Pollution radioactive à La Hague : l’ACRO demande plus de transparence et une concertation sur la dépollution

En octobre 2016, l’ACRO alertait sur une pollution à l’américium et au plutonium autour du ruisseau des Landes à La Hague et en janvier 2017, Areva reconnaissait la pollution et s’engageait à décontaminer la zone. Voir la chronologie des évènements.

En juillet 2017, Areva a proposé à l’ASN un plan de dépollution qui n’est pas public. Seul l’avis de l’IRSN est connu.

L’ACRO demande depuis la CLI Areva du 17 octobre que le plan de dépollution accompagné de son dossier technique soit rendu public et fasse l’objet d’une consultation du public.

Si l’on en croit l’avis de l’IRSN n°2017-00376 daté du 4 décembre 2017, Areva, devenu Orano, se focaliserait uniquement sur une petite partie de la zone humide et un apport via la nappe phréatique qui continuerait à polluer la zone en plutonium. L’ACRO considère que ce n’est pas suffisant car un talus en bordure de l’usine et de pâturage, situé en amont de la zone humide, est aussi fortement contaminé.

En 1998 – 2000, dans le cadre d’une commande d’Areva, l’IRSN détectait jusqu’à 1 770 Bq/kg en césium-137 et jusqu’à 12,5 Bq/kg en américium-241 dans la terre de ce talus. Du plutonium est donc nécessairement présent aussi. Des mesures plus récentes effectuées par l’ACRO dans la même zone montrent une contamination encore élevée. L’ACRO réclame en vain à l’IRSN, depuis des mois, les rapports d’analyse relatifs à ce talus. Sans réponse, elle va saisir la CADA.

En conclusion, l’ACRO demande :

  • que l’étendue de la pollution soit bien caractérisée ;
  • que les mécanismes de transfert des polluants radioactifs soient bien étudiés pour éviter de nouveaux apports ;
  • que l’impact sanitaire soit étudié à partir des années 1970 dans le cadre d’un groupe d’expertise pluraliste ;
  • que le plan de dépollution soit rendu public et fasse l’objet d’une consultation du public préalable.

En attendant, l’ACRO continue ses investigations sur ses fonds propres et maintient une surveillance citoyenne des opérations à venir.

Télécharger le communiqué de presse complet avec des données relatives à la pollution radioactive. 

Pollution au plutonium à La Hague révélée par l’ACRO

Chronologie pour suivre ce dossier

Dans le cadre de son Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement, l’ACRO effectue une surveillance régulière de la pollution radioactive autour des installations nucléaires de La Hague qui lui a permis de mettre en évidence une pollution inhabituelle dans la zone du Ru des Landes, avec la présence notable d’américium-241 et de plutonium, particulièrement toxiques. L’origine de cette pollution n’est pas encore connue. Areva s’est engagée à reprendre les terres contaminées.

L’ACRO reste vigilante et continue les investigations sur ses fonds propres.
Elle a besoin de votre soutien : adhérez ou faites un don.

Voici une chronologie des informations publiées sur cette pollution :

10 octobre 2016 : l’ACRO alerte sur une pollution à l’américium autour du ruisseau des Landes à la Hague

Dans le cadre de son Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement, l’ACRO effectue une surveillance régulière de la pollution radioactive autour des installations nucléaires de La Hague qui lui a permis de mettre en évidence, au niveau du Ruisseau des Landes, l’association détecte, dans les sédiments et mousses aquatiques, du cobalt-60, de l’iode-129, du césium-137 et de l’américium-241.
La présence de ces quatre radionucléides artificiels, et plus particulièrement l’américium-241, est totalement anormale puisque ce ruisseau ne constitue pas un exutoire réglementaire des eaux pluviales recueillies sur le site d’Areva. La campagne de prélèvements ACRO du 17 septembre 2016 montre également que la tache de contamination par l’américium n’est pas localisée en un seul point, MAIS concerne toute la zone humide autour de la source.
Des travaux sont en cours dans cette zone autour du silo 130 pour en garantir l’étanchéité et en améliorer la surveillance par ajout de piézomètres. Est-ce que la pollution observée en 2016 est la continuité des fuites de la Zone Nord-Ouest ou est-ce une nouvelle contamination due aux travaux en cours ? Qui va décontaminer la zone extérieure ?

-> Lien direct vers le communiqué de l’ACRO.

24 janvier 2017 : Areva reconnait la pollution et s’engage à nettoyer la zone.

« AREVA la Hague va mettre en œuvre un plan d’action en vue de reprendre et conditionner les terres marquées en américium 241 dans la zone située au nord-ouest du site. L’usine de la Hague renforce également son programme de surveillance environnementale en planifiant une campagne semestrielle de prélèvements supplémentaires dans la zone en question […]
Les mesures effectuées dans les échantillons de terres et de boues ont mis en évidence un marquage en américium 241, avec une valeur haute de 8 becquerels par kilo de terre humide. »

Areva ne donne pas le détail de ses résultats de mesure.

-> Lien direct vers le communiqué d’Areva.

26 janvier 2017 : l’ACRO publie de nouveaux résultats obtenus qui confirment ses premières analyses et de surcroît, montrent des niveaux de contamination encore plus importants en certains endroits.

Suite aux premières constatations, l’ACRO a décidé de continuer les investigations sur ses fonds propres afin de mieux cerner l’étendue des pollutions observées ainsi que leurs origines. Deux campagnes de prélèvement ont été réalisées les 17 octobre et 16 novembre dernier au cours desquelles ont été collectés une quarantaine d’échantillons. Outre l’américium-241, d’autres éléments radioactifs sont mesurés comme le césium-137, le cobalt-60, l’iode-129. Des mesures des isotopes du plutonium et de strontium-90 sont également en cours.
L’ACRO réitère sa demande que toute la lumière soit faite sur l’origine, l’étendue et l’impact de cette pollution, avec accès à toutes les données environnementales. En attendant, elle continue ses investigations.

-> Lien direct vers le communiqué de l’ACRO.

2 mars 2017 : l’ACRO publie de nouveaux résultats d’analyse qui confirment la présence de strontium et de plutonium

« L’ACRO a confié à un laboratoire d’analyse suisse accrédité le soin d’effectuer des analyses complémentaires sur des échantillons de sol prélevés autour du ruisseau des Landes à la Hague. Les résultats confirment la présence de strontium-90 et de plutonium – deux éléments particulièrement radiotoxiques –  à des niveaux significatifs : jusqu’à 212 Bq/kg de matière sèche pour le strontium et jusqu’à 492 Bq/kg de matière sèche pour les seuls plutoniums 239 et 240 (239+240Pu). »

-> Lien direct vers le communiqué et les résultats.

Areva réagit immédiatement en publiant son propre communiqué :

« AREVA la Hague a engagé son plan d’actions afin d’analyser et traiter les marquages historiques dans les terres à proximité de la source du ruisseau des Landes, dans la zone située au nord-ouest du site. Une équipe projet a ainsi été mise en place […].
Par ailleurs, les contrôles réalisés dans les échantillons de terre confirment la présence d’un marquage en plutonium, avec une valeur moyenne de l’ordre de 20 becquerels par kilo de terre prélevée, dans la zone la plus marquée (soit environ 200 becquerels par kilo de terre sèche). »

Areva ne publie pas le détail de ses résultats de mesure.

-> Lien direct vers le communiqué d’Areva.

10 mars 2017 : l’ACRO demande l’accès à toutes les données environnementales relatives à la pollution radioactive de la zone du Ru des Landes

« La Charte de l’environnement, adossée à la Constitution et de la convention européenne d’Aarhus, le Code de l’environnement, article L125-10, garantit à toute personne le droit d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les exploitants d’une installation nucléaire de base. Les articles L124-1 et suivants, quant à eux, garantissent le droit d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues, reçues ou établies par les autorités et établissements publics.
L’ACRO a donc saisi Areva, l’ASN, l’IRSN et le Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, afin d’obtenir la publication de toutes les données relatives à la pollution radioactive dans la zone du Ru des Landes à La Hague. »

-> Lien direct vers le communiqué de l’ACRO.

Areva et l’IRSN nous ont envoyé leurs données depuis, mais pas pour les prélèvements les plus récents.

14 mars 2017 : l’IRSN publie un état des lieux de sa surveillance de cette zone depuis 1996

« Des mesures réalisées par l’IRSN en octobre 2016 confirment celles publiées par l’ACRO […]. L’IRSN a réalisé de nouvelles campagnes de prélèvements, notamment début 2017, qui devrait permettre de disposer de meilleurs éléments de caractérisation locale et peut-être d’établir un lien entre certains événements passés et les observations actuelles. »

Les résultats de ces nouvelles campagnes ne sont pas publics.

-> Lien direct la note d’information de l’IRSN.

20 avril 2017 : avis de l’IRSN relatif à la présence de radioactivité artificielle au nord-ouest de l’établissement AREVA-NC de La Hague (publié en mai 2017)

« A la suite de mesures réalisées en 2016 par l’association ACRO indiquant la présence d’américium, de césium, de plutonium et de strontium à proximité de la source du ruisseau des Landes, dans la zone de bocage située au nord-ouest de l’établissement AREVA NC de La Hague, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé à AREVA NC d’expliciter les origines possibles de ces contaminations et les voies de transfert susceptibles de les expliquer, de préciser les risques sanitaires associés et d’examiner la nécessité de compléter son programme de surveillance de l’environnement.
Par lettre citée en référence, l’ASN demande l’avis et les observations de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur la note technique transmise par AREVA NC en décembre 2016, en réponse à cette demande. »

La note technique d’Areva n’est pas publique. Mais l’IRSN précise :

« Dans la note technique transmise en décembre 2016, AREVA NC cite comme origine possible du marquage de la source du ruisseau des Landes, des transferts de radionucléides par les eaux souterraines à partir des fosses bétonnées non étanches de la ZNO. En outre, selon l’étude d’impact réalisée dans le cadre de la demande de démantèlement complet de l’usine UP2-400, un marquage global de cette zone est également attribué aux rejets. intervenus lors de l’incendie du silo 130 […].
En conclusion, en l’état actuel des connaissances, l’IRSN considère que les contaminations observées dans la zone située au nord-ouest de l’établissement de La Hague sont à relier à plusieurs évènements pour lesquels des modes de transfert différents sont à considérer […].
Il est toutefois à souligner que tous les marquages en américium 241 et en plutonium constatés, s’agissant notamment des singularités observées en amont et aval de la résurgence de la nappe, ne sont à ce jour pas clairement expliqués.
Par ailleurs, l’IRSN considère que les phénomènes de transfert identifiés ci-dessus pourraient conduire, bien que les entreposages à l’origine des contaminations soient actuellement vides, à une augmentation progressive du marquage au niveau de la source du ruisseau des Landes, qui apparaît comme une zone d’accumulation des contaminants. »

-> Lien direct vers l’avis de l’IRSN.

