Les recherches et les investigations biomédicales
réalisés au sein de l’établissement CYCERON
nécessitent au préalable la production
d’éléments radioactifs (
15O,
11C
ou
18F). Cette opération est assurée en
interne à l’aide d’un cyclotron, un dispositif qui permet
d’accélérer les particules (ions). Dotées d’une
énergie (ou vitesse) suffisante, les particules frappent ensuite
une cible. Par suite d’interaction des particules avec les
éléments constitutifs de la cible, ces derniers
initialement stables deviennent instables, donc radioactifs. Ce mode de
production est très courant, particulièrement dans les
secteurs de la recherche et conduit à la production de
radionucléides appelés produits d’activation.
Après quoi, ces produits d’activation sont
transférés vers le laboratoire de chimie dont la vocation
est d’assurer la synthèse des molécules radioactives
nécessaires à l’exploration in vivo et de préparer
les injections qui seront faites ultérieurement aux patients
Dans le cadre du fonctionnement normal de l’installation, des rejets
d’effluents radioactifs gazeux sont régulièrement
effectués, principalement par le biais de deux cheminées.
Ces rejets font l’objet d’un contrôle interne et sont
réglementés.
Si les radionucléides fabriqués ont une période
physique inférieure à 2 heures, d’autres produits
d’activation mais de période physique beaucoup plus longue sont
également formés, leur création est involontaire.
Dans les rejets d’effluents radioactifs gazeux, ces
radionucléides « parasites » peuvent coexister
avec les premiers et entraîner un marquage durable de
l’environnement, variable selon les compartiments étudiés
(eau, terre, végétaux, etc.).
C’est dans ce contexte que l’ACRO a réalisé fin 2003 un
bilan radiologique pour le compte de CYCERON autour de ses
installations caennaises.
A cet effet, trois démarches complémentaires ont
été retenues.
• inventorier les radionucléides
émetteurs gamma présents dans différents
compartiments de l’environnement
• vérifier, à l’extérieur des
bâtiments, le niveau d’exposition dû au rayonnement gamma.
• vérifier, à l’extérieur des
bâtiments, le niveau d’exposition dû aux neutrons
émis lors d’une session de production de radionucléides
à l’aide du cyclotron.
LES RADIONUCLEIDES EMETTEURS GAMMA
La première approche a consisté à
inventorier les radionucléides émetteurs gamma
présents dans différents compartiments de l’environnement
jugés comme intéressant par rapport aux
dépôts atmosphériques (secs et humides), voie
privilégiée de contamination. Deux types de compartiments
ont alors été échantillonnés pour analyse :
➢ Ceux qui constituent un vecteur potentiel
d’atteinte à l’homme parce qu’ils participent au processus de
contamination de la chaîne alimentaire ou d’irradiation externe.
La nature des compartiments sélectionnés dépend
alors des processus d’échanges des radionucléides dans le
milieu terrestre et des potentialités qu’offre le site
(présence ou non de cultures par exemple).
➢ Ceux connus de longue date pour leur aptitude
à révéler la présence de
radionucléides à l’état de traces dans
l’atmosphère. Par définition, ils ne permettent pas
d’évaluer les transferts à l’homme mais sont d’excellents
outils dans le cadre d’une approche qualitative visant à cibler
les éventuels polluants radioactifs devant faire l’objet d’une
attention particulière. Ils se dénomment bioindicateurs
et les plus connus sont les lichens. Le choix d’échantillonner
un bioindicateur plutôt qu’un autre repose alors principalement
sur les potentialités qu’offre le site (comme l’abondance par
exemple) mais aussi sur la facilité
d’identification.
Considérant les potentialités environnementales offertes
par le site, l’accessibilité par le public et l’intensité
estimée des dépôts, les investigations ont
portée sur trois zones :
• En premier sur les 3 hectares du campus Jules
HOROWITZ où est implanté CYCERON en raison de
l’accessibilité du lieu par le public et de l’existence
(théorique) de dépôts plus importants qu’ailleurs.
• La zone agricole située au nord a
également fait l’objet de contrôle en raison de son
utilisation à des fins de production de denrées
alimentaires.
• Enfin sur une zone située sous les vents
dominants à l’extérieur des limites cadastrales de
CYCERON en raison de la possibilité d’y prélever un bio
indicateur atmosphérique.
