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Le laboratoire Chikurin, que l’ACRO a fondé au Japon avec d’autres associations locales, est en deuil : Yosuké Ônishi, le premier employé, avait disparu lors d’une randonnée aux Etats-Unis l’an dernier. Son corps vient d’être retrouvé dans les montagnes. Il a beaucoup contribué au démarrage du laboratoire. Source : The Japan Times.

Mercredi 20 août :
• Le gouvernement devrait fixer la part du nucléaire dans le futur mix énergétique du Japon en 2015 pour la conférence sur le climat qui aura lieu à Paris. S’il a choisi cette occasion, c’est qu’il veut présenter un chiffre élevé, mais, pour le moment, c’est 0% et cela jusqu’à l’an prochain au minimum. C’était 30% de l’électricité avant la catastrophe, mais si un tiers du parc redémarre, ce sera déjà beaucoup vu son état actuel. Ce qui signifie qu’un chiffre supérieur à 10% semble complètement irréaliste.
La population japonaise continue, majoritairement, à vouloir que le pays renonce définitivement à cette énergie.

• La NRA a décidé de ne pas instruire le dossier de demande de redémarrage de la centrale de Shika (Ishikawa) qui vient d’être déposée, avant que le statut de la faille qui passe sous la centrale soit clarifié. En revanche, l’exploitant pourra assister aux réunions entre la NRA et les exploitants à propos de la sûreté et des dossiers à soumettre.
La NRA avait déjà pris une décision similaire à propos de la centrale de Higashidôri à Aomori.

• Après la catastrophe nucléaire, la NRA a révisé les plans pour faire face à une urgence nucléaire et a étendu la zone de préparation à 30 km. C’était 10 km avant et c’est toujours 10 km en France. Mais, même 30 km pourraient ne pas être suffisants. La NRA va donc établir des règles pour les territoires situés au-delà de 30 km.

• Une compagnie basée à Yokohama vient d’être blâmée pour ne pas avoir fait passer de visite médicale à un ou plusieurs de ses employés envoyés décontaminer à Fukushima. Il s’agit d’un sous-traitant, maintenant en faillite, de la major du BTP Kajima.

• La NRA a mis en ligne quelques résultats de mesure sur la contamination de la Baie de Tôkyô. Aussi bien l’eau de mer que les sédiments marins ont des niveaux de contamination similaires à ce que l’on peut trouver à 10 km de la centrale de Fukushima. C’est dû au lessivage des sols et à la concentration dans la baie presque fermée. Voir, à titre de comparaison, des résultats récents sur l’eau de mer au large de la centrale.

• Un groupe de Japonais, incluant des actionnaires de TEPCo qui ont porté plainte contre la direction de la compagnie, vient de débuter une nouvelle action en justice pour demander que le témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi à la commission d’enquête mise en place par le gouvernement soit rendu public. L’ancien directeur, Masao Yoshida, est maintenant décédé.
L’Asahi a publié des extraits traduits en anglais de ce témoignage.

• TEPCo veut pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs, la décontaminer partiellement et la rejeter dans l’océan. Elle vient de commencer les tests de décontamination. Elle avait récemment pompé 500 m3 et elle vient de commencer le traitement de 290 m3. L’efficacité effective du traitement n’est pas connue.

• Record du jour de la contamination radioactive de l’eau souterraine :
-    dans le puits de contrôle 1-17, il y a maintenant 310 000 Bq/l en bêta total (prélèvement du 18 août 2014).

Mardi 19 août :
• La commune de Shioya dans la province de Tochigi a refusé le plan gouvernemental de venir y installer un centre de stockage pour les déchets radioactifs issus de la décontamination plus les boues de station d’épuration, les cendres d’incinérateurs… qui ont plus de 8 000 Bq/kg en césium. Le maire et un représentant du conseil municipal se sont rendus au ministère de l’environnement pour réclamer le retrait du plan. Le représentant du ministère a insisté pour dire que ce centre était nécessaire et que le ministre était prêt à revenir expliquer le projet.

• TEPCo a reconnu, lors d’une réunion avec l’autorité de sûreté, que son projet de boucher une galerie souterraine située en amont des réacteurs 2 et 3 avec un mur de glace est un échec. Cela fait trois qu’elle essaye, qu’elle ajoute de la glace, de plus en plus de glace, en vain. Elle en a mis 400 tonnes depuis le mois dernier. 90% de la section de la galerie a pris, mais l’eau contaminée passe toujours à cause de tuyaux, gaines etc qui passent par là. TEPCo veut donc boucher les trous du mur de glace avec du ciment. Pourquoi ne peut-elle pas mettre du ciment partout ?
La NRA va donner son avis après avoir examiné le nouveau plan de TEPCo.
Des images et explications sont ici en japonais.

• La NRA a finalement reçu 17 000 contributions lors de la consultation du public à propos de son dossier d’évaluation de la sûreté de la centrale de Sendaï à Kagoshima. La prise en compte de ces avis va prendre plus de temps que prévu.

Lundi 18 août :
• Le gouvernement a organisé une réunion publique, dimanche, avec les habitants de Kawauchi à propos de la levée de l’ordre d’évacuer. 80 personnes étaient présentes en plus des émissaires. La dernière fois, le gouvernement avait proposé de lever l’ordre d’évacuation le 26 juillet dernier, mais les habitants s’y étaient opposés. Cette fois-ci, il a mieux préparé la réunion avec l’aide du maire et a proposé une deuxième décontamination des points les plus chauds et la réparation des routes. Tout devrait être fini d’ici septembre et l’ordre d’évacuer pourrait être levé à partir du 1er octobre 2014. Le gouvernement a proposé deux dates : le 26 août, qui correspond à la fin de la première période de retour temporaire qui a commencé le 26 avril, et 1er octobre.
Comme toujours, c’est le droit à choisir son lieu de résidence, garanti par la constitution, qui est mis en avant par le gouvernement. Et donc, si les zones en question ne posent pas de problème pour la santé, l’ordre d’évacuation doit être levé. Mais la limite de dose déterminée par le gouvernement pour le retour reste élevée. Et le droit à la santé doit concerner chaque individu, pas un individu moyen.
275 habitants répartis dans 139 foyers sont concernés. Ils habitaient dans la partie Est de la commune, qui est à moins de 20 km de la centrale.
Le maire a donné son accord, sous le prétexte qu’est autorisé à rentrer ne signifie pas être obligé à rentrer. Mais le sujet divise toujours les habitants. La majorité d’entre eux a exprimé fortement son opposition, mettant en avant le fait que la contamination est encore élevée. Par ailleurs, l’indemnisation de TEPCo qui va s’arrêter au bout d’un an, est aussi un sujet d’inquiétude. Comment gagner sa vie à Kawauchi ? Qu’en sera-t-il de la nourriture ? Peut-on cultiver ?
La décision officielle sera prise bientôt. Ce sera alors le deuxième district où l’ordre d’évacuer est levé. Les habitants étaient déjà autorisés à rentrer chez eux, et même y passer la nuit, pour préparer leur retour. Mais seulement 55 d’entre eux en ont fait la demande à ce jour. le retour ne devrait pas être immédiat.
Par ailleurs, le statut d’un district adjacent va changer de catégorie : de zone de retour difficile, elle va passer à zone de préparation au retour. 54 habitants répartis dans 18 foyers sont concernés.

• Du riz de Fukushima devrait être exporté à Singapour ce mois-ci. 300 kg sont prêts à partir et seront vendus dans un magasin d’une chaîne japonaise.
C’est la première fois que du riz de cette province est exporté depuis l’accident nucléaire. C’était plus de 100 tonnes par an avant, vers Hong-Kong, Taïwan…

• Takeshi Hachimura, un des directeurs de la Banque du Japon, a déclaré sa candidature pour le poste de gouverneur de Fukushima. Les élections auront lieu cet automne. Il va concourir en « indépendant », mais soutenu par la branche locale du principal parti de gouvernement, le parti libéral démocrate. Le gouverneur actuel n’a pas encore fait savoir s’il était candidat ou pas.

• TEPCo a mis en ligne des images et des explications en japonais à propos du système de décontamination partielle monté sur camions qui est arrivé pour traiter l’eau souterraine avant rejet en mer, si la compagnie obtient l’autorisation.

• TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons pêchés au large de la centrale, à moins de 20 km et dans le port devant la centrale. Au large, la plus forte contamination est de 131 Bq/kg et c’est la seule à dépasser la limite de 100 Bq/kg. En revanche, dans le port, les valeurs sont beaucoup plus élevé et atteignent 85 000 Bq/kg.

• Records du jour de la contamination radioactive de l’eau souterraine :
-    dans le puits de contrôle 1-8 et dans l’eau pompée entre les réacteurs 2 et 3, il y a respectivement 1 900 et 8 300 Bq/L en tritium. Dans le puits 3-4, il y a 46 Bq/L en bêta total (prélèvements du 10 et 13 août).
-    dans le puits de contrôle 1-14, il y a 22 000 Bq/L en bêta total (prélèvement du 14 août).
-    dans l’eau pompée entre les réacteurs 2 et 3, il y a 8 800 Bq/L en tritium (prélèvement du 13 août). C’était 8 300 quelques jours plus tôt (voir plus haut).
-    dans le puits de contrôle E-7, situé en amont des réacteurs, mais en aval des cuves, il y a maintenant 60 Bq/L en bêta total (prélèvement du 13 août).
-    dans l’eau pompée en amont pour être détournée vers l’océan, il y a maintenant 56 et 670 Bq/L en tritium dans les puits 5 et 11 respectivement (prélèvements du 14 août).
Rappelons, à titre de comparaison, que TEPCo ne s’autorise pas à rejeter dans l’océan une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total et 1 500 Bq/L en tritium.

Dimanche 17 août :
• La consultation du publique à propos de l’avis de la NRA sur le dossier de sûreté de la centrale de Sendaï (Kagoshima) est terminée. La NRA reçu plusieurs milliers de contributions. Il y en avait déjà plus de 4 000 début août qui ne sont pas encore rendues publiques. Tous les contributeurs attendent, avec attention, de voir comment la NRA va traiter ces commentaires.
Certains groupes ont rendu public leur avis. Ils demandent une meilleure protection contre les séismes ou les volcans. D’autres, que la NRA évalue les plans d’urgence nucléaire en cas d’accident…

• Le Japon avait déjà, avant la catastrophe nucléaire, l’une des électricités les plus chères du monde. Et comme les compagnies ont un monopole local, les consommateurs doivent payer. Cet argent sert, entre autres, à influencer la politique et les développements économiques en faveur d’une plus grande consommation d’électricité… Des « donations » ont été faites aux partis politiques et hommes politiques. Un contrôle est exercé sur les chambres de commerce et d’industrie vie des filiales ou sur les syndicats patronaux. Dans le Kansaï, Kansaï Electric emploie 22 000 personnes directement, sans compter les filiales. Le Japan Times décrit son influence délétère locale.
Après la catastrophe, ces compagnies comptent bien maintenir cette politique clientéliste. L’Asahi raconte que TEPCo et Tôhoku Electric ont accepté de mettre la main à la poche quand la municipalité de Rokkashô, où il y a l’usine de retraitement, leur a demandé un soutien financier pour rénover le port de pêche. La demande a été faite le 14 juillet et la réponse favorable envoyé le 22 juillet. TEPCo va donner 133,4 millions de yens (974 000 euros) et Tôhoku Electric 66,6 millions de yens (486 000 euros) dès ce mois-ci. Cela va vite ! Sur ces 5 dernières années, ces deux compagnies auront donc versé à Rokkashô plus d’un milliard de yens (plus de 7 millions d’euros).
Ces deux compagnies ont augmenté leurs tarifs d’électricité et TEPCo reçoit de l’argent du gouvernement, sans intérêt, pour payer les indemnisations. Le gouvernement prend aussi en charge une partie des coûts de la gestion de l’eau contaminée. Ces compagnies sont vraiment sans vergogne !
Les deux compagnies ont déclaré au journal qu’il s’agissait là de leur dernier versement et qu’elles comptaient toujours construire une centrale nucléaire dans la région…
Il y a deux ans, le 26 août 2011, la précédente majorité a fait passer une loi favorisant l’achat, par les compagnies d’électricité de l’électricité renouvelable. Les projets ont attiré les investisseurs et de nouveaux acteurs se positionnent pour l’ouverture totale du marché en 2016. Mais, dans les faits, cela ne se passe pas comme cela. C’est très complexe de se faire racheter son électricité par des compagnies qui entendent garder un monopole. Elles peuvent refuser la demande de raccordement au réseau pour n’importe quelle raison. Par conséquence, comme le note le Japan Times, seule une faible partie des projets approuvés par le gouvernement fournissent de l’électricité au réseau.
Le cas du centre de recherche nucléaire de l’université d’Ôsaka est emblématique : les toits du bâtiment principal et de l’accélérateur ont été couverts de panneaux solaires, mais il n’y a pas de couplage au réseau, car c’est « administrativement trop complexe ». Une partie du surplus est stockée dans des batteries, mais pas tout. Le reste est perdu.

• La revue scientifique Journal of Heredity a mis en ligne une série d’articles sur les effets des radiation sur le patrimoine génétique d’animaux autour de Tchernobyl et Fukushima. Tout est en libre accès.
Il y a une courte présentation du projet de comparer les deux zones contaminées. T. Mousseau et A. Møller passent en revue leurs propres résultats dans cet article. Une équipe japonaise présente ses travaux sur les papillons et une autre sur le riz.
Toutes ces études mettent en avant des effets liés aux radiations.
En français, vous pouvez aussi consulter le programme de recherche de T. Mousseau et une de ses conférences.

