L’ACRO dans le
paysage nucléaire français
ACROnique du nucléaire n°68, mars 2005
Le
réseau Sortir du nucléaire a publié un texte
intitulé « la désinformation nucléaire
» où il prétend que les timides ouvertures vers la
société civile ont pour : « seul objectif de faire
accepter par les populations le nucléaire et ses risques.
» Il y voit là une menace : « Nous devons
déjouer les pièges tendus par le lobby nucléaire -
en particulier, ne surtout pas collaborer à ses pseudos
concertations - et organiser la résistance citoyenne ».
L’ACRO qui participe à de nombreuses instances de concertation
est directement visée par ce texte qui a reçu de
nombreuses autres critiques. Une deuxième version,
publiée en janvier 2005, met encore en cause l’ACRO, pour sa
participation au programme CORE en Biélorussie sous la rubrique
explicitement intitulée « MANIPULER ET INSTRUMENTALISER
DES ASSOCIATIONS ». Ces attaques étant offensantes,
il nous a paru important de faire une mise au point.
L’ACRO et ses missions
L’ACRO a été fondée dans une région
fortement nucléarisée, en réponse à la
désinformation et à la carence en moyens de
contrôle indépendant et fiable de la radioactivité.
Ces problèmes locaux ont pris une importance nationale suite
à la catastrophe de Tchernobyl qui a fait de tous les
Européens des riverains d’une installation nucléaire. La
volonté de minimiser l’impact sanitaire des rejets dans
l’environnement des installations nucléaires et des
retombées de Tchernobyl apparu comme
délibéré à de nombreux citoyens. Ainsi,
l’ACRO a pour but principal de permettre à chacun de
s’approprier la surveillance de son environnement au moyen d’un
laboratoire d’analyse fiable et performant et de s’immiscer dans un
débat techno scientifique par l’accès à
l’information. En effet, un discours basé sur un état de
conscience, une intuition ou même le simple bon sens ne suffit
pas pour être entendu par les décideurs, qu’ils soient
technocrates ou élus. C’est pour cela que l’association utilise
les mêmes outils scientifiques que la techno-science officielle
pour faire avancer le débat. 18 ans plus tard, l’association est
encore présente, ce qui représente une prouesse
permanente. En effet, il nous est impossible de dire si les finances
permettront à l’ACRO d’exister dans 6 mois. La gestion au jour
le jour occupe une grande part de l’activité des élus de
son conseil d’administration.
Nous avons brisé un monopole d’Etat sur la surveillance de la
radioactivité dans l’environnement. Même si le paysage
nucléaire français a changé, et l’association
aussi, les principes qui régissent nos actions sont toujours les
mêmes. Nous sommes le seul laboratoire d’analyse français
à rendre accessible au public tous ses résultats de
mesure de radioactivité dans l’environnement. Ce qui
caractérise cette démarche par rapport à la
surveillance institutionnelle et réglementaire, c’est notre
travail « avec » la population et non « pour »
elle. Ainsi, l’ACRO effectue une surveillance citoyenne des
installations nucléaires du Nord-Cotentin : c’est la population
locale qui organise et effectue les prélèvements qui sont
analysés dans le laboratoire. Le but est d’arracher aux seuls
experts les questions qui nous concernent pour en faire un enjeu
politique.
L’expertise citoyenne
Pour pouvoir fonctionner, nous faisons, entre autres, appel à
des soutiens financiers publics car un laboratoire incontestable avec
cinq permanents compétents coûte cher, même si
ceux-ci ne sont pas rétribués à leur juste valeur.
Les ressources sont diversifiés afin de maintenir une
indépendance et sont toujours insuffisants. Outre une trentaine
de mairies qui nous subventionnent sans contre-partie, la plupart des
soutiens sont liés à un ou plusieurs contrats
d’étude particuliers où souvent, un co-financement est
exigé. La motivation des bailleurs est variée : certains
élus préfèrent l’ACRO en se disant que les
résultats ne seront pas contestés par la population ;
certaines administrations sont plutôt attirées par le
coût des analyses (comme pour le radon) ; d’autres, comme le
Ministère de l’Ecologie, voient dans notre action une mission de
service public qu’ils veulent soutenir. Ces financements ne sont pas
pérennes et doivent être régulièrement
renégociés. Surtout, ils ne suffisent pas à
couvrir tous les coûts engendrés par l’activité
associative : sans un engagement bénévole important, il y
a longtemps que l’ACRO aurait cessé d’exister. Mais c’est aussi
cette dimension citoyenne qui fait peur aux pouvoirs publics. Le
soutien est donc réduit au strict minimum. Le laboratoire
effectue des analyses pour des particuliers (moins d’une dizaine par
an, hélas), des associations et des études pour des
associations ou des collectivités locales. Ce travail nous
permet de faire fonctionner le laboratoire, d’accroître nos
compétences et surtout d’aller investiguer des zones qui
échappent aux contrôles officiels.