13 septembre 2017 : la pollution au plutonium du Ru des Landes a les honneurs du Canard Enchaîné

5 octobre 2017 : Areva propose de reprendre 25 m3 de terres contaminées sur 40 m2

Pas de détail sur le site Internet d’Areva. Si tout le monde convient que le Ru des Landes est une « Zone à dépolluer » (ZAD), l’ACRO demande :

  • que l’étendue de la pollution soit bien caractérisée car cette surface nous semble réduite ;
  • que les mécanismes de transfert soient bien étudiés pour éviter de nouveaux apports ;
  • que l’impact sanitaire soit étudié de manière pluraliste à partir de 1974.

Janvier 2018 : l’IRSN met en ligne son avis sur le plan de dépollution d’Areva

L’IRSN a mis en ligne son avis n°2017-00376 daté du 4 décembre 2017 relatif à la contamination du Ru des Landes et à la surveillance après travaux (lien direct). Le dossier Areva n’est toujours pas public, mais indiquerait un marquage, en plutonium, américium 241 et strontium 90, des eaux de la nappe alimentant la résurgence. Ce qui signifie que les fuites continuent. L’exploitant prévoit donc un captage des eaux de la nappe pour éviter toute nouvelle contamination des terres au niveau de la résurgence.

Contamination au plutonium de travailleurs dans un centre de recherche nucléaire au Japon

5 employés d’un centre de recherche au Japon ont été contaminés par de la poudre de combustible nucléaire contenant de l’oxyde de plutonium et d’uranium.

Pour en savoir plus, voir notre site dédié à la catastrophe nucléaire au Japon, Fukushima.eu.org :

Pollution du ru des Landes près de l’usine de retraitement d’Areva à La Hague : de nouveaux résultats d’analyse confirment la présence de strontium et de plutonium

Voir le communiqué complet en version PDF

L’ACRO a confié à un laboratoire d’analyse suisse accrédité le soin d’effectuer des analyses complémentaires sur des échantillons de sol prélevés autour du ruisseau des Landes à la Hague. Les résultats confirment la présence de strontium-90 et de plutonium – deux éléments particulièrement radiotoxiques –  à des niveaux significatifs : jusqu’à 212 Bq/kg de matière sèche pour le strontium et jusqu’à 492 Bq/kg de matière sèche pour les seuls plutoniums 239 et 240 (239+240Pu).

Pour apprécier ce niveau de pollution, rappelons que la concentration la plus élevée répertoriée en France dans les sols et sédiments pour ces isotopes du plutonium, est de 1,4 Bq/kg sec. Le niveau trouvé actuellement au Ru des Landes est 350 fois plus élevé.

De même, en ce qui concerne le strontium-90, les mesures systématiques dans les sols en France indiquent en général des activités massiques de l’ordre du becquerel par kilogramme de sol sec. Les niveaux mesurés ici se situent donc jusqu’à plus de 200 fois cette valeur moyenne.

L’association a transmis ces derniers résultats à l’Autorité de Sûreté Nucléaire et à la Commission Locale d’Information.

 L’ACRO réitère sa demande que toute la lumière soit faite sur l’origine, l’étendue et l’impact de cette pollution, avec accès à toutes les données environnementales. En attendant, elle continue ses investigations.

Contexte

Dans le cadre de son Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement, l’ACRO avait révélé, en octobre 2016, la présence d’une pollution radioactive liée entre autre à la présence d’américium-241 dans la zone publique située au Nord-Ouest du site AREVA la Hague, non loin de la source du ruisseau des Landes.

Les résultats de nos analyses avaient été présentés lors de la réunion de la Commission locale d’Information en octobre dernier, au cours de laquelle l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) avait jugé prendre « très au sérieux nos mesures ».

Suite à ces premières constatations, l’ACRO a continué les investigations sur ses fonds propres. Les nouveaux résultats, présentés en janvier 2017, ont confirmé nos premières analyses et de surcroît, mis en évidence des niveaux de contamination encore plus importants en certains endroits. Outre l’américium-241, d’autres éléments radioactifs ont été mesurés, comme le césium-137, le cobalt-60, l’iode-129.

Dans un communiqué publié le 24 janvier, AREVA reconnaissait la pollution et s’engageait à nettoyer la zone. Cependant, lors de la réunion du 26 janvier de la Commission Locale d’Information (CLI), la compagnie s’était refusée à donner des valeurs sur la contamination au plutonium.

 Les nouveaux résultats valident la présence des strontium-90 et plutoniums dans la liste des polluants et confirment nos préoccupations. Areva ne doit donc pas tarder pour dépolluer le site.

Résultats

Ces nouvelles analyses concernent les deux points les plus pollués, mis en exergue par nos analyses gamma : Ru-1bis (0 à 5 cm) et Ru-1ter (4 niveaux 0 à 20 cm). Les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Les cinq analyses semblent désigner une source unique de Pu alpha dont le rapport d’activité 238Pu/239+240Pu est de 0,082.

Par contre, si les deux prélèvements de surface donnent un rapport 239+240Pu/241Am de 1,3, similaire au rapport moyen de 1,5 issu de la surveillance réglementaire, ce rapport varie sur la hauteur d’un même carottage avec 3 à 4,6 fois plus de plutonium en profondeur.

 

Dotée d’un laboratoire d’analyse agréé, l’ACRO effectue depuis plus de trente ans, une surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’environnement. Avec des prélèvements mensuels autour de l’usine de retraitement de La Hague, cette surveillance implique des « préleveurs volontaires » et est ouverte à tous.

Voir le communiqué complet en version PDF

L’ACRO alerte sur une pollution à l’américium autour du ruisseau des Landes à la Hague et demande la transparence sur les origines et sur l’impact de cette pollution.

En octobre dernier, l’ACRO avait dénoncé la présence d’une pollution radioactive liée entre autre à la présence d’américium-241, élément réputé hautement radiotoxique, dans la zone publique située au Nord-Ouest du site AREVA la Hague, non loin de la source du ruisseau des Landes.

Les résultats de nos analyses avaient été présentés lors de la réunion de la Commission locale d’Information en octobre dernier, au cours de laquelle l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) avait jugé prendre « très au sérieux nos mesures ».

Suite à ces premières constatations, l’ACRO a décidé de continuer les investigations sur ses fonds propres afin de mieux cerner l’étendue des pollutions observées ainsi que leurs origines. Deux campagnes de prélèvement ont été réalisées les 17 octobre et 16 novembre dernier au cours desquelles ont été collectés une quarantaine d’échantillons.

Les nouveaux résultats obtenus sont sans appel : ils confirment nos premières analyses et de surcroît, montrent des niveaux de contamination encore plus importants en certains endroits. Outre l’américium-241, d’autres éléments radioactifs sont mesurés comme le césium-137, le cobalt-60, l’iode-129. Des mesures des isotopes du plutonium et de strontium-90 sont également en cours.

Nos résultats ont été présentés lors de la réunion de la Commission locale d’information qui se tenait ce 26 janvier à Beaumont-Hague. Sans attendre cette réunion, dans un communiqué publié le 24 janvier, AREVA reconnaissait la pollution et s’engageait à nettoyer la zone. Nous prenons note avec satisfaction de cette annonce qui montre une fois de plus l’importance de la surveillance citoyenne effectuée par l’ACRO.

Toutefois, l’expertise réalisée par l’exploitant, telle que présentée par AREVA lors de la réunion de la CLI, nous semble incomplète et les niveaux maxima relevés par ses mesures sont en dessous des nôtres.

C’est pourquoi, nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur l’origine et sur l’impact de cette pollution. Nous avons  donc demandé qu’un groupe d’expertise soit créé sur ce sujet avec, notamment, l’accès à toutes les données environnementales de la zone Nord-Ouest, depuis la création de cette zone ouest de stockage des déchets. La CLI a validé cette demande.

D’autre part, nous restons vigilants et demandons qu’une expertise indépendante (à laquelle nous souhaiterions participer) soit menée à l’occasion des travaux de dépollution.

Communiqué ACRO du 26 janvier 2017. Voir la version PDF

Cliquez ici pour voir la synthèse des résultats

Voir la présentation ACRO lors de la CLI AREVA du 26/01/2017

Pollution en américium-241 dans la zone Nord-Ouest du site Areva-La Hague

La pollution à l’américium-241 augmente dans le nord-ouest du site Areva-La Hague : jusqu’à + 80% en 7 ans pour ce radioélément particulièrement radiotoxique.

Voir la note technique.

