y a des études en cours sur des failles peut-être actives sous les réacteurs. Les personnes examinées n’ont pas

été choisies de façon aléatoire, mais étaient toutes volontaires.

Vendredi 17 août, les manifestations du vendredi et les mots d’ordre commencent à se disperser :

– une à 16h30 pour demander que les enfants soient protégés, devant le ministère des sciences. L’horaire permet d’enchaîner sur :

– une contre le redémarrage et la nouvelle autorité de sûreté devant le ministère de l’économie et de l’industrie à 18h, puis :

– une contre la nouvelle autorité de sûreté devant le ministère de l’environnement à 20h30 (chaîne humaine).

Un ministre a déclaré à des réfugiés de Kawauchi qui vivant dans les logements provisoires à Kôriyama, que les réacteurs 5 et 6 de la centrale de Fukushima daï-ichi et les 4 réacteurs de Fukushima daï-ni ne devraient jamais être redémarrés. Cela a le mérite d’être clair et il ne lui reste plus qu’à passer à l’action. Cela devrait être possible, maintenant que l’Etat est actionnaire majoritaire de TEPCo.

Et la compagnie, qui dépense des sommes folles pour tenter de réparer ces réacteurs, fera même des économies !

Samedi 18 août, parmi les ‘o-bon odori’ ou danses de obon du week-end à Tôkyô, une est anti-nucléaire.

Dimanche 19 août, l’été a été particulièrement chaud cette année au Japon, jusqu’à 3 à 4°C de plus que la moyenne des dix dernières années, mais il n’y a pas eu de problème dans l’alimentation électrique. C’est dans le Kansaï que la situation devait être la plus tendue : KEPCo avait prévu une demande pouvant atteindre 29 870 mégawatts si l’été était aussi chaud qu’en 2010, avec une capacité de production de 25 420 mégawatts sans nucléaire. Avec le redémarrage de deux réacteurs nucléaires, la

capacité de production est passée à 29 880 mégawatts. La plus forte demande a

été enregistrée le 3 août avec 26 820 mégawatts. A peine plus que la capacité sans nucléaire, mais aucun effort supplémentaire n’a été demandé ce jour là. Le Japon aurait donc pu passer l’été sans nucléaire.

Les efforts de la population ont été notables, même s’il y a encore de la marge. Dans certains labos universitaires, on travaillait sans clim malgré les fortes chaleurs et dans d’autres les consignes de ne pas refroidir en dessous de 28°C n’étaient pas respectées. Il y a encore de nombreuses lumières qui brillent en plein jour. Et le premier ministre apparaît toujours en costard cravate à la télévision, malgré la campagne ‘cool-biz’. Heureusement, ce genre d’accoutrement est devenu rare, à ce que l’on peut en juger dans les transports en commun. Et

puis, d’une manière générale, on peut aller au restaurant ou faire ses courses sans être obligé de prendre un pull.

Du fait des efforts faits par de nombreuses personnes et les fortes chaleurs, le nombre de personnes hospitalisées pour ‘coup de chaud’ a battu des records : 21 000 en juillet et 39 décès.

Lundi 20 août, même si les réacteurs sont arrêtés, l’industrie nucléaire continue d’arroser les pouvoirs locaux de subventions plus ou moins cachées. L’Asahi a enquêté en utilisant son droit à l’accès aux documents administratifs et a compté un total de 3,18 milliards de yens (32 millions d’euros) de subventions cachées depuis le 11 mars 2011. Les 3/4 n’étaient pas publics. Les indemnisations ne sont pas prises en compte. Les donateurs sont : la Fédération des Compagnies de Production d’Electicité du Japon (Denjiren), Japan Nuclear Fuel Ltd., Chubu Electric Power Co., Japan Atomic Power Co., Chugoku Electric Power Co. et Kyushu Electric Power

Co.. Les bénéficiaires sont les autorités régionales d’Aomori, Shizuoka et Saga, ainsi que les municipalités de Rokkasho (Aomori), Tsuruga (Fukui) et Matsué (Shimané). D’autres ont reçu des assurances qu’elles continuront à recevoir des fonds l’an prochain…

La municipalité de Rokkasho a sollicité deux fois la Denjiren pour des fonds et a obtenu satisfaction. Kyûshû electric a donné 300 millions de yens (3 millions d’euros) pour un centre de traitement du cancer initié par Saga. Japan Atomic Power Co. soutient la construction de routes dans la ville de Tsuruga. Etc etc…

Mardi 21 août, Nippon Paper Group Inc, la deuxième compagnie de production de papier du Japon, qui possède environ 900 km2 de forêts au Japon, veut augmenter significativement sa production l’électricité à partir de la biomasse. La compagnie va bénéficier du tarif de rachat pour les

énergies nouvelables. Pour le moment, seule son installation de Hokkaïdô produit de l’électricité et vend de l’électricité. La compagnie fera ensuite de même dans ses unités à l’étranger. Les autres producteurs de papier ne sont pas en reste.

Mercredi 22 août, en Juillet 2012, la consommation d’électricité au Japon a baissé de 6,3% par rapport à l’année précédente où la consommation avait déjà baissé par rapport à celle d’avant. L’été 2012 a aussi été plus chaud que l’été 2011. Les Japonais semblent très motivés pour se passer du nucléaire. Les données de la Fédération des compagnies d’électricité sont ici en anglais.

Le Japon a utilisé, de manière expérimentale, les conférences de citoyens pour juger de l’avenir du nucléaire. Des personnes volontaires, tirées au hasard, se réunissent sur un week-end, interrogent des experts, débattent, puis se forgent une opinion plus construite que lors d’un simple sondage. Les participants ont été

interrogés avant et après sur leur choix. 32,6% soutenaient l’option 0 nucléaire en 2030 avant le week-end et 46,7% après. Le nombre de soutiens de l’option 15% de nucléaire en 2030 a baissé de 16,8 à 15,4%.

Quant au nombre de ceux qui soutiennent l’option 20 à 25%, il n’a pas changé et est resté de 13%.

Le premier ministre a fini par recevoir, pendant 30 min., les représentants ds manifs du vendredi et n’a rien lâché.

Jeudi 23 août, le gouverneur conservateur de Yamaguchi, tout juste élu, a annoncé qu’il allait geler la construction d’un nouveau réacteur nucléaire, comme promis lors de la campagne. Quant au gouverneur d’Aomori, il a expliqué qu’il tenait à son usine de retraitement et qu’il fallait la démarrer, si elle arrive à fonctionner.

Vendredi 24 août, le gouvernement n’arrive toujours pas à conclure quant à l’avenir énergétique du pays. Le premier ministre ayant promis des élections pour dans pas trop longtemps, le sujet devient un enjeu électoral. Le gouvernement visait 15% d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2030, mais l’option publique est plutôt favorable à 0%. Pour s’en sortir, les autorités multiplient les groupes d’experts et les commissions, sans pour autant avancer dans sa décision.

KEPCo a annoncé que la consommation d’électricité dans sa zone a baissé de 11% durant l’été par rapport à 2010, année de forte demande due à un été très chaud. 11%, c’est mieux que les recommandations d’une baisse de 10%. La baisse avait été de 5% en 2011. Ces chiffres correspondent à la demande au moment du pic, entre 14 et 15h, depuis le 3 juillet jusqu’à ce jour. Pou l’industrie, la demande a baissé de 12%, pour le tertiaire, 11% et pour les foyers, aussi 11%. KEPCo en conclut,

bien évidemment, que le redémarrage de deux réacteurs était nécessaire, ce qui n’est pas vrai.

Un collectif a réussi a recueillir les signatures de 50 726 électeurs pour réclamer un référedum sur l’avenir de la centreale de Kashiwazaki-Kariwa exploitée par TEPCo. C’est plus que la limite de 40 000 signatures environ qui correspond au 1/50ième du nombre d’électeurs inscrits. Les autorités régionales ne sont pas obligées de donner une suite favorable à la demande.

TEPCO a annoncé qu’elle allait réétudier les failles situées sous sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Deux failles, appelées alpha et bêta, passent directement sous la centrale. TEPCo a toujours prétendu qu’elles n’étaient pas actives et les autorités ont accepté sans vérifier. Suite à la catastrophe de Fukushima, les exploitants du nucléaire doivent revoir la sismicité des failles sous leurs

installations. TEPCo va creuser et tenter de dater les failles à partir des pollens fossilisés et d’autres facteurs. Les résultats sont attendus pour février 2013.

La NISA a demandé des études complémentaires sur les failles situées sous le réacteur expérimental Monju et sous la centrale de Mihama, tous deux situés dans la province de Fukui, sur la côte de la Mer du Japon.

Chubu Electric Power Co. a annoncé avoir trouvé de la rouille dans l’eau de refroidissement du réacteur n°5 de sa centrale de Hamaoka.

Cela fait suite à l’entrée de 5 tonnes d’eau de mer dans le circuit de refroidissement, juste après son arrêt en mai 2011. La concentration est environ 14 000 fois plus élevée qu’avant l’incident. La compagnie prétend que la rouille a pénétré avec l’eau de mer et ne provient pas de la corrosion des circuits de la centrale… La compagnie a commencé à retirer le combustible et va l’examiner de près.

Samedi 25 août, selon un sondage effectué par l’Asahi, 58% des personnes interrogées souhaitent l’arrêt complet de l’énergie nucléaire en moins de 10 ans. Le quotidien a envoyé à 3 000 électeurs à travers le pays et a obtenu 75% de réponses. 16% des personnes qui ont répondu souhaitent l’arrêt immédiat du nucléaire, 21% d’ici 5 ans et 21% avant 10 ans. Seulement 8% souhaitent la poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires.

55% des répondants ont déclaré accepter une hausse du tarif de l’électricité pour pouvoir sortir du nucléaire rapidement. 7% seraient même prêts à accepter une hausse élevée.

Interrogées sur les plans gouvernementaux à l’horizon 2030, les personnes ont répondu de façon contradictoire avec les premières questions : 49% soutiennent l’option 0%. 29% ont déclaré accepter la décision si le gouvernement choisit 15% d’électricité d’origine nucléaire en 2030.

Enfin, 65% de ces mêmes personnes souhaitent que les énergies renouvelables jouent un rôle important en 2030.

Lundi 27 août, le gouverneur de Shizuoka est favorable à la tenue d’un référendum sur le redémarrage de la centrale de Hamaoka, comme demandé par les 165 127 signataires d’une pétition en ce sens. Il espère être suivi par l’assemblée régionale.

Mardi 28 août, le gouvernement a officiellement reconnu que toutes les consultations qu’il a menées montrent que la majorité de la population est en faveur de la sortie du nucléaire. Le rapport signale que « l’on peut affirmer des citoyens souhaitent une société qui ne dépende pas de l’énergie nucléaire ». Et d’ajouter qu' »en revanche, les opinions varient sur la vitesse avec laquelle cet objectif sera atteint ».

Jeudi 30 août, les normes sismiques des centrales japonaises avaient été revues en 2006 après le tremblement de terre qui avait plus secoué la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa que prévu. Le Japon a eu peur à ce moment là. Les secours n’avaient pas réussi à éteindre l’incendie d’un transformateur pendant des heures. Qu’auraient-ils pu faire en cas de problème plus grave ?

Conséquence : interdiction d’exploiter une centrale construite sur une faille qui a été active durant ces 120 000-130 000 dernières années.

C’était ces dernières 50 000 années avant.

Si les normes avaient changé, personne n’avait réétudié les failles. Il aura fallu la catastrophe de Fukushima pour que des experts découvrent que les études faites par les exploitants n’étaient pas suffisantes, que les autorités les avaient acceptées sans contre-expertise et qu’il fallait peut-être réétudier les failles sous de nombreuses centrales nucléaires.

Devant la crainte de voir de nombreuses centrales arrêtées, la NISA veut donc changer à nouveau les règles et autoriser les centrales à fonctionner sur certaines failles actives, si l’exploitant peut démontrer que les bâtiments peuvent supporter la secousse. La NISA veut classer les failles en 3 catégories : les failles actives qui peuvent provoquer des séismes, les failles secondaires qui sont connectées à des failles actives et les failles réputées plus faibles que les deux autres. Dans le dernier cas seulement, si l’accélération du sol lors

des secousses peut être supportée par les bâtiments, la NISA envisage de permettre l’exploitation de la centrale. Personne ne sait comment elle compte faire cette estimation.

La NISA ne devrait plus exister dans quelques semaines pour être remplacée par une nouvelle autorité de sûreté. Vouloir ainsi changer les règles à la dernière minute pour sauver quelques centrales, c’est vraiment du n’importe quoi.

 

Vendredi 31 août, les manifestations du vendredi continuent.

Moins de 3 000 participants selon la police…

Septembre 2012

Samedi 1er septembre, le parlement n’a pas encore accepté la nomination des 5 sages de la nouvelle autorité de sûreté et la situtation semble bloquée. Il est peut probable qu’un vote ait lieu avant la fin de la session parlementaire, le 8 septembre. En effet, certains membres du parti au pouvoir s’opposent à la nomination du président qui a présidé la

Commission à l’Energie Atomique par le passé. Et l’opposition boycott les délibérations après la motion de censure adoptée par la chambre haute où elle est majoritaire. Comme elle n’est pas contraignante, le gouvernement a passé outre et l’opposition boude.

Le gouvernement a jusqu’au 26 septembre pour nommer les membres de la nouvelle autorité de sûreté nucléaire. Il peut se passer du vote de l’assemblée si nécessaire.Lundi 3 septembre, après tous

ces débats et consultations, le gouvernement pourrait choisir l’option… 15% de nucléaire à l’horizon 2030. L’option qui avait sa préférence dès le début, mais pas des personnes consultées qui préfèrent l’option 0%. Alors que des échéances électorales approches, le parti au pouvoir espère cependant y rester. Il va donc proposer une vague promesse de quitter complètement le nucléaire après 2030. La

décision est attendue pour la fin du mois. Elle devrait confirmer la volonté d’arrêter les réacteurs de plus de 40 ans d’âge et discuter du problème du devenir des combustibles usés qui ne seront pas retraités.

Le surgénérateur Monju pourrait être abandonné et le retraitement réduit.Un groupe d’experts mis en place par les autorités régionales de Fukui a conclu que les centrales de Takahama et Tsuruga pourraient être partiellement inondées en cas de tsunami. Mais les exploitants se veulent rassurants : aucune partie vitale en terme de sûreté ne sera inondée promettent-ils.Mardi 4 septembre, le parti au pouvoir a finalement décidé de reporter à 2015 sa décision sur la contribution du nucléaire à l’horizon 2030. Le parti a proposé 3 autres principes :

– arrêter les centrales de plus de 40 ans ;

– ne pas redémarrer les centrales jugées inaptes par la nouvelle autorité de sûreté (on se demande comment il aurait pu proposer l’inverse…) ;

– de ne pas construire de nouvelle centrale.

Ces règles conduisent à une sortie complète de la production d’électricité nucléaire au début des années 2050.

Il n’a pas tranché sur le retraitement : mais si cette option est abandonnée, la province d’Aomori, qui entrepose provisoirement une partie du combustible usé n’en voudra plus et il faudra le renvoyer vers les centrales dont les capacités d’entreposage seront dépassées. Il faudra alors fermer les centrales dont les piscines sont pleines. Mais ce débat reste théorique car l’usine de retraitement ne fonctionne pas et personne ne sait si elle pourra fonctionner un jour.

Les compagnies d’électricité font donc un lobbying intense auprès du parti au pouvoir pour tenter de sauver l’énergie nucléaire.

Le ministre de l’économie a, quant à lui, annoncé qu’il fallait 150 000 milliards de yens (1 500 milliards d’euros) d’investissement dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables pour sortir du nucléaire d’ici 2030. Il n’a pas donné l’investissement nécessaire pour remettre aux normes de sûreté les centrales nucléaires.Mercredi 5 septembre, le premier ministre devrait nommer les 5 membres de la nouvelle autorité de sûreté sans l’accord du parlement. Il a le droit de le faire si le parlement n’est pas en session. Mais cette nomination devra être néanmoins approuvée a posteriori à la mi-automne. Certains élus du parti au pouvoir refusent la nomination du nouveau président jugé trop proche du ‘village nucléaire’.

Jeudi 6 septembre, 19ième report du redémarrage de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, pour un an cette fois-ci.Après de longues discussions, batailles, etc, il semblerait que le parti démocratique du Japon, actuellement au

pouvoir, est prêt à défendre une société sans nucléaire d’ici 2030 dans

son programme électoral. Cela fait grincer des dents tous ceux qui en dépendent financièrement. C’est le cas en particulier des maires des villes qui reçoivent les subsides des centrales nucléaires et des autorités régionales de la province

d’Aomori qui accueille une partie des combustibles usés en vue d’en extraire le plutonium, si l’usine de retraitement arrive à démarrer un jour. Elle accueille aussi les déchets vitrifiés issus du retraitement en France et en Grande-Bretagne. Le reste, qui représente la plus grosse partie, blanchi par la vertue du retraitement, n’est plus considéré comme déchet, mais comme ‘matière valorisable’ et reste en Europe, même si elle n’est pas valorisée.

Les compagnies d’électricité sont bien décidées à intensifier leur lobbying pour redémarrer leurs centrales nucléaires et maintenir ce qu’elles appellent le recyclage. Voir par exemple le communiqué Japan Nuclear Fuel ou celui de la fédération des compagnies d’électricité.Aveux inhabituels du chef de la défense japonaise Satoshi Morimoto :

il considère les centrales nucléaires comme un instrument de dissuasion car les pays voisins pensent que le Japon peut produire rapidement des armes nucléaires en cas de besoin. Ces propos auraient été tenus le 25 janvier dernier lors d’un colloque organisé par un organisme lié à la compagnie d’électricité de Hokkaïdô. Et de soutenir l’option 25% de d’électricité nucléaire à l’horizon 2030. C’était avant qu’il ait le poste…Le gouvernement envisage d’allouer 1 milliard de yen (10 millions d’euros) à la nouvelle autorité de sûreté afin qu’elle puisse évaluer

elle-même les failles sous les centrales nucléaires. C’est nouveau :

jusqu’à maintenant, seules les compagnies d’électricité faisaient les études et la NISA entérinait.Vendredi 7 septembre, le gouvernement a levé ses objectifs d’économie d’électricité pour les zones couvertes par 3 compagnies d’électricité dans l’Ouest du pays : celles du Kansaï, de Kyûshû et de Shikoku. Ces objectifs avaient déjà été levés dans les zones couvertes par les compagnies d’électricité de Hokuriku, Chubu et Chûgoku.

Si l’on compare la demande en électricité avec l’année 2010 pour des jours où la température était similaire, la demande a baissé de 11% lors des pics de consommation dans le Kansaï, ce qui est mieux que l’objectif de 10%. C’est 9,5% à Kyûshû et 8,6% à Shikoku alors que les objectifs étaient de 10 et 5% respectivement. Dans les régions de Chubu, Hokuriku et Chûgoku, la baisse a été de 5 à 6% pour un objectif de 5%.

Dans la région couverte par KEPCo, les capacités de production dépassaient de 11,8% la demande en électricité le 3 août, quand la demande a été très forte. Sans les deux réacteurs d’Ôï, elle n’aurait été que de 2,7% plus forte, ce qui est moins que la limite de sécurité de 3%. Mais KEPCo aurait pu acheter de l’électricité à d’autres compagnies ou appeller à faire plus attention. Il y avait un excédent de 9 GWh dans l’Ouest du Japon au même moment. Le pic de consommation était à 26,8 GWh et les réacteurs d’Ôï ont fourni 2,4 GWh. En conclusion, la région aurait pu passer l’été sans nucléaire…

A Hokkaïdô, le gouvernement va demander à la population de réduire sa consommation d’électricité de 7% entre 17 et 20h à partir du 14 septembre.Dans une interview donnée à l’agence AP et reprise par la presse, le président de TEPCo a dit que la compagnie n’avait pas les moyens financiers pour investir dans les énergies renouvelables et compte donc continuer à exploiter ses réacteurs nucléaires. Obtenir l’accord des pouvoirs locaux sera difficile, reconnaît-il.Le conseil municipal de Rokkashô-mura a décidé, à l’unanimité, de ne plus accepter de combustible usé et de renvoyer celui qui est déjà là si le gouvernement abandonne son projet de démarrer un jour l’usine d’extraction de plutonium, appelée usine de retraitement.

Le gouverneur de la province d’Aomori est en phase avec cette position,

conformément à l’accord signé avec l’exploitant de l’usine.Lundi 10 septembre, malgré la décision du parti au pouvoir de mettre la fin du nucléaire dans son programme électorale, le gouvernement n’annoncera pas sa politique énergétique comme prévu. Il est tiraillé entre les électeurs et l’industrie et n’arrive pas à prendre une décision claire.Mardi 11 septembre, TEPCo a mis en place un comité d’experts extérieurs pour se réformer afin de continuer à exploiter du nucléaire. Etrange, car son rapport d’enquête prétendait qu’elle n’avait rien à se reprocher… Le communiqué de presse en anglais est ici. Une vidéo présente la profession de foi des trois membres de ce comité.La nouvelle autorité de sûreté nucléaire sera lancée le 19 septembre prochain.

Mercredi 12 septembre, le Maïnichi croit

savoir que le gouvernement va finalement opter pour l’option zéro nucléaire en 2030, tout en conservant l’extraction du plutonium des combustibles usés, ce qui est communément appelé retraitement. Une telle décision est complètement inconpréhensible. Pourquoi extraire le plutonium s’il n’y a pas réacteur pour le consommer ? Pour satisfaire les autorités locales d’Aomori et Rokkashô, qui avaient menacé de renvoyer tous les combustibles usés entreposés vers les centrales d’origine. Il y en a actuellement 2 919 tonnes en train de refroidir

dans les piscines de Rokkashô. Cela aurait eu pour effet de saturer certaines piscines, rendant impossible le démarrage des réacteurs. La municipalité de Rokkashô a aussi menacé de ne pas accepter les déchets nucléaire actuellement entreprosés en France et Grande-Bretagne. La province d’Aomori a reçu 233,4 milliards de yens (2,3 milliards d’euros) en 2011 en en lien avec les installations nucléaires qu’elle héberge.

Quand le gouvernement parle de « poursuite de la politique de retraitement »,

c’est assez virtuel pour le moment, puisque l’usine, dont la construction a commencé il y a presque 20 ans, n’a jamais pu fonctionne à cause de problèmes techniques.

Mais c’est la partie la plus proliférante du programme nucléaire japonais. La maintenir est donc lourd de sens. Le gouvernement n’a même pas essayé de discuter avec les autorités locales, comme il l’a fait pour le redémarrage des réacteurs d’Ôï, pour tenter d’arriver à un compromis. Il a immédiatement cédé à un chantage qui l’arrange bien…

Avoir toute la technologie pour accéder à la bombe nucléaire reste donc un enjeu majeur, presque jamais exprimé, dans ce dossier.

Quant au surgénérateur Monju, le gouvernement veut le transformer en réacteur de recherche. Il faudrait déjà qu’il arrive à fonctionner et être sûr qu’il n’est pas sur une faille active. Comme pour Superphénix, qui s’est révélé inutile comme réacteur de recherche, tout comme réacteur de production d’électricité…Jeudi 13 septembre, le gouverneur de la province de Fukui, la région la plus nucléarisée du Japon, n’est pas content de la décision gouvernementale d’arrêter le nucléaire à l’horizon 2030.Les compagnies d’électricité du Kansaï et de Kyûshû envisagent d’augementer leur tarifs d’électricité pour compenser l’arrêt de réacteurs nucléaires.

Vendredi 14 septembre, c’est officiel, le gouvernement veut arrêter le nucléaire d’ici 2030. Mais le gouvernement risque de changer après les élections. Si cette décision n’est pas inscrite dans la loi, elle ne fera pas long feu.En 2008-2009, la NISA n’a pas étudié la faille sous la centrale de Shika, dans la province d’Ishikawa, car elle n’avait pas de document…

C’est ce qui ressort d’un audit interne. Elle aurait pu le faire quand elle a évalué la résistance aux séismes des bâtiments, après que le gouvernement ait introduit de nouvelles normes en 2006.Samedi 15 septembre, en présentant une politique nucléaire incohérente, le gouvernement n’a convaincu et séduit personne : il est critiqué de tous les côtés. Une partie du patronat menace de délocaliser ses usines. Les opposants au nucléaire, devenus majoritaires, ne sont pas convaincus.

Cela apparaît plus comme une annonce pour marquer les esprits avant les élections. Nous l’avons déjà dit, garder le retraitement n’a déjà pas beaucoup de sens avec un parc de réacteurs en fonctionnement : en France moins de 4% de ce qui sort des centrales est recyclé. Cela n’a plus aucun sens s’il n’y a pas de réacteurs nucléaires en fonctionnement, si ce n’est pour la dimension militaire.

Et si le Japon veut vraiment se passer du nucléaire à moyen terme, il lui faut une politique ambitieuse d’économies d’energie et de développement des énergies renouvelables, avec un ministère dédié. Rien de tel pour le moment.

Pour couronner le tout, le ministre de l’industrie a annoncé que le gouvernement allait donner son feu vert à la reprise des travaux de construction de trois réacteurs nucléaires. Les travaux avaient été stoppés par la catastrophe de 2011. Comment croire qu’il vise une sortie du nucléaire en 2030 ? Quarante ans de fonctionnement conduisent aux années 2050…

Un de ces trois réacteurs, situé à Higashidôri, appartient à TEPCo, mais la compagnie n’a pas avoir assez de fonds pour investir dans la construction d’un nouveau réacteur.

Outre la contradiction flagrante avec les annonces de la veille, le gouvernement ne prend même pas le temps de prendre en compte les leçons de l’accident en cours de déroulement. Il n’y a aucune modification à prévoir sur les réacteurs en construction ? Un moratoire aurait été bienvenu.

Les trois réacteurs dont la construction a été suspendue sont :

– le réacteur n°3 de la centrale de Shimané, situé à Matsué, capitale de la province de Shimané Prefecture, qui appartient à Chugoku Electric Power Co.. Il est terminé à 93,6%.

– un réacteur à la centrale d’Ôma, dans la ville du même nom, dans la province d’Aomori, qui appartient à Electric Power Development Co.. Ilest avancé à 37,6%.

– et le réacteur n°1 de Higashidôri dans la ville du même nom, dans la province d’Aomori, qui appartient à Tokyo Electric Power Co.. Il est avancé à 9,7%.

On ne sait pas non plus ce que compte faire le gouvernement à court terme. Va-t-il autoriser le redémarrage de la centrale de Hamaoka arrêtée en mai 2011 par le premier ministre car particulièrement dangereuse ? Combien de réacteurs veut-il encore redémarrer sachant qu’il n’en a pas besoin pour garantir l’approvisionnement électrique du pays ?

 

Lundi 17 septembre, un sondage du quotidien Maïnichi montre que 60% des Japonais soutiennent la décision de sortir du nucléaire à l’horizon 2030.

Mardi 18 septembre, pour le directeur de l’AIEA, le nucléaire est promis à un bel avenir. A lire dans le texte :

« When I visit Member States, I always try to see IAEA projects in action. The people I meet – scientists and scholars, farmers and fishermen – express great appreciation for the work of the Agency. It is touching to see how much impact our work can have on individual lives. When I see the distinctive blue IAEA logo at the project sites, I feel as if I am among family. […] Nuclear power remains the best known peaceful application of nuclear energy. […] Eighteen months

after the accident, it is clear that nuclear energy will remain an important option for many countries. Our latest projections show a steady rise in the number of nuclear power plants in the world in the next 20 years. »

On se croirait dans une dictature qui s’extasie devant l’amour du peuple envers ses dirigeants et les chiffres truqués qui montrent le dépassement des plans quinquennaux…

Bref, il y a du soucis à se faire pour la sûreté nucléaire et prolifération. Et dire que c’est l’AIEA que le gouvernement japonais est allé chercher pour donner une caution à l’évaluation de ces stress-tests…

Le ministre des sciences et technologies a affirmé que rien n’était changé pour le surgénérateur Monju. Le gouvernement espère toujours pouvoir le redémarrer. Il est arrêté depuis 1995, suite à une fuite de sodium. Mais sa remise en route avait débuté avant la catastrophe de Fukushima. Et le ministre d’expliquer que l’annonce de s’en servir pour transmuter les déchets n’avait rien de sérieux. Il n’y a pas grand chose à attendre de cette technologie encore plus dangereuse que celle des réacteurs classiques. Le sodium, qui sert de liquide de refroidissement, s’enflamme à l’air et explose dans l’eau. On n’ose pas imaginer un surgénérateur à Fukushima, avec une vague de tsunami de 15 m !

Finalement, le Japon annonce vouloir arrêter la production d’électricité nucléaire en 2030 mais garde partie la plus proliférante de son industrie.

 

Mercredi 19 septembre, le gouverneur de Shizuoka a reçu favorablement la pétition de demande de référendum sur l’avenir de la centrale de Hamaoka. Il a soumis cette demande à l’assemblée régionale dominée par la droite conservatrice

(Parti Libéral Démocrate) qui pourrait bien voter contre le 11 octobre.

Le gouvernement japonais est bien décidé à ne pas redémarrer les réacteurs qui ont plus de 40 ans : sont concernés le réacteur n°1 de la centrale de Tsuruga, exploitée par Japan Atomic Power Co depuis 1970 et les réacteurs 2 et 3 de celle de Mihama, exploitée par KEPCo depuis 1970 et 1972 respectivement. Ils sont tous situés dans la province de Fukui, le Ginza (ou Champs Elysée) du nucléaire. L’annonce a été faite par le chef de cabinet du gouvernement.

La décision finale reviendra à la nouvelle autorité de sûreté.

En revanche, sa promesse de sortir du nucléaire en 2030 est de plus en plus floue : dans la nouvelle version discutée ce jour, le gouvernement va « mettre en pratique cette strétégie de façon flexible, en la vérifiant et la réévaluant constamment ». Ce genre de précaution n’existe pas pour la décision inverse de développer et exploiter le nucléaire. Cela a suffit pour rassurer les milieux économiques qui défendaient la poursuite de l’exploitation des réacteurs nucléaires.

TEPCo comptait redémarrer sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa en avril 2013 pour renouer avec les bénéfices. Mais elle est pessimiste et va encore couper dans ses coûts pour essayer de redevenir bénéficiaire sans la centrale nucléaire.

La NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency) et la NSC (Nuclear Safety Commission) sont mortes, vive la nouvelle autorité de sûreté nucléaire : la NRA pour Nuclear Regulation Authority ! Le gouvernement compte beaucoup sur elle pour redonner confiance à la population et redémarrer au plus vite les réacteurs nucléaires. Espérons surtout, qu’elle soit plus efficace que le système de contrôle précédent. Mais la plupart de ses employés viennent de la NISA : plus de 300 sur 480 au total. En particulier, des anciens de la NISA ont toujours la main mise sur le secrétariat qui risque de garder la même structure bureaucratique et inefficace.