Les compétences du laboratoire sont reconnues officiellement par
un agrément obtenu à la suite d’un essai
inter-laboratoires annuel auquel nous nous soumettons. C’est important,
car, contrairement aux exploitants, l’ACRO n’a pas droit à
l’erreur. C’est surtout par l’expérience accumulée au
long des années que nous pouvons étayer nos arguments et
être entendus car on ne s’improvise pas expert. Ainsi, notre
action se situe dans le long terme, même si la gestion de l’ACRO
se fait souvent au jour le jour. Malheureusement, nos capacités
de mesures sont encore limitées et plusieurs
radio-éléments importants en termes de santé
publique échappent à notre vigilance.
Toutes nos études font l’objet d’un article dans notre revue,
« l’ACROnique du nucléaire » et sont mises en ligne
sur notre site Internet : http://www.acro.eu.org. Nous sommes
intransigeants sur le respect de ces conditions de diffusion, ce qui
nous vaut parfois de perdre des contrats. De plus, nous ne travaillons
pas pour les exploitants nucléaires. L’information, et non la
communication, occupe également une part importante de notre
activité. Nous essayons de rendre accessible tous nos travaux et
de vulgariser les débats techno-scientifiques liés au
nucléaire. L’enjeu est de s’approprier les problèmes, de
ne pas subir les termes dans lesquels ils sont
généralement posés, mais de parvenir à les
formuler plus lisiblement. Néanmoins, nous devons toujours
fonder nos arguments pour dépasser les simples slogans,
même si cela n’est pas médiatique. Ainsi, c’est à
la demande d’associations riveraines de projets d’enfouissement de
déchets nucléaires que nous avons beaucoup
travaillé sur cette thématique. Nous sommes
fréquemment sollicités pour des interventions publiques
par d’autres associations ou collectifs, mais aussi par les pouvoirs
publics. Dans ce dernier cas, il n’est pas toujours facile de savoir, a
priori, si l’invitation sert à donner une apparence
démocratique à un débat ou s’il y a une
réelle volonté d’entendre un son de cloche
différent. D’autant plus que c’est souvent les deux ! Mais dans
tous les cas, il nous apparaît important d’apporter notre point
de vue à une audience qui parfois peut déboucher sur des
prises de décision. Il en est de même pour les articles
écrits dans des revues officielles.
Le réseau national de mesure
La mise en place récente d’un réseau national de mesure
assorti d’une obligation à rendre public ses résultats
d’analyse pour être agréé nous apparaissait comme
un grand pas en faveur de la transparence, si effectivement toutes les
données recueillies sont accessibles, et pas seulement des
valeurs moyennes. Nous avons donc accepté la demande du
Ministère de l’Ecologie de siéger dans la commission qui
délivre les agréments et comptons transmettre nos
résultats à ce réseau.
Malheureusement, cet arrêté imposant la publication des
résultats d’analyse a été attaqué par la
CRII-Rad qui y a renoncé depuis longtemps. Elle a eu gain de
cause et les exploitants ne sont plus soumis qu’à la publication
des résultats d’analyses réglementaires. Outre la
situation étrange où se retrouve la CRII-Rad, en devenant
le seul laboratoire à garder ses résultats d’analyse
confidentiels, le réseau se trouve amputé de toutes les
données faites hors du cadre réglementaire comme à
la suite d’incidents ou accidents. Lors des travaux du Groupe
Radioécologie Nord Cotentin qui a fait une analyse
rétrospective de 30 années de rejets radioactifs dans
l’environnement, il est apparu que les accidents ou incidents
passés représentaient environ la moitié de la dose
moyenne reçue par la population locale et que leur impact
était difficile à évaluer avec les seules
données réglementaires. De même, sans les quelques
données ACRO, il n’aurait pas été possible
d’évaluer la dose liée à l’ingestion de produits
marins péchés à proximité de
l’émissaire de rejet.