Samedi 16 août :
• Les compagnies d’électricité qui exploitaient du nucléaire ont dû couper dans les dépenses à cause de l’arrêt des réacteurs. Elles ont aussi augmenté leurs tarifs. Mais, 7 d’entre elles continuent à dépenser des milliards de yens pour leurs centres d’accueil du public où elles font souvent la promotion du nucléaire. Le nombre de visiteurs a, pourtant, fortement chuté. Selon, l’Asahi, il s’agit de Hokkaido Electric Power Co., Tohoku Electric Power Co., Tokyo Electric Power Co., Chubu Electric Power Co., Kansai Electric Power Co., Shikoku Electric Power Co. et Kyushu Electric Power Co..
Chubu Electric n’a pas voulu dire combien cela lui coûte. Les 6 autres vont leur consacrer un total de 3 milliards de yens (22 millions d’euros) cette année.
Certains centres d’accueil du public situés à proximité des centrales nucléaires ont même une piscine gratuite. Mais, malgré la gratuité, le nombre de visiteurs a fortement diminué.
TEPCo a fermé ses deux centres d’accueil de Fukushima, mais en conserve 5 autres consacrés à la promotion du nucléaire.
Toutes ces compagnies ont expliqué conserver ces centres pour regagner la confiance du public…

Cette vidéo date un peu, mais la situation n’a pas beaucoup changé : le désarroi des agriculteurs de Fukushima est toujours aussi grand et le gouvernement est complètement désemparé face à la situation. Quand les agriculteurs lui parlent de dignité, de raison d’être, il ne répond que par l’argent, comme si c’était la seule valeur qui vaille. Sa seule stratégie, est de combattre les « rumeurs », comme s’il n’y avait pas de problème réel.
Les politiques et les hauts fonctionnaires n’écoutent que les experts qui leur disent ce qu’ils ont envie d’entendre. Les populations, qui doivent faire face au danger, écoutent plusieurs points de vue et, en cas de doute, choisissent l’option la plus protectrice quand c’est possible. Au Japon, tout ce qui ne correspond pas à l’opinion sélectionnée par les autorités, n’est que « rumeurs ». En France, ce serait « l’irrationalité » de la population ou un problème « d’acceptabilité sociale », plus neutre.

Vendredi 15 août :
• Kyodo News, l’agence de presse japonaise, a réussi à recueillir le témoignage direct de travailleurs présents sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi durant les premiers jours de la catastrophe. Une première dépêche relate l’action des « commandos » envoyés pour ouvrir manuellement les valves de dépressurisation de l’enceinte de confinement du réacteur n°1.
Le 12 mars 2011 matin, moins de 24 heures après le tsunami, il y avait urgence à dépressuriser cette enceinte pour garantir son intégrité, ce qui signifie rejeter des gaz radioactifs dans l’atmosphère. Mais il était impossible d’ouvrir les valves à distance, faute de courant électrique. Le directeur de l’usine a donc décidé d’envoyer deux équipes les ouvrir manuellement. La première équipe est partie à 9h04 le 12 mars et a réussi sa mission après avoir pris une dose de 25 millisieverts. Kyodo News a recueilli le témoignage de Hideyoshi Endô, chef de la deuxième équipe, 51 ans. Il était à la maison lors du séisme et tsunami et devait prendre son service à 21 heures. Il a parcouru les 13 km qui le séparaient de la centrale à pied et est arrivé dans la nuit. Pour cette mission effectuée avec deux autres personnes, il était équipé d’une combinaison anti-feu, une assistance respiratoire avec une autonomie de 20 minutes et un dosimètre limité à 1 000 millisieverts par heure. Cette deuxième équipe devait aller au pied du réacteur, près de la chambre de suppression toroïdale (en forme de beignet), où les niveaux de radiation sont plus élevés. Elle est partie à 9h24.
Après avoir ouvert la porte du bâtiment réacteur, le dosimètre indiquait un débit de dose de 500 millisieverts par heure. L’intérieur était empli de vapeur ou poussières. Deux membres de l’équipe sont descendus et ont entendu des bruits bizarres, comme des coups. Le dosimètre indiquait des valeurs entre 900 et 1 000 millisieverts par heure.
A une trentaine de mètre de la valve, le dosimètre saturait, ce qui signifie que le débit de dose était supérieur à 1 000 millisieverts par heure, sans savoir combien. Le chef d’équipe a donc décidé de faire demi-tour. Sur le chemin du retour, son collègue n’était plus derrière lui. Il lui a donc indiqué de se dépêcher après l’avoir attendu.
Pendant cette mission de 8 minutes, il a pris 89 millisieverts et son collègue 95. Mais comme le dosimètre a saturé, c’est forcément plus. Ils ont dû quitter la salle de contrôle pour ne pas prendre des doses supplémentaires.
Plus d’un an plus tard, un robot a mesuré jusqu’à 10 300 millisieverts par heure près de la chambre de suppression.

• TEPCo continue de pomper l’eau souterraine en amont pour la rejeter dans l’océan avant contrôle. Les deux derniers rejets ont eu lieu les 5 et 12 août avec, respectivement, 2 007 et 2 123 m3. Comme cette eau a environ 330 Bq/L en tritium, cela conduit à des rejets respectifs de 662 et 700 MBq (millions de becquerels). Cela reste faible par rapport aux fuites quotidiennes estimées à une vingtaine de milliards de becquerels par jour. Et puis le tritium pompé en amont est déjà dans la nappe phréatique et ira, de toutes façons, dans l’océan.
La fuite de tritium en mer représenterait donc un rejet annuel de 7 300 GBq (milliards de becquerels) et est donc inférieure à l’autorisation de rejet en mer donnée à TEPCo avant la catastrophe (22 000 GBq). Cependant, comme TEPCo ne dit pas comment cette fuite a été évaluée, il est impossible de savoir si ce chiffre est réaliste ou pas.
En revanche, pour le césium 137, la fuite quotidienne estimée à 22 GBq par jour environ l’an dernier et 10 fois moins cette année. Cela conduit à un rejet annuel de 8 000 GBq l’an dernier et 800 GBq cette année. Dans les deux cas, l’autorisation de rejet annuelle, fixée à 220 GBq est dépassée. Pour le strontium, la limite de rejet est aussi dépassée. C’est pourquoi TEPCo ne dit rien à ce sujet...

• C’est la pleine saison des pêches à Fukushima et de la publicité incite les Japonais à en manger. Il s’agit d’un fruit de luxe qui est trié en fonction de la couleur, calibré et emballé individuellement après que la teneur en sucre ait été mesurée.

Jeudi 14 août :
• Un émissaire japonais a tenté de convaincre Hong-Kong d’assouplir sa politique d’importation d’aliments en provenance de 5 provinces japonaises situées près de la centrale accidentée de Fukushima : Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba. En vain. Le Japon va donc inviter des officiels au Japon pour leur montrer les contrôles effectués sur la nourriture et fournir régulièrement des informations sur l’accident et des données sur la contamination.
41 pays ou groupes de pays maintiennent des restrictions à l’importation d’aliment en provenance du Japon.
Le Japon, qui est un importateur net d’aliments, exporte peu. Avant la catastrophe en 2010, ses exportations de produits agricoles et de la pêche étaient de 492 milliards de yens (3,6 milliards d’euros au cours actuel). Elles étaient de 451,1 milliards de yens en 2011 et 449, 7 milliards en 2012. Ce qui fait une baisse de 8,5% environ. Avec la dévaluation du yen, cette somme est passée à 550,5 milliards de yens en 2013.

Mercredi 13 août :
• Le gouvernement japonais va mener une enquête à propos de la ferraille contaminée découverte en Corée. Le débit de dose est de 5 microsieverts/h à proximité de ce lot, sans que la distance à laquelle la mesure a été faite ne soit mentionnée par les médias.
Les exportateurs de métaux pour le recyclage ne sont pas tenus de contrôler la contamination radioactive. Mais certains le font, en fonction du pays de destination. C’est, par exemple, fait systématiquement pour la Chine.

• TEPCo communique en anglais sur son projet de rejeter dans l’océan l’eau souterraine partiellement décontaminée car cela va sûrement faire l’objet de protestations des pays voisins. Rappelons qu’il s’agit d’un mur sous-marin le long du littoral pour arrêter les fuites en mer, qui ne peut fonctionner que si l’eau est pompée en amont, autrement elle va seulement être détournée. TEPCo a donc restauré certains puits de pompage, ainsi que les pompes et la tuyauterie qui existaient avant la catastrophe et va en creuser de nouveaux. Avant 2011, la compagnie pompait près de 1 000 m3/jour pour éviter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols. Mais maintenant, cette eau est fortement contaminée et TEPCo ne peut pas se permettre de la mettre dans des cuves : elle compte pomper de l’ordre de 500 à 700 m3 par jour en espérant que cela va diminuer de 200 m3 par jour les infiltrations. Si c’est confirmé, cela signifie qu’elle va se trouver avec de 300 à 500 m3 d’eau contaminée supplémentaire par jour. Comme ses autres prédictions n’étaient pas correctes, cela peut même être plus.
Le mur ne serait fermé qu’une fois le système de pompage en service, pour éviter que la contamination ne se propage partout.
Dans un premier document annexe, un schéma fait apparaître que le césium (Cs), strontium (Sr) et antimoine (Sb) seront partiellement filtrés. La contamination en césium et strontium de cette eau devrait être divisée par 1 000 à 10 000 selon le document. Le communiqué ne mentionne pas le tritium, qui n’est pas retiré.
Dans le premier document annexe, TEPCo précise que cette eau souterraine a été contaminée par l’eau de pluie qui a été en contact avec les débris en surface. Cela dépend où. A proximité des réacteurs et en aval, il y a aussi les fuites des sous-sols vers les nappes phréatiques qui ne sont jamais mentionnées, mais qui expliquent les niveaux très élevés de pollution qui sont relevés.
Un autre document précise aussi que TEPCo va utiliser les mêmes limites que pour l’eau souterraine pompée en bien en amont : 5 Bq/L en bêta total, 1 500 Bq/L pour le tritium et 1 Bq/L pour chaque césium.
Ce qu’il y a de ridicule dans toute cette communication, c’est l’insistance de TEPCo à expliquer qu’elle compte ainsi diminuer les fuites en mer et protéger l’océan. Ah bon, il y a des fuites ? La situation n’est pas « sous-contrôle » ? Le document donne une estimation des rejets en mer pour le strontium, césium et tritium qui sont de l’ordre de quelques milliards à presque 25 milliards de becquerels par jour. TEPCo met en avant une baisse entre l’année dernière et cette année, qui ne semble pas due à une amélioration de la situation, mais à un changement du point de mesure pour estimer les fuites… Son nouveau système de barrière+pompage+rejet devrait diminuer par un facteur quarante les rejets et fuites en mer. Pour le tritium, c’est un facteur 15 alors qu’elle ne le filtre pas. Bizarre.

• Records du jour de la contamination de l’eau souterraine :
-    dans les puits de contrôle 1-6, 1-14 et 1-17, il y a respectivement 1 400 000, 21 000 et 280 000 Bq/L en bêta total (prélèvements du 11 août 2014).

• Les derniers résultats mis en ligne sur la site de la NRA pour l’eau de mer mettent en évidence une faible contamination, mais systématique de l’eau de mer, sur de grandes distances, et une contamination conséquente des sédiments marins. Cela se traduit, pour les ressources halieutiques, par une faible contamination des animaux qui dépendent du plancton pour se nourrir et une forte contamination de ceux qui dépendent de la faune benthique, qui vit au fond.

Mardi 12 août :
• Selon une étude, qui vient d’être acceptée pour publication dans une revue scientifique en accès payant (article disponible à l’ACRO), trois micro-fragments de 2 microns de diamètre, prélevés dans les aérosols à Tsukuba, à 172 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, contiennent des éléments chimiques lourds correspondant aux produits de fission. Deux d’entre eux contiennent aussi de l’uranium. Il s’agit donc de micro-fragments de combustible nucléaire rejetés par la centrale nucléaire accidentée lors des premiers jours de la catastrophe. Ces fragments restent plus longtemps dans l’environnement que le césium 137.
Les aérosols ont été collectés les 14 et 15 mars.

• TEPCo va démanteler la station de traitement de l’eau contaminée installée par Areva au tout début de la catastrophe. Cela fait presque 3 ans qu’elle n’a pas été utilisée.
Cette station avait été installée en juin 2011 mais n’avait fonctionné que 3 mois, avant d’être remplacée par une autre installation plus fiable. Elle n’a traité que 76 000 m3 d’eau contaminée, mais elle a aussi accumulé les problèmes et les pannes.
Comme elle est très contaminée, sa maintenance induit des doses inutiles. TEPCo va donc demander à la NRA l’autorisation de la démanteler.

