OBJECTIF
Mis en place par l’ACRO, l’Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement permet d’appréhender les niveaux et les tendances de la radioactivité présente dans l’environnement ; qu’elle soit d’origine naturelle ou artificielle (produite par l’homme). La particularité de l’Observatoire, et qui fait également sa force, est d’associer étroitement tous ceux qui souhaitent s’approprier la connaissance des niveaux de la radioactivité « autour de chez eux ». Avec OCRE, le citoyen est à la fois auteur et acteur de la surveillance de son environnement comme de son information. Une approche défendue par l’ACRO depuis sa création et qui ne semble pas avoir d’équivalent ailleurs.

Ce projet s’inscrit dans la continuité du précédent réseau (RIVIERE 2004-2008) et d’études antérieures (1999-2003), qui permettent de bénéficier d’un retour d’expérience de près de 15 ans.

Il a un quadruple objectif :

– connaître les niveaux et les tendances de la radioactivité (émetteurs gamma et tritium dans l’eau) présente dans les écosystèmes aquatiques, et ainsi alimenter une base de données regroupant plus de 3000 analyses (gamma et tritium confondus) ;

– permettre aux citoyens qui s’investissent de s’approprier la connaissance et les références indispensables pour appréhender la radioactivité de leur environnement ;

– constituer un support à l’information du public sur la radioactivité dans l’environnement ;

– mettre les données à disposition du réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement, réseau institué par décret, en charge de procéder à l’évaluation de l’exposition du public.


DÉMARCHE
L’action conduite ne s’intéresse pas seulement aux répercussions sur l’environnement des rejets (accidentels ou autorisés) des installations nucléaires, elle intègre également la problématique de la radioactivité naturelle et celle de l’emploi des sources non scellées (laboratoires de recherche, secteur médical ou industriel…).

La démarche de travail adoptée s’appuie notamment sur l’expérience du laboratoire dans ce domaine depuis une dizaine d’années, mais aussi sur les normes en vigueur et sur les pratiques usuelles d’organismes habilités pour de la constitution de bilans radioécologiques de référence autour des installations nucléaires.


ZONE D’ÉTUDE

Dans le cadre de la surveillance régulière, l’Observatoire couvre les 600 km du littoral normand (de la baie du Mont St-Michel à Dieppe), ainsi que les principaux cours d’eau du bassin Seine-Normandie (de Nogent-sur-Seine à la Hague). En parallèle, des investigations sont menées lorsqu’une problématique citoyenne est soulevée, comme ce fut le cas dans d’autres régions telles que la Touraine, la Bretagne (site de Brennilis) ou encore certains sites miniers de la Creuse.

La Normandie constitue le cœur de la surveillance étant donné la concentration des installations nucléaires* et, le nombre d’informations déjà collectées au fil des ans en raison de l’implantation géographique de l’ACRO. Les différents objets de suivi des niveaux de radioactivité sont les rivières normandes le long desquelles sont implantées des agglomérations de taille importante, les cours d’eau (et points d’eau) influencés (ou influençables) par les rejets d’installations nucléaires, ainsi que les eaux marines le long des côtes (entre Granville et Dieppe) et, qui constituent l’exutoire des eaux continentales.

La pointe de la Hague bénéficie d’une surveillance accrue, à la fois en milieu marin et dulcicole, du fait de la proximité des usines de retraitement des combustibles usés (Areva NC), principale source en terme d’émission de radionucléides dans le milieu naturel local (mer et atmosphère).

Même si les écosystèmes aquatiques sont principalement concernés par cette surveillance, en raison du rôle très important joué par l’eau dans le transport et la dispersion de la plupart des formes de pollution, dont les radionucléides, le domaine terrestre peut également faire l’objet d’investigations.

L’intérêt principal d’avoir une large couverture géographique répond à une volonté d’obtenir une information globale, toutes contributions confondues (dans la limite des radionucléides recherchés) y compris dans les lieux qui ne font pas (ou peu) l’objet de contrôles officiels en raison de leur éloignement de sites nucléaires.

(*) Usine de retraitement des combustibles irradiés AREVA, Centre de stockage de déchets radioactifs CSM-ANDRA, Arsenal militaire de Cherbourg et centrales nucléaires de Flamanville (50), Paluel et Penly (76).


OBJET D’ANALYSE
Pour rendre compte du niveau de contamination des écosystèmes (aquatiques et terrestres), différents outils sont retenus pour la recherche des radionucléides émetteurs gamma : il s’agit d’espèces biologiques et de sédiments (appelés « indicateurs ») qui ont la capacité de concentrer efficacement les différents polluants. Chaque indicateur ayant des affinités avec des éléments radioactifs particuliers, il convient de varier la nature des prélèvements afin de mettre en évidence la plupart des éléments présents dans le milieu.

Pour la mesure des radionucléides émetteurs gamma en milieu marin, les indicateurs sélectionnés sont au nombre de trois : les algues brunes de l’espèce Fucus serratus, les mollusques du genre Patella sp. et les sédiments marins (vases ou sables) collectés dans les avant-ports et sur les plages. Concernant les deux espèces biologiques, il s’agit d’indicateurs reconnus et dont la répartition géographique est suffisamment large pour permettre une comparaison entre les différentes stations de prélèvements. Néanmoins, tous ces indicateurs ne sont pas systématiquement prélevés en chacun des endroits retenus car tous les sites n’offrent pas les mêmes potentialités. Ainsi, d’autres bioindicateurs, comme les moules (Mytilus edulis) ou les huîtres (Crassostrea gigas), pourront être prélevés en complément en fonction de leur disponibilité.