La démarche participative
D’une manière plus large, l’ACRO accepte les gestes d’ouverture
des autorités en participant à de nombreuses instances de
concertation. Nous ne sommes pas dupes de la volonté
gouvernementale qui n’arrive pas à sortir des limbes son projet
de loi sur la transparence sur le contrôle des installations
nucléaires. Mais, parfois, des efforts en faveur d’une prise en
compte des questions de la population méritent d’être
soutenus. Bien sûr, ces instances de concertation mises en place
ne sont pas toutes utiles. La Commission de Surveillance du Centre de
Stockage de la Manche, par exemple, ronronne doucement. Il est
quasiment impossible de modifier l’ordre du jour qui consiste
essentiellement à écouter le rapport annuel de l’ANDRA et
de la DRIRE. Heureusement, d’autres CLI fonctionnent mieux : certaines
d’entre-elles commandent des expertises indépendantes et donnent
la parole à tous leurs membres. On peut aussi citer le cas de la
commission Tchernobyl présidée par le Pr. Aurengo dont le
fonctionnement est catastrophique et dont il ne sortira très
probablement rien. En aurait-il été autrement en
l’absence de l’ACRO ? Nous pourrons au moins témoigner de
l’incurie et de l’inanité de cette commission ! En revanche,
nous pensons que notre participation au Groupe Radio-écologie
Nord Cotentin a été très profitable. Outre le fait
que toutes les mesures réglementaires dans l’environnement et
les modèles d’impact sanitaire soient devenus publics, nous y
avons acquis des compétences nouvelles qui nous ont permis de
mettre en évidence la défaillance des contrôles de
Cogéma pour le ruthénium radioactif. Nous avons obtenu
que les modes de vie locaux soient pris en compte dans
l’évaluation, ainsi que les produits les plus contaminés.
Les travaux du GRNC ont conduit à une réévaluation
des autorisations de rejet pour Cogéma qui sont devenues
beaucoup plus précises et contraignantes.
Parce que nous nous battons pour plus de transparence sur l'impact des
activités liées au nucléaire et de
démocratie sur les choix technologiques, nous avons pour
principe d’étudier et souvent d'accepter les ouvertures faites
dans ce sens par les autorités en participant à de
nombreux groupes pluralistes, même si elles nous apparaissent
souvent bien timides et que le fonctionnement des commissions reste
à améliorer. Cette prise en compte du tiers-secteur
scientifique est encore nouvelle en France et nous devons
expérimenter les procédures de consultation mise en place
avant de les rejeter. C'est un travail bénévole difficile
et délicat que nous assumons du mieux que nous pouvons,
même s'il comprend le risque de faire des erreurs ou de voir
notre position mal interprétée.
Notre participation aux instances de concertation nous a valu de
nombreuses attaques : « le lobby nucléaire tenterait
d'associer des associations à la gestion du nucléaire
pour désamorcer la vigilance ou la colère des populations
mises en danger. » Il est vrai que toutes ces structures sont
là pour accompagner des installations nucléaires en place
ou ayant un travail rétrospectif à faire. Comme souvent
pour les activités à risque, la justification même
de l’activité ne peut y être débattue. Penser
que l’on peut y obtenir la remise en question du nucléaire
serait très naïf. Faut-il pour autant ne pas y aller ? La
décision est prise au cas par cas par le conseil
d’administration de l’ACRO et l’expérience montre que nous y
acquérons des informations et compétences qui permettent
de renforcer notre vigilance. Sans notre participation au GRNC (Groupe
radioécologie Nord-Cotentin) nous n’aurions jamais pu montrer
que Cogéma sous-estimait d’un facteur 1000 ses rejets en
ruthénium radioactif.
A contrario, deux exemples récents de concertation concernaient
la justification d’une nouvelle installation. Il s’agit de la «
mission granite » qui avait pour but de trouver un site
d’implantation d’un « laboratoire » souterrain pour
l’enfouissement des déchets nucléaires et le débat
sur l’énergie pour l’EPR. Dans les deux cas, le débat
était biaisé. Pour ce qui est de la mission granite, son
échec était évident car le « débat
» était limité aux seuls sites concernés.
