Dans des rapports qui viennent
d'être rendus publics, le Forum Tchernobyl, regroupant l'Agence
Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) et d'autres agences de
l'ONU, a la prétention de faire un bilan de
« l'ampleur réelle »
de la catastrophe de Tchernobyl :
«
une cinquantaine de membres des équipes d'intervention
décédés des suites du syndrome d'irradiation
aiguë, neufs enfants morts d'un cancer de la thyroïde et 3940
décès en tout dus à un cancer radio-induit. »
L'AIEA, qui a longtemps limité à 31 morts le nombre total
des victimes se surpasse...
Pour obtenir des chiffres aussi bas, les organisations internationales
ont limité à
«
200 000 [les] membres des équipes d’intervention entre 1986 et
1987 » alors que le nombre de liquidateurs est
estimé par elles à 600 000. De même, seulement
« 270 000 habitants des zones les
plus contaminées » sont pris en compte alors que 5
millions de personnes vivent officiellement dans des territoires
contaminés. Radiés des listes d’irradiés pour un
tour de passe-passe comptable ? Pas seulement.
« La plupart des travailleurs
chargés d’assurer le retour à la normale et ceux qui
vivent dans les zones contaminées ont reçu des doses
d’irradiation à l’organisme entier relativement faibles,
comparables aux niveaux du fond naturel de rayonnement et
inférieures aux doses moyennes que reçoivent les gens qui
vivent dans certaines parties du monde où le fond naturel de
rayonnement est élevé. […] Pour la majorité des
cinq millions d’habitants des zones contaminées, les expositions
se situent dans la limite de dose recommandée pour le public.
» Ils ne sont donc pas pris en compte dans les
études, même si les normes internationales
considèrent qu’il y a pas de seuil d’innocuité aux effets
sur la santé des radiations ionisantes. L’AIEA vient donc
d’introduire subrepticement un seuil et met la barre très haut
en considérant les
«
doses moyennes que reçoivent les gens qui vivent dans certaines
parties du monde où le fond naturel de rayonnement est
élevé. » C’est inacceptable, car en toute
logique le Forum Tchernobyl conclut que
« dans les zones où
l’exposition des êtres humains est faible, aucune mesure
corrective n’est nécessaire. » Autant supprimer les
normes de radioprotection !
Prétendre donner
« des
réponses définitives » sur
« l’ampleur réelle de
l’accident » relève de l’escroquerie. Tchernobyl
est une catastrophe en devenir. L'ACRO, née à la suite de
cette catastrophe en réponse à la dissimulation et aux
mensonges institutionnels, œuvre actuellement en Biélorussie
auprès des personnes vivant dans les territoires
contaminés : nous pouvons témoigner que la santé
de nombreux enfants est gravement altérée. Les
conséquences sur la santé des radiations ionisantes sont
encore mal connues car les seules connaissances se basent sur les
survivants de Hiroshima et Nagasaki qui ont subi une irradiation forte
et brève, pas une contamination continue. Les estimations de
l’AIEA limitées aux personnes les plus exposées
pourraient très bien être complètement
erronées.
Ces études ignorent la dégradation générale
de l’état de santé des populations vivant dans les
territoires contaminés, rabaissées au rang de malades
imaginaires :
« l’impact de
Tchernobyl sur la santé mentale est le plus grand
problème de santé publique que l’accident ait
provoqué à ce jour. […] Les personnes concernées
ont une perception négative de leur état de santé,
sont convaincues que leur espérance de vie a été
abrégée. » L'ACRO, pourtant habituée
à la propagande de l'industrie nucléaire, avait rarement
lu des propos aussi abjects.
«
Cela a suscité chez elles […] des réactions totalement
irresponsables se manifestant […] par l’abus d’alcool et de tabac et
par le vagabondage sexuel non protégé. » On
est en plein délire réactionnaire pour tenter de
concilier une croyance idéologique en l’innocuité de la
radioactivité et le délabrement sanitaire des territoires
contaminés que même l’AIEA ne peut plus ignorer.
« Au final, le message du Forum
Tchernobyl est rassurant ». C’était là le
but recherché, au mépris des victimes de la catastrophe.
Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki ont incité
l’humanité à réfléchir sur la
prolifération de l’arme nucléaire et à tenter d’en
limiter la prolifération. De même, les conséquences
de Tchernobyl questionnent sur le développement de cette
industrie à haut risque.
« « Tchernobyl »
est un mot que nous aimerions effacer de notre mémoire. […]
Pourtant, il y a deux raisons contraignantes pour lesquelles cette
tragédie ne doit pas être oubliée.
Premièrement, si nous oublions Tchernobyl, nous augmentons le
risque de telles catastrophes technologiques et environnementales dans
l’avenir. […] Deuxièmement, plus de sept millions de nos
semblables n’ont pas le luxe de pouvoir oublier. Ils souffrent encore,
chaque jour, de ce qui est arrivé il y a quatorze ans. Ainsi,
l’héritage de Tchernobyl est pour nous, pour nos descendants et
pour les générations futures. » Ces mots
sont de Kofi Annan, il y a 5 ans...
Références :
•
«
Tchernobyl : l’ampleur réelle de l’accident. 20 ans
après, un rapport d’institutions des Nations Unies donne des
réponses définitives et propose des moyens de
reconstruire des vies », communiqué de presse
commun de l’
AIEA,
OMS
et PNUD du 5 septembre 2005
•
«
Chernobyl a continuing catastrophe », United Nations
Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, March 2000
Note :
Depuis presque 2 ans l’ACRO, s’est engagée au côté
des habitants des territoires contaminés, avec d’autres
partenaires, locaux et internationaux, à accompagner des projets
émergeants ayant pour but d’améliorer la
prévention contre les risques qu’engendrent les contaminants
radioactifs encore présents comme le césium-137, le
strontium-90 ou le plutonium. La particularité de son approche,
qui fait également sa force, est de travailler directement avec
les populations concernées, adultes et enfants. Les ressources
déployées s’articulent autour de la surveillance des
niveaux de la radioactivité chez l’homme et dans son
environnement mais également de l’information. Des membres de
l’ACRO séjournent régulièrement, de Stolin
à Bragin en passant par Tchécherks ; parfois non loin de
la zone d’exclusion.