Hiroshima et 50 ans de nucléaire militaire

1- Hiroshima, Nagasaki
6 Août. Beau temps
« Chaque matin jusqu’à ce jour, la voix familière de la radio annonçait aux informations qu’une escadrille de huit B 29 était en train de progresser vers le nord, au-dessus de la mer, à cent kilomètres au sud du détroit de Kii. Ce matin là, elle annonçait « qu’un seul B 29 était en train de progresser vers le nord ». Je n’ai pas pris garde au fait : nous étions jour et nuit habitués à ces sortes de nouvelles et une alerte nous faisait autant d’effet qu’une sirène d’avant guerre annonçant midi. Je me suis donc rendu à la gare de Yokogawa pour prendre comme d’habitude le train de Kabe et aller à mon travail du matin (….).
A ce moment là, à trois mètres sur la gauche du train qui allait partir, j’ai vu une boule de lumière si forte qu’elle m’a aveuglé : tout est aussitôt devenu noir, je n’ai plus rien vu. J’ai eu l’impression soudain d’être enveloppé par une espèce de rideau noir (…). Le B 29 avait lâché une bombe toxique rendant aveugles les hommes, et notre train avait été directement bombardé : telle était du moins mon opinion provisoire. »
C’est ainsi que Shigematsu Shizuma1, « atomisé » lors de l’explosion atomique à Hiroshima le 6 Août 1945 à 8h15, commence son « journal d’un sinistré ». Il raconte ensuit que plus tard, ayant rouvert les yeux et décidé de quitter la gare pour rentrer chez lui, à « (son) grand étonnement, toutes les maisons à l’entour étaient presque sans exception à terre, et leurs tuiles jonchaient entièrement le sol (…). L’aspect de la ville avait complètement changé. Des camions de blessés, complets, filaient sans arrêt, ainsi que des autos montées par des officiers d’infanterie (.. .). Une foule de blessés marchaient, qui ressemblaient à ceux que j’avais déjà rencontrés sur le talus du chemin de fer et au champ de manœuvres de l’est. Mais ici, beaucoup s’appuyaient sur une canne : bambou ou débris de bois. On ne criait plus guère « au secours », et on ne courait plus : courir, c’était hâter sa fin».
Ayant retrouvé sa famille, mais devant fuir car l’incendie qui a suivi avait ravagé leur maison, ils décident d’aller se réfugier dans une usine de sa société et découvrent l’ampleur du désastre en essayant de traverser Hiroshima : « les cadavres gisant sur le chemin étaient moins nombreux par ici. Malgré la diversité de leurs attitudes, ils avaient cela de commun qu’ils étaient, pour plus de 80 % des cas, tombés la face contre la terre. Le seul cas exceptionnel était celui d’un homme et d’une femme tout près de la plate-forme du tramway, à l’arrêt de Hakushima : couchés sur le dos, ils avaient les pieds ramassés de manière que leurs genoux étaient dressés, et leurs mains allongées obliquement (…). Je n’avais jamais vu cela. Les cheveux et les poils étaient complètement brûlés. Seule la rondeur du sein permettait de distinguer la femme. Pourquoi étaient-ils morts dans une pose aussi étrange ? Je ne comprenais pas. Ma femme et ma nièce sont passées à côté de ces cadavres sans même leur jeter un regard ». Se retrouvant dans un train de réfugiés, ils commencent à réaliser ce qui s’est passé. « La somme des avis des voyageurs conduisait à deux conclusions différentes : selon les uns, à l’instant où l’éclair avait brillé, on avait entendu un énorme choc ; selon les autres, au même instant avait mugi une tempête ou un formidable grondement (…)
L’épicentre, au dire de tous, devait être vers le pont Chôki, et ceux qui se trouvaient dans un cercle de deux kilomètres à la ronde ne pensaient pas, disaient-ils, avoir rien entendu.
Ceux qui étaient à quatre ou cinq kilomètres du point de chute disaient avoir entendu un grondement immense quelques secondes après avoir vu l’éclair (…) Si le cumulo-nimbus de l’explosion n’avait donné l’impression d’un nuage en forme de méduse, il devait être différent selon qu’on le voyait de loin ou de près. Certains des voyageurs avaient eu l’impression d’un nuage en forme de champignon ».

Ces voyageurs font partie de la petite moitié des 300 000 personnes2 présentes à Hiroshima ce jour là qui ont survécu au bombardement atomique. Il leur faudra attendre la capitulation du Japon, après le 15 Août, pour savoir ce qui leur était arrivé ; « ils avaient d’abord appelé le pikadon « arme nouvelle » , puis « bombe d’un type nouveau », « arme secrète », « bombe spéciale d’un nouveau genre » et « bombe spéciale de grande puissance », et après tous ces changements successifs, voilà que j’apprenais aujourd’hui que cela s’appelait une bombe atomique 3 ». Si les gens ne se sont pas méfiés de l’alerte, c’est que la ville avait été épargnée par les bombardements classiques, afin de bien pouvoir mesurer l’efficacité d’une telle arme. Pourtant, dans cette ville de garnison, la marine avait installé un important état-major régional, à proximité des chantiers d’armement Mitsubishi, et l’armée de terre, son deuxième grand quartier général. En choisissant le centre ville et non les installations militaires comme point de bombardement, c’est la ville entière que les autorités américaines ont voulu détruire, les usines Mitsubishi ayant été relativement épargnées.
Avec officiellement 176 964 victimes recensées à ce jour, dont quelques milliers de travailleurs coréens et chinois déportés qui vivaient comme travailleurs forcés à Hiroshima, la bombe atomique a fait beaucoup moins de morts que le bombardement classique de Tôkyô4. Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki5 les 6 et 9 Août 1945, qui suivirent le premier test dans le désert du New Mexico aux Etats-Unis le 16 juillet, plongèrent de façon violente l’humanité dans l’ère nucléaire. Cet évènement a marqué le début de 50 ans de course aux armements à un prix humain très élevé et mérite donc toute notre attention cette année.
C’est des victimes directes de cette course folle dont nous avons choisi de parler, de ces milliers de gens irradiés à leur insu pour des raisons de défense. Nous parlerons des cobayes humains américains et des victimes soviétiques des centres d’essais nucléaires dont il a déjà été beaucoup question dans les médias, et aussi des Français victimes des essais nucléaires Français en Algérie et dans le Pacifique. Tout ce qui touche au militaire étant très secret, il est impossible d’être exhaustif, mais les quelques exemples dont il sera question laissent présager de ce qui se passe dans d’autres pays non cités et les problèmes de prolifération nucléaire ne permettent pas d’être optimiste.
Aujourd’hui, 367 000 « atomisés » sont officiellement recensés au Japon, dont 10% environ des habitants de Hiroshima. Yasuko, la nièce de Shigematsu, victime de ma « pluie noire » écrit dans son journal : « sur une remarque d’Oncle, je me suis aperçue que j’étais couverte d’éclaboussures, comme de la boue (…). Je me suis alors souvenue qu’une pluie noire était survenue (…), ce devait être vers dix heures du matin je crois (…) la pluie noire avait cessé aussi vite qu’elle était apparue, tout à fait comme une hallucination. C’était une pluie fourbe. Je me suis lavée les mains à la source du jardin, mais j’ai eu beau frotter avec du savon, la souillure n’est pas partie ; on aurait dit qu’elle collait indissolublement à la peau ; je n’y comprenais rien (…). Je suis retournée me laver plusieurs fois à la source, mais impossible longtemps d’effacer les taches noirs. Si ç’avait été une teinture, elle aurait été d’un bon prix ! » la pluie noire était radioactive.
Bien que non « atomisée » officiellement (sinon elle aurait eu du mal à trouver un parti pour se marier), sa tante commencera quelques années plus tard le « journal de maladie » par ces lignes : « (…) horriblement souffert, assaillie de douleurs violentes qui se sont calmées parés plus de dix minutes. 38 degrés de fièvre. Quelques chutes de cheveux (…). L’abcès du fondement a percé, mais un autre s’est déclaré plus loin … » Ces milliers de victimes ont été suivies médicalement afin de connaître les effets à long terme des radiations et les résultats servent pour définir les normes de radioprotection6. « Vers l’automne suivant la fin des hostilités, une équipe de recherche de l’armée américaine d’occupation était venue dans les ruines de Hiroshima avec des médecins de l’université de Tôkyô, et peu à peu elle s’était développée en commission d’enquête, l’ « Atomic Bomb Casualty Commission », A.B.C.C., pour étudier scientifiquement les victimes du bombardement, avec un idéal de vaste envergure. Mais bien qu’on y fasse des enquêtes détaillées sur les premiers symptômes de la maladie atomique, on n’y traitait pas les victimes. »
La spécificité de l’arme nucléaire tient donc en partie dans le caractère partiellement différé de son pouvoir de destruction, qui est d’autant plus redouté qu’il est invisible. Ainsi, la zone touchée, qui peut s’étendre sur des kilomètres autour du point d’impact, en fonction de la circulation atmosphérique, peut-être stérilisée pour des siècles et plusieurs générations peuvent être affectées par des altérations génétiques. A ce titre, la photo de couverture est assez éloquente, 10 ans après, les arbres de Hiroshima, à proximité de l’épicentre, recommencent seulement à prendre vie.
Dès 1949, en pleine guerre froide, les Etats-unis se lancèrent dans la fabrication d’un engin encore plus puissant, une bombe thermonucléaire utilisant le principe de la fusion. Un premier essai a lieu en novembre 1952 sur l’atoll d’Eniwetok dans le Pacifique et leur première bombe thermonucléaire explose sur l’atoll de Bikini en Mars 1954 ; sa puissance est de 15 mégatonnes, soit environ mille fois celle lâchée sur Hiroshima. Les soviétiques, quant à eux, avaient fait détonner un premier engin au plutonium en Sibérie en 1949 et la première bombe thermonucléaire en 1953. Aujourd’hui, plus de 1860 essais nucléaires ont été effectués, dont 521 dans l’atmosphère.