• Hokuriku Electric a déposé une demande d’autorisation de redémarrage du réacteur n°2 de sa centrale de Shika (Ishikawa). Ce réacteur a été mis en ligne en 2006. L’estimation de la secousse maximale est passée de 600 gals à 1 000 gals (cm/s2). Elle renforce donc la structure en conséquence. La digue face à la mer fait maintenant 15 de haut pour pouvoir faire face à un tsunami de hauteur estimée à 7,1 m.
L’activité de la faille qui passe sous la centrale est encore en débat. Le dossier ne sera donc pas instruit tant que cette question n’est pas réglée. Bien évidemment, la compagnie a conclu que la faille n’était pas active… Dans le cas contraire, elle peut fermer définitivement sa centrale.
C’est la 20ième demande de redémarrage sur 48 réacteurs. Le parc nucléaire japonais était dans un piètre état.

• Comme prévu, TEPCo a pompé environ 500 m3 d’eau souterraine à proximité des réacteurs qui a été mise dans des cuves. Cette eau devrait être traitée à partir du 20 août pour voir si le niveau de contamination baisse significativement.

• TEPCo continue à introduire de la glace et de la glace carbonique dans la galerie souterraine en espérant que le mur de glace refroidi par un liquide réfrigérant finisse par prendre. Dans une tentative de la dernière chance, TEPCo est passée à une tonne de glace carbonique, mais le tuyau par lequel elle la introduite a gelé et s’est bouché. Le mur de glace, quant à lui, n’a toujours pas pris… Le bricolage continue.

• TEPCo a changé sa page oueb où elle met toutes les informations autres que celles dédiée à la gestion de l’accident.

Lundi 11 août :
• Après en avoir informé les pêcheurs, TEPCo a déposé auprès de la NRA sa demande de rejet en mer de l’eau souterraine pompée au pied des réacteurs et le long du littoral. Cette eau, très contaminée, devrait être partiellement décontaminée avent d’être mise dans des cuves tampon pour contrôle avant rejet.
La compagnie va aussi commencer les pompages à titre d’essai dans 14 puits dès mardi, mais l’eau ne sera pas rejetée avant d’obtenir un feu vert.

• La Corée devrait renvoyer au Japon 20 kg de ferraille contaminée au césium 137. Le lot importé pour recyclage faisait 20 tonnes.

• Selon une étude du Maïnichi, seulement 13% des communes qui doivent accepter des réfugiés en cas d’accident nucléaire ont planifié leur accueil.
Le quotidien a contacté 362 communes mentionnées dans les plans d’urgence pour les questionner à propos de l’accueil prévu. Seulement 333 ont répondu. Parmi elles, 47 ont déclaré avoir un plan, 93 sont en train de s’en occuper et 179, soit 54%, n’ont pas de plan et ne sont pas en train d’y travailler. Beaucoup de plaignent des difficultés de collaborer avec les autorités régionales et les autres communes. Une commune, Kamo à Niigata, a refusé le plan qui lui était proposé car cela signifierait accepter un nombre de réfugiés égal à 43% de sa population, ce qui est impossible.
Pour 10 centrales nucléaires (Tomari à Hokkaïdô, Higashidôri à Aomori, quatre centrales de Fukui, Shimané à… Shimané, Ikata à Ehimé, Genkaï à Saga et Sendaï à Kagoshima), les communes situées dans un rayon de 30 km ont terminé leur plan d’urgence qui prend en compte l’évacuation complète de la population. Mais les communes d’accueil supposées ne sont pas toujours prêtes : il n’y en a aucune autour de Tomari et cela va au maximum à 33% des communes prêtes pour Higashidôri. Pour la centrale de Sendaï, qui devrait être la première à démarrer l’an prochain, seulement 11% des communes d’accueil sont prêtes.
Le gouvernement exige des communes situées à moins de 30 km de prévoir un plan d’évacuation, mais il n’exige rien des communes d’accueil… et ne leur fournit aucune aide. Certaines communes d’accueil ont à peine été consultées quand elles ont été sélectionnées par les régions.

• Le gouvernement japonais aurait décidé d’accorder une aide supplémentaire de 512 milliards de yens (3,75 milliards d’euros) à TEPCo.

• Le Japon sera en vacances cette semaine. Peu de travaux à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. Il y a habituellement 6 000 personnes chaque jour sur le site. Ils seront beaucoup moins durant cette semaine.

• Record du jour de la contamination radioactive de l’eau souterraine :
-    dans le puits de contrôle 1-17, il y a maintenant 240 000 Bq/L en bêta total (prélèvement du 7 août 2014).
A titre de comparaison, TEPCo ne s’autorise pas à rejeter dans l’océan une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.

Samedi 9 août :
• Le mur de glace dans la galerie souterraine ne prend toujours pas : TEPCO va passer de 15 à 27 tonnes de glace par jour pour abaisser la température de l’eau.

• Une fédération d’agriculteurs a demandé à TEPCo de reporter le démantèlement de la partie haute du réacteur n°1 suite aux forts rejets qui avaient accompagné des travaux similaires au niveau du réacteur n°3. La compagnie a refusé.

TEPCo a mesuré entre 26 et 340 Bq/kg en strontium 90, particulièrement toxique, dans le sol desséché de la centrale. C’est beaucoup plus que ce que l’on trouve habituellement à cause des essais nucléaires. Dans son style inimitable, TEPCo précise qu’il y a une « possibilité que ces fortes valeurs soient dues à l’accident ». Quelle pourrait être l’autre cause ?
La contamination en plutonium est plus faible, du même ordre de grandeur que les niveaux avant accident. Mais il doit aussi y avoir une contribution de l’accident, comme dans les sédiments des rivières alentours (cf 8 août). Là encore, TEPCo précise qu’il y a une possibilité…

• Deux magasins et un restaurant de nouilles, hébergés dans un bâtiment provisoire, ont ouvert, le 31 juillet dernier, devant la mairie de Naraha, pour favoriser le retour des habitants. L’ordre d’évacuer n’est pas encore levé mais les habitants peuvent rester chez eux pour préparer leur retour.

• Des chantiers pilote de décontamination de la forêt vont être lancés dans quatre villages de Fukushima : 30 hectares dans le district de Miyakoji de la commune de Tamura où l’ordre d’évacuer a été levé récemment, 10 hectares dans le district d’Odaka de Minami-Sôma, 30 hectares dans le district de Modo de Kawauchi et 10 hectares dans le district de Nimaibashi à Iitaté. Il s’agit de tester l’efficacité des méthodes tout en limitant l’exposition des travailleurs afin de permettre la reprise des activités de l’industrie forestière et de réduire « l’anxiété » des habitants qui souhaitent rentrer. Pas leur exposition à la radioactivité ? Ce sont des forêts privées situées dans les zones où c’est le gouvernement qui a pris en charge la décontamination.
L’agence des forêts estime le coût à 300 millions de yens (2,2 millions d’euros). Un appel d’offre va être lancé pour débuter en septembre prochain.
Rappelons que la province de Fukushima est couverte à 70% de forêts. Combien va coûter la décontamination des forêts ?

• Plus de précisions sur le montant de l’aide financière proposée par le gouvernement pour faciliter l’acceptation des centres de stockage de déchets issus des travaux de décontamination à Fukushima :
Le gouvernement a fait passer son offre à 301 milliards de yens (2,2 milliards d’euros) sur 30 ans. Si l’on ajoute les autres aides existantes, on arrive à près de 500 milliards de yens (3,6 milliards de yens). La part dédiée aux déchets était de 100 à 150 milliards de yens le mois dernier, selon les sources. Le gouverneur de Fukushima et les maires des deux communes concernées vont étudier l’offre. Ils ont déjà fait part de leur satisfaction.
La nouvelle offre se décompose ainsi : 150 milliards de yens pour les deux centres, qui iront essentiellement aux deux communes qui acceptent les déchets, 100 milliards pour aider à la reconstruction de Fukushima et 51 milliards supplémentaires aux communes qui hébergent des centres de production d’électricité. Il s’agit des centrales nucléaires.
Les communes qui hébergent les centrales reçoivent déjà 6,7 milliards de yens par an. Cela va être augmenté de 1,7 milliards pour faire face à la baisse de revenus liés à l’arrêt définitif des réacteurs et leur démantèlement. Cela devrait durer 30 ans.
Mais le gouvernement doit encore négocier avec près de 2 000 propriétaires à propos des terrains. Il va les acheter ou les louer, selon leur préférence. Cela ne va pas être aussi facile : le ministre va découvrir qu’avec les citoyens, tout ne se règle pas avec de l’argent…

Vendredi 8 août :
• Une étude franco-japonaise sur la pollution au plutonium dans les sédiments des rivières vient de paraître. On trouve du plutonium partout à de faibles concentrations, suite aux essais nucléaires atmosphériques. Mais certains isotopes ont des demi-vies assez courtes. En regardant les ratios entre les différents plutonium, il est possible de dater les rejets et faire la part entre ce qui vient de la catastrophe de Fukushima, récente, et les essais nucléaires, anciens.
Du plutonium de Fukushima a été détecté dans tous les échantillons contrôlés, jusqu’à 45 km de la centrale, mais en très faible quantité. La plus forte contribution de l’accident nucléaire est de 60% du plutonium trouvé dans un échantillon. La concentration en césium dans ces mêmes échantillons est, quant à elle, beaucoup plus forte.
L’étude est ici, en accès payant.

• L'AIEA réclame un contrôle strict du plutonium au Japon, comme dans les autres pays. Avec la fusion du cœur du réacteur n°3 qui contenait du MOX, et donc beaucoup de plutonium, le Japon doit mettre au point de nouvelles méthodes de contrôle pour prouver qu'il ne va pas détourner du plutonium lors du démantèlement de ce réacteur dans l'avenir.

• Le ministère de l’environnement va augmenter son aide au développement économique de la région de Fukushima à partir du moment où les centres de stockage seront acceptés. Comme le ministre de l’environnement l’avait dit, l’argent viendra à bout des réticences. Le gouvernement propose maintenant 300 milliards de yens (2,1 milliards d’euros) sur 30 ans. Le marchandage continue, mais les populations ne sont pas sur la même logique. Elles veulent des garanties.
Au bout de 30 ans, le gouvernement doit reprendre les déchets, comme il l’a promis. Mais cela va entraîner une baisse des subventions. Les élus locaux demanderont alors le prolongement des centres de stockage…

Jeudi 7 août :
• L’eau contaminée reste le cauchemar n°1 de TEPCo. Le pompage en amont d’eau souterraine devait réduire les infiltrations, en vain. TEPCo construit aussi un mur de glace en amont des réacteurs. En aval, elle tente de colmater les écoulements d’une galerie souterraine à l’aide d’un mur de glace, mais n’y arrive pas. Quant à sa station expérimentale de traitement des eaux contaminées pompées, elle accumule les déboires.
Dans un tel contexte, TEPCo vient de proposer un nouveau plan lors d’une réunion avec les pêcheurs : pomper l’eau des nappes à proximité des réacteurs au niveau de 42 puits, la décontaminer partiellement et la rejeter dans l’océan. TEPCo va faire la demande d’autorisation auprès de la NRA. Le dossier est prêt.
L’eau serait pompée à proximité des réacteurs et le long du littoral. TEPCo a déjà 27 puits et veut en creuser 15 supplémentaires. Les records à répétition de la contamination de ces nappes montrent que les niveaux atteint peuvent être très élevés et que cela va en s’aggravant. Les pêcheurs se sont montrés très réticents. Le ministre de l’environnement, qui prétend pouvoir tout régler par l’argent, va-t-il être appelé en renfort ?
Par cette action, TEPCo ne va-t-elle pas accélérer la contamination des nappes en favorisant les fuites de l’eau contenue dans les sous-sols ?
Une nouvelle barrière métallique est aussi en construction le long du littoral pour limiter les fuites. Mais on n’arrête pas un écoulement. L’eau va contourner la barrière, sauf si elle est pompée… D’où le plan de TEPCo, qu’elle espère mettre en application à partir de septembre prochain. Une nouvelle station de traitement des eaux qui retirerait essentiellement le césium et le strontium dédiée à l’eau souterraine viendrait s’ajouter à celles déjà existantes. Comme c’est déjà le cas actuellement, l’eau pompée serait entreposée dans des cuves tampon et contrôlée avant rejet en mer. Le tritium n’est pas retiré et sa concentration dépasse souvent la limite de 1 500 Bq/L que la compagnie s’est fixée pour l’eau pompée en amont. Ce risque d’être le cas, même en mélangeant l’eau des différents puits. Comment TEPCo va faire ? Elle va la mélanger avec l’eau pompée en amont pour diluer la pollution. Au pied du réacteur n°1 par exemple, il y a jusqu’à 150 000 Bq/L en tritium : TEPCo devra donc diluer 100 fois cette eau pour passer sous la limite de 1 500 Bq/L. Est-ce réaliste ?
En attendant, les fuites d’eau contaminée vers l’océan continuent. L’estimation officielle, faite à la louche, est de 200 m3 jour. TEPCo présente sa nouvelle idée comme un moyen de limiter ces fuites vers l’océan. Elle affirme aussi que les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols seront diminuées de moitié. Elles devraient passer de 400 à 200 m3 par jour. Mais, les pompages en amont devaient déjà diminuer de 100 m3 par jour ces infiltrations et ce n’est pas le cas.
La situation n’est pas sous contrôle depuis l’été 2013, comme le premier ministre l’avait affirmé ?
Avant la catastrophe, TEPCo pompait déjà l’eau souterraine au niveau de 57 puits pour éviter qu’elle n’inonde les sous-sols de la centrale. Elle la rejetait ensuite dans l’océan. ce système de drains et de pompes a été endommagé par le séisme et le tsunami.