Comment dialoguer sereinement avec comme épée de
Damoclès l’implantation du projet près de chez soi ? Ce
n’est qu’une fois que l’échec de la mission granite était
patent que nous avons accepté de participer à deux
réunions avec comme thème : Non pas le sauvetage de la
mission, mais, quel débat mettre en place pour la gestion des
déchets nucléaires (les principales conclusions sont
reprises dans l’encadré en fin d’article). Il nous paru
important que cet échec ne puisse pas être imputé
à la population souvent qualifiée d’irresponsable par les
pouvoirs publics et à ses prétendues peurs
irrationnelles, mais bien aux initiateurs du débat. A noter
qu’à contrario, le débat sur l’énergie
lancé pour justifier le projet de réacteur EPR, qui est
loin d’être un modèle à suivre, a abouti à
la conclusion : « Qu’il est difficile, […] de se faire une
opinion claire sur son degré de nécessité et
d’urgence. [...] Il a semblé que si le constructeur potentiel de
l’EPR milite pour sa réalisation immédiate, c’est avant
tout pour des raisons économiques et de stratégie
industrielle. »
Les territoires contaminés par Tchernobyl
Récemment, nous avons débuté un projet humanitaire
en Biélorussie, où la situation sanitaire des populations
est désastreuse, dans le cadre d’un programme international
CORE. Notre projet a pour but de mettre en place une surveillance, par
la population, de la contamination et de développer la promotion
d’une culture radiologique pratique. L’action est essentiellement
tournée vers les enfants, les mères de famille et les
femmes enceintes. Il s’agit concrètement de mettre du
matériel de mesure (dosimètres et radiamètres)
à la disposition des citoyens et de pratiquer des mesures
régulières (2 fois par an) de la contamination interne
des enfants scolarisés dans les écoles du district. Le
soutien logistique est assuré par l’institut indépendant
BELRAD dirigé par le Professeur Nesterenko (mise en service ou
rénovation des postes de mesure et formation des
dosimétristes). L’institut assure également les
opérations de mesures anthropogammamétriques avec des
laboratoires ambulants. La particularité de ce projet est de
confier la coordination aux habitants eux-mêmes, via une toute
jeune association locale « Pousse de Vie » qui regroupe des
personnels de santé, des enseignants et de simples citoyens
préoccupés par la situation sanitaire de leur district.
Encore une fois, notre travail ne consiste pas à
travailler « pour » les habitants mais « avec
» eux afin qu’ils puissent poursuivre ce projet en toute
autonomie.
Le programme international CORE regroupe des projets menés sur
quatre des districts les plus contaminés de Biélorussie.
Il ne s’agit en aucun cas de promouvoir la réhabilitation des
territoires contaminés mais de contribuer à
l’amélioration des conditions de vie au travers de projets
impliquant la population elle-même. Il est utile de
préciser que CORE ne possède aucun fonds propre et que
chaque projet doit trouver son propre financement. Pour notre action
dans le district le plus isolé et le plus contaminé de
Biélorussie, le financeur est le ministère des affaires
étrangères suisse, qui mène déjà sur
place des actions humanitaires tournées vers la santé.
Les dépenses concernent essentiellement les achats de
matériel (achats de dosimètres, de postes de mesure pour
doser le césium dans les aliments, achats d’ordinateurs,
salaires des dosimétristes, campagnes de mesure de la
contamination interne des enfants…). A l’exception de nos frais de
mission qui sont pris en charge par les autorités Suisses et le
ministère des affaires étrangères français,
notre participation génère un coût non
négligeable pour l’ACRO avec la mise à disposition d’un
salarié qui prépare et part quatre fois par an en mission
avec un bénévole, ainsi que le coût des analyses
diverses réalisées sur des échantillons
prélevés sur place. Nous avons donc sollicité un
financement européen pour pouvoir continuer cette
activité dans de meilleures conditions et pour diversifier nos
soutiens.
Nos actions en Biélorussie nous valent des critiques virulentes.
Certaines organisations qui officient sur le terrain comme l’ACRO, dans
le cadre du programme CORE, sont accusés de : « Rester
finalement sourdes et aveugles devant la gravité sanitaire
causée par la radioactivité, surtout chez les enfants,
les victimes les plus vulnérables. Ce Programme refuse
d'appliquer un moyen simple et peu coûteux pour protéger
les centaines de milliers d'enfants malades et mourants dans les
territoires contaminés du Belarus […] : distribuer à
grande échelle aux enfants contaminés les adsorbants
prophylactiques à base de pectine préconisés par
le professeur Nesterenko, » Et d’expliquer que « des
mesures, réalisées [sur des enfants qui séjournent
en sanatorium à l’extérieur des territoires] par
l'Institut Belrad du Pr Nesterenko, ont montré qu'avec 3-4 cures
[de pectine] dans l'année, on obtient une diminution de la
charge en Césium-137 au-dessous de la limite que le Pr
Bandajevsky considère comme cause de dommages tissulaires
irréversibles, soit 30 Bq/kg de poids. » Pourtant ce texte
est ambigu car il rendrait la catastrophe presque acceptable puisqu’un
traitement permettrait aux enfants d’être en dessous d’un
prétendu seuil. Malheureusement pour ces enfants, dès que
la cure cesse et qu’ils retournent chez eux, ils se rechargent en
césium au-dessus de cette limite. C’est pourquoi la
prévention qui tend à limiter l’ingestion d’aliments
contaminés est indispensable. De plus, il n’est pas sûr
que la pectine élimine les autres contaminants.