 

Jeudi 20 septembre, la nouvelle autorité de sûreté nucléaire, la NRA, veut revoir son référentiel de sûreté avant d’examiner les demandes de redémarrage.

Cela va prendre du temps, mais la seule révision du référentiel de sûreté doit être achevée d’ici 10 mois selon la loi. En attendant, il ne devrait pas y avoir de redémarrage, selon le président de la NRA. A Hokkaïdô, où il fait très froid en hiver, la situation risque d’être tendue, si l’on en croit l’exploitant.

La première phase des stress-tests de 30 réacteurs a déjà été soumise à la NISA avant son remplacement par la NRA.

Samedi 22 septembre, Chubu Electric Power Co., qui exploite la centrale de Hamaoka, prétend que la digue de 18 m de haut qu’elle a construite permet de protéger la centrale face à une vague de tsunami qui peut faire jusqu’à 23 m de haut. La digue tiendra et les portes étanches installées protègeront la centrale. Ce sont les arguments utilisés lors du procès en cours suite à la plainte déposée par de nombreuses personnes pour

demander l’arrêt définitif de la centrale. Mais un séisme peut fragiliser la digue et endommager les portes avant l’arrivée du tsunami.

Et la défunte Nuclear Safety Commission avait exigé, suite à la catastrophe de Fukushima, que l’eau d’un tsunami ne puisse pas atteindre la centrale. La compagnie n’a pas encore décidé comment elle allait répondre à cette exigence.

Dans une interview au quotidien Asahi, le président de la nouvelle Nuclear Regulation Authority (NRA), a dit qu’il n’exigerait pas l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôï redémarrés cet été. Malgré l’incertitude qui demeure sur la faille qui passe sous cette centrale. Elle sera réévaluée par la NRA qui n’hésitera pas à exiger l’arrêt si nécessaire (comment pourrait-il dire

l’inverse ?).

En ce qui concerne le redémarrage des autres réacteurs, ce sera difficile, selon lui, sans avoir revu les mesures d’urgence de protection des populations en cas d’accident. C’est de la responsabilité des autorités locales et du gouvernement, pas de la NRA.

Et de conclure que la technologie nucléaire est promise à un bel avenir…

Mardi 25 septembre, le président de la NRA (la nouvelle autorité de sûreté) a déclaré qu’il ne prendrait pas en compte les stress-tests commandés par la défunte autorité car il va définir de nouveaux critères de sûreté.

Mercredi 26 septembre, le gouvernement compte demander aux compagnies d’électricité de retirer ‘spontanément’ leur projet de nouveaux réacteurs nucléaires dont les travaux n’ont pas commencer. Il y a 9 projets dans les cartons. Reste le problème des réacteurs pour lesquels les travaux sont sur le point de commencer. Le gouvernement n’a pas clarifié leur statut.

Une étude espagnole (en accès payant, mais rapportée par Futura sciences), recense 23 centrales sur la planète, avec un total de 74 réacteurs, situées en zones exposées aux tsunamis.

 

Jeudi 27 septembre, le président de la NRA a promis le nouveau référentiel de sûreté pour mars 2013. Les grandes lignes devraient connues avant la fin 2012. Pour certains réacteurs, la mise aux nouvelles normes pourrait prendre des années. En revanche, pour Ôï, redémarré cet été, il ne va imposer son arrêt pendant ce temps. Cette centrale va donc continuer à fonctionner avec des standards provisoires partiellement satisfaits.

 

Vendredi 28 septembre, J-Power espère reprendre avant la fin de l’année les travaux de son réacteur nucléaire en construction à Ôma dans la province

d’Aomori. Le maire d’Ôma soutient toujours le projet et attend les retombées financières. Les autres municipalités de la région n’y sont pas favorables. La ville de Hakodaté, située sur l’île de Hokkaïdô, à une vingtaine de kilomètres de cette centrale, a clairement demandé au gouvernement l’abandon du projet. De nombreux habitants de cette ville ont porté l’affaire devant la justice. La ville pourrait suivre.

Le ministre de l’industrie a déclaré que le gouvernement n’allait plus s’impliquer dans le redémarrage des réacteurs nucléaires. Si la NRA donne son feu vert, ce sera aux compagnies d’électricité d’aller convaincre les autorités locales.

Octobre 2012

Lundi 1er octobre, le premier ministre Noda a procédé à un remaniement ministériel et le nouveau cabinet laisse penser que la promesse d’arrêter du nucléaire ne sera pas tenue.

Le PDG d’Electric Power Development Co est venu annoncer la reprise des travaux de construction de sa centrale d’Ôma dans la province d’Aomori. La mairie d’Ôma est contente, pas celle de Hakodaté. Il s’agit d’un réacteur à eau bouillante conçu pour consommer du MOx dont les travaux de construction sont avancés à 37,6% environ, mais à l’arrêt depuis le 11 mars 2011. Le réacteur est très sûr, a expliqué l’exploitant. Cela n’a pas convaincu Hakodaté qui se plaint que le

retour d’expérience de l’accident de Fukushima ne soit pas pris en compte. Il y a 90 000 personnes dans un rayon de 50 km qui vivent dans la province d’Aomori et 370 000 à Hokkaïdô. Et ces 370 000 n’ont pas leur mot à dire.

Le communiqué de la compagnie est ici en anglais.

Mardi 2 octobre, l’ancienne autorité de sûreté nucléaire avait une bibliothèque avec 40 000 documents en libre accès. Cette librairie est fermée et la nouvelle autorité n’a pas encore pris de décision quant à sa réouverture.

Le maire de Hakodaté, à Hokkaïdô, a annoncé vouloir porter le redémarrage des travaux de construction de la centrale d’Ôma devant la justice. Il a le soutien des municipalités voisines. La centrale n’est qu’à 23 km de sa ville.Mercredi 3 octobre, la NRA a présenté les grandes lignes des mesures à prendre en cas d’accident nucléaire grave :

– elle compte porter la distance maximale entre la centrale et le centre de crise à 30 km, contre 20 km actuellement ; elle compte aussi les interdire dans un rayon de 5 km. 5 des 16 centres de crise actuels sont à moins de 5 km de la centrale… Les habitants vivant dans un rayon de 5 km devront évacuer si un accident est anticipé.

– les zones de préparation à l’évacuation vont aussi être étendues à 30 km contre 10 km actuellement. Le nombre de communes concernées va donc passer de 45 dans 15 provinces à 135 dans 21 provinces. Les communes devront présenter leur plan d’évacuation d’ici mars 2013.

– la distribution des pastilles d’iode doit être effectuée en avance dans un rayon de 50 km. Les mesures de confinement pourraient aussi ordonnées dans ce même rayon.

– les hôpitaux devront aussi préparer des plans d’évacuation.

Les nouvelles directives devraient être finalisées avant la fin du mois. Il

faudra notamment fixer les limites d’évacuation en terme de dose, qui sont actuellement très controversées.Plus de la moitié des grands journaux japonais ont appelé à l’arrêt du nucléaire. Selon une étude menée par Ken Fujimori, professeur de journalisme à l’université Senshû de Tôkyô, sur 46 journaux, 28, ou

61%, ont écrit des éditoriaux en faveur de l’arrêt du nucléaire. C’est le cas en particulier des Asahi, Maïnichi et Tôkyô shimbun. Les éditoriaux de 14 journaux, ou 30%, ont appelé à une diminution graduelle de la part du nucléaire. Deux journaux, le Yomiuri et le Sankei, soutiennent l’énergie nucléaire. Enfin, certains n’ont pas pris position.

Selon l’Asahi, certains journaux, lors d’un colloque à Okinawa, ont aussi reconnu que le couverture de la catastrophe pouvait être améliorée : leur seule source d’information était le gouvernement et TEPCo dans les premiers jours, comme lors de la couverture d’une guerre, ce qui n’est pas sans rappeler la situation du Japon pendant la seconde guerre mondiale.

Ils ont aussi noté une grande différence entre la couverture des 3 catastrophes par la presse locale et la presse nationale. Le Fukushima Minpo a publié les opinions des habitants locaux et fait ressortir les problèmes auxquels ils faisaient face pour que les autorités en tiennent compte. En revanche, en ce qui concerne les risques liés à la radioactivité, le journal a essayé de ne pas ajouter à l’engoisse.

Enfin, certains journaux ont reconnu n’avoir pas été assez critiques vis à vis de l’industrie nucléaire dans le passé, croyant à la fable que l’accident n’était pas possible.Jeudi 4 octobre, après le

redémarrage aux forceps de deux réacteurs cet été, le gouvernement, qui a mis tout son poids dans la balance, l’a ensuite payé en y perdant beaucoup en popularité. Le parti au pouvoir n’est pas sûr de remporter les prochaines élections. Les mouvements de protestation massifs ont fait des émules : c’est l’introduction d’hélicoptères Osprey par l’armée américaine qui est rejetée maintenant suite à plusieurs accidents.

En conséquences, le gouvernement ne veut plus décider pour les autres réacteurs. Il se défausse sur la nouvelle autorité de sûreté. Laquelle a rétorqué qu’il ne lui appartenait de décider où non du redémarrage d’un réacteur. Toute ce qu’elle doit faire, est purement technique :

vérifier que le réacteur satisfait bien aux nouveaux critères de sûreté. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante. Qui va donc décider ? Les compagnies toutes seules, ce qui signifie la fin de toute politique énergétique. Les compagnies, quant à elles, reprennent espoir et maintiennent leurs projets de construction de nouvelles centrales.Il y aurait une faille active sous le réacteur en construction de la centrale d’Ôma, dans la province d’Aomori. La compagnie dément, bien entendu, car cela signifirait la fin de son projet. Mais des sismologues réputés ont pointé du doigt une gigantesque faille active

au large, qui pourrait provoquer un mouvement de la faille sous la centrale. La NRA pourrait mener des inspections à ce propos.Vendredi 5 octobre, la précédente autorité de sûreté, la NISA, avait décidé de réévaluer la sismicité des failles qui passent sous 6 centrales du pays. La nouvelle autorité, la NRA, a décidé de réévaluer les failles de toutes

les centrales du pays au regard des nouveaux critères de sûreté, même de celles en construction. La première sur la liste, est la centrale d’Ôï qui a deux réacteurs en fonctionnement. Elle faisait déjà partie de la précédente sélection de la NISA.Conformément à son engagement durant la campagne électorale, le gouverneur conservateur de Yamaguchi a rejeté la demande d’extension de 3 ans du permis d’aménagement pour le projet de construction des deux réacteurs de la centrale de Kaminoseki. Le projet de Chugoku Electric a donc peu de chance de voir le jour. Une telle décision pourrait influencer les autres provinces qui font face à des choix similaires. A Tôkyô, le ministre de l’industrie a aussi affirmé son opposition au projet, mais cela ne restent que des paroles. Certains comptent sur l’arrivée au pouvoir de l’opposition, plus favorable au nucléaire. La

compagnie d’électricité continue son lobbying en faveur du projet et a soumis son projet à la nouvelle autorité de sûreté nucléaire. Elle a aussi déjà entièrement financé les réparations de la route côtière à la place de la mairie. Il y en avait pour des dizaines de millions de yens (des centaines de milliers d’euros). Le budget de la ville pour 2012 est de 4,2 milliards de yens (42 millions d’euros), dont 1,3 doivent venir de l’industrie nucléaire. La situation financière est donc difficile.

Les opposants locaux sur l’île d’Iwaishima, qui manifestent toutes les semaines depuis 30 ans, ne désarment pas. Le 1er octobre dernier, c’était leur 1 145ième manifestation.

Mercredi 10 octobre, les travaux de la centrale nucléaire d’Ôma dans la province d’Aomori ont repris : une pièce en acier de 200 tonnes de l’enceinte de

confinement a été mise en place ce jour. Elle attendait à l’extérieur

depuis le 11 mars 2011, mais elle n’est pas rouillée, selon la compagnie.

Shinzo Abe, qui a pris la tête de l’opposition, a promis de revoir la politique énergétique du pays et de ne pas sortir du nucléaire s’il revenait au pouvoir.Jeudi 11 octobre, l’assemblée

de la province de Shizuoka a rejeté la demande de référendum sur l’avenir de la centrale de Hamaoka, malgré 160 000 signatures. Le gouverneur soutenait pourtant le référendum.

Le gouverneur de Hokkaïdô s’inquiète pour cet hiver. Y aura-t-il assez d’électricité ? Va-t-on demander des efforts inutiles pour économiser l’électricité ? Il aimerait des prévisions précises et réalistes.Vendredi 12 octobre, le gouvernement a fait les comptes : il ne devrait pas y avoir de coupure d’électricité cet hiver, s’il n’y a pas de panne dans des centrales électriques. A Hokkaïdô, où l’hiver est particulièrement froid, la demande pourrait atteindre 5 630 mégawatts en février, alors que les capacités de production garantissent 5 960 mégawatts. C’est

l’année 2010 qui sert de référence et la marge est de 5,8%.Samedi 13 octobre, il n’y a eu que 6 500 personnes à Tôkyô pour protester contre le redémarrage des travaux de construction de la centrale d’Ôma.

Dans un éditorial, l’Asahi appelle à l’arrêt des deux réacteurs de la centrale d’Ôï, officiellement redémarrés pour pouvoir passer le pic de demande de l’été. Le Japon aurait pu passer l’été sans et la demande a baissé,

maintenant que les fortes chaleurs sont passées. Les incertitudes sur la sûreté de ces réacteurs militent en faveur de leur arrêt immédiat.

Mardi 16 octobre, le maire de Hakodaté, sur l’île de Hokkaïdô,

est allé demander au gouvernement de suspendre les travaux de construction de la centrale d’Ôma dans la province d’Aomori. La réponse a été ambigüe, comme

toujours.

 

 

Mercredi 17 octobre, la NRA a sollicité le prof. Mitsuhisa Watanabe pour faire partie du groupe d’experts qui va inspecter les failles sismiques sous la

centrale d’Ôï en fonctionnement. C’est lui qui avait lancé la sonnette d’alarme pour cette centrale et d’autres. L’inspection aura lieu le 2 novembre.

D’autres centrales devraient suivre.Vendredi 19 octobre, une faille active de 14 km de long a été découverte à une

cinquantaine de kilomètres de la centrale en construction d’Ôma, dont les travaux ont repris récemment. Lundi 22 octobre, le 26 septembre dernier, la nouvelle autorité de sûreté, la NRA, a

exclu le journal Akahata (Drapeau rouge, organe du parti communiste japonais) de ses conférences de presse, sous prétexte que le journal n’est pas objectif. Elle a finalement changé d’avis et le journal est accepté depuis le 2 octobre.Mercredi 24 octobre, la nouvelle NRA a réévalué le périmètre de crise en supposant des rejets radioactifs massifs. A Fukushima, par chance, 80% des retombées sont allées vers la mer. Ce ne sera pas toujours forcément le cas.

La NRA a étudié deux hypothèses : les mêmes rejets qu’à Fukushima ou une fusion de tous les réacteurs de la centrale. Dans la deuxième hypothèse, pour certaines

centrales, la dose reçue durant les 7 premiers jours pourrait dépasser 100 mSv à plus de 30 km, distance retenue actuellement comme la nouvelle zone d’évacuation. A Kashiwazaki-Kariwa, cette dose, qui entraîne l’évacuation, pourrait être relevée à 40 km de la centrale.

Trois autres centrales sont dans une situation similaire : Fukushima daï-ni, Ôï et Hamaoka. Pour les 12 autres centrales, les points où la dose pourrait dépasser 100 mSv les 7 premiers jours sont tous situés à moins de 30 km. Ce critère de 100 mSv pour les 7 premiers jours est celui fixé par l’AIEA pour enclencher une évacuation immédiate. Il inclut l’irradiation externe et la contamination interne. L’étude n’inclut pas 3% des distances les plus éloignées pour éliminer les conditions météo les plus extrêmes de l’étude.

A Ôï, le point le plus éloigné est à 32,2 km, dans la province de Kyôto.

Cette centrale serait aussi sévèrement exposée en cas de catastrophe à la centrale de Takahama.

Les différences entre les sites s’expliquent par la météo et la rose des vents. Les différences de topographie n’ont pas été prise en compte. Avec l’hypothèse d’un rejet de même amplitude qu’à Fukushima, les points avec une dose supérieure à 100 mSv pour les 7 premiers jours sont tous compris dans un rayon de 30 km.

Ces calculs ne s’intéressent qu’aux mesures d’urgence, pas à la contamination à long terme.

Les données sont ici en japonais.Kunihiko Shimazaki, vice-président de la nouvelle NRA et le seul sismologue du conseil des 5 commissaires, veut revoir la définition de « faille active ». Actuellement, une faille est déclarée active si elle a bougé ces 120 000 à 130 000 dernières années. Il veut remonter à 400 000 ans, pour prendre en compte les dernières évolutions de la sismologie : une faille qui n’a pas bougé depuis 400 000 ans peut très bien bouger dans le futur. Et comme il est interdit de construire une centrale nucléaire sur une faille active, certaines devront être arrêtées ou renforcées.Jeudi 25 octobre, le gouvernement a refait les calculs pour évaluer l’offre et la demande en électricité cet hiver à Hokkaïdô, la région la plus froide du Japon. Avec les centrales actuelles, la région devrait pouvoir passer l’hiver. Mais en cas de panne sur une ou plusieurs centrale, la situation risque d’être tendue et le gouvernement pourrait être amené à demander 10% d’économie sur la consommation électrique.

En ce qui concerne l’été 2013, pas de problème, même si aucun nouveau réacteur n’est redémarré et que les températures sont aussi élevées que lors de l’été 2010.Selon une enquête du Maïnichi, 7 provinces sur les 21 qui ont un bout de territoire à moins de 30 km d’une centrale nucléaire, ont assez de place dans des abris pour accueillir les déplacés en cas de catastrophe nucléaire. 6 autres, en ont partiellement.

16 provinces n’ont toujours pas de plan de distribution de l’iode. 12 comptent encourager les gens à partir avec leurs propres moyens de locomotion. En cas de tsunami, il est recommandé de fuir à pied, ce qui les exposera directement aux retombées radioactives en cas d’accidents multiples.Lundi 29 octobre, la NRA s’est

trompée dans ses simulations des retombées en cas d’accident majeur sur 6 centrales nucléaires (Kashiwazaki-Kariwa exploitée par TEPCO, Tôkaï No. 2 et Tsuruga, exploitées par Japan Atomic Power Co., Shika exploitée par Hokuriku Electric Power Co.’s et Genkaï et Sendaï, exploitées par Kyushu Electric Power Co.). C’est la direction des vents qui a été revue, et parfois les distances

atteintes. Les nouvelles cartes sont ici en japonais. D’autres cartes, supposant les mêmes rejets que lors de la catastrophe de Fukushima, sont ici en japonais. Les villes concernées avec les doses sont ici.

L’erreur serait due au fait que les roses des vents, les précipitations et la météo, fournies par les exploitants, n’étaient pas codées de la même façon pour toutes les centrales. Les directions des vents étaient parfois numérotées dans le sens des aiguillles d’une montre, parfois dans le sens inverse, et ne commençaient pas toujours par le Nord.

D’autres erreurs ont été découvertes lors de la conférence de presse pour s’excuser des erreurs passées et montrer les nouveaux résultats…

Les premières simulations ont créé un émoi dans les municipalités qui se

croyaient à l’abri car situées à plus de 30 km. Les villes d’Uonuma et de Tokamachi, sous les vents de la première carte, s’étaient proposées pour accueillir des réfugiés en cas de catastrophe nucléaire à Kashiwazaki-Kariwa. Voilà qu’il leur faudra peut-être aussi évacuer.

Les agriculteurs, qui produisent un riz réputé, sont aussi inquiets.KEPCo a rendu son rapport d’étape à propos de la faille sous sa centrale d’Ôï : rien ne permet d’affirmer qu’elle est est active ou qu’elle puisse être activée par une faille voisine. L’autorité de sûreté va mener sa propre inspection le 2 novembre. Le rapport final de KEPCo est prévu pour la fin de l’année.

Mardi 30 octobre, le gouvernement envisage de demander aux habitants de Hokkaïdô de baisser leur consommation d’électricité de 7% cet hiver par rapport aux niveaux de 2010.

Mercredi 31 octobre, après la

correction des erreurs dans les prédictions des retombées radioactives suite à une fusion des sept réacteurs de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, Uonuma n’est plus la ville la plus éloignée qui pourrait recevoir une dose de 100 mSv durant les sept premiers jours. C’est Nagaoka maintenant, toujours à 40,2 km de la centrale. Résultat, Uonuma, qui n’est plus dans la zone, n’est pas rassurée pour autant car très proche de la limite et Nagaoka est très inquiète.

La NRA a adopté de nouvelles directives en cas de catastrophe nucléaire. Les municipalités qui sont à moins de 30 km doivent soumettre un plan d’urgence avant mars prochain. Un manuel leur sera fourni d’ici la fin novembre.

De nombreuses questions posées par les autorités locales sont encore sans réponse : à partir de quelle dose on évacue ? Comment le logiciel SPEEDI de prédiction des retombées sera utilisé ? Jusqu’où des comprimés d’iode pourront être distribués ? La NRA avait un moment pensé distribuer les comprimés jusqu’à 50 km, mais y a renoncé pour le moment, face à l’incompréhension des autorités locales. A Ôma, par exemple, où les travaux de construction de la centrale ont repris

récemment, il n’y a qu’une seule route pour évacuer et il y a de la neige en hiver. Suite au séisme du 11 mars, cette route était fermée et Ôma et Kazamaura se sont retrouvées isolées.

A Ibaraki, il n’y a pas assez de bus pour évacuer tout le monde.

Novembre 2012

Jeudi 1er novembre, Japan

Nuclear Fuel Ltd a organisé un voyage de presse pour montrer le chantier de construction de son usine de production de combustible MOx. Les travaux avaient commencé en octobre 2010 et stoppés par les trois catastrophes de mars 2011. Le

taux d’avancement du chantier est de 3%. Alors que le Japon veut officiellement arrêter tous ses réacteurs d’ici 40 ans, il n’y aura plus de réacteur pour consommer le MOx. L’usine est donc complètement inutile, mais l’industrie continue sa politique du fait accompli.Le gouvernement a entériné la demande de baisser d’au moins 7% la consommation d’électricité cet hiver à Hokkaïdô. La compagnie devrait avoir un surplus de 5,8% mais n’est pas à l’abri d’une panne sur une centrale électrique. La période court du 10 décembre au 8 mars. En cas

de graves tensions sur le réseau, le gouvernement compte demander aux gros consommateurs de signer un contrat dans lequel il pourrait leur être demandé de suspendre la production.Vendredi 2 novembre, la NRA va proposer un modèle de guide d’urgence pour les autorités

locales désemparées face au plan qu’elles doivent mettre en place. Elle va aussi les aider. De nombreux élus locaux ont appelé à l’aide le gouvernement. Il est aussi important que les plans soient réalistes et puissent être réellement appliqués en cas d’urgence.

Les autorités régionales de Niigata et les municipalités se sont mises d’accord sur les grandes lignes du plan d’évacuation d’urgence en cas de catastrophe à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Les municipalités dans un rayon de 30 km vont répondre à la requête gouvernementale de se préparer à évacuer. Il a aussi été décidé que les municipalités situées dans un rayon de 50 km doivent aussi se préparer à pouvoir évacuer rapidement si nécessaire car les calculs indicatifs

de la NRA ont montré que les rejets pouvaient avoir un impact significatif jusqu’à 40 km.

Les autorités comptent sur les véhicules privés pour évacuer les populations.Comme prévu, le groupe d’experts mis en place par la NRA est allé

inspecter la faille sous l’unique centrale nucléaire en fonctionnement du pays, celle d’Ôï. Le groupe devrait se réunir dimanche 4 novembre expertiser les résultats. D’autres études pourraient être commandées si nécessaire.

La faille ne peut pas déclencher directement un séisme, mais pourrait bouger en cas de séisme proche et couper la prise d’eau en mer qui sert à refroidir les réacteurs. La NRA a affirmé être prête à demander l’arrêt des réacteurs si la faille était menaçante.

C’est la première inspection sur site de la NRA. 5 autres sites devraient suivre.

La NRA embauche pour les sites de Fukushima daï-ichi et daï-ni. Les annonces sont ici en japonais.Les 5 sages de la nouvelle autorité de sûreté n’ont toujours pas été approuvés par le parlement. Le parlement est bloqué par l’opposition qui veut la dissolution et de nouvelles élections, et cette nomination ne fait l’unanimité, même chez les membres du parti au pouvoir. La situation est donc bloquée. Le gouvernement s’est donc mis d’accord pour enclencher la clause dérogatoire. Il ne peut pas se permettre de maintenir les postes vacants.Samedi 3 novembre, les experts mandatés par la NRA pour inspecter la faille qui passe sous la centrale d’Ôï sont divisés : pour Norio Shigematsu, du National

Institute of Advanced Industrial Science and Technology, il n’est pas évident que les formations géologiques ont bougé, mais il ne peut pas se faire d’opinion claire. Mais pour Mitsuhisa Watanabe, professeur de géomorphologie à l’université de Tôkyô, il est évident qu’il y a eu un mouvement, mais il ne peut pas dire à quand cela remonte. Deux autres ont déclaré ne pas pouvoir se faire d’opinion avec les informations actuelles.Dimanche

4 novembre, 4 des 6 experts mandatés par la NRA pour établir un nouveau

référentiel de sûreté ont reçu des fonds de l’industrie nucléaire lors des 4 dernières années. Mais pour la NRA, qui a rendu publique cette information, il n’y a pas de problème de déontologie. L’un des deux qui n’a pas reçu de fonds de l’industrie nucléaire travaille pour la Japan Atomic Energy Agency, l’équivalent du CEA.Les 5 experts mandatés par la NRA pour osculter la faille qui passe sous la seule centrale nucléaire en activité, celle d’Ôï, se sont réunis. Ils s’ont d’accord pour dire qu’il y a des fissures qui signent un mouvement dans une strate qui a 125 000 ans environ. Mais ils ne peuvent pas conlure quant à l’origine de ce mouvement : une faille active voisine ou un glissement de terrain ? Les uns penchent pour la première explication, les autres se refusent à conclure si vite.

Mitsuhisa Watanabe est convaincu que la faille est active et qu’il faut en tirer les conséquences qui s’imposent. En tout cas, il n’est pas possible d’exclure que la faille ait été active comme le fait l’exploitant.

La décision est donc reportée au mercredi 7 novembre. Des expertises complémentaires pourraient être commandées.

L’enjeu est énorme : l’arrêt définitif ou non de cette centrale. La NRA a exclu les experts nommés par la défunte NISA de cette expertise.Selon le ministère de l’environnement, la consommation d’électricité lors des deux premiers mois de l’année 2012 a baissé de 5% par rapport à 2011. Les magasins surfent sur la vague d’économie d’énergie et offrent de nombreux produits qui permettent d’avoir chaud en hiver.Environ 35% des municipalités qui se sont retrouvées dans une zone où

il fallait trouver des abris pour accueillir des réfugiés en cas d’accident nucléaire dans la centrale voisine située à moins de 30 km doivent encore trouver des solutions, selon un recensement de l’agence Kyodo. 90% d’entre elles doivent encore décider comment distribuer les comprimés d’iode.Mardi 6 novembre, la NRA s’est encore plantée dans son estimation corrigée des retombées d’un accident grave dans une centrale nucléaire japonaise. Ce serait dû aux données transmises par la compagnie d’électricité de Kyûshû qui a inversé les directions du vent. La Japan Nuclear Energy Safety Organization, qui a fait les calculs, est aussi montré du doigt pour ne pas avoir contrôlé les données transmises par les exploitants.

Une mauvaise habitude ?Mercredi 7 novembre, le parc de Hibiya à Tôkyô a été refusé aux organisateurs d’une manifestation anti-nucléaire prévue pour ce dimanche 11 novembre. Les organisateurs, qui organisaient les rassemblement tous les vendredis devant la siège du premier ministre, ont annulé la manifestation dans le parc mais maintiennent le rassemblement autour des ministères et du parlement entre 15 et 19h. Ils espèrent attirer un million de personnes.Après une deuxième réunion, les experts demeurent divisés sur la question de la faille sous la centrale d’Ôï. Dans ce cas on applique le principe de précaution… Des analyses complémentaires vont être demandées à l’exploitant et une nouvelle visite sur site est prévue.Vendredi 9 novembre, la Japan

Atomic Energy Agency (JAEA, équivalent du CEA français) n’en démord pas, elle veut redémarrer le surgénérateur Monju, arrêté en 1995 suite à une fuite de sodium. Il y a peut-être des failles actives sous ce prototype de centrale. La JAEA va donc commencer à étudier ces failles à partir de mardi 13 novembre.

Le refroidissement se fait avec du sodium, qui s’enflamme spontanément dans l’eau comme on peut le voir ici ou encore ici avec de grandes quantités. Que se serait-il passé si Monju avait été installé à Fukushima ?

 

Lundi 12 novembre, l’Asahi titre sur la « grosse manifestion » de la veille devant les bâtiments gouvernementaux et le parlement, et annonce que 7 000 personnes ont bravé la pluie. De son côté, le Maïnichi annonce 100 000 manifestants. Comment expliquer une telle différence ?

Les rassemblements du vendredi attirent de moins en moins de manifestants et cette nouvelle démonstration de force était nécessaire pour les organisateurs.Mardi 13 novembre, la

NRA va retourner inspecter la faille sous la centrale d’Ôï en trois endroits. Une nouvelle tranchée doit être creusée auparavant et cela ne sera pas fini avant la fin de l’année. La tranchée va passer à proximité du bâtiment réacteur et va couper des routes d’évacuation. Il serait donc plus prudent d’arrêter la centrale avant d’entamer ces travaux. Pour le moment, deux réacteurs continuent à tourner, même s’il est possible qu’ils soient sur une faille active qui pourrait couper

l’arrivée d’eau en cas de séisme. Et cela pourrait durer car c’est l’exploitant, KEPCo, qui contrôle le calendrier des travaux.

La nouvelle NRA, qui s’est déjà ridiculisée en publiant des cartes fausses car les données transmises par les exploitants n’avaient pas été contrôlées, joue sa crédibilité dans cette affaire.

La prochaine centrale sur la liste est celle de Tsuruga.Vendredi 16 novembre, KEPCo prétend que si les deux réacteurs d’Ôï étaient arrêtés à cause de la faille qui passe sous la centrale nucléaire, il y aurait un risque de pénurie d’électricité cet hiver. Elle avait déjà fait de coup cet été et le Japon aurait pu passer la période des grosses chaleurs sans

nucléaire. A force d’hurler au loup, plus personne ne la croit…Après de nombreuses tergiversations, le premier ministre a dissous l’assemblée et des élections auront lieu le 16 décembre. Si l’opposition reprend le pouvoir, elle pourrait relancer le nucléaire.

