| [1]
A l’origine, l’un des actionnaires de l’usine d’enrichissement Eurodif
de Marcoule était l’Iran du Chah, ce qui n’a pas
été
sans poser de problème quand le pays est passé sous la
coupe
des Ayatollahs. Le contentieux entre les deux pays a duré de
nombreuses
années et serait à l’origine d’enlèvements de
Français
au Liban et de la vague d’attentats à Paris dans les
années
1985-1986. Il est difficile de croire que seul un problème
financier
ait bloqué la résolution du conflit, il est fort probable
que la France s’était engagée à fournir de
l’uranium
suffisamment enrichi pour avoir un intérêt militaire. Elle
aurait finalement cédé… Sur cette affaire, voir Dominique
Lorentz, Une guerre, mai 1997, et Affaires atomiques, février
2001,
édition des Arènes.
[2] " Tokaïmura : un grave accident qui devait arriver ", l’ACROnique du nucléaire n°47, décembre 1999. (ici) [3] X. Coeytaux,
" Recyclage
des matières nucléaires, mythes et réalités
", WISE-Paris,
avril
[4] OMS, Aide-Mémoire N° 257, janvier 2001. [5] Ibidem
[6] B. et R.
Belbéoch,
janvier 2001. (ici)
Une revue de presse est aussi disponible ici.
[7] Ces chiffres ont été calculés à partir des coefficients de dose pour l’adulte de l’uranium 238 (4,5E-8 Sv/Bq pour l’ingestion et 8E-6Sv/Bq pour l’inhalation) donnés par la directive européenne EURATOM 96/29 publiée au JOCE N° L159 du 29 juin 1996. Pour l’inhalation, ce coefficient dépend de la propention de l’uranium à être éliminé et donc de sa forme chimique. Nous avons retenu ici le coefficient qui correspond aux formes oxydées des poussières produites par les armes. C’est aussi le coefficient le plus pessimiste. [8] OMS, Aide-Mémoire N° 257, janvier 2001. [9] ATSDR 1997: US agency for toxic substances and disease registry, toxicological profile for uranium draft for public comment, p350, septembre 1997 [10] Zamora ML Tracy, BL Zieltnski, JM Meyerhof, DP Moss MA Chronic ingestion of uranium in drinking water toxicological sciences, 43, n°1, p68/77, mai 1998. [11] Stokinger et al 1 953 in Jacob 1 997 Umweltbundesamt texte 43/97 Berlin lO-Henge -Napoli MH, Ansburlo E, Chazel V et al: Interaction uranium-cellule cible, exemple de la transformation de particules d'U04 dans le macrophage alvéolaire - Radioprotection, 32, n°5, p625/636 1997 [12] Dr. A.
Behar, Association
des Médecins Français pour la Prévention de la
Guerre
Nucléaire, extrait de Médecine et Guerre nucléaire
volume 4 n° 4 (1999) (article)
|
L’uranium naturel est l’élément chimique le
plus lourd
que l’on trouve dans la nature ; il est constitué de trois
isotopes
radioactifs, l’uranium 234, l’uranium 235 et l’uranium 238 dans les
proportions
suivantes : 0,0055%, 0,720% et 99,2745%. L’uranium 235 est le plus
fissible
et présente donc un intérêt
énergétique
et militaire. La plupart des réacteurs nucléaires
utilisent
de l’uranium dit enrichi car il a une proportion d’uranium 235 plus
forte
que dans l’uranium naturel. Elle est de 3,5% actuellement en France et
pourrait monter jusqu’à 5% dans l’avenir. Pour faire une bombe,
il faut monter à un taux d’enrichissement supérieur
à
90%. Les résidus de ce processus industriel, qui contiennent
très
peu d’uranium 235 (0,3% en moyenne) sont appelés uranium
appauvri.
C’est donc un sous-produit de l’industrie nucléaire disponible
en
très grande quantité et bon marché.