Conclusion
En conclusion, il est important de rappeler que l’ACRO est entre les
mains de ses adhérents par le fonctionnement démocratique
inhérent à toute structure associative avec une voix par
personne. Alors que de nombreuses associations se contentent de
donateurs qui n’ont pas le droit de vote, l’ACRO estime important
d’avoir des adhérents qui exercent un contrôle de ses
activités. L’association s’est donné comme mission
première de tenter de répondre aux préoccupations
de la population ou le plus souvent de ses représentants que
sont les associations ou parfois les élus qui nous sollicitent.
Nos actions peuvent donc apparaître opportunistes du fait de
l’évolution des demandes qui nous sont faites, mais nous y
répondons toujours avec rigueur scientifique et transparence.
Nous sommes sur un chemin qui n’est pas balisé. C’est par la
pratique que nous organisons une démarche originale pour
apprendre à vivre dans une société du risque en
transformant en enjeu politique et citoyen des problèmes
posés en termes uniquement technoscientifiques. L’engagement du
citoyen dans la vie de la société revêt diverses
formes qui peuvent être syndicale, politique, associative. Toutes
ont des atouts et des limites. Une société
démocratique implique la pluralité des opinions et des
actions.
Encadré : Conclusions de la rencontre de la
mission Granite avec quelques associations, une fois son échec
patent
• Le groupe de
travail considère que l’implantation de laboratoires de
qualification est « prématurée dans la mesure
où le processus de recherche scientifique et technique, de
réflexion et de concertation préalable à la
définition d’une politique nationale de gestion des
déchets radioactifs n’est pas terminé »
• « Le statut de laboratoire souterrain est
considéré comme ambigu » dans la mesure où
rien n’indique s’il s’agit d’un laboratoire de recherche ou d’un
laboratoire de qualification dont la vocation est d’être
transformés en site de stockage définitif. Il observe que
: « la loi du 30 décembre 1991 ne comporte aucune
précision concernant le rôle exact de la
collectivité territoriale, des associations locales de riverains
et de la population concernée dans l’éventuel processus
de décision pouvant conduire à qualifier le site de
recherche comme site de stockage. »
• Concernant la question de la concertation, le
groupe de travail note que la loi prévoit une concertation
préalable à l’installation d’un laboratoire souterrain
avec les élus et la population des sites concernés.
Il observe que cette forme de concertation est insuffisante, qu’il est
« nécessaire de mener une concertation avec la population
à l’échelle nationale sur la politique de gestion des
déchets radioactifs dans son ensemble, en resituant celle-ci
dans le contexte de la politique énergétique, ceci
préalablement au réexamen de cette question par le
Parlement en 2006. »
• Le groupe de travail observe que : « la
participation des citoyens au débat démocratique suppose
la construction, la validation et la diffusion d’une base d’information
crédible et d’origine pluraliste concernant les déchets
radioactifs et leur gestion qui puisse être partagée entre
tous les acteurs du débat au plan national et territorial. Il
est donc proposé que soit prise en charge par une instance
nationale crédible une mission de concertation à
l’échelle de la collectivité nationale avec la
population, les élus et les associations sur la politique de
gestion des déchets radioactifs en replaçant celle-ci
dans le contexte de la politique énergétique ».
• Il recommande la création des conditions
d’existence et de pérennité d’une expertise associative
forte et diversifiée qui participe au développement et
à la validation d’une base d’information scientifique et
technique commune entre les acteurs du débat tant au niveau
national qu’au niveau local. Cette pérennité passe par
l’instauration de sources durables de financement locales et nationales
de l’expertise associative qui lui permette de préserver son
indépendance. Il recommande le renforcement du recours à
l’expertise indépendante et contradictoire dans le cadre des
instances locales de concertation et la diversification des pôles
d’expertise par l’ouverture des budgets de recherche engagés
dans la loi de 1991 pour mobiliser les compétences
universitaires et internationales notamment.