2. Des cobayes humains

Dans les années 40 et 50, des centaines d’Américains ont servi de cobayes à leur insu, lors d’expérimentations médicales7. Révélé par l’enquête d’une journaliste américaine, Eileem Welsome, ce scandale a conduit à la création d’une commission d’enquête par le Président Clinton et, selon un rapport du département de l’Energie publié en Février dernier, le nombre de victimes s’élèverait à 9 000 personnes réparties sur 154 expériences. Ce chiffre sous-estime sûrement la réalité, comme le souligne Gordon Erspamer, avocat à San Francisco, qui enquête sur le sujet : « De nombreux rapports ont volontairement été omis des dossiers gouvernementaux ou enregistrés de manière édulcorée, de façon à ce que les fait réels n’apparaissent pas à quiconque les consulterait aujourd’hui ou même à l’époque ». De plus, de nombreux rapports ont été perdus ou plus ou moins volontairement égarés. « Il faut reconnaître que tout ceci est un peu dans le style du Buchenwald » a écrit le 28 Novembre 1950 K.G. Hamilton, professeur à l’hôpital de l’université de Californie et membre influent d’un groupe de médecins et chercheurs, qui a pratiqué en série des expériences sur des humains candides.
Les victimes d’injection de plutonium étaient des malades hospitalisés, et « l’espérance de vie des victimes était soigneusement évaluée. En règle générale, les sujets choisis avaient plus de 45 ans et souffraient d’affections chroniques rendant improbables qu’ils survivent plus de dix ans. En se conformant à ces critères, le risque de voir apparaître des effets tardifs des radiations serait évité. De plus, cela faciliterait l’observation des prélèvements post-mortem dans un délai de quelque mois ou, au plus de quelques années » peut-on lire dans un document de 1950. Une des premières victimes, Albert Stevens, était un peintre en bâtiment Agé de 58 ans chez qui les médecins avaient détecté une importante tumeur de l’estomac. Pensant à tort qu’il s’agissait d’une tumeur cancéreuse, ils avaient réclamé une intervention chirurgicale et quatre jours avant l’opération, ils lui injectèrent 3,5 microcuries de plutonium 238 et 0,046 microcurie de plutonium 239, ce qui correspond à une dose administrée de 11.000 rems, soit 400 fois environ la dose reçue dans une vie. Albert Stevens mourut de maladie cardiaque 20 ans plus tard, alors que Hamilton et ses collègues lui avaient enlevé la plus grande partie de la neuvième côte, l’intégralité de la rate, une grande partie du lobe gauche du foie, un morceau de pancréas, une partie du péritoine, plusieurs ganglions lymphatiques et les deux tiers de son estomac, dans le plus grand secret. Son dossier médical ne mentionne pas ces ablations et les médecins ne lui ont jamais dit que sa tumeur n’était pas cancéreuse, ni qu’ils lui avaient injecté du plutonium, terme couvert par le secret défense à l’époque. Le corps de certaines victimes fit l’objet d’analyses post-mortem jusque dans les années 70.

Les 150 habitants de l’atoll d’Utirik, dans les îles Marshall, près du site de l’essai thermonucléaire du 1er Mars 1954, ont aussi été suivis médicalement pour « (étudier) les relations entre les quantités de retombées au sol, la quantité absorbée dans la nourriture et leur corrélation aux quantités excrétées dans l’urine » nous explique aujourd’hui le professeur Merril Eisenbub, comme pour se justifier, car en 1956 il avait déclaré sans la moindre vergogne : « … à présent, on peut à nouveau vivre en sécurité sur cette île, mais c’est de loin le lieu le plu contaminé du monde, et il sera très intéressant d’y retourner (…) pour obtenir une mesure de l’accumulation chez l’homme lorsque des gens vivent dans un environnement contaminé. En fait, on n’a jamais disposé de données de ce genre. S’il est vrai que ces gens ne vivent pas, disons, comme nous les Occidentaux, les gens civilisés, il n’en reste pas moins qu’ils sont plus proches de nous que ne le sont les souris ».
Des militaires américains ont aussi été délibérément exposés à des retombées radioactives et des explosions nucléaires. Une fois, des tests visaient à étudier l’aveuglement provoqué par une telle explosion. Dans d’autres cas, des « volontaires » (comme on peut être volontaire à l’armée) étaient dans un avion faisant des cercles à quinze kilomètres du point d’impact ou volèrent à travers le champignon après avoir avalé un réactif que l’on pouvait retirer de l’estomac afin de mesurer l’irradiation interne. Des patients ont été soumis à des rayonnements intense de rayons X pouvant atteindre 300 rems au total pour tenter de comprendre le comportement de soldats victimes d’une explosion atomique. Il semblerait que, dans ce cas, les patients étaient pour la plupart pauvres, noirs et déficients mentaux.
Mais ce qui a le plus choqué l’opinion américaine, c’est le scandale lié aux enfants handicapés à qui on avait fait manger du fer ou du calcium radioactif mêlé à du lait. Dans une autre école spécialisée, près de 200 enfants reçurent de l’iode radioactif de la part de chercheurs venant de centres aussi prestigieux que Harvard ou l’université de Boston. Les substances radioactives administrées atteignirent des taux inquiétants qui auraient pu justifier un suivi médical ultérieur.
La France n’est pas en reste. Lors de ses premiers essais dans le désert Algérien, des militaires ont été exposés aux radiations et parmi eux, nombre d’entre eux sont morts, soit sur le coup, soit des années plus tard, ce que l’armée française continue de nier8. « On n’a jamais pu savoir exactement le nombre de victimes », se souvient Raymond Sené du GSIEN qui se trouvait en Algérie dans le 621e Groupement des armes spéciales. « Un officier nous avait dit, à propos des soldats proches du lieu de l’explosion : « Ce n’est pas la peine de discuter pour savoir si la dose de rayonnement qu’ils ont prise était nocive, ils étaient déjà morts… » » à la suite d’une explosion qui s’était produite dans une cuve contenant du plutonium, le 19 Avril 1962. Dix-neuf blessés sont évacués vers l’hôpital militaire de Percy où ils sont soignés dans le grand secret. Le 1er Mai 1962, lors d’un essai nucléaire français, le nuage radioactif se répand, contaminant de nombreuses personnes dont le ministre des Armées, Pierre Messmer et le ministre délégué à la recherche, Gaston Palewski qui mourra d’une leucémie en 1986, à la suite de cet accident, selon ses dires. A en croire des allégations de la télévision algérienne, 150 prisonniers algériens furent exposés au premier essai français9.
La veuve de Régis Quatrefages est convaincue que son mari, emporté par un cancer en 1988, est une des victimes de ces « incidents » de 1962 et se bat contre le secret militaire pour faire connaître la vérité. Il était présent lors des deux premières explosions, mais ne sera pas évacué car considéré comme non contaminé, et, le 28 juin 1962, il est projeté, avec six autre soldats, à plusieurs mètres à la suite d’une nouvelle explosion dans une cuve de plutonium. Evacué d’urgence à Percy où il restera 15 jours, il écrira à sa fiancée : « Malgré les consignes impératives, nous étions sans masque. Nous avons donc avalé des poussières. (…) Nous pensons servir de cobayes. Pour continuer à percer de nouveaux mystères dans l’étude des conséquences atomiques, ils vont profiter de cet accident : ils nous analysent sang, urine, crachats, ils nous remplacent le sang ». D’autres appelés confirment ce genre de témoignages, mais l’armée, qui ne reconnaît les deux premiers « incidents » que du bout des lèvres, refuse de parler de contamination et ne parle que de « morts naturelles ».

