L’hydrogène et le carbone sont
deux principaux constituants de la matière vivante.
L’hydrogène et le carbone radioactifs sont donc des
éléments importants à prendre en compte en terme
de santé publique. Ces deux radio-éléments
existent dans la nature, mais sont aussi rejetés par les
installations nucléaires. Les lichens qui sont connus comme
bio-indicateurs pour de nombreux polluants, pourraient être aussi
intéressants pour évaluer l’impact des rejets
atmosphériques car ils ne sont pas en contact avec le sol.
Les sites concernés par cette étude sont l’usine de La
Hague, le centre militaire de Valduc et la centrale nucléaire du
Bugey dans l’Ain. Par ailleurs, des prélèvements ont
été faits en Bourgogne, dans le Morvan et à Vienne
en Autriche, loin de toute installation nucléaire.
Le Tritium
Isotope radioactif de l’hydrogène avec une demi-vie de 12,3 ans,
le tritium est présent dans l’environnement sous forme
d’hydrogène tritié (HT), d’eau tritiée (HTO) ou
liés à des atomes de carbone, on parle alors de tritium
organiquement liés (OBT). Dans ce dernier cas, le tritium n’est
pas facilement échangeable, contrairement aux deux autres cas.
Le tritium est produit dans la haute atmosphère par le
rayonnement cosmique auquel s’ajoutent les retombées des essais
nucléaires atmosphériques. Mais, ce qui domine, ce sont
les rejets des installations nucléaires.
Le carbone 14
Il est aussi créé par les rayonnements cosmiques dans la
haute atmosphère. Avec une demi-vie de 5730 ans, il est connu
pour son utilisation en datation. En Suisse (Site de l’autorité
sanitaire suisse :
www.suer.ch)
et en
Allemagne, il est considéré comme l’élément
entraînant l’exposition principale des populations riveraines des
centrales nucléaires. On le retrouve aussi dans les rejets de
l’usine de retraitement de La Hague.
Le tritium et le carbone 14 sont tous les deux des émetteurs
bêta purs, ce qui signifie que leur détection
nécessite un protocole complexe. Les mesures ont
été faites en Autriche et en Allemagne.
Résultats
Pour le carbone 14, les résultats sont
généralement donnés en comparaison avec la teneur
habituelle en carbone 14 naturel afin de pouvoir détecter une
pollution éventuelle. Quant au tritium, seule la partie
organiquement liée est mesurée ici. Les résultats
peuvent être exprimés par rapport à la masse de
matière sèche, comme on le fait
généralement pour les autres éléments ou en
becquerel par litre d’eau issue de la combustion. Dans ce cas, on est
plus près des méthodes d’analyses. A noter que la
concentration en tritium naturel dans les eaux n’est que de quelques
becquerels par litre.
Les résultats des analyses sont présentés dans le
document complet.
Commentaires
Aux abords de la centrale du Bugey, la contamination en tritium est
légèrement supérieure au bruit de fond naturel. A
La Hague, elle peut atteindre 5 à 8 fois ce bruit de fond. Mais
c’est à Valduc que les concentrations sont les plus
élevées. Cela s’explique par les activités
militaires qui provoquent d’importants rejets en tritium. Mais les
concentrations obtenues ne peuvent être dues uniquement aux
rejets récents. Les lichens ont intégrés du
tritium beaucoup plus ancien correspondant à des rejets
historiques qui ont dû être très importants. En
effet, la période biologique d’élimination du tritium
dans les lichens est de l’ordre d’un an. Ce résultat a
été obtenu en transplantant des lichens de Valduc vers
une zone a priori non influencée par des rejets tritiés.
Cela signifie que les concentrations en tritium dans les autres
végétaux ont dû être aussi très
élevées par le passé. Pour ce qui est du carbone
14 trouvé dans les lichens à La Hague, les niveaux
obtenus correspondent à ceux généralement
mesurés dans les autres végétaux.
Conclusion
Cette étude montre l’intérêt des lichens comme
bio-indicateur de la contamination atmosphérique en tritium et
carbone 14. Comparés à la plupart des autre
végétaux, ils présentent plusieurs avantages : une
activité continue presque tout au long de l’année et un
métabolisme lent permettant une intégration à long
terme. De plus, si les lichens sont soigneusement choisis, ils ne sont
pas concernés par un éventuel transfert sol-lichen.