Ce sera un des thèmes du débat électoral.Mercredi 21 novembre, la centrale de Hamaoka, arrêtée en mai 2011 sur ordre du premier ministre, a connu d’autres problèmes : une fuite dans le réacteur n°5 a provoqué l’intrusion de centaines de m3 d’eau de mer. L’exploitant estime que 5 m3 ont pénétré jusque dans le coeur du réacteur. Les dommages pourraient être

irréversibles suite à la découverte de rouille sur des composants clés comme les barres de contrôle. La fuite a eu lieu lors de l’arrêt du réacteur le 14 mai 2011.

Chubu Electric, l’exploitant, a commencé à nettoyer, mais une autre fuite, sur le système de désalinisation cette fois-ci, a tout arrêté le 14 août 2011. Le réacteur n°5 est le plus récent de cette centrale avec une mise sur le réseau en 2005.Vendredi 23 novembre, vous souvenez-vous des prédictions des retombées radioactives en cas de fusion totale de tous les réacteurs d’une centrale faites par la NRA, la nouvelle autorité de sûreté nucléaire ? Il y avait de nombreuses erreurs. Puis la version corrigée avait encore des erreurs.

Et bien, ce n’est pas fini : de nouvelles erreurs ont été trouvées !

C’est Tôhoku Electric qui a relevé de nombreuses erreurs dans les données météo qu’elle avait fournies pour ces centrales d’Onagawa et Higashidôri et s’est excusée. La NRA pense que l’impact sur les résultats sera très faible.

La façon dont les calculs ont été effectués pose aussi question : la NRA a mandaté la Japan Nuclear Energy Safety Organization (JNES) pour faire les calculs. Mais celle-ci a sous-traité le projet (une maladie dans le nucléaire) à un cabinet privé qui travaille habituellement pour l’industrie, CSA Japon, pour 9,77 millions de yens. Officiellement par manque de main d’oeuvre. Pourtant une seule personne aurait travaillé sur ces calculs chez le sous-traitant, qui a rentré les données météo fournies par l’industrie nucléaire dans un code de dispersion des polluants créé par l’autorité de sûreté américaine. Ensuite, personne n’a vérifié…Lundi 26 novembre, TEPCo a annoncé qu’aujourd’hui la demande en électricité pourrait atteindre 95% de ses capacités de production en soirée et qu’il fallait

faire attention. Cette situation tendue est due au fait que sa centrale thermique de Hirono est en panne suite à une fuite. TEPCo va acheter du courant à ses voisins.La gouverneuse de Shiga envisage de créer un nouveau parti pour que le Japon arrête définitivement le nucléaire.

Mardi 27 novembre, avec

l’approche des élections (16 décembre), certains partis politique se positionnent clairement vis à vis de l’avenir du nucléaire, d’autres deviennent de plus en plus flou. C’est le cas du parti du maire d’Ôsaka qui n’est plus opposé au nucléaire depuis qu’il a rejoint la droite la plus conservatrice. De nombreux petits partis, certains créés très récemment, réfléchissent à s’unir pour favoriser l’arrêt du nucléaire.

Si la droite reprend le pouvoir, elle aura du mal à obtenir un soutien populaire pour la relance du nucléaire qu’elle affiche.

Dans les lieux où le gouvernement veut installer un centre de stockage des déchets radioactifs issus de la décontamination, le refus du projet devient, localement, un enjeu électoral majeur. C’est le cas, en particulier, à Yaïta (Tochigi) et Takahagi (Ibaraki).

 

Mercredi 28 novembre, la NRA vient de rappeler à l’ordre TEPCo à propos de problèmes à répétition sur sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Elle pense que ces problèmes récurrents sont dus à un manque de culture de sûreté.

Samedi 1er décembre, après la centrale d’Ôï, c’est au tour de celle de Tsuruga qui va voir ses failles inspectées par la commission mise en place par la NRA.

L’exploitant, Japan Atomic Power Co., prétend que les deux failles qui passent sous chacun des réacteurs ne sont pas actives. Les experts de la NRA ont de sérieux doutes sur les recherches effectuées par l’exploitant, comme s’il avait relié artificiellement les deux zones où il a creusé pour observer les failles.

L’inspection aura lieu tout le week-end et une réunion est prévue le 10 décembre pour prendre une décision.

154 personnes ont demandé à la justice l’arrêt définitif des deux réacteurs de la centrale d’Ôï car leur sûreté n’est pas garantie. 1 100 autres ont demandé la suspension des opérations.

Dimanche 2 décembre, le groupe d’experts mandaté par la NRA pour osculter les failles sous la centrale de Tsuruga pendant le week-end a tenu une conférence de presse : ils ont constaté une déformation de la strate au-dessus de la zone de fracturation qui passe sous le réacteur n°2. S’il est confirmé que la zone est active, le réacteur ne redémarrera jamais. Lors de la réunion du 10 décembre, l’exploitant sera auditionné.

Lundi 3 décembre, début de la campagne hivernale d’économie d’énergie dans tout le Japon, à l’exception d’Okinawa. A Hokkaïdô, il est demandé de réduire de 7% sa consommation les jours ouvrables jusqu’au 8 mars 2013. Il n’y a pas d’objectif chiffré pour les autres régions où la campagne va durer jusqu’au 29 mars.

Jeudi 6 décembre, la NRA vient de tancer la Japan Atomic Energy Agency car elle n’a pas respecté les procédures de sûreté pour son prototype de surgénérateur Monju. Elle a repoussé l’inspection de 10 000 pièces environ, dont certaines sont importantes pour la sûreté. Pour 1 551 de ces pièces, dont des détecteurs de neutron, l’inspection n’a pas été faite et aucune date n’est fixée.

La NRA a laissé entendre qu’elle pourrait ne pas autoriser le redémarrage des deux réacteurs de la centrale de Tsuruga, même si les failles ne passent pas directement sous les réacteurs.

La NRA a sollicité 3 conseillers internationaux, dont André-Claude Lacoste, l’ancien président de l’ASN française. Les deux autres personnes sont Richard A. Meserve (USA) et Mike Weightman (UK).

Vendredi 7 décembre, les émissions de CO2 du Japon ont de augmenté de 3,9% lors de l’année fiscale 2011 par rapport à l’année précédente.

La NRA, qui la nouvelle autorité de sûreté nucléaire japonaise, a mis en place un comité qui va la contrôler et vérifier que les recommandations des trois commissions d’enquête sont bien prise en compte. Les présidents de ces trois commissions siègeront dans ce comité de 15 personnes mis en place pour 3 ans, ainsi que le gouverneur de Fukushima. Un premier rapport est attendu pour mars 2013.

La centrale de Shika dans la province d’Ishikawa est-elle aussi sur une faille active ? Des documents officiels datant de 1987 mettent en évidence une telle faille. Les travaux de construction de la centrale ont pourtant commencé l’année suivante… A l’époque, la faille ne devait avoir été active pendant les 50 000 dernières années. Les critères ont été revus en 2006 et la faille ne doit pas avoir été active pendant 130 000 ans. La faille est dans une couche géologique

qui date de 120 000 à 130 000 ans. C’est seulement maintenant, après l’accident de Fukushima, que le problème est pris en compte…

L’exploitant, Hokuriku Electric, qui vient de remettre un rapport d’étape sur cette faille, prétend que le cisaillement observé est dû à l’érosion des marées et qu’il n’y a pas de problème. Le rapport final est prévu pour juin 2013.

La NRA a proposé d’osculter les couches géologiques des 400 000 dernières années si l’on n’a pas assez de données.

Lundi 10 décembre, la campagne de réduction de 7% de la consommation d’électricité à Hokkaïdô a débuté ce jour.

Comme prévu, les experts mandatés par la NRA se sont réunis aujourd’hui pour faire le point sur la faille qui passe sous la centrale de Tsuruga dans la province de Fukui sur la côte de la Mer du Japon. La faille qui passe directement sous le réacteur n°2 est bien considérée comme active et la NRA ne peut donc pas donner son feu pour un redémarrage.

Le réacteur n°1, le plus vieux réacteur commercial du Japon, a 43 ans.

Comme le gouvernement actuel veut arrêter les centrales au bout de 40 ans, c’est peut-être la fin pour lui. Quant au n°2, il a été mis en service en 1986.

Ils sont exploités par la Japan Atomic Power Company.

Mardi 11 décembre, retour sur la faille de Tsuruga pour laquelle un schéma très explicite a été publié dans l’Asahi : la faille Urasoko, qui passe à 200 m des réacteurs est active. La question est de savoir si les lignes de faille qui passent sous les réacteurs peuvent bouger si la faille Urasoko bouge. La ligne de faille D1, qui passe directement sous le réacteur n°2, aurait été active en même temps qu’Urasoko par le passé selon l’expertise menée par le groupe mandaté par la nouvelle autorité de sûreté, la NRA. Ils sont unanimes pour Tsuruga, contrairement à Ôï. On peut donc considérer qu’elle est active, selon le président de ce groupe. La faille Urasoko pourrait déclencher un séisme plus puissant que celui qui a ravagé Kôbé en 1995.

Les documents de la NRA sont ici en japonais. Des vues sont ici.

Lors de la conférence de presse, un journaliste a demandé aux experts comment ils avaient pu conclure aussi vite alors que l’exploitant n’a rien vu pendant tant d’années. Le président du groupe a répondu :

« Après tout, l’exploitant de l’installation se trouve dans une position très délicate, en particulier ceux qui font les études peuvent être placés dans une position très délicate, je suppose. Fondamentalement, [l’exploitant] poursuit les études afin de prouver que ce n’est pas une faille active, et tant qu’il ne peut pas le prouver, il continue, pour ainsi dire. C’est une position tout à fait différente de la nôtre. »

En 1966, quand l’autorisation de construire le premier réacteur a été demandée, la faille n’était pas connue. Elle a été reconnue active en 1991 dans un article scientifique, quelques années après le démarrage du deuxième réacteur en 1987. Mais l’exploitant a continué à nier le danger et a même demandé, en 2004, l’autorisation de construire les réacteurs 3 et 4. Ce n’est qu’en 2008 que l’exploitant, Japan Atomic Power Co. (JAPC), a admis qu’Urasoko était active. Mais pas les lignes de faille qui passent sous le réacteur n°2.

JAPC a envoyé une lettre ouverte à la NRA, dénonçant le caractère peu scientifique de l’expertise menée et demande des explications. L’enjeu financier est grand pour elle qui n’a que 3 réacteurs, 2 à Tsuruga qui sont probablement condamnés et un à Tôkaï dans la province d’Ibaraki. JAPC vend l’électricité qu’elle fournit aux compagnies d’électricité proches de ses réacteurs qui la revendent aux clients. Temps que la production d’électricité est suspendue, les grandes compagnies d’électricité doivent, par contrat, payer la maintenance des réacteurs. Mais si les réacteurs sont définitivement arrêtés, elles ne payeront plus et JAPC sera dans situation financière difficile. Le maire de Tsuruga, les yeux rivées sur ses rentrées financières, est aussi très inquiet et n’exclut

pas que des études ultérieures confirment la sûreté de la centrale.

Bien que la NRA n’a pas le pouvoir de demander l’arrêt définitif de cette centrale, il a le pouvoir de ne pas l’autoriser à redémarrer.

L’exploitant va conduire d’autres études pour tenter de prouver que sa centrale est sûre.

D’autres centrales pourraient se trouver dans une situation similaire dans l’avenir, celle de Shika dans la provice d’Ishikawa et celles de Mihama, Ôï et le surgénérateur Monju dans la province de Fukui. Il y a aussi Higashidôri dans le Nord-Est. A chaque fois les exploitants prétendent aussi que les failles ne sont pas actives. Et les autorités ont toujours pris leurs affirmations pour argent comptant dans le passé. Qu’en sera-t-il maintenant que leur crédibilité est remise en cause ?

Cette révélation sur les failles à Tsuruga constituent un choc pour le Japon.

Jeudi 13 décembre, alors qu’une conférence internationale organisée par l’AIEA est prévue ce week-end à Kôriyama, dans la province de Fukushima. Une contre conférence est organisée à Tôkyô par des associations qui demandent l’arrêt définitif de l’industrie nucléaire. Une autre est aussi organisée à Kôriyama par les maires opposés au nucléaire. Une manifestion est aussi prévue à Tôkyô dans le parc Hibiya et le lendemain à Kôriyama. Le dimanche 16, les Japonais sont aussi appelés aux urnes.

Le ministère des sciences et technologies espère toujours pouvoir sauver le surgénérateur Monju alors qu’il ne marche pas, qu’il est proliférant, qu’il est probablement sur une faille active, que la culture de sûreté y est absente… Bref, il est très dangereux, mais il peut produire du plutonium de qualité militaire… Le ministère a tenté d’établir un programme de recherche pour pouvoir justifier la poursuite du programme.

La NRA vient d’intimer aux exploitants de Monju d’améliorer la sûreté et de résoudre les graves problèmes de maintenance qui ont été constatés.

Après Ôï et Tsuruga, c’est au tour des failles sous la centrale de Higashidôri dans la province d’Aomori d’être oscultées par le groupe d’experts mis en place par la NRA. Le long de la faille s-19, il y a eu un déplacement de 90 cm. L’exploitant, Tohoku Electric Power Company, prétend que ce n’est pas dû à l’activité sismique mais à un gonflement des couches suite à l’absorption d’eau. Les experts ont de sérieux doutes sur cette explication. Après l’inspection, ils pensent plutôt que le mouvement est dû à une faille active proche. L’inspection

continue vendredi et le verdict est attendu dans une semaine.

Après s’être trompée à plusieurs reprises et dans ses corrections, la NRA vient de publier de nouvelles cartes de prédiction de l’impact des retombées radioactives en cas d’accident majeur dans chacune des 17 centrales nucléaires du pays. Les plus grands changements sont pour les centrales de Genkaï (province de Saga) et de Sendaï (Kagoshima), toutes deux sur l’île de Kyûshû et pour la centrale de Tomari à Hokkaïdô. A Kyûshû c’est la rose des vents qui était fausse et à Hokkaïdô, les précipitations.

Les nouvelles cartes, qui ont toutes dues être corrigées sont ici en japonais.

Ces cartes sont basées sur le critère d’évacuation de l’AIEA qui est de 100 mSv la première semaine. Mais la NRA veut fixer un seuil deux fois plus faible comme critère, ce qui correspond à un débit de dose de 500 microsieverts par heure à partir duquel l’évacuation serait ordonnée. Ce débit de dose a été mesuré jusqu’à 6 km de Fukushima daï-ichi dès le 12 mars 2012.

Le groupe d’experts qui a fait des recommandations propose aussi de restreindre la consommation de nourriture et d’eau locales dès 0,5 microsievert par heure. Des recommandations plus complètes sont prévues pour la fin du mois.

Vendredi 14 décembre, après le deuxième jour d’inspection à la centrale de Higashidôri dans la province d’Aomori, les experts mandatés par la NRA ne peuvent pas exclure que les deux failles soient actives. Ils sont unanimes et il n’est pas nécessaire de faire des études complémentaires. L’exploitant précise que ces failles ne passent pas directement sous les réacteurs ou des équipements importants pour la sûreté. Encore une

centrale à l’avenir difficile…

Samedi 15 décembre, début de la conférence internationale organisée par l’AIEA et le gouvernement japonais. Que des bonnes intentions et de la langue de bois. Voir par exemple l’intervention de la France : nous sommes parfaits et nous invitons les autres à nous imiter…

La NRA a échangé ses vues sur la sûreté des réacteurs nucléaires avec les 3 experts internationaux qu’elle a nommés pour la conseiller. Parmi eux, il y a A-C Lacoste qui présidait l’ASN française jusqu’à la mi-novembre 2012. Pour le président de la NRA, la culture de sûreté de l’industrie japonaise n’est pas suffisante et il n’y aura pas de redémarrage sans progrès significatifs. La politique de l’industrie nucléaire japonaise est d’appliquer les règles, sans plus, et ce n’est pas acceptable. Ce qu’il ne dit pas c’est qu’elle faisait aussi du lobbying intense pour que ces règles soient le moins contraignantes possible.

Dimanche 16 décembre, la droite conservative a repris le pouvoir au Japon suite aux élections : avec 43% des voix, elle raffle 79% des sièges. La participation n’était que de 59,32%.

Le parti libéral démocrate (PLD), qui vient de remporter les élections, a toujours soutenu l’énergie nucléaire lors de la campagne électorale. Mais un sondage du Asahi montre que la question nucléaire n’a pas été primordiale dans le choix des électeurs : 16% de ceux qui veulent l’arrêt immédiat du nucléaire ont voté pour le PLD. Il a aussi recueilli 43% des voix de ceux qui veulent une sortie graduelle de la production d’électricité nucléaire.

Mardi 18 décembre, le conseil municipal de Hakodaté (Hokkaïdô) a voté une enveloppe financière de 23 millions de yens pour aller en justice afin d’arrêter la construction de la centrale d’Ôma dans la province d’Aomori.

Mercredi 19 décembre, l’industrie nucléaire, qui n’en finit jamais de « renaître », reprend le sourire suite au retour de la droite conservatrice au Japon. Les compagnies minières australiennes extrayant de l’uranium applaudissent.

Les actions des compagnies d’électricité repartent à la hausse. Le directeur du surgénérateur expérimental Monju redevient arrogant :

après avoir été tancé par la nouvelle autorité de sûreté, la NRA, pour des failles sérieuses dans la maintenance, il explique que cela se réduit à des « problèmes de formalités qui peuvent arriver ». Le Président de la NRA a trouvé la remarque très « inappropriée » et va alerter le ministère des sciences et technologie qui a la tutelle de la Japan Atomic Energy Agency qui aimerait bien réussir à exploiter le réacteur.

La NRA, très critiquée lors de sa mise en place, a fait montre d’une fermeté inhabituelle face à l’industrie nucléaire japonaise. Il se peut que de nombreux réacteurs ne soient pas autorisés à redémarrer. Que va faire le nouveau pouvoir ? Tenter de la museler ? Il en a les moyens car la nomination des 5 sages de la NRA n’a pas été approuvée par le parlement. Il faudra qu’elle repasse par le parlement.

Jeudi 20 décembre, la NRA doit redéfinir entièrement le référentiel de sûreté avant d’aller inspecter les réacteurs pour vérifier s’ils sont conformes ou non. La procédure prend plus de temps que prévu et l’inspection ne commencera pas avant juillet 2013. Le président de la NRA veut que la redéfinition des standards de sûreté soit transparente et ouverte au public. Cela va aussi laisser du temps au compagnies à engager les travaux nécessaires. Et de toutes façons, même si les compagnies demandent un redémarrage rapide, les inspections ne peuvent pas commencer avant que les standards soient adoptés par la loi. Les débats peuvent être houleux.

Bref, le redémarrage n’est pas pour tout de suite, n’en déplaise au « village nucléaire » et aux marchés financiers.

Les experts mandatés par la NRA pour inspecter les failles sous la centrale de Higashidôri dans la province d’Aomori se sont réunis pour prendre position et ont conclu qu’elles pourraient être actives ! Une rencontre est prévue avec l’exploitant mercredi 26 décembre et une décision finale sera prise. Les réacteurs ou des pièces importantes pour la sûreté ne sont pas directement au dessus de ces failles, mais les travaux de renforcement de la résistance aux séismes pourraient prendre des années.

La faille F-3, en cause, passe à seulement 400 m à l’Ouest du bâtiment réacteur. La faille F-9 lui est parallèle. D’autres failles, pas encore inspectées, pourraient aussi être actives… Il y en a 10 en tout !

Un des membres du comité d’experts explique que l’exploitant doit se préparer à un séisme de magnitude 7 avec un épicentre sous la centrale.

Les deux autres réacteurs de l’explotant, Tôhoku Electric, sont à la centrale d’Onagawa, qui a été endommagée par le séisme du 11 mars 11.

Pas question de les redémarrer pour le moment.

Les travaux de construction de la centrale de Higashidôri ont commencé en 1998 et elle a été couplée au réseau en 2005. Au moment de la demande de permis de construire, l’exploitant avait reconnu que des strates avaient glissé, mais avait affirmé que c’était dû à un gonflement de l’argile lié à l’infiltration d’eau. En 2006, l’autorité de sûreté de l’époque, la défunte NISA, avait demandé de réévaluer le risque sismique et l’exploitant avait répondu en 2008 qu’il n’y a pas de faille active dans un rayon de 5 km autour de la centrale. La NISA avait accepté alors qu’il est maintenant clair que c’est faux. Kunihiko Shimazaki, qui préside le groupe d’experts, a déclaré « c’est notre diagostique commun que l’argument qu’il n’y a pas de faille active est complètement inacceptable ».

A qui le tour ? La faille F-3 passe sous le réacteur en construction de TEPCo à Higashidôri. L’avancement des travaux n’y est que de 10% et TEPCo n’a plus les moyens financiers de continuer le chantier.

Un peu plus loin, vers l’Ouest, il y a la centrale en construction d’Ôma où les travaux de construction ont repris. L’avancement y est de 40% environ. La faille qui passe sous la centrale pourrait être aussi active.

Par ailleurs, des géologues indépendants affirment que l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, sur la même péninsule de Shimokita, est située à proximité d’une faille active. Là, l’enjeu est moins grand car l’usine ne fonctionne toujours pas, plus de 5 ans après la fin des travaux… Il y a aussi un centre d’entreposage provisoire du combustible usé en construction.

Plus inquiétant encore, c’est la faille Nord-Sud du plateau continental qui fait 80 km de long au large de la péninsule où sont ces installations nucléaires. Elle pourrait déclencher un séisme de magnitude 8,0 ou plus. Bref, c’est toute la sûreté de la péninsule qui est à revoir.

Vendredi 21 décembre, la NRA, qui n’en fini plus de trouver des failles actives se trouve démunie face au problème. Quel critère accepter ? A Tsuruga, la faille incriminée passe directement sous la centrale, ce qui est interdit par la loi. Il est facile de conclure. En revanche à Higashidôri, elles passent à proximité. Comment décider ? Quelles exigences demander aux exploitants ? Quel est l’effet d’une faille qui passe à 200 m ? La méthode d’évaluation des failles situées à moins de 1 à 2 km reste à établir.

Il est d’autant plus important d’y voir plus clair que ce n’est pas fini, d’autres failles actives vont être trouvées ? Cela va prendre du temps et les réacteurs ne redémarreront pas de si tôt !

Quant aux compagnies d’électricité, elles commencent à dire que les experts sont anti-nucléaires… Faute d’argument, on dénigre ses critiques.

Chubu Electric, exploitant de la centrale de Hamaoka arrêtée en mai 2001 sur ordre du premier ministre, a décidé de rehausser la nouvelle digue en construction : elle va passer de 18 à 22 m. Cela lui coûterait environ 150 milliards de yens (1,4 milliards d’euros). Ce sont les études de l’exploitant qui ont montré que la vague pourrait atteindre 21,4 m. La marge est donc extrêmement faible ! Il a aussi estimé qu’une brèche d’un kilomètre de long était possible, ce qui entraînerait de 1 à 3 m d’eau dans les réacteurs 3 et 4, et jusqu’à 6 m dans le 5.

Le problème de cette centrale en cas d’accident, c’est que les principaux axes de communication entre l’Est et l’Ouest du pays (autoroute, shinkansen…) seraient coupés. De l’eau de mer a pénétré dans le coeur du réacteur n°5, érodant une partie.

Samedi 22 décembre, la carte sismique mise à jour par les autorités japonaises met en évidence une augmentation du risque sismique dans l’Est du Japon par rapport à la version précédente qui date de 2010.

C’est à Shizuoka, que la probabilité de survenue d’un tremblement de terre majeur est la plus forte, avec 89,7% dans les 30 ans à venir.

Suivie par Tsu (Mié) et Chiba. A Mito, capitale d’Ibaraki elle est passée de 31,0 à 62,3% à cause du risque de répliques après le séisme du 11 mars 11. Pour la centrale voisine de Tôkaï, c’est passé de 34,1 à 67,5%.

Avec l’arrivée prochaine du nouveau gouvernement, prévue le 26 décembre, la presse japonaise en anglais s’intéresse à nouveau aux manifestations du vendredi devant la résidence du premier ministre (site des organisateurs). La veille, c’était la 36ième. Ils étaient un millier selon la police reprise par l’Asahi. Des manifestations similaires ont lieu à Ôsaka ou Fukuoka devant le siège des compagnies d’électricité. Le slogan est toujours « saïkadô hantaï » (再稼働「反対」), « non au redémarrage ».

Mardi 25 décembre, un groupe de citoyens a déposé une pétition auprès des autorités locales de Niigata pour réclamer une référendum sur le nucléaire. C’est la centrale de Kashiwazaki-Kariwa exploitée par TEPCo et ses 7 réacteurs qui est visée.

Deux centrales nucléaires sont déjà sur la sellette car situées sur ou à proximité de failles actives. D’autres pourraient suivre. Pour ces deux premières centrales, de Tsuruga (Fukui) et Higashidôri (Aomori), il y a aussi 815 tonnes de combustible usé entreposées. Est-ce que le système de refroidissement tiendra en cas de séisme ? Les exploitants, qui nient que les failles soient actives, affirment qu’il n’y a aucun problème.

La prochaine centrale à être inspectée à partir de vendredi 28 décembre est celle d’Ôï où deux réacteurs sont en fonctionnement. Il y a là 262 tonnes de combustible usé.

Mercredi 26 décembre, les experts qui ont inspecté les failles de la centrale de Higashidôri se sont réunis avec l’exploitant et ont rejeté, à l’unanimité, les arguments de la compagnie Tohoku Electric que les failles ne sont pas actives.

L’exploitant maintient sa position, mais la centrale ne sera pas autorisée à redémarrer avant longtemps.

Vendredi 28 décembre, les experts de la NRA étaient divisés sur les failles qui passent sous des parties importantes pour la sûreté de la centrale d’Ôï, la seule en fonctionnement. Lors de la dernière inspection en novembre, il y avait consensus pour dire qu’il y a eu un mouvement, mais il n’y avait ps concensus sur la cause. Ils ont donc commandé des études complémentaires qui consistent à creuser plus pour pouvoir osculter la géologie. Même si les travaux ne sont pas terminés, de nouvelles inspections ont débuté.

Si la faille est jugée active, les deux réacteurs en fonctionnement seront arrêtés car la prise d’eau en mer passe au-dessus de la faille.

A l’issue de la première journée, les experts pensent qu’il est toujours difficile de juger et que le creusement d’une autre fosse est nécessaire. Il y en a pour des mois.

Samedi 29 décembre, le parlement japonais a décidé de mettre en place une commission permanente sur le nucléaire qui aura, notamment, comme mission de surveiller l’autorité de sûreté et la politique gouvernementale.

Après deux jours d’inspection supplémentaire des failles de la centrale d’Ôï, la seule en fonctionnement, les doutes ne sont pas levés et les cinq experts mandatés par la NRA ont besoin de mener des expertises complémentaires pour se faire une opinion sur l’origine du mouvement observé. Pour quatre d’entre eux, on ne peut pas exclure que la faille soit active. Et l’un d’entre eux pense que ce qui a été observé pourrait être dû à un glissement de terrain.

Une réunion de synthèse est prévue bientôt, dans les premiers jours de l’année 2013.

L’exploitant maintient la thèse du glissement de terrain, bien entendu.

Le 24 mai dernier, le quotidien Maïnichi avait révélé que la Japan Atomic Energy Commission (JAEC), qui avait été chargée de repenser entièrement la politique nucléaire du pays, avait soumis le projet de rapport à tous les exploitants nucléaires lors d’une réunion secrète qui s’est tenue le 24 avril, et ceci, avant même que le rapport soit soumis au comité pleinier de la commission. L’exploitant de l’usine de retraitement, qui aurait dû démarrer il y a 5 ans sans ses nombreux problèmes, était présent pour défendre son industrie. Il n’y avait aucun contradicteur. (Voir l’entrée « 24 mai » dans la rubrique « Arrêt du nucléaire et situation énergétique »).

Ce même quotidien révèle maintenant que le rendu de la réunion secrète a été falsifié avant une conférence de presse du gouvernement. Le Maïnichi a obtenu des emails grâce à la loi sur l’accès aux documents administratifs. A 7h56, le 24 mai, le chef de Cabinet de l’époque, Osamu Fujimura, a demandé à son administration, pour 10h00, des éléments de réponse aux questions auxquelles il devrait faire face suite aux révélation du Maïnichi. A 9h59, il reçoit un mail de son administration qui nie que le document ait été modifié à la demande des exploitants. A 10h33, il reçoit un autre mail avec les documents avec des garanties que le document n’a pas été discuté lors de la réunion secrète. A 11h08, lors d’une conférence de presse, Osamu Fujimura déclare que le rapport n’a pas été modifié durant la réunion secrète. Il a seulement été distribué sans être discuté.

Pourtant, des sources proches du groupe de travail affirment au Maïnichi que la Japan Nuclear Fuel Ltd., qui espère pouvoir exploiter l’usine de retraitement de Rokkashô, a appelé à un soutien à la politique de retraitement. Et le Maïnichi a eu accès à des mails plus anciens qui viennent conforter sa thèse : le 4 mai 2012, un mail de l’administration mentionne que « de nouveaux commentaires de la Fédération des Compagnies d’Electricité du Japon sont arrivés, et qu’ils sont déjà reflétés dans le projet de rapport. » La Maïnichi a donc demandé les commentaires envoyés et les changements effectués dans le rapport, en vain pour le moment.

Le mandat des 5 membres de la JAEC expire le 5 janvier prochain. Le précédent gouvernement avait dit vouloir la réformer, mais n’a rien fait. L’actuel gouvernement n’a rien dit et il se peut donc que les 5 membres soient reconduits automatiquement…

Lundi 31 décembre, dans une interview télévisée sur la chaine TBS, le premier ministre a exprimé sa volonté d’autoriser la construction de nouveaux réacteurs nucléaires plus sûrs que ceux de Fukushima. Il ne s’agit que d’une déclaration d’intention pour le moment car personne n’est prêt, au Japon, à accepter un tel projet. Le partenaire gouvernemental, le nouveau Komeito, y est opposé.

Mardi 1er janvier 2013, selon le Maïnichi, plus de 10 centrales nucléaires japonaises ne sont pas aux normes en ce qui concerne la protection contre les incendies. Il y a, par exemple, des cables électriques inflammables ou des équipements importants pour la sûreté trop proches l’un de l’autre. Il s’agit de réacteurs dont l’autorisation de construction date d’avant 1975. Tous les exploitants concernés n’ont pas jugé utile d’appliquer les nouvelles règles aux anciennes unités et les autorités ne les ont pas obligés.