Mururoa, ou le lieu du grand secret en reo maohi, porte bien son nom. Aucune étude sur la santé des 12.000 personnes qui ont travaillé sur le site d’essai n’a été menée et les statistiques de la santé, qui étaient régulièrement publiées dans le Journal Officiel de Tahiti, cessèrent de l’être dès la construction de centre d’essai. Les autorités auraient-elles quelque chose à cacher ? Faute d’étude approfondie, nous devons nous baser sur des témoignages10. « Mon premier travail consista à gérer les déchets. Après chaque explosion, quand les spécialistes avec leurs compteurs Geiger étaient partis, nous devions nettoyer les plages de l’atoll des poissons morts et autres détritus. (…) Nous n’avions aucuns vêtements protecteurs… Aucun dosimètre pour mesurer notre exposition aux rayonnements. Les spécialistes avaient des vêtements de protection, mais nous n’en recevions pas. La seule chose qu’on nous donnait c’était des gants » raconte Ruta qui a travaillé à Mururoa pendant 12 ans, montrant ainsi que les précautions à l’égard des populations locales ne semblent pas respecter les mêmes critères que pour les populations européennes.
Les habitants des atolls environnants ne sont pas épargnés. Lors des essais atmosphériques, ils devaient se réfugier dans un abri. « La seconde fois, (…) quelque chose a dû mal se passer, parce qu’il était inhabituel de devoir passer la nuit dans l’abri, raconte Hinano, une habitante de Mangareva. Par la suite, nous avons découvert qu’il y avait eu de la contamination radioactive. Après chaque essai, les militaires faisaient le tour de l’île avec leur compteur Geiger. Normalement, il n’y avait pas de contamination, mais après Canopus il y eut contamination à Taku. Ils nous dirent de vider les citernes qui contenaient l’eau de boisson. On trouva également que les environs de l’abri étaient contaminés. Il avait plu pendant la nuit, et ceci avait sans doute lessivé la poussière radioactive du ciel sur les îles ». De telles contaminations sont confirmées par un pilote français d’hélicoptère qui est allé sur l’atoll Tureia pour prendre deux météorologistes qui étaient restés pendant le tir avec la population, et qui s’interroge : « si moi qui ai passé trois minutes à Tureia, ai dû être décontaminé, si les deux techniciens, qui y ont séjourné un mois, ont eu besoin de soins étendus, quelle dose de radiation ont pu emmagasiner les habitants de l’île ? On ne les a pas évacués, on ne leur a prescrit aucune mesure de protection pour l’avenir. Ils continuent à manger le poisson du lagon, à utiliser les palmiers et les noix de coco, à jouer avec les galets11 ». Hinano se souvient que « quand les militaires sont arrivés, la moitié de la population travaillait pour eux, soit pour la pêche, soit pour cultiver des légumes. Ils payaient très bien. Mais dès le début des essais, ils arrêtèrent d’acheter les poissons et bientôt après, ils cessèrent également d’acheter des légumes, bien qu’ils continuaient d’acheter leurs légumes à Tahiti ». Là encore, deux populations, deux normes sanitaires ? Des mesures ont bien été faites par les militaires qui étaient donc conscients de la situation. Les habitants des îlots des alentours ont-ils, eux aussi, servi de cobayes ?, c’est ce que laisse penser la suite du témoignage de Hinano : « Avant le début des essais nucléaires, beaucoup de scientifiques sont venus à Mangareva pour y collecter des échantillons de toutes sortes : sol, végétaux, animaux, poissons, eau… D’autres vinrent simplement pour observer. (…) Depuis le début des essais, les militaires sont venus au moins deux fois par an pour prélever des échantillons (…) Ils ne donnaient jamais la raison de cette collecte ni quels étaient les résultats de leurs analyses. (…) Plus tard, un autre bateau aborda notre île avec une machine à son bord appelée « spectro », (…) tout le monde dut se rassembler et monter à bord. Nous devions nous coucher sur une sorte de civière. Il y avait de la musique de fond quand on nous faisait entrer dans la machine et après quelques minutes, on nous en ressortait. Ceci fut répété deux ou trois fois. Quelques personnes étaient soupçonneuses, mais à nouveau, personne ne disait rien. Une autre équipe de médecins est venue, d’abord ce furent des personnels militaires, puis de civils. Ils prirent du sang, des urines, des selles et nous examinèrent. Si quelqu’un refusait d’aller se faire examiner, le gendarme venait le chercher.
En réfléchissant sur ce qui nous est arrivé, je suis épouvantée de la manière dont nous avons été traités. J’ai eu un bébé prématuré qu’ils ont mis dans un avion militaire pour l’hospitaliser à Tahiti. Le lendemain nous avons reçu un message disant que le bébé était mort. On ne nous a jamais rendu le corps et nous n’avons jamais eu de certificat de décès, ce qui signifie qu’officiellement, le bébé est toujours en vie. Je ne puis retrouver l’infirmière militaire qui est venue prendre le bébé – je ne sais absolument pas quoi faire. Même à présent, des années après, j’ai encore des cauchemars à ce sujet ».

Il paraît indispensable que le gouvernement français nomme une commission indépendante chargée d’enquêter sur ces expériences médicales, comme cela s’est fait aux Etats-Unis, et comme cela commence à se faire dans l’ex-bloc soviétique où les autorités ont permis à des scientifiques et journalistes de pénétrer sur le site d’essais. Cette commission devrait avoir accès à toutes les archives, y compris celles classées défense.

Le Royaume-Uni a réalisé une partie de ses essais aux îles Chrismas, en Australie, dans des conditions similaires à celles des essais nucléaire Français et Américains dans le Pacifique. Dans le désert Australien, pour prévenir les autochtones, les militaires Britanniques ont mis des panneaux interdisant le site d’essais que les Aborigènes ne pouvaient pas lire… Ces derniers ne furent donc pas informés des dangers des essais et n’ont pas été suivis médicalement. Une commission gouvernementale a révélé en 1985 que 20 kg de plutonium sont toujours disséminés dans le désert de Maralinga12.

Ces dernières années, le Royaume-Uni a testé ses bombes sur le site américain, dans le désert du Névada, près de réserves indiennes… et de Las Vegas.

Dans l’ex-URSS, le désastre prend une toute autre ampleur. Les habitants de Kaynar, un village situé à 5 kilomètres du site Semipalatinsk, au nord du Kazakhstan, où les soviétiques ont fait exploser 467 bombes nucléaires de toutes sortes pendant une quarantaine d’années, souffrent d’un taux anormalement élevé de leucémies, cancers et troubles mentaux13. Il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg dans un pays où 250 000 personnes souffrent de symptômes d’une maladie liée aux radiations, et où plus d’un million de personnes ont été exposées à des retombées nucléaires. Le gouvernement et les militaires ont refusé toute information sur la nature des essais et leurs dangers aux populations locales. Il leur était même interdit de parler des essais et de signaler à quiconque le fait qu’ils voyaient régulièrement des nuages en forme de champignon.
En Août 1953, il a été ordonné aux villageois d’évacuer les lieux, sauf pour 42 hommes qui ont été emmenés sur la colline derrière l’hôtel de ville pour regarder l’explosion et le nuage radioactif. Il ne reste qu’un seul survivant, Nuraganey Yergazhe âgé de 64 ans, 40 autres sont morts de cancer ou leucémie, bien qu’ils soient enregistrés à la mairie comme morts à la suite de maladie mentale. Les officiels reconnaissent maintenant qu’il était interdit d’identifier n’importe quelle maladie comme liée à une exposition à la radioactivité.
Encore maintenant, les militaires du Kazakhstan, restés sous commandement russe pour la partie forces nucléaires, les anciens responsables soviétiques, et le gouvernement russe continuent à nier toute contamination du village. Depuis l’effondrement du régime soviétique, la Russie insiste pour garder le contrôle su site et s’oppose à la dé-classification des documents.
C’est en Sibérie que fut développée l’industrie nucléaire militaire et civile, dans des cités secrètes dont les noms ne figurent sur aucune carte, telle Krasnïarsk-26, où une usine souterraine, dans de vastes tunnels plus étendus que le métro de Moscou, produisait du plutonium. Dans un reportage télévisé14 on a pu y voir un technicien réparer au chalumeau des fuites de conduites dans lesquelles circulent des solutions d’uranium ou de plutonium. « je n’ai aucune idée des doses de radioactivité que j’ai reçues. Très souvent, nous préférions ne pas avoir de dosimètre, car nous étions sanctionnés quand nous nous en servions », avoue un des techniciens de France 2, après le reportage. Si les conditions de travail sont inquiétantes de nos jours, elles étaient dignes de l’enfer à l’époque stalinienne où, à chaque centre nucléaire, allant de la mine au centre de recherche fondamentale, était attaché un camp de prisonniers15. Andreï Sakharov, un des pères de la bombe H soviétique décrit Gorki (ou aussi Arzamas-16) comme « une symbiose entre un institut de recherche scientifique extrêmement moderne, des usines expérimentales, des sites d’essais et un immense camp de prisonniers. (…) Les usines, les sites d’essais, les routes et les maisons des chercheurs étaient construites par des prisonniers vivant dans des baraques et escortés au travail par des chiens de garde ». Le système de camps de détention spéciaux (CDS), qui regroupait principalement des prisonniers de guerre soviétiques et des civils déportés en Allemagne par les armées d’Hitler, fut créé au sein du système général des camps. Ayant appris les méthodes de travail allemandes, ils étaient très qualifiés, et comme la reddition et le travail en captivité pour l’ennemi était un crime en Union soviétique, ils ont été affectés, pour la plupart, dans les CDS. Ni Staline, ni Khrouchtchev, ni Brejnev ne les libérèrent à l’occasion d’amnisties ou de réhabilitations.
Que ce soit à cause de la répression sévère, des conditions de travail déplorables ou des accidents, ils sont sûrement des milliers à y avoir laissé leur vie sur les millions qui ont dû travailler dans la vingtaine de sites concernés. Lors de l’explosion sur un site de stockage de déchets nucléaires de Kyshtym16 (ou Tcheliabinsk-40) qui a libéré près de 20 millions de curies de matières radioactives, Slavsky, alors ministre de la construction des machines-outils, rapporta que « les zones résidentielles des unités militaires affectées à la construction et les camps de prisonniers se trouvaient dans la zone contaminée ». Près de 7 000 de ces militaires, en fait chargés de surveiller les prisonniers, ont été exposés à des doses supérieures à 50 roentgens et durent être hospitalisés ; ces unités ont été chargées d’évacuer les populations des environs dans les jours qui suivirent, mais « l’attitude à l’égard des prisonniers fut moins clémente. Ils furent rasés, reçurent des vêtements propres et menés à marche forcée vers des camions. On leur refusa de prendre quoi que ce soit avec eux, pas même leurs carnets de notes ou des photographies de leurs proches ». Il n’existe aucun registre des « liquidateurs » de cet accident ; ils ne peuvent donc prétendre aux avantages dont bénéficient les liquidateurs qui ont décontaminé les environs de Tchernobyl. En l’absence d’accidents majeurs, on ne sait presque rien de ces CDS, dont il n’est pratiquement pas fait mention dans les rapports et les études sur le goulag. Il est fort probable que les conditions climatiques aient eu raison de nombreux prisonniers bien avant qu’ils n’aient le temps de mourir des effets des radiations.

En ce qui concerne la Chine, nous n’avons pu trouver aucun document, mais connaissant la valeur d’une vie humaine aux yeux des dirigeants chinois et les conditions de sécurité dans l’industrie, il ne fait aucun doute que la course à l’armement nucléaire s’y soit aussi faite au prix de nombreuses vies humaines. Il y a fort à parier que parmi eux figuraient des prisonniers politiques. Le centre d’essai est situé à Lop-Nor, dans la province du Xinjiang peuplée principalement de Ouigur et de 12 autres minorités nationales officielles.

