En ratifiant en 2002 la convention
d’Aarhus, la France s’est engagée à garantir la
« participation du public au
processus décisionnel » en matière
d'environnement. Avec la loi du 13 juin 2006 relative à la
transparence et à la sécurité en matière
nucléaire, les autorités ont prétendu avoir
tourné définitivement la page de la mauvaise gestion des
conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire
national. Et pour montrer que nous étions vraiment entrés
dans une nouvelle ère démocratique, deux débats
nationaux furent organisés en France en 2005-2006 sous
l’égide de la Commission Nationale de Débat Public (CNDP)
sur la gestion des déchets radioactifs et la construction d’un
réacteur EPR
«
tête de série ». Le débat sur les
déchets fut très riche car la Commission a élargi
les questions mises en jeu : initié pour les seuls
déchets de haute et moyenne activité à vie longue,
il a pris en compte tous les déchets et toutes les
matières radioactives dites valorisables. Des solutions
nouvelles ont été proposées comme alternative
à l’enfouissement des déchets, à savoir
l’entreposage pérennisé qui consiste à transmettre
générations après générations les
moyens de surveillance de ces déchets les plus toxiques.
Malheureusement, la loi de
programme du 28 juin 2006 relative à la
gestion durable des matières et des déchets radioactifs
n’a pas retenu
cette option et a consacré comme « solutions de
référence »
les choix précédents de gestion, que sont le retraitement
et
l’enfouissement. Les seuls progrès concernent les mesures
d’accompagnement de la gestion des déchets : un plan national de
gestion des matières et des déchets radioactifs est mis
en place et les
compétences de la Commission Nationale d’Évaluation sont
étendues.
Les décrets et les textes d’application qui ont suivi sont
encore plus
éloignés des souhaits de la population. Ainsi le
gouvernement qui a
créé un Ministère de l’Identité Nationale
pour faire de la chasse aux
étrangers une de ses priorités accepte officiellement le
stockage en
France de matières radioactives dites valorisables d'origine
étrangère,
même si elles ne sont pas valorisées… On est encore loin
de la
Convention d’Aarhus qui stipule que «
chaque Partie veille à ce que, au moment de prendre la
décision, les
résultats de la procédure de participation du public
soient dûment pris
en considération. » |
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En ce qui concerne l’EPR, les
autorités ont pris moins de risque puisque la décision de
construire le réacteur était prise par la loi sur
l’énergie du 13 juillet 2005, bien avant le lancement du
débat, ignorant encore la Convention d’Aarhus qui garantit que
« chaque Partie prend des
dispositions pour que la participation du public commence au
début de la procédure, c'est-à-dire lorsque toutes
les options et solutions sont encore possibles et que le public peut
exercer une réelle influence. » Qu’a apporté
le débat ? Une garantie d’EDF de favoriser une expertise
pluraliste de la sûreté du réacteur qui s’est
traduite par la signature d’une convention en grandes pompes entre EDF,
la Commission Locale d’Information de Flamanville (CLIF) et
l’Association Nationale des Commissions Locales d’Information (ANCLI),
mais qui est restée lettre morte : Un bien maigre
résultat pour une procédure de consultation lourde et
ambitieuse. Alors que pour la première fois dans l’histoire du
nucléaire français le chantier de construction d’un
réacteur nucléaire est arrêté par
l’autorité de sûreté pour anomalies
répétées, aucun avis tiers basé sur une
expertise ouverte et pluraliste n’est disponible. Là
encore, le débat n’a concerné que les mesures
d’accompagnement, pas le fond du problème. On pourrait aussi
citer le cas d’ITER pour lequel le débat n’a eu lieu qu’une fois
les conventions internationales signées.
Le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du
Développement durable et de l’Aménagement du Territoire,
vient de charger l’ANDRA de rechercher un site d’accueil pour les
déchets faiblement radioactifs à vie longue en
précisant que la procédure doit être conduite de
manière
« exemplaire et
transparente, […] dans le respect de la démocratie locale ».
Une précision qui a une valeur d’aveu quant au passé sans
être rassurante pour l’avenir. Sans surprise, l’enfouissement
à faible profondeur dans une couche argileuse est
déjà décidé et seules les mesures
d’accompagnement seront débattues. Si vous avez un avis sur la
couleur des volets des bâtiments ou la taille du portail,
n’hésitez pas à le faire savoir à l’ANDRA, elle
est preneuse.
Quant à l’annonce par le Président de la
République de la construction d’un deuxième
réacteur EPR, elle ne s’encombre, comme à son habitude,
d’aucun artifice démocratique et s’apparente une fois de plus au
fait du prince. La loi du 13 juillet 2005, signée par le
Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de
l'Aménagement du Territoire, Nicolas Sarkozy est pourtant claire
: les deux premières priorités de l’Etat sont :
maîtriser la demande d'énergie et diversifier les sources
d'approvisionnement énergétique. Pour ce deuxième
point, l’article 4 de la loi précise que « L'Etat se fixe
donc trois priorités. La première est de maintenir
l'option nucléaire ouverte à l'horizon 2020 en disposant,
vers 2015, d'un réacteur nucléaire de nouvelle
génération opérationnel permettant d'opter pour le
remplacement de l'actuelle génération. La deuxième
priorité en matière de diversification
énergétique dans le secteur électrique est
d'assurer le développement des énergies renouvelables.
» C’est dans le même esprit qu’EDF justifiait la
nécessité de l’EPR actuellement en construction sur des
arguments industriels, et non énergétiques. Il y a
à peine 6 mois, le PDG d’EDF expliquait encore qu’
« il n'y a pas de place pour du
nucléaire supplémentaire avant 2020 »*.
A peine l’annonce présidentielle faite, EDF s’est
déclarée candidate à la construction de ce
deuxième réacteur de 3ième
génération… Comment la compagnie peut-elle paraître
crédible ? Est-ce un coup de marketing pour compenser les
déboires de l'EPR en France et en Finlande?
*
Challenges, 6 décembre
2007, repris dans l’éditorial de l’ACROnique du nucléaire
n°80 de mars 2008