• Le redémarrage du réacteur de Tôkaï (Ibaraki), pour lequel une demande a été déposée, relève de l’acharnement thérapeutique : il est vieux et nécessite des investissements massifs pour être remis aux normes. De plus, presqu’un million d’habitants vivent dans un rayon de 30 km autour de la centrale et pourraient être obligés d’évacuer en cas d’accident, dont ceux de la capitale régionale Mito. Les autorités régionales viennent d’estimer que 520 000 personnes devront aller trouver refuge dans les provinces voisines, dont celle de Fukushima. Il est impossible d’héberger tout le monde dans la province d’Ibaraki. Seuls 440 000 réfugiés pourraient y trouver un abris.
Les 14 communes concernées doivent donc passer des accords avec d’autres communes situées dans les provinces voisines pour trouver des hébergements, décider des moyens de transport, des stations de contrôle de la contamination et de la décontamination si nécessaire… Bref tout reste à faire. Est-ce bien raisonnable pour un réacteur qui a peu de chance de bénéficier d’un feu vert de la NRA ?

• Records du jour de la contamination radioactive de l’eau souterraine :
-    dans les puits de contrôle 1-14 et 1-17, il y a respectivement 14 000 et 190 000 Bq/l en bêta total (prélèvements du 4 août 2014).
Pour rappel, TEPCo se refuse à rejeter dans l’océan une eau contaminée à plus de 5 Bq/l en bêta total.

Mercredi 6 août 2014 :
• TEPCo a revu le scénario de l’accident pour son réacteur n°3 et pense maintenant que presque tout le combustible a fondu. Il s’est accumulé au fond de l’enceinte de confinement. La compagnie affirmait, jusqu’à maintenant, que 60% du combustible avait fondu et que le reste était resté dans la cuve. Le démantèlement sera donc plus complexe.
Rappelons qu’il s’agit partiellement de combustible MOx, c’est à dire un mélange d’uranium et de plutonium.
Par ailleurs, la commission d’enquête gouvernementale avait estimé que les personnes sur place avaient arrêté par erreur un système de refroidissement de secours et que cela avait contribué à l’accident. TEPCo estime désormais que ce système ne fonctionnait déjà plus quand il a été arrêté. La forte pression à l’intérieur de la cuve aurait empêché l’eau d’y pénétrer à partir de 20h la veille.
La compagnie en déduit que la fusion du cœur a eu lieu 5 heures plus tôt que ce qu’elle avait estimé précédemment. Elle aurait débuté à 5h30 le 13 mars 2013 et vers 7h, presque tout aurait fondu, percé la cuve et se serait étalé dans le bas de l’enceinte de confinement.Cet horaire coïncide avec la détection de neutrons à l’entrée du site. Une augmentation du flux de neutrons a aussi été détectée lors de la fusion du cœur du réacteur n°2 vers minuit le 14 mars.
L’injection d’eau grâce à un camion pompier a débuté à 9h25 ce même jour. Comme la température a immédiatement baissé, TEPCo estime qu’une petite partie du combustible a dû rester dans la cuve.
L’explosion hydrogène a eu lieu le lendemain, peu après 11h.
TEPCo estime toujours que presque la totalité du cœur du réacteur n°1 et 60% du cœur du réacteur n°2 ont fondu.
Voir le communiqué de TEPCo et une présentation, le tout en anglais.

• Le gouvernement japonais réfléchit à la mise en place d’un système de récompense pour les compagnies qui abaisseraient leur consommation d’électricité au moment des pics de demande. Il espère sa mise en place en 2016, au moment de la libéralisation complète du marché.

• L’eau pompée en amont dans le puits n°12 pour rejet dans l’océan, avait systématiquement une contamination en tritium supérieure à la limite de 1 500 Bq/L. Dans le prélèvement du 4 août, cette contamination est retombée à 960 Bq/L. Est-ce dû aux fortes pluies ?

Mardi 5 août 2014 :
• Les autorités régionales de Miyagi vont donner leur accord au lancement d’études pour installer un centre de stockage des déchets radioactifs dus à la catastrophe nucléaire : boues de station d’épuration, cendres d’incinérateurs, paille de riz… contaminées à plus de 8 000 Bq/kg en césium. Le gouverneur justifie sa décision par le fait qu’il y a de tels déchets un peu partout entreposés dans des sacs plastiques qui ne vont pas durer longtemps, ou dans des conditions non pérennes.
Mais les trois communes où le gouvernement envisage de mener ces études, Kurihara, Taïwa et Kami, sont opposées à l’installation d’un site de stockage. Le maire de Kami a refusé de coopérer avec le ministère et envisage de porter l’affaire devant la justice afin de bloquer les investigations. Il veut que les déchets soient stockés à Fukushima. Les deux autres maires ont accepté les investigations, avec des réserves.

• Kyûshû Electric a annoncé qu’elle ne pourrait pas soumettre les documents de sûreté concernant sa centrale de Sendaï (Kagoshima) avant septembre-octobre 2014. Ce qui signifie qu’il n’y aura pas de redémarrage avant l’hiver car il faut laisser le temps à l’instruction des dossiers et aux inspections. Bref, ce sera 2015 au plus tôt.
Le dossier déposé jusqu’à présent, qui a reçu l’assentiment de la NRA, concernait les améliorations à effectuer pour satisfaire aux nouveaux critères de sûreté. Il faut maintenant soumettre un rapport plus détaillé avec les plans de construction et la résistance aux séismes. Le document fera plusieurs dizaines de milliers de pages.
La compagnie avait initialement promis ce rapport pour mai 2014, puis juillet. Maintenant, ce n’est pas avant septembre 2014, au plus tôt.
Pendant ce temps là, la procédure de consultation du public sur le premier rapport de la NRA, qui a débuté le 16 juillet, continue jusqu’au 15 août.

• La NRA est en train d’inspecter la centrale de Tomari à Hokkaïdô pour étudier le risque sismique et le risque volcanique.

• Record du jour de la contamination radioactive de l’eau souterraine :
-    dans l’eau pompée entre les réacteurs 2 et 3, la contamination en tritium est maintenant de 7 500 Bq/L (prélèvement du 30 juillet 2014). C’est le deuxième record de suite.

Lundi 4 août 2014 :
• Depuis avril dernier, TEPCo essaye, en vain, de construire un mur de glace dans une galerie souterraine pour bloquer les écoulements d’eau contaminée. Elle a augmenté le nombre de tuyaux avec du liquide réfrigérant, sans pouvoir bloquer les écoulements. En juillet, elle a essayé de verser de la glace dans l’eau de la tranchée pour abaisser sa température et favoriser le gel. Elle a commencé avec 2 tonnes par jour, sans plus de succès. Fin juillet, elle est passée à 15 tonnes par jour ! Elle est arrivée à un total de 58 tonnes de glace et un représentant de la compagnie a déclaré qu’il fallait voir si cela marche. Pas très optimiste comme déclaration. La compagnie va aussi essayer la neige carbonique. C’est du bricolage. D’autres personnes avaient proposé d’injecter du béton, plus simple et moins cher, mais TEPCo s’acharne avec son gel. La NRA s’impatiente.

• Quatre personnes ont été arrêtées après avoir tenté de tricher pour obtenir une indemnisation de TEPCo.

• La maire pro-nucléaire de Genkaï, où il y a la centrale du même nom, dans la province de Saga, a été réélu pour un troisième mandat. Ses deux opposants demandaient l’arrêt définitif de la centrale.

• Ce mois-ci, TEPCo n’a pas mis en ligne en anglais les statistiques sur les relevés de dose prise par les intervenants à la centrale accidentée.

TEPCO a encore trouvé de l’eau contaminée suite à la fuite qui a eu lieu sur le circuit de refroidissement de la piscine du réacteur n°5.

• Le Woods Hole Oceanographic Institute a lancé une surveillance citoyenne de la radioactivité dans l’eau du Pacifique le long des côtes américaines, à l’instar de ce que fait l’ACRO en France. La grande différence est que l’ACRO ne fait pas payer ses préleveurs volontaires, cet Institut, si.
Les premiers résultats sont ici en ligne. L’institut trouve une contamination systématique en césium 137, de l’ordre de 1,1 à 1,5 Bq/m3, soit 0,001 1 à 0,001 5 Bq/L en 2014. Le césium 134, qui disparaît plus vite grâce à sa période radioactive de 2 ans, est indétectable, sachant que la limite de détection annoncée est de 0,2 Bq/m3.
La contamination en césium 137 est donc très probablement beaucoup plus ancienne que l’accident de Fukushima : essais nucléaires atmosphériques et rejets de l’industrie nucléaire américaine.
A noter qu’en 2011, les quelques mesures qui ont été faites font parfois apparaître une contamination une peu plus forte en césium 137 et la présence de césium 134. Il avait donc une contribution des rejets aériens, massifs en 2011, qui sont partiellement retombés dans l’océan et sur le sol américain qui a été lessivé par la pluie.

• Une évaluation italienne de la quantité de radioéléments dispersés dans l’atmosphère par la catastrophe à la centrale de Fukushima daï-ichi est ici en anglais.

• Records du jour de la contamination radioactive de l’eau souterraine :
-    dans le puits de contrôle 1-13, il y a maintenant 13 000 Bq/L en bêta total (prélèvement du 31 juillet 2014). TEPCo se refuse à rejeter dans l'océan une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.
-    dans le puits n°5 situé en amont des réacteurs où TEPCO pompe l’eau souterraine pour la rejeter dans l’océan, la contamination en tritium est maintenant de 50 Bq/L (prélèvement du 31 juillet 2014). L’eau du puits n°12 dépasse systématiquement la limite que s’est fixée TEPCo qui est de 1 500 Bq/L avant rejet en mer.

Vendredi 1er août 2014 :
• KEPCo, Kansaï Electric, vient de se faire retoquer son estimation de la hauteur de tsunami qui pourrait frapper sa centrale de Takahama (Fukui). Une erreur triviale de report de données s’est glissée dans son estimation et c’est la NRA qui l’a découverte. Elle va devoir refaire ses calculs.
L’an dernier, elle avait déjà revu à la hausse cette hauteur maximale estimée à 5,7 m et elle construit une digue de 6,5 m de haut. Mais si cette hauteur augmente encore, la digue ne pourra peut-être plus suffire.
Quand la NRA avait déclaré recevable le dossier de sûreté de la centrale de Sendaï (Kagoshima), elle avait suggéré que la prochaine centrale sur la liste pourrait être Takahama… Cela risque donc de ne plus être le cas.

• Il y a 10 compagnies d’électricité au Japon qui se partagent le territoire. 9 exploitaient du nucléaire et 8 étaient dans le rouge à cause de l’arrêt des réacteurs. Au cours du premier trimestre de l’année fiscale 2014 (avril – mai – juin), 6 compagnies ont fait des bénéfices, y compris TEPCo. Elles invoquent des coupures dans les dépenses et une augmentation de leurs tarifs. Mais toutes réclament un redémarrage rapide de leurs réacteurs nucléaires pour retrouver les profits. Il ne tient pourtant qu’à elles d’avoir des réacteurs aux normes !
Les trois compagnies qui restent dans le rouge sont Hokkaïdô, Kansaï et Kyûshû Electric, qui les plus dépendante envers l’énergie nucléaire.
Okinawa Electric, qui n’exploite pas de nucléaire, était aussi déficitaire pour cette période.

• Des fraises cultivées à Iitaté, village évacué, viennent d’être mises sur la marché. C’est le premier produit agricole cultivé dans les zones évacuées à être vendu.
Les fraises ont été cultivées sous serre dans une zone de préparation au retour où les travaux de décontamination sont terminés. Les bâches en plastique de la serre et la terre ont été changées. Un contrôle de la radioactivité a été fait par les autorités régionales. L’exploitant de la ferme a fait faire d’autres contrôles par la commune et un laboratoire privé pour regagner la confiance des consommateurs.
Le 15 juillet dernier, un agriculteur de Shinchi, dans la province de Fukushima, a repris la vente de champignons shiitaké. Ce sont les premiers shiitakés de Fukushima à être remis sur le marché. Il y en avait 24 kg et la plus forte contamination était de 5 Bq/kg. La provenance était indiquée sur les paquets.

• Suite à la catastrophe nucléaire, trois enquêtes indépendantes ont été menées : l’une mise en place par le gouvernement de l’époque, l’une par le parlement et la dernière par une fondation privée. Les trois rapports, aussi disponibles en anglais, ont beaucoup apporté mais soulignaient qu’ils subsistent de fortes interrogations sur le déroulé de l’accident et ses conséquences. Mais il ne s’est rien passé depuis. Aucune autre investigation ou étude n’a été lancée. Pas plus qu’un suivi indépendant des conséquences à long terme. Tous les documents et entretiens de la commission gouvernementale n’ont pas été rendus publics.
La décision du jury d’appel relatif à l’inculpation de cadres de TEPCo est venu rappeler que le public attend que toute la lumière soit faite sur ce qui s’est passé et que les responsabilités soient clairement établies. Ce devrait être fait avant toute autorisation de redémarrage d’un réacteur nucléaire.