1 Héro du livre Pluie noire de Masuji Ibuse ; édition Gallimard NRF. Toutes les citations suivantes sont extraites de ce livre.
2 Ces chiffres et les suivants concernant Hiroshima sont tirés d’un article du Monde daté du 25 mars 1995.
3 In pages datées du 13 Août du journal de Shigematsu. Le Monde daté du 8 Août 1945 titrait déjà en première page que les Américains avaient utilisé une bombe atomique sur Hiroshima.
4 Voir par exemple Maintenant numéro 5, 8 mars 1995. Tôkiyô était en bois et a disparu sous 700 000 bombes le 9 Mars 1945.
5 C’est la ville de Kita-Kyûshû qui était visée, mais pour cause de mauvais temps, c’est Nagasaki qui a été bombardée.
6 cf ACROnique du nucléaire numéro 27
7 La Recherche 275 Avril 1995 vol. 26. Les citations et les informations sur les cobayes américains sont tirées de cet article.
8 Le Canard Enchaîné, 11 janvier 1995, les exemples et les citations qui suivent sont tirés de cet article.
9 AFP, 11 Mai 1985, repris dans les essais nucléaires français, 1960-1988, Greenpeace/Damoclés
10 Témoignages. Essais nucléaires français : Des polynésiens prennent la parole, Green-peace/damoclès. Sauf indication contraire, tous les témoignages qui suivent sont tirés de ce livre.
11 La bombe ou la vie, Jean Toult, Fayard, 1969
12 Témoignages op. cit.
13 The Japan Times Weekly, vol 35, n°5, 4 Février 1995
14 Envoyé spécial, 9 Mars 1995, France 2
15 La Recherche 271 décembre 1994 vol. 25. Un terrifiant article sur l’atome au goulag dont sont tirées les informations et les citations qui suivent.
16 Voir Désastre nucléaire en Oural de J.A. Medvedev, éd. Isoète, 1988, au sujet de cet accident.

Trois générations d’armes nucléaires

Mis en avant

Fiche technique extraite de l’ACROnique du nucléaire n°46, septembre 1999


Dans cette fiche technique, nous allons tenter de décrire simplement les principes de base des bombes atomiques et montrer les liens avec l’industrie nucléaire. Nous nous limiterons à des principes généraux. Une fois la bombe fabriquée, il faut pouvoir la déployer, la contrôler, la protéger… puis démanteler les bombes et les installations devenues obsolètes et dépolluer les sites contaminés. Selon les audits atomiques indépendants effectués en France et aux Etats-Unis cela représente plus de la moitié des coûts engagés, mais cela dépasse largement notre propos.


Un peu de physique

La Fission

La fission du noyau d’éléments lourds naturels comme l’uranium ou artificiels comme le plutonium entraîne un dégagement d’une grande quantité d’énergie et de particules, comme les neutrons. Cette fission peut être déclenchée par le choc d’un neutron. Une réaction en chaîne se développe alors : la fission émettant des neutrons qui déclenchent d’autres fissions qui vont émettre d’autres neutrons… Si le nombre de neutrons produits est inférieur au nombre de neutrons consommés ou qui s’échappent, la réaction va s’éteindre d’elle même, sauf si elle est entretenue par un apport extérieur de neutrons. Si le nombre de neutrons créés est supérieur au nombre de neutrons consommés, alors la réaction s’emballe et conduit à une explosion. Dans le cas de réactions nucléaires, l’emballement est très rapide et l’énergie dégagée immense, d’où l’intérêt que lui portent les militaires. Enfin, si le nombre de neutrons créés est égal au nombre de neutrons consommés ou s’échappant, la réaction va s’auto-entretenir. Ce régime, dit critique, est celui qui a lieu dans les réacteurs nucléaires. En cas d’explosion, on parle de régime sur-critique et, dans l’autre cas, de régime sous-critique. Les isotopes impairs de l’uranium et du plutonium sont plus facilement fissibles que les isotopes pairs quand ils sont soumis à un flux de neutrons thermiques, comme dans les réacteurs nucléaires classiques, mais avec des neutrons rapides, présents dans les surgénérateurs ou les bombes, tous les isotopes du plutonium ont pratiquement les mêmes propriétés. On appelle masse critique la quantité de matière fissile minimum nécessaire à la sur-criticité.

L’uranium naturel ne contient que 0,72% d’U235, celui qui est le plus fissible, le reste étant essentiellement composé d’U238 qui ne convient pas. Pour faire une arme il faut augmenter cette proportion jusqu’à 80-93%, en utilisant un processus industriel, l’enrichissement, qui est le même que celui utilisé pour la production de combustible civil où la proportion d’U235 varie de 3 à 5%. C’est l’usine de Pierrelatte (d’abord CEA puis COGEMA) qui se charge de cette opération. Le plutonium est produit dans des réacteurs nucléaires par bombardement d’uranium 238 par des neutrons et doit ensuite être extrait du combustible irradié par un processus industriel identique à celui de la technologie civile, à savoir le retraitement. En fonction de la technologie du réacteur et du temps d’irradiation on obtiendra un pourcentage plus ou moins élevé de Pu239, qui est le favori des militaires. Les autres isotopes sont issus de bombardements successifs du Pu239 par des neutrons, quand ils nâentraînent pas une réaction de fission. Pour avoir un pourcentage élevé de Pu239, il suffit d’irradier moins longtemps du combustible dans n’importe quel réacteur nucléaire. Les réacteurs qui fonctionnent à l’uranium naturel en produiront plus. Le manteau des surgénérateurs comme Phénix et ou Superphénix, c’est-à-dire les barres de combustibles qui sont à la périphérie, permet aussi de produire du Pu239 de bonne qualité.

La Fusion

La fusion de deux noyaux légers dégage une plus grande quantité d’énergie, mais il faut comprimer beaucoup plus les gaz utilisés pour que la réaction puisse avoir lieu. Dans les armes thermonucléaires, c’est la fusion du tritium (H3) avec le deutérium (H2) qui est utilisée ; elle produit de l’hélium plus un neutron. L’avantage c’est que ces gaz sont légers et qu’une faible masse est suffisante pour dégager une énergie énorme. La difficulté est liée à l’allumage, des explosifs chimiques classiques n’étant pas suffisants pour atteindre la compression nécessaire.

Le tritium est aussi produit dans des réacteurs nucléaires par bombardement du lithium 6 par un neutron. Le Lithium 6, lui, est présent dans la nature, mais il doit être séparé de son isotope, le lithium 7. En France, c’est la COGEMA qui se charge de cette opération dans son usine de Miramas. L’ensemble du processus de production du tritium reste géré par le CEA dans deux réacteurs à eau lourde (Célestin 1 & 2 à Marcoule). Le deutérium, quant à lui, nécessite de l’eau lourde pour sa fabrication, qui a été importée de Norvège, des Etats-Unis, mais aussi fabriquée en France dans deux usines pilotes qui ne fonctionnent plus (Toulouse et Mazingarbe, Nord). Le site de production du deutérium gazeux à partir d’eau lourde n’est pas connu clairement. Il est possible que le deutérium soit produit au centre civil du CEA de Grenoble, mais également qu’il soit extrait du processus d’extraction du tritium à Marcoule.

Première génération

Les armes de première génération n’utilisent que la fission de noyaux lourds. Deux masses sous critique d’uranium sont regroupées ou une masse de plutonium ou d’uranium est brusquement comprimée à l’aide d’un explosif chimique afin d’en faire une seule masse sur-critique. La réaction en chaîne est généralement amorcée par une source de neutrons qui doit être parfaitement synchronisée avec le passage au régime sur-critique pour avoir le meilleur rendement, mais cela n’est pas une nécessité. Les bombes sud-africaines étaient amorcées par les neutrons du bruit de fond. La puissance de la bombe peut être améliorée grâce à un matériau réflecteur de neutrons, comme le béryllium. Il est relativement facile de fabriquer une bombe atomique de première génération, à condition que l’on possède la matière fissile. Les Etats-Unis n’ont jamais testé la bombe à l’uranium enrichi avant de la larguer sur Hiroshima et n’ont fait qu’un seul essai pour celle au plutonium avant de bombarder Nagasaki. Une équipe de 400 personnes environ a été suffisante à l’Afrique du Sud pour construire six bombes à l’uranium enrichi. La fin des essais nucléaires ne supprime donc pas le risque de prolifération horizontale, à savoir l’émergence de nouvelles puissances nucléaires ou la menace d’un groupe terroriste qui se serait procuré la matière première au marché noir. Une importante question concerne l’utilisation de plutonium issu des réacteurs civils à eau sous pression pour fabriquer ce type d’arme. Pour les partisans du retraitement du combustible irradié, le Pu 240 est indésirable car il risque de déclencher une implosion avant même que la sur-criticité soit atteinte, réduisant ainsi la puissance de la bombe. Cela peut même être un avantage pour fabriquer une bombe rudimentaire, car il nây a pas besoin de source de neutrons pour initier la réaction. Même de puissance réduite, une telle bombe peut faire beaucoup de dégâts. Un autre inconvénient avancé pour le plutonium civil est que le pourcentage de Pu238 est trop élevé (environ 2%, pour environ 0,01% pour du Pu dit militaire). D’une durée de vie relativement courte (88 ans), la désintégration du Pu 238 entraîne un échauffement qui peut endommager les explosifs chimiques. Si la bombe larguée sur Nagasaki avait contenu 2% de Pu 238, elle aurait eu une température de l’ordre de 250°C. Cette montée en température peut néanmoins être réduite des deux tiers à l’aide d’un système de refroidissement en aluminium. Enfin, le troisième argument avancé par les promoteurs du retraitement est que le plutonium civil est beaucoup plus irradiant, entraînant un risque beaucoup plus élevé pour les personnes travaillant à proximité. L’utilisation de cobayes humains par les puissances nucléaires pour tester les effets de la radioactivité laisse penser que cet argument n’est pas forcément un inconvénient majeur… (Note: cette discussion est tirée d’un article de Frank von Hippel, Fissile material security in post-cold-war world, Physics Today, june 1995 et de A.B. Lovins, Nuclear weapons and power-reactor plutonium, Nature, Vol. 283, 28 fev. 1980, p. 817).