S’intéressant aux actuelles répercussions du
fonctionnement passé de l’installation, l’analyse était
donc centrée sur les produits d’activation d’une période
physique suffisamment longue pour avoir induit un marquage durable de
l’environnement. Tenant compte des contraintes métrologiques, il
ne pouvait s’agir que de radionucléides ayant une période
physique au moins égale à 8 jours.
Par ailleurs, aucune analyse spécifique de radionucléides
émetteurs bêta pur n’a été faite en
l’absence d’informations précises sur le terme source. De
même, aucune mesure de la grandeur bêta total n’a
été retenue en raison de la variabilité des
concentrations dans le temps et l’espace, laquelle rend
l’interprétation de ces grandeurs délicates lorsque les
mesures sont ponctuelles comme cela était le cas.
Les
prélèvements
Les prélèvements effectués pour cette
évaluation se répartissent en trois étendues
distinctes
➢ La première étendue concerne les 3
hectares du campus Jules HOROWITZ où est implanté CYCERON
en raison de l’accessibilité du lieu par le public et de
l’existence (théorique) de dépôts plus importants
qu’ailleurs. Bien qu’il existe des restrictions d’usage, ce campus est
accessible au public tous les jours ouvrés de la semaine entre
8h et 18h. En conséquence, tout un chacun peut accéder
librement à un moment de la journée à
proximité des bâtiments constituant l’installation.
Pour cette étendue, l’échantillonnage concerne cinq
endroits distincts répartis en deux zones :
1. le bassin d’orage (zone 1)
Ce bassin d’orage, situé au nord, est le point de collecte et
d’infiltration dans le sol par percolation des eaux
météoriques précipitées à la fois
sur la totalité du site de CYCERON et sur une partie du GANIL
(Grand Accélérateur National d'Ions Lourds, laboratoire
de physique nucléaire). Il va donc recueillir les
radionucléides rejetés dans l’atmosphère et
piégés par les eaux de pluie. Dès lors, les eaux
infiltrées constituent un vecteur de contamination du sous-sol
mais également des terres agricoles situées non
loin.
Les prélèvements réalisés le 18/11/03 ont
concerné :
• les eaux
• des végétaux aquatiques, lentilles
d’eau, en l’absence de sédiments et comme bioindicateurs de la
qualité des eaux du bassin d’orage.
2. l’environnement immédiat des
bâtiments de CYCERON dans la limite de 100 mètres autour
des émissaires de rejets gazeux (zone 2)
Considérant la rose des vents mais également l’absence de
trajectoires résiduelles d’écoulements d’air, 4 endroits
distincts ont été retenus et sont distribués
à partir de la direction des vents dominants (NE) avec un pas
d’environ 90° par rapport à ce même axe. Tenu compte
des contraintes d’urbanisation, il n’a pas été possible
de prélever à une même distance des
émissaires de rejets (cheminées). Aussi, les lieux de
prélèvements se situent-ils à environ 75±15
m des cheminées.
Les prélèvements réalisés entre le 18/11/03
et le 05/12/03 ont concerné :
• le couvert végétal (herbe), sur une
superficie de 2 m²
• les sols, sur une profondeur comprise entre 0 et 10
cm.
➢ La seconde étendue concerne la zone agricole
située au nord des émissaires de rejets gazeux en raison
de son utilisation à des fins de production de denrées
alimentaires.
Le plateau sur lequel est implanté CYCERON était
anciennement utilisé pour des activités agricoles. Avec
l’urbanisation grandissante de ces dernières décennies,
il ne subsiste plus que des terres agricoles au Nord de
l’installation.
S’il n’y a apparemment plus d’élevage, les observations in situ
confirment en revanche l’exploitation de terrains (proches de
l’installation) à des fins de culture, notamment celle du
maïs. En conséquence, il existe des potentialités
d’atteinte à l’homme par la contamination de denrées
entrant dans la chaîne alimentaire.
Pour cette étendue, l’échantillonnage concerne une seule
zone :
1. la parcelle exploitée située la plus
proche de CYCERON, en l’occurrence à environ 300 mètres
au NNE de l’installation (unique zone).