En milieu terrestre, ce sont l’herbe et les sols qui font l’objet de prélèvements pour la recherche des radionucléides émetteurs gamma.

Dans le cas du suivi des niveaux en tritium (HTO) seules les eaux sont analysées, du fait de la physico-chimie de cet élément et des moyens disponibles au laboratoire.

En dehors de ces deux champs d’analyse réguliers (gamma et tritium dans l’eau), des analyses ponctuelles peuvent être sous-traitées en fonction des besoins (ex : carbone-14, tritium organiquement lié).


FRÉQUENCE
La fréquence d’échantillonnage est fixée en fonction de la variabilité attendue des niveaux, laquelle découle principalement de l’expérience. Pour le suivi du milieu dulcicole de la Hague, des fréquences différentes sont retenues en fonction des sites et des indicateurs, variant du mois pour certaines eaux, au semestre pour certains sédiments. Pour l’ensemble des autres sites, le suivi s’articule autour de deux campagnes de prélèvements marins sur l’année, l’une au printemps/été, l’autre en automne/hiver, lesquelles correspondent aux périodes des grandes marées d’équinoxe. Ces grandes marées permettent d’accéder aux espèces indicatrices immergées la plupart du temps.


L’OBSERVATOIRE CITOYEN EN PRATIQUE
Une participation active à la surveillance de l’environnement

Basé sur la vigilance citoyenne, l’Observatoire Citoyen de la Radioactivité permet à toute personne de s’impliquer dans une démarche active de la surveillance de l’environnement et de devenir un préleveur volontaire. Accompagnés par des membres de l’équipe du laboratoire ou par des bénévoles formés de longue date, les préleveurs volontaires effectuent chaque mois une ou plusieurs campagne de prélèvement.

La participation à ces actions de terrain permet de découvrir les aspects techniques relatifs aux prélèvements : le choix des sites, le choix des échantillons, les modes de prélèvements, la connaissance du lieu, etc…

Les rencontres sur le terrain, autour d’un casse-croûte, sont aussi l’occasion de moments conviviaux d’échange et d’information, sur le domaine scientifique parfois complexe.


POURQUOI SURVEILLER LES MILIEUX AQUATIQUES?
Les écosystèmes sont à la fois une ressource vivante et sensible (faune, flore) et le siège de nombreuses activités humaines (captage d’eau, arrosage, pêche, loisirs, etc.). Quotidiennement, toutes ces sortes d’effluents toxiques sont abondamment déversés en mer et dans de nombreuses rivières, considérant bien souvent que leur dilution dans l’eau permet leur élimination. Ainsi, la plupart des installations nucléaires rejettent des effluents radioactifs (selon des autorisations) dans le cadre de leur fonctionnement normal, à la fois sous forme liquide (en mer) et sous forme gazeuse (par les cheminées).

Ces rejets sont à l’origine de certaines contaminations de plusieurs compartiments de l’environnement et notamment de ses êtres vivants. Par exemple, tous les sites côtiers normands sont marqués par un ou plusieurs radionucléides provenant d’installations nucléaires ; de même, le tritium « stocké » dans le centre de stockage de la Manche pollue les nappes phréatiques et les cours d’eau du plateau de la Hague.

QUELLES CONSÉQUENCES SUR L’ENVIRONNEMENT?
La présence de nombreuses installations nucléaires en Normandie motive une surveillance plus poussée à proximité de ces sites. L’ACRO y exerce une expertise citoyenne et indépendante, en parallèle de contrôle de l’État et des exploitants. Cette surveillance s’étend également à des lieux plus éloignés, car les accidents de Tchernobyl et de Fukushima et leurs retombées nous rappellent que nous sommes tous voisins d’une installation nucléaire.


L’OBSERVATOIRE, UN OUTIL PERFORMANT ET RÉACTIF

La participation régulière aux campagnes de prélèvements, a également pour objectif de sensibiliser les préleveurs à la question de l’accident nucléaire. De fait, cela permet de disposer de préleveurs formés et réactifs capables d’effectuer un prélèvement dans le milieu naturel (et a priori dans un environnement qu’ils connaissent puisque proche de chez eux) afin de lever le doute sur une possible contamination de l’environnement dès lors qu’un accident sur une installation nucléaire est porté à la connaissance du public.

Ainsi, en mars 2011, après la catastrophe du Fukushima, la prise de conscience très rapide des citoyens français ne souhaitant pas voir se répéter le scénario de désinformation autour de Tchernobyl en 1986, a permis de mettre l’Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement au service de tous et très rapidement.

Dès l’arrivée des premières particules radioactives au-dessus du continent européen, l’ACRO, en partenariat avec Greenpeace, a mis en place son outil de surveillance, et organisé plusieurs campagnes de prélèvements d’herbe partout en France, durant tout le temps où des retombées radioactives ont été constatées.

Ainsi, ce sont 40 échantillons (herbe et lait) qui ont été analysés entre mars et novembre 2011, afin de contrôler et d’informer sur les niveaux des éléments radioactifs déposés au sol.

voir les résultats d’analyses ACRO en France


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