Les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki, avaient respectivement une puissance de 15 et 22 kilotonnes d’équivalent TNT (Note : 1kt = 1012 cal = 4,18 x 1012 J). Les armes à fission pure développées par la suite ont atteint plusieurs dizaines de kilotonnes.

Deuxième génération

Le principe des armes thermonucléaires est simple à comprendre, même si leur réalisation pose de gros problèmes technologiques. Dans les armes à fission dopées (boosted fission), une réaction de fission similaire à celle de l’arme de première génération, déclenche une réaction de fusion du cœur constitué d’un mélange de tritium (H3) et de deutérium (H2). Les neutrons dégagés par la réaction de fusion entraînent une réaction de fission plus complète que celle qui a lieu dans les armes de première génération où une faible portion de la matière fissile est consommée. La performance d’une telle arme dépend essentiellement de l’explosion chimique initiale car il est important que le gaz soit suffisamment comprimé et ne se mélange pas avec le matériau fissible. Cela peut être testé sans enclencher de réaction nucléaire et reste donc possible dans le cadre du « traité d’interdiction des essais nucléaires », à condition d’avoir une installation permettant d’étudier l’hydrodynamique de l’explosion à l’aide de rayons X : c’est un des buts de l’installation AIRIX du CEA, en construction à Moronvillier, sur le site où ont lieu les essais nucléaires froids. Il est généralement admis qu’Israël, l’Inde et le Pakistan ont atteint ce stade. A noter qu’avec cette technologie, le plutonium, dit de qualité civile, ne change rien, quant à la puissance de l’explosion, mais le plutonium militaire est généralement préféré pour des problèmes de température et de radioactivité. Dans les bombes thermonucléaires ou bombes à hydrogène, une bombe à fission, éventuellement dopée, déclenche l’explosion par réaction de fusion. C’est un mélange de lithium et de deutérium enfermé dans une capsule tampon d’uranium ou de plomb qui est utilisé, le tritium nécessaire à la réaction de fusion étant directement produit lors de l’explosion par le bombardement des neutrons. Il n’y a virtuellement pas de limite à la puissance dégagée par ce type d’arme ; l’essai nucléaire le plus puissant de l’histoire, avec 60 Mégatonnes (60.000 kilotonnes) dâéquivalent TNT due à 97% à la réaction de fusion, a eu lieu en URSS en octobre 1962. Mais, sachant que la puissance dégagée lors de l’explosion est de l’ordre de 1kt/kg, il est possible de faire beaucoup de dégâts avec une bombe de quelques kg. Des efforts constants de miniaturisation ont eu lieu afin de rendre la bombe plus légère et transportable par toutes sortes de vecteurs, en particulier des missiles intercontinentaux.

Il a fallu de longues années de recherche aux Etats-Unis et en URSS pour mettre au point ce type d’armes (Note : voir le dossier de Physics Today, Nov. 1996) ; mais une fois les principes de base connus, il est possible dâaccéder rapidement à cette technologie : la Chine a testé sa première bombe thermonucléaire après seulement 3 essais de première génération, un essai à fission dopée et un essai préliminaire de bombe à hydrogène. Les armes de deuxième génération sont d’une technologie plus élaborée et, malgré deux milliers d’essais nucléaires, le mécanisme n’est pas encore entièrement compris. Les puissances nucléaires déclarées sont probablement arrivées au bout des améliorations possibles et possèdent une bonne maîtrise de la production de ce type d’armes. La fin des essais nucléaires n’est donc pas trop pénalisante pour elles, mais est certainement un frein pour les autres pays. Il est peu probable que de telles armes disparaissent car elles sont sûres et très mortelles. Les réductions effectuées dans les arsenaux concernent essentiellement des armes obsolètes ou dâune utilité devenue douteuse. Le tritium et le Li6 deviennent des éléments stratégiques qui doivent être contrôlés comme les matières fissibles pour éviter la prolifération.

Troisième génération

La troisième génération regroupe des bombes basées sur les technologies précédentes, mais dont certains effets sont accentués ou réduits selon l’utilité stratégique recherchée. Par exemple, la bombe à neutrons, qui émet une grande quantité de neutrons avec une puissance réduite, est supposée être efficace contre une avancée massive de chars. Son utilité tactique est en fait réduite. D’autres améliorations visent à réduire les « effets collatéraux » de la radioactivité émise, là aussi avec des succès limités. A noter que ces améliorations constituent une entorse à la doctrine de dissuasion, étant un premier pas vers une bombe pouvant être utilisée sur le champ de bataille. Ces armes nécessitent de nombreux développements scientifiques et technologiques et l’arrêt des essais nucléaires est un frein à leur développement.

Les différents types de têtes nucléaires en service dans l’arsenal français (1960-1998)

Type
Puissance
Vecteur
Armée
Entrée en service
Retrait du service
AN11
60 kt
Mirage IVA
Air
06/07/63
1973
AN22
70 kt
Mirage IVA
Air
1973
01/07/88
MR31
130 kt
S2 Albion
Air
02/08/71
MR41
500 kt
M1/M1 SNLE
Marine
2/8/1971
1979
AN52
25 kt
Mi3,JagA,SEt
Air
06/04/73
AN51
10/25 kt
Pluton
Terre
3/1974
1993
TN60
1 Mt
M20 SNLE
Marine
23/12/76
TN61
1 Mt
M20 SNLE
Marine
1978
1993
TN61
1 Mt
S3 Albion
Air 
01/06/80
16/09/96
TN70
150 kt
M4A SNLE
Marine
25/05/85
1997 
TN80
300 kt
Mirage IVP
Air
01/09/85
01/07/96
TN71
150 kt
M4B SNLE
Marine
09/12/87
TN81
300 kt
Mirage 2000 N
Air
01/07/88
TN81
300 kt
Super-Etendard
Marine
4/1989
TN90
80 kt
Hadès
Terre
1992
1996
TN75
100 kt
M45 SNLE
Marine
1/1997

AN: fission Pu ; MR : fission dopée Pu ; TN : thermonucléaire (Tiré du site du CDRPC)


Pour en savoir plus

Cette fiche technique est basée sur les références suivantes (sauf les références déjà indiquées) :

* Bruno Barillot, Audit atomique, CDRPC, 187, montree de Choulans, 69005 Lyon (fevrier 1999)

* Stephen I. Schwartz editor, Atomic Audit, Brookings Institution Press, 1775 Massachusetts Ave., N.W. Washington, D.C. 20036 (1998)

* Andre Gsponer et Jean-Pierre Hurni, Fourth generation of nuclear weapons, Technical Report, INESAP, c/o IANUS, Darmstadt University of Technology, D-64289 Darmstadt (mai 1998)

* The military critical technology list, part II : weapons of mass destruction technologies, section V : nuclear weapon technology, Department of Defence, Etats-Unis, fevrier 1998, peut être téléchargé à l’adresse suivante : http://www.dtic.mil/mctl/

Ancien article

Les erreurs de quantification du Plutonium à Cadarache

Retour sur un incident qui a défrayé la chronique.

ACROnique du nucléaire n° 90, septembre 2010


Le 12 octobre 2009, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) classe au niveau 2 de l’échelle internationale de gravité des événements nucléaires (échelle INES), l’incident déclaré par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) le 6 octobre 2009, sur l’installation nucléaire ATPu (Atelier  de Technologie du Plutonium), du site CEA de Cadarache. Le 14 octobre, l’ASN suspend les opérations de démantèlement dans l’installation et soumet leur reprise à son accord préalable.

Retour en 7 questions sur un incident qui défraya la chronique et qui a été traité au sein du Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN), incident.

Que fait-on à l’Atelier  de Technologie du Plutonium de Cadarache ?

Il s’agit d’une installation de production de combustible MOX (réalisé à partir de poudres d’oxyde d’uranium appauvri et d’oxyde de plutonium) tant pour les réacteurs à eau pressurisée (REP) que les réacteurs à neutrons rapides. Construit entre 1959 et 1962, ce site a été en production de 1962 au début de l’année 2005. En 1991, les activités avaient été transférées à COGEMA, devenue AREVA NC. Depuis 2005, des opérations de cessation définitive d’exploitation et d’assainissement ont été engagées. Le décret de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement a été publié le 6 mars 2009.

Depuis sa création, l’ATPu a traité près de 50 tonnes de Plutonium pour la fabrication de combustibles pour les surrégénérateurs (Rapsodie, Phénix, Superphenix) et fabriqué 350 tonnes de MOX-REP. Le CEA, en tant qu’exploitant nucléaire depuis 1962, est resté titulaire des autorisations administratives. Ce qui explique son rôle au premier plan durant cette crise médiatique.

Comment le Plutonium est-il quantifié ?

Les matières mises en œuvre (oxyde de Plutonium et oxyde d’Uranium) sont hautement toxiques, notamment par voie d’inhalation. Le procédé conduisant à réaliser des mélanges (primaire et secondaire) doit donc être étroitement confiné. C’est pourquoi toutes ces étapes de traitement sont réalisées au sein de « boîtes à gants ». Il y a en tout 325 boîtes à gants à démanteler à l’ATPu.

Tous les mouvements de matières fissiles devant être déclarés, un système de comptabilité a été mis en place (logiciel de comptabilité CONCERTO). Il repose sur des pesées de ces matières effectuées à l’entrée et à la sortie des boîtes à gants.

Mais au cours des divers mouvements de ces produits à l’intérieur de ces dernières, des chutes ou des fuites de matières peuvent se produire. Des nettoyages sont certes effectués afin de récupérer ces matières mais une partie de celles-ci, rendue inaccessible par la complexité des équipements mécaniques internes, est restée à l’intérieur des boîtes à gants (rétention).

Par ailleurs, toutes ces pesées présentent une incertitude associée. La balance pesant le plutonium le fait avec une incertitude de 1 gramme. Le dosage primaire comporte une incertitude de 20 grammes et la balance utilisée pour le mélange primaire affiche une incertitude de 60 grammes.

