Des nouvelles de la commission Tchernobyl

Article paru dans l’ACROnique du nucléaire 61 de juin 2003


Ce groupe de travail a été constitué à la demande du Ministre de l’Environnement et du Ministre de la santé du précédent gouvernement et confirmé par le gouvernement actuel. « Sa mission est d’établir une cartographie de la contamination du territoire français suite à l’accident de Tchernobyl, d’étudier la modélisation de la contamination du territoire en 1986 et d’essayer d’en déduire les doses et les risques correspondants avec une appréciation sur les incertitudes de cette étude ». Après des discussions et un vote du Conseil d’Administration (CA), l’ACRO a finalement décidé de répondre favorablement à la demande du professeur Aurengo de participer à ce groupe de travail.Le débat au sein de l’association, long de près d’un an, a été riche. Inspiré par les enseignements tirés de notre participation au Groupe Radioécologique Nord Cotentin, les positions étaient diverses. Pour finir une majorité en faveur d’une participation s’est dégagée : l’Acro étant née à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, un refus paraissait aberrant. Même si nous avions été choqués par l’exploitation médiatique faite autour des conclusions du GRNC, nous ne voulions pas faire de procès d’intention à cette nouvelle commission et voulions croire à sa « bonne foi ». Sans se faire trop d’illusions, il ne faut pas pécher par naïveté devant les intentions de nos dirigeants. Participer permet, également, de rester en contact avec les sources d’information et de la retransmettre. Par ailleurs, les conditions de la présence de l’Acro ont été clairement posées en CA : prudence quant à la nature et au sérieux du travail demandé, départ immédiat si le rapport aux ministres devait être établi dans les six mois. Toutes les réserves exprimées en CA ont été relayées lors de la première réunion de la commission, de fait, il a été clairement stipulé dans le premier compte-rendu : « […] qu’il ne sera probablement pas possible de répondre à toutes les questions posées et qu’il sera nécessaire d’élaborer un cahier des charges précis de l’activité du groupe, en expliquant clairement pourquoi certaines questions resteront sans réponse. Qu’il apparaît difficile voire impossible de balayer l’ensemble des questions relatives à l’accident de Tchernobyl en France, de la contamination aux éventuelles conséquences sanitaires en six mois. Le groupe a décidé de procéder étape par étape, avec des rapports intermédiaires, sans avoir l’objectif irréaliste de traiter toutes les questions trop rapidement […] ». Nous vous tiendrons informés des activités de cette commission dès qu’elle aura avancé ses travaux…

La participation aux commissions, une question de fond dans la mouvance associative. Le débat sur la participation aux commissions ne se fait pas qu’à l’intérieur d’une association, c’est une question de fond dans la mouvance associative. Lors d’un contact avec l’association des malades de la thyroïde nous avions été confortés dans notre décision de participer, même si cette association refusait de faire partie du groupe de travail sur Tchernobyl, elle nous conseillait d’y aller.

Du débat à la querelle publique…

Par contre nous avons été profondément choqués par l’attitude de la CRIIRAD : celle-ci ne veut pas participer à cette commission, nous reconnaissons son droit le plus strict à être le seul maître de ses choix. A l’ACRO nous déplorons seulement que le seul travail de contre-expertise d’envergure ne soit pas présenté par l’association maître d’œuvre. En revanche nous n’acceptons pas son attitude envers notre association. En effet, dans le courrier que la Criirad a adressé à tous les membres de la « commission Tchernobyl » nous avons été pris à partie de façon inacceptable. Les propos tenus sont insultants et mensongers. Nous regrettons profondément que dans le domaine associatif certains se trompent d’ennemis et ainsi, en faisant les « choux gras » d’un certain nombre de nucléocrates, contribuent à décrédibiliser une action associative. Refuser la diversité des points de vue est une attitude profondément intolérante, qui aurait plutôt pour effet de stériliser le débat et non de l’enrichir. Pour vous faire votre propre avis, vous trouverez à la suite,l’extrait de la lettre envoyée par la Criirad au groupe de travail sur Tchernobyl qui nous met en cause, puis notre réponse.

Extrait de la lettre de la Directrice de la CRIIRAD

en date du 05 mars 2003

 (la lettre complete est maintenant disponible sur le site Internet de la CRII-Rad)

à l’attention du Pr AURENGO et des membres du groupe de travail sur l’impact de Tchernobyl en France

[…] Par ailleurs, nous avons noté que 2 membres de l’ACRO font partie du groupe de travail. Compte tenu des problèmes rencontrés dans le passé (1),il nous paraît utile de dissiper les malentendus qui pourrait surgir, notamment lors de la communication des conclusions de vos travaux. L’ACRO ne représente ni le milieu associatif, ni les « laboratoires indépendants ». Par ailleurs, qu’il s’agisse de Tchernobyl ou de la finalité d’un laboratoire indépendant, la CRIIRAD est en désaccord avec les positions défendues par l’ACRO (notamment celles qui sont présentées en introduction de l’article publié dans la revue de la DGSNR(2)).