Il n’y a pas de statistiques officielles, mais le quotidien a interrogé les exploitants. Il ressort que des cables électriques utilisant des matériaux inflammables comme le vinyl ou le polyéthylène sont utilisés dans 13 réacteurs (sur 50). Les exploitants se veulent rassurants, comme d’habitude, et expliquent que ces cables sont recouverts d’agents ignifuges, mais le ministère de l’industrie et l’autorité de sûreté, la NRA, ne valident pas ces arguments. L’intérieur peut être endommagé en cas d’incendie et l’on ne connaît pas leur tenue au vieillissement.

Pour certains réacteurs, ce sont des équipements indispensables à la sûreté qui ne sont pas aux normes anti-incendie ! Alors que ces équipements doivent être redondants, les cables qui les câbles électriques qui les alimentent sont trop proches. Les pompes de refroidissement sont aussi trop proches l’une de l’autre et peuvent prendre feu simultanément. Là encore, plus de 10 réacteurs sont concernés.

La NRA veut inclure la séparation des systèmes dans ses nouvelles règles de sûreté et imposer des cables électriques résistant au risque incendie. Les coûts de remise aux normes pourraient être trop élevés pour certains réacteurs et le ministère de l’industrie anticipe l’arrêt définitif de quelques uns. Il y a, en effet, dans un réacteur nucléaire, de 1 000 à 2 000 km de cables, dont quelques centaines très importants pour la sûreté.

Le problème de vieillissement des cables électriques est majeur pour tous les réacteurs de la planète. En France EdF refuse de donner des bouts de cable issus du démantèlement à l’IRSN pour que l’institut puisse étudier leur vieillissement…

Jeudi 3 janvier, la presse japonaise revient sur une pratique des compagnies d’électricité pour faire accepter le nucléaire : la distribution d’argent ! Selon l’Asahi, en 2011, 14 provinces ont distribué 7,6 milliards de yens (67 millions d’euros) à 1,03 million de foyers, sans compter la province de Fukui qui concentre le plus grand nombre de réacteurs, mais qui ne compile pas de statistiques. Les sommes ne sont pas élevée, de 2 172 à 36 000 yens (19 à 316 euros), mais ce sont les consommateurs qui payent. Le nombre de personnes qui refusent est faible, mais a doublé depuis le mars 2011. Certaines municipalités ont aussi arrêté de distribuer cet argent.

En 2002, les compagnies d’électricité ont établi une liste de ceux qui refusent et les ont classé comme opposants au nucléaire. Cette liste a été transmise aux autorités locales. Refuser necessite des démarches et une mise à l’index. La majorité accepte donc l’argent, mais n’en pense pas moins. Ce système date de 1981.

Les universités ne sont pas en reste : 8 universités d’Etat (il y a de nombreuses universités privées au Japon) qui ont un département d’ingéniérie nucléaire, ont reçu 1,74 milliards de yens (15 millions d’euros) de l’industrie nucléaire en 2011. L’argent est en majorité destiné à des programmes de recherche, mais les bénéficiaires sont parfois ceux qui participent aux groupe de travail de l’autorité de sûreté (la NRA) pour établir le nouveau référentiel de sûreté. TEPCo a arrêté de soutenir la recherche après mars 2011.

Lundi 7 janvier, avec le froid qui règne actuellement au Japon, Hokkaido Electric Power Company a étendu sa campagne d’économie d’énergie. Elle demandait aux consommateurs de baisser leur consommation de 7% entre 16 et 21h.

C’est entre 8 et 21h à partir de ce jour. La situation pourrait être tendue en cas de panne sur une unité de production.

Mercredi 9 janvier, la nouvelle autorité de sûreté nucléaire, la NRA, devrait débattre, ce vendredi 11 janvier, du nouveau référentiel de sûreté, qui devrait être rendu public avant la fin du mois. Les investissements de mise aux nouvelles normes pourraient être colossaux. Un redémarrage contre promesse de travaux pourrait être autorisé. Le premier ministre espère que ce processus ne prendra pas plus de 3 ans pour tous les réacteurs. Le président de la NRA est moins optimiste et pense que cela prendra plus longtemps.

Et d’ajouter, que toutes les installations nucléaires sont concernées, comme les usines de retraitement.

De toutes façons, de nombreux réacteurs ne pourront probablement jamais redémarrer, comme nous l’avons déjà vu. Ne serait-ce qu’à cause des failles et des câbles électriques inflammables.

Le gouvernement devrait allouer 12 milliards de yens (100 millions d’euros) supplémentaires pour renforcer les hôpitaux, hospices et écoles dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires. Des dosimètres y seront aussi installés. Les portes et les fenêtres devront être étanches, et la ventilation dotée de filtres. Suivant les nouvelles règles de sûreté en préparation, les habitants dans un rayon de 5 km doivent être évacués, mais pour les personnes fragiles qui ne peuvent se déplacer par elles-mêmes, un confinement temporaire dans un bâtiment renforcé est envisagé.

L’évacuation d’urgence de patients alités avaient entraîné de nombreux décès en mars 2011.

Jeudi 10 janvier, le groupe qui avait organisé des manifestations anti-nucléaire de masse annonce une nouvelle manifestion le 9 mars à Tôkyô, à l’occasion du deuxième anniversaire du déclenchement de la catastrophe. Le prix Nobel de littérature, K. Ôé fait partie des organisateurs.

Le gouverneur de Fukushima a réitéré sa demande et celle de ses administrés de voir tous les réacteurs nucléaires de Fukushima daï-ichi et daï-ni démantelés, pas seulement les réacteurs 1 à 4 de Fukushima daï-ichi. Le président de TEPCo est resté évasif et ne s’est pas engagé. TEPCo décidera de manière globale, en cohérence avec la politique nationale en matière nucléaire…

Il est déjà incroyable que TEPCo soit toujours autorisée à exploiter des centrales nucléaires et puisse un jour redémarrer sa centrale de Kasiwazaki-Kariwa. On retire le permis de conduire à un chauffard. Mais alors, pour les réacteurs de Fukushima, qui ont été inondés par le tsunami, cela devient de la folie.

Vendredi 11 janvier, première manifestation anti-nucléaire du vendredi de l’année devant le cabinet du premier ministre. Une telle tenacité est impressionante.

Samedi 12 janvier, comme annoncé, la NRA a discuté du nouveau référentiel de sûreté. Selon la presse elle compte imposer :

– la construction d’une deuxième salle de contrôle à distance pour remplacer celle à proximité des réacteurs en cas d’accident, ainsi que de gérérateurs électriques et de pompes ;

– des filtres doivent être installés pour limiter les rejets radioactifs en cas rejets gazeux pour dépressuriser les réacteurs ;

– des camions pompier, pompe et générateur devront être stationnés ;

Ces nouveaux équipements devront être construits en conformité avec les règles anti-sismiques. Le nouveau référentiel de sûreté devrait être terminé à la fin du mois. Les compagnies d’électricité ne devront pas les avoir installés, mais seuelement s’engager à les installer, pour obtenir l’autorisation de redémarrage.

Dimanche 13 janvier, la NRA a prévu d’évacuer tous les habitants dans un rayon de 5 km en cas de problème dans une centrale nucléaire. Mais cela n’est pas forcément faisable. Il est donc prévu de renforcer le confinement pour les personnes qui ne peuvent pas déplacer seules (école, hôpitaux, hospices…). Pour certains sites, où la centrale est sur une péninsule étroite, ce n’est pas suffisant. Evacuer peut signifier s’approcher de

la centrale avant de fuir pour certaines personnes. C’est le cas, en particulier à Ôï, la seule centrale en fonctionnement (voir la carte).

5 provinces sont concernées (Miyagi, Shizuoka, Fukui, Ehimé et Saga).

La NRA va donc aussi reforcer les mesures de confinement de gymnases qui pourraient être transformés en centre d’accueil. 50 lieux d’accueil sont prévus.

Lundi 14 janvier, TEPCo veut lancer un appel d’offre pour la construction de centrales au charbon dont elle achèterait la production d’électricité pour la revendre. Selon une dépêche de l’agence Kyodo reprise par le Japan Times, ce choix est très critiqué. Le charbon contribue beaucoup plus à l’effet de serre que le gaz, par exemple. Et puis, la consommation d’électricité a fortement baissé et la population de la région de Tôkyô devrait baisser. Pourquoi faire investir ? TEPCo table sur une augmentation de la consommation car elle en a besoin pour gagner de l’argent. In fine, ce sont les consommateurs qui payeront les investissement inutiles.

Mercredi 16 janvier, la NRA, dans son nouveau référetiel de sûreté, va fixer les hauteurs minimales pour se protéger des tsunamis. Les compagnies devront donc engager des travaux. Elle va aussi étendre la définition de faille sismique active de « avoir bougé lors des 120 000 à 130 000 dernières années » à « avoir bougé lors des 400 000 dernières années ». Les nouvelles règles vont aussi imposer une étude détaillée du sous-sol qui influence l’amplitude des vibrations en cas de séisme.

Les tractations vont bon train à ce propos : selon le Maïnichi, dans une version de travail des nouvelles règles de sûreté datée de décembre 2012, il était écrit : « Les bâtiments réacteur peuvent être construits au-dessus de failles actives tant qu’elles ne constituent pas une menace grave pour la sécurité des installations ». Cette phrase a disparu du document discuté le 15 janvier 2013. La personne en charge du risque sismique parmi la NRA s’y est opposé sous le prétexte qu’il n’a pas été établi comment garantir que les failles ne constituent pas une menace grave.

Jeudi 17 janvier, les cinq experts de la NRA se sont à nouveau réunis à propos des failles sous la centrale d’Ôï et n’ont toujours pas réussi à se mettre d’accord, après plus de 4 heures de discussion. En cas d’unanimité sur l’activité des failles, il faudra arrêter l’unique centrale en fonctionnement. Outre, Kunihiko Shimazaki, de la NRA, qui préside le groupe, les 4 autres experts sont extérieurs à l’institution. Deux d’entre eux pensent que la faille n’est pas active et que les mouvements observés sont dus à des glissements de terrain, alors que les deux autres pensent que la faille est active. Un des membres a demandé que d’autres experts soient consultés.

Vendredi 18 janvier, dans sa lettre au Président Obama, The Bulletin of Atomic Scientists lui demande de décourager les Japonais à autoriser le démarrage de l’usine dite de retraitement de Rokkashô-mura à cause des risques de prolifération qu’elle représente.

Jusqu’à maintenant, l’administration américaine a plutôt fait pression sur le Japon pour qu’il s’entête dans cette voie, même si l’usine de fonctionne pas à cause de problèmes techniques insolubles depuis 5 ans.

Le ministre de l’industrie japonais vient de rassurer le gouverneur de la province d’Aomori où il y a l’usine de Rokkashô : il veut poursuivre la voie du ‘retraitement’. Le gouverneur avait menacé de ne plus accepter l’entreposage de combustibles usés si le gouvernement abandonnait ce qu’il voyait comme une source de revenus. De nombreuses centrales ont leur piscine de combustible usé pleines ou quasi-pleines.

L’abandon du site d’entreposage centralisé impliquerait que plusieurs d’entre elles devraient s’arrêter.

Samedi 19 janvier, selon le Maïnichi, la NRA veut imposer des filtres sur les réacteurs nucléaires pour retenir une partie de la radioactivité en cas d’évent des réacteurs.

Pour les 26 réacteurs à eau bouillante, ces filtres devraient être installés avant le redémarrage, ce qui va prendre plusieurs années.

En ce qui concerne les réacteurs à eau sous pression, qui ont une enceinte de confinement beaucoup plus volumineuse, la NRA pourrait autoriser le redémarrage sans les filtres, mais imposer leur installation dans un délai qui reste à définir. Les deux seuls réacteurs en fonctionnement, à Ôï, sont de ce type.

Les réacteurs de Fukushima daï-ichi étaient à eau bouillante.

Lundi 21 janvier, la nouvelle autorité de sûreté japonaise s’est mise d’accord sur un nouveau référentiel de sûreté lors de la réunion de ce jour. C’est ici en japonais.

Ces propositions de standards plus sévères vont être soumises aux commentaires publics avant de faire l’objet d’une loi, en principe avant l’été.

Les mesures phare ont déjà été présentées dans cette chronique (filtres, câbles électriques, sources électriques…).

Mercredi 23 janvier, l’assemblée régionale de Niigata a refusé d’organiser un référendum sur le redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa exploitée par TEPCo. Le gouverneur regrette cette décision.

Jeudi 24 janvier, les deux seuls réacteurs nucléaires en fonctionnement, redémarrés en juillet 2012, seront à nouveau arrêtés pour maintenance après 13 mois, en septembre 2013. Les autres réacteurs n’auront probablement pas redémarrés et ceux d’Ôï devront être remis aux normes si la faille est déclarée non active. Dans la cas contraire, ils seront arrêtés définitivement.

Si le nouveau référentiel de sûreté est adopté rapidement et si ces deux réacteurs ne satisfont pas les nouvelles normes, ils seront arrêtés avant, a expliqué le président de la NRA.

Dans tous les cas, le Japon devrait connaître un nouvel arrêt complet de son parc nucléaire.

Il se pourrait bien que des failles qui passent sous la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, avec 7 réacteurs, soient considérées comme actives selon les nouveaux critères. Par exemple, la faille appelée bêta par l’exploitant, TEPCo, qui passe sous les réacteurs 1 et 2 a déplacé une couche de cendres volcaniques âgées de 240 000 ans. C’est plus vieux que l’ancienne limite fixée à 130 000 ans, mais plus jeune que la nouvelle, fixée à 400 000 ans. Cette faille doit donc être considérée comme active.

La NRA a décidé d’inspecter plus attentivement 6 centrales nucléaires où il y a des doutes sérieux sur l’activité des failles.

Kashiwazaki-Kariwa n’en fait pas partie…

Samedi 26 janvier, il fait très froid dans le Nord du Japon et il y a de fortes chutes de neige. Mais l’alimentation électrique a pu faire face.

Lundi 28 janvier, les experts de la NRA se sont réunis ce jour à propos de la faille sous la centrale de Tsuruga et ils confirment qu’elle est très probablement active. Ils se sont refusés de conclure définitivement, mais comme la faille passe directement sous le réacteur n°2, ce dernier devra être arrêté définitivement. Ils n’ont pas conclu pour la faille qui passe sous le n°1, mais comme il a plus de 40 ans, il ne devrait pas redémarrer non plus. « Si de nouvelles connaissances sont obtenues, la décision pourra être examinée. Cependant, au moins à ce stade, la faille sous la centrale est très probablement une faille active qui doit être prise en compte en termes de risques sismiques ». Le rapport doit encore être examiné par des experts extérieurs avant d’être définitif.

L’exploitant, Japan Atomic Power Company, a invité la presse la semaine dernière pour expliquer qu’il allait prouver le contraire. Il a déjà la conclusion avant d’avoir conduit les études ! Et comme nous l’avons déjà dit, il a intérêt à jouer la montre car l’argent continue de rentrer, même avec les réacteurs à l’arrêt. La compagnie avait reconnu, en 2008, que la faille Urazoko, qui passe à 250 m des réacteurs, est active. La question est de savoir si cette faille peut entraîner celles qui passent sous les réacteurs.

Le gouverneur veut inverser la charge de la preuve : ce n’est plus à l’exploitant de prouver que la faille n’est pas active, mais à la NRA de prouver qu’elle l’est…

Une partie de bras de fer est en train de se jouer entre les exploitants du nucléaire qui sont prêts à minimiser les risques pour le profit, comme si aucune leçon n’avait été tirée et l’autorité de sûreté. Cette dernière tiendra-t-elle ? Combien de réacteurs sont condamnés ?

Mardi 29 janvier, le gouvernement va soutenir 7 projets de production d’électricité à partir de sources thermales (onsen). Ce n’est pas beaucoup, mais c’est déjà un début.

La NRA a validé les nouvelles mesures de protection contre les séismes et les tsunamis. Pour les séismes, la proposition de considérer une faille active si elle a bougé ces 400 000 dernières années (contre 130 000 avant) est entérinée. Sont directement touchées par cette mesure, les centrales de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata) et Tomari (Hokkaïdô). Le fait que des failles proches puissent bouger ensemble va aussi être pris en compte. Cela touche la centrale de Tsuruga (Fukui) avec une faille proche reconnue active qui pourrait entraîner avec elle une autre faille qui passe sous le réacteur n°2.

Lors d’un séisme, l’amplitude du mouvement dépend aussi de la nature des sols. Cela devra aussi être étudié de près.

En ce qui concerne les tsunamis, une hauteur de vague de référence, considérée comme la plus haute possible, va être fixée pour chaque centrale. Les exploitants devront prévoir des protections par rapport à cette référence. Cela signifie élever des murs, mais aussi renforcer l’étanchéité les bâtiments qui abritent des équipements importants pour la sûreté. Le tsunami de référence sera déterminé à partir de l’activité sismique, bien-sûr, mais aussi en prenant en compte le risque de glissement de terrain ou d’éruption volcanique. Actuellement, il n’y a quasiment aucune référence au risque de tsunami dans les standards de sûreté actuels, car ils étaient considérés comme des effets collatéraux des séismes.

Le grouvernement va prendre la responsabilité de redémarrer ou pas les réacteurs nucléaires en fonction de l’avis de la NRA. Il va aussi tenter de convaincre les citoyens du bien fondé de sa décision.

Et c’est sans vergogne que le premier ministre a aussi déclaré que son pays allait devenir le leader mondial dans le recyclage des déchets radioactifs. Hahaha. Même s’il n’y a presque plus que la France à s’entêter dans cette technologie, le Japon n’a pas encore gagné car cela fait plus de 5 ans qu’il essaye, en vain, de démarrer son usine de retraitement…

Jeudi 31 janvier, retour à la centrale de Hamaoka arrêtée en mai 2011 sur ordre du premier ministre car située sur une faille : 400 m3 d’eau de mer avaient pénétré dans le bâtiment du réacteur n°5 lors de cet arrêt. A l’aide d’une caméra, l’exploitant, Chubu Electric Co, a repéré des traces de corrosion à l’intérieur du réacteur. La rouille aurait

attaqué l’acier sur plusieurs millimètres. C’est trop profond pour pouvoir être ponsé. L’exploitant espère toujours pouvoir redémarrer ce réacteur, mais les dommages pourraient être trop importants. D’autres contrôles vont être menés.

Vendredi 1er février, les compagnies d’électricité japonaises sont toutes dans le rouge à l’exception de celle d’Okinawa qui n’exploite pas de nucléaire et celle Hokuriku (Rikuden) qui a une faible part de nucléaire. Pourtant, elles pointent du doigt le coût élevé des hydrocarbures pour expliquer leur déficit et la presse transmet l’information sans critique. Ce qui coûte, ce sont les centrales nucléaires inutilisées. Et cela devrait durer encore longtemps car il va falloir les mettre aux nouvelles normes de sûreté, au prix d’un investissement énorme.

Dans le passé, il était facultatif de se préparer à un accident grave, cela va devenir obligatoire. Aucun réacteur japonais ne satisfait aux nouveaux critères. Ces nouveaux critères correspondent grosso-modo au référentiel de l’AIEA de 1996 qui n’avaient pas été appliqués au Japon.

Certains ont été appliqués dès les années 80 en Europe. Au-delà des règles, c’est aussi la culture de sûreté qui est défaillante au sein des entreprises qui n’appliquent que ce qu’on leur impose, comme si elles n’étaient pas responsable de la sûreté de leurs installations.

La situation est plus critique pour les réacteurs à eau bouillante qui ont une petite enceinte de confinement qui est donc plus sensible à une élévation rapide de la température et de la pression. Il y a 26 réacteurs à eau bouillante au Japon sur les 50 réacteurs de production d’électricité.

Les compagnies d’électricité font donc un lobbying intense pour assouplir les critères. Il y a maintenant obligation d’installer des filtres à particules radioactives sur les systèmes de relargage des gaz en cas d’accident. L’autorité de sûreté en veut deux et les compagnies ont essayé d’éviter la redondance. Finalement, un seul système sera obligatoire pour redémarrer, le second devra être installé par la suite. Pour les réacteurs à eau bouilante, ce système ne pourra pas être installé avant 2015.

Une partie de l’enjeu du bras de fer qui va s’engager entre les compagnies et les autorités concerne les mesures transitoires : quelles mesures minimales pour un redémarrage et quel calendrier pour les autres mesures ?

Kansaï Electric (KEPCo) a estimé à 285 milliards de yens (2,3 milliards d’euros) le coûts des investissements pour ses 11 réacteurs. A Hamaoka, rien que les protections contre les tsunami coûtent 150 milliards de yens (1,2 milliards d’euros).

Et c’est encore pour TEPCo que la situation est la plus critique d’un point de vue financier : elle compte sur le redémarrage rapide de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa mais ses 7 réacteurs sont à eau bouillante et 2 sur une faille sismique active… TEPCo n’a commencé à installer des filtres qu’à un réacteur seulement.

Tôhoku Electric est aussi dans une situation critique. Elle veut augmenter ses tarifs de 10%, mais comme elle couvre la zone sinistrée, c’est délicat.

Enfin, redémarrer un réacteur après un long arrêt de plusieurs années n’est pas une opération simple.

Certains membres du parti au pouvoir veulent donc faire pression sur l’autorité de sûreté.

Samedi 2 février, un membre de la NRA vient d’être limogé pour avoir transmis une version non validée du rapport sur les failles sismiques de la centrale de Tsuruga à l’exploitant, Japan Atomic Power Co., une semaine avant sa publication. Le rapport n’avait rien de confidentiel car il résumait les points de vue discutés lors de réunions ouvertes au public, mais cette pratique est jugée comme inacceptable par la NRA. Les nouvelles règles interdisent aux membres de la NRA de rencontrer les exploitants seuls, en dehors des urgences. Tetsuo Nayuki, un des directeurs de la NRA, a rencontré seul des représentants de Japan Atomic Power Co. et leur a transmis le rapport.

Il a lui-même prévenu sa hiérarchie après s’est rendu compte de sa faute. C’était la 5ième fois qu’il rencontrait seul des représentants de la Japan Atomic Power Co. lors de visites de ‘courtoisie’.

Il va retourner au MEXT, son ministère d’origine.

Les nouvelles règles pour les rencontres des exploitants avec des membres de la NRA imposent que le rendez-vous soit pris à l’avance, qu’il y ait au moins deux membres de la NRA présents et qu’il y ait un compte-rendu écrit de la rencontre.

Un violent séisme de magnitude 6,9 a secoué l’île de Hokkaïdô ainsi que le Nord de l’île principale. Les nombreuses installations nucléaires, toutes arrêtées, n’auraient pas été endommagées.

Lundi 4 février, l’expert de la NRA qui vient d’être renvoyé pour avoir eu transmis un rapport interne à l’exploitant de la centrale de Tsuruga avait déjà eu 7 réunions illégales avec cette compagnie (contre 5 annoncés précédemment).

Mercredi 6 février, le bras de fer continue entre les autorités et les exploitants du nucléaire à propos du nouveau référentiel de sûreté et de la période transitoire. Dans un éditorial, le Japan Times appelle la NRA à ne pas céder sur les critères à mettre en place et à n’accorder aucune période de grâce qui pourrait s’éterniser et laisser penser qu’il est possible d’exploiter des centrales nucléaires avec des normes au rabais.

Quant à la NRA, elle prétend que le Japon aura les critères les plus stricts du monde, ce qui reste à démontrer. Le pays est aussi un des plus sismiques de la planète.

Jeudi 7 février, un membre de la commission d’enquête parlementaire, Mitsuhiko Tanaka, accuse TEPCo d’avoir menti à la commission. La commission voulait inspecter le réacteur n°1, mais TEPCo a rétorqué que ce n’était pas possible car il faisait trop noir après que le réacteur ait été recouvert et que c’était trop dangereux. TEPCo a transmis une photo à la commission d’enquête qui datait prétenduement d’avant la mise en place de la couverture. Or cette photo date d’après la mise en place de la couverture et montre qu’il ne faisait pas si noir ! M. Tanaka demande donc au parlement de se saisir de cette affaire. TEPCo répond qu’elle a juste fait une erreur en datant la vidéo.

La commission voulait voir si le séisme seul avait endommagé des éléments clés en terme de sûreté. TEPCo dément, bien-sûr, et prétend que tout est dû au tsunami imprévisible. La réponse à la question est importante pour la sûreté des autres réacteurs. M. Tanaka, un ancien ingénieur du nucléaire, voulait vérifier par lui-même, avec d’autres membres de la commission, si un système de refroidissement de secours avait fuit à cause du séisme. Il avait donc prévu une visite les 5 et 6 mars 2012 suite à un témoignage de sous-traitants qui disaient avoir vu de l’eau au 4ième niveau du bâtiment réacteur. Mais il a dû renoncer suite aux déclarations de TEPCo. Il y a un enregistrement de la conversation du 28 février entre M. Tanaka et M. Tamaï de TEPCo, en présence d’autres membres de la commission. M. Tamaï a expliqué qu’il n’y avait pas assez de lumière et que si les membres de la commission se perdaient, ils pourraient se rendre dans des lieux avec de forts débits de dose et paniquer. Et de montrer une photo prétenduement datée d’avant la mise en place du chapiteau pour appuyer ses dires. Dans les faits, TEPCo n’a pas interdit l’accès à la commission, elle a juste été très persuasive pour convaincre M. Tanaka qu’il valait mieux renoncer à l’inspection. Avec des arguments fallacieux.

L’Asahi a découvert, de plus, qu’en fait, la couverture laisse passer environ 10 à 16% de la lumière du jour et il y a cinq lampes puissantes au mercure au sommet du chapiteau. C’est l’équivalent de l’éclairage des phares de plus de 40 véhicules… ET il y a 5 autres lampes de secours qui auraient pu être allumées.

La photo en question, prise 4 jours après la mise en place du chapiteau, est en ligne sur le site de TEPCo avec la date correcte. Elle est aussi sur le site du quotidien Asahi.

TEPCo a mis en ligne la vidéo montrée à la commission d’enquête le 18 octobre 2011 et précise que le caméraman a pris 9,44 mSv. Il est resté 55 min sur le site, dont 30 dans le bâtiment réacteur.

Incident inquiétant dans le réacteur n°3 de la centrale d’Ôï, un des deux seuls réacteurs en fonctionnement au Japon : le courant a été complètement coupé à 14h30 « par mégarde » par un stagiaire dans le bâtiment réacteur. Cela a duré une minute. Comment est-ce possible ? Il n’y a pas de sécurité ? Et si cela avait été une personne mal intentionnée ?

Les autorités régionales de Fukui, province qui est très dépendante du nucléaire, avec 14 réacteurs, vont étudier la possibilité de remplacer ces centrales par des installations gazières de production de gaz liquéfié ou d’électricité.

TEPCo a mis en ligne des informations sur les progrès réalisés dans la centrale de Fukushima daï-ni avec des photos.

C’est incroyable qu’elle continue à tenter de remettre en état des réacteurs noyés par de l’eau de mer très corrosive dans une province qui ne veut plus de nucléaire. L’arrogance et la politique du fait accompli continuent.

Vendredi 8 février, les membres de la NRA devraient être prochainement avalisés par le parlement.

L’exploitant du surgénérateur Monju a reconnu que des contrôles importants pour la sûreté n’avaient pas été menés contrairement à ce qui est écrit dans le rapport remis aux autorités le 31 janvier. L’an dernier, l’exploitant s’était déjà fait prendre alors qu’il n’avait pas contrôlé 9 847 pièces comme il aurait dû, conformément au règles de sûreté. Dans son rapport du 31 janvier 2013, il affirme que tout a été contrôlé, ce qui n’est toujours pas vrai ! En particulier, un générateur diesel de secours et un instrument de contrôle du débit de sodium n’ont pas encore été inspectés. L’exploitant vient d’annoncer qu’il a découvert les faits.

Samedi 9 février, Tetsuo Nayuki, un des directeurs de la NRA, qui a été renvoyé dans son ministère d’origine pour avoir transmis des documents internes à un exploitant nucléaire, aurait eu plus d’une trentaine de réunions privés avec des exploitants du nucléaire, en violation des nouvelles règles de l’autorité de sûreté. Certaines compagnies refusent d’en dire plus sur les discussions qui ont eu lieu lors de ces réunions secrètes.

KEPCo a conclu son inspection sismique de la centrale de Mihama (Fukui) que les 9 zones de fractures sous la centrale ne sont pas reliées à la faille active qui passe à proximité. L’inverse aurait été surprenant de la part de l’exploitant…

Il ne s’agit, pour le moment, que d’un rapport provisoire. Le rapport définitif est attendu pour la fin mars. La NRA ira ensuite inspecter le site.

Jeudi 14 février, la chambre basse du parlement a entériné la nomination des 5 sages de la nouvelle autorité de sûreté. La chambre haute devrait suivre.

La NRA a inspecté le surgénérateur Monju suite aux nombreux problèmes liés au rapport de sûreté de l’exploitant : plus de 9 800 irrégularités ont été détectées dans les procédures de contrôle.

Vendredi 15 février, la chambre haute a aussi approuvé la nomination des 5 sages de la NRA.

Samedi 16 février, actuellement, les compagnies d’électricité ont un monopole régional, mais le gouvernement veut libéraliser le marché, comme en Europe, en séparant la distribution et la production. Les compagnies d’électricité font un lobbying intense pour garder leurs privilèges. Entre l’arrêt prolongé des réacteurs et les financements énormes à mettre en oeuvre pour les mettre aux normes, ces compagnies ne sont plus aussi profitables. Elles ne veulent donc pas entendre parler de concurrence et reporter tous les coûts sur les consommateurs.

Lundi 18 février, le groupe d’experts de la NRA qui a osculté les failles sous la centrale de Higashi-dôri, dans la province Aomori, ont conclu qu’elles étaient probablement actives à la suite de la réunion de synthèse. Les cendres de volcan observées tendent à montrer que ces failles ont été actives à plusieurs occasions dans le passé, il y a moins de 110 000 ans. L’explication de l’exploitant, Tôhoku Electric, que les mouvements sont dus à un gonflement par absorption d’eau n’a pas été retenue par les experts. L’étude de l’exploitant est qualifiée d’insuffisante. Le comité va consulter d’autres experts et rendre son rapport final à la NRA.

La faille la plus proche passe à 200 m environ des réacteurs. 8 autres failles qui passent sous le site de la centrale sont liées. Légalement, la compagnie n’est donc pas obligée d’arrêter définitivement sa centrale, mais elle devra renforcer ses résistances sismiques. Dans son argumentaire pour obtenir l’autorisation d’augmenter ses tarifs, elle prévoyait de redémarrer cette centrale en juillet 2015. De tels délais sont intenables maintenant.