• L’IRSN a rédigé une note sur le rejet atmosphérique du 19 août 2013 qui fait beaucoup couler d’entre actuellement au Japon. L’Institut ne prend en compte que le rejet de ce jour et se base sur l’AFP pour ses informations. Rappelons que les rejets liés au démantèlement ont été détectés à plusieurs reprises et que celui du 19 août semble être le plus élevé. L’IRSN semble l’ignorer.
Le seul apport de la note est le calcul des retombées à Minami-Sôma en prenant en compte la météo du jour et le terme source de TEPCo via l’AFP, à savoir la quantité de radioéléments rejetés. Ce rejet aurait ajouté entre 100 et 1 000 Bq/m2 pour le seul césium. C’est faible par rapport à la contamination existante des sols qui était déjà de quelques dizaines de Bq/m2 à plus d’un million et demi de Bq/m2. Mais ce nouveau rejet est aussi tombé sur les feuilles des plants de riz avec un transfert à la plante qui est beaucoup plus grand que par les racines.

• Dans un communiqué en anglais, TEPCo annonce le début des travaux de démantèlement du réacteur n°1 et qu’elle va tirer les leçons du réacteur n°3, sans mentionner les problèmes passés. Aucun calendrier précis n’est donné, même si l'on sait qu'il y a un mois de retard suite aux scandales sur le réacteur n°3. Mais la compagnie espère pouvoir commencer à retirer les combustibles de la piscine à partir de 2017. Elle ne dit pas non plus comment elle va s’y prendre pour les 70 assemblages qui sont endommagés depuis bien avant la catastrophe sur les 292 au total.

TEPCo a annoncé que sa station de traitement de l’eau contaminée, ALPS, qui cumule les déboires, devrait fonctionner à plein régime à partir de décembre prochain après avoir amélioré sa performance pour quatre radioéléments (cobalt 60, iode 129, antimoine 125 et ruthénium 106). La première date de démarrage annoncée était septembre 2012, les premiers tests ont débuté en mars 2013.
Rappelons qu’ALPS est supposée réduire significativement la contamination pour 62 radioéléments. Elle ne retire pas le tritium et la compagnie n’est pas autorisée à en rejeter une telle quantité dans l’océan. Elle devra donc garder des cuves pleines d’eau moins contaminée. Le risque est moindre en cas d’accident, mais cela ne résout pas le problème de la place prise par les cuves, leur surveillance etc. TEPCO ne mentionne jamais la contamination au carbone 14 et n’a jamais effectué la moindre mesure. Cela ne lui a pas été demandé non plus.
Outre ses pannes à répétition, ALPS génère beaucoup de déchets radioactifs, pour lesquels il n’y a aucune solution non plus. TEPCo ne dit rien à propos de ce problème. A-t-elle réussi à en diminuer le volume ? Si elle ne dit rien, c’est que la réponse doit être négative.
La compagnie n’a pas encore le feu vert de la NRA.
Ce communiqué s'explique par le fait que TEPCo avait, en septembre 2013, promis de traiter toute l'eau d'ici la fin de l'année fiscale 2014 (31 mars 2015). C'était à l'époque du choix de Tôkyô pour les jeux olympiques. La situation était officiellement "sous contrôle".
Seulement 110 000 tonnes ont été traitées sans que l'objectif ne soit atteint pour les quatre éléments mentionnés.
Voir aussi la fiche technique.

• Record du jour de la contamination de l’eau souterraine :
-    dans l’eau pompée entre les réacteurs 2 et 3, la contamination en tritium est maintenant de 7 300 Bq/L (prélèvement du 27 juillet 2014).

Jeudi 31 juillet :
• Retour sur le fort rejet atmosphérique qui a eu lieu en août 2013, lors du démantèlement de la partie supérieure du réacteur n°3. Il a probablement entraîné une contamination du riz cultivé à plus de 20 km de la centrale, le rendant impropre à la consommation.
Des mesures faites par une équipe universitaire à Marunomori, dans la province de Miyagi, à 59 km au Nord-Ouest de la centrale accidentée, ont mis en évidence une augmentation des la contamination de l’air en lien avec les travaux de démantèlement. Le système de filtration de l’air permet d’étudier la contamination des poussières, aérosols… Entre décembre 2011 et décembre 2013, les chercheurs ont mesuré, à 8 occasions différentes, une augmentation significative de la contamination, avec des niveaux plus de 10 fois plus élevés que ce qui est mesuré habituellement. A chaque fois, les vents dominants soufflaient vers le Nord-Ouest. La plus forte contamination relevée concerne un prélèvement qui a eu lieu entre le 16 et le 20 août 2013, qui correspond au seul rejet reconnu par TEPCo. Elle était de 50 à 100 fois plus élevée que les niveaux habituels.
Selon TEPCo, 7 des 8 augmentations de la radioactivité de l’air correspondent aux travaux de démantèlement de la partie haute du réacteur n°3. Le dernier cas, qui date du 16 au 20 novembre 2012, coïnciderait avec une fuite d’eau d’une cheminée d’un système de capture de césium dans l’eau. Mais ce dernier incident n’aurait pas entraîné un rejet aussi fort qu’en août 2013. La compagnie ne donne pas de chiffre.
Les chercheurs en concluent que des rejets répétés ont atteint des zones éloignées. Ils demandent donc à TEPCo de faire plus attention lors de ses opérations de démantèlement des réacteurs accidentés. Ils ont fait part de leurs résultats au ministère de l’agriculture en mai 2014. Cela ne l’a pas plus incité à communiquer sur le sujet que lors des précédents résultats reçus en mars de la même année.
Les travaux de démantèlement du réacteur n°1, qui devaient commencer ce mois-ci inquiètent de plus en plus. La négligence avec laquelle TEPCo a traité ces rejets est scandaleuse. Ils sont reportés le temps de trouver de meilleures solutions ou le temps que la polémique ne retombe ? Il ne faut pas s'étonner ensuite si les gens rechignent à retourner dans les territoires évacués.
Source Asahi.

• Le Japan Times revient sur l’augmentation des cancers de la thyroïde déjà relevée chez les enfants de Fukushima. En mars dernier, 300 000 enfants de la province, sur 370 000, ont eu droit à une échographie de la glande. 90 étaient suspectés d’avoir un cancer. Parmi eux, 51 ont subi une intervention chirurgicale qui consiste en l’ablation totale ou partielle de la glande située au bas du cou. C’est beaucoup plus que l’incidence normale qui est d’un à neuf cas par million d’enfants.
Certains spécialistes critiquent les interventions chirurgicales : les cancers papillaires de la thyroïde ne se développent pas toujours et les enfants auraient peut-être pu vivre en bonne santé avec leur glande. Une fois opérés, ils auront une cicatrice au cou et certains doivent prendre des médicaments toute leur vie. Entre 1995 et 2009, 283 patients ayant un cancer papillaire de la thyroïde à Tôkyô ont choisi de ne pas se faire opérer et ont opté pour un suivi médical. Aucun n’est décédé de ce cancer. A-t-on vraiment bien expliqué aux parents des enfants concernés ?
Ces experts réclament donc que les autorités régionales, qui mènent ce programme, rendent publiques les informations relatives à la glande après chirurgie et au niveau de progression du cancer. L’université de Fukushima refuse pour préserver la confidentialité des patients. Les autorités régionales n’ont pas le pouvoir d’accéder au dossier médical.
Les experts ne veulent que des statistiques, sur les 51 enfants qui ont subi une intervention chirurgicale, pas un accès au dossier.
Comme il y a une défiance des habitants envers ce programme, certains parents sont allés faire ausculter leurs enfants ailleurs et personne ne connaît les résultats.

• On en a déjà parlé, mais le ministère de l’environnement progresse dans son choix d’augmenter la limite de dose acceptable à l’issue des travaux de décontamination. Actuellement, l’objectif est de passer sous la limite de 0,23 microsievert par heure. En estimant que l’on passe 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%, cela correspond à une dose annuelle de 1 mSv (après avoir retiré le bruit de fond de 0,04 microsievert par heure). C’est la limite à ne pas dépasser en temps normal.
Le ministère veut passer à une limite située entre 0,3 et 0,6 microsievert par heure et va bientôt présenter son projet aux autorités locales. En effet, même après des travaux de décontamination, il n’est pas facile de descendre sous cette limite. Les habitants concerné demandent de nouveaux travaux de décontamination, qui ne seront peut-être pas beaucoup plus efficaces.
Le ministère pense que l’estimation de la dose annuelle est trop pénalisante et que les indications des dosimètres montrent que les doses réellement reçues sont inférieures. Mais il se base sur des moyennes, alors que chaque individu doit être protégé et des populations qui ont modifié leur façon de vivre.
C’est vrai que le calcul tend à surestimer l’exposition, mais c’est toujours comme cela que l’on fait pour être sûr de protéger tout le monde. Peu de gens passent 8 heures par jour dehors. Mais la marge gagnée de ce côté peut être perdue par le fait que certains habitants doivent aller dans des zones non décontaminées qui ne sont pas prises en compte dans le calcul.
Si des habitants dépassent la limite de 1 mSv/an là où des voisins ne la dépassent pas, que se passera-t-il ? Seront-ils accusés ou montré du doigt ? Auront-ils droit à une aide ?

• Une plainte collective avait été déposée contre 42 personnes, les accusant de négligences ayant entraîné la mort. Parmi elles, les patrons de TEPCo, des politiques, hauts fonctionnaires… En septembre dernier, les procureurs avaient retenu la plainte mais avaient conclu qu’il n’était pas possible de prouver leur culpabilité. Un tel tsunami n’était pas prévisible et il n’y avait pas de preuve de négligence.
5 700 plaignants ont fait appel pour que 6 anciens présidents, vice-présidents et autres dirigeants de TEPCo et le jury citoyen constitué de 11 personnes tirées au hasard a conclu que trois présidents et vice-présidents devaient être inculpés. Il s’agit de Tsunéhisa Katsumata, Sakaé Muto et Ichiro Takékuro. Le dossier de Akio Komori doit encore être examiné. Le jury a notamment justifié sa décision sur le fait que TEPCo avait prédit qu’un tsunami de 15,7 m était possible mais n’a rien fait : la vague du 11 mars 2011, 15,5 m au plus haut à la centrale situé à 10 m au dessus du niveau de la mer. TEPCo aurait dû prendre des mesures de protection.
Les procureurs vont donc revoir leur copie. Si les procureurs maintiennent leur position et le jury aussi, c’est ce dernier qui a gain de cause et il y aura inculpation.

• Selon l’agence de la reconstruction, 35,3% du budget 2013 dédié aux zones touchées par les trois catastrophes de 2011 n’ont pas été dépensés. C’était 35,2% l’année précédente. Ces chiffres mettent en avant les retards pris dans les programmes dus à une pénurie de main d’œuvre, de matériaux de construction et des problèmes de coordination entre le gouvernement et les autorités locales.
Il y a aussi des désaccords sur la hauteur des digues de protection à construire ou reconstruire. Dans les territoires contaminés, c’est l’absence d’exutoire pour les déchets issus de la décontamination qui retarde les travaux. 50% des 996 milliards de yens (7,2 milliards d’euros) dédiés à la décontamination n’auraient ainsi pas été utilisés.
L’argent non utilisé a été reporté dans le budget de l’année suivante.
Le budget total alloué par le gouvernement à la réhabilitation des territoires affectés par les trois catastrophes est de 25 000 milliards de yens sur 5 ans (presque 200 milliards d’euros). 18 000 milliards ont été utilisés à la fin de l’année fiscale 2013. Les autorités locales demandent une extension, car 5 ans c’est trop court.

• Hokkaïdô Electric a demandé de pouvoir augmenter ses tarifs d’électricité de 17% en moyenne à partir de l’automne. C’est la première compagnie à faire une deuxième demande d’augmentation. Elle n’obtiendra pas 17%, mais cela fait partie du marchandage. Elle avait obtenu le droit d’augmenter ses tarifs de 7,73% en moyenne pour les particuliers et petits consommateurs à l’automne dernier.
Pour les entreprises, Hokkaïdô Electric veut appliquer une hausse de 20%. Elle n’a pas besoin du feu vert gouvernemental pour cela.

Mercredi 30 juillet :
• Comme l’avait expliqué sans vergogne le ministre de l’environnement, c’est l’argent qui permettra de faire accepter les centres d’entreposage de déchets radioactifs issus de la décontamination, comme si les opposants ou les personnes réticentes n’étaient que dans une position de marchandage. Ils ont quand même tout perdu suite à la catastrophe nucléaire et ont donc le droit à un peu plus d’égards.
Et c’est d’argent dont il est question entre le gouvernement et les autorités régionales. Le gouvernement a proposé 230 milliards de yens (1,7 milliards d’euros) sur 30 ans « d’aides au développement régional » en échange du stockage. 30 ans correspondent à la durée d’entreposage des déchets. Mais, le gouvernement devrait aussi satisfaire à la demande d’arrêter définitivement les 4 réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ni, située à une dizaine de kilomètres au Sud de daï-ichi. Il arrêtera donc de verser les aides correspondantes qui sont de 12 milliards de yens par an (87 millions d’euros).
Les autorités régionales, qui y perdent au change, ont réagi vivement et réclament plus.