L’enrichissement est un processus complexe car tous les isotopes de l’uranium ont les mêmes propriétés chimiques : seule leur masse diffère légèrement. En France, c’est par diffusion gazeuse que se fait le tri à l’usine Eurodif de Marcoule [1] - opération très coûteuse en énergie, puisque sa consommation en électricité représente l’équivalent de la production de trois réacteurs nucléaires. L’usine alimente une centaine de réacteurs, dont environ la moitié pour l’exportation. L’uranium appauvri issu de la fabrication de ce combustible étranger reste en France. Pour mille deux cent tonnes (métal lourd) de combustible enrichi consommé par an en France, on fabrique près de 8000 tonnes d'uranium appauvri. D'où des stocks importants : plus de 210.000 tonnes en France et dix fois plus aux Etats-Unis pour la filière civile sont classées comme stocks stratégiques et non comme déchets. La conversion chimique de l’uranium après l’enrichissement n’est pas sans danger et a conduit à Tokaï-mura au Japon, en 1999, à un grave accident [2]. L’uranium appauvri qui sort de l’usine d’enrichissement n’est que très partiellement utilisé par l’industrie nucléaire, qui le mélange à du plutonium pour faire du combustible Mox. Pour le reste, les débouchés étant rares, c’est un résidu bien encombrant. Une autre source de résidu d’uranium provient du retraitement des combustibles irradiés. Dans un réacteur nucléaire, une partie de l’uranium 235 fissionne, il libère de l’énergie et donne alors naissance à de nouveaux éléments chimiques de masse moindre appelés produits de fission. Une faible partie absorbe un neutron pour donner de l’uranium 236. L’uranium 238 fissionne plus difficilement et donne plutôt de l’uranium 239 quand il est heurté par un neutron. Ce dernier se désintègre rapidement par rayonnements bêta en neptunium 239, puis en plutonium 239. Les isotopes plus lourds de l’uranium subissent un processus similaire. La séparation de l’uranium du combustible irradié dans les usines de retraitement n’est pas parfaite et il reste des traces de nombreux autres éléments radioactifs présents dans le combustible, dont du plutonium. Bien que plus riche que l’uranium naturel, l’uranium de retraitement est refusé par l’usine Eurodif en vue d’un ré-enrichissement car trop radioactif. En France, une petite partie de la production de l’usine Cogéma de La Hague est envoyée en Russie pour fabriquer des combustibles très spéciaux destinés à des réacteurs de recherche. Sur 24.000 tonnes d’uranium de retraitement produites (dont 17.000 pour le compte de la France), moins de 10% ont été " recyclées " [3]. Le reste est un résidu plus toxique que l’uranium appauvri, mais la distinction entre les deux n’est pas toujours faite. Selon la loi française, l’uranium de retraitement issu des combustibles étrangers ne doit pas être stocké en France au-delà des contraintes techniques, mais à notre connaissance aucun renvoi n’a eu lieu. A Bessine dans le Limousin, la COGEMA a été autorisée à stocker 199 900 tonnes d’oxyde d’uranium appauvri ; la présence d’uranium 236 laisse penser que de l’uranium de retraitement y est aussi stocké. La double toxicité de l’uranium Les différents isotopes de l’uranium présents
dans ces
résidus de l’industrie nucléaire sont tous des
émetteurs
alpha avec des périodes très longues, données dans
le tableau ci-dessous ; ils donnent du thorium qui est lui même
radioactif…
La chaîne de désintégration de l’uranium 238, le
plus
abondant, est donnée ci-contre.
Lors de l’extraction du minerai, l’uranium est séparé de
ses descendants, tous présents dans la nature. C’est surtout en
cas de contamination que l’uranium est dangereux. Le rayonnement alpha
peut être arrêté par une feuille de papier, il est
donc
facile de s’en protéger. Par contre, lors d’une contamination
(ingestion
ou inhalation) les tissus humains sont très affectés par
l’importante énergie rayonnée. C’est aussi, comme tous
les
métaux lourds, un toxique chimique.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), " les effets de l’uranium appauvri sur la santé sont complexes car ils sont liés à la forme chimique du composé qui pénètre dans l’organisme. Les effets peuvent être chimiques et/ou radiologiques. On ne dispose que d’informations limitées sur les effets sanitaires et environnementaux de l’uranium sur la santé et l’environnement. […] En ce qui concerne les effets radiologiques de l’uranium appauvri, le tableau se complique puisque la plupart des données connues concernent les effets sur la santé de l’uranium naturel ou enrichi. Les effets sur la santé dépendent des modalités (ingestion, inhalation, contact ou lésions) et du niveau d’exposition, ainsi que des caractéristiques de l’uranium appauvri (taille et solubilité des particules)." [4] " L’organisme humain contient en moyenne 90 mg d’uranium provenant de l’absorption naturelle d’aliments, d’air et d’eau. On en trouve environ 66 % dans le squelette, 16 % dans le foie, 8 % dans les reins et 10 % dans les autres tissus."