Mais la faille f1, qui passe directement sous la prise d’eau, a pu être active. Il faut donc mener des études complémentaires car il y a des signes de mouvements. Si c’est le cas, la centrale ne pourra pas redémarrer.

L’exploitant maintient donc, sans plus d’argument, que les failles ne sont pas actives. Et d’annoncer des études pour démontrer ses dires.

Etonnants ces exploitants qui connaissent les conclusions des études avant de les avoir menées…

Sale temps pour l’industrie nucléaire japonaise qui voit, une fois de plus, sa parole et son expertise complétement discréditées.

A la centrale d’Ôï, la seule en fonctionnement, KEPCo va creuser une nouvelle tranchée pour continuer d’osculter les failles car il n’y a pas concensus. Le rapport de la compagnie est prévu pour juillet 2013.

Selon un sondage du quotidien Asahi, il y a toujours 70% des Japonais qui souhaitent un abandon du nucléaire :

– 13% tout de suite

– 24% avant 2030

– 22% dans les années 2030

– 12% après les années 2030.

18% veulent garder le nucléaire. Les 11% restant ne se prononcent pas.

155 autres personnes ont porté plainte contre Chubu Electric et l’Etat pour obtenir l’arrêt définitif de la centrale de Hamaoka. Il y a 336 plaignants maintenant.

Mardi 19 février, Japan Atomic Power Co (JAPC), qui exploite la centrale de Tsuruga, située sur une faille considérée comme active par les experts de la NRA et qui ne peut donc plus redémarrer, continue d’arroser les pouvoirs locaux pour gagner leurs soutiens. Elle vient de faire un don de 700 millions de yens (5,6 millions d’euros) à la municipalité de Tsuruga pour construire une route entre le centre ville et la centrale arrêtée.

JAPC s’était engagée à payer cette route en 2002, en prévision de la construction de deux tranches supplémentaires. Mais il est quasiment impossible que ces deux réacteurs, n°3 et 4, voient le jour. Le réacteur n°1 a dépassé l’âge de 40 ans et le n°2 est sur une faille active.

Mais la compagnie, qui reçoit de l’argent des compagnies d’électricité clientes, continue à faire des bénéfices et peut se permettre de faire des dons. Pendant ce temps là, les compagnies d’électricité clientes, dont KEPCo, demandent à augmenter leurs tarifs. Une partie va donc servir à la construction de routes inutiles… à moins qu’elle ne serve au démantèlement.

Mercredi 20 février, avant le 11 mars 2011, le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires de production d’électricité répartis dans 18 centrales. 34 sont des réacteurs à eau bouillante et 20 des réacteurs à eau sous pression.

Voir la page wikipedia pour plus de détails.

4 de ces réacteurs (à eau bouillante) ont été déclassés après la catastrophe et le pays ne compte plus, officiellement, que 50 réacteurs. Aucune centrale ne satisfait aux nouvelles normes de sûreté et de nombreux réacteurs ne redémarreront probablement jamais.

Petit tour en suivant le tableau wikipédia qui commence par les réacteurs à eau bouillante (REB) :

– A Fukushima, il y a encore 6 réacteurs qui ont été noyés par le tsunami. Ils ne redémarreront jamais, même si TEPCo refuse de l’admettre.

– A Hamaoka, arrêtée en mai 2011 sur ordre du 1er ministre, de l’eau de mer est remontée dans la cuve du réacteur n°5 et a corrodé des éléments de cuve et des tuyaux. Ce réacteur ne pourra probablement jamais redémarrer. La centrale est située à fort risque sismique et en cas d’accident, ce sont les liaisons stratégiques entre l’Est et l’Ouest du pays (autoroutes, trains, shikansen…) qui seraient coupées. Il y a des chances pour que les deux autres réacteurs aient dû mal à redémarrer.

– A Higashidôri, la NRA vient de déclarer que les failles qui passent à proximité de l’unique réacteur sont très probablement actives. Les renforcements sismiques devraient prendre des années si l’exploitant obtient une autorisation de redémarrage…

– A Kashiwazaki-Kariwa, les réacteurs 1 et 2 sont sur une faille qui a été reclassée en « active ». Il ne peuvent pas redémarrer. Pourtant TEPCo n’y a pas renoncé : elle installe un système de filtrage des gaz sur le réacteur n°1.

– A Onagawa, la digue a sauvé les réacteurs du tsunami, mais ils ont été fortement secoués par le séisme. Personne ne sait s’ils pourront repartir.

– A Tôkaï, l’opposition locale est tellement forte, que pour le moment, il n’y a pas d’espoir de redémarrage.

– A Tsuruga, le réacteur n°1 a plus de 40 ans. C’est donc fini pour lui.

Les réacteurs à eau bouillante nécessitent des travaux de remise aux normes plus lourds que les réacteurs à eau sous pression. Aucun ne peut redémarrer avant quelques années. Parmi ces 30 réacteurs, il y en a donc 18 dont le redémarrage est très difficile, voire impossible pour 8 d’entre eux.

Passons aux réacteurs à eau sous pression (REP) :

– A Mihama, les réacteurs n°1 et 2 ont plus de 40 ans. C’est fini pour eux.

– A Ôï, la faille est peut-être active. Les experts n’arrivent pas à s’entendre. Cela fait 4 réacteurs au sort indéterminé.

– A Takahama, le réacteur n°1 a 39 ans. La limite d’âge est trop proche pour qu’il ait une chance. Le n°2, 38 ans. Idem.

– A Tsuruga, le réacteur n°2 est sur une faille active. C’est donc très probablement fini pour lui.

– A Shimané, le réacteur n°1 a 39 ans. C’est donc probablement fini pour lui.

Ainsi, sur les 20 réacteurs à eau sous pression, il y en a donc 10 dont le redémarrage est très difficile, voire impossible pour 6 d’entre eux.

On arrive à un total de 27 réacteurs (plus de la moitié du parc) avec un espoir de redémarrage réduit, dont 14 réacteurs sans aucun espoir.

Il y a aussi le problème des câbles inflammables utilisés dans 13 réacteurs (cf 1er janvier 2013), mais je n’ai pas trouvé la liste. Cela n’a donc pas été pris en compte.

Trois compagnies risquent de perdre tous leur réacteurs : celles du Tôhoku et de Chubu et Japan Atomic Power Co.

Voici un signe qui montre que Japan Atomic Power Co est pessimiste sur le redémarrage de ses 3 réacteurs nucléaires : la compagnie a vendu une part de son stock d’uranium… La compagnie ne dit pas à qui elle a vendu, mais il s’agit probablement du fournisseur qui aurait repris sa marchandise à un prix plus bas que celui auquel il l’avait vendue. TEPCo envisage de faire de même car sa situation financière est catastrophique.

La centrale qui est la mieux placée pour redémarrer est celle de Ikata (province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku). Elle a l’avantage d’être en hauteur et n’a donc pas besoin de digue pour se protéger des tsunamis. Mais le redémarrage ne semble pas possible cette année.

Rappelons, pour finir, qu’il n’y que deux réacteurs en fonctionnement depuis juillet 2012, mais qu’ils devront s’arrêter au bout de 13 mois de fonctionnement et que le Japon sera donc à nouveau sans nucléaire à partir de l’été 2013.

A cela s’ajoute le problème que 60% du parc thermique de production d’électricité est situé dans des zones à fort risque sismique selon un recensement du quotidien Asahi. L’approvisionnement électrique du pays est donc très fragile.

Jeudi 21 février, un projet de petites unités décentralisées de générateurs d’électricité à partir de l’eau chaude des sources thermales, présentes sur tout le territoire, a débuté à Beppu, sur l’île de Kyûshû. Cette énergie abondante au Japon n’était pas utilisée pour des raisonsessentiellement culturelles. Cela semble possible maintenant.

Lundi 25 février, le Japon a le troisième potentiel géothermique au monde (après les Etats-Unis et l’Indonésie), avec une réserve de 23 gigawatts électriques (environ 20 réacteurs nucléaires), mais n’est qu’à la 8ième place en terme d’exploitation avec 520 mégawatts. 80% des sources potentiellement exploitables sont situées dans des parcs nationaux.

Mais le Japon a assoupli la réglementation et l’exploitation de cette énergie va progresser. Mais cela devrait prendre entre 8 à 10 ans.

Mardi 26 février, dans la zone couverte par KEPCo (le Kansaï), la consommation d’électricité a baissé de 6% par rapport à l’hiver 2010.

Selon Greenpeace, Areva prévoit de renvoyer du combustible MOx au Japon en avril 2013.

Pour quoi faire puisque que le parc nucléaire japonais est quasiment à l’arrêt ? On ne sait même pas combien de réacteurs redémarreront.

Aucun ne devrait être autorisé à utiliser du MOx avant longtemps.

Rappelons que le MOx contient du plutonium et qu’il est plus dangereux que le combustible classique.

L’industrie nucléaire s’est fourvoyée dans une drôle d’impasse : le taux de recyclage en France est de quelques pourcents. Il est quasiment nul au Japon. Qu’a-t-il gagné en envoyant ses combustibles usés en France ? Le blanchiment des déchets, pudiquement appelé « retraitement », permet d’en reclasser une grande partie en « matières » valorisables », mais non valorisées, qui resteront en France, comme la loi le permet.

Seuls les déchets ultimes doivent repartir.

Mercredi 27 février, la NRA a validé les nouvelles règles en cas d’accident nucléaire. Parmi les mesures phares :

– distribution de pastilles d’iode dans un rayon de 5 km autour des centrales.

– les habitants vivant dans un rayon de 5 km devront évacuer si un débit de dose de 500 microsieverts par heure est détecté. C’est la moitié de la limite proposée par l’AIEA.

– les autorités locales doivent prévoir un plan d’évacuation en cas d’accident dans un rayon de 30 km. Ce point là est long à mettre en oeuvre et de nombreuses communes ne sont pas prêtes.

La NRA avait sollicité l’avis du public sur ces règles proposées en octobre dernier. Elle a reçu 3 155 contributions en deux semaines.

C’est beaucoup plus qu’attendu. De nombreuses personnes demandent un abaissement des seuils d’évacuation ou la distribution de pastilles d’iode au-delà des 5 km. Certaines personnes demandent une protection renforcée pour les jeunes enfants et les femmes enceintes.

Mais il n’y a pas eu de changement majeur. A quoi sert la consultation ? Plusieurs personnes ont manifesté leur mécontentement lors de la présentation des nouvelles règles par la NRA.

Selon l’Asahi, la mise aux normes des centrales nucléaires japonaises coûtera environ 1 000 milliards de yens (10 milliards d’euros) aux exploitants du nucléaire. Cette évaluation ne prend pas en compte tous les protections supplémentaires qui vont devenir nécessaires car elles n’ont pas toutes été chiffrées. Fukushima daï-ichi et daï-ni n’ont pas été prises en compte. Sans surprise, c’est pour KEPCo que la facture est la plus élevée. Mais c’est aussi la compagnie qui dépend le plus du nucléaire avec 11 réacteurs.

Le Maïnichi est arrivé à la même somme.

Un bateau transportant des déchets nucléaires à haute activité et à vie longue en provenance de Grande-Bretagne vient d’arriver au Japon, dans la province d’Aomori. Ces 28 conteneurs iront à Rokkashô.

Vendredi 1er mars, le ministère de l’industrie a revu la composition de la commission chargée de réfléchir sur l’avenir de l’énergie en excluant quasiment toutes les personnes opposées au nucléaire. Le nombre total de membres est passé de 24 à 15 (-37,5%). Le nombre de personnes opposées au nucléaire est passé de 7 à 2 (-71%). Parmi les nouveaux venus, le gouverneur de la province de Fukui, une région très nucléarisée avec 14 réacteurs nucléaires. Le message est donc clair…

Lundi 4 mars, l’agence Kyodo a enquêté auprès des exploitants du nucléaire : aucun ne croit à un redémarrage de réacteur nucléaire en 2013. Cela n’a pas empêché Luc Oursel, PDG d’Areva, de déclarer à la presse : « On pense qu’il pourrait y avoir une demi-douzaine de reacteurs qui redémarrent d’ici la fin de l’année 2013 ». Cela doit être la même boule de cristal qui lui dit que 96% du combustible nucléaire usé est recyclable…

Mardi 5 mars, il y a toujours des rassemblements tous les vendredis soir devant la résidence du premier ministre pour demander l’arrêt définitif du nucléaire, mais plus petits. Il y a environ 3 000 participants.

Areva a confirmé l’information de Greenpeace qu’elle prépare un envoi de combustible MOx au Japon, mais elle se refuse à donner un calendrier. Côté japonais, aucune compagnie d’électricité ne semble vouloir accepter le combustible.

Mercredi 6 mars, de nombreuses manifestations anti-nucléaire sont prévues ce week-end à Tôkyô. Vendredi soir, c’est devant la résidence du 1er ministre, comme toutes les semaines. Samedi 9, un grand rassemblement est prévu au Parc de Yoyogi à 11h. Dimanche 10 mars, c’est au parc Hibiya à 13h.

Il y en a d’autres dans d’autres villes du Japon. 300 évènements sont prévus en tout.

Dimanche 10 mars, de 10 000 à 40 000 personnes selon les sources ont manifesté contre le nucléaire à Tôkyô. Il y a eu 300 autres manifestations dans le pays.

-> Lire notre article faisant le point sur le redémarrage (9 juillet 2012, remis à jour le 18 juillet).

-> Site Internet du gouvernement pour débattre de la politique énergétique à l’horizon 2030 : ici en japonais.

[haut de page]

Coût de la catastrophe nucléaire

Mars 2012

Dimanche 11 mars 2012, TEPCo n’aurait distribué qu’un quart des 1 700 milliards de yens (17 milliards d’euros) reçus du gouvernement pour l’aider à payer les compensations. Au 7 mars, elle n’aurait distribué que 441,7 milliards de yens (4,42 milliards d’euros).Vendredi 16 mars, la « Dispute Reconciliation Committee for Nuclear Damage Compensation », en charge de définir les indemnisations, a proposé que les habitants des zones où le retour n’est pas possible à court terme (où l’exposition externe dépasse les 50 mSv/an), reçoivent 6 millions de yens (moins de 60 000 euros). Cela devrait couvrir le coût de la vie et compenser le stress

subi sur 5 ans. Une somme supplémentaire pourrait être allouée si l’évacuation dure plus longtemps. Le foncier sera aussi indemnisé sur la valeur d’avant la catastrophe.

Pour les habitants originaires des zones où l’exposition externe est comprise entre 20 et 50 mSv/an, que les autorités espèrent pouvoir décontaminer, la commission propose 2,4 millions de yens pour deux ans (moins de 24 000 euros). Là encore, une somme supplémentaire pourrait être allouée si l’évacuation dure plus longtemps.

Enfin, les populations originaires des zones où l’exposition externe est inférieure à 20 mSv/an, c’est 100 000 yens (moins de 1 000 euros) par mois qui sont proposés.

Si les évacués ont une activité salariée sur leur lieu d’évacuation, même à temps partiel, les indemnités seront réduites du salaire reçu.

La délimitation des nouvelles zones n’est pas prévue avant avril.

De nombreuses personnes concernées se plaignent que ces décisions soient prises sans concertation et que ces indemnités de compensent pas tout. Au bout d’un an, les maisons abandonnées doivent être dans un piteux état. Qui va payer la remise en état ? Si le séisme a provoqué des fuites qui n’ont pas pu être réparées suite à l’évacuation et que la maison est devenue inhabitable. Qui va payer ? Quant à ceux qui ont perdu leur proche dans le tsunami et qui ont dû abandonner les

recherches suite à l’ordre d’évacuation vivront la fin de leurs jours avec un sentiment de culpabilité faute de n’avoir pas pu faire le maximum pour tenter de sauver d’éventuels survivants. Comme compenser cette perte ? Ou ceux qui se sont résignés et qui ne rentreront jamais, verront-ils leur bien indemnisé au juste prix si l’ordre d’évacuer est levé ?Jeudi 22 mars, TEPCo devrait demander entre 700 et 900 milliards de yens (7 et 9 milliards d’euros) d’aides supplémentaires pour pouvoir faire face aux indemnisations. Le total d’aides reçues devrait alors dépasser 2 000 milliards de yens (20 milliards d’euros) sachant que déjà 1 580 milliards de yens ont déjà

été accordés. Ce surcoût est dû aux 20 000 à 30 000 réfugiés qui ne pourront pas rentrer chez eux avant de nombreuses années car leur habitation est dans une zone où l’exposition externe dépasse 50 mSv/an.

L’aide gouvernementale ne peut pas dépasser 5 000 milliards de yens (50 milliards d’euros) pour le moment. Cela ne devrait pas suffire à indemniser la décontamination.

Le gouvernement pense en plus investir 1 000 milliards de yens (10 milliards d’euros) dans la compagnie pour en prendre le contrôle et la réformer. Par ailleurs, la compagnie ne va pas pouvoir augmenter ses tarifs pour les entreprises avant expiration du contrat car elle n’a pas réussi à les convaincre d’accepter l’augmentation. 220 000 clients sont concernés, pour la plupart des PME qui consomment moins de 500 kW. Le contrat de 170 000 client n’expire pas avant le 2 avril.Le gouvernement veut acquérir suffisemment de parts sociales de TEPCo pour obtenir les 2/3 des droits de vote afin de réformer complètement la compagnie.Dimanche 25 mars, 280 habitants

du district de Nagadoro du village d’Iitaté vont demander collectivement à la structure en charge de régler les problèmes d’indemnisation une plus forte somme. Ce district devrait être classé dans la zone où le retour est difficile car l’exposition externe y est supérieure à 50 mSv/an. Alors qu’ils ont droit à 100 000 yens par mois (moins de 1 000 euros) pour compenser la détresse pendant 5 ans, ils en réclament 350 000 par mois (3 200 euros) ainsi qu’une meilleure

indemnisation des autres coûts.

 

Mardi 27 mars, TEPCo a reçu ce jour 104,9 milliards de yens (1 milliard d’euros) d’aides de la part du Nuclear Damage Compensation Facilitation Corporation.Mercredi 28 mars, TEPCo veut augmenter ses tarifs de 17% pour 240 000 compagnies, après le 1er avril, au moment du renouvellement annuel du contrat. Pour 50 000

d’entre elles, le contrat est renouvelé le 1er avril. Parmis ces 50 000

compagnies, seulement 3 300 ont accepté de signer le nouveau contrat avec un tarif plus élevé. Parmi les 187 000 companies dont le contrat doit être renouvelé après le 2 avril, seulement 26 850 ont accepté de signer. TEPCo va continuer à approvisionner ces compagnies pendant 50 jours au maximum avant de couper l’électricité. Comme elle est en situation de monopole, les clients n’ont pas d’alternative.Jeudi 29 mars, TEPCo a

sollicité une aide supplémentaire de 1 000 milliards de yens (9 milliards d’euros). Mais la question du nombre de parts sociales que va acquérir l’Etat n’est pas réglée. Le gouvernement veut aussi changer la tête de la compagnie, mais les personnes sollicitées ont refusé le poste. Cela ne se bouscule pas au portillon. L’injection de capital pourrait avoir lieu en juillet.

La compagnie a aussi demandé 845,9 milliards de yens (7,7 milliards d’euros) au Nuclear Damage Liability Facilitation Fund. Cela portera la part de ce fond à 2 400 milliards de yens (22 milliards d’euros).

Avril – Mai 2012

Mercredi 4 avril, TEPCo, qui a fait face à une perte de 1 247 milliards de yens (11,3 milliards d’euros) en mars 2011, essentiellement dû à la perte de son outil de production, et qui devra faire face à une perte supplémentaire de 695 milliards de yens (6,3 milliards d’euros) en mars 2012, va probablement couper les primes (bonus) de ses employés cet été. Les employés bénéficient de primes conséquentes en été et en hiver. L’an dernier,

elles avaient été divisées par 2. Cette année, elles seront probablement supprimées. Les syndicats vont en être informés bientôt.

 

Samedi 21 avril, 3 producteurs de riz de de la région de Fukushima réclament 3,5 milliards de yens (35 millions d’euros) à TEPCO. Ils faisaient de la vente directe sans passer par les coopératives agricole et TEPCo n’envisage par d’indemniser les agriculteurs en dehors des coopératives. Ils ont donc saisi l’instance de médiation pour obtenir des indemnités.Lundi 23 avril, TEPCo a annoncé avoir reçu 218,6 milliards de yens (2 milliards d’euros) d’aide ce jour. L’argent va servir aux indemnisations. La compagnie a maintenant reçu 882,2 milliards de yens (8,3 milliards d’euros) d’aide en tout.

Vendredi 20 avril, TEPCo avait déjà versé 776,5 milliards de yens (7,3 milliards d’euros) d’indemnités.Vendredi 27 avril, TEPCo a soumis au gouvernement son plan financier : la compagnie veut couper

dans ses coûts et économiser 3 300 milliards de yens (31 milliards d’euros) en 10 ans. Mais cela ne suffira pas, même si elle a prévu de redémarrer sa cenrale de Kashiwazaki-Kariwa en 2013. Elle veut aussi augmenter ses tarifs pour les particuliers de 10% à partir du 1er juillet. Et elle compte sur 1 000 milliards de yens (9,4 milliards d’euros) d’aide du gouvernement et 1 000 milliards de yens d’emprunts auprès d’organismes privés.Mardi 1er mai, le bras de fer continue entre TEPCo et les gros consommateurs d’électricité : TEPCo a augmenté de 17% ses tarifs mais seulement 45% de ses

clients ont accepté de signer un nouveau contrat. Parmi ceux dont le contrat arrivait à échéance à la fin mars 2012, 36,4% ont refusé le nouveau tarif. Ils considèrent que c’est un abus de position dominante puisqu’il ne leur est pas possible de choisir leur fournisseur.Lundi 7 mai, le ministre de l’industrie a estimé à 2 700 milliards de yens (26 milliards d’euros) les pertes cumulées des neuf compagnies d’électricité qui possèdent des réacteurs nucléaires si aucun ne redémarre durant l’année fiscale 2012 (jusqu’au 31 mars 3013). Ces mêmes compagnies ont déjà affiché une

perte de 1 500 milliards de yens (14,4 milliards d’euros). Mais elles possèdent encore des réserves qui devraient fondre rapidement si la situation perdure.

 

Mercredi 9 mai, le gouvernement a accepté le plan de TEPCo. Il va donc injecter 1 000 milliards de yens (environ 10 milliards d’euros) et prendre le contrôle de la compagnie. Cela portera à 3 500 milliards de yens (35 milliards d’euros) l’aide gouvernementale.

Dans son plan, la compagnie compte augmenter de 10,28% en moyenne ses tarifs pour les particuliers à partir de juillet. La compagnie prévoit toujours de redémarrer certains réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa dès 2013. Sans cela, la situation financière est encore plus désespérée…Vendredi 11 mai, selon un décompte fait par TEPCo, environ 30% des gros consommateurs clients de TEPCo refusent le nouveau contrat avec une hausse moyenne de 17%. La compagnie essaye de les convaincre d’accepter le nouveau tarif, tout en continuant à les fournir en électricité.

Pour les particuliers aussi, TEPCo veut augmenter ses tarifs à partir du 1er juillet. Elle en a fait la demande aux autorités. Elle a aussi annoncé vouloir proposer des tarifs différenciés en fonction des heures pour limiter la demande pendant les pics de demande. Cette option, avec un compteur adapté, est déjà implantée pour les maison tout-électrique.

TEPCo veut généraliser l’offre en fournissant gratuitement le nouveau compteur. Le prix du kilowattheure serait donc de 53,29 yens entre 13 et 16h de juillet à septembre, soit plus du double du tarif plat de 23 yens (45,15 yens avant l’augmentation des tarifs). Le reste de la journée, le tarif sera de 29,66 yens, y compris dans la tranche 13-16h les autres mois de l’année (27,08 avant l’augmentation des tarifs).

Enfin, la nuit, de 23h à 7h, le tarif proposé est de 12,13 yens (9,72

yens avant l’augmentation des tarifs). Bref, le consommateur est perdant avec ce système, à moins de vivre de nuit. Il n’est donc pas sûr que cette nouvelle tarification séduisent les consommateurs et aide donc à lisser les pics.

TEPCo veut aussi augmenter l’abonnement.Il n’y aura pas de prime d’été pour les employés de TEPCo, suite à un accord avec les syndicats. C’est la première fois dans l’histoire de la compagnie. Elle avait déjà baissé de 20% le salaire des employés et de 25% celui des cadres.

 

Lundi 14 mai, TEPCo a annoncé

une perte de 781,64 milliards de yens (7,6 milliards d’euros) pour l’année fiscale 2011 (qui termeine au 31 mars 2012).Lundi 21 mai, le gouvernement devrait nationaliser TEPCo le 25 juillet en y injectant 1 000 milliards de yens (10 milliards d’euros). Il va ainsi contrôler 50,11% des parts, ce qui lui permet de nommer les dirigeants. La part gouvernementale pourrait monter à 75,84%.Mercredi 23 mai, selon le ministère de l’industrie, les compagnies d’électricité japonaises tirent 69% de leurs bénéfices des particuliers alors qu’ils ne consomment que 38% de l’électricité. Les bénéfices de TEPCo provenaient à 91% des particuliers. Cette différence s’explique par le fait que le marché de l’électricité est libéralisé pour les gros consommateurs, alors que les compagnies jouissent d’un monopole auprès des particuliers. Et TEPCo veut encore augmenter les tarifs pour les particuliers…14 000 des 55 000 gros clients de TEPCo dont le contrat expirait au 1er avril dernier refusent de signer le nouveau contrat avec une augmentation de 17% de de la facture d’électricité. TEPCo pourrait couper le courant à partir de ce jour mais a décidé de ne pas le faire

et de continuer à convaincre ses client d’accepter l’augmentation de ses tarifs. Au 17 mai, TEPCo avait réussi à convaincre 126 000 clients, soit à peu près la moitié de ses 235 000 clients concernés par cette augmentation. Même la province de Shizuoka a refusé de signer.

Juin – Juillet 2012

Lundi 4 juin, la ville d’Iwaki réclame 243 millions de yens (2,3 millions d’euros) d’indemnisation à TEPCO pour compenser le manque à gagner suite à la réduction du nombre de patients dans son hôpital municipal et les coûts de la mise en place d’une surveillance de la radioactivité dans l’eau de distribution.

TEPCo achète pour 100 milliards de yens par an (1 milliard d’euros) d’électricité à d’autres producteurs d’électricité nucléaire qui sont Japan Atomic Power Co. and Tohoku Electric Power Co.. Le contrat stipule que TEPCo doit payer, même si les réacteurs sont à l’arrêt. En effet, TEPCo doit couvrir les coûts fixes, comme la dépréciation, les réparations, les salaires, la communication et la publicité et les « dons » aux autorités locales. Or, les trois centrales concernées (Tôkaï

n°2, Onagawa et Higashidôri) ne sont pas prêtes à redémarrer avant longtemps.

Si le contrat est changé et que TEPCo ne paye pas, elle peut limiter la

hausse de ses tarifs pour les particuliers à 9%, contre 10,28% actuellement. Mais, dans la situation actuelle, les paiements de TEPCo devraient augmenter dans les années à venir pour couvrir les frais de réparation de ces réacteurs affectés par le séisme. Plus des deux tiers des retraités de TEPCo (83%) ont accepté une baisse de leur pension. Cela devrait donc être effectif à partir d’octobre

prochain. La compagnie espère ainsi économiser 106,5 milliards de yens (1 milliard d’euros) en 10 ans.Mercredi 13 juin, les autorités envisagent d’indemniser le foncier sur la valeur des maisons avant la catastrophe, pour les maisons situées dans les zones où les habitants ne pourront pas rentrer avant au moins 5 ans. Cependant, la commission

en charge des arbitrages a décidé que la maisons qui entrent dans cette catégorie mais qui ont été d »truite par le tsunami ou le séisme ne pourront pas être indemnisées. Il y en a 806 à Namié, Futaba, Ôkuma, Tomioka et Naraha. Et le bureau de Fukushima de l’agence en charge de la reconstruction a déclaré au Maïnichi qu’elle ne prévoyait pas d’assistance aux victimes du tsunami des zones évacuées…

 

Lundi 18 juin, selon une estimation du ministère de l’économie et de l’industrie, 4 compagnies de production d’électricité pourraient faire faillite si le gouvernement décidait d’abandonner complètement le nucléaire dès 2012.

Il s’agit de Tokyo Electric Power Co., Tohoku Electric Power Co., Hokkaido Electric Power Co. et Japan Atomic Power Co. qui sont trop endettées. Pour les 10 compagnies d’électricité, un actif total de 3 200 milliards de yens (32 milliards d’euros) pourraient être perdus dans un tel scénario. Il faudra alors ajouter 1 200 milliards de yens (12 milliards d’euros) pour le démantèlement.

Facile après coup d’aller accuser le coût des énergies fossiles, comme le font les compagnies et le gouvernement. Ce qui grève les budgets des compagnies d’électricité, ce sont bien les investissements massifs dans une source d’énergie qui se rélève être beaucoup moins sûre que ce qui était prétendu. Bref, des investissements toxiques.Vendredi 29 juin, alors que TEPCo voulait augmenter ses tarifs à partir du 1er juillet

pour les particuliers, les autorités n’ont toujours pas donné leur feu vert. Cela coince en particulier sur la baisse des salaires de ses employés proposée par la compagnie. Le ministère de l’industrie est prêt à accepter la proposition de l’exploitant nucléaire, mais pas l’Agence en charge des consommateurs qui espère une baisse supérieure à 30%. TEPCO propose 21% en moyenne, ramenant ainsi le salaire moyen à la moyenne de celui dans les grandes entreprises. C’est encore trop pour de nombreux consommateurs qui gagnent moins et qui doivent supporter une hausse de l’électricité.

Il y a aussi la question des primes (bonus) qui peuvent être très élevées au Japon. Quand la Japan Airlines a reçu une aide gouvernementale, les bonus ont été supprimés 3 ou 4 fois consécutives.

TEPCo n’envisage qu’une seule suspension cet été.Le président de TEPCo et son directeur espèrent toujours redémarrer la centrale de Kashiwazaki-Kariwa qui compte 7 réacteurs. Mais il leur faut obtenir l’accord des autorités locales, ce qui n’est pas gagné pour le moment. L’enjeu financier est énorme pour la compagnie.