• Les centres d’entreposage des déchets radioactifs issus de la décontamination prévus à Fukushima ne devraient accueillir que des déchets de Fukushima, pas des autres provinces touchées. A Tochigi, le gouvernement a sélectionné un autre site dans la commune de Shioya sur des terrains qui lui appartiennent. Le site de 3 hectares devrait accueillir des boues de station d’épuration, des cendres d’incinérateurs, paille de riz et d’autres déchets qui ont une contamination en césium supérieure à 8 000 Bq/kg. Le maire a exprimé son opposition au projet à l’émissaire gouvernemental, mais a déclaré être prêt à discuter avec le ministère. Plus d’une centaine de personnes ont manifesté leur désaccord devant la salle de réunion.
Ce n’est pas très loin de Nikkô, qui est un site très touristique, connu pour la statue des 3 singes qui se cachent les oreilles, les yeux et la bouche. Il y a aussi une source à moins de 4 km, Shojinzawa Yusui, classée parmi les 100 meilleures eaux minérales en 1985.
Aucune étude sérieuse ne semble avoir été menée pour le moment puisque il doit encore déterminer la distance aux habitations, aux ressources aquatiques, les biotopes du lieu… et la quantité de déchets à stocker. Elle est actuellement de 14 000 tonnes environ. Contrairement au cas de Fukushima, il semble que ce site soit prévu pour être définitif. Dans tout le pays, en dehors de Fukushima, il y en a 146 000 tonnes, réparties dans 12 provinces.

• L’autorité de sûreté nucléaire japonaise, la NRA, a admis l’idée d’augmenter la limite maximale admissible de dose pour les travailleurs du nucléaire en cas d’accident. Mais elle n’a pas fixé de valeur.
Actuellement, c’est 100 mSv et cela avait été augmenté à 250 mSv durant les neuf premiers mois de la catastrophe. C’est toujours 250 mSv pour certaines personnes qui ne pourraient plus entrer sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi sans cette limite élevée. La limite de 100 mSv est donc considérée comme peu réaliste.
Une étude internationale va être faite pour fixer le niveau et voir comment obtenir le consentement a priori des travailleurs concernés. Il ne faut pas oublier les sous-traitants qui sont, de loin, les plus nombreux et qui prennent les plus fortes doses. Comment obtenir leur accord en cas d’emploi précaire ?

• On s’en souvient, la barrière de glace dans la galerie souterraine ne veut pas prendre t il y a toujours de l’eau qui circule. TEPCo avait donc versé de la glace en plus, ainsi que de la neige carbonique, pour abaisser la température de l’eau et aider au gel au niveau des tuyaux de refroidissement. La première fois, deux tonnes de glace avaient baissé la température de 4°C, mais cela n’avait pas suffi.
Cette fois-ci, TEPCo est passée à 15 tonnes par jour. Cette eau vient s’ajouter à l’inventaire quotidien d’eau contaminée.

• Les autorités régionales de Saïtama, dans la banlieue de Tôkyô, ne semblent pas connaître le nombre de réfugiés de Fukushima s’y sont installés. Elle ne recensait que ceux qui bénéficient d’un logement gratuit, à savoir 2 640 personnes. Après avoir interrogé toutes les 63 communes de la provinces, le nombre officiel de réfugiés est presque doublé : 5 044.
Les 2 400 personnes supplémentaires sont essentiellement des réfugiés « volontaires », à savoir des personnes qui sont parties de zones contaminées non évacuées. Et il ne s’agit que ceux qui se sont inscrits. Le nombre réel est plus élevé. Une ONG de soutien aux déplacés estime que le nombre de déplacés est de 1,7 à 2 fois plus élevé.
La situation pourrait être la même dans d’autres provinces. Cela confirme ce que l’on savait déjà, à savoir que le gouvernement ne connaît pas le nombre de déplacés dus à la catastrophe nucléaire.
Le nombre total de déplacés sur tout le Japon est officiellement de 247 233 pour les trois catastrophes.

• Des photos et quelques explications en japonais à propos de la fuite qui a eu lieu sur le circuit de refroidissement de la piscine du réacteur n°5. Les photos font apparaître une forte corrosion. La vanne a été remplacée.

Mardi 29 juillet :
• L’Académie Nationale des Sciences américaine vient de publier un rapport sur les leçons de Fukushima appliquées aux réacteurs nucléaires américains. Le rapport est accessible gratuitement en ligne ici, après s’être inscrit.
TEPCo a publié un communiqué de presse pour dire que le rapport ne faisait que reprendre ce que TEPCo a déjà mis en place. Et de se féliciter des leçons qui vont permettre une amélioration de la sûreté des réacteurs de la planète. Pour peu, la compagnie se féliciterait presque de l’accident. Ces gens sont sans vergogne.

• TEPCo a mis en ligne des images de robots partiellement financés par de l’argent public pour rechercher des fuites. Un robot nageur et un robot rampant ont ainsi été testés dans le réacteur n°2 et les tests seraient concluants. Aucune fuite n’aurait été trouvée pour le moment.
L’industrie japonaise veut faire de cet accident une opportunité pour être bien positionnée dans le marché mondial du démantèlement nucléaire qui va exploser dans les années à venir. D’où le communiqué.

• Records du jour de la contamination de l’eau souterraine :
-    dans les puits 1-14 et 1-17, il y a respectivement 12 000 et 150 000 Bq/L en bêta total (prélèvements du 28 juillet 2014).
A titre de comparaison, TEPCO ne s’autorise pas à rejeter dans l’océan une eau souterraine qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total. Une leçon positive pour le monde ?

Lundi 28 juillet :
• L’Asahi a fini de mettre en ligne des extraits traduits en anglais du témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi durant les premiers mois de la catastrophe. Quant au gouvernement, il ne semble toujours pas disposé à tout rendre public.

• Après Chubu Electric, les langues se délient. Chimori Naïto, 91 ans, un ancien vice-président de Kansaï Electric Power Compagny (KEPCO), a révélé que Yoshishigé Ashihara, qui a été président de la compagnie, a versé de l’argent à 7 premiers ministres. Y. Ashihara a décédé en 2003 à l’âge de 102 ans. Les versements de 20 millions de yens par an (146 000 euros au cours actuel), ont commencé en 1972 et ont duré 18 ans. A l’époque, ce n’était pas interdit. Mais, en 1974, les compagnies d’électricité ont décidé d’arrêter face à l’opposition des consommateurs qui ne voulaient pas payer ces dons via leurs factures. Mais l’interdiction n’était que superficielle selon Chimori Naïto. Impossible d’arrêter les versements pour ne pas déplaire aux politiciens.
A l’époque, Chimori Naïto pensait que c’était utile pour promouvoir l’énergie nucléaire et était fier de son action. Mais depuis, il y a eu une catastrophe nucléaire de grande ampleur, ce qui l’a fait réfléchir. La venue d’un journaliste de l’Asahi, a fait qu’il pense qu’il fallait témoigner avant de mourir. Pour les générations futures.
Il était présent quand l’argent était versé, deux fois par an, à la mi-août, au moment de la fête des morts (o-bon), et au moment du nouvel an. D’autres hommes politiques ont aussi reçu des dons en fonction de leur soutien à l’énergie nucléaire. En tout, KEPCo distribuait chaque année plusieurs centaines de millions de yens (plusieurs millions d’euros au cours actuel).
Les premiers ministres qui ont bénéficié de ces dons sont : Kakuei Tanaka, Takeo Miki, Takeo Fukuda, Masayoshi Ohira, Zenko Suzuki, Yasuhiro Nakasoné et Noboru Takeshita. Seul Nakasoné est encore en vie et n’a pas confirmé.

• Selon un sondage national, 59% des japonais sont opposés au redémarrage de la centrale de Sendaï et 23% sont en faveur.

• Hokkaïdô Electric devrait demander une nouvelle autorisation d’augmenter ses tarifs. La précédente augmentation était de 7,73% en moyenne pour les ménages en septembre 2013. La compagnie a perdu 63 milliards de yens en 2013 (460 millions d’euros).

Dimanche 27 juillet :
• Les autorités ont commencé à distribuer des pastilles d’iode autour de la centrale de Sendaï (Kagoshima), dont le dossier de sûreté a été jugé recevable par la NRA.
La NRA avait recommandé de distribuer les pastilles dans un rayon de 30 km et la distribution n’a lieu que dans un rayon de 5 km ! Il n'y aura pas de distribution au-delà. Le Japon peine à tirer les leçons de la catastrophe en cours. A Fukushima, il aurait fallu distribuer de l'iode jusqu'à 50 km !
4 700 personnes sont concernées autour de Sendaï. 2 661 personnes en ont reçu ce dimanche après avoir vu un médecin. La deuxième distribution aura lieu en septembre prochain.
C’est la première fois que de telles pastilles sont distribuées au Japon. 39 personnes les ont refusées.

Samedi 26 juillet :
• Il fait chaud au Japon, très chaud. Il y a eu 37°C à Osaka, plus en d’autres lieux. Mais aucun problème d’alimentation électrique bien qu’aucun réacteur nucléaire ne fonctionne.

• Le gouvernement est à la peine pour les deux sites d’entreposage des déchets issus de la décontamination qu’il veut installer à Ôkuma et Futaba. Il voulait acheter les terrains mais certains propriétaires ne veulent pas vendre. Le gouvernement a promis que les déchets n’y resteront pas plus de trente ans et qu’il trouverait un site de stockage définitif en dehors de la province de Fukushima. Mais les propriétaires en question n’y croient pas, bien entendu. Qui va accepter ces déchets près de chez lui ? Ils ne veulent donc pas vendre de peur que ce stockage devienne définitif.
Le gouvernement a donc renoncé à l’achat et va louer les terrains en question. Il a besoin de 16 km2 pour y mettre entre 16 et 22 millions de mètres cube et espère toujours commencer les travaux en janvier 2015. Il va aussi augmenter le soutien aux personnes évacuées, mais les paroles du ministre de l’environnement, qui a expliqué que l’argent viendrait à bout des réticences. (Une telle gaffe n’est pas une surprise. Avoir mis une telle personne à l’environnement est symptomatique du peu de considération de ce poste, même après une catastrophe écologique d’une telle ampleur.)
Les deux communes sont classées dans la zone de retour difficile à cause des niveaux de contamination. 17 000 personnes ont dû les quitter.

• Le redémarrage éventuel du réacteur n°3 de la centrale d’Ikata (Ehimé) vient d’être reporté car, selon l’exploitant, Shikoku Electric, la salle de contrôle de secours ne tiendrait pas à une secousse sismique de 620 gals. Il va donc construire une nouvelle salle. Les travaux vont débuter en septembre et devraient prendre 6 mois.
Le bâtiment actuel, qui a coûté 4 milliards de yens (30 millions d’euros), a pourtant été terminé en décembre 2011, c’est à dire après la catastrophe de Fukushima ! Le problème n’est pas récent car, lors du séisme de 2007 qui avait conduit à l’arrêt de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa (Niigata), une des pièces du centre de crise était inutilisable. C’était déjà TEPCo… La leçon n’avait donc pas été tirée par Shikoku Electric. Mais les nouvelles règles de sûreté ne lui laissent pas le choix.
Ce n’est pas la seule centrale japonaise qui a ce genre de problème :
-    à Onagawa (Miyagi), le bâtiment a été terminé en octobre 2011, mais il n’est pas étanche à la radioactivité ;
-    idem à Tôkaï (Ibaraki), où le bâtiment a été terminé en mars 2011 ;
-    à Hamaoka (Shizuoka), le bâtiment terminé en août 2010, ne tiendrait pas aux secousses les plus fortes envisagées.
Les compagnies qui n’avaient pas construit de tels bâtiments, comme Kyûshû Electric ou Kansaï Electric, doivent s’y mettre sans avoir le problème d’un bâtiment neuf sous-dimensionné face aux risques.

Vendredi 25 juillet :
• Le Japon affiche un déficit commercial de 55,5 milliards d’euros au premier semestre 2014, en hausse de plus de 50% sur un an. La balance commerciale n’est pas sortie du rouge depuis deux ans. La hausse des importations d’hydrocarbures suite à la catastrophe de Fukushima et l’arrêt complet du parc nucléaire, est une des raisons. La dévaluation de la monnaie a renchéri ce coût. D’un autre côté, les exportations peinent à décoller.

• La revue Nature Scientific Reports vient de publier une étude sur le sang de 61 singes vivant à 70 km de la centrale de Fukushima. Il y aurait moins de globules blancs et rouges que dans le sang d’un groupe témoin situé à 400 km. La contamination en césium de leurs muscles varie entre 78 et 1 778 Bq/kg et il y a une corrélation négative entre cette contamination et les globules. Selon les auteurs, "ces résultats suggèrent que l'exposition à des matières radioactives a contribué aux modifications hématologiques chez les singes de Fukushima". Leur système immunitaire serait donc plus fragile.
L’étude est ici en libre accès.

• Depuis mai dernier, TEPCo pompe de l’eau souterraine en amont des réacteurs pour la rejeter dans l’océan après contrôle. Elle espère ainsi diminuer les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs. 400 m3 pénètrent chaque jour et cette eau se contamine au contact de l’eau de refroidissement des réacteurs. Le pompage devait réduire de 100 m3 par jour ces infiltrations. Lors d’une réunion au ministère de l’industrie sur le problème de l’eau, la compagnie a reconnu que les effets sont très faibles. Dans des puits de contrôle situés de 70 à 150 m des réacteurs, le niveau de la nappe n’a baissé que de 10 cm, au mieux. Et d’accuser l’eau de pluie qui s’infiltre. La compagnie veut donc couvrir le sol pour limiter cet apport.
Des experts ont demandé à TEPCo d’être plus précise et d’apporter des mesures plus précises car les pêcheurs, qui ont donné leur accord aux rejets en mer, attendent des résultats.