Les prélèvements réalisés le 13/10/03 et le
05/12/03 ont concerné :
• le maïs, prélevé de
manière à obtenir un échantillon
représentatif de la parcelle cultivée
• les sols, sur une profondeur comprise entre 0 et 10
cm, en un seul point.
➢ La troisième étendue concerne une
zone située sous les vents dominants à l’extérieur
des limites cadastrales de CYCERON en raison de la possibilité
d’y prélever un bioindicateur atmosphérique.
Les observations faites sur le terrain ont montré qu’il n’existe
pas de bioindicateurs atmosphériques sous les vents dominants
dans les limites cadastrales. C’est pourquoi, les investigations ont
été étendues dans cette direction.
Néanmoins, il n’a pas été possible d’inventorier
de mousses terrestres et de lichens faute de biodisponibilité.
Dans ce contexte, les aiguilles de pins ont été
choisies.
1. la zone sélectionnée se situe en
contrebas du talus NE, à la limite extérieure de
CYCERON et à la croisée avec le parking de l’entreprise
SIEMENS. Elle est orientée NE par rapport aux émissaires
de rejets et se situe à environ 100 mètres de ces
derniers.
Les prélèvements réalisés le 18/11/03 ont
concerné un bioindicateur atmosphérique : des aiguilles
de pins.
Commentaire des
résultats
Seules les analyses faites sur les sols mettent en évidence la
présence, à des niveaux significatifs, d’une
radioactivité d’origine artificielle. Dans le cas
présent, celle-ci est constituée exclusivement de 137Cs
(césium-137), un produit de fission de période physique
de 30 ans.
La présence de césium 137 n’est pas due aux
activités de CYCERON, le cyclotron ne pouvant être
à l’origine de la création de produits de fission.
En fait, la présence de 137Cs dans des environnements non
influencés par les activités industrielles liées
au cycle du combustible résulte de certaines actions
passées de l’homme, principalement des essais
atmosphériques de l’arme atomique et de l’accident survenu
à la centrale ukrainienne de Tchernobyl en avril 1986. Tous ces
évènements ont été à l’origine d’une
dissémination très importante de radionucléides
sous la forme d’aérosols, lesquels ont contaminé de
grandes étendues.
Bien que la majorité des radionucléides mis en jeu au
cours de ces émissions aient aujourd’hui disparu, certains,
comme le 137Cs (un émetteur β-γ), subsistent encore de nos jours
en raison de leur longue demi-vie qui limite leur élimination
par décroissance physique. De plus, dans le cas du
césium-137, sa forte affinité avec les constituants du
sol limite les transferts aux eaux de ruissellement et par
là-même la décontamination des sols.
Il est donc courant d’observer du 137Cs. Dans les sols et les
sédiments de surface, les niveaux varient
généralement dans l’ouest de la France, de quelques
becquerels à une dizaine de becquerels par kilogramme de
matière sèche.
Dans le cas présent, les niveaux observés sont conformes
sauf pour les sols des stations 1.2.A et 1.2.C. où ils sont
inférieurs à 0,6 Bq/kg sec. Ces faibles valeurs
pourraient s’expliquer par le fait qu’il s’agit là de terres de
remblais qui ont pu provenir de couches plus profondes (donc moins
contaminées) obtenues lors des opérations d’excavation
nécessaires à la création du bassin d’orage.
Concernant la radioactivité d’origine naturelle, les
résultats obtenus n’appellent pas à formuler de
commentaires particuliers en ce sens qu’ils sont conformes à
ceux attendus : les résultats sont semblables à ceux
observés pour des matrices identiques prélevées en
d’autres endroits de la région.
En conclusion, les mesures faites par spectrométrie gamma
suggèrent que les activités passées de CYCERON
n’ont pas été à l’origine d’un marquage, à
des niveaux significatifs et par des radionucléides
émetteurs gamma, durable de l’environnement (décelable
sur une période égale ou supérieure à 8
jours).
Rayonnement gamma ambiant
La seconde approche consiste à vérifier, à
l’extérieur des bâtiments, le niveau d’exposition dû
au rayonnement gamma. On cherche ainsi à mettre en
évidence toute augmentation du rayonnement ambiant, laquelle
pourrait avoir comme origine possible :
➢ une accumulation localisée de
radionucléides, déposés ou en suspension dans
l’air, à la suite de rejets avec les effluents gazeux ;
➢ l’existence d’une source d’irradiation à
l’intérieur des bâtiments.