La crise de confiance date d’avant la catastrophe de Fukushima : la compagnie avait, pas le passé, caché des problèmes ou falsifié des rapports.Les 10 compagnies d’électricité du Japon veulent augmenter leur tarifs en août, pour, soit disant, faire face à la hausse des prix de l’essence (qui baisse actuellement !) et au surcoût lié à la nouvelle obligation de rachat des énergies renouvelables. C’est le 3ième mois consécutif de hausse. Mais ce qui leur coûte leur plus et qu’elles ne veulent pas admettre, c’est d’avoir investi massivement dans l’énergie nucléaire sans pouvoir l’utiliser.La province d’Ishikawa, comme celles de Fukui et Aomori, a décidé de taxer les réacteurs nucléaires à l’arrêt.Mercredi 4 juillet, plus de 80

prisonniers de la prison de Fukushima ont reçu 80 000 yens (800 euros) d’indemnités de la part de TEPCo, comme les autre résidents de la province. Un a essayé et le mot s’est propagé très vite. Il avait 1 700 prisonniers le 11 mars 2011.Les nouveaux président et le directeur de TEPCo ont visité la centrale

de Fukushima daï-ni, située à 12 km de celle de daï-ichi. 2 000 travailleurs habillés en shadok y travaillent tous les jours, malgré la forte contamination des lieux liée à l’accident nucléaire de la centrale voisine. Ils assurent le refroidissement des combustibles et surtout, il tentent de la réparer. Pareil pour les réacteurs 5 et 6 de la centrale de daï-ichi. TEPCo dépense 90 milliards de yens (900 millions d’euros) par an pour tenter une remise en état de marche alors qu’il est fort probable que les 4 réacteurs de daï-ni et les réacteurs

5 et 6 de daï-ichi ne redémarrent jamais. Les autorités régionales ont été claires là-dessus. Et les dommages sont probablement irréversibles.

In fine, c’est le consommateur qui paye cette folie. La compagnie a inclu ces coûts dans son bilan pour justifier l’augmentation de ses tarifs.

Pourquoi dépenser l’argent dans ce tonneau des Danaïdes ? Pourquoi faire prendre des doses inutiles aux travailleurs ? En maintenant l’ambiguïté sur le devenir de ces 6 réacteurs, ils gardent une valeur.

Si TEPCo déclarait ces 6 réacteurs comme à démanteler, ses avoirs seraient réduits et il lui faudrait additionner immédiatement les coûts du démantèlement. Elle serait en faillite et le gouvernement aurait à prendre à sa charge les tous les coûts dont les indemnités.Jeudi 5 juillet, la commission qui scrute les compte de TEPCo n’a pas accepté, dans son rapport remis ce jour, l’augmentation proposée par la compagnie. Même

si elle ne donne pas de chiffre, l’augmentation doit être inférieure au 10,28% en moyenne proposés. Certaines dépenses que TEPCo a incluses n’ont pas été acceptées. Outre le problème des salaires dont nous avons déjà parlé (29 juin), la commission a retoqué les dépenses de publicité et les donations faites à de nombreuses structures.Jeudi 12 juillet, TEPCo pourrait faire face à une note de 1 000 milliards de yens (10

milliards d’euros) pour la décontamination des seules années 2011 et 2012, qui devra être reportée sur la facture des consommateurs. Elle vient s’ajouter aux 2 500 milliards de yens (25 milliards d’euros) d’indemnités.

 

Vendredi 13 juillet, TEPCo compte sur le redémarrage de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa et ses 7 réacteurs à partir d’avril 2013 pour redresser ses finances. Tous les réacteurs de cette centrale, déjà fortement secouée par un séisme en 2007 (voir notre article sur le sujet), n’avaient pas encore redémarré en 2007. Le nouveau président de TEPCo vient d’admettre que ce redémarrage sera difficile à court terme : de nombreuses erreurs ont été découvertes dans le rapport sur les stress-tests faits par l’exploitant et le gouverneur de Niigata est opposé au redémarrage pour le moment. Il a déclaré, lors d’une rencontre avec TEPCo la veille : « Qu’est ce vous pensez qui est le plus

important, la gestion ou la sûreté ? ». Evidemment, le président de TEPCo a répondu « la sûreté ». Que pouvait-il d’autre ? Et le gouverneur a regretté que la nouvelle direction de TEPCo ait parlé de redémarrage aussitôt après avoir pris ses fonctions.Samedi 14 juillet, 41 familles de Nagadoro, un hameau de Iitaté, sur 70 environ, ont porté plainte auprès de la structure ad-hoc mise en place par le gouvernement, pour obtenir plus d’indemnités de la part de TEPCo.Mardi 17 juillet, le bras de fer continue sur l’augmentation des tarifs de l’électricité demandée par TEPCo. La compagnie a suggéré une baisse de 20% des

salaires pour les employés et 25% pour les cadres. La commission ad-hoc de ministère de l’industrie a accepté, mais pas l’agence en charge de la protction des consommateurs : elle demande une baisse de 30% des salaires pour limiter l’augmentation des tarifs.Jeudi 19 juillet, le gouvernement a tranché : l’augmentation des tarifs de l’électricité pour les ménages clients de TEPCo sera de 8,47% à partir du 1er septembre au lieu des 10,28% demandés par la compagnie qui devra faire plus d’économies. Le gouvernement, qui a le contrôle de la compagnie maintenant, va exiger une baisse de 31% du salaire des cadres. Elle a été baissé de 16% actuellement. Il va aussi revenir sur tarif pour les entreprises, qui a augmenté de 16,7% en avril dernier,

en limitant l’augmentation à moins de 15%.

L’entreprise possède un hôpital qui lui est propre au centre de Tôkyô (Shinjuku), réservé à ses employés, ses anciens employés et leurs famille. Elle va le vendre car le gouvernement a refusé d’inclure ses coûts dans la justification d’augmentation des tarifs.La cour de Tôkyô a rendu un jugement intéressant : un actionnaire de TEPCo l’avait saisie pour réclamer l’application de la clause

d’exception dans le cas de l’accident nucléaire du 11 mars 2011. La loi sur les indemnisations en cas d’accident nucléaire prévoit que le gouvernement, et non l’exploitant, doit payer en cas d’une catastrophe naturelle d’une ampleur exceptionnelle ou en cas de crise sociale majeure. Cet actionnaire réclamait aussi 1,5 million de yens (15 000 euros) à l’Etat en compensation de la chute de l’action de TEPCo. Il a été débouté, le juge ayant considéré que le gouvernement avait raison de n’appliquer la clause qu’à des situations absolument inimaginables.Vendredi 20 juillet, le

gouvernement a défini le régime d’indemnisation du foncier pour les victimes de la catastrophe de Fukushima. Dans les zones où l’exposition externe annuelle dépasse les 50 mSv/an et où aucun retour n’est possible avant longtemps, le remboursement de la maison par TEPCo sera intégral sur le prix avant la catastrophe. Pour les autres zones, le remboursement sera complet si l’ordre d’évacuation n’est pas levé 6 ans après le déclenchement de la catastrophe. Le remboursement sera partiel s’il est levé avant (la maison non entretenue est bien endommagée). Par valeur avant la crise, le gouvernement entend la valeur en 2010

multipliée par 1,43.

Des montants maximums de dédommagement ont aussi été fixés pour les meubles, équipements et autres biens laissés dans les maisons abandonnées lors de l’évacuation. Cette somme peut atteindre jusqu’à 6,75 millions de yens (67 500 euros) pour une famille de quatre personnes.

L’indemnisation du préjudice moral peut atteindre 6 millions de yens (60 000 euros).

Il prévoit en outre que les agriculteurs et pêcheurs contraints d’arrêter leur activité dans la région pourront toucher jusqu’à l’équivalent de cinq années de revenus, les employés d’entreprises ayant dû fermer pouvant percevoir quant à eux jusqu’à deux ans de salaire.Mardi 24 juillet, les nouvelles règles d’indemnisation de TEPCo sont présentées ici en anglais.

 

Mercredi 25 juillet, c’est décidé, les tarifs d’électricité de TEPCo pour les ménages vont augmenter de 8,46% en moyenne à partir du 1er septembre.Mardi 31 juillet, une agence gouvernementale a injecté 1 000 milliards de yens (10 milliards d’euros) dans TEPCo et en prend, de facto, le contrôle. Dès l’année prochaine, va se poser le problème du redémarrage des 7 réacteurs de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. TEPCO compte dessus pour limiter ses pertes financières. Si le gouvernement a le contrôle de la compagnie et de la sûreté, le conflit va être intenable.

Août – Octobre 2012

Mercredi 1er août, 7 compagnies d’électricité sur 9 sont en déficit. Seules celle d’Okinawa, qui n’exploite pas de centrale nucléaire, et Hokuriku Electric Power Co. ont fait des bénéfices entre avril et juin de cette année. C’est celle de Kyûshû qui enregistre les plus fortes pertes avec 100,9 milliards de yens (1 milliard d’euros), suivie par celle du Kansaï, avec 99,5 milliards de yens. Viennent ensuite, Hokkaido Electric Power Co. avec une perte de 17,0 milliards de yens, Tohoku Electric Power, avec 12,0 milliards de yen, Chubu Electric Power Co., avec 12,5 milliards de yens, Chugoku Electric Power Co., avec 10,5 milliards de yens et Shikoku Electric Power 14,9 milliards de yens. TEPCo communique pour annoncer que ses revenus ont augmenté lors du premier trimestre 2012, par rapport au premier trimestre 2011 et que ses pertes ont donc baissé pour cette même période : 288,39 milliards de yens (3 milliards d’euros). Mais ses prédictions de déficit pour l’année fiscale en cours s’aggravent : 160 milliards de yens et non plus 100 milliards de yens à cause de la hausse moins forte que prévu de ses tarifs d’électricité. TEPCo avait enregistré une perte nette de 781 milliards de yens (8 milliards d’euros) lors de l’année fiscale 2011.Mardi 14 août, selon l’agence bloomberg, les compagnies d’électricité du Japon auraient perdu 3 600 milliards de yens (36 milliards d’euros) depuis le 11 mars 2011. Cela correspond à la somme des bénéfices depuis 2004.

Elle ne devraient plus payer des dividendes à leurs actionnaires cette année. Les années à venir seront aussi difficile : personne ne sait combien de réacteur seront redémarrés. Et le projet du gouvernement de séparer la distribution de la production, comme en Europe, afin d’introduire de la concurrence, fait qu’elles ne pourront plus bénéficier d’une rente de situation abusive qui leur permettaient de payer des dividendes très élevés, 46% de plus que la moyenne des

compagnies du Nikkei 225 sur les 5 dernières années. Les investisseurs se retirent.Mardi 21 août, TEPCo annonce avoir reçu 155,1 milliards de yens (1,5 milliards d’euros) de l’Etat. La compagnie a aussi annoncé les mesures d’indemnisation de l’activité touristique qui souffre des ‘rumeurs nuisibles’.Mardi 28 août, l’industrie touristique des provinces d’Aomori, Akita, Yamagata, Iwaté, Miyagi et Chiba aura aussi droit à des indemnités pour compenser la baisse de fréquentation suite aux retombées radioactives. Fukushima, Ibaraki, Tochigi et Gunma avaient déjà droit à des compensations.Samedi 1er septembre, comme prévu, les tarifs d’électricité de TEPCo augmentent bien de 8,46% en moyenne pour les petits consommateurs. Cela concerne presque 29 millions de clients (foyers, petits commerces…). Les tarifs pour les plus gros clients a déjà augmenté de 14,9% en moyenne.

D’autres compagnies d’électricité aimeraient aussi augmenter leurs tarifs, mais elles hésitent car cela nécessite de justifier et donc expliquer leur calcul au ministère de l’industrie. Pour le moment, elles préfèrent garder secret leur méthode de calcul des tarifs.

Dans la zone couverte par TEPCo, nombreux sont ceux qui essayent de compenser la hausse du tarif par une baisse de consommation.

Mercredi 19 septembre, TEPCo comptait redémarrer sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa en avril 2013 pour renouer avec les bénéfices. Mais elle est pessimiste et va encore couper dans ses coûts pour essayer de redevenir bénéficiaire sans la centrale nucléaire.

Samedi 29 septembre, une taxe carbone débute le 1er octobre.

Certains fournisseurs d’énergie vont la répercuter sur leurs prix, d’autres non. TEPCo va la répercuter.Lundi 1er octobre, TEPCo vend son hôpital. Avis aux intéressés…

Mardi 2 octobre, fin septembre, TEPCo avait reçu 940 000 demandes d’indemnisation. 860 000 demandes ont été satisfaites et les compensations engagées s’élèvent à 1 240 milliards de yens (12,4 milliards d’euros). Et cela

va encore augmenter. C’est l’Etat qui avance l’argent et il doit se faire rembourser par TEPCo quand elle le pourra.

Lundi 22 octobre, la compagnie KEPCo, qui couvre le Kansaï, devrait demander une augmentation de ses tarifs d’électricité de 10% à partir d’avril 2013

pour les foyers et de 20% pour les compagnies. KEPCo doit obtenir l’accord du gouvernement pour les particuliers, pas pour les compagnies. Le Ministère de l’industrie doit osculter les comptes de KEPCo et solliciter l’avis des consommateurs avant de donner son avis.

KEPCo devrait afficher une perte de 125 milliards de yens (1,25 milliards d’euros) pour les 6 premiers mois de l’année fiscale (avril à septembre 2012). Elle pourrait ne pas payer de dividendes pour la première fois en 61 ans.Bien que TEPCo soit en faillite et ait dû être nationalisée, elle a continué à arroser financièrement les municipalités. Higashidôri, où TEPCo a commencé à contruire un réacteur, a reçu 76 millions de yens (760 000 euros) depuis le 11 mars 2011. Le chantier est arrêté.

Rokkashô, où il y a l’usine de retraitement qui n’arrive pas à démarrer, a reçu 270 millions de yens (2,7 millions d’euros). Quand l’Asahi a commencé à enquêté, la municipalité de Higashidôri a nié avoir reçu des fonds, puis, une fois le versement à Rokkashô connu, elle a reconnu les faits. Pour TEPCo, il ne s’agit pas de donations.

Le ministère de l’industrie a décidé de ne pas inclure ces paiements dans l’évaluation des coûts de l’électricité depuis cette année fiscale, qui commence le 1er avril. TEPCo les aurait donc cessés depuis mai 2012. A Higashidôri, une partie de l’argent était en soutien à la pêche.Mardi 30 octobre, 5 compagnies d’électricité envisagent d’augmenter leurs tarifs pour les particuliers et les entreprises. Pour elles, c’est une question de survie. Et d’avancer, une fois de plus, les coûts élevés des énergies

fossiles. Mais ce qui coûte, c’est de payer pour des centrales nucléaires qui sont à l’arrêt. Il s’agit des compagnies du Kansaï, de Kyûshû, de Hokkaïdô, du Tôhoku et du Shikoku. C’est aussi une façon, pour elles, de faire pression sur les autorités pour une accélération des procédures d’autorisation de redémarrage de leurs centrales nucléaires. Kyûshû Electric va dépenser 470 milliards de yens (4,7 milliards d’euros) en plus pour les combustibles fossiles cette année

par rapport à 2010. Ce sont 250 milliards de yens (2,5 milliards d’euros) en plus pour celle du Tôhoku.

Les autorités ne devraient pas autoriser une augmentation supérieure à celle accordée à TEPCo, à savoir 8% en moyenne pour les foyers.Mercredi 31 octobre, selon un audit rendu public la semaine dernière, un quart environ des 11 700 milliards de yens (117 milliards d’euros) du budget de reconstruction suite au tsunami et à la catastrophe nucléaire ont été

utilisés pour d’autres projets au prétexte que cela contribue à la relance de l’économie japonaise. Parmi ces projets, il y une route à Okinawa, des aides pour une usine de lentilles dans le centre du pays, la rénovation de bâtiments gouvernementaux à Tôkyô, l’entraînement de pilotes d’avion, un soutien à la pêche à la baleine, etc etc etc… 30 millions de yens (300 000 euros) ont servi à la promotion de la nouvelle tour de Tôkyô (Sky Tree). En attendant, plus de 325 000 des 340 000 personnes qui ont dû fuir les zones dévastées par le tsunami ou

la radioactivité, sont sans logement définitif.

Plus de la moitié des 23 000 milliards de yens (230 milliards d’euros) prévus sur dix ans n’ont pas encore été affectés.

Vendredi 2 novembre, de nombreux patients atteints de maladies rénales qui doivent bénéficier régulièrement de dialyses ont demandé des compensations à TEPCo. Ils ont dû aller se faire soigner dans d’autres provinces même s’ils ne vivaient pas dans des zones à évacuer. A Iwaki, des hôpitaux ont dû fermer après le départ du personnel soignant et 600 patients ont dû aller vers d’autres régions en urgence pour pouvoir continuer à bénéficier de soins. Comme Iwaki n’est pas une zone d’évacuation, ces patients sont considérés comme des évacués volontaires et ne bénéficient que de 80 000 yens (800 euros de compensation). Ceux qui ne sont pas partis ont vu leur traitement réduit.

Samedi 3 novembre, TEPCo veut ouvrir des bureaux à Fukushima avec plus de 4 000 personnes à partir de janvier prochain. Elle veut y installer les sections en charge des indemnisations et de la « décontamination ». Cela représente plus de 10% des employés de la compagnie. Les 38 000 employés de la compagnie devront y passer un certain temps. Il y a 3 500 personnes affectées à ces tâches actuellement. La compagnie espère ainsi se

rapprocher des personnes directement touchées par la catastrophe nucléaire.

Mercredi 7 novembre, TEPCo demande plus de sous au gouvernement pour faire face aux coûts de la décontamination et des indemnisations qui pourraient s’élever à 10 000 milliards de yens (100 milliards d’euros).

C’est le double de l’estimation d’il y a quelques mois et cela ne prends en compte le coût du démantèlement. Rien n’a été décidé non plus sur le sort des réacteurs 5 et 6 de Fukushima daï-ichi et sur les 4 de Fukushima daï-ni. Le vrai coût de la catastrophe est encore impossible à chiffrer et le retour d’expérience de Tchernobyl montre qu’il se chiffrera en plusieurs centaines de milliards d’euros.

TEPCo a déjà reçu 10% de la somme réclamée. Elle utilise aussi ce levier pour faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir l’autorisation de redémarrer sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. C’est incroyable que, contrairement aux chauffards à qui on retire le permis, elle puisse continuer à exploiter des centrales nucléaires.

Lundi 26 novembre, KEPCo demande l’autorisation d’augmenter ses tarifs de 11,88% en moyenne à partir d’avril prochain. C’est plus que ce qu’avait obtenu TEPCo.

Selon une étude de l’IRSN (résumé, présentation), une catastrophe comme celle de Fukushima en France aurait un impact économique beaucoup plus grand en Europe. Rien que pour la France, le coût pourrait excéder 430 milliards d’euros, ce qui aurait des

conséquences économiques, sociales et politiques difficiles à prévoir.

C’est à comparer à une guerre régionale…

L’étude explique le coût plus élevé en France par la plus forte densité de population à proximité des centrales et l’impact sur l’industrie agro-alimentaire et le tourisme. L’image de la France serait affectée durablement et pourrait nous coûter 276 milliards d’euros. Le déplacement des 100 000 personnes aurait aussi un coût élevé, mais les conséquences sanitaires auraient un impact financier réduit par rapport au reste. Tous ces coûts, auxquels il faudrait ajouter l’arrêt d’une partie au moins du parc nucléaire comme au Japon, ne sont pas pris en

compte par les exploitants et les autorités. Il y a eu la fusion de 3 réacteurs au Japon. EDF ne considère la fusion que d’un seul réacteur.

Et d’ajouter que les Japonais ont eu de la chance car 80% de la radioactivité est allée vers l’Océan pacifique. ce ne serait pas le cas en France.

Un simple accident « sévère » pourrait coûter 120 milliards d’euros. Le double avec des conditions météo défavorables. Les pertes dues à l’image et au remplacement de la production d’électricité couvriraient environ 77% de cette somme. La situation serait différente en cas d’accident « majeur » mentionnée ci-dessus.

Vous pouvez en savoir plus ici, mais c’est payant…

Pour avoir des statistiques récentes sur la population vivant autour des centrales nucléaires françaises, vous pouvez consulter gratuitement cet article en français.

Mardi 27 novembre, après KEPCo, dans le Kansaï, c’est au tour de Kyûshû Electric de demander une hausse moyenne de ses tarifs d’électricité de 8,51% à partir d’avril prochain. Les compagnies du Tôhoku et de Shikoku pourraient suivre. Des conférences de presse sont annoncées pour les 29 et 30 novembre.

Mercredi 5 décembre, TEPCo a présenté les indemnisations qu’elle allait verser aux personnes qui sont parties volontairement de certaines zones contaminées : c’est 40 000 yens (400 euros) par adulte et 80 000 (800 euros) par enfant. Le communiqué en anglais est ici et les tableaux avec les sommes ici et ici. Cela ne fait pas beaucoup quand il faut refaire sa vie.

Vendredi 7 décembre, KEPCo, qui a demandé à augmenter ses tarifs d’électricité à partir d’avril prochain, envisage de réduire de 5% les salaires et de ne pas verser de prime (bonus) lors de l’été 2013. Les discussions sont en cours avec le syndicat.

Jeudi 13 décembre, lors de son audition par le ministère de l’industrie à propos de sa volonté d’augmenter ses tarifs, Kyûshû Electric a prétendu qu’il lui faudra vendre son électricité 35,64% plus cher en moyenne (admirez la précision !) si aucun réacteur nucléaire ne redémarre. Actuellement, la compagnie demande une augmentation moyenne de 8,51% pour les ménages et 14,22% pour les compagnies en tablant sur le fait que 4 de ses 6 réacteurs seront remis en route.

Kansaï Electric (KEPCo) n’est pas en reste et table aussi sur 4 réacteurs nucléaires remis en route pour estimer sa demande d’augmentation moyenne de 11,88% pour les ménages.

Mardi 18 décembre, TEPCo a reçu 29,2 milliards de yens (260 millions d’euros) des autorités.

Jeudi 20 décembre, le président de TEPCo va essayer de renégocier l’aide publique avec le nouveau gouvernement. La compagnie a besoin de 10 000 milliards de yens (90 milliards d’euros) pour couvrir les indemnisations, la décontamination et le démantèlement et ne devrait recevoir que la moitié. Il espère avoir plus de chance qu’avec les précédent

gouvernement. Il en profite aussi pour pousser le redémarrage rapide de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa qui compte 7 réacteurs. Il affirme n’avoir toujours rien décidé quant au devenir de la centrale de Fukushima daï-ni, même si elle a été inondée par le tsunami et que les autorités régionales de Fukushima refuseront toujours son redémarrage.

Jeudi 27 décembre, TEPCo a demandé une rallonge de 698,6 milliards de yens (plus de 6 milliards d’euros) d’aide auprès du gouvernement. C’est la quatrième

demande de fonds. Avec la nouvelle requête, le montant total des fonds demandés pour l’indemnisation des victimes du désastre de Fukushima s’élève à 3 243 milliards de yens (28,5 milliards d’euros au cours actuel), sans compter l’argent injecté directement dans son capital par l’Etat.

Elle a, par ailleurs, reçu 250,3 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) du gouvernement.

Vendredi 28 décembre, Toshiba veut céder 36% des parts de sa filiale nucléaire Westinghouse.

Samedi 29 décembre, le nouveau ministre de l’industrie, Toshimitsu Motegi, a annoncé vouloir consacrer une part du budget au démantèlement des réacteurs nucléaires. Le précédent gouvernement avait déjà alloué 2 milliards de yens (18 millions d’euros) aux recherches sur le démantèlement. Avec ce nouveau budget, le gouvernement soutiendra aussi sa mise en oeuvre.

TEPCo a dédié 900 milliards de yens (8 milliards d’euros) au démantèlement des réacteurs 1 à 4. La compagnie sera soutenue financièrement par le gouvernement. On est, une fois de plus, dans un processus de nationalisation des pertes après la privatisation des profits. Il s’agit, de plus, d’une aide financière indirecte payée par les impôts, à toute l’industrie nucléaire qui ne serait pas compétitive sans cela.

Jeudi 10 janvier, TEPCo a annoncé qu’elle accepterait des demandes d’indemnisation au-delà des trois ans légaux.

Vendredi 11 janvier, la compagnie Japan Atomic Power Co, qui exploite trois réacteurs nucléaires et vend l’électricité à 5 compagnies d’électricité, continue à faire du profit, même si tous ses réacteurs sont à l’arrêt et qu’elle ne produit pas d’électricité. Ses 20,9 milliards de yens de profit (177 millions d’euros) sont dus aux contrats qui la lient aux compagnies d’électricité qui doivent la payer, même si elle ne produit rien… Il s’agit d’un profit record car elle a moins de frais. In fine, se sont les consommateurs qui payent, car les compagnies d’électricité reportent ces coûts.

Cette situation est confortable : ses deux réacteurs de Tsuruga risquent de ne jamais redémarrer car situés sur une faille. Le n°1 a plus de 40 ans. Cependant, elle a tout intérêt à ne pas les arrêter officiellement car l’argent continue de rentrer sans rien faire. Les procédures vont donc durer indéfinitivement. L’avenir du réacteur n°2 de Tôkaï n’est pas plus brillant à cause de l’opposition locale.

Mardi 22 janvier, TEPCo a reçu 271,7 milliards de yens (2,3 milliards d’euros) des autorités. C’est la treizième aide financière.

Lundi 28 janvier, 512 habitants de la province de Fukushima, essentiellement d’Iwaki, préparent une « class action » contre TEPCo et le gouvernement. Il s’agit surtout d’évacués volontaires qui demandent des indemnisations plus conséquentes que ce qui est pévu pour eux.

TEPCo avait annoncé qu’elle ne mettrait pas de limite de temps aux demandes d’indemnisation, comme la loi l’y autorise, trois ans après le drame (cf 10 janvier). Mais elle a précisé sa stratégie : il y aura bien une limite, trois ans après avoir reçu les papiers à remplir pour être indemnisé. Beaucoup de gens n’ont encore rien reçu et le dossier est si compliqué, avec de nombreux justificatifs demandés, que certaines personnes abandonnent.

Mercredi 30 janvier, le gouvernement japonais augmente de 12,4% son soutien financier à l’industrie nucléaire nationale pour atteindre 156,4 milliards de yens (1,3 milliard d’euros). Il veut, en particulier, soutenir :

– la robotique de démantèlement : 4,2 milliards de yens ;

– le renforcement de la sûreté nucléaire : 2,2 milliards de yens ;

– les études géologiques pour les projets de réacteurs nucléaires à l’étranger : 1 milliard de yens ;

– les autorités locales qui hébergent des centrales nucléaires : 96,8 milliards de yens ;

– la NRA, la nouvelle autorité de sûreté japonaise : 72,5 milliards de yens ;

– les centres de secours en cas d’accident nucléaire : 13,8 milliards de yens.

Lundi 4 février, le gouvernement va accorder une aide supplémentaire de 696,8 milliards de yens (5,6 milliards d’euros) à TEPCO. Au total, cela va porter l’aide à 3 243 milliards de yens (26 milliards d’euros). La compagnie devra rembourser quand elle fera des profits… Cela s’ajoute à la recapitalisation de la compagnie qui en fait, de facto, une entreprise nationalisée.

TEPCo prévoit une perte de 120 milliards de yens (1 milliard d’euros) pour cette année fiscale qui se termine le 31 mars. C’est beaucoup plus que les 45 milliards de yens initialement annoncés.

TEPCo prévoyait, de façon complètement irréaliste, de redémarrer des réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa en avril 2013. Il est maintenant clair pour tous que ce n’est pas possible. Deux réacteurs sont sur une faille considérée maintenant comme active. Il devront sûrement être arrêtés définitivement. Et ce sont tous des réacteurs à eau bouillante, comme à Fukushima, qui demandent le plus de travaux de remise aux normes de sûreté. Il y en a pour des années et cela coûte très cher. TEPCo aura-t-elle les moyens d’investir ?

TEPCo se refuse actuellement à revoir ses prévisions financières…

Samedi 9 février, une commission du ministère de l’économie et de l’industrie va proposer au gouvernement d’ouvrir le marché de l’électricité. A partir de 2016, les foyers devraient pouvoir choisir leur fournisseur. La séparation entre le transport de l’électricité et la production devrait être effective entre 2018 et 2020. Ce sera la fin du monopole régional pour les compagnies qui en ont bien profité en fournissant une des électricités les plus chères de la planète. Elles font un lobbying intense pour retarder au plus les échéances.

Espérons que cela entraînera la création de producteurs alternatifs comme Enercoop en France qui fournit l’ACRO et le domicile de l’auteur des ces lignes.

La compagnie d’électricité du Tôhoku veut augmenter ses tarifs de 11% en moyenne à partir de juillet prochain. C’est plus que l’augmentation obtenue par TEPCo. Elle envisage aussi de baisser de 20% en moyenne le salaire de ses employés.

Mercredi 13 février, TEPCo va indemniser les évacuations volontaires du Sud de la province de Fukushima et de la ville de Marumori à Miyagi. La somme proposée est de 40 000 yens (moins de 400 euros) pour le stress. A cela on peut espérer obtenir 40 000 yens supplémentaires pour les frais occasionnés par la contamination. Cela fait un total de 80 000 yens (640 euros)…

Jeudi 14 février, la compagnie Tôhoku Electric a sollicité l’autorisation du gouvernement d’augmenter ses tarifs d’électricité de 11,41% en moyenne pour les particuliers à partir du 1er juilet prochain. C’est plus que ce qu’avait obtenu TEPCo (8,46%). Pour les entreprises, la hausse sera de 17,74% en moyenne. Cette hausse ne nécessite pas d’accord du gouvernement.

L’estimation des coûts repose sur l’hypothèse que la compagnie pourra redémarrer sa centrale de Higashi-dôri à partir de juillet 2015. Pour celle d’Onagawa, endommagée lors du séisme et tsunami de 2011, il n’y a pas de calendrier.

C’est la quatrième compagnie à demander de pouvoir augmenter ses tarifs.

Vendredi 15 février, le 10 décembre dernier, l’ACRO avait attiré l’attention du public sur une étude IRSN qui tentait d’évaluer le coût financier d’une catastrophe nucléaire majeure en France. L’association réclamait que l’IRSN publie en français cette étude sur son site. A l’époque, seul le Canard Enchaîné s’y était intéressé. Puis, toute la presse a repris l’information ce mois-ci,

suite à une présentation en France. Sur le site Internet de l’IRSN, toujours rien ! Mais des citoyens ont traduit le résumé de l’étude en français, uniquement disponible en anglais, sur un site spécialisé. Merci à eux !

Mardi 19 février, Greenpeace a publié un rapport à l’occasion des deux ans de la catatrophe (rapport complet en anglais, résumé en français) qui se focalise sur le coût de la catastrophe, en montrant que ce sont toujours les populations qui trinquent. L’industrie nucléaire n’a rien déboursé alors qu’elle porte une responsabilité dans l’accident.