• TEPCo a reconnu que des cuves qui servent à stocker l’eau contaminée sont d’occasion, comme l’a révélé le Maïnichi. Mais la compagnie prétend que cela ne change rien par rapport à leur qualité. Quant à la cuve qui avait fui durant l’été 2013, elle était neuve.
Dans son communiqué, la compagnie dit tout faire pour diminuer le volume d’eau contaminée qui s’ajoute jour après jour. Et de citer notamment, les pompages en amont sans dire que les effets sont quasi-nuls, la station de traitement ALPS, sans dire qu’elle est encore en phase de teste et souvent en panne et le mur de glace, sans dire que dans la galerie souterraine, il ne prend pas. Bref, du blabla.

• Pour la première fois, le plan stratégique énergétique du Japon envisage le stockage des combustibles usés qui sortent des centrales sans passer par le retraitement. L’agence en charge des études sur l’enfouissement devra envisager cette option. Il s’agit d’un revirement réaliste car l’usine de retraitement n’a jamais démarré depuis qu’elle est terminée. De plus, les perspectives de « recyclage » sont quasi-nulles avec le parc nucléaire très réduit et le projet de surgénérateur Monju qui n’a fonctionné que quelques mois depuis 1994.
La Japon a accumulé 17 000 tonnes de combustible usé.

TEPCo a reçu 105,5 milliards de yens (770 millions d’euro) d’aide financière. C’est le 30ième versement. Parallèlement, la compagnie a indiqué avoir fait une nouvelle demande d'aide financière de 512,5 milliards de yens (3,75 milliards d’euros). En prenant en compte cette nouvelle demande, le montant total des fonds demandés pour l'indemnisation des victimes du désastre de Fukushima s'élève à 5 301,4 milliards de yens (plus de 38,8 milliards d'euros au cours actuel). Ces sommes sont censées être remboursées ultérieurement par Tepco, mais nul ne sait quand.

• Records du jour de la contamination de l’eau souterraine :
- dans les puits de contrôle 2-8, 3-2 et 3-4, il y a respectivement 5 800, 3 000 et 35 Bq/l en bêta total (prélèvements du 23 juin 2014).
A titre de comparaison, TEPCo se refuse de rejeter dans l’environnement une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.

• Suite aux récents scandales, TEPCo tente de reprendre en main sa communication et a mis en ligne plusieurs vidéos :
-    cette vidéo monte une patrouille de contrôle en action ; on voit les bâches en plastique mises par dessus les cuves pour éviter que l’eau de pluie s’accumule dans les réceptacles supposés récupérer l’eau des fuites éventuelles.
-    cette vidéo montre l’imperméabilisation des sols pour éviter que l’eau de pluie rejoigne les nappes phréatiques. Le drainage de ces eaux jusque dans le port est ensuite montré.

Jeudi 24 juillet :
• Retour sur le rejet atmosphérique qui a eu lieu en août 2013. Pour rappel ce sont des chercheurs qui, en mesurant la contamination de l’air, ont découvert de brusques augmentations. Cela pourrait expliquer le fait que la contamination du riz dépasse la limite de mise sur le marché en des lieux où elle était inférieure les années précédentes. Alerté depuis mars 2014, le gouvernement a contacté TEPCo qui n’a ni confirmé, ni infirmé. Ni l’un ni l’autre n’ont jugé utile de prévenir la commune de Minami-Sôma, qui a été exposée par ces rejets, le public etc… Il a fallu attendre juillet pour que l’affaire soit révélée. Il y avait bien eu une histoire de travailleurs contaminés en attendant le bus sur le site de la centrale et rien d’autre.
TEPCo vient maintenant de reconnaître que le déblaiement des débris situés en haut du réacteur n°3 a entraîné le rejet total de plus de 1,12 térabecquerel d’éléments radioactifs (1 120 milliards de becquerels) pour la seule journée du 19 août. Cela vient s’ajouter aux autres rejets continus par les réacteurs accidentés. Et les autres jours ?
Comme le rejet aurait duré 4 heures, cela représente un rejet de 280 milliards de becquerels par heure à comparer aux 10 millions par heure rejetés en continu par ailleurs. Ces 10 millions par heure sont déjà beaucoup plus élevés que les rejets d’une centrale en fonctionnement normal.
L’estimation de TEPCo reste grossière et est prétendument majorante : ce débit de 280 GBq/h n’aurait duré de 20 minutes, mais TEPCo l’a extrapolé aux 4 heures où il y a eu des rejets qui ont déclenché des alarmes. La compagnie ne dit rien des autres jours où les rejets ont dus être plus forts qu’à l’accoutumée, même s’ils n’ont pas fait sonner les alarmes. Les chercheurs ont détecté d’autres pics de rejet en dehors du site. Et comme leurs détecteurs ne sont pas situés tout autour de la centrale, ils n’ont forcément pas tout vu.
TEPCo ne peut donc pas détecter de tels rejets aériens anormaux ? Ni en informer les autorités et le public ? Pourquoi la compagnie n’est interrogée que maintenant par la NRA, quand c’est devenu public, alors que l’affaire est connue des autorités depuis mars dernier ? Décidément, ni le gouvernement, ni la compagnie n’ont encore tiré les leçons de la catastrophe passée.
Tout le monde s’inquiète légitimement des rejets à venir quand les travaux de démantèlement du réacteur n°1 vont commencer.

• Les montagnes de l’Est (Higashiyama) d’Ichinoséki dans la province d’Iwaté sont connues pour les plantes sauvages qui servaient de base à l’économie locale. Mais après les rejets massifs dus à la catastrophe nucléaire, elles ne sont plus consommables et leur mise sur le marché est interdite. C’est le cas en particulier de l’angélique, de fougères, pousses de bambou et champignons. Ne restent que les feuilles de wasabi, les pétasites ou tacounets (fuki) et shidoké (pas de traduction trouvée).
La récolte de ces plantes est très ancienne et c’est donc toute la culture locale qui est menacée. Il y a donc des initiatives locales pour les cultiver sur des terrains propres afin de préserver l’économie locale et la culture culinaire qui y sont associées.
La culture des shiitakés est aussi menacée. La province d’Iwaté a produit 201 tonnes de shiitakés séchés et 385 tonnes de shiitakés frais en 2010. Cette production a été divisée par deux en 2012. Aussi bien les champignons que le bois de culture dépassaient la limite autorisée. Pour ce dernier, elle est de 50 Bq/kg pour le césium car les champignons ont tendance à concentrer cet élément. Il faut donc renouveler le stock de bois de culture, mais la moisson n’est possible que deux années plus tard. Même en commençant cet hiver, il n’y aurait pas de récolte avant l’automne 2016. 70% des cultivateurs de shiitaké d’Ichinoséki veulent donc abandonner leur activité.
Des interdictions de mise sur le marché de plantes sauvages et de champignons ont toujours cours au Japon dans 15 provinces. Le nombre de producteurs de shiitakés a été divisé par plus de 5 à Fukushima et plus de 3 à Miyagi. Fukushima était aussi réputée pour sa production de bois d’élevage qui était vendu dans tout le pays. La vente de ce bois est à 6% de son niveau avant catastrophe. C’est donc toute la culture associée à cette activité qui est menacée.

• Après presque 3 mois, la barrière de glace tentée par TEPCo dans une galerie souterraine pour stopper les écoulement d’eau contaminée n’a toujours pas entièrement pris. La compagnie accuse toujours un filet d’eau qui empêche le colmatage. Ne serait-ce pas l’inverse ?
Lors d’une réunion avec l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, la NRA, la compagnie a expliquer vouloir ajouter des tuyaux avec du liquide réfrigérant et verser de la glace dans l’eau contaminée pour abaisser sa température. TEPCo veut aussi mettre des sacs de sable là où il n’est pas possible de mettre des tuyaux. La NRA lui a reproché d’avoir été trop optimiste.
Sur ces images mises en ligne sur son site, TEPCo annonce avoir versé 2 tonnes de glace dans une galerie souterraine du réacteur n°2. Cette glace est simplement versée à l’aide de pelles. Quelle dose ont pris les intervenants ? N’est-il pas possible d’envisager des moyens moins rudimentaires qui exposent moins les ouvriers ?
Voir le communiqué de TEPCo et la fiche technique en anglais.

Mercredi 23 juillet :
• Le Maïnichi révèle que TEPCO a acheté des cuves d’occasion pour stocker de l’eau contaminée. Il y en aurait plus d’une vingtaine qui sont du même type que celle qui a fui durant l’été 2013. TEPCo avait alors mis un mois à s’en rendre compte et 300 m3 d’eau fortement contaminée avait fui dans l’environnement. La compagnie avait alors reconnu que cette cuve avait été démontée et remontée pour être déplacée sur le site de la centrale. Maintenant, elle refuse de dire si c’était une d’occasion ou pas.
En mai 2011, TEPCo a commandé des cuves pour stocker l’eau et la boue radioactive. Mais comme il fallait du temps pour les produire et qu’il y avait un caractère d’urgence, TEPCo s’est rabattue sur des cuves d’occasion. Le fabricant en aurait fourni entre 20 et 30. Ses bénéfices ont explosé en juin 2011.
Les joints de ce type de cuve sont supposés tenir 5 ans. TEPCo maintient cette assertion. Mais une personne qui travaille chez le fabricant de cuve, explique que cette durée n’est pas garantie.
Depuis octobre 2012, TEPCo installe des cuves plus solides et plus chères, mais les premières cuves moins résistantes, dont celles d’occasion, sont toujours pleines d’eau. Cependant, une source interne au fabricant, Tokyo Kizai Kogyo selon l’AFP, révèle que les cuves bon marché ont continué à être livrées jusqu’en septembre 2013. Il aura fallu la fuite de l’été 2013 et de l’argent public pour que TEPCo y renonce. Elles coûtent deux à trois fois moins cher que les nouvelles. Il y en aura 332 en tout qui devraient commencer à être remplacées à partir de septembre 2014.

• TEPCo a mis en ligne des résultats de mesure sur des poissons qui ont été pêchés au large de la centrale, à moins de 20 km, à l’exclusion du port devant les réacteurs accidentés. La tendance est à la baisse, mais il y a encore plusieurs spécimens qui dépassent les 100 Bq/kg en césium, la limite de mise sur le marché. La plus forte contamination est de 370 Bq/kg.

• Record du jour de la contamination de l’eau souterraine :
-    dans le puits de contrôle 1-6, il y a maintenant 1,2 million de becquerels par litre en bêta total (prélèvement du 21 juillet 2014).
A titre de comparaison, TEPCo se refuse de rejeter dans l’environnement une eau qui aurait plus de 5 Bq/L en bêta total.

Mardi 22 juillet :
• Le village d’Iitaté a été entièrement évacué mais depuis, il a été divisé en différentes zones en fonction du niveau de contamination, comme partout ailleurs. Le montant des indemnisations dépend de la zone, ce qui ne plait pas aux habitants. Les résidents des zones les moins contaminées, où le gouvernement promet un retour, pensent que cette politique divise les habitants. Ils ont fait une demande officielle pour que tout le monde obtienne la même chose. Ils vont aussi demander un soutien supplémentaire de 3 millions de yens car ils n’ont été évacués que tardivement et ont donc été exposés pendant plus d’un mois aux retombées radioactives sans le savoir.
Environ 2 500 personnes, soit environ 40% du village, devraient se joindre à cette demande.

• Des résidents vivant à proximité de la centrale de Sendaï (Kagoshima), la première qui devrait redémarrer, s’inquiètent en cas d’accident. Ils sont donc aller regarder de près les plans d’évacuation. Le principal problème, comme partout, ce sont les personnes hospitalisées et les personnes âgées, qui ne peuvent pas s’enfuir par elles-mêmes et qui ont besoin de soins.
La province de Kagoshima a publié son plan d’évacuation dans un rayon de 30 km en mai dernier. Il ne prenait pas en compte les hôpitaux, cliniques et maisons de retraite. Les autorités régionales ont récemment publié un plan d’évacuation pour les 17 hôpitaux et centres de soins situés dans un rayon de 10 km. Si l’on passe à 30 km, ce chiffre passe à 244 ! Elles veulent donc se limiter à 10 km. Le gouverneur a expliqué qu’il était toujours possible de définir des plans jusqu’à 30 km sur le papier, mais qu’ils ne seraient pas fonctionnels en cas d’accident.

• TEPCo peine à garder ses cadres. 134 personnes ont quitté TEPCo en 2010, avant la catastrophe. Elles étaient 465 en 2011, 712 en 2012 et 488 en 2013. 70% d’entre elles ont moins de 40 ans. Et quand la compagnie a lancé un programme de départs volontaires à la retraite, il y a eu 1 151 demandes pour 1 000 places.
La baisse des salaires est une des raisons de ces départs. Mais aussi l’image détériorée de la compagnie.
A Fukushima, de nombreux employés cachent qu’ils travaillent chez TEPCo. Ils craignent d’être stigmatisés ou que leurs enfants ne soient plus acceptés par leurs camarades.
Certaines compagnies étrangères qui veulent pénétrer le marché des énergies renouvelables au Japon, qui bénéficie d’un prix de rachat de l’électricité qui est attractif, tentent de séduire les employés de TEPCo qui ont une bonne connaissance de la production, du transport et de la vente de l’électricité.