[5] Afin de rassurer la population, il est souvent affirmé que l’uranium appauvri est environ 40% moins radioactif que l’uranium naturel que l’on trouve partout dans l’environnement. En effet, la période de l’uranium 238 étant beaucoup plus longue que celle de l’uranium 235, il se désintègre moins vite et est donc moins radioactif, mais dans la nature, on ne trouve pas de l’uranium pur. Le minerai extrait des mines françaises ne contient que 0,5% d’uranium et celui des mines canadiennes, les plus riches, entre 4 et 8%. Quant à l’écorse terrestre, elle contient en moyenne 3g d’uranium par tonne. L’uranium appauvri est donc beaucoup plus radioactif que notre environnement. Et l’uranium de retraitement, du fait de la présence d’impuretés radioactives, est encore plus radiotoxique. L’activité massique de l’uranium 238 pur peut être aisément calculée à partir de sa période : 12.400.000 Bq/kg. Mais le thorium 234 obtenu se désintègre rapidement (24 jours de période) en protactinium 234 puis en uranium 234 (1,2 minute de période) par émissions bêta successives. L’uranium 234 a ensuite une période radioactive très longue, on peut donc estimer dans un premier temps que la chaîne s’arrête là. En fait, pour calculer l’activité de l’uranium appauvri, c’est à dire le nombre de désintégrations par seconde, il faut aussi tenir compte de ces deux descendants, ce qui donne une activité environ trois fois supérieure : 37.300.000 Bq/kg. En ajoutant la contribution des autres éléments présents, on arrive à 39.000.000 Bq/kg pour l’uranium appauvri. Pour calculer la radioactivité du site de Bessine, la Cogéma ne tient compte que de l’uranium et ignore ses descendants, évitant ainsi que le site soit classé en Installation Nucléaire de Base (INB) dont la législation est plus stricte. Ce mode de calcul a reçu la bénédiction du conseil d’Etat, malgré l’avis défavorable de la commission d’enquête publique...[6] L’ingestion d’un gramme d’uranium 238 conduit à une dose de 0,57 mSv et l’inhalation à 99 mSv [7]. Pour le plutonium dont on trouve des traces dans l’uranium de retraitement, ces doses sont de un à trois million de fois plus élevées. L’ingestion de1,8 g d’uranium 238 par an ou l’inhalation de 0,01 g/an conduit à la limite annuelle pour la population qui est de 1 mSv par an. Dans la pratique, il faut aussi tenir compte d’autres voies d’exposition à la radioactivité du fait qu’il peut y avoir à la fois ingestion et inhalation. Ces chiffres sont donc des limites supérieures à ne pas atteindre. Pour ce qui est de la toxicité chimique, l’OMS explique que " l’uranium entraîne des lésions rénales chez l’animal de laboratoire et certaines études font apparaître qu’une exposition à long terme pourrait avoir des conséquences sur la fonction rénale chez l’être humain. Les lésions observées sont les suivantes : modifications nodulaires de la surface des reins, lésions de l’épithélium tubulaire et augmentation de la glycémie et de la protéinurie."[8] "Par ingestion orale : Le niveau de risque minimum est lié à cette ingestion par voie orale et pour une introduction de 1 µg d'uranium par kilo de poids et par jour. Autrement dit, pour un individu pesant 70 kg, le risque minimal chronique correspond à une dose de 26 mg par an (ATSDR 1977)[9]. Zamora 1998 [10] a présenté une étude sur les effets chimiques induits par une ingestion chronique d'uranium appauvri dans l'eau de boisson. Ce groupe humain a bu de l'eau contenant de l'uranium appauvri à la dose de 2 à 781 µg/litre (ce qui correspond à une dose comprise entre 0.004 et 9 µg/kg de poids et par jour ). Sa conclusion est: "ces investigations sont en faveur, à condition qu'il s'agisse d'une période chronique importante d'ingestion d'uranium, d'une interférence sur la jonction rénale". Par inhalation : Stokinger et al en 1953 [11] ont
étudié
les inhalations chroniques d'uranium appauvri sur des chiens. Cela a
montré
qu'une concentration d'uranium de 0.15 mg/m3 dans l'air ne produit pas
d'effet observable. C'est à partir de cette
expérimentation
que l'on a déduit ce que l'on appelle le risque minimal par
inhalation
chez les humains et qui a été estimé à 1
µg/m3
et à partir duquel on a fait dériver dans un premier
temps
toutes les valeurs minimales acceptables en ce qui concerne ce
radiotoxique."[12]
|
Renseignements techniques sur d'autres sites :