La différence – au travers du bilan de pesée entrée/sortie – permet donc d’identifier la quantité de matière en permanence dans la boîte à gants. Pour l’ATPu, ces différences étaient en partie comptabilisées dans un compte « rétention » du logiciel mais, pour le reste, l’exploitant procédait tout simplement à une remise à zéro chaque année (considérant que la masse correspondante était un écart d’inventaire) !!!… Après 40 ans d’exploitation, les grammes cumulés ont fini par faire des kg.

Comment l’incident a-t’il été découvert ?

Avec le début du démantèlement, certaines boîtes à gants ont commencé à être ouvertes et démontées, ce qui rendait alors accessibles les matières en rétention.

A l’issue de l’assainissement « test » réalisé sur une boîte à gants en 2008, l’exploitant a découvert une rétention 2 à 3 fois plus élevée que la valeur théorique. Cette réévaluation a ensuite été prise comme hypothèse pour définir les marges de sûreté.

Par la suite, en juin 2009, Le CEA a découvert que la rétention avait été sous-estimée par un facteur 5, et non par un facteur deux ou trois, dans certaines boîtes à gants. Pour l’ASN, « une telle découverte remet en cause la démonstration de sûreté des opérations d’assainissement et de démantèlement. En outre, cette donnée montre que l’exploitant n’avait plus la certitude de pouvoir se conformer à son référentiel de sûreté ».

Malgré tout, l’exploitant a poursuivi l’assainissement au cours de l’été 2009. L’ampleur de la sous-estimation a alors été confirmée (par un facteur 4,8 en moyenne).

A titre d’illustration, le poste 073 a été particulièrement évoqué, car il confirme le dépassement d’une limite de masse du référentiel de démantèlement (4,4 kg) :

  • masse estimée (compte rétention) : 1813,9 g
  • masse récupérée lors de l’été 2009 : 9008,5 g
  • masse récupérée + estimation masse restante : 10508,4 g

Soit une erreur d’un facteur 5,8.

En résumé, après 40 ans d’exploitation et sur la base de son système de comptabilité, l’exploitant pouvait affirmer que le total du Plutonium en rétention dans l’ensemble des boîtes à gants était de 7,5 kg.

Du début 2008 jusqu’à l’été 2009, 22,2 kg de Plutonium seront récupérés dans 43 boîtes à gants et il est estimé qu’il en resterait encore 16,7 kg ce qui donne un total de 38,9 kg là où seulement 7,5 kg étaient attendus.

Pouvait-on prévoir ?

Avec un manque de 31,4 kg de Plutonium dans cette seule installation, on est légitimement en droit de s’interroger sur les bilans de matières fissiles qui sont présentés par les autorités compétentes avec des précisions de quelques dizaines de mg.

Certes l’entrée en phase de démantèlement engagée en 2008 a été déterminante, mais il est particulièrement étonnant d’observer le simple emploi d’une remise à zéro au niveau du logiciel comptable d’écarts d’inventaire qui, chaque année, allaient tous dans un sens positif sans plus s’interroger sur leurs causes possibles. Des signes précurseurs auraient plutonium permettre de déceler une dérive lente (analyse de la courbe des cumuls) mais également des évaluations physiques (suivi du débit des doses au poste, tests de fluence dans les salles de procédés…). Dès lors, il était possible en phase d’exploitation de vérifier expérimentalement cette comptabilité par l’engagement d’un test d’assainissement sur un poste judicieusement choisi.

Par ailleurs, alors que les exploitants nucléaires déploient le plus grand zèle en termes de communication en direction des médias et du public, on reste médusé devant le manque de communication interne. Ainsi, MELOX[1] avait identifié dès 2004 la fragilité du système : « MELOX est désormais passé à un nouveau système de modélisation des rétentions qui permet d’optimiser le nettoyage des zones accessibles, d’évaluer annuellement les zones visibles et d’estimer forfaitairement les zones non visibles et non accessibles. MELOX identifie aujourd’hui 23 kg de matières fissiles en rétention avec cette nouvelle méthode contre 7 kg uniquement avec le système de pesée en entrée et sortie[2]. »

Quels sont les risques en matière de sûreté ?

S’agissant de matières fissiles, le risque principal est ici le risque de criticité[3]. C’est en fonction de celui-ci que les installations sont dimensionnées en termes de sûreté. Ce risque implique d’autant plus de vigilance qu’il n’existe pas de signes précurseurs compte-tenu du fait que sa cinétique est très rapide.

Depuis 1945, il s’est produit une soixantaine d’accidents de criticité dans le monde. Malgré des marges de sécurité jugées importantes, on recense actuellement 22 accidents survenus dans des installations du cycle du combustible conduisant à une dizaine de décès.

Les paramètres importants conditionnant le risque de criticité sont notamment la masse de matières fissiles, la géométrie dans laquelle se présentent ces matières et la présence de modérateur neutronique (eau ou matériaux hydrogénés).

En réponse aux critiques relatives à la dégradation de la sûreté dans ce contexte de sous-estimation forte des quantités de matières fissiles en rétention dans les boîtes à gants, les exploitants (CEA et AREVA, avec l’appui de l’IRSN) n’ont cessé de banaliser le problème en soulignant que les marges de sécurité sont importantes. Pour eux, le référentiel sûreté (établi par le CEA, jugé satisfaisant par l’IRSN et approuvé par l’ASN) est basé sur des scénarios pénalisants (les matières fissiles sont considérées sous une géométrie sphérique…) et, si la « limite d’exploitation » (fixée à 4,4 kg de Plutonium dans ce document) a pu être dépassée dans au moins une boîte à gants, le « seuil de criticité » n’aurait jamais été atteint. Il n’en reste pas moins que le CEA n’a pas respecté « ces propres règles de sécurité », ce qui justifie le niveau INES de 2, imposé par l’ASN.

 Quelles leçons pour la suite ?

Les opérations de démantèlement sont clairement différentes de celles de la phase d’exploitation. Elles se caractérisent par des situations qui ne sont pas toujours pleinement maîtrisées et une part d’inconnu est régulièrement observée. A ce stade, les risques de contaminations radioactives pour les salariés mais aussi pour l’environnement  deviennent une préoccupation majeure.

Ce qui a été découvert à l’ATPu – une sous-estimation importante de matières fissiles et hautement toxiques en rétention dans les installations – sera lourd d’enseignements pour la suite du programme nucléaire car les décennies à venir vont être marquées par ces opérations de démantèlement.

Suite à cet incident, l’ASN a demandé à l’ensemble des exploitants de préciser comment ils géraient ces phénomènes de rétention. Une quinzaine d’Installations Nucléaires de Base sont potentiellement concernées par des phénomènes significatifs de rétention. Le cas de MELOX (évoqué précédemment) en est un exemple. Dans un certain nombre de cas, l’ASN souhaite que les justifications soient complétées. Pour les installations de retraitement du site Hague, la réponse d’Areva est considérée comme incomplète. Des compléments sont demandés : il conviendra que les associations soient très attentives aux réponses apportées par l’exploitant.

L’ACRO sera, donc, particulièrement vigilante sur ces questions pour le site de La Hague avec la perspective du démantèlement d’UP2-400 (INB-33, INB-38 et INB-47) dont l’enquête publique pourrait avoir lieu avant la fin de l’année 2010.

Cette situation n’est pas spécifiquement française. La Belgique a récemment reconnu qu’elle fait face à des problèmes analogues. Un retour d’expérience à l’échelle internationale paraît indispensable et urgent.

Que s’est-il passé au sein du Haut Comité sur la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire?

Le Haut comité a réagi très vite en auditionnant, le 20 novembre 2009, les représentants du CEA, d’AREVA, de l’ASN, de l’IRSN et des représentants du CHS-CT de Cadarache. L’ASN a exposé les raisons qui l’ont conduite à classer l’incident au niveau 2 (le CEA proposait le niveau 1), à suspendre les opérations de démantèlement (remise en cause d’une hypothèse forte de la démonstration de sûreté) et à dresser un procès-verbal pour non respect de l’article 54 de la loi TSN[4] (non déclaration d’incident[5]). Le CEA rétorquant que cela ne relevait, selon lui, que d’une « simple déclaration d’évènement significatif ».

La tournure des débats en fin de séance avait un caractère presque surréaliste et il a étonné plus d’un membre du HCTISN. A tel point que des échanges spontanés ont eu lieu entre des membres associatifs et syndicalistes du Haut comité. Ces discussions informelles ont abouti à la rédaction d’une « déclaration commune de représentants syndicalistes et associatifs » (présentée sous la forme d’une lettre au Président du Haut comité) et que nous reproduisons in extenso ci-après car elle souligne que, au-delà des divergences, le HCTISN peut être un lieu de débats et de confrontations utiles.

Sur la base de ce texte, le débat a rebondi de façon particulièrement vive lors de sa séance du 26 janvier 2010 et il s’est poursuivi au cours de la réunion du 29 avril (la déclaration commune sera annexée au compte-rendu de cette séance avec les réponses des exploitants et de l’IRSN)[6].

– voir la lettre des syndicats et associations soussignés à Monsieur le Président du HCTISN


[1]    Melox : usine du groupe AREVA qui fabrique du combustible Mox.

[2]   Source : réunion du HCTISN du 29 avril 2010.

[3]   criticité : quand une quantité suffisante de matière fissible est concentrée dans un volume donné, une réaction nucléaire en chaîne conduisant à une explosion est possible. Si le seuil critique est dépassé, on parle de criticité.

[4]   Loi sur la transparence et la sûreté nucléaire.

[5]   Au cours de 2 réunions techniques ASN/CEA sur l’ATPu pendant l’été 2009, l’incident n’a pas été mentionné.  Il le sera finalement le 6 octobre 2009.

[6]   Voir site du Haut comité : http://www.hctisn.fr/

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