• Après un week-end de 3 jours au Japon, voici quelques records de la contamination des eaux souterraines :
-    dans le puits de contrôle 3-5, il y a maintenant 510 Bq/l en bêta total. La contamination en césium de l’eau y a aussi battu son propre record (prélèvement du 16 juillet).
-    dans le puits de pompage de l’eau souterraine situé entre les réacteurs 2 et 3, la contamination en tritium est maintenant de 7 100 Bq/L (prélèvement du 16 juillet).
-    l’eau recueillie dans un drainage a aussi battu un record de contamination en césium (12,9 Bq/L) et en bêta total (45 Bq/L). TEPCo ne donne pas d’explication particulière. Le prélèvement date du 18 juillet.
A titre de comparaison, TEPCo ne s’autorise pas à rejeter dans l’océan une eau qui contiendrait plus de 5 Bq/L en bêta total et 1 500 Bq/L en tritium.
Ce n’est pas un record, mais l’eau pompée en amont dans le puits n°12 a semble avoir en permanence une contamination tritium supérieure à la limite de rejet en mer. Il y a 1 800 Bq/L dans le prélèvement du 17 juillet.

Lundi 21 juillet :
• Un ancien directeur de Chubu Electric, qui possède la centrale de Hamaoka, a avoué à l’Asahi que la compagnie avait demandé à ses sous-traitants de contribuer à fond secret pour arroser les politiciens. 250 millions de yens (1,8 millions d’euros) auraient ainsi été collectés en 20 ans. La compagnie a démenti quand elle a été interrogée par le quotidien.
Mais l’ancien directeur, qui a décidé de révéler les faits après l’accident nucléaire, a expliqué que peu de personnes sont au courant des faits. Il recevait l’argent personnellement, sans les faire apparaître dans les comptes de l’entreprise. L’argent servait ensuite à financer les campagnes électorales des gouverneurs favorables au nucléaire.
Les sous-traitants étaient remboursés en surfacturant leurs travaux. Les compagnies incriminées n’ont ni confirmé ni démenti. Un ancien cadre d’une des compagnies a reconnu les faits. Cela a commencé dès les années 1970. Les travaux de construction de la centrale ont débuté en 1976.
Dans un autre article, l’ancien directeur a ainsi avoué avoir versé un total de 30 millions de yens (220 000 euros) à quatre candidats au poste de gouverneur entre les années 1980 et 2000. Le précédent gouverneur d’Aïchi, Masaaki Kanda, qui a fait trois mandats entre 1999 et 2011 a reconnu avoir reçu de l’argent de Chubu Electric en 1999. Selon l’ancien directeur de Chubu Electric, ce sont 3 et 5 millions de yens (22 000 et 36 000 euros) qui lui ont été versés en 1999 et 2003 respectivement. L’ancien gouverneur ne se souvient pas pour 2003. Il explique que Chubu Electric ne lui a rien demandé en échange et qu’il n’a jamais favorisé la compagnie.
Les 5 millions de yens donnés en 2003 provenaient de 5 donations d’un million de yens chacune par 5 entreprises du bâtiment. Les noms de ces compagnies ont été donnés à M. Kanda quand l’argent lui a été remis.
Pour ce qui des trois autres candidats au poste de gouverneur soutenus par Chubu Electric, les sommes versées étaient aussi de l’ordre de 2 à 5 millions de yens. Ces dernier n’ont pas reconnu les faits ou déclarent ne pas en avoir souvenir. Les gouverneurs n’ont, officiellement, pas le pouvoir de s’opposer au démarrage d’un réacteur nucléaire. Mais s’ils s’y opposent, la situation politique est plus complexe à gérer pour l’exploitant.
In fine, ce sont sûrement les consommateurs qui ont payé via leur facture d’électricité.

• Avant la triple catastrophe, le barrage Ogaki à Namié alimentait 1 613 fermes ou 1 531 hectares de cultures dans le district d’Odaka à Minami-Sôma. Le barrage a été endommagé par le séisme et les sédiments contaminés par les rejets radioactifs. Namié et le district d’Odaka ont été évacués.
Les travaux de consolidation du barrage ont commencé en avril dernier et la décontamination du fond devrait commencer en octobre prochain.
La mairie de Minami-Sôma espère un retour des habitants à Odaka en avril 2016. Les eaux du barrage devraient pouvoir à nouveau servir à l’irrigation à partir d’avril 2017. Ce sera le premier parmi les dix barrages dédiés à l’agriculture de la zone évacuée qui sera réhabilité.
Mais le lessivage des sols va, à nouveau, contaminer les sédiments retenus dans le barrage. Les analyses de l’eau de surface a mis en évidence une absence de contamination décelable. Seules les eaux de surface seront donc utilisées. En cas de basses eaux ou de fortes pluies entraînant une forte turbidité, le barrage ne sera pas utilisé.

• De récentes affaires ont montré que la commission d’arbitrage qui établit le niveau de compensation reçu par les victimes de la catastrophe nucléaire n’est pas toujours loyal. Le Maïnichi cite le cas d’une dame de 66 ans qui vivait en bonne santé à Minami-Sôma. Elle avait quelques problèmes de tension, mais rien d’autre. Elle a fait une hémorragie cérébrale dans le centre d’accueil des réfugiés où elle était et n’a pas recouvré depuis toutes ses capacités motrices. Elle a besoin d’une cane pour se déplacer.
Elle a fourni 3 certificats médicaux dans son dossier de demande d’indemnisation. Un du médecin qui l’a reçue aux urgences. Il dit que l’impact de la catastrophe nucléaire est « inconnu ». En revanche, le médecin de famille et celui qui a suivi sa réhabilitation ont certifié que l’hémorragie et ses conséquences étaient dues à 100% au stress engendré par la catastrophe nucléaire.
TEPCO a soumis sa propre analyse du dossier et a conclu que la catastrophe n’a contribué qu’à 50%. Son médecin n’a jamais vu la dame en question. Il ne l’a pas auscultée. La commission a conclu comme TEPCo sans demander l’avis d’un médecin tiers et lui a allouée une indemnisation de 7 millions de yens (51 000 euros). Il n’a pas, non plus, justifié sa décision.
Le quotidien a trouvé plusieurs autres cas où la commission n’a pas sollicité l’avis d’experts tiers. Officiellement, c’est pour gagner du temps. Mais le quotidien avait déjà révélé que, par défaut, la contribution de la catastrophe était fixée à 50%.

• Le gouvernement s’était engagé à décontaminer toutes les zones où l’exposition externe dépasse le millisievert par an, qui est la limite annuelle à ne pas dépasser en temps normal. En supposant que les habitants passent 8 heures par jour à l’extérieur et 16 heures à l’intérieur, cela se traduit par un débit de dose de 0,23 microsievert par heure.
Mais les travaux de décontamination ne donnent pas les résultats attendus. Les autorités veulent donc changer la façon d’évaluer les doses. Un dosimètre est fourni aux habitants et les données relevées. En faisant attention, il est possible de prendre moins d’un millisievert par an là où le calcul grossier prédit plus. Et donc, il n’est pas besoin de décontaminer autant !
Certaines communes, comme Daté, sont contentes de ce choix. Le maire, soutenu par le programme français Ethos in Fukushima, fait régulièrement venir des experts étrangers pour faire valoir ce point de vue. L’exemple norvégien est mis en avant : les samis, qui vivent de l’élevage de rennes, ont vu leur mode de vie menacé par la contamination radioactive de Tchernobyl. Ils ont donc accepté une augmentation de la limite de contamination de la viande de renne.
Des dosimètres ont été distribués à 50 000 personnes entre juillet 2012 et juin 2013 à Daté. 70% d’entre elles avaient une dose enregistrée inférieure à 1 mSv. Même dans des zones où la contamination engendre un débit de dose supérieur à 0,23 microsievert par heure.
Mais le gouvernement ne se base que sur des moyennes. Or il faut protéger chaque individu, pas un individu moyen. Il est donc important de connaître aussi les valeurs les plus fortes enregistrées. Et puis, les habitants de Daté ont modifié leur mode de vie, en passant moins de temps à l’extérieur. Est-on sûr qu’ils portaient toujours leur dosimètre ?
La municipalité de Tamura est opposée à ce nouveau mode d’évaluation des doses et ne va pas changer ses plans de décontamination. Elle pense que les habitants n'accepteront jamais les nouvelles règles.
Avoir différents standards, est-ce viable ?

• Le ministère de la santé et des affaires sociales a mis en ligne toute une série de documents en anglais relatifs à la santé des travailleurs de la centrale de Fukushima daï-ichi. La liste est accessible ici ou directement ici.

• TEPCo a mis en ligne, en japonais uniquement, une présentation des travaux de retrait de la couverture du réacteur n°1 et de démantèlement de la partie supérieure. Seule la partie haute de la couverture sera retirée dans un premier temps. TEPCo insiste sur le fait qu’elle va pulvériser un produit pour diminuer la remise en suspension des poussières. Elle aussi essayé de colmater la partie inférieure du bâtiment où elle aspirera les poussières.
On peut cependant s’attendre à une augmentation des rejets radioactifs et un silence assourdissant de TEPCo à ce sujet, comme pour le réacteur n°3…

Dimanche 20 juillet :
• TEPCo avait déjà bétonné le fond marin dans le port devant la centrale. Elle va recommencer.
Voir les photos et explications en japonais.
Les poissons pêchés dans le port peuvent toujours être fortement contaminés. Voir les derniers résultats en japonais.

• Résultats de mesure sur l’eau de mer prélevée devant la centrale de Fukushima daï-ichi qui inclut le césium, le strontium et le tritium. Les niveaux sont faibles, mais la contamination est systématique. Les sédiments marins restent contaminés sur des centaines de kilomètres.

Samedi 19 juillet :
• On s’en souvient, au début du mois de juillet 2014, le refroidissement de la piscine du réacteur n°5 a dû être arrêté suite à une fuite sur le circuit d’eau de mer. Comme il faut plusieurs jours à l’eau de la piscine pour atteindre la température limite autorisée de 65°C, cela n’était pas très grave. L’IRSN a tout de même consacré une note au sujet, sans que l’on sache trop pourquoi il a retenu cet événement plutôt qu’un autre. Il n'a même pas intéressé les médias français. La contamination des rizières par les opérations de démantèlement, par exemple, est bien plus grave.
Le refroidissement de la piscine du réacteur n°6 avait aussi dû être arrêté le 11 juillet dernier suite à une fuite sur une vanne.
TEPCo annonce maintenant avoir trouvé une fuite d’eau radioactive sur le circuit de refroidissement de cette même piscine. Cette eau contient 2 000 à 3 000 Bq/L de Cobalt 60. Cette portion du réseau de refroidissement est inutilisée depuis le 6 juillet dernier, suite à la découverte de l’autre fuite. L’eau serait restée dans le réceptacle qui entoure les vannes.
Ce nouvel incident montre que les vannes se détériorent vite et que les contrôles effectués par TEPCo ne sont pas suffisants. TEPCo reconnaît qu’elle doit améliorer ce dernier point.
Photos et explications en japonais.

Vendredi 18 juillet :
• Quelle est la part due au séisme et quelle est la part due au tsunami dans l’accident nucléaire ? Cette question est importante pour la suite, car les séismes sont plus fréquents que les tsunamis, même si cela n’est pas une raison valable pour négliger le risque tsunami. Peu importe la fréquence, si c’est possible.
La NRA, l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, est arrivée à la conclusion que c’est le tsunami qui a endommagé les équipements de secours importants pour la sûreté. Le rapport d’enquête parlementaire avait suggéré que le séisme avait pu endommager des circuits de refroidissement et que les générateurs électriques du réacteur n°1 aient pu aussi être rendus indisponibles avant. Des ouvriers avaient vu une fuite d’eau avant l’arrivée du tsunami. Mais la NRA a conclu que cette eau venait de la piscine de combustible voisine. Les diesels de secours ont bien été endommagés par le tsunami.
Le rapport de la NRA va être envoyé à l’AIEA.
Il ne faut pas en conclure que le séisme a été inoffensif : les lignes électriques ont été coupées à cause du séisme. L’approvisionnement en eau aussi. A Fukushima daï-ni, où le séisme a aussi noyé les générateurs de secours, l’électricité réseau était encore disponible à quelques kilomètres de cela, ce qui a permis d’éviter l’accident grave.

Jeudi 17 juillet :
• La décision de la NRA concernant le dossier de demande de redémarrage de la centrale de Sendaï (Kagoshima) a été beaucoup commentée.
France Inter titre, Le Japon redémarre une centrale nucléaire. La station de radio va un peu vite en besogne. Les deux réacteurs ne redémarreront pas avant l’automne, au plus tôt, car les obstacles sont encore nombreux. Si une étape importante a été franchie, ce n’est pas encore un feu vert qui a été donné.
Les journaux plus critiques, comme l’Asahi ou le Maïnichi, soulignent l’absence de progrès dans la gestion d’une catastrophe nucléaire. En particulier, les plans d’évacuation, à la charge des autorités locales, ne sont pas prêts. Ils donnent la parole aux évacués de la catastrophe de Fukushima qui prennent cette décision comme une insulte, comme si leur vie détruite ne comptait pas. Ils rappellent que la centrale de Fukushima avait aussi été qualifiée de « sûre ».
Dans un éditorial, l’Asahi pense que le redémarrage est trop risqué et donc irresponsable. Le quotidien n’a pas confiance dans les exploitants qui ont rechigné à faire les investissements nécessaires à améliorer la sûreté de leurs installations et leur tenue face à des situations extrêmes. La NRA a dû batailler dur pour imposer ses vues. Est-ce bien raisonnable de les laisser exploiter une source d’énergie si dangereuse sans réforme int