Contamination radioactive des sables du Sahara : mise au point

6 février 2021, le ciel est jaune ocre sur tout l’est de la France. Cette couleur est due à des particules fines transportées par un vent venant du Sahara. Ces phénomènes météorologiques se répètent fréquemment. Ce jour-là, l’ACRO collecte un échantillon de ces retombées de sable et l’analyse dans son laboratoire. Du Césium-137 est mesuré et l’ACRO l’attribue aux essais nucléaires réalisés dans les années 60, notamment les 4 essais nucléaires atmosphériques réalisés par la France dans la région de Reggane au Sahara (voir communiqué 24 février 2021)

Photos prises le 6 février 2021 dans le massif du Jura © ACRO

Photos prises le 6 février 2021 dans le massif du Jura © ACRO

 

 

 

 

 

 

 

La mesure sera répétée par notre laboratoire associatif agréé, l’année suivante à l’occasion d’un nouvel épisode de vents du Sud, sur un échantillon de poussières de sable plus conséquent, récolté en Touraine par un préleveur bénévole de l’association. Notre constatation est identique, cette nouvelle analyse montrant à nouveau la présence de césium-137 avec un niveau mesuré (22 Bq/kg de sable) bien plus élevé que les niveaux généralement relevés dans les sables du territoire métropolitain (voir communiqué du 22 mars 2022).

Rappelons que les retombées globales de ces essais nucléaires proviennent des plusieurs centaines d’essais atmosphériques réalisés dans le monde pendant les années 60 à 80 par l’URSS (219 tirs), les Etats-Unis (219 tirs), La Chine (22 tirs), la France (50 tirs, dont 4 tirs au Sahara et 46 en Polynésie) et le Royaume-Uni (23 tirs).

Ce 31 janvier 2025 parait une publication scientifique qui réinterroge plus précisément l’origine de cette radioactivité véhiculée avec ces particules portées par des vents provenant d’Afrique du nord. A partir d’échantillons de particules fines collectées dans plusieurs pays européens en mars 2022, les auteurs utilisent des techniques sophistiquées d’analyse portant notamment

  • sur les ratios des isotopes du plutonium,
  • sur les ratios d’activité entre le Cs-137 et les plutonium239/240 et
  • sur des analyses minéralogiques.

Les concentrations massiques en césium-137 dans ces sables mesurées par l’ACRO sont cohérentes avec les valeurs de la publication, qui confirme que cet élément radioactif, qui n’existe pas à l’état naturel, a pour origine les retombées des essais nucléaires. Mais, sur la base de leurs analyses, les auteurs considèrent que ces particules fines véhiculées par des vents provenant de ces régions d’Afrique du Nord portent une « signature isotopique » caractéristique des essais nucléaires globaux, dominés par les essais américains et russes, alors que les essais nucléaires français présentent, selon eux, une autre « signature isotopique ».

L’ACRO prend acte de ces résultats et n’a aucune raison de les contester. Il s’agit de laboratoires universitaires reconnus, notamment le LSCE avec lequel le laboratoire de l’ACRO a pu travailler en partenariat dans le passé. Sur un plan scientifique, les résultats présentés dans la revue SCIENCE ADVANCES ne manqueront pas d’intéresser la communauté scientifique concernée par ce sujet.

Sur un plan sociétal, compte tenu que les retombées globales de l’ensemble des essais nucléaires ont largement contaminé l’hémisphère nord de la planète et donc le Sahara d’où partent régulièrement ces vents de sable, nos concitoyens retiendront d’abord une responsabilité collective – dont celle de la France – de tous ces Etats engagés dans une course effrénée pour construire leur armement nucléaire. 60 ans plus tard, ces armes continuent de menacer l’humanité, avec un risque plus élevé dans le contexte géopolitique actuel.