Préambule
Les résultats présentés par la suite s’inscrivent
dans la continuité de précédentes
évaluations réalisées depuis 1997 à
l’échelle du bassin Seine-Normandie et depuis 1988 dans la
région de la Hague. Le but de ce travail est de renseigner sur
l’état du milieu aquatique naturel par rapport à la
pression qu’exercent l’industrie nucléaire civile et militaire
mais également (et plus largement) les utilisateurs de
radioactivité. Limitée à l’analyse des
radionucléides émetteurs gamma comme le
césium-137, l’évaluation concerne les eaux marines du
littoral normand (entre Cancale et le Tréport), les principaux
cours d’eau qui les alimentent comme la Seine ou l’Orne et enfin les
écosystèmes aquatiques (influencés ou susceptibles
de l’être) dans la région de la Hague, non loin des usines
de retraitement et du centre de stockage de déchets
nucléaires (CSM).
Il est nécessaire de bien
mesurer la portée de ce travail. Il s’agit
avant tout de veille environnementale et non sanitaire. Le travail
n’est pas structuré pour répondre sur le plan de la
santé même si des
éléments d’information peuvent être retirés
pour alimenter une telle
réflexion, notamment à travers l’analyse des mollusques.
Après quoi, ce
suivi n’est pas exercé dans l’absolu, c’est-à-dire avec
pour objectif
d’analyser toutes les contributions possibles et leur
répercussions sur
l’ensemble des compartiments de l’environnement, quelque soit
l’échelle
de temps et d’espace. Des polluents majeurs comme les isotopes du
plutonium ou le carbone-14 ne sont pas recherchés faute de
moyens.
Enfin, on cherche à obtenir une vue générale de la
pression exercée par
les activités humaines et plus particulièrement à
connaître la tendance
des niveaux de la radioactivité : est-on dans une phase
d’augmentation
ou pas ?
La méthodologie choisie s’appuie sur l’expérience du
laboratoire dans
ce domaine, plus d’une quinzaine d’années, et sur les pratiques
usuelles d’organismes d’expertises (comme l’IRSN). Par ailleurs, les
normes existantes (particulièrement celles de la série
M60-780) sont
mises à profit. |
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D’une manière générale, l’approche consiste
à effectuer des prélèvements in situ
d’échantillons (indicateurs) biologiques et inertes pour rendre
compte de la qualité du milieu aquatique ; aucune analyse des
eaux n’est donc réalisée. Les échantillons
collectés subissent traitement et analyse au laboratoire pour in
fine, révéler les radionucléides émettant
un rayonnement gamma, qu’ils aient une origine naturelle ou
artificielle. Mais par la suite, seuls les résultats concernant
la radioactivité artificielle sont présentés.
Les indicateurs de l’environnement utilisés pour réaliser
ce suivi sont de nature différente. En milieu marin, l’algue
brune appartenant à l’espèce Fucus serratus (varech
commun) et le mollusque du genre Patella sp. (bernique ou patelle)
constituent les bioindicateurs systématiquement
prélevés en plus des vases collectées dans les
avants ports. En milieu aquatique terrestre ou dulcicole, ce sont les
mousses aquatiques du genre Fontinalis sp. (mousses des fontaines) qui
sont échantillonnées comme bioindicateurs en plus des
sédiments.
Tous ces indicateurs, réputés de longue date pour ce
genre d’évaluation, facilitent la détection des
radioéléments et offrent l’avantage de couvrir un large
spectre de polluants. Par ailleurs, de longues séries de
résultats et de nombreux éléments de comparaison
sont disponibles dans la littérature.
La fréquence des prélèvements dépend du
lieu et de l’indicateur analysé. Dans les sédiments par
exemple, l’analyse est annuelle en raison du délai de latence
connu. A contrario, les analyses seront semestrielles dans les
végétaux aquatiques comme les algues ou les mousses.
Résultats obtenus pour l’année 2004 dans les cours
d’eau
Dans les environs des installations nucléaires de la Hague,
comme à plus grande distance, c’est avant tout du
césium-137(137Cs) qui est mis en évidence dans les cours
d’eau. Hormis dans la Sainte-Hélène, cours d’eau connu
pour être perturbé par les activités
nucléaires, les concentrations mesurées en
césium-137, de l’ordre de quelques becquerel par kilogramme de
matière sèche (Bq/kg sec) sont comparables et
témoignent des retombées antérieures et
postérieures à l’accident de Tchernobyl, notamment des
essais nucléaires atmosphériques des années 50-60.
La variabilité des concentrations en césium-137 est
essentiellement due à la texture même des sédiments
; la proportion de particules fines et la quantité de
matière organique, facteurs influant, différent d’un lieu
à l’autre.
Dans la région de la Hague, un excès de
radioactivité artificielle est visible mais circonscrit
uniquement à la Sainte-Hélène. Il
transparaît d’abord dans le césium-137, lequel
dépasse les niveaux usuels d’un facteur 10, puis dans la
présence d’autres radioéléments comme le cobalt-60
(60Co) ou le ruthénium-rhodium 106 (106RuRh). On note
également la présence d’iode-129 (129I). Ces polluants
trouvent leur origine principalement dans les rejets gazeux des usines
de retraitement présentes : retombés sur le sol des 300ha
que comptent les usines, ces radioéléments sont ensuite
entraînés avec les eaux de ruissellement dont l’un des
exutoires est le cours d’eau Sainte-Hélène.
En aval de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, là
encore il y a une légère augmentation de la
radioactivité artificielle, circonscrite aux environs
immédiats des réacteurs. Toutefois deux origines doivent
être distinguées. Si le cobalt-58 (58Co) provient des
rejets d’effluents liquides de la centrale, en revanche l’iode-131
(également présent dans d’autres cours d’eau très
éloignés) traduit des contributions d’origine
médicale (diagnostic ou thérapie ambulatoire).
Pour conclure, les niveaux mesurés sont voisins de ceux
relevés lors des semestres précédents sauf dans le
cas de l’iode-131. Ce radioélément artificiel introduit
dans l’environnement principalement par les patients est à
l’origine de situations radiologiques très contrastés
d’un semestre à l’autre. Enfin, on peut signaler que les
concentrations relevées autour des installations
nucléaires de la Hague et de Nogent-sur-Seine ne sont pas les
stigmates d’un incident passé mais la résultante de
rejets en fonctionnement normal.