Selon ce rapport, les réfugiés de la catastrophe de Fukushima devront rembourser une partie des indemnités reçues : au début de la catastrophe, TEPCo a distribué la même somme à tout le monde. Maintenant, les indemnités sont calculées sur des critères précis et certaines personnes se voient déduire le trop perçu des compensations actuelles ou doivent rembourser une partie. Pour ces gens qui ont tout perdu et qui sont partis sans

rien de chez eux, pensant pouvoir revenir rapidement, c’est un choc.

De son côté, l’IRSN, a fini par mettre en ligne le résumé de son étude sur le coût potentiel d’une catastrophe en France, en français et en anglais. Comme quoi, la transparence se conquiert. Encore un effort, et l’on aura peut-être l’étude complète avec toutes les hypothèses retenues pour faire les évaluations…

Japan Atomic Power Co (JAPC), qui exploite la centrale de Tsuruga, située sur une faille considérée comme active par les experts de la NRA et qui ne peut donc plus redémarrer, continue d’arroser les pouvoirs locaux pour gagner leurs soutiens. Elle vient de faire un don de 700 millions de yens (5,6 millions d’euros) à la municipalité de Tsuruga pour construire une route entre le centre ville et la centrale arrêtée.

JAPC s’était engagée à payer cette route en 2002, en prévision de la construction de deux tranches supplémentaires. Mais il est quasiment impossible que ces deux réacteurs, n°3 et 4, voient le jour. Le réacteur n°1 a dépassé l’âge de 40 ans et le n°2 est sur une faille active.

Mais la compagnie, qui reçoit de l’argent des compagnies d’électricité clientes, continue à faire des bénéfices et peut se permettre de faire des dons. Pendant ce temps là, les compagnies d’électricité clientes, dont KEPCo, demandent à augmenter leurs tarifs. Une partie va donc servir à la construction de routes inutiles… à moins qu’elle ne serve au démantèlement.

Mercredi 20 février, Kansaï Electric (KEPCo) et Kyûshû Electric avaient demandé l’autorisation de relever de 11,88% et 8,51% en moyenne leurs tarifs pour les particuliers. La commission du ministère de l’industrie leur demande de faire plus d’économies en coupant plus les salaires et en prenant en compte la baisse des coûts des hydrocarbures.

Vendredi 22 février, TEPCo a reçu 210,6 milliards de yens (1,7 milliard d’euros) des autorités.

Vendredi 1er mars, TEPCo obtenu l’autorisation du gouvernement pour augmenter ses tarifs d’électricité auprès des particuliers. Elle les a aussi augmentés pour les compagnies depuis avril 2012, au moment du renouvellement du contrat. Mais 1 100 compagnies ont refusé le nouveau contrat, qui entraîne une augmentation moyenne de 14,9%. TEPCo a continué à leur fournir de l’électricité, mais elle pourrait leur couper la ligne car le manque à gagner est de 7 milliards de yens (70 millions d’euros).Ce serait une première au Japon.

TEPCo prétend que c’est injuste vis à vis des particuliers qui ont accepté la hausse. Mais ils n’ont pas accepté la hausse, on la leur a imposé !

Lundi 4 mars, les autorités taxent les indemnitées reçues par les personnes forcées à évacuer comme si c’était des salaires. Pour les agriculteurs ou d’autres professions, cela change tout : les frais étaient déduits des produits de la vente et les impôts faibles si les bénéfices étaient faibles. Les indemnités, qui compensent les invendus, sont considérées comme des salaires et entièrement taxés, sans prendre en compte les dépenses de ceux qui ont continué à cultiver par exemple. Et les impôts ont augmenté drastiquement, ce qui provoque de la colère. C’est la même chose dans le tourisme, par exemple.

Vendredi 8 mars, lundi 11 mars, jour anniversaire du déclenchement de la catastrophe, 1 600 nouvelles personnes devraient porter plainte contre TEPCo.

Japan Atomic Power Co (JAPC) qui a très peu d’espoir d’être autorisée à redémarrer un de ces trois réacteurs nucléaires vient de recevoir 140 milliards de yens (1,2 milliards d’euros) d’aide de la part d’autres compagnies du nucléaire. Cette somme comprend 40 milliards de yens de Japan Nuclear Fuel Ltd. Il s’agit en fait d’un remboursement d’une somme qu’elle avait reçu pour promouvoir le « recyclage ». JAPC est assez particulière dans le paysage japonais : elle produisait de l’électricité nucléaire qu’elle revendait à d’autres compagnies d’électricité qui la distribuait et revendait. KEPCo et trois autres compagnies qui sont actionnaires vont fournir 100 milliards de yens.

Ce n’est qu’un début, il faudra ensuite payer le démantèlement des réacteurs.

Samedi 9 mars, la NRA a demandé à un groupe d’experts d’évaluer les conclusions de son propre groupe d’experts à propos de la faille qui passe sous le réacteur n°2 de Tsuruga et ils ont confirmé que la faille est très probablement active. L’exploitant, Japan Atomic Power Co, dans une situation critique car aucun de ses réacteurs ne devraient redémarrer, a critiqué cette décision « unilatérale ».

Dimanche 10 mars, nous avions, le 10 décembre dernier, attiré l’attention sur une étude IRSN restée confidentielle qui évaluait le coût d’un accident nucléaire en France uniquement (alors que les répercussions dépasseront les frontières). L’IRSN avait fini, le 19 février dernier, par publier cette étude sur son site Internet avec une traduction en français. Elle avait été devancée par des citoyens pour la traduction française.

Le JDD vient de révéler que l’IRSN avait dans ses cartons, depuis 2007, une étude beaucoup plus pessimiste avec des coûts, pour un accident majeur, qui peuvent monter jusqu’à 5 800 milliards d’euros, l’équivalent de 3 ans de PIB. Pourquoi ces chiffres n’ont-ils jamais été rendus publics ?

-> Rapport de Greenpeace de 2012 avec une partie sur les indemnisations (en français)

-> Rapport de Greenpeace de 2013 avec une partie sur les indemnisations et la responsabilité (en anglais)

-> Rapport de l’OCDE de 2012 : Japan’s compensation system for nuclear damage

L’accident nucléaire
Généralités

L’accident a été classé au niveau 7 de l’échelle INES.

Le premier rapport écrit par l’autorité de sûreté nucléaire japonaise sur l’accident pour l’AIEA est disponible ici en anglais (juin 2011).

Le site de la commission d’enquête mise en place par le gouvernement, avec le rapport d’étape en anglais, est ici : Investigation Committee on the Accident at the Fukushima Nuclear Power Stations.

Le rapport définitif est aussi disponible en anglais.

Le site de la commission d’enquête indépendante d’initiative privée est ici : The Rebuild Japan Initiative Foundation Le rapport est en cours de traduction en anglais. Le résumé et les conclusions sont déjà disponibles.

La commission d’enquête parlementaire sur l’accident de Fukushima a présenté son rapport début juillet 2012. Il est disponible en ligne en japonais ici et ici en anglais. Le résumé est aussi disponible en français grâce à une équipe de traducteurs bénévoles.

TEPCo a mis en place sa propre commission d’enquête interne : le résumé en anglais est ici. Le rapport d’enquête interne complet, en date du 20 juin 2012, est maintenant disponible en anglais. Les autres données de la compagnie sont regroupées ici en anglais.

L’Institute of Nuclear Power Operations (INPO) aux Etats-Unis a mis à jour son rapport sur l’accident nucléaire. Il est disponible en ligne.

TEPCo a mis en ligne 2 145 photos qui datent des premiers jours de la catastrophe. Elles ont été prises, pour la plupart, par des employés. TEPCo a censuré 849 photos sous le prétexte de la protection de données sensibles relatives à la technologie nucléaire.

La CIPR a tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima. Le résumé est disponible en ligne.

Jusqu’au 15 mai pour le réacteur n°1 et au 24 mai 2011 pour le n°2 et 3, TEPCo prétendait que le combustble était partiellement endommagé, avant d’admettre soudainement qu’il y avait fusion complète du coeur dans ces 3 réacteurs.

Outre les réacteurs, les piscines de combustibles ont fait très peur et sont toujours menaçantes. Leur inventaire officiel est sur le site du ministère de l’industrie. La première colonne correspond au n° du réacteur. La deuxième, à la capacité de stockage, la troisième au nombre d’assemblages de combustible usé et la dernière au nombre d’assemblages de combustible neuf. Un assemblage contient 72 barres de combustible. A cela s’ajoute la piscine d’entreposage commune du site avec 6 375assemblages.

La BBC a diffusé un reportage remarquable sur l’accident qui peut être visualisé ici en anglais.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire utilise le mot ‘incident’ pour décrire ce qui s’est passé à Fukushima. Pour Areva aussi, il n’y a eu qu’un incident à Fukushima… Un ACROnaute nous a envoyé par mail un scan du programme 25ième congrès de radioprotection organisé par l’ATSR les 10-11-12 octobre à Orléans : l’IRSN y a fait une présentation intitulée « Conséquence incident FUKUSHIMA »… Sans s à conséquence.

Ce serait bien que tous ces gens expliquent ce qu’est un accident nucléaire si Fukushima n’est qu’un incident.

3 des 4 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ni (n°2) ont failli suivre ceux de daï-ichi sans une source de courant encore disponible pas trop loin. Heureusement qu’il y avait 2 000 personnes sur le site de la centrale. Cela a permis de tirer un câble sur 9 km. La nuit ou le week-end, avec seulement 400 personnes présentes, cela n’aurait peut-être pas été possible.

Si la centrale d’Onagawa a pu être sauvée, c’est grâce à l’obstination d’un homme, Yanosuke Hirai, qui a obtenu que la digue de protection contre les tsunami fasse 14,8 m. Sa conviction était basée sur l’étude du passé et du tsunami de 869, alors que la plupart de ses collègues se seraient contentés d’une digue de 12 m. Le tsunami du 11 mars 2011 a atteint une hauteur de 13 m… Comme un tsunami provoque d’abord un retrait de la mer, il s’était aussi assuré que la prise d’eau ne serait pas asséchée.

Mars – Juin 2012

Lundi 12 mars, Yotaro Hatamura, qui préside l’Investigation

Committee on the Accident at the Fukushima Nuclear Power Stations, s’est dit réservé à l’idée de publier intégralement les auditions des politiciens. Au début, il voulait êtr le plus ouvert possible, mais dans les faits, il s’est rendu compte que les personnes interrogées étaient plus sincères à huis clos. Le comité a déjà auditionné 10 politiciens, dont les ministres de l’industrie et des sciences et technologie de l’époque. Il n’a pas encore auditionné l’ancien premier

ministre et son chef de cabinet devenu premier ministre.Mardi 3 avril, on a appris que le cabinet du premier ministre n’était pas relié au système de visio-conférence de crise du gouvernement. Ce système doit mettre en relation, le cabinet du premier ministre, la NISA et les centres de crise situés à proximité des centrales nucléaires pour faciliter le

partage des informations. Mais il n’est pas connecté avec les réseaux des exploitants.

Il est installé au troisième étage (quatrième niveau), au niveau du cabinet du premier ministre et pas dans le centre de crise situé dans les sous-sols. Il a été installé en 1999, suite à l’accident de Tôkaï-mura et coûte entre 500 et 600 millions de yens (5 à 6 millions d’euros) par an en maintenance. Mais il n’a pas été utilisé au début de la crise, après le 11 mars 2011. Naoto Kan, le premier ministre de l’époque avait pourtant utilisé ce système de visio-conférence lors

d’un exercice de crise en octobre 2010…Par ailleurs, les Etats-Unis n’ont eu cesse d’alerter le Japon sur la vulnérabilité de ses réacteurs nucléaires : suite au 11 septembre 2001, ils craignaient une attaque terroriste sur ue centrale japonaise et avaient pointé du doigt la faiblesse des piscines, des systèmes de

refroidissement et des sources électriques de secours. Ils avaient vu juste, mais l’attaque n’a pas été terroriste…

Le Japon n’a pas pris en compte ces critiques car il pensait que les risques d’une attaque terroriste étaient très faibles. Pourtant, les vulnérabilités étaient là et n’ont pas été prises en considération.Mercredi 4 avril, il y a eu une interruption de l’injection d’azote dans les réacteurs 1, 2 et 3. Cela a été découvert à 10h55 : les pompes étaient arrêtées. Le système de secours a démarré à 12h16 et l’injection d’azote a repris à 12h30.

L’azote sert à prévenir une nouvelle explosion hydrogène.

Une alarme a sonné à partir de 9h51, mais il a fallu une heure environ pour trouver la cause… TEPCO soupçonne un filtre encrassé suite à la tempête des derniers jours.

Selon TEPCo la centrale n’a pas été mise en danger car il faut environ de 30 à 50 heures pour que la concentration d’hydrogène atteigne des niveaux dangereux. La compagnie va cependant revoir son système de surveillance et d’alarme.Samedi 7 avril, nouvel arrêt inexpliqué de l’injection d’azote dans les 3 réacteurs ayant subi une fusion du coeur. Vers 17h un employé a découvert que l’injection d’azote était proche de zéro. Après vérification, le système était arrêté depuis 16h43 dû à une alarme conduisant à un arrêt automatique. TEPCo a donc utilisé un système de secours pour injecter à nouveau de l’azote à partir de 17h56. A 18h28, le débit était redevenu normal. Le communiqué laconique de TEPCo est ici en anglais. La compagnie ne peut pas expliquer les déboires de son système d’injection.

 

Vendredi 13 avril, nouvel arrêt de l’injection d’azote dans les trois réacteurs. Cela a été découvert à 1h par un employé qui contrôlait les paramètres de la centrale. Le système de secours a démarré à 3h10 et l’injection a repris à 3h46.

C’est le quatrième arrêt en un mois.

 

Lundi 16 avril, les réacteurs 1 à 4 n’auront plus le statut de réacteur nucléaire à partir du 20 avril.

Le parc nucléaire japonais sera donc de 50 réacteurs au lieu de 54 actuellement et TEPCo n’aura plus que 13 réacteurs. Le déclassement des tranches 5 et 6 devrait suivre. Le statut futur de Fukushima daï-ni, avec ses 4 tranches, n’est pas connu : la compagnie garde un espoir de les redémarrer, même si cela semble peu sérieux. Les autorités régionales de Fukushima ont demandé à la compagnie d’arrêter définitivement tous ses réacteurs nucléaires. Il reste à TEPCo la

centrale de Kashiwazaki-Kariwa avec 7 réacteurs, dont 3 arrêtés depuis le violent séisme de 2007. Les 4 autres sont aussi arrêtés actuellement.

Quel est le statut de ce qui était les réacteurs 1 à 4 ? Déchet radioactif à ciel ouvert ? Leur démantèlement devrait prendre environ quarante ans estime TEPCo.Mercredi 18 avril, Ken’ichi Ômae (ou Ohmae, 大前研一), célèbre économiste qui a fait des études d’ingéniérie nucléaire, vient de publier une tribune dans le Japan Times où il analyse les causes profondes de l’accident. Il est aussi l’auteur d’un rapport sur le sujet.

Il remet en cause l’approche probabiliste adoptée par l’industrie nucléaire pour négliger certains risques jugés trop peu probables. Les réacteurs 1 à 4 ont subi des dommages fatals alors que les 5 et 6 ont pu être sauvés par un générateur diesel situé en hauteur et épargné par le tsunami. Ce générateur n’avait pas besoin d’eau pour être refroidi.

La différence entre ces deux cas, ce n’est pas l’aggression externe ou sa probabilité d’occurence, mais bien la robustesse des systèmes de secours pour maintenir le refroidissement. La catastrophe de Fukushima est donc une catastrophe humaine qui aurait pu être évitée. Tout mettre sur le dos de l’ampleur exceptionnelle du séisme et du tsunami n’est pas correct.

Tous les systèmes de secours de la centrale (pompes de refroidissement,

vannes, système d’injection d’acide borique…) ont besoin d’électricité pour fonctionner. Cette situation est donc très fragile.

La centrale du Fukushima avait 5 lignes électriques reliées au réseau.

L’exploitant et les autorités n’ont donc pas pris sérieusement en compte la possibilité d’une coupure électrique totale. Elle a pourtant eu lieu, les 5 lignes ayant été coupées et les générateurs de secours noyés. Les camions générateurs envoyés en secours fournissaient du 220 V alors que la centrale nécessite du 660 V !

Pour lui, il faut abandonner ces études probabilistes qui ne servent qu’à obtenir l’acceptation par public de risques inacceptables mais présentés comme peu probables. Il revient donc aux ingénieurs du nucléaire, non pas d’essayer de retrouver la confiance de la population, mais de réfléchir à des réacteurs qui peuvent supporter les situations les pires avec rupture complète de l’alimentation en eau et électricité.

Est-ce possible ? (En France, EDF milite depuis de nombreuses années pour l’introduction de ces analyses probabilistes dans l’évaluation de la sûreté. Mais elles ne sont pas prises en compte dans les critères de sûreté par les autorités en charge du contrôle).Vendredi 20 avril, comme annoncé, les réacteurs 1 à 4 de la centrale de Fukushima daï-ichi ne

font plus partie du parc nucléaire japonais qui ne compte plus que 50 tranches.Samedi 21 avril, après avoir

tergiversé, le ministre de l’industrie, Yukio Edano, a annoncé que le Japon allait arrêter toutes ses centrales nucléaires d’ici 40 ans au plus tard. En fait, il n’annonce rien de nouveau, puisque le gouvernement a déjà comme projet d’arrêter les centrales au bout de 40 ans de fonctionnement. Cela revient a dire que les réacteurs en construction seront mis en marche…

Dommage que les journalistes ne l’interroge pas sur les autres aspects du programme nucléaire, comme le retraitement, le Mox et le surgénérateur Monju. Edano a fait de l’ambiguïté sa marque de fabrique.Mardi 24 avril, selon le Sankei, il y avait 8 personnes de la NISA sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi le 11 mars 2011 mais elles ont fui sur leur propre décision le 14 mars à 15h. A partir de ce moment là, les autorités devaient se contenter des seules informations de l’exploitant. Une peu plus tard, se sera au tour de TEPCo de demander l’autorisation de se retirer de la centrale, ce qui a été refusé par le premier ministre.Lundi 14 mai, le président de

TEPCo a été auditionné par la commission parlementaire qui enquête sur l’accident. Interrogé sur ses responsabilités, il a été évasif. En revanche, il a accusé le gouvernement et l’ancien premier ministre d’avoir perturbé la gestion de la crise. En ce qui concerne les avertissements passés sur les risques encourus en cas de tsunami, il n’était au courant de rien.Le président de la télévision nationale, la NHK, a été nommé au conseil d’administration de TEPCo, ce qui fait grincer des dents à de nombreuses personnes qui craignent pour l’impartialité de l’information diffusée par la télévision.Mardi 15 mai, en 2006, la NISA avait alerté TEPCo sur les risques de perte de l’alimentation électrique en cas de tsunami. Cela n’a eu aucun

effet. Et l’autorité n’a pas fait plus pour imposer ses vues. Ces craintes faisaient suite au tsunami de Sumatra en 2004 qui avait fait perdre une pompe de refroidissement à une centrale indienne.Vendredi 18 mai, il y a 6 ans, le Japon a revu les critères de résistance aux séismes des installations nucléaires. Mais la NISA, qui est encore sous la tutelle

du ministère de l’industrie, a demandé à la Nuclear Safety Commission (NSC) de dire que les anciens réacteurs ne présentaient aucun problème, malgré les nouveaux critères. Dans sa lettre, la NISA insiste pour que cela soit la NSC qui fasse l’annonce, pour éviter que les riverains, autorités locales… demandent leur arrêt. La commission a obéi en déclarant que les réacteurs construits sous les anciens critères n’avaient pas besoin d’inspection spécifique.

La même année, la NISA a aussi tenté d’empêcher l’implémentation de nouvelles règles d’urgence qui satisfont aux critères internationaux.

Mis à part cela, c’est la faute à un tsunami exceptionnel…Dimanche 27 mai, interrogé par la commission d’enquête parlementaire, le ministre de l’économie et de l’industrie, Yukio Edano, porte parole du gouvernement au début de la crise, a affirmé qu’il était clair que TEPCo a eu l’intention d’évacuer complètement la centrale nucléaire. La compagnie dément. Ce sujet de controverse, très grave, ne sera probabement jamais tranché

puisqu’aucun compte rendu des réunions de crise n’a été fait.Mercredi 13 juin, l’Asahi a pu consulter des documents internes à TEPCo qui montrent qu’un groupe de travail interne avait étudié les conséquences d’un tsunami d’une hauteur supérieure à 5,7 m, hauteur maximale retenue pour assurer la sûreté de la centrale. Il est arrivé à la conclusion que si la vague dépassait 13,5 m, les générateurs électriques seraient perdus et il ne serait plus possible de refroidir les réacteurs. La construction d’une digue de protection des seuls réacteurs 5 et 6, distants des 4 autres, a été estimée à 8 milliards de yens (80 millions d’euros). Cet exercice

n’avait que pour but d’entraîner les jeunes recrues. Il n’a jamais été pris au sérieux par la compagnie.

TEPCo a perdu une autre occasion de prévenir ce qui s’est passé : en 2006, le gouvernement lui a demandé officiellement de présenter ses protections faces aux tsunamis, suite au tsunami qui avait fait des ravages dans l’océan indien en 2004. Ainsi, en 2008, TEPCo a calculé qu’une vague de 15,7 m était possible, mais elle a décidé de ne rien faire, comme deux ans plus tôt.

TEPCo a réagit en expliquant qu’il ne s’agissait que d’exercices de potaches. Bref rien de sérieux.Mercredi 20 juin, TEPCo a publié son rapport d’enquête sur l’accident. Il n’est disponible qu’en japonais pour le moment et est accessible via le communiqué de presse en anglais.

L’Asahi en fait une analyse intéressante : la compagnie n’est responsable de rien, ou presque. Elle avait sous-estimé le risque de tsunami

(difficile à nier !), mais c’est la faute des autorités qui n’ont pas su imposer des critères plus stricts. Des retards dans la communication ? Certes, mais c’est la faute du premier ministre qui voulait tout contrôler. Quant au chaos qui règnait à la centrale au début de la catastrophe, il est aussi dû aux autorités qui dérangeaient les personnes sur place. Pouvait-on attendre autre chose de la compagnie ?

Non, car elle fait face à de nombreux procès pour des indemnités.

Reconnaître la moindre responsabilité pourrait donc lui coûter très cher.

Evidemment, la compagnie continue à nier qu’elle avait voulu évacuer complètement la centrale, comme l’ont indiqué de nombreux politiques.

Mais elle refuse de rendre publics les enregistrements des vidéo-conférences de l’époque pour confirmer ses affirmations.

La compagnie semblait aussi ignorer que de l’hydrogène, qui a explosé, puisse fuir en cas d’accident…Mardi 26 juin, TEPCo a mis en ligne toute une série de photos montrant l’état actuel de la centrale.Vendredi 29 juin, TEPCo refuse toujours de rendre publics les enregistrement des

visio-conférences des premiers jours de la catastrophe. 42 actionnaires ont donc porté l’affaire devant les tribunaux, arguant que ces enregistrements devaient devenir publiques pour faire toute la lumière sur l’accident. L’enjeu sous jacent est de savoir si, oui ou non, TEPCo avait bien l’intention de retirer tous ses employés au tout début de la catastrophe. Le gouvernement, qui devrait devenir l’actionnaire majoritaire d’ici la fin juillet, devrait pouvoir exiger alors leur publication, sauf si la compagnie les a détruits d’ici là.

Toues les enregistrements du 11 au 30 mars, ainsi que leur retranscription, sont concernés par la plainte.

Juillet – Août 2012

Jeudi 5 juillet, la commission

d’enquête parlementaire sur l’accident de Fukushima a présenté son rapport aujourd’hui. Il est disponible en ligne en japonais ici. Un résumé en anglais est aussi disponible. Le rapport complet sera aussi disponible en anglais prochainement.

Le message principal mis en avant lors de la conférence de presse a été de réaffirmer qu’il s’agit d’un accient d’origine humaine et pas une catastrophe naturelle. TEPCo aurait dû envisager un tsunami de plus grande hauteur. Les autorités auraient dû imposer des mesures de protection plus contraignantes. Des évidences… Et de critiquer le système fermé de collusion entre les exploitants et les autorités.

TEPCo aurait demandé de reporter la mise en place de mesures de sûreté complémentaires car cela ferait baisser le rendement de ses installations. La NISA a accepté. Le rapport va jusqu’à mentionner que les rôles étaient inversés et que la NISA était l’esclave des exploitants.

La gestion de la crise par l’exploitant et les autorités est aussi sévèrement critiquée. Ils n’étaient pas préparés à faire face à un accident nucléaire. La commission critique en particulier l’ordre de confinement pendant 10 jours qui est intenable, suivi par la suggestion d’évacuer volontairement la zone comprise entre 20 et 30 km. Le gouvernement s’est défaussé de ses responsabilités sur les habitants et n’a pas mis en place des moyens pour aider à l’évacuation. Le rapport

est aussi cinglant pour les autorités régionales et le corps médical, rappelant qu’une soixantaine de personnes qui étaient alitées sont décédées lors de l’évacuation de la zone des 20 km. Et de pointer du doigt la non distribution de comprimés d’iode. Il critique aussi la limite de 20 mSv par an, qu’il juge trop élevée, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants.

La commission ne peut pas exclure que le séisme seul ait déjà sévèrement endommagé la centrale, dont son système de refroidissement.

La commission fait aussi 7 recommandations pour la suite concernant la politique de sûreté nucléaire et la gestion de crise.

Elle ne va pas jusqu’à remettre en cause l’énergie nucléaire. Ni remettre en cause la capacité de TEPCo à gérer des centrales nucléaires ou suggérer des pousuites pénales.

Les commission n’a pas non plus proposé au parlement d’user de son droit à l’accès aux documents pour réclamer des comptes-rendus aux gouvernement ou à TEPCo. En particulier les vidéos controversées qui permettraient peut-être de faire toute la lumière sur la volonté de TEPCo d’évacuer complètement la centrale ou non.Une autre commission d’enquête doit rendre son rapport prochainement.Lundi 9 juillet, TEPCo a mis en ligne une tentaine de photos de l’arrivée du tsunami.Vendredi 13 juillet, selon le Maïnichi, la commission d’enquête

indépendante sur l’accident nucléaire mise en place par le gouvernement, réfute l’analyse faite par TEPCo dans son propre rapport d’enquête. L’analyse de TEPCo est basée sur des simulations numériques.

Celle de la commission, sur une analyse des données enregistrées comme la température ou la pression. La commission d’enquête estime que la fusion des réacteurs 1 et 3 a commencé 2 à 3 heures plus tôt que ce que dit TEPCo. Pour le réacteur n°2, il n’y a pas assez de données pour conclure. L’autorité de sûreté nucléaire n’aurait pas fait mieux que TEPCo.

L’exploitant et les autorités auraient sur-estimé la quantité d’eau injectée. Le fait que les résultats obtenus cela n’aient pas été comparés aux données est un acte de négligence pour un membre qui reste anonyme.

Le rapport est prévu pour le 23 juillet.Samedi 14 juillet, la NISA a demandé à 4 provinces, Hokkaidô, Shizuoka, Ishikawa et Ehimé, de déplacer leur centre d’urgence au-delà de la limite de 5 km autour

des centrales nucléaires.Jeudi 19 juillet, le directeur de TEPCo a donné une conférence de presse pour se plaindre de la décision du gouvernement de ne pas lui accorder une augmentation

de 10,28% de ses tarifs pour les ménages. Il aussi déclaré ne pas comprendre ce que voulait dire la commission d’enquête parlementaire quand elle disait que « l’accident (..) est le résultat d’une collusion entre le gouvernement, les agences de régulation et l’opérateur Tepco, et d’un manque de gouvernance de ces mêmes instances ». Il ne voit pas sur quels faits reposent ces accusations de collusion. S’il ne comprend pas, il vaut mieux qu’il démissionne… Et d’ajouter, sans vergogne, qu’il espère regagner la confiance du public ! Il est mal parti.Lundi 23 juillet, la commission d’enquête

mise en place par le gouvernement a remis, comme prévu, son rapport final aux autorités. Seules les recommandations sont disponibles en anglais actuellement. Le rapport complet est disponible en japonais.

Les premiers éléments qui sortent de ce rapport concernent l’impréparation des exploitants et des autorités face à l’accident à cause d’une croyance aveugle en la sûreté nucléaire absolue. Quand TEPCo prétend que le tsunami a dépassé ses hypothèses, la commission lui répond qu’aucun effort n’a été fait pour étudier des hypothèses imaginables. « Quand on ne veut pas voir quelque chose, on ne le voit pas ». La structure hiérarchique rigite de la compagnie et l’impréparation des personnes sur place a ajouté à la confusion. Quant au gouvernement, il s’est trop impliqué dans les détails techniques, ce qui n’est pas son rôle.

La rapport tance aussi l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, la NISA. En particulier, son refus d’admettre publiquement la fusion complète des coeurs de réacteur, alors que c’était évident pour un spécialiste. Le porte-parole de la NISA l’a évoquée lors qu’une conférence de presse le 12 mars 2012. Puis, la NISA s’est refusée à utiliser ce mot pendant 2 mois, jusqu’à ce que l’exploitant admette enfin l’évidence.

Les autorités régionales n’ont pas réussi à évacuer les patients grabataires de l’hôpital de Futaba et de l’hospice voisin, situés à 4 km de la centrale accidentée (ville d’Ôkuma), ce qui a entraîné une cinquantaine de décès. Deux équipes ont été envoyées, mais aucune n’avait les moyens d’évacuer des personnes qui devaient rester alitées. Quand l’armée est finalement intervenue, elle est venue avec des bus sans savoir où amener les patients. Ils ont fait 5 heures de

voyage alors que des hôpitaux plus proches pouvaient les accepter. Les personnes les plus vulnérables ont attendu jusqu’à 5 jours avant d’être évacuées. Certaines sont décédées avant.

Et d’ajouter que peu de progrès ont été faits depuis : TEPCo n’a pas vraiment recherché les causes de l’accident et les exploitants des autres centrales nucléaires et les autorités ne sont pas prêts. Le rapport de TEPCo contient des contradictions internes que l’exploitant n’a pas investiguées.

Le rapport liste toute une série d’améliorations à apporter dans la protection des

centrales et la préparation à la crise. Si le gouvernement s’engage à les appliquer, il peut déjà fermer les deux réacteurs en marche de la centrale d’Ôï et il ne pourra par relancer le nucléaire avant longtemps.

Le rapport appelle aussi TEPCo a prendre au sérieux les recommandations faites. Est-ce possible ? Le rapport interne de TEPCo et les dernières déclarations de son directeur (19 juillet) laissent penser que ce ne sera pas possible.