J’espère que ce courrier pourra vous éclairer sur notre position et que les décisions que vous prendrez. Dans tous les cas nous suivrons avec intérêt vos travaux et nous ne manquerons pas d’en étudier les conclusions.

Pour la CRIIRAD
La directrice
Corinne Castagnier

(1) Cf. notamment : 1. signature des conclusions du groupe radioécologie nord-Cotentin (GRNC). La CRIIRAD a refuser de le faire, étant en désaccord sur le fond. Cela n’a pas empêché la Cogéma de communiquer sur l’unanimité des conclusions, en insistant sur la présence du milieu associatif ;
2. l’avis favorable donné par un collège de 5 experts (donc 1 responsable de l’ACRO) sur la recevabilité du dossier établi par la Cogéma pour ses installations de La Hague. Là encore, la signature de l ACRO a été utilisé par le gouvernement et les services officiels pour souligner les progrès démocratiques liés à la participation du milieu associatif (alors que la conséquence concrète de cet avis favorable a été de priver la population de l’enquête publique à laquelle elle avait droit).

(2) « la surveillance de l’environnement exercée par une association indépendante : l’ACRO » ; Revue Contrôle n°149. novembre 2002.

 

Lettre Ouverte au Conseil d’administration de la CRIIRAD

 

Nous avons pris connaissance de la lettre envoyée par la Directrice de la CRIIRAD aux membres du groupe de travail sur l’impact de Tchernobyl en France, présidé par le Pr Aurengo. Il y est consacré un paragraphe à l’ACRO (reproduit in extenso in fine) qui a attiré notre attention et mérite clarification.

1 L’ACRO n’a jamais eu la prétention de représenter le milieu associatif, les « laboratoires indépendants », ou la CRIIRAD. Il va sans dire que nous ne sommes en rien responsables des expressions employées par les services officiels ou les exploitants à la suite des travaux du Groupe Radioécologie Nord-Cotentin (GRNC). Nous vous rappelons que, suite à la manipulation médiatique qui a précédé la présentation des résultats du GRNC (mission 1), l’ACRO a réagi immédiatement avec la démission de son représentant au Comité plénier. En revanche, quand nous présentons ces résultats, nous prenons soin de préciser que la CRIIRAD n’était pas signataire des conclusions (Voir l’ACROnique du nucléaire n°47, décembre 1999). Nous vous prions de noter que nous avons aussi publié les réserves du GSIEN qui était signataire, comme l’ACRO.

2 Concernant l’enquête publique Cogéma qui a suivi, nous ne comprenons pas votre remarque, puisque l’enquête a bien eu lieu. Mieux, à la demande de plusieurs associations (dont l’ACRO) au sein de la CSPI, la durée de l’enquête a été prolongée de 2 mois par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire). Nous sommes d’autant plus étonnés de votre remarque que la CRIIRAD s’est vue remettre un exemplaire du dossier soumis à la population. Nous avons, quant à nous, publié une étude très critique de ce dossier (voir l’ACROnique du nucléaire n°49, juin 2000 ; rapport également disponible sur notre site internet) qui a été remis à la commission d’enquête. Nous avons eu l’occasion de revenir plusieurs fois sur les conséquences de cette enquête (voir nos communiqués de presse). Ce n’est pas parce que la CRIIRAD a choisi de ne pas y participer que l’enquête publique n’a pas eu lieu.

3 Vous renouvelez votre critique vis à vis du « Groupe d’experts sur la recevabilité » que vous aviez exprimé lors de cette enquête publique indiquant que les experts (dont le conseiller scientifique de l’ACRO) « auront à rendre des comptes ». Bien que le Groupe ait pris le soin de mentionner dans sa conclusion que « la recevabilité ne doit pas être confondue avec l’acceptabilité » et d’expliciter son rôle qui n’était en rien de se substituer à la consultation de l’opinion publique, vous continuez à entretenir cette confusion en des termes qui nous laissent penser que vous avez dû faire une lecture pour le moins rapide du rapport du Groupe d’experts mais aussi du dossier versé par l’ACRO à l’enquête publique.

4 Enfin, vous affirmez être en désaccord avec nos positions. Notre parole n’engage que nous, comme nous ne nous considérons pas engagés par vos positions. Pour autant, vous noterez que l’ACRO mentionne toujours dans ses interventions (i.e. Contrôle n°149) que des laboratoires indépendants sont nés à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. La CRIIRAD n’a pas le monopole du statut de « laboratoire indépendant ». Vous semblez le déplorer. Nous pensons que c’est une richesse qu’il puisse y avoir en France deux laboratoires indépendants avec deux approches différentes. Nous respectons votre choix de ne pas participer aux instances de concertation, nous vous prions de respecter le nôtre. Ne vous trompez pas de combat.

Le Conseil d’Administration de l’ACRO

Ancien Lien