En relation avec la première des origines, l’étendue
concernée par les investigations a été
définie de manière à intégrer la
totalité des 3 hectares du campus Jules HOROWITZ où est
implanté CYCERON car il s’agit de la zone la plus sensible aux
dépôts atmosphériques .
A cet effet, il a été procédé à un
balayage du site à l’aide d’un appareil portatif adapté
à la mesure des rayonnements gamma : un scintillateur plastique
du type DG5.
Commentaire des résultats
Indépendamment du fonctionnement de l’installation, on observe
une augmentation du rayonnement gamma ambiant uniquement à
proximité du local à déchets radioactifs. Elle
résulte a priori de l’entreposage, à cet endroit,
d’éléments de l’ancien cyclotron.
L’augmentation induite est modérée puisqu’à 5
mètres au plus dans l’axe le plus concerné par
l’irradiation, les valeurs enregistrées n’excèdent pas le
bruit de fond.
En relation avec le fonctionnement de l’installation, une augmentation
du rayonnement gamma ambiant peut être observée – et ceci
de façon fluctuante – en plusieurs endroits des 3 ha où
est implanté CYCERON. Deux causes distinctes sont à
considérer :
➢ le relâchement de radionucléides dans
l’atmosphère avec les effluents gazeux ;
Dans ce premier cas, l’augmentation induite est géographiquement
disséminée autour des bâtiments (effet «
taches ») dans des proportions qui peuvent être très
variables d’un endroit à l’autre mais qui semblent
s’atténuer avec l’éloignement par rapport à
l’installation.
Du fait de la très courte période des
radionucléides rejetés et de l’importance jouée
par les conditions météorologiques sur la distribution
spatiale des radionucléides émis, une situation
radiologique observée ne se répète pas d’un jour
sur l’autre. Il existe une grande variabilité des niveaux dans
le temps, que les mesures faites dans le cadre de ce travail ne
permettent pas de cerner.
Durant la semaine d’investigations, la plus forte valeur mesurée
en relation avec cette origine a excédé d’environ 11 fois
le bruit de fond. C’est à seulement quelques mètres des
bâtiments qu’a été obtenu ce résultat comme
tous ceux qui sont significativement élevés. Aux limites
cadastrales, rares sont les anomalies qui ont pu être
notées durant la même période.
➢ le rayonnement de source(s) radioactive(s)
située(s) à l’intérieur des bâtiments.
Dans ce second cas, l’augmentation induite dépend
vraisemblablement de manipulations particulières
opérées à l’intérieur des bâtiments ;
lesquelles ne sont pas effectuées tous les jours et en tout
instant d’une journée donnée. Par définition,
l’anomalie n’existe que le temps des manipulations.
Après arrêt de l’installation (48h au minimum), on
n’observe aucune augmentation du rayonnement gamma ambiant sur les 3 ha
où est implanté CYCERON, hormis à proximité
du local à déchets radioactifs (voir le premier
paragraphe).
Le relâchement de radionucléides avec les effluents gazeux
ne conduit donc pas à un marquage durable de l’environnement qui
aurait pour conséquence d’entraîner une surexposition.
Mesures neutrons
La troisième approche
consiste à vérifier, à l’extérieur des
bâtiments,
le niveau d’exposition dû aux neutrons émis lors d’une
session de
production de radionucléides à l’aide du cyclotron,
l’évaluation a été
réalisé à l’aide d’un appareil portatif
spécifique.
Deux campagnes de mesures ont été réalisées
:
➢ le 20/11, autour de la casemate et à hauteur
d’homme ;
➢ le 21/11, sur le toit de la casemate. |

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Commentaire des résultats
Les mesures faites durant une séquence de fonctionnement du
cyclotron (production de 18FDG (= 18F-fluoro-désoxy-glucose.)
mettent en évidence :
➢ l’absence de surexposition significative autour de
la casemate à hauteur d’homme ;
➢ une augmentation très nette du rayonnement
neutron ambiant (d’environ 20 fois le bruit de fond) exclusivement sur
le toit de la casemate.