Pourtant, aucun des rapports publiés ne remet explicitement en cause les capacités de TEPCo à exploiter du nucléaire ! Incroyable. On retire le permis d’un conducteur automobile après une faute grave. Mais pas à un exploitant nucléaire. Yotaro Hatamura, le président de cette commission, suggère cependant que les problèmes qui ont conduit à la catastrophe sont si enracinés dans la culture de l’entreprise qu’il vaudrait mieux créer une nouvelle entité que d’essayer d’améliorer la situation.

Enfin, le rapport souligne qu’il y a encore beaucoup à apprendre sur cet accident et qu’il ne faut pas arrêter les investigations maintenant que tous les rapports ont été rendus. De nombreuses questions restent ouvertes :

– pourquoi le réacteur n°2 est celui a a eu les plus forts rejets ?

– pourquoi il y a eu une explosion hydrogène dans le bâtiment réacteur

n°1 ?…

C’est aussi le cas sur les conséquences humaines de cet accident. Il appelle à la création d’une mémoire de l’accident en collectant les témoignages des parties

prenantes et des victimes.

Le rapport ne conclut quant à savoir si TEPCo a vraiment voulu abandonner la centrale ou pas.Mardi 24 juillet, le ministre de l’environnement et de la catastrophe, Goshi Hosono, a dit qu’il appartiendrait à la prochaine autorité de sûreté de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé à la centrale de Fukushima daï-ichi et qu’un groupe de travail spécifique serait mis en place.

 

Mercredi 25 juillet, le maire de Futaba n’est pas satisfait des rapports d’enquête sur l’accident et veut créer sa propre commission pour connaître la vérité.Vendredi 27 juillet, TEPCo a-t-elle eu l’intention de retirer tout le personnel sur le site de la centrale comme l’affirment tous les politiques en poste ou seulement une partie et qu’elle n’a pas été comprise comme elle l’affirme ? Cette question cruciale hante le Japon. La compagnie qui a enregistré de nombreuses conversations, réunions, téléconférences… ne voulait pas diffuser ces images. Face à la pression, elle en a sélectionné 150 heures qu’elle est prête à montrer une seule fois à la presse. Sur ces 150 heures, seules 50 heures ont du son. Les

journalistes se sont vus refuser une copie DVD. Le show aura lieu du 6 au 10 août.

Chaque media ne peut envoyer qu’un seul journaliste pour ne visionner que 30 heures d’enregistrement après avoir signé un engagement de ne pas tenter de filrmer l’écran, transmettre les noms des personnes qui seront floutées… Une version courte, pour le grand public, sera mise en ligne… en toute transparence !Mardi 31 juillet, face à la

pression gouvernementale, TEPCo a assoupli les conditions de visionnage des enregistrements vidéo des premiers jours de la catastrophe : chaque média pourra envoyer plus d’une personne ; la durée sera aussi alongée. En revanche, sur le son, le nom des personnes, etc, elle ne recule pas.

Si le gouvernement a pris le contrôle de la compagnie, il devrait pouvoir imposer plus de transparence…Lundi 6 août, TEPCo a commencé à montrer ses 150 heures de vidéo aux médias : 90 minutes expurgées pour le grand public sont consultatbles en ligne sur le site de TEPCo et peuvent être téléchargées. Les médias fulminent contre les pratiques de la compagnie et demandent que ces images soient considérées comme une propriété publique.

Nouveau rapport en ligne sur l’accident nucléaire :

– INPO: Updates Report on Lessons Learned From Fukushima Daiichi AccidentMardi 7 août, les médias

sont furieux contre TEPCO (même le Yomiuri qui, pourtant, appelle régulièrement au redémarrage rapide des réacteurs !)

: les vidéos avec les visages floutés, le son coupé ou couvert par des bip ne permet pas de comprendre ce qui s’est réellement passé. Même le visage du président de la compagnie a été flouté ! La vidéo de 90 min mise sur le web n’apporte rien de nouveau.

Cependant, d’après les médias qui ont commencé à visionner les 150 heures de vidéo, il apparaît que le siège de TEPCo n’était pas d’une grande aide. Il donnait des ordres comme comme « il faut éventer rapidement les réacteurs avant que l’enceinte de confinement ne soit endommagée », ce qui est évident, insistait pour que les opérateurs interviennent rapidement, mais n’avait aucune solution technique à proposer. A un moment, le directeur de la centrale demande qu’on ne le

dérange plus car ils sont en train de mener une opération délicate.

Le 14 mars vers 17h, la vidéo rapporte que le chef de la Nuclear Safety Commission (NSC) demande à ce l’on injecte plus d’eau dans le réacteur n°2 où la pression monte plutôt que d’essayer de l’éventer. Cela va à l’encontre des tentatives d’éventage en cours. Le directeur demande donc au siège ce qu’il doit faire : continuer ou obéir à la NSC ?

Finalement, aucune des solutions ne marchera…

Les vidéos confirment l’improvisation de TEPCo tout au long d’une crise qu’elle n’avait jamais envisagée. Elle ne permettent pas de conclure quant à la polémique sur un retrait total de la centrale, ce qui n’est pas surprenant. La compagnie a bien fait attention à ce sujet.Mercredi 8 août, suite du visionnage des vidéos de TEPCo par les médias : le 14 mars

après midi, suite aux explosion hydrogène dans les bâtiments réacteur 1 et 3, TEPCo réfléchit comment éviter une explosion similaire au niveau du réacteur n°2. La trappe qui permettrait d’évacuer l’hydrogène a besoin d’électricité pour être ouverte. Le directeur de la centrale ne veut pas envoyer une équipe de peur qu’il y ait une explosion quand elle est sur place. Les ingénieurs émettent de nombreuses idées qui sont abandonnées les unes après les autres. Le directeur de la centrale demande donc au siège d’envoyer un hélicoptère pour qu’il largue un

objet lourd pour percer le toit du bâtiment. Le siège temporise et propose finallement de faire un trou avec un jet d’eau. Le directeur de la centrale ne semble pas convaincu, mais remercie le siège. Le camion ne pourra pas approcher à cause des débris. Le bâtiment réacteur n°2 n’explosera pas : un débris du réacteur n°1 lancé lors de l’explosion l’aurait percé.

Autre séquence épique : suite à l’explosion qui a eu lieu dans le réacteur n°3 le 14 mars à 11h01, Masataka Shimizu, le président de TEPCo et Akio Takahashi, un cadre dirigeant, rédigent le communiqué de presse. L’enregistrement a eu lieu vers 11h30. « Le seul changement que l’on a fait a été de remplacer ‘réacteur n°1’ par ‘réacteur n°3′ ». « On ne sait pas si c’était une explosion hydrogène, mais comme le gouvernement – la NISA – disent que c’est une explosion hydrogène, on

peut dire la même chose, n’est pas ? ». Et le Président approuve son conseiller, car il faut faire vite.

Lepoint.fr a sous-titré de très courts extraits de la vidéo grand public.

Une traduction d’un autre épisode est ici en anglais.Vendredi 10 août, suite des

révélations grâce aux enregistrements des visio-conférences par TEPCo : il est confirmé que le siège à Tôkyô était réticent à ce que l’eau de mer soit injectée dans les réacteurs car le sel corrode tout et le réacteur est dénitivement perdu. La remarque est faite au directeur de la centrale le 13 août à propos du réacteur n°2. Pourtant, dans son rapport d’enquête interne, TEPCo dément avoir hésité à

utiliser de l’eau de mer.

Voici le dialogue :

– A t’entendre, tu veux injecter de l’eau de mer n’est-ce pas ? Je pense que l’utilisation de l’eau de mer serait dommageable car les matériaux vont être corrodés. Ne peut-on pas s’accorder que l’on a l’option d’attendre autant que possible pour utiliser de l’eau douce ?

(Nom et visage cachés)

– Nous avons pas la possibilité d’utiliser de l’eau douce. Cela va encore nous retarder. (Yoshida, le directeur de la centrale). Vous savez qu’en utilisant de l’eau douce, nous seront capables d’utiliser à nouveau ce réacteur car il ne sera pas endommagé par le sel, n’est pas ? Quand on a besoin d’un apport massif d’eau de refroidissement comme maintenant, il est difficile de se contenter d’eau douce. Je crois que nous n’avons pas d’autre option.

– Je comprends maintenant.

Un peu plus tard, on peut entendre d’autres voix disant : « Quel gâchis ! ».Mardi 14 août, suite des révélations liées au visionnage de l’enregistrement des visio-conférences par la presse : le 14 mars à 6h TEPCo a noté une augmentation soudaine de la pression dans le réacteur n°3. Le directeur de la centrale a demandé aux personnes sur place d’évacuer le réacteur,

de crainte d’une explosion. TEPCo a préparé un communiqué pour la presse, mais la NISA lui a demandé de ne pas le diffuser tout de suite.

L’interlocuteur sur place n’arrivait pas à joindre son supérieur…

L’annonce aura lieu 3 heures plus tard, soit deux heures avant l’explosion hydrogène.Samedi 18 août, suite de la

visualisation des visio-conférences par les médias : le mardi 14 mars 2011, un des cadres dirigeants de TEPCo, Akio Komori, a appelé, depuis le centre de crise hors-site, à se préparer à évacuer la centrale car cela pourrait être nécessaire. En effet, après les explosions hydrogène qui ont eu lieu dans les réacteurs 1 et 3, les personnes sur place font leur possible pour éventer le réacteur n°2

afin d’éviter qu’il explose sous la pression, entraînant des fuites irrémédiables, mais n’y arrivent pas.

Cet échange est en faveur de la thèse de toutes les personnes de l’entourage du 1er ministre de l’époque, et du premier ministre lui-même, qui prétendent que TEPCo voulait abandonner la centrale.Mardi 21 août, la Société Japonaise pour l’Energie Nucléaire a mis en place sa

propre commission d’enquête sur l’accident nucléaire. Elle est composée d’une quarantaine de personnes et devrait rendre son rapport en décembre 2013. Elle devrait aussi se réformer à l’issue de ce travail, une fois qu’elle aura compris pourquoi elle n’a pas pu prévenir l’accident.

Septembre – Octobre 2012

Mercredi 5 septembre, l’Asahi continue le visionnage des enregistrements des visio-conférences des premiers jours de la crise. Le journal en conclut que la fusion de deux des trois coeurs aurait pu être évitée. Outre que les moyens de secours

n’étaient pas disponible sur le site, l’exploitant a tardé à faire venir pompes et générateurs pour refroidir les coeurs.

Les personnes sur place ont d’abord actionné les valves pour faire baisser la pression et injecter de l’eau en utilisant des batteries de voiture branchées en série. Le 13 mars, il n’y avait plus assez de batteries chargées. La 14 mars le manque d’eau est aussi devenu un problème. Bien que la centrale soit située en bord de mer, TEPCo n’avait pas de pompes assez puissantes pour relever l’eau de mer sur une hauteur de plus de 10 m. Les réacteurs 1 et 3 étaient donc refroidis avec de l’eau de mer laissée par le tsunami. Mais il n’y a plus eu d’eau rapidement et le refroidissement a cessé le 14 mars à 1h10. Le réacteur n°2 est resté plus longtemps sans refroidissement car il n’y avait pas d’eau de mer à proximité.

Les vidéos montrent que TEPCo dépendait d’une filiale pour le personnel des pompes incendie et d’une autre pour la machinerie. Et elle ne pouvait pas donner des ordres directement, ce qui a retardé encore plus les secours. Le 13 mars à 7h30, quand TEPCo a décidé d’envoyer des pompes incendie de ses centrales thermiques situées à Tôkyô, c’est à dire à 200 km de la centrale, les ordres ont dû passer par sa filiale Nanmei Kosan et entraîné un délai supplémentaire. Puis des camions se sont perdus dans la nuit et se sont rendus à la centrale nucléaire

voisine (daï-ni). A 3h01 le 14 mars, un membre du siège annonce que les camions ne trouvent pas leur route. 4 minutes plus tard, il est question de problèmes avec le personnel de la filiale Nanmei Kosan qui commencent à devenir nerveux et qui s’inquiètent des niveaux de radiation qui commencent à être élevés. Il a encore fallu passer par les dirigeants de la filiale pour discuter avec ces personnes. Les camions sont finalement arrivé à daï-ichi à 9h05 ce même jour.

A 15h22, il est demandé au directeur de la centrale s’il a besoin de plus de personnel pour actionner ces pompes. La réponse a été affirmative car il était dépendant de Nanmei Kosan pour ce travail.

Autre exemple relevé par l’Asahi : le 13 mars TEPCo ne pouvait pas utiliser J-Village situé à Naraha à 9 km au sud de la centrale comme base car ce centre d’entraînement de foot est trop près de Fukushima daï-ni qui avait aussi des problèmes d’alimentation électrique. La compagnie s’est donc installée dans le port d’Onahama à 60 km au Sud où elle a un centre d’entreposage de charbon. A 10h15, 800 litres de fuel étaient en route vers ce centre. Mais TEPCo ne trouvait

pas de chauffeur pour acheminer le fuel au-delà à cause de la crainte des radiations. Le fuel est arrivé à Onahama et est resté là. A 20h30 le lendemain, la centrale n’avait toujours pas reçu de fuel !Lundi 10 septembre, pour les 18 mois de la catastrophe, TEPCO a mis en ligne une série de photos de la centrale accidentée.Mardi 11 septembre, TEPCO a

mis en ligne 600 photos

uniquement disponibles en japonais pour le moment. Elles ont été prises lors des

18 premiers jours de la catastrophe. La liste est ici en anglais.Mardi 25 septembre, la

commission d’enquête indépendante sur l’accident de Fukushima mise en place par le gouvernement a publié une traduction en anglais de son rapport final.

Pour mémoire, le rapport de la commission d’enquête indépendante mise en place par le parlement est partiellement disponible en anglais. La traduction n’est pas terminée.

Enfin, le rapport d’enquête de la fondation privée est toujours en cours de traduction.

Il y a aussi les rapports d’enquête internes de TEPCo…

Mardi 2 octobre, TEPCo a invité la presse observer le retrait du combustible usé de la piscine du réacteur n°4 de sa centrale de Fukushima… daïni qui n’est pas accidentée. La compagnie espère terminer pour la fin du mois pour le réacteur n°4 et en 2014 pour tous les réacteurs du site.Mercredi 3 octobre, la NRA veut changer le statut de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi pour pouvoir continuer à l’inspecter et la contrôler.Vendredi 5 octobre, TEPCO a mis en ligne plus de 5 heures d’enregistrement de ses visioconférences des premiers jours de la catastrophe. C’est ici en japonais et maintenant ici en anglais.

Elle en a montré 150 heures aux médias, dans des conditions difficiles.

Elle devrait montrer prochainement les enregistrements d’avril 2011.Vendredi 12 octobre, TEPCo n’a jamais voulu reconnaître sa responsabilité dans la catastrophe : le tsunami était imprévisible et elle n’y était pour rien. Admettre une faille, c’est aussi s’exposer à payer plus de dommages lors des procès à venir suites aux plaintes déposées contre

elle. Mais elle veut aussi redémarrer les 7 réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa. C’est incroyable que personne, au Japon, ne lui retire le droit d’exploiter du nucléaire, comme on retire le permis de conduire à un chauffard. Pour arriver à ses fins, TEPCo doit convaincre qu’elle saura mieux gérer la centrale, de manière plus sûre. Elle a donc préparé une réforme de la gestion de sa division nucléaire, présentée ici ce jour en anglais.

A partir de la page 7, la compagnie reconnaît sa responsabilité dans la crise pour la première fois. Page 9, elle reconnaît ne pas avoir tiré les leçons de l’accident du Blayais en 1999 en France, devenu une référence internationale. Il faut dire que sa position était intenable, trois rapports d’enquête pointaient

clairement ses responsabilités dans cette catastrophe.

Et de promettre qu’elle mettra tout en oeuvre pour qu’un tel accident ne puisse pas se produire à Kashiwazaki-Kariwa.Dimanche 14 octobre, l’Asahi consacre un très long article au visionnage des enregistrements des visio-conférences des premiers jours de la catastrophe. Voici quelques extraits :

– Réacteur n°3, le 13 mars, le lendemain de la première explosion hydrogène au niveau du réacteur n°1, le système d’injection à haute pression utilisé pour refroidir le réacteur s’arrête à 2h44. 70 minutes plus tard, le directeur le mentionne dans la visio, comme une nouvelle information. L’injecteur d’acide borique aurait pu être une alternative, mais il n’est plus alimenté, le cable électrique étant coupé.

Le système d’injection à haute pression s’est probablement arrêté car sa batterie est à plat. Où trouver une batterie de secours ? Il n’y en a pas à la centrale. C’est la panique. La pression dans le réacteur augmente vite : elle est 5 fois plus élevée. Il est impossible d’injecter de l’eau sans faire baisser la

pression. Les lances à incendie ne servent à rien.

Les vannes d’éventage pour faire baisser la pression nécessitent aussi une batterie pour être actionnées. A 6h39, le directeur de la centrale annonce que la batterie est aussi morte. Et il n’y a pas de batterie de secours. Pour le réacteur n°1, cinq batteries de voiture ont été récupérées sur des bus et des voitures personnelles. Pour actionner la vanne, il faut 120 V, qui peuvent être obtenus avec 10 batteries de voiture de 12 V. La veille, le siège à Tôkyô a commandé 1 000 batteries de voiture, mais la livraison tarde.

A 5h23, le directeur annonce que l’éventage est retardé car il n’est pas possible d’ouvrir les vannes.

A 7h05, un appel général est lancé dans la centrale : « Si vous êtes venus en voiture à la centrale, merci de vous signaler, nous voulons emprunter votre batterie ».

A 7h17, un autre appel général est lancé : « Nous allons acheter des batteries, mais nous n’avons plus d’argent. Si vous pouvez prêter de l’argent, ce sera très apprécié ».

Finalement, 20 batteries de voitures personnelles ont pu être récupérées et apportées dans la salle de contrôle des réacteurs n°2 et 3. Elles ont été branchées pour actionner les vannes des deux réacteurs.

Des employés sont aussi allés faire les courses à Iwaki d’où ils n’ont pu

rapporter que 8 batteries achetées dans un magasin de discount…

L’éventage a finalement lieu 30 minutes après le début estimé de la fusion du réacteur. De l’eau est à nouveau injectée à l’aide de lance à incendie à partir de 9h20.

Le directeur s’inquiète d’une explosion hydrogène du bâtiment réacteur n°3. Il faut donc ouvrir une trappe pour laisser sortir l’hydrogène.

Mais comment faire ? Ni le siège à Tôkyô, ni la centrale n’a d’idée réaliste. Quelqu’un a même suggéré de demander à l’armée de tirer sur la trappe pour la faire exploser…

Vers 17h, de la vapeur d’eau peut être vue au dessus du réacteur n°3.

Au siège on s’inquiète : de la vapeur d’eau avait été vue au-dessus du réacteur n°1, 30 minutes avant son explosion.

Dans la soirée, l’eau et le diesel commencent à manquer.

Le 14 mars, le niveau de l’eau dans le réacteur a de nouveau chuté et les barres de combustible sont à nouveau exposées. Il n’y avait plus d’eau à la centrale… Et quand de l’eau à de nouveau été disponible, la pression dans le réacteur était de nouveau trop élevée, comme la veille. Elle monte aussi dans l’enceinte de confinement et le directeur craint une explosion hydrogène. Des tentatives répétées d’éventer l’enceinte échouent car les valves se referment automatiquement. A 11h01, l’image montre que le centre de crise de la centrale est secoué par une explosion. 50 secondes plus tard, le directeur crie : « nous

avons un gros problème. Le réacteur n°3 vient juste d’exploser.

Probablement une explosion vapeur. » Cette explosion a endommagé le circuit électrique du réacteur n°2 : il n’est plus possible d’y actionner les vannes d’éventage.

– Réacteur n°2, le 13 mars. De l’eau est injectée automatiquement par le système de refroidissement de secours qui n’a pas besoin d’électricité. Vers 21h, les employés rapportent qu’ils ne peuvent plus contrôler le niveau de l’eau car les 10 batteries de voiture branchées en série sont à plat. Et de réclamer de 50 à 100 batteries pour pouvoir contrôler le niveau d’eau.

Le 14 mars, le système de refroidissement de secours s’est arrêté. Les 10 batteries récupérées la veille ont été utilisées pour tenter d’ouvrir une vanne d’éventage. Il faudra 3 essais, sur 3 vannes différentes, pour réussir à éventer le réacteur n°2.

Entre 20h et 21, 320 des 1 000 batteries commandées par le siège sont arrivées.

– 13 mars, salle de contrôle des réacteurs 3 et 4. A 15h36, il est rapporté que le débit de dose ambiant est passé à 12 millisieverts par heure (la limite de dose est d’un millisievert/an pour la population et 50 pour les travailleurs au Japon).

– Il y avait 6 000 personnes sur le site de la centrale quand le tsunami a frappé, le vendredi 11 mars en début d’après midi. Dans la nuit du 14 mars, il n’en restait plus que 700. Le 15 au matin, 70. Les enregistrements montrent que le siège a sérieusement envisagé d’évacuer tout le monde quand la situation au niveau de réacteur n°2 se détériorait rapidement.

– Les enregistrements montrent aussi que le directeur était submergés de questions, parfois stupides, de la part du siège et qu’il a perdu beucoup d’énergie et de temps à y répondre. Parfois, il se fâchait en demandant qu’on les laisse travailler.Vendredi 19 octobre, il y a eu un incendie dans un transfo sur le site de la centrale.Mercredi 31 octobre, la NRA a décidé de former sa propre commission d’enquête sur le déroulement de l’accident survenu à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Les quatre enquêtes précédentes ont laissé de nombreuses questions ouvertes et le précédent ministre de l’environnement, en charge de la catastrophe, avait décidé de confier la suite des travaux à la futures NRA. Ces travaux devraient commencer en novembre 2012. Aucun calendrier n’est fixé pour le moment, car il est impossible d’accéder aux réacteurs tant la radioactivité y est élevée. Cela pourrait donc prendre des décennies.

Samedi 17 novembre, reconstitution de quelques épisodes des premiers jours de la catastrophe à partir des quelques enregistrements que TEPCo a bien voulu rendre publics. C’est ici avec des sous-titres en français et c’est extrait d’un programme de la télévision Asahi.

Mercredi 28 novembre, selon l’Asahi, les rapports d’enquêtes des commissions sont des succès de librairie. 100 000 exemplaires vendus pour celui de la commission d’enquête indépendante et 35 000 pour celui de la commission mise en place par le parlement. C’est beaucoup pour des ouvrages techniques.

Jeudi 29 novembre, selon le Maïnichi, la Japan Nuclear Energy Safety Organization (JNES) a dépensé environ 23 millions de yens (230 000 euros) pour obtenir des résumés des rapports d’enquêtes sur la catastrophe de Fukushima. Et, trois des quatre compagnies retenues, sont impliquées dans l’industrie nucléaire. Il s’agit de Mitsubishi Heavy Industries Ltd et d’une filiale, Energis Co..

Les résumés ont coûté 2,9 millions de yens (29 000 euros) chacun. Le reste de la somme était consacré à une étude sur le comportement des évacués au début de la catastrophe à partir des rapports d’enquête.

Coût 14,17 millions de yens (141 000 euros). La JNES est financée par de l’argent public.

Vendredi 30 novembre, TEPCo a mis en ligne de nouveaux enregistrements des visio-conférences des premiers jours de la catastrophe.

Vendredi 7 décembre, à 17h18, un puissant séisme, d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter s’est produit au large de la côte Nord-Est de l’île principale du Japon. Il a été suivi, peu après 18 heures, d’un tsunami de 1 m de hauteur au niveau d’Ishinomaki, dans la préfecture de Miyagi, située au coeur de la catastrophe de 2011. Il y aurait eu 11 blessés. 20 000 personnes ont été évacuées.

TEPCo a annoncé n’avoir rien constaté d’anormal sur ses réacteurs. De même pour les autres exploitants nucléaires.

Une réplique d’une magnitude allant jusqu’à 6 pourrait avoir lieu dans la semaine.

Samedi 8 décembre, le séisme de la veille est considéré comme une réplique du séisme du 11 mars 2011.

Vendredi 14 décembre, TEPCo a préparé un « vidéo tour » en anglais pour l’AIEA qui est disponible en ligne. A voir pour faire le tour du site.

Une version française est aussi disponible (traduction non officielle).

Elle a aussi mis en ligne plusieurs présentations en anglais sur l’accident et ses suites. La première présentation par la commission d’experts qu’elle a mis en place en interne pour l’aider à se réformer à garantir la sûreté de ses autres centrales, liste une série d’échecs qui auraient conduit à la catastrophe. S’en suivent les mesures mises en place pour protéger ce qui reste de la centrale afin d’éviter de nouveaux rejets massifs.

Dimanche 16 décembre, il y a un an, le gouvernement déclarait l’arrêt à froid des réacteurs nucléaires accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi. Le système de refroidissement demeure fragile : on ne compte plus les fuites sur les 4 km de tuyaux. Et l’eau contaminée continue à s’accumuler sans autre solution qu’un stockage temporaire dans de nouvelles cuves. TEPCo a une capacité de stockage de 257 000 m3 et elle a déjà accumulé 237 000 m3.

Elle continue donc à installer des cuves et des cuves. Elle ne sait plus où les mettre. Alors elle creuse pour pouvoir en mettre sous une ligne à haute tension.

Toshiba travaille sur une station de traitement de cette eau, mais le peu de nouvelles à son propos laisse penser que les tests ne permettent pas d’être optimiste.

Les réacteurs 1 à 3 rejettent toujours de l’ordre de 10 millions de becquerels par heure.

Quant au corium (combustible fondu), personne ne peut dire où il est.

Vendredi 28 décembre, nouvelles révélations suite au visionnage des visio-conférences des premiers jours montrées à la presse par TEPCo : le 16 mars, la ligne de communication entre le siège a Tôkyô et la centrale de Fukushima daï-ichi a été coupée par inadvertance. Mais l’équipe restée à la centrale est incapable de faire face au problème car tout le personnel en charge de la communication a été évacué.

Mercredi 9 janvier, il y a eu 3 139 séismes en 2012 au Japon. 1 868 d’entre eux étaient des répliques du séismes du 11 mars 2011. C’est environ 60%. Une réplique d’une magnitude 8 est encore possible. On en est à 9 357 répliques depuis le 11 mars 2011.

L’activité sismique est cependant à la baisse. Il y a eu 10 487 séismes en 2011. Le record est de 52 957 en 1966.

Le séisme du 11 mars 2011 s’est produit sur une faille considérée jusqu’alors comme à faible risque…

Jeudi 10 janvier, selon des journalistes qui ont visionné les visioconférences que TEPCo a bien accepté de leur montrer, la compagnie a hésité à envoyer ses propres camions de pompier en place à son usine thermique de Hirono, située à une vingtaine de km de la centrale de Fukushima daï-ichi. La loi impose que des camions pompiers y soient toujours stationnés et personne n’a pris le risque de violer la loi. Ils sont donc restés stationnés à Hirono pendant que d’autres camions pompier étaient envoyés de Tôkyô.

Jeudi 24 janvier, TEPCo montre aux journalistes de nouveaux enregistrements des visio-conférences correspondant à la période du 23 au 30 mars, puis du 6 au 12 avril 2011. Il y a 312 heures d’enregistrement en tout. Cela s’ajoute aux 486 heures déjà montrées à la presse. La bande son a été couverte par un biiiip à 1 133 occasions et des images floutées 347 fois.

Le public n’a pas accès à ces enregistrements.

Ces enregistrements font apparaître des évènements pas connus du public :

– le 23 mars la pression dans l’enceinte de confirnement du réacteur n°1 montaient à nouveau au niveau maximal autorisé. A 11h20, le directeur de la centrale a demandé au siège de confirmer les procédure pour relarguer des gaz, forcément radioactifs, afin de faire baisser la pression. La pression ne baisse pas avant la nuit du 24 mars.

Les rejets radioactifs massifs ont duré une dizaine de jours. Le 23 mars, il aurait pu y avoir d’autres rejets massifs.

– le 23 mars, toujours, la température dans le réacteur n°5, a une panne sur le système de refroidissement à 20h58, quand l’alimentation électrique est passé du générateur diesel à une source externe. La température, qui était passée sous la barre des 100°C 3 jours auparavant, risque de remonter. Le directeur de la centrale est furieux car il n’a pas été prévenu rapidement. Le 24 au matin, le problème devait être réparé pour midi, mais ce ne sera pas avant 16h le même jour. La pompe s’est remise en route à 16h14 et la température de l’eau est montée à 99°C.

– le 25 mars, le siège à Tôkyô est prévenu que de l’eau contaminée fuyait du bâtiment réacteur n°2 par une trappe pour de gros équipements. Le débit de dose est de 40 millisieverts par heure, 4 fois plus que dans les environs. Il ne se passera pas grand chose.

Un câble électrique a commencé à fondre, ce qui a entraîné des dégagements de fumée au niveau de la piscine d’entreposage centralisée du site. Rien de grave, selon TEPCo, qui publie aussi des photos, car le câble a immédiatement été débranché.

Mardi 29 janvier, TEPCo a organisé un voyage de presse sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les journalistes ont pris 38 microsieverts pendant leur tour en bus et le débit de dose le plus élevé était de 1,3 millisievert par heure près du bâtiment turbine n°3.

Vendredi 1er février, TEPCo a mis en ligne 2 145 photos qui datent des premiers jours de la catastrophe. Elles ont été prises, pour la plupart, par des employés. TEPCo a censuré 849 photos sous le prétexte de la protection de données sensibles relatives à la technologie nucléaire.

Lundi 11 février, la NRA veut scanner 900 000 pages de documents relatifs à la catastrophe de Fukushima et les mettre en ligne. Cela devrait prendre deux ans. Ne seront mis à la disposition que les documents publics, pas ceux de l’exploitant. La NRA, à elle seule, a déjà 300 000 pages. Le reste proviendra des ministères.

La plupart de ces documents ne sont pas classés et ont été entassés dans des boîtes lors de la crise. Le tri va prendre du temps.

Mercredi 6 mars, TEPCo a mis en ligne des enregistrements des visio-conférences des premiers jours de la catastrophe. C’est en japonais. Page en anglais.

Vendredi 8 mars, l’Asahi publie une analyse très intéressante de la catastrophe et de la différence de perception entre les autorités américaines et japonaises durant les premiers jours. Il s’agit d’une interview de Yoïchi Funabashi qui a présidé la commission d’enquête créée par une fondation privée et qui a écrit plusieurs livres sur le sujet.


Gestion de l’eau contaminée

TEPCo injecte continuellement de l’eau dans les cuves des trois réacteurs accidentés. Au con